mercredi 18 mai 2022

• C'est un instant intemporel, sans cause ni condition - Keith Dowman

 

Le Dzogchen Radical pointe vers la réalité non duelle qui est la nature de l'esprit, la nature de notre être, la nature de chaque moment intemporel d'expérience dans l'ici et maintenant.

Cette réalité, ou la nature de l'esprit, ou le fondement de l'être, ou la manière dont on souhaite exprimer la conscience non duelle du maintenant, peut être indiquée au moyen de neuf formules verbales. Premièrement, il est non référentiel ; il n'a aucun point de référence, aucun point de départ et aucun but. Deuxièmement, il surgit spontanément dans un moment intemporel ; elle n'a pas d'existence objective. Troisièmement, c'est notre identité totale ; notre véritable « soi » est tout compris. Quatrièmement, c'est la conscience de l'ici et maintenant et en tant que tel, c'est un instant intemporel et donc sans cause ni condition. Cinquièmement, il n'est pas fonctionnel ; ce moment est une sérénité totale et, par conséquent, aucune action ou technique ne peut l'induire. Sixièmement, c'est une joie complète, un pur plaisir, au-delà de la béatitude. Septièmement, c'est la non-dualité, l'unité, et en tant que telle ineffable et inéluctable. Huitième, c'est une sphère sans limites dans laquelle macrocosme et microcosme ne font qu'un. Neuvièmement, c'est la dispensation naturelle ; c'est la maison.

Le Dzogchen Radical n'a pas de maison spécifique dans aucune religion ou culture. Au contraire, chaque religion et culture abrite des dzogchen radicaux. Bien que différentes étiquettes puissent l'identifier dans ces divers contextes humains, sa réalité existentielle est la même. Bien que la réalité non duelle soit partout reconnue par certains êtres humains, des êtres qui l'expriment dans la musique, la poésie et l'art, c'est la tradition tibétaine qui, par le biais de facteurs politiques et sociaux coïncidents, l'a portée à notre attention. Une renaissance de l'esprit humain radical au Tibet oriental au XXe siècle a fourni la dynamique qui a fait connaître le Dzogchen et en particulier le Dzogchen Radical.

Keith Dowman 

lundi 16 mai 2022

• Il n'y a nulle part où aller, et pourtant des pas sont faits - Élias Amidon

 L'intention de La voie ouverte est de procurer aux lecteurs l'expérience spontanée de l'éveil à la présence de la conscience qui est notre nature la plus intime et le fondement silencieux de tout être. Le terme "conscience ouverte" est synonyme de nombreux autres termes utilisés dans les traditions mystiques du monde pour désigner le but ultime de toute quête spirituelle : illumination, esprit primordial, amour inconditionnel, unité de l'être, nature de Bouddha, etc.

 Avec une démarche patiente et bienveillante, l'auteur offre à chacun de nombreux chemins d'accès à une conscience non dualiste - notamment à travers des exercices pratiques à la fin de chaque chapitre.

  Néanmoins ce livre ne se résume pas à du développement personnel. Il expose une démarche spirituelle complète, issue du soufisme universel, c'est-à-dire non liée à une religion. En même temps il puise dans plusieurs traditions spirituelles – zen, bouddhisme tibétain, tantrisme, advaita, et aussi des enseignements de plusieurs maîtres occidentaux non dualistes.  


 Dans ce travail, l’invitation est de laisser notre vie se détendre dans la claire ouverture de l’être, sans attachement à des histoires personnelles. Il s’agit d’accueillir la fraîcheur omniprésente de la conscience ouverte, notre état naturel, là, maintenant.


  Ce livre s’adresse à toute personne désireuse de réaliser cet éveil, d’apprendre à le maintenir et à l’exprimer dans les conditions variées de sa vie quotidienne.


Elias Amidon est américain. Il est le directeur spirituel du mouvement "Sufi Way", héritier direct de Hazrat Inayat Khan qui avait introduit le soufisme universel en Occident au début du XXe siècle. Parmi ses nombreux engagements, il a travaillé comme activiste interconfessionnel et maître spirituel. Il s'est aussi engagé dans des mouvements pacifistes ainsi que des activités humanitaires et environnementales dans le monde entier.


© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Accarias-L'Originel :


L'un des moments les plus joyeux dans la vie du chercheur spirituel est celui où la recherche prend fin, où nous comprenons que le but longuement poursuivi de la quête spirituelle est déjà présent en nous : notre conscience naturelle. Nous réalisons que nous sommes ce que nous cherchons : cette conscience pure, transparente, au cœur de notre être, est une fenêtre lumineuse sur l’unité. Avec cette prise de conscience survient la réalisation qu’il n’y a rien de plus à faire. Rien ne doit changer. Nous n’avons pas à nous améliorer. Chacun de nous est déjà digne de la conscience éclairée, car elle est notre nature innée. Cette prise de conscience nous procure un indescriptible senti- ment de soulagement et de libération de tout jugement de soi. Dans ces moments de réalisation, nous saisissons que nous ne faisons qu’un avec la réalité tout entière et qu’il en a toujours été ainsi; et cet état naturel est complètement sûr, libre, accueillant, rayonnant, d’une beauté suprême. Nous n’avons rien à faire pour qu’il devienne réalité. Cela se fait entièrement tout seul. 

Le but central de la Voie Ouverte est de nous familiariser avec l’ouverture à cette réalisation fondamentale de ce qui est déjà vrai, et d’apprendre à nous laisser aller à cette reconnaissance de notre nature innée, que j’appelle souvent « la conscience ouverte » ou simplement « la conscience », et à la stabiliser. 


QU’EST-CE QUE LA CONSCIENCE OUVERTE?


Cette interrogation est au cœur de notre travail en commun. Nous allons utiliser beaucoup de termes et d’exercices pour nous concentrer sur cette question et, à maintes reprises, examiner directement les points qu’elle soulève. Mais la réponse n’aura rien à voir avec les mots. Chacun de nous doit oublier mots et pensées pour faire place à la réponse qui surviendra. Elle nous apparaîtra intuitivement dans notre for intérieur. En fait, elle « n’apparaîtra » même pas comme une image ou une pensée apparaît à notre conscience, car ici nous demandons à la conscience d’être consciente d’elle-même.

C’est demander l’impossible : tel l’œil qui ne se voit pas lui-même, la conscience ne peut pas être consciente d’elle-même. Pourquoi? Parce que d’abord la conscience n’est pas une chose ni un objet. Elle n’a ni forme ni couleur ; elle est complètement transparente et invisible. De plus, la conscience ne peut être ni sentie ni perçue d’une manière qui nous la révélerait comme quelque chose de connaissable, là devant nous. Et pourtant nous savons que nous sommes conscients ; nous savons que la conscience est. La conscience est le fondement de tout ce que nous avons toujours vécu et que nous vivrons encore. Chaque objet, chaque pensée, chaque émotion, chaque sensation, chaque souvenir ne sont connus que parce qu’ils apparaissent à la conscience. Sinon rien de tout cela ne pourrait être connu. La conscience est l’origine de toute notre sensation d’exister, et pourtant où est-elle? Quelle est-elle ? Comment peut-elle être appréhendée ? Nous savons qu’elle est, mais à chaque fois que nous essayons de regarder directement la conscience, nous ne voyons... rien !

Voilà déjà un indice. La conscience n’est pas une chose. Nous pourrions dire qu’elle n’est rien, mais est- elle simplement rien ? C’est la conscience ! Quelle qu’elle soit, elle ne revêt jamais une forme substantielle. Comme le diraient les bouddhistes, elle est dénuée de toute substantialité. Elle est ouverte. Elle n’a pas de contours. Elle est l’espace même. Elle est illimitée, mais d’une certaine façon totalement présente. De plus, elle est lumineuse : complètement claire et en même temps porteuse de lumière, à savoir « la lumière de la conscience ».

Tout au long de cet ouvrage, nous reviendrons à maintes reprises sur la question de savoir ce qu’est la conscience ouverte. Et nous nous proposerons d’examiner cette question à sa source, pour nous-mêmes, pas dans l’abstrait mais à travers notre expérience directe. En fait, je vous encourage à le faire tout de suite, là, maintenant. Tout en lisant, observez comme vous êtes conscient des mots utilisés, des pensées qu’ils suscitent, de la forme des lettres, du blanc du papier ou de l’écran sur lesquels elles s’inscrivent, des objets dans la périphérie de la pièce où vous lisez ceci, de la sensation de votre corps assis. Des perceptions qui toutes apparaissent à « votre » conscience. Elles peuvent être vues, senties ou perçues.

Mais que dire de la conscience qui est consciente de ces perceptions ? Regardez avec toute la profondeur et la persistance dont vous êtes capable. Familiarisez-vous avec cette façon de voir comme si vous tourniez les yeux à 180 degrés de votre regard extérieur et que maintenant vous regardiez ce qui, en vous, regarde. Que « voyez- vous » ? Explorez cela aussi souvent que vous le pouvez. Un indice : si vous cherchez quelque chose, vous serez déçu. À l’inverse, abandonnez toute idée de « regarder » pour simplement « voir », sans essayer de découvrir quoi que ce soit. Lâchez prise ! Même si la conscience ne peut pas être consciente de la conscience, elle peut être conscience. Elle l’est, naturellement.

Certains disent qu’il est utile, à ce stade, de modifier sa manière de chercher quelque chose avec ses yeux ou son intellect pour permettre à son cœur de s’ouvrir à la question : « Qu’est-ce que la conscience? » Par « cœur », j’entends toute la présence de la conscience dans laquelle apparaissent l’intellect, les sensations et les émotions. C’est ce que les soufis appellent al ‘ayn al qalb, « l’œil du cœur ». C’est la conscience dans son ensemble telle que votre corps en fait l’expérience. Ouvrez-vous à la présence de la conscience avec tout votre cœur. 

samedi 7 mai 2022

• Cesser d'être conscient d'autres choses - Ramana Maharshi

Question :

"Quelle est cette conscience et comment
peut-on l'obtenir et la développer ?"
Bhagavan :
" Vous êtes "conscience". "Conscience" est
un autre nom pour vous.
Du moment que vous êtes conscience il n'y
a pas besoin de l'atteindre ni de la cultiver.
Tout ce que vous avez à faire, c'est de cesser
d'être conscient d'autres choses, c'est à dire
de ce qui n'est pas le Soi.
Si vous cessez d'y prêter attention, alors
seule demeure la pure conscience,
et c'est cela le Soi."

samedi 30 avril 2022

• Ce que nous sommes est en amont du mental et de tout le perçu - Marion


L'ignorance

Lorsque nous parlons d'ignorance, nous ne nous adressons pas à un quelqu'un car l'éveil est précisément la réalisation qu'il n'y a jamais eu aucun "moi" auteur.
Le chercheur, lorsqu'il entend ce mot, pense immédiatement qu'il y a un but à atteindre, quelque chose à faire afin de ne plus être ignorant.
L' éveil devient alors personnel et stratégique, pour "moi" dans le monde.
Sur la voie, ceci est souvent l'erreur qui empêche de reconnaître notre nature divine et éternelle.
Car en réalité il n'y a jamais eu d'ignorance mais simplement une idée d'ignorance.
Cette simple pensée est intrinsèquement liée à l'identification à "moi".
C'est le mental ici qui cherche à se défaire de l'ignorance.
Or l'éveil n'est pas mental, il est cette réalisation de l'instant hors temps et espace, notre nature véritable.
Ce que nous sommes est donc en amont du mental et de tout le perçu.
Ainsi rien ne sert de s'appuyer sur les pensées pour se trouver.
Rien ne sert de tenter de se débarrasser de l'ignorance.
Vous avez simplement à reconnaître qu'il y a là une présence/conscience immuable sur laquelle viennent se tisser une multitude de formes, y compris la pensée d'un quelqu'un qui est ignorant.
Laissez-vous la découvrir, laissez-la emplir le champ expérientiel.
Cette conscience est ce que vous êtes, elle est toujours pleinement consciente d'elle-même.
Aussi vous n'avez nul besoin de rajouter un effort supplémentaire pour être déjà Cela.
Vous êtes déjà pleinement ce que vous avez toujours été, pure Conscience.
Le mental émerge simplement en votre sein.
Ne le croyez pas réel, il est un phénomène transitoire.
Tant qu'il est actif, ne lui accordez aucun crédit. Dès qu'une pensée émerge, posez l'attention sur la source de cette pensée et déposez vous là, en tant que Cela.
Vous êtes la Source,
Vous êtes l'inaltérable,
Vous Êtes, de tout éternité.

Retrouvez Marion sur Ce qui est - Non-dualité

vendredi 29 avril 2022

• Je suis et je demeure "ce qui est" - Siddharameshwar Maharaj

La conscience et l'absolu ne sont qu'Un.

Il n'y a pas de séparation.
Il n'y a qu'un seul Être, une seule conscience,
un seul Soi, un seul et unique substrat à
toutes les expériences.
On peut même dire qu'il n'y a même pas
"un seul substrat" (qui le distinguerait d'un
autre ou du reste), mais il n'y a que Lui.
Cela est notre véritable nature et c'est
seulement à cause de l'ignorance, du sens
du moi, de l'identification avec des attributs,
aussi subtils soient-ils, que vient la dualité.
Quand il n'y a plus de pensée,
il n'y a plus de distinction.
Au-delà de la connaissance "j'existe", avant
même que celle-ci n'apparaisse, je suis et je
demeure "ce qui est".
Qui suis-je sans le sens "je suis"?
Qui connait cette présence "je suis"?
Qu'est-ce qui peut-être au-delà de cette
Conscience ou principe de vie ?

≈≈≈≈≈≈≈

A quoi bon cuisiner quand l’estomac est plein ? Puisque la vérité est évidente en soi, nul besoin de pratiquer quoi que ce soit. Celui qui pense à une méthode pour la comprendre ne fait que confirmer la présence du doute en lui ; « Que faire, Où aller ? » Il n’y a rien à faire et nulle part où aller. Celui qui suit une méthode pour atteindre la réalisation suppose a priori qu’il est le corps et que maintenant il doit devenir Dieu. Mais lorsqu’on est déjà roi, pourquoi vivre en mendiant ?
Tous les doutes doivent se consumer par la compréhension que l’on est le Soi.

≈≈≈≈≈≈≈

Celui qui est capable de discerner entre le Soi et le non-Soi s’envole comme le cygne s’élève jusqu’aux confins du ciel d’un puissant coup d’aile. 

mercredi 27 avril 2022

• La neige s’amoncelle sur le plateau d’argent - Françoise Lesage

 

Ce livre répond à la question suivante : quand les temps sont durs, et que les ressources deviennent rares, comment rester concentré  sur la dimension spirituelle de notre vie ? Comment maintenir l’harmonie avec les autres ?

Se concentrer sur l’essentiel, partager avec les autres les précieux aliments, voici en peu de mots le cœur de l’enseignement de Fuyo Dokai. Ce moine zen de la Chine médiévale, pour avoir refusé les honneurs de l’Empereur, fut obligé de se cacher dans les montagnes arides. Bientôt entouré par une communauté grandissante de disciples, il résolut de garantir l’autonomie et l’harmonie au sein de cette microsociété. Ce maître charismatique écrivit alors le Gion Shogi, les règles authentiques de la transmission, traité où se lit l’évocation d’une sagesse sauvage.

Les propos de Françoise Lesage actualisent ce texte dans le contexte de notre société. Enseignante zen de longue date, elle fait émerger la profondeur du Gion Shogi, tout en ajoutant une note complémentaire. Face au moine sauvage de la Chine médiévale, se tient une nonne qui pratique le Zen depuis 43 ans.

Extrait publié avec l'aimable accord des Édtions L'Originel - Charles Antoni :

Obscurité et lumière

Je cache la clarté quand approche l’obscurité, et l’obscurité quand approche la clarté, et quand elle vient des quatre coins et des huit directions de l’espace je l’attaque comme un vent furieux, et quand elle quitte le ciel vide je la chasse avec un balai : ding, ding, ding...

Lumière et obscurité ! Une expression des plus commune de la dualité : lumière, on pense illumination, et obscurité, celle de notre ignorance. Oui mais voilà, assis en zazen nous sommes entrés dans la chambre du maître, dans la non-séparation. Et il existe d’autres compréhensions de cette dualité. La lumière, c’est aussi ce qui permet les discriminations, ce qui fait voir toutes les différences. Dans la lumière-vigilance, on voit tous les détails, et alors comment ne rien distinguer, opposer !

L’obscurité, elle, efface toutes les différences, efface nos certitudes, on ne reconnaît plus rien. Tout est unifié dans l’obscurité. Lumière, obscurité, les deux faces de l’unité, non opposées.

Un autre moine a écrit ce poème (Sekito dans le Sandokai) :

Dans l’obscurité existe la lumière,
Ne regardez pas avec une vision obscure. Dans la lumière existe l’obscur,
Ne regardez pas avec une vision lumineuse.

Obscurité et lumière se renvoient l’une à l’autre. Elles ne sont pas identiques mais se complètent. Dans l’obscurité, dans l’indifférenciation des choses, nous pouvons percevoir la lumière, l’unité. Finalement c’est discerner avec un autre sens que celui de la vue, développer une intuition profonde de ce qui nous entoure, là où il n’est pas utile de séparer, de juger, de classer. Dans la lumière ne regardons pas avec une vision lumineuse et là où les différences apparaissent ne créons pas de séparation. Dans l’obscurité, ne nous égarons pas dans une vision obscure et gardons le cap, celui qui nous a fait mettre en chemin, ne laissons pas la peur nous enfermer dans ses apparences. Osons frapper à la porte du maître.

La neige s’amoncelle sur le plateau d’argent, dans la lumière de la lune (Hokyozanmai de Tozan).

C’est un autre poème d’un grand maître : tous ces blancs paraissent semblables mais ils ne sont pas identiques. Toutes ces différences se marient harmonieusement. C’est cela ne pas regarder avec une vision lumineuse, voir ensemble et ne pas séparer, entrer dans le paysage, entrer dans le tableau !

Quand la clarté vient des quatre coins et des huit directions, je l’attaque comme un vent furieux, et quand elle quitte le ciel vide je la chasse avec un balai : ding, ding, ding.

Ce vent qui habite Fuyo Dokai dissipe toute classification, éparpille tous nos jugements, comme un grand coup de balai, dissipe toutes nos illusions, nos discriminations. Alors on peut entendre résonner le son clair de la connaissance dans cette apparente fureur.

Entrer dans la chambre du maître, c’est cela, renverser nos certitudes sans se déjuger, parce qu’il n’y a pas de jugement. Avancer dans l’inconnu obscur vers cette unité insaisissable, qui nous échappe comme le vent furieux. Perdre toute idée de maîtrise pour entrer simplement dans l’unité de soi et du monde. Là est la source de la Voie.

Chez le même Éditeur :

La réalité est un concept à géométrie variable, de Gilles Farcet :

Quand l’exercice de la rétrospective s’ancre dans le moment présent... Voici le témoignage du cheminement d’un être-heureux qui voit en quoi il ne sera jamais complet. Face à la vie, il ne reste que l’humilité devant l’inconnu.

Une question centrale de ce livre est la quête du bonheur. L’auteur se considère heureux, malgré les souffrances qu’il traverse en tant qu’être humain. Est-ce vraiment le bonheur ? Pas exactement, car le bonheur est un sentiment éphémère. Être heureux signifie se sentir vivre, respirer – sentir que la vie est plus grande que l’ego.

Le libre arbitre est une deuxième interrogation essentielle. Faut-il suivre les circonstances de la vie ou faut-il frayer son chemin à contre-courant ? L’auteur décide de suivre les circonstances et retrouve dans ce champ une capacité à orienter sa vie. «Une force le rappelle à l’intimité de son être – il habitait avec lui-même et en était positivement ravi. »

À l’issue de cette maturation spirituelle, l’auteur vit aujourd’hui à la campagne, entouré de gens qui l’écoutent et suivent ses conseils. Est-ce qu’il est éveillé ? Oui, au fait que l’être-heureux n’est pas un abri contre la morsure du monde. Quel conseil peut-il donner ? Se lever tous les matins, faire de son mieux, être soi-même, être naturel. 

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Sol vivant, parole vivante, vision d’un permaculteur zen, de Raimund Olbrich

Comment sortir des crises qui bouleversent le monde et renouer avec une vie authentiquement humaine ? Quel équilibre nouveau peut-être trouvé pour vivre en accord avec la nature ?

Permaculteur et moine zen, Raimund Olbrich répond dans ces entretiens aux grandes questions de notre temps.

Face aux périls environnementaux, il propose une voie de simplicité et d’action, pour retrouver la maîtrise de nos activités et les rendre enfin porteuses de sens. Il s’agit de vivre proche de la nature en assumant la responsabilité actuelle de l’homme : régénérer le vivant. Sa longue expérience de la méditation donne à ses réflexions une originalité et une profondeur d’une rare justesse. Parce que le monde extérieur est un reflet de notre monde intérieur, l’auteur propose un retour à la terre qui ne se limite pas à la seule dimension matérielle. Ces paroles expriment qu’en dépit des apparences, la crise n’est pas inéluctable mais l’occasion pour chacun de mettre en œuvre ici et maintenant des changements libérateurs.

vendredi 22 avril 2022

- Ignorez l’ombre qui vous prolonge - Jean-Marc Mantel

Nous vivons le monde comme une réalité indéniable, et ne mettons que rarement en cause nos systèmes de croyances. La souffrance et l’insatisfaction, à condition qu’elles ne soient pas projetées sur "les autres", sont un bon moteur de remise en cause.

Lorsque nous sortons d’un rêve, nous savons avoir rêvé, et ne donnons que peu de prise au contenu du rêve. Par contre, dans notre quotidien, cette distanciation est difficile, voire impossible. Consacrer un ouvrage au "Mirage du moi", c’est questionner la réalité de notre identité, telle qu’elle nous a été dictée par nos parents et notre éducation. La conscience d’un univers mental projeté peut alors s’éveiller, et la question du spectateur aussi. Qui donc en est le connaisseur ?

C’est à une telle investigation qu’amène Jean-Marc Mantel dans les nombreux échanges qui constituent ce livre. En partant de la périphérie, on a toujours la possibilité de revenir au centre, là où le vent n’est pas, le vent des pensées, des croyances et des opinions.

Une liberté se révèle alors, liberté par rapport à notre propre mental, aux émotions qu’il suscite, et aux traces laissées dans le corps.

Soyons donc audacieux dans un questionnement ouvert et intuitif, qui ramène l’attention à son point de départ, avant même que le monde ne naisse.

À propos de l'auteur : 

Jean-Marc Mantel a une formation de médecin psychiatre. Il a tout d’abord rencontré les enseignements de sagesse, sous la forme des écrits de Krishnamurti et Ramana Maharshi, avant de suivre l’enseignement de Jean Klein. Il a organisé de nombreux congrès sur des thèmes reliant la médecine et la spiritualité. Il s’est ensuite consacré à la sagesse non-duelle, au sujet de laquelle il a écrit de nombreux textes et ouvrages. Il anime des partages réguliers.

Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Accarias-L'Originel

L’absence de croyance, l’absence du personnage : le vide

Pour le mental, la perspective de la source, vide d’objet, est insupportable.

Insupportable pour qui ?

J’ai une perte de sens de tout. Plus de motivation, plus d’intuition. Je suis vide. L’ego a pris conscience de son impuissance, mais cela ne se révèle pas... Est-ce une étape que vous avez connue dans votre parcours ?

Non, je n’ai pas vraiment expérimenté cela. J’ai eu une confiance immédiate et totale dans ces enseignements. Et cette confiance ne m’a jamais quitté. Quand le vide est complètement accepté, il n’est nullement problématique.

*

Des actions se passent ou des pensées, mais rien ne se passe non plus. Un peu comme ce que tu dis quand tu parles d’un bol d’air dans de l’air.

Oui, le changement se déroule en toi. Mais le « toi » en est libre.

La Présence observe le corps qui va et vient, se meut dans ses activités. La Conscience ne bouge pas. Elle n’est pas véhiculée par la tête ou le cœur. C’est le contraire. Les yeux et le cœur sont une fenêtre à utiliser de l’extérieur par l’intérieur. Autrement dit, je ne regarde pas depuis les fenêtres des yeux ou du cœur. Les yeux et le cœur sont des portes d’entrée dans la vision, dans ce qui est, dans l’immuable présence.

Oui.

Une expérience commence par l’identification au corps. Je pense décider me lever et ranger une tasse. Lors du mouvement, il est constaté que JE n’a pas bougé. JE est resté à sa place, sans place, sans forme, sans limite. Et puis, l’expérience recommence avec la survenue du mental : « Tu as bougé (ton corps) et tu en as été inconsciente. » N’est-ce pas là tout le piège lors de ce dénuement de soi-même ? Le mental revenant, et voulant objectiver le Soi et le rendant acteur de ce dont il est en fait spectateur. Seule défense : comprendre et assimiler que ce qui est observé ne peut pas être Soi. Et que cette compréhension commence dans le mental et va s’éteindre dans l’indicible. Est-ce correct?

Oui, c’est correct ainsi.

Il est vu que l’espoir, le rêve d’obtenir un « éveil » est tout à fait contraire à la réalité. LA réalité est la nudité, la perte, le vide, et tant que cela est perçu comme vide et perte, le processus ne peut s’accomplir. Car reste encore le jugement que « je perds » quelque chose. Cependant, la douleur engendrée ne bloque pas le moins du monde ce qui est déjà. Simplement l’écran devient glissant. Une fois que l’écran transparent glisse, rien ne tient bien longtemps. Voilà l’analyse faite de ce vécu, et l’analyse reste encore une bouée qui permet de calmer les résistances qui sont de plus en plus visibles... Que diriez-vous, que corrigeriez-vous de tout cela ?

La perspective décrite est correcte. La neige de l’avalanche glisse, sans que la montagne elle-même n’en soit affectée. Il en est de même avec les projections mentales, qui n’engendrent nul changement dans la lumière qu’elles prolongent. Elles ne peuvent que s’effacer et se résorber en elle, substratum inchangé et inchangeable de toute manifestation.

En pareil cas, pourquoi le vide reste-t-il vide? Il est vide, absolument vide, et cela ressemble à la mort. C’est effrayant et c’est peu hospitalier. Dans le vide et ce qui EST, aucune perception de l’Amour. Le seul amour ressenti qui reste est celui habituel, individuel, dans les relations aux êtres vivants : animaux, humains.

Il n’y a de vide que par rapport au plein qui le perçoit. Si vous n’étiez pas le plein, comment pourriez-vous objectiver le vide ? Ne restez donc pas fixée sur ce qui est perçu. Tournez le regard vers ce qui regarde. La présence qui regarde est la source de tout amour. L’amour est, avant qu’il ne soit objectivé. Ne vous confondez pas avec l’objet. Vous en êtes l’éternel connaisseur.

Toujours revenir en amont, cet insaisissable Je, dont tout part. Serait-ce une sorte de porte ?

Une porte verticale, qui transcende l’espace-temps.

*

J’ai beau me poser mille questions, monologuer sur les explications de ceci ou de cela, invariablement me voici ramené à ce « Qui se pose des questions? », « Qui expérimente ceci ou cela ? »

C’est en effet la seule question qui ait le pouvoir de ramener l’attention vers cela qui est attentif.

Et quand on ne croit plus au chemin qu’a suivi notre personnage...

Voyez qu’il n’y a pas de chemin pour être ce que vous êtes déjà. Un chemin peut vous amener quelque part. Mais il ne peut vous amener à la non-localisation de ce que vous êtes.

Et quand on ne croit plus non plus à la volonté ?

Le non-vouloir est l’unique vouloir. 

Chaque fois que je poursuis une idée, cela s’en va et cela me laisse avec rien.

Rien d’objectif. Vous êtes ce qui témoigne de cette absence d’objet.

Quel est donc le chemin? la voix de la confiance au sein de l’incertitude?

L’acceptation totale de l’incertitude est certitude.

Il n’y a que ce qui émerge, mais rien ne reste !

Rien d’objectif. Le sujet connaisseur est pourtant toujours là, identique à lui-même.

Je ne suis que passion pour résoudre l’énigme. Tout le reste est bien pâle à côté.

Laissez la passion s’éteindre, ainsi que l’idée qu’il y a quelque chose à chercher. Le chercheur est le cherché. Tout ce que vous n’êtes pas, n’est là que pour vous quitter : sensations, émotions, pensées, expériences, idées, concepts, opinions, croyances et jugements. Et l’absence de tout cela n’est là que pour vous quitter aussi, ne laissant que la réalité elle-même, qui ne peut se quitter.

*

D’après ce que j’ai pu comprendre, il n’y a pas d’un côté moi et de l’autre côté Dieu. Il n’y a pas de séparation dans la Conscience, puisqu’elle englobe tout. Peut-on s’adresser à Dieu, si tant est qu’il soit différent de ce que l’on est ?

Lorsqu’aucune réponse n’apparaît à une question, c’est qu’elle n’est pas correctement formulée, qu’elle répond à une peur et à un besoin de sécurité, et non à la confiance en l’essence de ce que nous sommes. À l’instant où vous renoncez au savoir, votre personnalité tout entière est soumise, abandonnée, vacante. C’est cette vacuité qui permet à la conscience de se révéler, dans sa pleine beauté. Une coupe pleine ne peut être remplie. En la vidant, une créativité nouvelle s’installe. L’acceptation du non-savoir est la réponse. L’action juste a besoin de votre absence pour se révéler. Comment pourrait-elle s’exprimer, si votre demande lui obstrue le chemin ? Lorsque votre demande est non-demande, la voie est alors libérée. La justesse s’affirme dans l’ouverture de l’être.

Comme dirait Maître Eckhart dans le sermon De la pauvreté : « L’homme pauvre ne veut rien. » Lorsqu’il n’y a plus d’attente, il n’y a plus de séparation avec la conscience. Et dans cette vacuité, tout est possible.

Oui, tout à fait. Face à une situation qui semble insoluble, c’est la clarté de la vacuité qui permet à la réponse de se manifester. Si le mental s’agite, la confusion se maintient, et la réponse déjà présente ne peut s’actualiser. Comment voulez-vous que la sculpture présente dans le bloc de granit puisse se révéler si tremble le ciseau du sculpteur ?

*

Le témoin, qui voit sans saisie, est-il un rêve ?

Le témoin du rêve est en dehors du rêve.

Si rien ne peut être saisi, le non-attachement est-il réel ou bien est-ce que je rêve encore ?

Le non-attachement signifie la non-saisie des phénomènes. L’écoute naturelle est ainsi. Elle contient, sans s’approprier.

Vous parliez de fascination pour le vide d’objet. Est-ce le senti- ment : « Ah, là, je suis bien, sans effort, autonome, libre », et le besoin d’être cela à chaque instant. Est-ce cela la fascination pour le vide d’objet ?

On parle ici d’une concentration résiduelle sur l’absence de pensée, d’un attachement subtil au vide laissé par l’absence d’objet, qui maintiennent une relation duelle entre un sujet qui perçoit et une absence objectivée. L’identification à un état est alors maintenue, donnant une impression d’aisance et de liberté, mais cette impression témoigne toujours d’une identification à un état localisé.

Est-ce la dernière fascination ?

Oui, car par-delà l’absence d’objet, ne règne que la présence pure, sans référence à l’objet ou à son absence.

Comment effacer cette manifestation ?

En détournant le regard du vide-objet et en le laissant se dis- soudre dans cela qui transcende l’absence.

Cette fascination est donc une peur. La peur de se retrouver sans localisation aucune.

On peut le dire ainsi.

Revenir à cela qui est conscient de cette peur la fait-elle se dis- soudre ? Ou voir cette peur comme un objet dans la conscience la fait-elle se dissoudre ?

Ce qui est conscient de la peur est en dehors de la peur. L’accent n’étant plus mis sur l’objet-peur, ne reste que la conscience-sujet.

*

« En l’absence du moi, il y a seulement la vie », dit Jean Klein. La non-dualité, avec Jean Klein, est une ouverture à la beauté. Pouvez-vous nous aider à comprendre cette formulation ?

Dans l’absence de vous-même, il y a présence, justesse, beauté. La beauté perçue n’est que le reflet de la beauté d’être. La beauté exprimée n’est que l’expression de la beauté d’être. Être est la source de toute beauté. Vous êtes beauté, avant d’être quelqu’un. Le quelqu’un prolonge la beauté, mais ne l’exprime qu’imparfaitement, tout comme le reflet du soleil n’exprime qu’imparfaite- ment la chaleur et la lumière du soleil.

J’ai du mal à comprendre votre formulation « laisser les choses vous regarder. » 

Face à un tableau, le regard analytique est comme une extrusion de vous-même. Les yeux sortent de la tête pour pénétrer l’objet. Il y a une demande sous-jacente, une saisie. Lorsque le tableau vous regarde, ses formes, couleurs et vibrations vous pénètrent. Elles émergent dans votre regard et sont un avec lui. Il n’y a pas de distance. Dans cette absence de distance, il y a compréhension, illumination.

Enfin, je crois avoir « pris conscience » de n’être « rien » mais je ne ressens pas le sentiment de « plénitude », qui semble être le pendant de cette révélation.

N’être rien signifie n’être rien d’objectif. Cela pointe vers l’absence d’objet. Pour qu’il y ait reconnaissance de l’absence d’objet, il doit nécessairement y avoir une présence qui l’objective. Cette présence est vous-même, dans votre nature non- objective. Elle ne peut être vue, en tant qu’objet, mais seulement expérimentée, en tant qu’être, unité. Elle est plénitude. Le rien est l’ombre du plein. Si l’arbre observe l’ombre qui le prolonge, il s’identifie à elle et se coupe de sa plénitude naturelle. Lorsque le soleil est au zénith, dans l’absence d’ombre, il est en unité avec ce qu’il est. Rappelez-vous de ce que vous êtes, et ignorez l’ombre qui vous prolonge. 


jeudi 21 avril 2022

mercredi 30 mars 2022

• Personne ne devient illuminé - Rupert Spira

 

Tout le monde a le sentiment "d'être moi-même". Mais tout le monde ne se connaît pas avec clarté. Tout le monde ne voit pas la véritable nature de ce "moi-même".
Jamais autant que dans ce nouveau recueil, Rupert n'aura démontré avec insistance et brio que ce "moi-même", individuel et personnel que nous avons tous le sentiment d'être et le Soi, le "Je suis" absolu et impersonnel que nous cherchons à réaliser, sont identiques.
Il ne s'agira donc pas de se débarrasser, par des efforts ou certaines pratiques spirituelles, de ce "moi-même" indésirable et encombrant qui nous voile le bonheur et la paix auxquels nous aspirons. Rupert Spira nous invite plutôt à dévêtir le sentiment "d'être moi-même" de ce qui l'encombre, à lui ôter les vêtements que sont les pensées, les sentiments, les sensations et les perceptions pour le contempler dans sa splendide nudité : notre soi essentiel, sans limitations.
L'originalité et la force de ce livre résident ainsi dans la puissante lumière braquée sur le sentiment ordinaire et absolument familier "d'être moi-même", par le biais de lignes d'investigation incisives, entretissées d'images et d'analogies éloquentes qui nous invitent à plonger toujours plus profondément dans la contemplation du "Je suis" ou du sentiment d'être qui, comme un fil d'Ariane nous conduira inévitablement à la compréhension et la reconnaissance de notre nature véritable.
Avec le temps et la contemplation assidue de notre expérience, celle-ci perd sa capacité à voiler notre être essentiel, et la paix et le bonheur qui lui sont intrinsèques affleurent sur le devant de l'expérience.

Dès son plus jeune âgeRupert Spira s'est profondément intéressé à la nature de la réalité. Pendant vingt ans, parallèlement à son activité artistique de céramiste, il étudia les enseignements de nombreux sages jusqu'au moment où il rencontre son maître, Francis Lucille en 1996.
Rupert Spira anime des rencontres et des retraites dans le monde entier. Il a publié chez le même éditeur La transparence des choses, Présence, La nature de la conscience et Être conscient d'être conscient.

© Extrait choisis avec l'aimable accord des Éditions Accarias-l'Originel :

Lorsqu'il est dépouillé de toutes les qualités de l'expérience, notre soi ne présente aucune caractéristique et, par conséquent, n'est frappé d'aucune limitation. Il est simplement être infini ou illimité : transparent, vacant, silencieux et tranquille.

N'embrassant pas l'agitation de nos pensées et de nos sentiments, notre soi ou être essentiel est intrinsèquement paisible. Tout comme l'espace d'une pièce ne peut être agité par les gens ou les objets qui l'occupent, rien de ce qui se produit dans l'expérience ne peut perturber notre être. Dénué de tout sentiment de manque qui lui soit propre, notre être est, par nature, plénitude. Il n'a pas besoin d'être complété par l'expérience, de même que rien de ce qui compose un film ne peut ajouter ou enlever quelque chose à l'écran.

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Ainsi, l'illumination ne constitue pas en soi une expérience nouvelle ou extraordinaire à atteindre ou à obtenir. Elle consiste tout simplement en la révélation de la nature originelle de notre soi ou notre être. Rien ne pourrait être plus familier ou plus intime que notre être, raison pour laquelle nous avons le sentiment de rentrer à la maison. Dans la tradition zen, on parle de la reconnaissance de notre visage originel.

Il n'y a rien d'exotique ni de mystique dans l'éveil. Il s'agit simplement de la reconnaissance de ce que l'on a toujours connu — de ce qui est en fait toujours connu jusqu'à ce que l'expérience vienne le brouiller.
Personne ne devient illuminé. Notre être est tout simplement délivré d'une limitation imaginaire, à la suite de quoi, sa condition naturelle de paix et de bonheur rayonne.

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Toutes les pensées, tous les sentiments surgissent et s'évanouissent, quel que soit leur contenu - plaisant, déplaisant, ou neutre. Même nos sentiments les plus intimes et les plus précieux ne sont pas toujours présents, et une chose qui n'est pas toujours avec nous ne peut nous être essentielle.

C'est la raison pour laquelle il n'est jamais nécessaire de manipuler ou de se débarrasser d'une pensée ou d'un sentiment. Il suffit tout simplement de voir avec clarté que notre soi ou être essentiel précède tous sentiments et toutes pensées, et qu'il en est indépendant. Nul besoin donc de rendre à notre soi essentiel son indépendance par le biais d'un effort ou d'une quelconque pratique. Il est toujours et déjà intrinsèquement libre. Il nous suffit de reconnaître cela.

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Rien n'arrive à notre être tout au long des vicissitudes de la vie. L'expérience ne ternit ni n'entame sa nature. Il est simplement et temporairement obscurci.

On pourrait comparer cela au moment où nous nous déshabillons le soir pour aller nous coucher. Nous ôtons tous nos habits jusqu'au dernier et nous nous retrouvons le corps nu. La nudité de notre corps n'est pas créée à chaque fois que nous quittons nos vêtements, elle est simplement révélée.
Pas plus que nous ne devenons un corps nu à chaque fois que nous ôtons nos vêtements. Notre corps nu est présent tout au long de la journée même si nous n'y pensons pas puisqu'il est recouvert par des couches de vêtements.
Nous retournons à la nudité de notre être de la même façon. En fait, nous ne retournons pas à notre être car nous ne l'avons jamais vraiment quitté. Notre être ne se quitte jamais lui-même. Nous emportons notre être où que nous allions. Il est présent dans toutes nos pensées, nos sentiments ou nos activités.
Simplement, nous "quittons nos vêtements". Autrement dit, nous voyons clairement que notre être sous-tend ou se cache derrière toute expérience. 

vendredi 25 février 2022

• La voie sans chemin - Vimala Thakar

 

Il est étonnant qu'il ait fallu presque cinquante ans pour permettre aux lecteurs francophones d'enfin découvrir ce livre de Vimala Thakar. A l'heure où tant d'ouvrages maintiennent les lecteurs dans le champ du mental, de l'émotion, et plus encore dans le champ de concepts et de croyances invérifiables, voici un court texte qui offre un itinéraire précis et rigoureux pour qui veut s'aventurer réellement dans une recherche spirituelle féconde.

C'est un cheminement sur une voie sans trace qui montre la nécessité d'être avec soi- même extrêmement précis, exigeant, totalement honnête dès lors qu'il s'agit de ce qui est vrai et de ce qui est.

Ici, pas de grands discours ni de promesses réconfortantes, pas d'autre miracle que la rencontre réelle avec soi-même, dans toutes les dimensions de notre être, y compris et surtout, dans la dimension non conditionnée, celle du Silence, de ce que Vimala Thakar, tout comme Krishnamurti, appelle la méditation.

Vimala Thakar suggère qu'on ne peut prétendre à la méditation véritable sans payer le prix de se connaître de moment en moment très intimement. Il nous faut rencontrer la réalité brute de notre conditionnement, non seulement individuel, mais universel et historique, le conditionnement de l'espèce humaine.

Se voir sans le masque de la personne est bien une clé, sinon la clé, de l'entrée au royaume du Silence, de la Méditation.

Voici un chant mélodieux et décapant.


PRÉSENTATION de l'ouvrage : 


Ça me semble incroyable qu’il ait fallu presque cinquante ans pour permettre aux lecteurs francophones d’enfin découvrir ce livre de Vimala Thakar. À l’heure où tant d’ouvrages maintiennent les lecteurs dans le champ du mental, de l’émotion, et plus encore dans le champ de concepts et de croyances invérifiables, voici une centaine de pages qui non seulement offrent une sorte d’itinéraire précis et rigoureux pour qui veut s’aventurer réellement dans une recherche spirituelle féconde, un cheminement sur une voie sans trace, mais qui de plus montrent avec la simplicité et l’élégance de l’humilité de son auteur, la nécessité d’être avec soi-même extrêmement précis, rigoureux, exigeant, implacable, intransigeant, totalement honnête dès lors qu’il s’agit de ce qui est vrai et de ce qui est. Ici, pas de grands discours ni de moraline, pas de promesses réconfortantes ni de contes de fées, pas d’autre miracle que la rencontre réelle avec soi-même, dans toutes les dimensions de notre être, y compris et surtout, dans la dimension non conditionnée, celle du silence, de ce que Vimala Thakar, tout comme Krishnamurti, appelle la méditation. Pour Krishnamurti et Vimala Thakar, la méditation ne se pratique pas, elle est pour ainsi dire un état d’être (ou un non-état) où l’être tout entier est silence, totalement vidé de la personne et de son bazar conceptuel et émotionnel. Mais Krishnamurti comme Vimala Thakar suggèrent qu’on ne peut prétendre à la méditation véritable sans payer le prix de se connaître de moment en moment très intimement, aussi dérangeante et perturbante puisse être la rencontre du contenu de la conscience, la rencontre avec la réalité brute de notre conditionnement, non seulement individuel, mais universel et historique, le conditionnement de l’espèce humaine. Pour Krishnamurti et Vimala, si je les comprends bien, être le témoin de notre conditionnement sur le vif, sans chercher d’alibi, de réconfort, sans jugement, mais avec un esprit ouvert qui ose se montrer et qui ose se voir, tel qu’il est, dans le lumineux comme dans le ténébreux, dans le sublime comme dans le sordide, dans nos petits arrangements avec la vérité, avec nos ambitions, nos peurs, nos masques (et ce ne sont pas ceux qui nous protègent d’un virus, sinon celui de la dissimulation), se voir sans le masque de la personne est bien une clé, sinon la clé, de l’entrée au royaume du silence, de la méditation. 

Là où nombre de non-dualistes contemporains – certains avec beaucoup de talent – conduisent directement leurs lecteurs-auditeurs à la source, mais en laissent finalement pas mal désemparés en ce qui concerne leur humanité vivante, leur vie quotidienne en chair et en os, Vimala prend le temps d’avancer pas à pas, mais son regard et sa voix semblent provenir de la source même et ne jamais la quitter. En fait, ça ne fait aucune différence pour ceux qui ont bu à la source, mais pour les autres, ça fait une différence de taille : Vimala prend en compte la dimension humaine, incarnée, dans tous ses aspects, et elle ne se présente pas comme un guru qui viendrait apporter la vérité, ou la félicité ; elle ne se présente pas non plus comme une éveillée (cela n’aurait pas le moindre sens dans son approche), mais comme une amie qui partage ses découvertes et qui (re) fait le chemin avec les amis qui l’écoutent. 

Dans ce livre composé de douze chapitres, qui correspondent à quinze jours passés ensemble, alternant entre la parole de Vimala et les dialogues, des points extrêmement importants (particulièrement pour des chercheurs spirituels) sont abordés, dans cet ordre qui répond au cheminement pas à pas : la distinction entre concentration, attention, et conscience attentive ; la distinction entre mouvement, toujours inscrit dans l’espace et le temps, et la vibration qui est en dehors de l’espace et du temps, bien qu’elle puisse être ressentie ici et maintenant ; le fait que la conscience est tout autant de la matière que n’importe quel objet, donc que les produits mentaux, les pensées, sont bel et bien de la matière, même sous forme subtile ; l’amitié, la camaraderie et la liberté ; la dimension silencieuse de la méditation ; l’esprit de la recherche spirituelle ; le royaume de la non-dualité ; les schémas d’auto-illusionnement ; l’incomparable paix (qui n’a rien à voir avec la paix factice de la concentration ou des drogues et médicaments) ; l’observateur et l’observé ; ce que sont un enseignant, un guide, un maître, un guru ; enfin, ce que signifie vivre ensemble à la lumière d’une une vie spirituelle. 

Je vous invite à suivre pas à pas le chant aussi mélodieux que décapant de cette voix intemporelle, celle de Vimala Thakar. 

Bonne lecture, et bien davantage,

                          Marc Marciszewer, Paris, le 12 avril 2021

© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Accarias-l'Originel :

L’illumination n’est pas quelque chose de mystérieux, ou de mystique : quand vous voyez clairement les choses telles qu’elles sont, et que vous comprenez leur relation avec la totalité de votre vie, votre vie s’illumine. Elle est inondée par la lumière de votre compréhension. Vous n’êtes plus dans un état d’auto-apitoiement et donc, vous n’êtes plus capable de tricher et de tromper les autres. Vous voyez le faux comme étant faux. Vous voyez le malhonnête comme étant malhonnête, le tordu comme étant tordu, sans entrer dans une analyse, sans comparer les causes, sans défendre ni justifier, sans expliquer. Et la simplicité et l’humilité d’une personne de compréhension la rendent capable d’être ce qu’elle est : une personne qui se meut dans la vie sans désir de se comparer aux autres, de devenir quelque chose de différent de ce qu’elle est, d’acquérir quelque chose psychiquement ou psychologiquement, ou de posséder, de s’approprier.


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