mercredi 4 février 2026

• La conscience retourne vers elle-même - Éric Edelmann


L’engouement des Occidentaux pour la méditation véhicule aussi son lot de confusions. Éric Edelmann nous montre comment cette pratique a été détournée, sa portée amoindrie, son sens appauvri. Il s’adresse à tous ceux qui, ayant expérimenté les bienfaits de la méditation, restent cependant sur leur faim, se sentant appelés à chercher plus loin. En résumé, non pas “guérir l’ego” mais “guérir de l’ego”.

L’auteur nous donne à expérimenter 21 méditations dans l’état d’esprit des enseignements de sagesse dont cette pratique est issue.
Pétri par l’enseignement non dualiste originaire de l’Inde, Éric Edelmann parvient à le formuler ici de façon universelle et accessible.

Et si l’on retrouve dans sa guidance l’influence évidente d’Arnaud Desjardins et de Swami Prajnânpad, on perçoit aussi la pédagogie du Zen dont il a hérité du maître japonais Sensei Deshimaru.


Le corps conscient permet une approche directe et même sensuelle du niveau spirituel en nous.

Cet ouvrage en 2 parties analyse tout d’abord les malentendus reliés à la méditation devenue panacée du développement personnel et phénomène de mode, pour ensuite redonner du sens à cet exercice de présence. Au delà d’aller mieux, faire l’expérience intime de la source de l’être, de notre dimension spirituelle, hors du temps et de l’espace. En résumé, non pas “guérir l’ego” mais “guérir de l’ego”.

La seconde et majeure partie de l’ouvrage propose 21 méditations dans l’état d’esprit des enseignements orientaux dont cette pratique est issue, formulées ici de façon universelle et accessible.

Et si l’on retrouve dans la guidance d’Éric Edelmann l’influence évidente d’Arnaud Desjardins et de Swâmi Prajnânpad, on perçoit aussi la pédagogie du Zen dont il a hérité du maître japonais Sensei Deshimaru.

Ce livre s’adresse au lectorat des approches méditatives orientées vers le mieux-être : beaucoup restent sur leur faim, se sentant appelés à chercher plus loin.

Il intéressera aussi les lecteurs d’essais de spiritualité ou de philosophie qui trouveront là un support pour l’entraînement de l’esprit, contribuant à intégrer au niveau du cœur et du corps ce qui, sinon, ne relèverait que de la croyance ou de la seule connaissance intellectuelle.

Il est enfin destiné à tous ceux qui cherchent à dévoiler la nature de la Réalité ultime.


© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions L'Originel :


Laissez votre esprit être un hôte gracieux au milieu d’invités indisciplinés.


Le paradoxe auquel on a affaire quand il s’agit de méditation, c’est qu’il n’est pas tant question d’une action au sens ordinaire que d’une non-action. Et pourtant, nous nous retrouvons assis sur un coussin parce qu’il y a bien au départ une intention.

Cette intention ne relève pas du domaine de la volontéégotique, mais  cherche plutôt à concrétiser l’aspiration fondamentale de notre être à rejoindre sa source. L’exercice, la persévérance et la discipline sont alors au service de cette aspiration essentielle qui contient en elle-même sa propre justification. Ainsi, lorsque l’on a demandé un jour à Karlfried Graf Dürckheim pourquoi méditer, il a répondu: «Parce que c’est l’heure!» Une manière de couper court à toute palabre intellectuelle et d’inviter à une expérience directe qui ne se laisse pas entraver par toutes les complications du mental.

Tout en n’étant pas un «faire» au sens habituel, la méditation nous engage cependant dans un processus dynamique qui œuvre à notre transformation. Un médecin français, qui a passé sa vie à méditer aux côtés de la grande sainte indienne Ma Anandamayi, a pu dire à l’âge de soixante-quinze ans:

«C’est vrai qu’il n’y a rien à faire, mais il y a beaucoup à défaire!»

L’étymologie latine du mot «méditer» signifie «prendre soin» et, en sanskrit, le mot bhâvanâ qui lui correspond veut dire «croissance, culture, devenir».

Il ne s’agit pas tant de faire attention que de porter attention, c’est-à-dire d’être attentionné dans la mesure où il y a aussi une participation du cœur, une chaleur, une bien-veillance.

Cette dernière est une bonne vigilance, une «vigilance aimante» selon l’expression de Ram Dass. Cette attitude fine et subtile est comparable à la situation d’un équilibriste qui pratique sa discipline de tout son corps mais se soumet à des lois impersonnelles qui ne relèvent plus du moi. La suspension progressive de fonctions ordinaires ouvre le champ à un processus naturel de croissance de l’être et d’élargissement de la conscience.

Autre paradoxe: non seulement nous recherchons ce que nous sommes (« Il faut un long voyage pour arriver au voyageur»), mais nous sommes nous-même l’instrument de perception. Par conséquent, si l’instrument de perception change, ce qui est perçu change aussi. À l’évidence, l’univers d’une fourmi est très différent de celui d’un éléphant. De même, des instruments sophistiqués comme le télescope, le microscope électronique ou des lunettes de vision nocturne à infrarouge nous donnent accès à un champ de la réalité qui nous serait inaccessible sans eux. De la sorte, il nous est possible de comprendre que tout dépend de l’organe de perception lui-même et de son degré de raffinement ou de sophistication.

Le poète anglais William Blake écrivit ainsi: «Si les portes de la perception étaient nettoyées, chaque chose apparaîtrait à l’homme telle qu’elle est, infinie.»


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S’il y a une progression en méditation, elle va dans le sens d’une plus grande clarté parce que nous devenons plus transparents. C’est ce que la tradition méditative du bouddhisme appelle «une présence d’absence». En 1998, les publicitaires de chez Renault ne pensaient pas si bien dire lorsqu’ils proclamaient: «Et si le vrai luxe, c’était l’espace?»


À la différence d’une approche méditative essentiellement fondée sur une concentration exclusive (one pointed mind, «l’esprit fixé sur un point»), on peut au contraire cultiver une ouverture sans restriction, une conscience-témoin qui laisse passer les pensées et représentations comme un reflet sur un miroir. Ce «lâcher-prise» par rapport à toutes les productions mentales est possible, non pas à partir du seul mental, mais à partir de l’être tout entier, qui inclut le corps physique, la posture juste et une parfaite stabilité. L’immobilité joue donc un rôle essentiel dans cet apprentissage, car elle nous laisse la possibilité de faire, comme l’a écrit Shantideva, «l’expérience de l’immensité de l’immobilité».


mardi 3 février 2026

• Se reposer librement - Tulku Orgyen Rinpoché

 

Se reposer librement, omniprésence et ouverture - ce sont les trois points essentiels de rigpa. 

Se reposer librement signifie que vous ne vous concentrez pas sur quelque chose comme étant là. 

Omniprésence signifie ne pas attacher quelque chose comme étant ici en vous. 

L’ouverture signifie ne pas s’attarder sur quelque chose entre les deux.

Vous pourriez aussi dire : ne vous projetez pas vers l’extérieur, ne vous concentrez pas vers l’intérieur et ne placez pas votre attention dans un état intermédiaire.

Lorsque vous ne faites pas l’un de ceux-ci, c’est la vue. Cela suffit. Ne vous projetez pas vers l’extérieur. Ne vous concentrez pas vers l’intérieur. Ne placez pas votre esprit entre les deux. Alors il n’y a rien à faire. Vous êtes arrivé au non-accomplissement.

"Discours de Vajra. Instructions essentielles pour le Yogi Dzogchen" - Éd. Rangjung Yeshe Books

vendredi 23 janvier 2026

• Le Soi n’est pas un quelque chose ni même un sujet - Marion Renault


Les textes méditatifs inspirés que nous livre Marion sont de véritables invitations au Silence, au retour à Soi, à l’Unité. Ils sont emplis de l’énergie de la Source d’où ils émanent directement.

Ils reflètent par exemple tout autant le message du Christ que celui du Bouddha, et s’inscrivent dans la lignée des grands Sages tels Maître Eckhart, Ramana Maharshi, Sri Nisargadatta Maharaj, ou Ma Ananda Moyi avec qui Marion a une connexion particulière.

Ils nous dévoilent pas à pas la nature divine de Ce qui Est, que d’autres appelleront Dieu, l’Absolu, l’Un, la Source, le « Je », le Soi, etc. et nous permettent de nous poser, de déposer le « trop » qui nous encombre et voile la pure Lumière que nous sommes en Vérité.

En effet, la Réalisation du Soi n’est pas du domaine de l’acquisition : rien ne manque à ce que nous sommes déjà ! Elle est claire vision, « Oui » intérieur, Amour révélé.

Accompagnant les chercheurs depuis maintenant de nombreuses années, Marion souligne également ici les écueils auxquels ils sont confrontés, la manière de les approcher et de les traverser.

Ce recueil invite à la dépose du mental. Il nous ouvre à l’Amour et à la grandeur de ce que Nous Sommes.

Extraits publiés avec l'aimable accord des Éditions l'Originel :

Le chemin de l’Amour

Voyez en toutes choses, en toute personne le divin même. Même si cela vous paraît “faux” au début, n’abandonnez pas. Voyez en toutes émotions et sensations uniquement le Soi.

Alors, l’Amour émergera de lui-même.

Lorsque vous vous sentez tristes, en colère ou blessés par quelqu’un, rendez grâce pour le mal-être qui survient et pour cet autre qui joue alors le rôle de miroir : il est une manifestation du Soi. 

Rendez grâce encore et souvenez-vous que cet apparent autre est uniquement le divin à l’œuvre. Faites cela jusqu’à ce que la contraction dans le corps s’effondre d’elle-même.

Elle est simplement une vieille mémoire qui ne dit absolument rien à propos de votre nature d’éternité.

Tout mal-être ressenti est simplement le signe que l’idée d’un moi est encore active en cet instant.

Rendez grâce pour cette émergence qui vous ramène à votre vraie nature. 

Remerciez la souffrance, voyez-la uniquement comme le facteur de retour à Soi. 

Vous n’en êtes pas victimes, ne cherchez pas à la contourner ni à l’éviter.

Même si tout semble confus en cet instant, embrassez-la pleinement, sans chercher ni à comprendre, ni à résoudre.

La clarté entraîne la dissolution de l’illusion.

En réalité, elle est déjà dans les bras de l’amour. Seul l’organisme à cet instant l’a oublié.

Souvenez-vous uniquement de votre propre Soi.

Quoi qu’il se passe, toute action est uniquement lui-même.

En Cela, seul réside l’Amour.

En namasté.


L’Éveil au Quotidien : Sincérité et Authenticité

L’éveil, c’est se montrer tel que l’on est, c’est être transparent instant après instant.

C’est “oser” mettre en plein jour tout ce qui nous semble inavouable au nom de tout un tas de croyances liées à la réalisation, à ce que l’on devrait être ou non après la reconnaissance de notre vraie nature.

L’éveil s’inscrit au cœur de ce qui n’est pas encore vu, pas encore intégré.

L’éveil, c’est l’humilité de reconnaître avec bienveillance ce qui, dans ce que nous vivons au quotidien, entraîne encore une dualité apparente.

L’éveil, c’est s’ouvrir à nos imperfections, à nos tendances mentales latentes et récurrentes.

Il n’y a pas de problème avec les imperfections. Elles sont simplement ce qui se manifeste dans le champ de la Conscience.

L’éveil, c’est cette pleine liberté de se montrer dans sa vulnérabilité la plus intime, sans plus aucune protection.

On croit souvent que la vulnérabilité est faiblesse, elle est, en réalité, à la fois la Douceur et la véritable Puissance de l’éveil.

Elle s’inscrit dans une absence de “moi”. Il n’y a ainsi plus rien à défendre, plus rien à protéger, c’est simplement ce qui est là, décorrélé de toute histoire, de toute appartenance, de tout lien, de toute critique, de toute attente dans le regard de l’autre.

C’est l’authenticité qui s’exprime, sans plus aucune entrave.

Au cœur de cette authenticité se révèle la puissance de l’Amour.

Au cœur de cette authenticité prend fin la “densité souffrante” de la souffrance.

Car l’éveil, c’est un cœur totalement ouvert à l’investigation, à l’examen intime, profond et minutieux des illusions, des croyances encore actives, de leur nature, leur réalité.

Être avec les peurs, les colères, les jugements résiduels, les embrasser.

Sous le feu du Regard, ils perdent peu à peu leur pouvoir de fascination puis se résorbent jusqu’à s’effacer.

C’est la Conscience qui se manifeste à travers l’humanité.

C’est la Conscience qui vient embrasser l’existence apparente.

C’est la Conscience qui transforme la densité “souffrante” en transparence immaculée.

C’est la Conscience éveillée en chacun de nous.

Cette Conscience est ce que nous sommes.

Unité,

Véritable Onde d’Amour.


Le monde est illusoire

« Le monde est illusoire » ne signifie pas qu’il n’y a rien ou que l’on doit faire abstraction de tout ce qui existe ou ne pas ressentir ce qui est vécu.

Affirmer “Le monde n’existe pas”, peut être germe de séparation et de souffrance.

L’affirmation “Le monde est illusoire” est issue de la réalisation que le monde est le Soi. 

Il n’y a pas de monde à part, il n’y a pas d’univers à part et séparé.

L’existence et tout ce qu’elle contient est le Soi en tant que le Soi.

Le Soi n’est pas un quelque chose ni même un sujet.

Le Soi est la nature de la réalité. 

Pas de temps ni d’espace et, simultanément et sans distinction ni séparation aucune, un apparent temps et un apparent espace, non définitivement réels.

Le “et” ici ne signifie pas le trait d’union entre deux mais l’absence de dualité.

Il n’y a rien à part Cela.

Tout est le Soi

Un sans deux.


Réaliser que le monde est illusoire n’est pas un abandon du monde.

Réaliser que le monde est illusoire n’est pas fuir le monde ou s’installer dans un arrière-plan qui n’est autre qu’un refus déguisé du monde.

Cette phrase est très souvent mal interprétée.

Il est nécessaire, ici, d’abandonner tout concept ou pensée à propos de ce que cela peut être. Car la réalisation n’est pas conceptuelle.


La réalisation que le monde est illusoire surgit de l’absence de résistance ou refus à ce qui survient. Elle n’est donc ni une résistance ni un évitement mais une embrassée totale.

Car lorsqu’aucune résistance n’apparaît, il peut être donné de Voir que le monde entier est déjà en épousailles totales avec sa source.

Il peut être donné de Voir qu’il n’y a jamais eu aucune séparation ou distinction entre le Soi en tant que Source inconnaissable et la totalité des phénomènes soit tout le connu.


Il n’y a pas deux.

C’est l’amour même.

Tout, absolument tout, est Cela.

Il n’est toujours que le Soi sous forme apparente du monde tout en étant toujours que lui-même.


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Marion peux vous envoyer un exemplaire dédicacé si vous passez commande auprès d'elle. Vous pouvez la contacter via ces liens :

 

lundi 19 janvier 2026

• Elle est déjà reconnue - Jamyang Khyentse Chökyi Lodrö

 

La différence entre samsara et nirvana est simplement une question de reconnaître ou de ne pas reconnaître. Au moment même où tu reconnais, il n'y a rien de plus simple que ça. Au moment de voir l'essence de l'esprit, elle est déjà reconnue ; il n'y a rien de plus à faire. A ce moment précis il n'est pas nécessaire de méditer même une poussière.

samedi 17 janvier 2026

• Nous voulons nous éveiller dans le rêve - Prabhuji

Le principal obstacle à l’illumination semble si incroyable à l’esprit qu’il ne peut tout simplement pas l’accepter. Tu es déjà ce que tu cherches, pourtant tu le recherches comme s’il s’agissait d’un objectif lointain à conquérir, atteindre ou obtenir. C’est précisément le mouvement même de la recherche qui vous fait le perdre, pour la simple raison que l’illumination n’est pas un objet, mais votre véritable nature lorsque toutes les interférences cessent. 

L’esprit est une agitation émotionnelle, un bruit psychique ; il compare, il désire, il projette demain, et la vérité n’est toujours que maintenant. Même la question « Comment puis-je devenir éclairé ? » est déjà empoisonné, car cela implique l’hypothèse que vous ne l’êtes pas, et cette attitude crée de la distance. Ensuite, votre accumulation d’idées, de techniques, de méthodes et d’expériences commence, comme si la lumière pouvait être acquise—mais elle ne peut pas être achetée : elle se révèle simplement lorsque vous arrêtez de la dissimuler. Ce qui le couvre est purement égoïque : cette tension de vouloir être quelqu’un, de devenir spécial, même dans le domaine spirituel. 

L’ego peut se déguiser en un humble « être spirituel » puis chuchoter : « N’en doute pas — Je serai bientôt celui qui sera éclairé. » Dépêchez-vous est un autre obstacle : vous planifiez l’éternité comme un projet à réaliser sur la plateforme du temps. Pourtant, l’éveil se produit lorsque le temps psychologique s’arrête et que vous arrêtez de courir.

La vérité est que nous voulons nous éveiller sans abandonner notre rêve ; nous voulons nous éveiller dans le rêve. Nous voulons la liberté tout en gardant notre cage—ce sont des barreaux et des chaînes. Nous voulons conserver toutes nos attaches, nos récits, nos histoires, ainsi que notre domination et notre contrôle.

L’illumination n’est pas quelque chose d’extraordinaire ; c’est l’ordinaire, mais sans le commentateur constant. L’éveil n’est rien de plus que la vie qui coule, sans que le phénomène égoïque essaie de la pousser dans ses propres directions. Le seul problème est la croyance inébranlable qu’il y a un problème. Le soi-disant chercheur de vérité est le seul obstacle... seulement en ne poursuivant rien devient possible le silence dans lequel vous remarquerez que, en réalité, absolument rien ne manque... 

vendredi 9 janvier 2026

• Il suffit de se tourner vers soi-même - Gendun Rinpoché


En voyant la nature de l’esprit, il n’y a rien à « voir »
car elle n’est pas un objet de perception.
Nous la voyons sans rien voir.
Nous la connaissons sans rien connaître.
L’esprit se reconnaît lui-même spontanément,
au-delà de toute dualité.
Le chemin qui y conduit est la conscience de l’instant présent,
libre de toute interférence.
C’est une erreur de croire que la vérité ultime
est difficile à reconnaître.
La méditation sur la nature de l’esprit est en réalité très simple,
car il n’est nul besoin d’aller quelque part pour la trouver.
Aucun travail n’est nécessaire pour la produire ;
aucun effort n’est requis pour la découvrir.

Il suffit de s’asseoir,
de laisser l’esprit se reposer en lui même
et de regarder directement
celui qui pense qu’il est difficile de trouver la nature de l’esprit.
À cet instant, nous la découvrons directement,
car elle est toute proche
et toujours à portée immédiate.
Il serait absurde de craindre de ne pas réussir à découvrir
la nature de l’esprit,
puisqu’elle est déjà présente en nous.
Il suffit de se tourner vers soi-même.
Lorsque l’esprit dirige son regard vers lui-même,
il se trouve
et découvre que celui qui cherche
et ce qui est cherché
ne sont pas deux choses différentes.

mercredi 7 janvier 2026

lundi 5 janvier 2026

• Je vis clairement la Grande Totalité - Han Shan

En 1586 j'entrai dans ma 41e année. Après une longue période de voyage et d'études, je pus enfin vivre tranquillement dans ma nouvelle demeure de méditation qui venait d'être construite. Mon esprit et mon corps subirent alors une détente bienfaisante et je me sentis merveilleusement heureux. Un soir, pendant la méditation, je vis clairement la Grande Totalité, illuminatrice, transparente, vide et claire, telle l'Océan limpide, et rien n'exista plus. Cette vision m'inspira les stances suivantes :

L'Océan limpide luit
clair et vide,
aussi éclatant que le reflet de la lune
sur la neige blanche.
Aucune trace d'homme ou de dieu ne subsiste.
Oh ! quand s'ouvre l'oeil de Vajra,
le mirage disparait.
La grande terre disparait dans la royaume de la tranquillité.

lundi 29 décembre 2025

• L'ultime secret - Érik Sablé

L’éveil est ineffable, indicible. Rien ne peut être dit à son propos, sur son essence. Il est l’ultime secret, ce qui ne peut jamais apparaître, se montrer, et l’être qui a réellement intégré l’éveil vit lui aussi dans le secret. Toute parole à son propos est voile. L’éveil est à l’image de ces cristaux que la nature développe au cœur des roches, comme un rêve secret.

Cependant, un certain nombre de phénomènes le précèdent ou l’accompagnent parfois. Ces phénomènes sont l’écume de l’éveil.

Il en existe une grande variété.

Dès le commencement, au cours de ses méditations (s’il a choisi la voie de la méditation), le disciple peut voir des étincelles, des points lumineux, des étoiles, des couleurs extrêmement vives. Il peut entendre des sons étranges qui n’appartiennent pas à l’univers physique. Ces sons sont semblables au bourdonnement d’une abeille, au bruit d’un torrent, ou même à la musique d’un piano ou d’une flûte. Nous pouvons aussi entendre des voix qui nous parlent à l’oreille, ou dans la tête et nous donnent des messages, ou avoir la vision de paysages inconnus, de visages, de Christ ou de Bouddha ; voir les auras autour des personnes.

Le sens olfactif est parfois sollicité, et nous pouvons sentir des parfums immatériels, particulièrement subtils, agréables.

Le corps peut devenir brûlant, glacé, translucide, très lourd ou extrêmement léger. Nous pouvons avoir la sensation de flotter dans l’espace ou de couler. 

Ces phénomènes apparaissent lorsque le disciple a atteint une certaine maturation. Ils indiquent que les structures de l’individualité se défont. Ils témoignent d’une désagrégation de tous les éléments qui composent la personne. En cela, ces phénomènes peuvent être semblables à ceux vécus par l’individu dans les états post mortem que décrit le Bardo Thödol, le livre des morts tibétains.

Dans le zen, on les appelle makyo et ils sont considérés comme des illusions, des obstacles sur le chemin de l’éveil.

Plus profondément, des expériences peuvent accompagner l’illumination. Parmi ces expériences, nous trouvons d’abord la présence de la lumière. Une clarté transparente, éblouissante, éthérée. Comme si, avant que le monde sensible ne se dissolve, il se résolvait d’abord en lumière. Peut-être parce que l’essence de l’univers est lumière, et que les formes visibles sont une lumière cristallisée.

Un autre aspect important de l’expérience spirituelle est le silence. Un silence très particulier, insondable. Le staretz russe Ignace Briantchaninoff le décrit, dans son livre sur la prière de Jésus : « Mon être entier est enveloppé d’un silence profond, mystérieux, hors de toute pensée, de tout raisonnement, de tout mouvement de l’âme". 

Un autre élément que l’on retrouve dans la plupart des témoignages est le sentiment de joie, une béatitude ineffable, qui efface toute peine, toute angoisse, balaie les ombres du chemin, et donne un sentiment d’accomplissement, celui d’avoir réalisé ce pour quoi nous étions là.

Le maître zen Bukko parle de la joie qu’il vécut lors de son satori. Une joie étroitement associée à la réalisation de son « visage originel ». « Une nuit, alors que j’étais assis, je tins mes yeux grands ouverts. Et soudain, le son d’un coup contre la table, en face de la chambre du moine supérieur, arriva à mon oreille et me révéla aussitôt “l’homme originel” dans son intégrité… Ma joie ne connut plus de limites. Je ne pouvais plus m’asseoir tranquillement dans le hall de méditation, je m’en allais sans but, dans les montagnes, marchant de-ci, de-là. »

Un autre aspect de l’expérience, souvent associé à la joie, est le sentiment de dilatation de tout notre être. La conscience n’est plus limitée à l’étroite zone frontale, mais elle semble s’étendre à l’infini, pour embrasser l’univers entier.

Le mystique indien Ramdas raconte dans ses Carnets de pèlerinage : « Il lui sembla que son âme s’ouvrait comme une fleur et dans un éclair éblouissant embrassait tout l’univers auréolé d’amour et de clarté. »

Cette dilatation de tout l’être implique une vision du monde où l’autre n’est plus vécu comme distinct de soi. La dualité entre sujet et objet se trouve abolie, effacée. C’est cette expérience que l’on retrouve notamment chez le philosophe grec néoplatonicien Plotin (202-269) : « Il est impossible d’exprimer ce mystère divin à d’autres que ceux qui ont eu le bonheur de le vivre en eux-mêmes. Comme si le voyant alors n’était pas deux mais un avec l’objet de la vision, qui n’était pas en vue devant ses yeux, mais unifié avec lui et devenu complètement un. »

Un autre aspect de l’expérience spirituelle est plus étrange. C’est le sentiment de vide, de rien. Ainsi Denise Desjardin raconte : « Tout s’estompe et s’efface. […] Seul demeure un merveilleux vide tissé de plénitude… Le rien qui contient toute chose. »

Un témoignage anonyme recueilli par Lilian Silburn décrit une expérience vécue auprès d’un maître en Inde. « Après une profonde absorption, en revenant à la conscience, quelle ne fut pas ma stupéfaction : il n’y avait rien, et dans le rien, je n’étais plus. »

Ces états de conscience, ces états de béatitude lumineuse peuvent sembler l’éveil, mais ils ne sont pas libérateurs. Ils accompagnent le disciple qui suit une ascèse, un chemin spirituel. Par rapport à notre état de conscience ordinaire, ils donnent une impression d’intense liberté, de quelque chose d’infiniment vaste. Ils peuvent séduire, fasciner, pourtant ils appartiennent bien à l’univers de la manifestation, à l’illusion. Ils ne sont pas le Réel.

Ce champ d’expériences est celui dans lequel beaucoup de spirituels se meuvent. Les disciplines, les pratiques intérieures peuvent nous amener à connaître ces états de béatitude. La confusion vient de ce que certains appellent « éveil » indistinctement tous ces états, toutes ces expériences, alors qu’il est préférable de distinguer, comme le faisait le bouddhisme des origines, ces états spirituels d’absorption intérieure qu’ils nomment jhanas et le nirvana.     

(...) 

Cependant, entre l’éveil et ces états spirituels décrits par les textes bouddhistes, il n’y a pas une différence de degré, mais de nature. On peut toujours chuter d’un état spirituel pour tomber dans un piège de l’ego, jamais de l’éveil authentique. L’éveil est autre. Il n’est pas seulement une plus grande ouverture, une expérience spirituelle plus vaste, plus intense, plus vraie, plus profonde. Comme le disait déjà René Guénon, en accord avec tous les enseignements spirituels authentiques : par rapport aux « états de l’être », même les plus élevés, la libération est incommensurable. Elle échappe complètement aux ascèses religieuses, aux disciplines spirituelles, aux exercices, à toute volonté d’appréhension. Mais l’éveil n’est pas non plus opposé à ces états spirituels. Ils peuvent même l’introduire.

Certains maîtres, comme Hui Neng, suivent la « voie directe » qui mène immédiatement à l’éveil, d’autres, comme Chandra Swami, passent par la multiplicité des états modifiés de conscience. Ces deux chemins ont toujours existé et aucun des deux n’est supérieur à l’autre. Cela explique la position apparemment contradictoire des éveillés vis-à-vis des religions et des disciplines spirituelles.

Kabir, le tisserand poète du xve siècle, rejetait avec violence toute forme religieuse, le Coran aussi bien que les Védas, au nom de la liberté, cette prodigieuse liberté de l’éveil.

En revanche, un éveillé contemporain comme Ramana Maharshi défendait les mêmes pratiques religieuses.

Ces deux attitudes sont légitimes. Elles dépendent largement du tempérament et surtout de la fonction, ce que les hindous nomment le dharma, propre à chacun. Certains éveillés peuvent avoir une fonction destructrice. Ils montrent le chemin direct, sans concession, et rejettent toute forme religieuse, parfois toute discipline. D’autres parlent depuis le cœur d’une religion pour la réformer, comme l’ont fait Shankara pour l’hindouisme ou bien Ibn ‘Arabī pour le soufisme.

En réalité, les éveillés sont au-delà de ces apparentes contradictions. Ces oppositions n’ont pas plus d’importance que le fait de préférer le bleu au jaune.