mardi 31 janvier 2023

lundi 30 janvier 2023


Que faire, ô musulmans ? Car je ne me reconnais pas moi-même.

Je ne suis ni chrétien, ni juif, ni guèbre, ni musulman ;

Je ne suis ni d’Orient, ni d’Occident, ni de la terre, ni de la mer ;

Je ne proviens pas de la nature, ni des cieux en leur révolution.

Je ne suis pas de terre, ni d’eau, ni d’air, ni de feu ;

Je ne suis pas de l’empyrée, ni de la poussière ; pas de l’existence ni de l’être ;

Je ne suis ni d’Inde, ni de Chine, ni de la Bulghar, ni de Saqsin,

Je ne suis pas du royaume d’Iraq, ni du pays de Khorassan.

Je ne suis pas de ce monde, ni de l’autre, ni du paradis ni de l’enfer,

Je ne suis ni d’Adam, ni d’Ève, ni de l’éden ni de rizwan.

Ma place est d’être sans place, ma trace d’être sans trace ;

Ce n’est ni le corps ni l’âme, car j’appartiens à l’âme du Bien-Aimé.

J’ai renoncé à la dualité, j’ai vu que les deux mondes sont un :

Un seul je cherche, Un Seul je sais, Un seul je vois, Un seul j’appelle.

Il est le Premier, Il est le Dernier, Il est le Manifeste, Il est le Caché ;

Je ne connais nul autre que « ô Lui » – ya hu – et « ô Lui qui est ! » – ya man hu.

Je suis enivré de la coupe de l’amour, je n’ai que faire des deux mondes ;

Je n’ai d’autre fin que l’ivresse et l’extase.

Si j’ai passé un seul instant de ma vie sans toi,

de ce moment et de cette heure, je me repens.

Si j’obtiens en ce monde un seul moment avec toi,

je foulerai aux pieds les deux mondes, je danserai en triomphe à jamais.

Ô Shams de Tabriz ! Je suis si enivré en ce monde

que je ne sais rien d’autre qu’ivresse et transports.


Tiré du Dîvân-E Shams-E Tabrîzî

Traduction d'Eva de Vitray-Meyerovitch


mardi 24 janvier 2023

• Elle est éternelle et infinie, source de joie, sans attributs - Ramana Maharshi


Le « rien » mène au « tout » est l'expérience universelle à laquelle nous invite ici Râmana Mahârshi.
Tout l'enseignement de la non-dualité et de la voie de la négation d'Orient comme d'Occident passe par l'« expérience de tranquillisation » qui est le cour de cet ouvrage. Le Sage nous invite ici à plonger à la Source et à demeurer dans notre être véritable, qui est le Cour, et donc à considérer très attentivement les fondements et principes mêmes de la non-dualité, du « non deux », du « pas ceci, pas cela ».
Si le fil conducteur de « JE SUIS CELUI QUI EST » est la question « Qui suis-je ? » (ko 'ham), il est aussi l'autre injonction du Sage : « Restez tranquille » et d'ajouter : « Sachez qu'il n'y a rien à obtenir que nous n'ayons déjà ».
Dans leur ensemble, dit Râmana, les pratiques n'ont pour but que de pacifier le mental et les pensées, d'éroder les désirs. Être tranquille, c'est demeurer dans notre nature éternelle et naturelle. Aussi n'y a-t-il rien à gagner qui ne soit déjà là, mais à demeurer dans cet état parfait de conscience lucide et de vigilance, d'ouverture et de vacuité qui est en fait Plénitude absolue.
Seule l'enquête sur la nature du Soi en posant la question « Qui suis-je ? » conduira à mukti, la libération de la servitude.

© Extrait publié avec l'aimable, immuable et non-dual accord (!) des Éditions Accarias-l'Originel (merci à Jean-Louis):

« Qui suis-je ? » Texte-C, nouvelle version

(Entre janvier 1920 et février 1924)

Seule l’enquête sur la nature du Soi en posant sans cesse la question « Qui suis-je ? » conduira à mukti, la libération de la servitude.

1. S. Pillai : Qui suis-je ? Râmana :

(1) Je ne suis pas le corps physique composé des sept substances : chair, sang, os, graisse, cerveau, sperme et peau.

(2) Je ne suis aucun des cinq organes sensoriels à travers les- quels les sensations des sons, des touchers, des formes, des odeurs et des goûts sont perçues.

(3) Je ne suis pas l’un des cinq organes d’activité par lesquels les actes de parole, de marche, de geste, d’excrétion des selles et d’accouplement sont accomplis.

(4) Je ne suis pas le prâna qui sous cinq noms différents remplit cinq fonctions différentes : respiration, circulation sanguine, déglutition, digestion et maintien du corps.

(5) Je ne suis pas le mental pensant

(6) Je ne suis pas l’état d’ignorance où les phénomènes et les actions existent, qui retient les tendances subtiles [vâsanâs, samskâras] dans l’inconscient.

2. Si je ne suis aucune des choses décrites ici, alors qui suis-je ? Je suis la Conscience, qui, après avoir nié ou éliminé [neti neti, « pas ceci »] tout ce qui n’est pas le Soi, demeure en tant que pure Conscience. 

3. Quelle est la nature de cette Conscience ?
Elle est éternelle et infinie, source de joie, sans attributs.
La Conscience n’est pas différente de la félicité et la félicité n’est pas différente de la Conscience.

C’est l’état dans lequel la pensée ou le « je » n’apparait pas. Cet état est aussi appelé mauna, silence.
Le Soi seul existe. Rien d’autre n’a de véritable existence. L’univers [jagat], l’ego [jîva] et Dieu [Îshvara] sont illusoires, tout comme l’argent qui apparaît dans la nacre est une illusion. Par conséquent, Dieu [personnel], « je » et les autres jîvas sont tous des formes du Soi [âtma-svarûpa]

Toutes les formes sont celles de Shiva [Shiva-svarûpa].

4. Quand âtma-svarûpa [le Soi] sera-t-il réalisé ?
Quand l’univers phénoménal disparaîtra de notre percepion, âtma-svarûpa sera réalisé.

5. Le Soi ne peut-Il être réalisé même dans l’univers phénoménal ?

Il ne peut l’être. Le réel et l’irréel sont comme la réalité de la corde et l’illusion du serpent ; y aura-t-il une perception réelle de la corde, tant que durera celle illusoire du serpent ?

6. Quand l’univers illusoire disparaîtra-t-il ?
Le monde illusoire disparaît quand le mental – la cause de toutes les pensées – est contrôlé et rendu silencieux.

7. Quelle est la nature du mental?
Le mental n’est rien d’autre que pensées. De toutes les pensées qui sont manifestées par le mental, la pensée du « je » est la première. Seulement après que celle-ci s’élève, les autres pensées s’élèvent aussi.

Sans la première personne [« je »], il ne peut y avoir la seconde [« tu »] ou la troisième [« il »]. Le mental est donc ce qui apparaît en tant que « je ». 

Tout comme une araignée tisse un fil et le résorbe ensuite dans son propre corps, de même le mental projette le monde et le résorbe ensuite en lui-même.

Le mental est puissant. En tant que phénomènes illusoires il se manifeste dans l’univers. Quand il se fond dans le Soi [âtma-svarûpa], l’être véritable [svarûpa] apparaît. Par conséquent, quand l’univers apparaît, le Soi reste caché.

Le mental est toujours attaché au corps physique. On ne le trouve jamais seul. Il est aussi appelé corps subtil [sûkshma-sharîra].

8. Comment le mental peut-il être contrôlé et gardé silencieux ? Le mental ne peut être contrôlé avec succès qu’avec l’investi- gation de « Qui suis-je ? » Celle-ci détruira toutes les autres pensées et ensuite le mental sera consumé [manonâsha] de lui-même – comme le bâton qui allume le bûcher funéraire. Alors âtma-svarûpa resplendira, la respiration s’arrêtera [deviendra imperceptible] également. La pensée du « je » [ahamkâra] et la respiration sont issues de la même source.

Tout ce qui est accompli doit l’être sans la pensée du « je ».

Même sa propre épouse sera vue comme la Mère (déesse) de l’Univers. En vérité, est le plus grand dévot (bhakta) celui qui abandonne son ego dans l’âtma-svarûpa, qui est Dieu.

Lors de la recherche du Soi, si une pensée ou un désir s’élèvent, il ne faut pas essayer de les repousser ou de les nier, mais de se poser la question essentielle : « À qui se présente cette pensée ou ce désir ? » Si cette question est posée, le mental retournera à la Source qu’est le Cœur. La pensée qui a interrompu l’investigation disparaîtra elle aussi.

Plus le mental est ramené ainsi à sa Source, plus il sera pacifié et plus il s’effacera devant la réalité du Soi. Il est aussi connu sous le nom de « Cœur » [hridaya]. Celui-ci n’est pas cette masse de chair et de sang que l’on désigne habituellement comme tel.

Si, par la pratique de l’investigation, le mental demeure fermement dans le Cœur, toute l’agitation des pensées disparaîtra et de même la pensée égotique « je ». L’ego disparu, alors seul resplendit le Soi.

La première pensée que projette le mental est la pensée « je ». Pourquoi se fixe-t-elle ainsi ? Bien que le corps tout entier soit généralement identifié avec le Soi, on le désigne par « je ». Lors d’une profonde contemplation intérieure, l’on découvrira qu’il se trouve dans la poitrine. C’est là que sont ressenties les émotions, telles qu’orgueil, colère, peur, désir, etc. La pensée première se fixe là en tant que « je ». C’est cette pensée qui doit disparaître totalement.

Lorsque le mental apparaît à travers le cerveau et les sens, des phénomènes tels que les noms et les formes apparaissent. Quand le mental est stable dans le Cœur, ces phénomènes n’apparaissent pas. Stabiliser le mental dans le Cœur est appelé antar-mukha, tourné vers l’intérieur [mental extroverti].

9. N’y a-t-il pas d’autres méthodes pour pacifier le mental?
Il n’existe pas d’autre méthode appropriée que celle de l’investigation, de la recherche du Soi. Si le mental est contrôlé par d’autres méthodes, il ne restera silencieux que pendant une courte période, puis il reprendra son activité. Mais tant que le souffle vital (prâna) est contrôlé, le mental l’est aussi. Quand il ne l’est plus, le mental est de nouveau agité. Mais le seul contrôle du souffle (prânâyâma) ne suffit pas à contrôler entièrement le mental ni à le dissoudre dans le Soi. Le prânâyâma aidera celui qui s’est engagé dans la recherche du Soi. De même, la méditation avec forme [saguna] et la récitation d’un mantra [japa-mantra, râm-nâm, Nom divin] aideront celui qui s’est engagé dans cette recherche.

Le mental a le pouvoir de se concentrer sur un seul objet en méditant sur une seule forme ou sur un seul nom. Il est en mouvement constant comme la trompe d’un éléphant qui ne s’apaise qu’avec une chaîne.

De même, si le mental est entraîné à méditer sur une forme ou sur un nom unique, il s’y attache et abandonne toutes les autres pensées. Mais puisqu’il se manifeste comme d’innombrables pensées, sa concentration est faible. Quand l’investigation devient facile pour lui, il lui est alors plus facile de se concentrer sur un seul objet.

Un régime alimentaire et une nourriture pure, sattvique, aideront aussi à pacifier le mental. De toutes les règles établies par les mumukshus (personnes voulant se libérer), celles concernant l’alimentation est la meilleure. Le sens de l’ego disparaîtra (ahamkâra) si un mumukshu mendie sa nourriture  (note MP 1996 n°8). 

10. D’innombrables pensées sont produites par les vâsanâs, les traces contenues dans le mental, comme des vagues dans l’océan. Quand ces traces disparaîtront-elles ?

Comme la méditation gagne en intensité, les pensées en perdent de plus en plus et disparaissent.

11. Est-il possible de détruire toutes les traces de pensées enracinées dans le mental depuis des temps immémoriaux, et de réaliser le Soi?

Le mental doit être fixé si fermement dans la méditation de l’âtma-svarûpa qu’il ne lui sera même pas possible d’entretenir une pensée de doute. Toutefois, si un doute apparaît, il ne faut pas essayer de le dissiper, il faut d’emblée se demander à « qui » s’adresse ce doute et par cette introspection, cette pensée disparaîtra alors. Par l’introspection, le mental se fondra dans le Soi.

Même celui qui est un grand pécheur ne doit pas s’affliger en cherchant à savoir s’il atteindra ou non la libération. La pensée même d’être un pécheur doit être abandonnée et l’on se concentrera sur Âtma-svarûpa ; le Soi sera ainsi réalisé.

12. Combien de temps cette enquête devrait-elle durer ?
Cette enquête est nécessaire tant qu’il y a des traces de pensées dans le mental. Tant qu’il y aura des ennemis dans la forteresse, ils feront des sorties. Si, en sortant, ils sont tous tués, la forteresse sera prise. De même, lorsque les pensées surgissent, elles devraient toutes être détruites par l’investigation intelligente mentionnée ci-dessus. La ferme résolution (vairâgya) consiste en la dissolution de toutes les pensées sans exception, au moment même où elles s’élèvent, à l’endroit même de leur origine.

L’enquête ne doit pas cesser tant que le Soi n’est pas réalisé. Ne pas arrêter jusqu’à ce que le but soit atteint. Tout comme les pêcheurs de perles plongent profondément dans la mer avec des poids attachés à leurs corps et sortent les perles, de même celui qui plonge profondément et sans crainte dans son propre Soi avec une ferme résolution, obtiendra les perles de la félicité qu’est le Soi.

Même si une personne a nombre de choses à accomplir, elle peut et doit consacrer tout son temps à l’introspection et à la méditation. Chérir sans cesse la pensée du Soi est ce qui lui incombe. Si cela est oublié, il lui faut y revenir quand cette « Présence » lui revient en mémoire. 

lundi 23 janvier 2023

• Plus libre que l'air - Jean-Jacques Prade

 Incontournable. Indéniable. Inaltérable. Inévitable.

Hors de toute notion de religion, de psychologie ou de philosophie.

Plus précieuse que l'argent, les honneurs et toutes les connaissances.


Plus libre que l'air et aussi pure que la lumière.


Indispensable pour goûter la Beauté et vivifier l'Amour, pour libérer

la souffrance et ouvrir les portes sur l'ultime Réalité du monde.


Toujours disponible et toujours nouvelle.


Ne demandant et n'imposant rien.


Absolument libre de toute attache et de toute projection.


Aussi fraîche que le premier matin du monde

et aussi pure que le sourire du Silence.


Puissante et délicate à la fois, toujours et partout.


Habitant dans le temps et l'espace et

pourtant hors de l'espace et du temps :


La conscience.


mardi 17 janvier 2023

• En ces temps... - Nicole Montineri

Chemins de retour vers Soi. Textes de réflexion, de méditation, d'intériorisation.

EN CES TEMPS...


Les temps agités que nous traversons angoissent beaucoup de personnes qui voient s'écrouler leurs repères rassurants et leurs certitudes. Nous n'avons pas d'autre choix que d'aller chercher au fond de nous-même nos potentialités oubliées, nos capacités de créativité, le sens de notre vie sur la Terre, notre réalité véritable.

Nous vivons une mutation, à tous les niveaux de notre être. Les consciences se réveillent et se préparent. Elles étaient tombées en sommeil, s'étaient densifiées. Comme la Terre qui, elle aussi, réactive une vie qui fut coupée de la Source, enfermée, comprimée, fossilisée...

Les vibrations ressenties dans notre intériorité sont puissantes. Il y a de plus en plus d'expansions de conscience qui se vivent. Mais si le mental ne lâche pas, s'il continue à alimenter ce monde artificiel fait de mensonges, de croyances, d'interprétations, de constructions conceptuelles, le réveil de la conscience ne peut se réaliser. Et en ces temps de bouleversements, de chaos, ce mode d'existence peut conduire à la folie beaucoup d'êtres qui fonctionnent uniquement au niveau de leur mental, croyant qu'ils vivent réellement le film projeté...

Toute vie, toute manifestation de la réalité ne peut être portée que par la conscience, le coeur sublime, sans limite.

* Je viens de m'installer en Dordogne, prés d'Excideuil. Ma porte est ouverte si vous passez par là et souhaitez me rencontrer.

Tiré du BLOG de Nicole

jeudi 12 janvier 2023

• La nouvelle beuh !

 

• L'homme libre est celui qui sait qu'il n'a pas de libre arbitre - Spinoza

 

L'homme s'imagine qu'il est l'auteur de ses actes. C'est une erreur. C'est la Puissance supérieure qui fait toute chose ; l'homme n'est qu'un instrument. S'il accepte cette position, il se libère de tous ses troubles ; sinon, il les favorise.
Ramana Maharshi
Sur cette notion délicate du libre arbitre, voir aussi ce lien : 

Libre arbitre et perspective non-duelle

dimanche 1 janvier 2023

• Nous sommes le Cosmos qui rêve de lui-même...

Étrange coïncidence… Je me suis laissé embarquer par la mini série "Sermon de minuit" (Midnight Mass) sur Netflix. Pas vraiment mon genre (quoi que !), et je ne m’attendais pas à ça : les vampires et autres loups-garous, ce n’est pas vraiment mon style.

Mais cette série a quelque chose d’intriguant, de non habituel. Bref, je me suis laissé prendre par l’atmosphère et le jeu des acteurs. C'est alors que, tout à la fin, nous attend un beau cadeau : "Qu’est-ce qu’il se passe quand on meurt ?"

Et c'est là qu'on a droit à un bel enseignement non-duel en règle ! C’est savoureux !


samedi 31 décembre 2022

vendredi 9 décembre 2022

• C'est très simple, mais cela doit être fait - Nisargadatta Maharaj

 

Vous pouvez observer l'observation mais pas l'observateur.

Vous vous savez être l'ultime observateur par une intuition directe

et non par un raisonnement logique fondé sur l'observation.

Tout ce qui arrive pointe, comme l'aiguille aimantée vers le nord, sur votre existence en tant que centre de perception.

Négligez l'aiguille et prenez conscience de ce vers quoi elle pointe.

C'est très simple, mais cela doit être fait.

C'est la persistance avec laquelle

vous maintenez le retour vers vous qui est importante.


Nisargadatta Maharaj

mardi 6 décembre 2022

Merci Jean pour toutes ces perles diffusées sur ta page FB.

 

vendredi 18 novembre 2022

• Éveil froid et éveil chaud - Christine Morency


Ici sur terre, nous sommes une personne..., du moins le croyons-nous. Nous le croyons jusqu’à ce qu’un beau jour surgisse un événement hors du commun, parfois banal, souvent un réel tsunami intérieur.
L’événement appelé l’éveil ne provient pas de la personne, car cet événement est précisément la disparition de la personne.

Et quand la construction identitaire intime se brise, arrive une constatation vécue qui restera à jamais impossible à défaire, « je suis Conscience » !
Mais l'éveil, ce n'est pas QUE le recul impersonnel de ce regard non identifié. Cela ne peut pas être une coupure d'avec le monde parce que la conscience est le monde. Totalement et entièrement !

Une seconde expérience ultime peut donc survenir qui apporte la conviction inverse, totalement sidérante Je suis tout ! La conscience se reconnait alors en tant que TOUT et RIEN à la fois ! Bien avant l’éveil, Christine croyait qu’une sorte d’illumination qui la sortirait enfin de ce monde était possible. Quelle surprise de constater que c’est tout le contraire, l’éveil c’est le retour à la Conscience Soi et la Conscience Soi n’est pas différente du tout de la matière, de ce monde ! Elle en est le tissu. Vivre cela dans le chemin, c’est être replongé au cœur de la matière, être et exister par et avec. Et dans le vécu, cela se transpose par une intégration dans le monde même, c’est une fusion entre l’impersonnel et le personnel, le relatif tout simple !

Une contribution importante de Christine Morency à la spiritualité contemporaine est qu’il faut obligatoirement assumer pleinement son incarnation et son apparence relative corps/mental/conscience et non pas tenter de s’en évader !
Ces pages chamboulent toutes les idées préconçues sur ce qu’est l’éveil. 

© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Accarias-l'Originel

Je nomme l’éveil froid et l’éveil chaud ces deux facettes, ces deux façons différentes de vivre l’expérience de l’éveil. En réalité, il n’y a pas deux éveils, mais en apparence et dans les effets, il semblerait que oui.

Une première étape est souvent commune à tous ceux qui expérimentent cela. Le centre d’ego/moi possesseur de ma vie avec mes histoires propres, éclate. Cet éclatement, ce bris (plus ou moins important selon) de moi, laisse un bien- heureux vide pur, rempli de conscience pure, totalement détachée de ce centre d’ego/moi vu tout à coup comme n’ayant jamais réellement existé, n’étant qu’histoires aux- quelles moi/conscience pure, je m’identifiais. La majorité des expériences que les gens partagent avec moi sont de cet ordre. C’est le fameux « je ne suis pas le corps », « je suis rien », « il n’y a personne », et tous ces slogans spirituels rat- tachés à cette expérience première d’éveil. Elle est bienfaitrice, libre et apporte un bien-être indéniable. Détachée du monde, du corps, des expériences qui semblent passer loin de soi, reculée dans son propre espace pur inattaquable, la conscience pure EST... et c’est expérimenté comme une vastitude et une liberté sans limites.

J’appelle cette étape l’éveil froid. Non pas que ce soit péjoratif, mais froid, car il est vu que je ne suis rien. Je ne suis pas la personne, je ne suis pas le corps, je ne suis pas les expériences, je ne suis pas le matériel, je ne suis pas la souffrance, je ne suis pas les émotions, etc. Je ne sais pas ce que je suis, mais c’est génial ! Ce détachement conscient, pur regard impersonnel sur tout, absolument tout, y compris ce qu’il se passe là, dans ce corps... les différentes techniques qui suggèrent et apportent ce détachement du corps et ce regard impersonnel se situent à cette étape.

Froid je dis, parce que dans ce nouveau regard impersonnel, en tant que conscience pure, il n’est pas vu qu’il y a une séparation qui persiste, celle d’avec ce qu’il se passe en avant, dans le monde, dans le corps et parfois en soi. À la longue, un doute peut s’installer, notamment lorsque sur- git une situation particulièrement difficile qui tout à coup relance la conscience personnelle en avant et ainsi démontre qu’elle n’était pas si reculée que ça, que face à la force de la vie qui se joue l’impersonnel peut tout à coup se transformer en quelque chose de personnel et souffrant et qu’il va falloir user de droiture et de force, voire de violence envers soi pour se convaincre que non, il n’y a personne, je ne suis pas le corps, je ne souffre pas véritablement, y a un espace non attaqué, etc.

L’éveil froid est une séparation : conscience pure et monde/corps, de l’autre côté, qui est vu avec le regard impersonnel de la conscience sans attachement. Mais la conscience sans attachement n’est pas la réalisation ! Ce n’est pas le je suis tout, c’est le je suis rien. Le UN, ce sont les deux vivants en soi en même temps, telle une danse intime. L’éveil froid devient, pour la plupart des expériences qui m’ont été racontées et pour ce que j’ai vécu aussi en 2010, difficile à maintenir, car quelque chose n’est pas complet. C’est un éveil détaché de tout, distant de moi, du corps, des autres... c’est au point où souvent, il n’est même pas vu, ni même aperçu, qu’il y a nécessairement quelque chose de l’ordre d’un sujet, un sujet qui vit tout de même au cœur de ce regard impersonnel !

C’est parfait... une très belle étape essentielle, vitale pour la grande reconnaissance de l’éveil chaud qui suivra... ou pas.

L’éveil, ce n’est pas QUE le recul impersonnel de ce regard non identifié. Cela ne peut pas être une coupure d’avec le monde. Pourquoi? Parce que la conscience EST LE MONDE. Totalement et entièrement! Comment son propre éveil pourrait-il alors l’en sortir? Elle s’identifie à un corps qui n’a pas été placé là par quelque chose en dehors d’elle, mais par elle-même ! Une seconde expérience ultime peut donc survenir, à force d’être restée immobile au cœur, reculée d’elle- même, dans ce regard impersonnel-froid. Cette expérience ultime apporte la conviction inverse, totalement sidérante : Je suis tout ! Là où, dans la première expérience, le centre-ego a éclaté, quelque chose de fondamental prend la place, Soi-JE-Moi totalement intime, présent et personnel. Non pas historique, mais personnel ! La conscience se reconnait alors en tant que TOUT et RIEN à la fois! 

Comment vivre TOUT sans alors replonger au cœur du monde, du corps, des histoires qui passent, si besoin est, de la vie, des expériences sentimentales et émotives! Tout est inclus, rien n’est mis de côté, une incroyable réalisation intense de l’ordre de « Je ne peux plus rien mettre en dehors de moi » a lieu. 

Et ça, c’est chaud ! Incroyablement chaud, bienheureux, vivant, pétillant. La conscience-regard impersonnel se fond dans son propre monde et devient en même temps personnelle, totalement impliquée dans ce qui se déroule, car c’est elle-même en action ! 

Et la vie se déroule, sans choix volontaire – si ce sera froid ou chaud, personnel ou impersonnel – dans un mélange devenu impossible à définir, naturel, vivant et parfait.  

Paru également chez Accarias l'Originel, du même auteur : 






jeudi 20 octobre 2022

Le centre du regard a disparu - Marigal


Le numérique s’est immiscé en force dans le vivant. En convertissant le réel en système virtuel « 0 et 1 » c’est mis en place un monde binaire amputé de notre sensibilité corporelle, le ressenti de l’intelligence corporelle du vivant.
C’est là - ici et maintenant - qu’il nous est possible de retrouver le « réel de la réalité », le « ressenti de la réalité ».
Il est nécessaire d’aller vers le dedans de l’intérieur des sens, de diriger l’attention au lieu de la perception, à la racine de la sensation. C’est une observation sans observateur que l’auteur nomme l’Attention Perceptive.
Comment s’y prendre pour qu’il n’y ait plus « moi » aux commandes de cette globalité que je suis ? Il ne s’agit pas d’introspection, ou d’examen de conscience, mais simplement d’être conscient de ce qui est perçu sans interprétation.
Cette pratique n’est pas destinée à rajouter quelque chose à ce que nous sommes, mais à dé-faire, dé-nouer des conditionnements installés de longue date.
C’est par l’Attention localisée au lieu de la perception que nous pouvons prendre conscience concrètement de la présence de la Réalité primordiale qui est en nous – notre essence intime fondamentale, la même qui est l’essence intime de tous les êtres
Ce livre répond à l’impérative nécessité pour l’actuel homo sapiens de se reconnecter à la « Conscience Sensitive » face à un monde de plus en plus virtuel. Avec les nombreux exercices proposés ici il s’agit avant tout de retrouver le ressenti, le vécu des moments de félicité, d’amour et de joie, dès lors que l’identification à l’ego-pensée a disparu.

© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Accarias-L'Originel :

Pour l’illustrer concrètement, nous allons prendre un exemple, et comme on ne connaît vraiment que ce que l’on expérimente soi-même, nous allons essayer de voir et de dire ce qui a été perçu à l’occasion de notre propre expérience, laquelle d’ailleurs n’était pas nommément considérée comme « Éveil », étant donné qu’à ce moment-là j’en ignorais l’existence et la signification, mais comme un moment de grâce ou un moment d’ouverture.

Je n’étais alors dans aucune démarche particulière de recherche spirituelle et c’est arrivé d’une façon totalement imprévue et inattendue, dans un moment habituel de la vie coutumière. C’était un dimanche à la campagne, en début d’après-midi, après un agréable repas avec des amis. Je faisais quelques rangements dans la cuisine, lorsque... soudain, sans que rien de particulier ne se soit produit, je prends conscience que quelque chose est changé, différent. Tout est net, clair, limpide, immédiat, comme si un voile avait été enlevé, comme si une vitre avait disparu. Je n’ai plus l’impression de regarder autour de moi, le centre du regard a disparu, « je » ne suis plus dans le regard... Les autres, le monde qui m’entoure, le personnage que je suis, participent d’une même vie, d’une même substance, sans séparation, sans rupture, dans un même mouvement fluide et harmonieux. Les gestes coutumiers se déroulent d’eux-mêmes, simples, faciles, portés par un silence intérieur intensément présent. Silence – amour infini – qui émane de sa propre nature, irradie de lui-même et de toute chose.

L’ apparence du monde n’a pas changé, mais le monde vit autrement, habité par ce silence et cet amour qui sont le cœur de toute chose et de toute vie. Le personnage que je suis n’a pas changé, mais « je » n’est plus dans le personnage, remplacé par ce silence et cet amour qui rayonne et chante à l’infini.

Je continuais mes occupations et apparemment tout se passait comme si de rien n’était. Le soir c’était toujours là. Le lendemain matin je me retrouvais dans l’état habituel. Pendant deux ou trois jours, rien de particulier ne se produit, tout va comme à l’accoutumée. Je ne suis ni déçue, ni au regret que « ce moment » ait disparu, cela me rappelle d’autres rares « moments » de l’enfance qui ressemblaient à celui-ci, qui étaient venus puis repartis, me laissant le souvenir pendant quelques instants d’avoir été « au paradis ».

Mais cette fois, j’ai nettement conscience que cette expérience de quelques heures contient la réponse aux questions que j’ai pu me poser et que tout un chacun se pose un jour ou l’autre concernant la relation entre l’être individuel et l’univers, moi et les autres, Dieu et le monde. Tout était clair, lumineux, résolu, réconcilié, dans une totale liberté. Il fallait donc que je retrouve cet état, mais comment ?

Les quelques phrases ci-dessus qui expriment le vécu de cette expérience d’éveil vont orienter très nettement ce qu’allait être la recherche qui allait s’ensuivre. Comme la graine contient l’arbre, ce « moment d’ouverture » contenait à la fois le matériau de départ, la modalité du parcours et l’épanouissement.

Mon attention ayant été vivement interpellée, j’avais pu noter certaines observations qui me semblaient essentielles et que je devrais pouvoir retrouver : «je» ne suis plus dans le regard et « je » n’est plus dans le personnage. Et l’interrogation corollaire : quand « je » n’est plus là, qu’est-ce qui a disparu ? Simplement et de toute évidence, c’est « moi » qui n’est plus là – « l’entité-moi » a disparu.

C’est donc l’absence de « moi » qui est apparu comme le phénomène déterminant. À partir de là s’en est suivi le « comment ? » Comment s’y prendre pour qu’il n’y ait plus « moi » dans le regard ? Comment s’y prendre pour qu’il n’y ait plus « moi » aux commandes de ce « personnage-globalité» que je suis?

Dans le contexte de l’expérience, « personne » dans le regard voulait dire : aller à l’origine du regard, au-delà ou en deçà du regard, à l’avant-regard, qui devait se situer vers le dedans du cerveau, à la racine du mental. C’est ce que j’appelais « méditer », aller vers le dedans, qui sera le lieu d’étonnantes découvertes. 

En effet, cette remontée à la source nous conduit à la rencontre du « monde mental ». Une véritable pelote de nœuds faits d’émotions, de sentiments, de pensées, qui se mêlent, interfèrent, s’interpénètrent, s’embrouillent et prolongent leurs antennes dans toute la personne. C’est l’identification à ce conglomérat de phénomènes mentaux qui constitue l’artefact qu’est l’ego qui se prend pour une entité. L’entité-moi, un tel ou une telle qui, lorsqu’il s’ex- prime dit «je»... «Je» fais ceci ou cela, «je» ressens ceci ou cela, « je » pense ceci ou cela. C’est ce conglomérat de « choses-pensées » qui, au sein même de l’Un, crée une frontière mentale entre la conscience apparemment individuelle et la Conscience Une – l’Un qui inclut tout – CELA qui Est. Notons au passage que la « pensée » étant une vibration issue de l’Un et en même temps incluse au sein de l’Un, l’ego – étant un conglomérat de pensées – est aussi inclus dans l’Un et partie constituante de l’Un. 

Et l’Éveil ?

C’est l’instant subit, intemporel, hors du temps, où notre carapace égotique est transcendée. « Comme si » une brèche s’était produite et que la Conscience infinie, « comme » venue de l’extérieur, pénètre et envahit notre espace intérieur, nous inondant de joie et de félicité – ce que nous appelons « l’éveil en nous de la Réalité essentielle ». Ou à l’inverse, par ce « passage », notre conscience intime a «comme» traversé et débouché dans l’espace sans limite de la Conscience infinie et s’est fondue en Elle – ce que nous appelons « l’éveil à la Réalité infinie ».

En fait ce n’est ni l’un ni l’autre, plutôt les deux à la fois. La Réalité individuelle n’étant pas différente de la Réalité infinie, c’est la «Conscience Une» qui se rejoint elle-même, en elle-même. Cette rencontre de la conscience avec elle-même, amorce l’éveil de la Conscience... la Conscience s’éveille... l’Éveil apparaît, se manifeste, se déploie : l’Éveil EST. 

(Ce témoignage n'est pas sans rappeler celui de Virgil, publié dans Éveil Impersonnel).

 

mercredi 19 octobre 2022

Habités par une Conscience qui emplissait tout - Sri Aurobindo


Des ateliers à l’étable, de l’étable aux ateliers, je récitais tout en marchant les immortels mantras des Upanishads et découvrais dans leur profondeur une source de lumière et de force ; ou bien j’observais les allées et venues, les ac­tivités des prisonniers, et j’essayais alors de réaliser cette vérité essentielle : 'sarvaghate nârâyana', Nârâyana est dans toutes les choses – dans les arbres, les bâtiments, les murs, les hommes, les animaux, les oiseaux, les métaux et la terre ; 'sarvam khalvidam brahma', tout ceci est en vérité le Brahman.

Je répétais ce mantra, cherchant à me pénétrer de cette réalité à la vue de toute chose. Peu à peu, mon état d’esprit devint tel que la prison cessa d’être une pri­son. Ce haut mur, ces barreaux de fer, cette paroi blanche, cet arbre aux feuilles bleutées qu’illuminaient les rayons du soleil, tous ces objets ordinaires ne me semblaient plus inanimés ou insensibles, mais au contraire doués de vie, habités par une Conscience qui emplissait tout, et j’avais l’impression que toutes ces choses m’aimaient et voulaient m’étreindre. Hommes, vaches, fourmis, oiseaux, pas­saient, volaient, chantaient, en somme jouaient le jeu de la Nature ; mais au-dedans, immergée dans une béatitude pleine de paix, se tenait une Âme, pure, vaste, détachée.
Il me semblait parfois que le Seigneur se tenait debout sous l’arbre et jouait de la flûte, de Sa flûte de Joie, et mon cœur se sentait irrésistiblement attiré par la douceur de ses notes.
J'avais toujours le sentiment que quelqu’un m’entourait de ses bras, me pressait contre son sein et, à mesure que cet état d’âme se développait en moi, une paix immense, indicible, une paix immaculée m’envahissait et prenait possession de moi. L’écorce qui recouvrait mon cœur se détacha, laissant couler un flot d’amour vers toutes les créatures. En même temps, bonté, compassion, non-violence, toutes ces qualités sâttviques se mirent à fleu­rir en moi, dominant ma nature plutôt râjasique. Et plus elles s’épanouissaient, plus ma joie grandissait, et plus cet état de paix inaltérable s’approfondissait.
L’inquiétude que pouvait me causer le procès s’était dissipée dès le début, mais à présent j’éprouvais au contraire le sentiment que c’était Dieu, dans Sa toute-bonté, qui m’avait, pour mon bien, amené en prison. Je serais acquitté, libéré, j’en avais la ferme conviction. Et à partir de ce jour, je ne souffris plus de mon emprisonnement.