mercredi 22 octobre 2008

• Le yogi de la présence éveillée - Shabkar

Shabkar Rangdrol

Me fondant dans l’espace de la vacuité

Sans limite ni frontière

Tout ce que je vois et entends

Esprit, ciel, tout devient un.


Un jour, alors que je me rendais à Ourguéh, l’un de mes amis du Dharma m’apostropha ainsi : « Tiens ! Je te croyais en retraite dans ta grotte. Tu l’as terminée ? » En guise de réponse, je lui expliquai ma conception de la retraite sous forme de versets humoristiques :

Je me prosterne aux pieds du maître incomparable,
Protecteur des êtres dont l’esprit ne fait qu’un
Avec celui de Samantabhadra.
Bienheureux ami,
Ecoute attentivement.
Pour le yogi de la Grande Perfection secrète
On ne sort pas de retraite,
Pas plus qu’on n’y entre.
Dans la simplicité au-delà des concepts
Il n’y a pas de seuil à franchir.
Si l’on s’en tient à la stricte observance des périodes de retraite,
On ne mérite pas le nom de retraitant.
Voici comment j’effectue une retraite :
Dans l’ermitage de mon propre corps
Doté des six caractéristiques
Et des trois vœux purs,
Je balaie la poussière des fautes des trois portes ;
Dans la rivière des quatre initiations
Je lave les souillures.
Assis sur mon coussin :
La conscience fondamentale,
Base des pensées grossières et subtiles,
Moi, le yogi de la présence éveillée,
Qui est par nature lumineuse et connaissante,
Je demeure dans la retraite
De l’état libre et spontané.
Libéré pensées discursives
Je demeure dans l’enceinte
De la méditation naturelle.
Redoutant les visiteurs : La torpeur et le débridement,
Je délimite ma retraite
Avec les piliers de la stricte vigilance.
J’ai pour seule servante la vacuité
Par laquelle tout ce qui apparaît
Se libère dès son surgissement même.
Voici ma pratique de l’étape de création :
Dans l’incommensurable palais
De la pureté primordiale née d’elle-même,
L’univers et les êtres apparaissent
Comme un déploiement de divinités, visibles et cependant irréelles.
Tous les sons étant la résonance de la vacuité,
La prière n’est jamais interrompue.
Les pensées libérées d’elles- mêmes
Sont l’immensité du Dharmakaya.
J’offre nourriture et boisson,
Véritable festin sacré, assemblée de mérites,
Que je porte aux lèvres de l’absolu.
Quand la contemplation imprègne tous les actes,
Tels que marcher, s’asseoir ou dormir,
C’est là le sceau du Mantrayana.
De même qu’il n’est point d’obscurité dans le soleil,
Pour le yogi, l’univers et les êtres sont des déités ;
Et il est comblé.
De même qu’il n’est point de caillou sur une île d’or,
Pour le yogi, chaque son est la résonance des mantras ;
Et il est comblé.
Tout comme le vol de l’oiseau dans le ciel clair
Ne laisse nul sillage,
Pour le yogi, les pensées sont la nature absolue ;
Et il est comblé.
Dans la vaste conscience claire libérée des pratiques formelles,
La pratique du yogi est détendue et sereine ;
Et il est comblé.
Dans l’état indivisible où, dès l’origine,
Les étapes de création et de perfection sont indissociables,
On peut pratiquer ou laisser les choses telles qu’en elles-mêmes ;
Même si l’on s’astreint à une intense discipline,
En vérité, il n’y a rien à accomplir.
J’ai compris que les phénomènes sont le Dharmakaya
Qui transcende tout labeur mental.
Toi aussi, mon ami, comprends-le.
Défie-toi des discours intellectuels
Et reconnais la vaste nature égale du non-né.
Quant la durée d’une telle retraite :
Lorsque au moment de la mort, la chrysalide du corps enfin se déchire,
Et qu’on est libéré dans la claire lumière du Dharmakaya,
Alors advient la véritable « abolition du seuil de la retraite ».
Consacrer toute sa vie à une solitude
Transcendant les périodes de retraite
Etait la pratique des grands yogis d’antan.
Ha ! Ha !
Je ne faisais que plaisanter,
Car je n‘ai jamais rien fait de tel !

Lorsque j’eus terminé, mon ami me dit : « Vraiment, ta façon d’effectuer une retraite est admirable. Je souhaite que mon esprit, l’ermite, demeure ainsi que tu viens de le décrire,
Dans l’ermitage de mon corps. »

Traduit par Mathieu Ricard et Carisse Busquet : Shabkar, Autobiographie d’un yogi tibétain.

mardi 21 octobre 2008

• Y a-t-il une pédagogie à l'éveil ?

Prochain numéro
Hiver 2008

Éveil, Illumination... Y a-t-il une pédagogie ?



En marge des traditions religieuses et philosophiques, de « nouveaux éveillés » témoignent ou enseignent, auprès d'auditeurs et de chercheurs de plus en plus nombreux, une voie (ou « non-voie » !) qui se veut totalement abrupte ou directe. Très rares sont ceux qui s'inscrivent dans une tradition spirituelle, même si beaucoup en citent ou en respectent les textes fondateurs.

Pour la plupart de ces « nouveaux éveillés », l'Éveil, ou l'Illumination, ne procède d'aucune préparation ou ascèse. Il peut survenir au terme d'une phase de désespoir (U.G. Krishnamurti, Eckhart Tolle,...), au terme d'une crise intérieure, mais aussi comme une Grâce inattendue ou une vision de la vacuité (Douglas Harding).

Plus catégoriques, certains de ces « enseignants » (Poonja, Balsekar, Tony Parsons,...) affirment qu'il n'y a rien à enseigner et que, dans tous les cas, il n'y a rien à faire pour connaître l'Éveil qui ne peut appartenir au connu... Selon d'autres enseignements (J. Krishnamurti, Gurdjieff, voire Jean Klein,...), apprendre à observer nos « mécanismes » psychologiques, et psychosomatiques, appelés notre « état de sommeil », marque la préparation nécessaire et indispensable à l'Éveil. Ici, la pédagogie est de rigueur, même si « apprendre » revient à « désapprendre », c'est-à-dire voir et perdre nos illusions : l'ego devant finalement « mourir ». Peut-on alors parler de pédagogie de l'Éveil ?

La revue 3e Millénaire est vendue en kiosque,
ou peut être commandée directement auprès de l'Éditeur.

mercredi 15 octobre 2008

• La Présence


Qu’est-ce que la vigilance ? Elle suppose une observation dénuée de tout choix - il faut juste observer, sans rien interpréter, traduire ni déformer. Or cela n’est possible tant qu’il existe un observateur qui s’efforce d’être attentif. Êtes-vous capable d’être attentif, vigilant, de sorte que lorsque vous observez, l’observateur s’efface au profit de l’observation pure ?
Krishnamurti


La Présence n’a pas de commencement et elle n’a pas de fin. C’est nous qui la quittons, par le seul mouvement de la pensée vers un objet et encore, il ne s’agit jamais que d’un déplacement de l’attention, car nous ne pouvons pas sortir en réalité de nous-même. Le soi ne se quitte pas lui-même, alors même qu’il est recouvert par le masque des objets et alors même qu’il se croit perdu dans les objets. Il n’y a strictement rien à faire pour être présent, car être présent c’est être. C’est l’idée même de devoir faire quelque chose qui éloigne de l’être.

La Présence est plus que la vigilance. Elle n’est pas une vigilance redoublée par la réflexion que lui apporterait la pensée. Elle précède la pensée, elle est la Vie même, se tenant en elle-même, dans la coïncidence sans faille avec Soi, la vie qui cohére avec soi absolument et s’éprouve au sein de l’être. Elle n’est pas le résultat d’un exercice qui serait appelé « lucidité ».


Elle n’est pas un résultat du tout. Elle ne se distingue pas d’un pouce de celui qui l’éprouve. En sorte que toute évocation de la Présence comme d’un objet, nous la fait invariablement manquer.


Il n’y a pas « la » Présence à « soi ». Il y a la Présence du soi. Il n’y a pas plus « la » Présence et « l’être », car la Présence est Présence de l’Etre. Tous ces mots désignent la même unité dans le mariage du cœur et de la Présence.
Source du texte

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Qui est celui qui médite ? Qu'est-ce que la méditation ? L'essentiel de la méditation est la présence, ce que l'on appelle en tibétain drènpa, que l'on peut aussi traduire par vigilance ou par attention. Etre vigilant ne veut pas dire qu'il faille se battre avec les pensées jusqu'à les maîtriser, mais que, dans la méditation, il faut être entièrement présent, à tout moment.
Que même pour la plus infime durée de temps, il ne doit pas y avoir d'absence de l'esprit.
Pas de distraction. Etre tout entier présent dans ce que l'on fait.
Si la méditation est présence, le méditant est-il celui qui produit cette présence ? Non.
Le méditant est cette présence. Dans la méditation, il n'y a qu'une chose : la présence.
Ne distinguez donc pas entre méditant et méditation.
Il n'y a rien de nouveau à inventer. Elle fut toujours en nous, en profondeur, elle est présente maintenant même, il suffit de la reconnaître.
J'entends parfois dire : «La méditation est très difficile. Dès que je médite, surgit un flot de pensées. Je ne parviens pas à méditer...» ou bien : «Dès que je médite, je pique du nez, je dors. Jamais je ne pourrais méditer... »
Or, la méditation est très facile : vous n'avez rien à faire, vous l'avez déjà. Inutile de vous escrimer à la fabriquer, de vous épuiser à la découvrir, ou de courir au marché pour l'acheter. Inutile de gagner beaucoup d'argent pour l'acquérir auprès de quelqu'un qui la vendrait fort cher. Vous l'avez déjà ! Il n'y a rien à faire de spécial.
En particulier, vous n'avez pas besoin de trouver un bienfaiteur pour méditer : vous pouvez méditer tout de suite.
Il suffit de rester posé, naturellement en équilibre dans la perception ordinaire : en celui qui pense «je vais méditer », en celui qui goûte la nourriture qu'il mange, qui entend les sons qu'il écoute, qui lit un livre et en comprend le sens. Il faut éviter la distraction. Ne pas courir après les souvenirs du passé. Ne pas élaborer de projets pour le futur. Par rapport au présent : pas de théories, pas de pensées particulières. Pas d'inventions, pas de fabrications. Rester simplement dans la présence.


lundi 13 octobre 2008

• Ce secret grand ouvert - Révérend Issho Fujita

Rév. Issho Fujita

« Le monde dans sa totalité n’est jamais caché » – les myriades de choses qui apparaissent clairement en face de nous sont elles-mêmes la manifestation complète du Soi originel : c’est ce qu’exprime Maître Dogen par Genjokoan. Ce terme exprime l’enseignement de la nature absolue de la réalité, que nous le croyions ou pas, que l’on pratique ou pas, quelles que soient nos circonstances personnelles. Ce n’est donc pas quelque chose de « distant » que nous atteindrions par un effort humain impliquant foi et pratique. Mais c’est plutôt dans l’autre sens : parce que foi et pratique sont déjà l’activité humaine à l’intérieur de la réalité, c’est déjà quelque chose d’« intime », de « proche ».

Néanmoins tant que nous vivons alourdis par nos pensées et nos émotions, il ne sera jamais possible d’avoir foi dans ce « présent absolument parfait ». Nous sommes toujours en train de créer, par ces pensées et émotions, l’impression que dans le présent, il y a quelque chose en trop, ou quelque chose qui manque. Nous regardons toujours ce présent imparfait avec doute : « Est-ce que c’est vraiment bien comme ça ? », et nous ne pouvons être tranquilles. Et nous faisons des efforts, petit à petit, ou dans une grande explosion, pour attraper la « perfection », passant ainsi notre vie avec la peur, soit de ne pas avoir ce qu’on veut, soit de perdre ce qu’on a obtenu. Malheureusement, malgré tous nos efforts, même en manipulant ou en développant nos pensées et émotions, il ne sera jamais possible de cette façon d’atteindre le « présent absolument parfait ».

Cette réalité de la « véritable forme de toutes les choses », le « monde dans sa totalité qui n’a jamais été caché », ce Genjo-koan ne peuvent être attrapés ni avec la pensée, ni avec l’émotion. La lutte – de l’esprit qui cherche à gagner quelque chose – elle-même nous empêche d’expérimenter directement ce secret grand ouvert. Ce n’est que lorsque nous sommes seulement assis, ayant abandonné la poursuite des idées imaginaires que nous avons construites dans notre tête à propos de cette « perfection » qu’il est possible de rencontrer le présent, qui, depuis le début, n’a rien en moins, ni rien en plus. C’est pourquoi, l’expression « la forme véritable de toutes les choses » indique simultanément la « réalité » et le problème ou le thème que nous devons pratiquer et vérifier. Lâcher cet esprit qui recherche le gain est une condition absolue pour que le soi soit capable de s’ouvrir et de s’abandonner complètement au présent et pour que le présent puisse imprégner le soi abondamment et sans limite. Dire « imprégner » ne signifie pas que c’est l’arrivée de quelque chose de nouveau. Mais c’est réaliser le vivant, un moi inter-connecté avec tous les êtres. Zazen n’est pas un processus visant à avoir quelque chose mais une pratique : comment laisser le soi être présent maintenant – ce qui est complètement différent à la fois dans sa qualité et sa dimension. « Rien à gagner » : on peut dire que c’est une expression qui aide à clarifier que zazen n’est pas une activité, dont le résultat serait « gagner » quelque chose. Ce n’est pas pour avoir, mais pour être.

Quand nous entendons que zazen est seulement « s’asseoir tranquille sans rien chercher », il y en a sûrement parmi nous qui pense : « Quoi ! Une chose aussi simple que ça ! C’est une perte de temps et d’énergie de faire ça. Il n’y a qu’une personne paresseuse et inutile qui pourrait perdre du temps à ça ».

Autrement dit, on peut entendre « rien à gagner » comme une situation sans aucun challenge, aucune valeur, si bien que le zazen ressemblerait à « un chat qui dort au soleil dans la véranda »... Sans doute que la critique mentionnée ci-dessus provient de cette sorte de compréhension de zazen.

En réalité, zazen sans rien gagner ressemble plutôt à « un dragon qui approche de l’eau, un tigre qui s’ébat dans la montagne » (Fukanzazengi). Si cette sorte d’élan, de vie et d’enthousiasme ne remplit pas le corps et l’esprit, alors ce ne sera pas cette sorte de zazen. Dans le zazen-sans-gain, l’important se place sur le moment, là où l’on est, pas sur ce qui va être gagné à la fin. En d’autres termes, c’est un processus, pas un résultat ; ainsi chaque moment est important, exactement aussi important qu’un autre moment et aucun moment ne peut être négligé. C’est parce qu’il n’y a rien à gagner qu’il est demandé une diligence continue. Dès que cette diligence disparaît, l’esprit retourne à l’esprit-de-gain, ou à la négligence, ou la paresse et l’assise bien droit sans rien gagner va s’écrouler. Ainsi cette pratique sans esprit-de-gain est la chose la plus pure et la plus simple, et pourtant jamais simple ! On pourrait même dire qu’il n’y a rien de plus difficile.

Le temps passé à s’asseoir sans rien gagner et sans rien « faire » peut sembler, en termes de marché, du temps gaspillé car rien du tout n’est produit. Pourtant, comme nous l’avons dit plus tôt, c’est là que le soi peut rencontrer la perfection absolue du présent, qui va imprégner le soi – et il n’y a pas de plus grand cadeau. Zazen n’est pas pour les personnes paresseuses qui tournent le dos au monde. Mais c’est une chose recommandée à tous, occidentaux ou asiatiques, homme ou femme, quel que soit l’âge. Car la perfection absolue du présent est toujours là : le moment présent parfait éveille (suscite) le moment présent parfait suivant ; à l’intérieur de ce moment est incluse la vigueur, (l’énergie) qui va amener le moment suivant. Il ne suscite pas le moment suivant parce qu’il est imparfait, et va vers la perfection mais plutôt parce qu’il est une perfection sans cesse renouvelée.

Vu sur BuddhaLine
Rév. Issho Fujita dans « Dharma Eye », le Journal du Soto Zen (traduction Joshin Sensei).

La Demeure Sans Limites
Riou la Selle
07320 St Agrève
http://larbredeleveil.org/

mercredi 8 octobre 2008

• Le mystère à découvrir - Nicole Montineri

Nicole Montineri

Il n'y a rien de particulier à faire pour être ce que nous sommes de toute éternité. Tout effort est une projection de l'esprit qui se tend en vue d'acquérir quelque chose. La Réalité ne peut être objet de quête ou de méditation. Rien n'est hors d'elle.


Je suis née en 1957.

Très tôt, je fus poussée de l'intérieur par une forte exigence de compréhension.

Dès ma jeunesse, le questionnement sur soi, sur le monde, sur le sens de la vie, occupa l'essentiel de ma pensée. Il me semblait que je n'avais pas le choix, que mon existence n'avait pas d'autre chemin à prendre que celui-ci. Enfant sensible, je ressentais tout avec intensité et j'avais une perception aiguë de la nature éphémère de toute chose.

Ma tendance naturelle à m'intérioriser provoqua le démarrage d'un parcours solitaire pendant plus de 30 ans, à la découverte du mystère de l'éternel caché au fond de nous. Ce sont les livres, nombreux, qui m'aidèrent tout au long de ce cheminement. Mon esprit explora intensément toutes les réponses avant de comprendre qu'il n'était pas l'instrument approprié pour réaliser l'infinie liberté.
C'est lorsque cette quête fut abandonnée que je découvris ce que je cherchais.

La réalisation survint d'un coup, lors d'une grave maladie en 2006. Je pus contempler la réalité de la nature immortelle et illimitée de la conscience.

Dans cet état si proche de la mort que j'ai connu, ma propre conscience, pure, vide d'objet, n'était plus que conscience conscience-de-soi, reliée au flux lumineux au point de s'y dissoudre.
Grand ouverte, sans limite, elle embrassait l'espace de l'univers entier.
La sensation était douce, paisible. J'étais en paix, comme si j'avais été là depuis toujours. Moment d'atemporalité.

La conscience était passée sur un autre plan de réalité. La lumière qui la traversait n'occupait pas un monde objectif qui l'aurait entourée : elle était sa substance même.

Je sus que ce qui était vu était le déploiement de ma propre conscience. C'était bien une réalité non duelle que je vivais, car il n'y avait plus de différence entre celui qui percevait et ce qui était perçu. Les perceptions étaient l'expression même du rayonnement de ma conscience.

Tout était clair. Une compréhension profonde et subtile de la vie, qui me donna le sentiment d'appartenir à une unité cosmique ayant un sens, me pénétrait sans entrave. Ce fut le silence du vide cosmique qui m'enseigna, avec un amour infini qui laissait être.

La vie réside dans la conscience. Elle ne peut se déployer que dans l'espace vide, potentiel illimité, qui est notre vraie nature. C'est cela le mystère à découvrir. Il n'y en a pas d'autre.

Nous sommes conscience, c'est là notre véritable identité, de toute éternité.


Un instant d'échanges

Question : Avez-vous recherché l'éveil ou celui-ci est-il venu spontanément ?

Réponse : L'ouverture totale de la conscience, la perception de son union avec le grand Tout, c'est cela qu'on appelle l'éveil, puis demeurer dans cette conscience grand ouverte, savoir que sa substance est silence, qu'elle est notre véritable nature, pure et éternelle.
Ce ne peut être que l'ego qui cherche, avec son instrument, le mental, et le risque est qu'il se renforce encore dans cette quête spirituelle. Ce ne sera jamais lui qui nous fera accéder à une réalité qui le dépasse.
La réponse vient justement au moment où l'on abandonne notre quête, quand les questions avec leurs doutes cessent. Si l'on peut parler de quête, c'est seulement celle où l'ego se lasse et s'use peu à peu… Il s'agit d'être prêt, mais sans attendre. Ce n'est pas nous qui décidons du moment – qui nous ? Il n'y a rien à faire. Il suffit d'être pleinement présent à la vie. « L'éveil » viendra de lui-même, soyez-en sûr, car vous aurez habitué votre conscience à reconnaître la lumière, nature de votre pure conscience, lorsqu'elle se lèvera.

Extraits choisis pour Éveil Impersonel du nouveau site de Nicole Montineri (avec son accord) : La Conscience-Espace

mardi 7 octobre 2008

• Les abeilles avaient disparu - Phra Khru Ba

Phra Khru Ba

Un jour, j'en ai eu assez de faire de la boxe... pour des tas de raisons. J'en avais marre de tout ceci. Puis, un ami est mort dans un accident de voiture. Ça était l'occasion pour moi de me demander si à l'heure de ma mort, je trouverais la paix...

La dernière fois que j'ai boxé, c'était le 20 décembre 1990. Un mois plus tard, après avoir fait un rêve qui m'a beaucoup marqué, je suis devenue moine. Ce jour-là, mon coeur et mon esprit ont changé. J'ai ressenti un calme immense que je n'arrivais pas à m'expliquer. Je suis resté assis sur un rocher vingt-cinq jours et vingt-cinq nuits. Le sentiment de paix a été absolu. Puis un essaim d'abeilles s'est mis à construire un nid autour de moi, si bien que je ne pouvais plus bouger. C'était comme un rêve où la forêt aurait été peuplé d'hommes sages où m'associer à leur rituel bouddhique. Je me suis réveillé quinze jours plus tard, le soleil brillait, les abeilles avaient disparu...

≈≈≈≈≈≈≈

Phra Khru Ba Neua Chai, ancien militaire et champion de boxe thaïe, plus connu sous le nom du «Moine Tigre», est l'un des bonzes les plus célèbres et les plus controversés de Thaïlande. Armé de son charisme, de sa foi et de sa maîtrise des arts martiaux, il combat les méfaits de la drogue qui dévastent la région du Triangle d'or. Il y a fondé le temple du Cheval d'or, où il recueille comme novices des enfants abandonnés de 7 à 16 ans qui vont être soumis par ses soins à une discipline et une hygiène de vie rigoureuses.

Deux reportages lui a été consacré sur ARTÉ :
Les enfants perdus de Bouddha
Le triangle d'or et les enfants de Bouddha





lundi 6 octobre 2008

• L'intensité du Silence - Yolande

Yolande

Nous sommes antérieurs à tout ce que nous croyons être.

C'est le silence qui guérit.

En un instant plus rapide qu'un clin d'œil, le silence vous guérit de l'idée d'être quelqu'un. Le problème est réglé éternellement à la source. Ce basculement est si puissant que vous ne pouvez que constater que tout ce que vous croyez être n'est qu'une illusion. C'est la mort psychologique. Fin de l'histoire du moi, du je suis, de l'ego, de la personne.
Fin de la souffrance : l'ego n'a plus le pouvoir de se construire d'instant en instant …
Reste la beauté du vide plein, la joie de ne rien être, la paix, l'amour, le silence.
Ce silence est le plus précieux, le plus beau des livres, car il donne une connaissance infuse.

L'existence est spontanée, l'inexistence aussi…

Au beau milieu d’une existence banale, de mère, épouse, femme d’affaires, Yolande connaît un éveil spontané en 2003. Sans référence à aucune tradition spirituelle, elle témoigne ici pour la première fois.

Pendant quarante ans, comme tout le monde, je me suis prise pour mes pensées, pour mon corps : je me prenais pour une personne. Et puis il y a eu ce basculement. En un instant, spontanément, ce silence dans ma tête. Plus de pensées : le silence, une stupeur, un étonnement profond qui ne laissait place à rien d’autre.

Alors je me suis mise à observer. Mon fonctionnement avait changé. Il y avait « cette chose », ce silence… et tout le reste. Le reste, ce que j’appelle le je suis, c’est-à-dire le contenu de l’instant : j’ai vu que tout apparaissait dans cette chose, d’instant en instant. Que tout y disparaissait.

Ton fonctionnement avait changé, dis-tu ?

Il y avait une légèreté, un bien-être. Je me sentais en phase avec moi-même, en phase comme je ne l’avais jamais été. Les choses se présentaient, les situations, les événements, même ceux qui auparavant m’auraient dérangée… je ne trouvais rien à y redire. Je ne réagissais plus, en fait. Et lorsque, deux mois plus tard, mon fils est mort dans un accident… même chose. Ce silence, cette tranquillité m’empêchait de réagir, m’empêchait d’être une mère détruite par la mort de son fils. J’ai vu que la souffrance n’existait pas.

La souffrance n’existe pas !?

Ce n’est pas la situation qui fait souffrir. Pour moi, il y a le silence. La situation ne fait pas souffrir quand le silence, quand cette chose est là.

Cette chose, qui la voit ? Yolande ?

C’est cette chose qui voit. En elle apparaît la vision, la clarté qui voit tout ce qui apparaît. En fait, c’est simultané : à l’avant-plan il y a cette chose et… le reste, tout ce qui apparaît, toute l’existence, au second plan.

Cette chose est l’espace qui est avant toute chose, toute pensée, tout événement. On ne peut pas la comprendre : c’est elle qui comprend tout, qui englobe tout. Cette chose - appelons-la Silence, Présence, Puissance, Amour ou Ultime Réalité, de toute façon aucun mot ne peut en rendre compte - cette chose, on peut seulement la vivre. Au début, je croyais qu’elle était au fond de moi. Maintenant je vois qu’elle est partout. Elle est tout. Il n’y a rien d’autre, rien qui ne soit elle. Il n’y a plus à s’inquiéter, à s’accrocher à rien.

Cette chose est au fond de toi et partout… Et Yolande, où est-elle ?

Yolande apparaît toujours, mais dans le second plan, comme le reste. Elle existe sans exister. Elle n’existe plus mais elle est là. Elle n’a plus de pouvoir. C’est ce silence, cette puissance qui a pris le pouvoir sur tout.

Elle a tout de même des pensées, des émotions…

Bien sûr des pensées, des émotions peuvent surgir. Mais cette puissance les balaye instantanément, elle les laisse au second plan. Donc tu n’as aucune possibilité de t’identifier à elles. Et cette chose est si puissante que tu ne peux revenir en arrière, tu ne peux revenir à ton ancien mode de fonctionnement, t’identifier à… tout ce que tu n’es pas.

Ça m’est arrivé parfois, au début, d’essayer de penser comme avant, de faire des projets comme avant. Impossible. Tout comme, autrefois, si j’avais voulu arrêter de penser je n’aurais pas pu, aujourd’hui, si je veux penser, eh bien je ne peux pas. C’est aussi simple que ça.

Et les émotions, toutes ces réactions automatiques qui nous viennent ?

C’est pareil. La peur, la tristesse, c’est comme le reste : un mouvement qui passe en toi et qui repart. S’il n’y a personne pour se l’approprier, il n’y a pas de peur, pas de tristesse. Il n’y a pas de réaction.

D’où viennent, selon toi, les réactions ? Y a-t-il moyen de s’en libérer ?

Elles viennent de la pensée. De la croyance en l’idée d’être une personne. Quand cette croyance tombe – et cela se fait en un instant, pas besoin de vingt ans de pratique pour ça – il n’y a plus que ce silence, cette intensité, alors tu te laisses faire. Il y a ce point de vue neuf qui est toujours là, ce vide plein, ce silence tantôt très intense et tantôt doux mais toujours présent. C’est une sensation, comme un toucher, une présence qui ne te lâche pas, même au milieu de l’action, de la concentration. Ce toucher omniprésent qui t’englobe, qui englobe tout le contenu de l’instant, t’empêche de t’identifier à la pensée, à l’émotion qui surgit. C’est lui qui te donne le sentiment profond que la personne n’est pas. Et c’est lui, c’est cette sensation qui devient vision, action… parce que cette spontanéité, cette sensation constante ne te permet pas d’être dans ta tête. C’est la sensation qui voit, directement. Et la vision, c’est l’action.

La vision c’est l’action ?

Quand tu es dans la fluidité, il y a action, sans filtre, sans pensée. Tu vois, tu sens; l’action, le geste, la parole se présentent spontanément, sans que tu aies eu à les penser.

Comme si la réalité de l’instant te dictait le geste juste ?

Tu vois que les choses se font toutes seules, sans besoin de les penser… La vie n’a pas besoin d’être pensée. Juste besoin d’être vue. Le reste se fait tout seul.

Le simple fait de voir…

… fait. Tu vois cette fluidité qui agit.

Et l’amour, dans tout ça ? Tu dis que cette chose c’est l’amour… Qu’en est-il de l’amour entre deux personnes ?

C’est la non-relation qui permet la relation.

La non-relation ?

La non-relation avec la personne que tu croyais être. La non-séparation. Et c’est cette chose au dedans qui permet ça. C’est elle qui permet l’amour, qui est amour.

Dans la fusion amoureuse, on entre en relation avec la non-relation à l’intérieur de soi. C’est dans cette non-relation, cette chose, que réside l’amour. Et c’est parce qu’on entre en contact avec elle que l’on dit, que l’on sent « je suis amoureux ». L’autre n’y est pour rien. Ni soi-même. Ni la relation entre les deux… C’est l’écoute de cette chose, en nous, qui permet l’amour. C’est elle qui te fait découvrir que l’amour n’est pas à l’extérieur, qu’il ne dépend de rien, d’aucun objet, d’aucun état : c’est quelque chose qui est là, à l’intérieur. Plus besoin de chercher le bonheur à l’extérieur : cette chose qui te rend vivante, aimante, aimée… elle est avant tout, elle est là. Et c’est de cette chose, de cette non-relation, que l’on tombe amoureux. Un amour qui ne peut être détrôné par quoi que ce soit.

C’est vrai aussi que dans la relation amoureuse il y a des instants d’oubli de soi-même, des instants d’intimité qui sont cette fusion, cette non-séparation. Le problème, c’est que quand il y a « tomber amoureux de » l’objet ou la personne, tu rentres dans une relation avec toi-même et tu ne vas plus penser qu’à ça, qu’à cette personne. Donc tu te coupes de l’essentiel. Cette même passion devrait être pour cette chose invisible qui te permet d’être dans la non-relation avec toi-même, donc aussi avec l’autre, et te permet de sentir l’intensité de l’instant présent plutôt que l’intensité de la seule relation avec cette personne.

Cela signifie-t-il que tu ne peux plus tomber amoureuse de quelqu’un ?

Tu es tombée amoureuse de cette chose invisible, ça, c’est sûr. Mais tu peux quand même tomber amoureuse de quelqu’un, puisque c’est ce que je vis. C’est beau de voir que, dans l’instant, tu es aussi amoureuse de cette personne. Mais si elle n’est plus là, ou si elle s’absente, rien ne manque. Cette chose est toujours là et elle te permet de vivre, même sans cette personne, dans un bien-être total.

Donc, Yolande peut tomber amoureuse… Ce n’est pas une émotion, ça ?

C’est l’intensité qui guide. Auprès de telle personne elle est plus forte qu’auprès de telle autre. L’intensité est là : tu la suis. C’est elle qui te fait être ici, ou là, avec celui-ci ou avec celle-là. Tu ne décides pas : tu y vas, tu y es. La tête n’intervient pas. L’émotion non plus.

Dans cette intensité, comment perçois-tu l’autre, tous les autres ?

Je les perçois comme moi, comme les arbres, la montagne, mes pensées : au second plan. J’en reviens toujours là. Ils sont là sans être là. Ils sont passés au second plan au même titre que moi, que mon corps, que tout ce que je croyais être.

Oui, mais comment perçois-tu chacun ? Il y a des différences de l’un à l’autre, tout de même… même au second plan!

Ce que je sens, surtout, c’est ce qu’il y a de plus proche en moi, c’est-à-dire mon corps, les sensations de mon corps qui se sont amplifiées à l’infini. Dans ce second plan, le plan du je suis, c’est le plus proche. C’est sensation, intensité, mouvement. Cette intensité varie avec ce qui se présente dans le contenu de l’instant, proximité de telle ou telle personne incluse. Mais il n’y a pas la pensée pour dire « parce que je sens tel mouvement dans mon corps, cette personne est comme ci », ou « je dois faire comme ça ». Ce qui va se faire dans l’instant se fera… mais ce ne sera pas le résultat d’un savoir, d’une compréhension : c’est le silence qui agit.

Tu ne peux rien t’approprier ?

Non.

Mais perçois-tu mon psychisme, mes états d’âme ?

Tu es là, tu sens, tu te laisses traverser par ce qui se passe, par un mouvement que tu sens dans ton corps, fusionné avec tout le reste. Mais tu n’interviens pas, tu n’as pas de réaction, d’opinion, de commentaire. Quand quelqu’un entre dans la pièce, tu peux sentir un mouvement plus inconfortable, ou sentir au contraire l’intensité qui se déploie, mais tu n’en déduis rien. Tu ne cherches pas à comprendre pourquoi, comment, ni s’il y a quelque chose à résoudre et comment. Tu sens, point.

Et quand quelqu’un se confie à toi, te demande conseil ?

Tu ne fais qu’être écoute. Il n’y a pas de mouvement de Yolande qui pense ceci ou cela. Mon je suis est partagé avec tout ce contenu de l’instant, et je laisse toute la place à cette chose à l’avant-plan, cette chose avant le je suis, pour agir si elle doit agir. Donc si un geste vient, il vient du silence. C’est lui qui sait. C’est lui qui fait.

Que faire pour vivre ce silence ?

Je fais une totale confiance à cette présence dans l’invisible. Donc la seule chose qui peut être dite, il me semble, c’est d’être ce que l’on est dans l’instant, de le vivre pleinement, simplement… et de laisser la spontanéité faire ce qu’elle a à faire.

C’est quelque chose qu’on ne peut pas comprendre, pas apprendre, ni vouloir, ni savoir. Alors : se laisser faire – quoi d’autre ?

Vivre l’instant pleinement, simplement… ce n’est pas si simple!

Il y a des tas de moments dans la vie où l’idée de la personne disparaît, où il n’y a plus que cette chose qui voit. Les moments de joie, d’étonnement, d’émerveillement devant un paysage ou une belle musique. Les chocs aussi, une peur violente… Mais le plus souvent on ne les remarque pas, parce qu’aussitôt après la pensée se les approprie… Rester là, plutôt. Avant la pensée : sentir. Rester simplement avec cette sensation, sans vouloir comprendre ni résoudre rien. Avoir toute son attention portée sur cette sensation, et l’accepter surtout, l’accepter silencieusement, pas mentalement. Vraiment l’accepter totalement, en étant… simplement.

Beaucoup de gens croient qu’il faut qu’il y ait une lumière, une grande lumière, des choses extraordinaires… Et si simplement c’était ça ?... Quand le silence est là : rester avec ce silence, cette tranquillité, découvrir au fur et à mesure ce que ça te procure comme légèreté de voir que tout est là, OK, mais c’est au second plan – pas besoin d’en faire un monde. Et quand c’est l’inconfort : rester avec cet inconfort, totalement, se laisser engloutir par lui, se laisser mourir – une mort psychologique - pour pouvoir laisser place à ce silence, le laisser prendre le dessus une bonne fois pour toutes…

Rester là, avec cette sensation de l’instant, cette intimité… Rien que d’être là, tu n’es déjà plus là. Parce que tu sens tout le contenu de l’instant présent, sans interférer. Donc tu n’as plus l’idée d’être une personne : tu n’es que sensation. Tu sens cette conscience, peut-être encore un petit peu individuelle, que « ton » corps est inconfortable avec cette tristesse, ce malaise où tu es : déjà c’est un cadeau, parce que tu te rends compte que l’instant, l’intensité, la vérité n’est pas dans ta tête… C’est merveilleux de pouvoir sentir ça, déjà! Déjà accepter cette simplicité de sentir que la vie c’est ça, ce n’est pas voir des lumières ou entrer en extase : c’est ça, aussi. C’est la simplicité de ne pas être cette personne qui ressent. C’est sensation, point.

Qu’est-ce qui fait que, pour la plupart, ces instants ne durent pas ? Que l’agitation revient ?

C’est un problème d’identification. Le mental revient, redevient le plus fort et te piège. Piégé, tu y crois fermement, tu oublies le silence et cette chose puissante qui est là.

Vivre ces moments quand il se présentent.

Les vivre avant la pensée…

La pensée aussi, il faut l’accepter. Elle reste au second plan. Laisser cette attention, cette sensation, cette chose au premier plan, dans cette simplicité totale, avant d’être cette personne qui dit « c’est à moi que ça arrive » ou « ça va passer ». Peut-être tout simplement accepter cette simplicité du silence, cette simplicité de sentir, cette simplicité d’être avant qui que ce soit. Rester dans cette simplicité de sentir, tout simplement, sans pour autant avoir été chercher cette tristesse, sans chercher à sentir ton corps ni quoi que ce soit d’autre.

Se laisser saisir par ce qui est là, parce que c’est là… Quel est le sens de la recherche spirituelle, alors, puisqu’elle vise toujours un savoir, un état, un progrès, quelque chose « devant » ?

Elle a encore un sens puisqu’elle est là, puisqu’elle se présente. Vouloir faire le contraire ce serait la même chose : ce serait refuser ce qui se présente… Je crois qu’il faut accepter tout ce qui se présente, que ce soit de méditer, de faire du yoga, d’avoir l’air d’être dans une recherche spirituelle – alors que ce qui entraîne dans tout ça, comme dans tout le reste de la vie d’ailleurs, c’est quand même et toujours cet état premier.

Donc continuer à se laisser faire, même s’il y a encore la personne qui est là, et qui veut, et qui espère. Sentir, plutôt que d’essayer toutes sortes de techniques… Mais il faut aussi accepter ces techniques : elles font partie du chemin qui se présente à soi…

Propos recueillis par Laurence Vidal


==> Prochainement, parution du livre "Le silence qui guérit" (courant 2009) <==

Invitation à visiter le site de Yolande

vendredi 3 octobre 2008

• Il n'est qu' "Être" - Nathan Gill

Nathan Gill

Nathan Gill est né en Angleterre en 1960. Après avoir lu de nombreux auteurs dans le domaine de la spiritualité, sa vie bascule après sa rencontre avec Tony Parsons, pour qui nous sommes déjà éveillé. « A son contact, le tricotage mystique dont j’avais profusément paré le drame de l’illumination devint très clair. […] Il se trouva qu’en septembre 1998, il se produisit un évènement moins frappant mais similaire à l’évènement de la traversée du Parc que Tony décrit dans son livre. J’étais en train de jardiner et il bruinait. Me redressant, je regardais aux alentours : il y avait une subtile impression de moi n’étant pas là. […] Avec ce soudain évanouissement du moi, tout besoin de compréhension disparut, pendant que se révélait un savoir profond. […] Au fil de la journée, l’absorption en tant que “je” commença subtilement à réapparaître et à s’approprier cet évènement – qui était précisément la disparition du “je” – comme “mon” illumination, “mon” éveil. […] De toute évidence, l’évènement qui s’était produit dans le jardin n’avait aucune importance particulière… Sa survenue a seulement mis un terme à ma confusion, me permettant de me rendre compte comment j’avais subtilement attendu un évènement en guise de permission d’être ce que je suis déjà. Cette clarté ne dépend pas de l’absence ou de la présence du “je”. Si le “je” apparaît, il est simplement vu pour ce qu’il est. »

En tant que témoin d’éveil, Nathan Gill nous propulse de plein pied dans l’univers de l’être, pour nous percevoir à la fois dans l’identification aux manifestations de l’ego, et dans ce qui en nous est au-delà de toute identification. Au cours de ses entretiens avec des visiteurs de passage, de nombreux chercheurs dressent un bilan sans concession de leurs années d’errance spirituelle. L’auteur nous livre ces échanges émouvants dans leur intégralité et bien des lecteurs y trouveront un reflet de leur propre expérience. Dans un retour vers l’essentiel, il nous affirme constamment qu’il n’est aucune nécessité de changer ou d’atteindre quoi que ce soit pour être.

Nathan Gill déplace le questionnement habituel du chercheur spirituel.

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La recherche de l'éveil se focalise en général sur l'évacuation du sens de l'individualité, comme s'il s'agissait de quelque chose de faux ou d'irréel. Mais s'il y a « sentiment d'individualité » et une histoire tournant autour d'une recherche pour s'en débarrasser, c'est alors précisément cela la réalité.

Être n'exige absolument rien. Il n'est aucune nécessité de changer ou d'atteindre quoi que ce soit pour être, affirme Nathan Gill.

Après Francis Lucille, Ramesh Balsekar, Wayne Liquorman, Tony Parsons et Léo Hartong, le parfum d'unicité dans lequel baigne toute recherche authentique de « vérité » en ce début de siècle nous embrasse ici à travers une série de dialogues fracassants entre Nathan Gill et ses visiteurs occasionnels.

Dans un langage simple, clair et concis, ce jardinier inspiré nous conduit aux limites de l'entendement vers une résorption définitive de l'histoire personnelle : aller simple pour la quiétude, certes, mais au prix du dépouillement suprême.

En plusieurs endroits de ces dialogues où la perspective non duelle se révèle sans aucun garde-fou, des chercheurs de longue date dressent un bilan sans concession de leurs années d'errances spirituelles, laissant transparaître la nature du mirage ultime et l'indice de sa proche dissolution. Nathan a la délicatesse et l'intelligence de nous livrer ces émouvants partages dans leur intégralité et bien des lecteurs y trouveront un reflet de leur expérience intime éclairée par une compréhension élargie.

En fin de compte il n'est qu'Être, la seule constante capable de réconcilier notre entendement avec la vision paradoxale qui nous habite et de nous libérer du joug ultime des religions et spiritualités convenues.

jeudi 2 octobre 2008

• L'autorité d'être impersonnel - OM Cedric Parkin

OM Cedric Parkin

Quatre videos d'OM Cédric Parkin sont disponibles sur YouTube, avec une traduction Française. Mais hélas, elles ne sont pas partagées.

Vous devez donc cliquer sur les liens suivants pour les visionner :

mardi 30 septembre 2008

• Conscious.tv... en Français ! - Iain et Renate McNay

Information à l'attention de tous ceux qui ont la chance de comprendre l'Anglais... mais pour les Francophones aussi !

Sur YouTube, vous pourrez retrouver des interviews de Jeff Foster, Richard Sylvester, Unmani Lisa Hyde, Mooji, Gangaji, Alex Howard, Roger Linden, U.G. Krishnamurti, etc.

20 vidéos portant sur la non-dualité !

À ce jour, sur certains sites et blog en langue Française, on peut retrouver, sous-titrés :

Mooji

Gangaji

Jac O'Keeffe

Rupert Spira

Peter Fenner

En souhaitant que d'autres traductions voient le jour progressivement...

Dans un style complémentaire, voir aussi les liens suivants :

Stillness Speaks

Never Not Here

• Il n’y a de soi que le Soi - Hakim Sanai

Hakim Sanai

Tu es aussi dépourvu d’existence maintenant que tu l’étais avant la création, car ce "maintenant" est le Sans-commencement, le Sans-fin, l’Éternité… Il n’y a de soi que le Soi, il n’y d’être que Son être.


On recherche mentalement le chemin vers Lui
Cela ne marche pas,
Mais le moment où épuisé, on lâche,
Il n'y a plus d'obstacle
Il se présente Lui-même à nous...
Lorsque vous lâchez prise, Dieu est présent
Comment autrement aurions-nous pu Le connaître?
Le mental nous a conduit aussi loin que la porte
Mais c'est Sa présence qui nous a permis d'entrer.
Comment pourrez-vous jamais Le connaitre
Vous qui ne vous connaissez pas vous-même?
Une fois que l'Un est Un
Pas plus, pas moins:
L'erreur commence avec la dualité,
L'unité ne connaît pas l'erreur.

Hakim Sanai

samedi 27 septembre 2008

• Cette incroyable chose les saisit - Andrè P.


L’éveil n’est que le début d’un long voyage qui n’aura jamais de fin. Ce voyage ne vise aucune acquisition, aucun but, il n’existe que pour la joie de le faire. Pour la conscience éveillée à la lumière de la réalité, il s’est ouvert un espace vide, au delà la pensée, mais plein de tout ce qui se vit dans le monde manifesté. Cet espace un n’est pas quantifiable, ni définissable, mais c’est en lui que toutes choses sont vécues, que de multiples découvertes vont se faire. La beauté de la vie est dans la création, mais pour la percevoir, l’esprit doit être libre et non empêtré dans ses propres recherches. Si pour évoluer dans ce monde, pour discuter entre nous, la pensée doit opérer et fragmenter la réalité, cet espace un n’en est pas affecté.

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Conseiller quelqu’un qui voudrait s’éveiller, révèle la situation paradoxale dont il est question. N’ayant pas conscience de la Présence, il traduira obligatoirement le conseil, en termes de choses à faire ou ne pas faire. Si nous disons qu’il faut cesser de vouloir, la personne essaiera de cesser de vouloir, ce qui est un non-sens. Je pense que le conseil à donner est tout simplement de lui dire d’ouvrir les yeux, de prendre conscience de ses propres agissements, de ses mécanismes internes (et surtout de celui du désir), de prendre conscience que toute action envisagée, est entachée du désir de la faire, même le fait d’observer. Il faudrait faire comprendre qu’il n’y aucune action qui puisse être entreprise temporellement, aucune technique qui puisse mener à la prise de conscience. Elle survient lorsque la porte est ouverte et se maintient lorsque la compréhension de soi permet de laisser cette porte ouverte.
Il faudrait aussi mettre en lumière qu’ouvrir cette porte n’est pas le fait de l’égo et du désir de le faire, mais que c’est une chose réalisable, que c’est un acte qui vient du coeur et nécessite un abandon qui n’est pas une nouvelle action de l’égo.
J’ajouterais qu’une volonté qui n’est pas décalée de l’action, est inconcevable pour qui ne la vit pas. Nous sommes habitués à désirer une chose, la concevoir et mettre en oeuvre les moyens de l’obtenir, le résultat survenant par après. Ce mécanisme de décalage agit aussi sur une période de temps minime comme le simple fait de vouloir s’observer. La seule observation de soi qui est valable est un ‘laisser-être’ où n’intervient pas le désir d’observer. Cette ‘non-action’ du mental, est une action positive qui vient de l’âme.
En résumé, le conseil serait : ’’ soyez attentif, laissez être ‘’ et ce qui doit arriver, arrivera en temps voulu.

André P. (source)

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Il y a des personnes qui vivent des expériences spontanées d’éveil. Le réseau serré des pensées se fend, et cette incroyable chose les saisit. C’est à la fois une bénédiction et une malédiction. La personne peut rester encore longtemps sous l’effet de ce saisissement, mais celui-ci s’estompe peu à peu. Cette personne sait qu’il y a autre chose derrière le voile du moi, et c’est là une grande bénédiction. Mais il lui reste le souvenir de cette chose intense et c’est là sa malédiction, elle va tout faire pour retrouver cet état. Ce qui n’est pas possible alors. Elle devra en faire son deuil, sinon cette chose ne reviendra pas. Elle devra faire le parcours elle-même, qui y mène, comme n’importe laquelle autre personne.

Andrè P. (source)

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Ce retour à l’unité n’est pas une nouvelle expérience de la part du moi mais la fin de la division. Il n’y a plus quelqu’un qui fait une expérience, il y a expérience ; il n’y a plus quelqu’un qui pense, il y a la pensée ; il n’y a plus quelqu’un qui regarde, il y a regard, observation...

Andrè P. (sources)

vendredi 26 septembre 2008

• Méditer est simplement revenir chez soi - Paule Lebrun

Méditez, c'est facile, ce n'est rien d'autre que revenir chez soi

Paule Lebrun

La méditation demande du temps pour soi, de la relaxation et un état de neutralité bienveillante face aux événements de la vie. Ingrédients que l'on retrouve peu dans notre vie sociale et culturelle ainsi que dans notre éducation. On mystifie la méditation, on y voit un acte exotique pieux et compliqué alors qu'en fait, méditer est simple et naturel. Voici l'abc de cet art de vivre au quotidien.

Méditer, c'est être totalement dans son corps

Vous vous promenez à la campagne un dimanche matin. C'est beau. Il y a des fleurs. Et vous prenez conscience, tout à coup, que depuis dix minutes, vous n'avez rien vu, rien senti, rien entendu. Vous étiez complètement absorbée par votre discours intérieur. Vous étiez « ailleurs ». Dans le futur, dans le passé, dans vos histoires avec Pierre, Jean, Jacques. Si vous revenez ici et maintenant, vous prenez soudain conscience de la caresse du vent sur votre peau, vous entendez de nouveau les enfants crier au loin, vous prenez de nouveau conscience du jaune et de l'orange des fleurs dans le champ. La pensée a pour fonction de nous amener dans le passé et le futur. Pour le corps, il n'y a ni passé ni futur. Il y a seulement ce qui se passe dans l'instant. Nous ne sommes jamais tout à fait là. Nos pensées, disent les Orientaux, nous hypnotisent. Elles sont comme un voile devant nos yeux, un écran de fumée qui encrasse les fenêtres de nos sens. Nous substituons continuellement la pensée à l'expérience directe. Dans les cultures orientales, ce discours intérieur incessant et quasi permanent constitue le principal obstacle à la connaissance et à La réalisation de soi-même. « Perdez la tête et retrouvez vos sens » est devenu, au cours des années le leitmotiv des nouvelles approches en psychologie. On rejoint par là un des éléments essentiels de la sagesse zen.

Méditer, c'est devenir attentif à ce qui se passe ici et maintenant

Méditer n'est pas non plus réfléchir à quelque chose. Au contraire, l'essentiel de la méditation consiste à ne plus penser du tout, à laisser le silence s'installer en soi. En fait, méditer n'est pas à proprement parler un acte. C'est plutôt un état. Une façon d'être.
On a toujours l'esprit occupé. On finit par être si habitués à l'agitation de notre esprit, au trafic incessant de nos pensées, qu'on finit par croire que ces pensées sont l'essence même de notre moi. On a fini par oublier que notre nature de base en est une de silence intérieur et que lorsque nous touchons des plages de ce silence, nous pouvons toucher du même coup l'extase d'exister tout simplement.
Les préjugés sur la méditation sont nombreux. On voit en la méditation un acte exotique, compliqué, alors qu'on peut méditer en mangeant, en marchant, en faisant la vaisselle. « Quand je mange, je mange ; quand je bois, je bois ; quand je dors, je dors », dit te maître zen à son disciple qui lui demande le secret de sa paix intérieure. « Simplement ça ? », dit le disciple déçu. Facile ? Essayez donc de manger pendant plus dune minute sans penser à autre chose...

Méditer, c'est s'éveiller à sa vraie nature

Le grand mythologue américain Joseph Campbell montrait du doigt l'ampoule du plafond à ses étudiants et leur demandait : « Êtes-vous l'ampoule ou la lumière qui passe à travers l'ampoule ? » Il considérait la réponse à cette question essentielle. Qui suis-je ? Suis-je la lampe ou la flamme à l'intérieur de la lampe ? Ou suis-je les deux ?
Les sages, les saints et les êtres éveillés de différentes cultures nous répètent constamment que nous sommes la lumière qui passe à travers l'ampoule, alors que nous nous tuons à nous identifier à l'ampoule et que nous refusons de croire que nous pouvons être aussi la lumière. Méditer, c'est commencer à réaliser que si notre corps est l'ampoule qui contient la lumière, notre conscience, elle, est cette lumière qui circule indépendamment des courts-circuits ou des bris de verre. Nous sommes beaucoup plus vastes que ce que nous croyons.
Un soufi (ascète de l'Islam) qui toute sa vie s'est prosterné devant son Dieu, a, sur ses derniers jours, le « flash », la révélation : « Je suis celui que j'adore ».
Pour bon nombre de traditions orientales, il n'y a pas de Dieu extérieur à nous-même. Il n'y a, disions-nous, que des êtres réalisés, « éveillés », et d'autres qui ne le sont pas. Nous sommes tous des Bouddhas non arrivés à terme.
Le Bouddha en moi ressemble en certains points à un chat ou à un bébé. Merveilleux bébés d'avant la culture ! Observez-les : entiers, curieux, présents totalement ici et maintenant. C'est le sens du « redevenez comme des enfants » du Christ et, encore une fois, de la plupart des traditions mystiques. Non pas « Retombez en enfance », non pas « Redevenez infantiles », mais retrouvez en toute conscience la pureté, la curiosité animale, la totalité des tout-petits. Le tao a une superbe image qui résume bien la maturité consciente du vieillard et la spontanéité radicale de l'enfant : celle du vieil enfant. Devenez le vieil enfant. Retrouvez l'expérience directe d'un enfant découvrant le monde. Voyez, sentez, touchez, goûtez comme si c'était la première et la dernière fois. Cultivez la sagesse du vieillard qui a vu mille fois l'eau couler sous le pont, et qui sait d'expérience que tout change, et l'innocence de l'enfant qui sait voir un trésor dans une goutte d'eau.

Méditer n'est pas en soi un acte exotique

Au-delà des méthodes issues de différentes cultures, les méditations ont toutes un fondement commun : la relaxation, l'observation et la neutralité.
Relaxation du corps, parce qu'un corps tendu ne sent pas, parce que le corps n'est que l'expression physique du mental et qu'à un corps tendu correspond un mental agité.
Observation : commencer à observer ce qui se passe en dedans de vous : les sensations les émotions les pensées qui vont et viennent.
Neutralité : la méditation n'a pas pour objectif d'être bien. La méditation a pour but de nous permettre d'accueillir tout ce qui est. Comme un miroir. Le miroir ne choisit pas de refléter ce qui est beau et bon, et de ne pas refléter ce qui est laid ou mauvais. Il ne fait que refléter ce qui est.
Reste que la plupart des techniques méditatives nous viennent au départ de l'Orient. Pendant qu'ici, on parle de gens malades et de gens bien portants, en Orient, on parle de gens endormis et de gens « éveillés ». Toutes les techniques orientales de méditation visent la même chose : éveiller la personne, la sortir de la demi-conscience de la vie ordinaire. Comment ? En étant présent. Uniquement être présent. Jour après jour. Sans intervenir. Être présent à sa respiration sans la changer. Être présent à ses pensées, ses émotions, ses sensations, devenir le témoin de soi-même.
Gurdjieff, l'un des grands maîtres spirituels du XXe siècle, en Occident, parle d'un témoin qui existe en chacun de nous, mais dont nous sommes coupés. Lorsque nous parlons, quelqu'un en nous reste silencieux, lorsque nous courons dans toutes les directions, quelqu'un en nous demeure immobile. Lorsque nous sommes en colère, lorsque nous désirons passionnément, quelqu'un en nous est là qui, simplement, observe. Le témoin n'est pas le « je » qui pense, le témoin n'est pas le « je » qui souffre et qui aime. Il ne juge pas, il ne condamne pas, il ne dit pas « Ceci est bon » et « Ceci est mauvais ». Il ne dit pas « Cela devrait être ». Il n'a ni émotion, ni pensée, ni attente, ni âge. Il existe en nous au-delà de tous nos scénarios, de tous nos préjugés, au-delà de notre histoire personnelle.

Méditer, c'est commencer à prendre conscience du mécanisme de la pensée

Une des premières découvertes du méditant consiste à mettre en lumière tout le fonctionnement interne de la formation des pensées et des images. Pas de façon intellectuelle, mais par la simple auto-observation. Avez-vous déjà observé comment se forme une pensée ? D'abord, elle est vague, lointaine. Puis elle se précise peu à peu et envahit tout votre champ mental. Puis elle redevient de nouveau imprécise et disparaît. Même processus pour les émotions et les sensations. Elles émergent, éclatent et disparaissent comme des fleurs.
Méditer, c'est apprendre à voir les événements de votre vie pour ce qu'ils sont : des nuages passagers.
Vous êtes le ciel. Pensées, émotions, sensations, toutes les choses qui vous arrivent sont des nuages. Parfois les nuages sont noirs, parfois les nuages sont blancs, parfois ils s'accumulent jusqu'à masquer le ciel, parfois ils passent rapidement. Ils vont, ils viennent. Peu importe leur nombre, leur couleur, le temps qu'ils restent, ils ne sont que des nuages. Et vous, le ciel, vous demeurez inchangé.

Méditer, c'est aussi prendre contact avec ce qui en vous ne change pas

Les soufis nomment cela l'état d'hôte. Il y a l'hôte (vous) et il y a les invités (les pensées, les émotions, les sensations). Ne confondez pas l'hôte et les invités. Ne vous identifiez pas aux invités. Ils ne sont pas faits pour rester. C'est dans ce sens que bon nombre de traditions mystiques parlent de détachement. Il y a vous, et il y a la tristesse qui maintenant passe en vous. N'accrochez pas. La tristesse n'est que l'invitée qui passe dans l'auberge. Tôt ou tard elle sen ira. Seul l'hôte demeure.

Méditer, c'est commencer à s'aimer et à s'accepter sans se juger

Nous nous jugeons continuellement. Et le jugement nous fait sortir automatiquement de l'état méditatif. Le jugement requiert une comparaison constante du passé et du présent. Il nous ramène tout de go dans nos pensées. Il est peut-être nécessaire pour vivre en société, mais quand on revient à l'intérieur de soi, il devient une barrière, un obstacle. Quand on se juge, on s'empêche d'être comme on est. Plus vous prenez vos sentiments pour ce qu'ils sont (des nuages, des invités), plus vous vous regardez avec une sorte de bienveillance souriante. Tout passe. Et vous le savez. Vous vous permettez de plus en plus d'être totalement ce que vous êtes.

Méditer, ce n'est rien d'autre que revenir chez soi

En fait, il n'y a rien à faire dans la méditation. Ce n'est pas réciter un mantra, ce n'est pas faire une prière. Tout cela, c'est la technique qui ne fait que préparer la chambre pour recevoir l'invité. Méditer est simplement revenir chez soi et prendre un peu de repos. Il n'y a pas un « autre part» où aller dans la méditation. Il s'agit seulement d'être là où vous êtes, d'occuper tout l'espace où vous êtes. C'est ça, méditer.

Magazine Lumière - mars 1999

Journaliste de grands reportages pour Chatelaîne et le Guide Ressources, Paule Lebrun a consacré peu à peu ses écrits à l'émergence des nouvelles valeurs spirituelles dans les cultures contemporaines.
Psychothérapeute transpersonnelle, elle a été formée en Inde à la psychologie bouddhiste et s'est intéressée de près aux traditions amérindiennes. Paule Lebrun nous offre une approche pan-culturelle qui fait appel autant aux mythologies orientales qu'occidentales. Ce qui l'intéresse c'est de réintroduire la dimension sacrée dans nos vies.

mercredi 24 septembre 2008

• La libération est instantanée et totale - José Leroy



Les quatre étapes de la vie

Notre vraie Nature est donc le « Je Suis », la Première Personne, et nous nous sommes à tort identifiés à la troisième personne.
L'identification de la Première Personne à la troisième personne est un processus temporel, qui est en fait inévitable et même nécessaire. Nous avons tous commencé notre vie en étant Première Personne (le « Je Suis »), Espace vide, illimité pour accueillir le monde. Les petits enfants ne se prennent pas pour un individu ; ils ne s'identifient pas à l'image que leur renvoie le miroir et certainement pas à leur corps ; ils ne prétendent pas que leur apparence – un petit garçon ou une petite fille – constitue leur essence, leur vrai moi. C'est seulement à travers un processus temporel que les enfants finissent par croire aux contes des adultes : tu es ce que tu parais être.
Douglas Harding décrit ce processus en quatre étapes :
– Le nouveau-né, pour lui-même, est une Non-Chose, sans visage, grand ouvert pour recevoir le monde. Vu de l'extérieur, c'est une chose très petite, mais de son point de vue, il est sans limite et sans forme. Il est Première Personne, sans en avoir encore conscience.
– La deuxième étape correspond à l'enfance, étape bénie car l'enfant n'a pas encore perdu l'accès à sa vraie Nature. Quand il est seul, quand il joue, il est encore immense et sans forme, Espace infini qui accueille les autres visages et le monde des couleurs et des formes encore chaotique. Il ne s'est pas identifié à son apparence dans le miroir (ce petit garçon, cette petite fille); il est libre du regard des autres mais il commence à prendre conscience, peu à peu, que pour ses parents, pour ses proches il est un petit garçon ou une petite fille.
– Puis vient la troisième étape, l'adolescence, dans laquelle l'enfant a oublié sa vraie Nature pour s'identifier totalement à ce qu'il paraît, vu de quelques mètres. Douglas décrit ainsi cet enfermement : « Mais à mesure que l'enfant grandit, cette idée acquise de lui-même-vu-de-l'extérieur en arrive à obscurcir et finalement à éclipser sa vision naturelle de lui-même vu-de-l'intérieur. En fait, il rapetisse. Au début, il contenait son monde; à présent, c'est son monde qui le contient, lui – enfin, le peu qu'il reste de lui. Lorsqu'il s'agit de décrire ce qu'il est, là où il est, il croit tout le monde sur parole excepté lui-même, et il n'est plus Première Personne. Les conséquences sont de plus en plus tristes. Ayant été le Tout, on l'a fait rétrécir jusqu'à n'être plus que ce petit fragment dérisoire, alors il devient avide, haineux, craintif, refermé sur lui-même et fatigué. (...) Bref, il est à côté de lui-même, ex-centrique, étranger à lui-même – alors tout va mal. »Pour la plupart des gens, la vie, malheureusement, se passe jusqu'à la mort dans cette troisième étape qui devient à la longue un enfer, une source de souffrances.
– La quatrième étape correspond à l'éveil qui est la sortie de l'identification avec ce que nous paraissons être. La conscience se délivre de toutes les limitations imaginaires et retrouve sa nature d'Espace d'accueil infini. Douglas écrit: « Totalement non-mystique (au sens populaire du terme), c'est une expérience précise, radicale, c'est tout-ou-rien, il n'y a pas de degrés de vision. La libération est instantanée et totale – aussi longtemps que dure l'expérience. Ensuite commence la partie vraiment astreignante du travail : vous devez continuer à voir votre Absence/Présence à tous moments et où que vous soyez, autant que possible, jusqu'à ce que la vision devienne tout à fait naturelle (...) et constante ».

L'éveil correspond à la quatrième étape de notre vie qui est une redécouverte instantanée de la Première Personne et qui correspond à une libération du regard extérieur que je pose sur moi-même en me voyant du point de vue d'autrui.

Extraits de S'EVEILLER A LA VACUITE - L'audace de voir sa vraie nature avec la Vision Sans Tête, de José Leroy (Éditions Accarias-L'originel)

vendredi 19 septembre 2008

• La cloche d’un temple - Ryôtan Tokuda

La cloche d’un temple

Ryôtan Tokuda

Ryôtan Tokuda est né en novembre 1938 dans le nord du Japon. Jeune homme, il eut une expérience mystique qui bouleversa toute sa vie. Il se promenait dans la campagne lorsqu’il entendit dans le lointain résonner la cloche d’un temple. Le son était si pur qu’il eut envie de s’approcher pour l’écouter de plus près. Il emprunta une lande de terre courant entre deux rizières. Mais quand il arriva sur l’esplanade du temple, la cloche s’était tue et le lieu semblait désert. Quelques jours plus tard, il décida de revenir et d’attendre le moment où l’on sonnerait la cloche. En fin de journée, un moine fort âgé arriva, quatre-vingts ans ou plus. Il était accompagné d’une petite fille qui le guidait par la main, car il était aveugle. L’enfant et le vieil homme gravirent les marches jusqu’au campanile où était suspendue la cloche de bronze. Et lorsque le moine frappa le premier coup, Ryôtan, qui se nommait alors Kyuji Igarashi (son nom civil), eut la sensation que son corps disparaissait sous l’effet de l’onde sonore, qu’il n’existait plus. Cette expérience inaugurale résonna comme un appel. Il quitta alors l’armée où il s’était engagé et se tourna vers le zen, qu’il approfondissait déjà par des lectures. Il pratiqua d’abord dans l’école rinzai avant de devenir bonze sôtô sous le nom religieux de Ryôtan. À la fin des années soixante, il s’installa au Brésil. Il y vécut près d’une vingtaine d’années avant de séjourner régulièrement puis de s’installer en France. Aujourd’hui, il a cessé d’enseigner et partage son temps entre l’Allemagne et le Japon.

Ryôtan a l’allure douce des humbles. Sensible à la parole mystique, il aime cultiver l’art de la disparition. Toute sa vie durant, il a recherché des échos de sa propre expérience chez les mystiques chrétiens, Maître Eckhart en premier. Dans la plupart de ses leçons, Ryôtan commentait indifféremment Dôgen par une lecture d’Eckhart ou Eckhart par une lecture de Dôgen. “Je découvre certains textes de Maître Eckhart, et j’ai l’impression de lire du zen pur, disait-il. Lorsqu’on croise l’œuvre de Maître Eckhart comme une chaîne verticale et celle de Maître Dôgen comme une trame horizontale, une très belle étoffe apparaît.”


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