mardi 5 janvier 2010

• Derrière les apparences de l'univers... - Nicole Montineri


Derrière les apparences de l'univers 
se trouve la réalité éternelle

Entretien avec Nicole Montineri
  
Après avoir vécue l'éveil lors d'une grave maladie, Nicole témoigne de cette compréhension lors d'un entretien en toute simplicité. Un entretien éclairant pour de nombreux chercheurs. La quête est nécessaire, mais la vérité surgit spontanément par un lâcher prise qui se déroule à notre insu.

Question : Vous témoignez dans votre livre « N'ayons pas peur de mourir » (Editions Accarias l'Originel) d'une ouverture soudaine survenue lors de circonstances difficiles, après 30 ans de recherche spirituelle. Quelles ont été ces conditions ?

C'est en 2006, lors d'une grave maladie, que j'ai pu vivre ce que mon engagement dans la voie spirituelle avait consenti à esquisser. J'ai alors réalisé ce qu'enseignent tous les sages et les mystiques depuis des millénaires : derrière les apparences de l'univers se trouve la réalité d'une conscience éternelle, la seule réalité qui soit.

Cette réalisation peut survenir à chacun d'entre nous à un moment donné de son existence. Elle a une portée universelle, car chaque éveil d'une conscience a un retentissement dans le cosmos entier.

J'ai hésité à témoigner de ce que je venais de vivre. Pas auprès de mon entourage proche qui, enveloppé de ce courant d'amour, a reçu cette réalisation comme un cadeau, mais auprès d'un public plus large. Comment dire la Réalité ? Il est difficile d'exprimer par des mots la perception de la Conscience en toute chose, de l'union indissoluble de chaque être à l'énergie de la vie. Les mots sont adaptés à notre monde duel et temporel et ne peuvent nous donner la réponse intérieure propre à chacun, qui attend d'être découverte au fond de nous. Cependant, ce sont aussi des paroles que j'avais lues et entendues tout au long de ma quête spirituelle qui m'ont aidé à y voir clair, comme des balises disposées au fil du voyage, qui ont ouvert les vannes de ma compréhension du sens de la vie. Les mots font leur propre chemin en nous, à condition bien sûr qu'on ne les saisisse pas. J'ai donc décidé de témoigner. Ce qui m'avait été permis de voir, je devais tout simplement le dire, encouragée par Arnaud Desjardins qui m'a écrit : «  Que votre expérience et votre réalisation puissent être une aide pour les autres. »

Cette réalisation soudaine, vécue dans un état d'ouverture totale, de réceptivité sans intention, sans projection, faisait bien partie de ma trajectoire de vie, en accord avec mon cheminement intérieur. Elle est venue me montrer une réalité – la Réalité – que je percevais par des intuitions, que je recherchais intensément, de tout mon être. Juste avant ma maladie, j'avais la sensation d'être arrivée à la fin d'un cycle, entamé il y a trente ans. Toute poursuite de quelque chose m'avait abandonnée. Le silence avait commencé à s'installer en moi, laissant les désirs s'éteindre d'eux-mêmes. Dés que l'on commence à se tourner vers l'essentiel, les choses non essentielles renoncent à nous d'elles-mêmes. Peu à peu, je commençais à regarder la vie à partir de cet espace vide d'où tout émerge, et non plus à partir de ce qui en nous cherche, agit et se tourmente.

Question : Pouvez vous nous décrire ce qui a été ressenti pendant ce moment ou l'éveil est survenu ? L'éveil n'est-il pas la dissolution de la « personne » que je crois être ?

C'est par l'expérience de la mort proche que j'ai fait le grand saut dans l'espace pur et vide de la Conscience. Lorsque j'ai senti que mon corps, arrivé au bout de ses forces, allait m'abandonner, j'ai accepté cette nouvelle situation sans angoisse, sans peur. La peur de la mort est seulement une pensée qui émane de l'ego qui sait que tout ce à quoi il s'identifie cessera de fonctionner et qu'il ne poursuivra donc pas son existence. A cet instant, je n'avais aucun désir de me rattacher à quoi que ce soit, même aux douleurs que j'endurais. Le moi s'était déjà effacé. Je n'attendais pas une expérience particulière, qui serait forcément issue de ma mémoire. Mon esprit était vide. Je me sentais totalement libre, sans l'interférence de pensées, de projections ou d'images. Cet état d'abandon, de disponibilité totale, n'est-ce pas cela l'amour ?

Les sens se sont fermés. Ce fut le silence. Il n'y avait plus rien, mais ce n'était pas effrayant. La sensation était douce, paisible, hors du temps. Portée par l'énergie qui baigne l'univers, j'avais l'impression d'une respiration qui était comme une pulsation continue. Puis soudain, ma conscience éclata dans toutes les directions. Elle embrassa l'espace infini de l'univers, qui se trouva dissous en une lumière intense. J'étais devenue cet espace ouvert, illimité. J'avais une sensation de légèreté joyeuse… mais qui « je » ? Il n'y avait plus personne… « Je » n'était plus là pour s'approprier la perception. La lumière n'était pas vue. Elle n'était autre que la conscience elle-même qui se déployait librement dans l'espace. Ce déploiement révélait l'essence de la conscience : elle était cette réalité qui embrassait tout en tant que substance absolue. Elle se reconnaissait par elle-même, à la fois vide et pleine, en repos et en mouvement.

Lorsque la réalisation de la vérité survient, elle est tellement profonde qu'elle laisse la place à un grand vide silencieux. La paix et la joie ressenties donnent la certitude qu'on a retrouvé notre vraie demeure. On se sent pleinement en vie dans ce vide lumineux !

La vibration qui m'enveloppait et me pénétrait était celle de l'Amour, un Amour infini, impersonnel, qui rayonnait dans le silence – matrice de l'univers. Nous venons de lui, nous sommes nés de lui et vivons en lui. Il n'est autre que la Vie. Cet Amour sans condition était perçu comme l'essence même de l'espace dans lequel ma conscience s'était absorbée, une énergie tendre et puissante qui laisse être ce qu'il y a d'éternel en nous.
Au sein de cet Amour cosmique, la liberté me fut donnée de rester dans cet état de félicité parfaite ou de prolonger un peu le voyage terrestre…

Question : Après cette expérience, comment s'est déroulée votre retour et votre perception du monde matériel ?

Lorsque je suis revenue ici, j'ai vécu totalement immergée dans la lumière pendant un mois et demi environ. Tout ce qui était vu, les êtres, la nature, l'était par et dans cette lumière. Je sentais à peine les douleurs de mon corps, l'inflammation pourtant très aiguë des nerfs de ma jambe. Une immense gratitude envers ce qui Est me submergeait à tout moment. Encore maintenant…

La vie en soi et autour de soi devient précieuse. On se sent en communion avec tous les êtres vivants, avec le monde, avec l'univers entier. Au sein de ce rayonnement joyeux, on est tranquille, réconcilié et libre. Il y a en soi un niveau de perception jamais atteint. On touche à la plénitude. On se sent illimité, contenant à la fois tout l'humain que nous sommes et le cosmos entier. Les pensées, les émotions continuent d'arriver, bien sûr, mais elles ne sont plus arrêtées, plus entretenues. Elles sont comme désagrégées dans la chaude lumière de l'espace infini. Le mental n'est plus un problème lorsque nous avons découvert notre véritable nature, celle de tous les êtres, celle de la vie. Nous arrivons à tout accueillir sans faire obstacle, sans fixation mentale ou crispation émotionnelle. Nous laissons les choses qui viennent nous traverser sans qu'elles nous dominent ou nous tourmentent. Nous les observons dans le calme, les laissant se déployer puis s'effacer, sans rien précipiter, sans rien anticiper. Nous sommes en accord avec le mouvement universel, nous ressentons que nous faisons totalement partie du cosmos, que nous participons pleinement à sa prodigieuse aventure. Chaque chose est vue comme émergeant d'une source unique et se mouvant au sein de la globalité de la vie.

Vivre ainsi conduit à percevoir sans cesse plus finement la grandeur incommensurable du mystère de la vie. Le silence qui est en nous depuis l'origine, duquel tout émerge et auquel tout retourne, imprègne tout notre être, notre corps, notre esprit, accompagne tous nos actes. La réalisation de notre véritable nature transforme notre façon de vivre l'instant, désormais plus détendue, plus libre, nous disposant à accueillir chaque évènement tel qu'il surgit, comme un don de la vie. On ne se sent plus lié aux circonstances. On se contente d'être dans chaque situation où la vie nous place. Ce n'est pas qu'il n'y ait plus de problèmes, mais il n'y a plus personne pour s'en emparer et les faire siens. La personnalité avec ses exigences s'est effacée. Son jeu était tellement dérisoire !

Question : Nicole, cet éveil est survenu après une recherche d'une trentaine d'années. Comment voyez vous ces années ? Quels ont été les obstacles que vous avez rencontrés ?

Cette ouverture à l'espace intérieur de liberté est survenue après plus de trente ans de questionnements sans relâche. J'ai toujours été poussée de l'intérieur par une forte exigence de compréhension du sens de ce monde, de cette vie. Pas une exigence prudente, raisonnée, mais une sorte de feu brûlant. J'ai beaucoup lu, réfléchi, douté aussi. J'ai connu le découragement, la sensation d'être enfermée entre des murs sans ouverture… Sur ce chemin – qui n'en est pas un – on apprend à s'observer en relation avec les autres, en toute lucidité, à voir ce qui est, sans autre but que voir, sans s'épuiser à vouloir tout saisir, à vouloir poursuivre une foule de désirs, mêmes spirituels. Un Chercheur de Vérité, c'est un être de passion qui laisse la vie devenir pleinement manifeste en lui, en la laissant circuler librement à travers son propre espace.

C'est de cet espace de liberté et de paix, qui ne connaît jamais la souffrance, que se dégage peu à peu la vision claire, globale, détachée et sensible. Personne ne peut faire à notre place ce travail exigeant d'attention à ce qui se déroule en nous et autour de nous, d'observation lucide de nos pensées parasites, de notre bavardage incessant, de nos réactions désordonnées. Nous sommes seuls sur cette voie rigoureuse du dépouillement, du renoncement à nos innombrables illusions. Cependant, si nous l'acceptons, nous sommes aussi magnifiquement aidés à comprendre ce qui émerge par tous ceux qui nous ont précédés. Tous les textes de spiritualité que j'ai pu lire ont contribué à ouvrir ma conscience, à accueillir sans confusion ce qui se présentait.

Le risque pour quelqu'un comme moi qui lisait beaucoup est que l'étude et le savoir viennent renforcer le mental, le figer, et qu'ensuite il n'accepte pas de s'effacer à l'instant précis où il le faudra. Même dans la quête spirituelle, le mental vient mettre une distance entre ce qu'il pense vivre et la réalité telle qu'elle est. Les difficultés surgissent toujours lorsque nous ne sommes plus en contact direct avec le flux de la vie. Intuitivement, je savais que le mental ne trouverait pas la vérité par des efforts ou des contraintes. Il est impuissant à découvrir la vraie nature de la vie, car il est le produit de la mémoire qui fait écran à la réalité toujours changeante. Il faut le laisser fonctionner librement, le laisser chercher, creuser, jusqu'à ce qu'il réalise de lui-même qu'il est l'obstacle ! Dés qu'il comprend qu'il ne pourra jamais embrasser ce qui le contient, il se calme, s'efface, et la paix qui attendait d'être découverte en nous s'installe enfin… Nous ressentons alors cette joie immense qu'il y a de vivre dans la spontanéité de l'instant. Notre espace dévoilé, désencombré, laisse passer tranquillement tout ce qui arrive. Cet espace grand ouvert, c'est notre conscience qui affleure et nous fait percevoir la réalité ultime dans la multitude des phénomènes qui se manifestent. La vie prend alors son véritable sens, vécu en soi comme une évidence.

Ce sens nous est révélé au cœur de notre existence quotidienne. C'est pour cela que nous devons aimer notre parcours terrestre, avec ses évènements, ses rencontres, ses réussites et ses échecs, aimer ce que nous sommes, fruit de ce que la vie nous propose. Ce qui importe, c'est de vivre intensément le quotidien, de comprendre la signification de nos expériences, de tout accueillir, de tout faire nôtre afin de percevoir la puissance d'amour à l'origine de chaque manifestation. Cette puissance, c'est l'énergie consciente de la vie. Lorsque notre attention sensible, libre de toute attente, nous fait accueillir spontanément chaque fait, chaque perception, sans passer par la pensée qui trie, qui juge, prolonge ou rejette, nous sommes naturellement dans cette énergie. La paix ressentie est sa substance.

La vie n'est pas ce que fabrique notre esprit, avec ses certitudes et ses doutes. Elle est bien plus vaste. Comment pourrait-elle contenir dans ce cadre étriqué ? La vie n'est pas ce contenu. Elle est le contenant. Elle est ce que nous sommes. Ce qui m'a été permis de comprendre au fil de cette quête, c'est que la seule façon de vivre qui soit est de nous abandonner en confiance à l'énergie intelligente de la vie, de nous laisser couler dans le flux qui nous porte, sans permettre à notre esprit de venir l'entraver. La vie nous aime. Ayons confiance en elle et nous serons surpris de voir où son souffle nous mène…

La vie est en se renouvelant. La paix ne peut rayonner qu'à partir de notre confiance envers ce mouvement à chaque instant renouvelé. Ce sont nos individualités qui, s'identifiant aux plaisirs et aux chagrins qui surviennent, puis souffrant dans la mémoire de blessures et dans l'attente de futurs meilleurs, bloquent le flot de la vie. Nos individualités, loin d'affirmer la liberté en s'imposant, comme elles le croient, l'entravent. Dés lors, le mouvement de la vie se fige au sein de notre espace… Cet espace est le lieu où tout se déroule, où l'intelligence de la vie prend conscience d'elle-même dans une danse spontanée et amoureuse. L'ouverture à cet espace de liberté ne peut se produire que si nous mourons à tout ce qui l'encombre, à nos pensées confuses, aux images que nous créons de nous-mêmes et des autres, aux liens qui nous enferment à travers nos plaisirs et nos blessures, que si nous mourons à tout ce à quoi notre esprit s'accroche. Celui-ci n'est jamais libre. Ne le laissons pas discuter sur tout. Il nous manipule sans cesse à partir de sa mémoire et de ses conditionnements. C'est lui qui fabrique et nourrit nos ego. Vidons-le, en toute sincérité et en toute confiance, de tout ce à quoi il s'attache au fil du temps, de tout ce qu'il accumule et qui fait écran à la tranquillité et à la clarté de notre être véritable. Etre vide de soi, c'est être plein de l'intelligence de la vie qui peut alors nous traverser sans obstacle. Sans vide, pas de plénitude.

Cette compréhension n'est pas l'aboutissement d'une recherche spirituelle, mais est au cœur de chaque instant du parcours. A chacun des pas de notre destinée terrestre, il nous appartient d'accueillir les évènements avec douceur, avec bienveillance, de leur ouvrir notre espace intérieur, cette liberté d'être que nous offre la vie, afin qu'ils s'y apaisent, qu'ils s'y effacent. Il nous appartient de les laisser passer à travers nous comme l'énergie de vie que nous inspirons puis expirons, aussi naturellement, aussi légèrement, sans nous y accrocher mentalement. Soyons vides comme la source d'où tout émerge et où tout retourne. Un jour, à notre mort, toutes nos histoires personnelles disparaîtront dans ce grand vide…

Question : Que diriez vous aux chercheurs spirituels de la nature de l'obstacle à l'éveil, et de notre réalité ultime ?

C'est à l'intérieur de notre espace vide de toutes représentations objectives que nous pouvons réaliser le grand saut hors du temps, dans l'unité de la vie. La réalité de notre nature véritable ne peut être vue que lorsque les dépouillements de ce qui fait obstacle à la vision ont été accomplis, lorsque nous avons renoncé à toutes nos fausses identifications. Rien ne nous sépare jamais de notre essence, si ce n'est notre mental. J'ai dit tout à l'heure que le chemin n'en est pas un, car il n'y a pas de distance pour aller vers ce que nous sommes de toute éternité. C'est notre esprit qui fabrique cette idée de distance à parcourir, qui crée des étapes et un but à atteindre. Il nous lie au temps dans cette prétention de progrès. Tout est déjà là, dans cette énergie éternelle et vibrante d'amour qu'est la vie.

Très jeune, j'ai eu l'intuition qu'il y a une part de nous-mêmes qui survit à notre mort physique, et l'envie très forte d'en connaître la nature. Je n'étais mue que par cet appel de recherche de sens qui aiguisait ma sensibilité à la nature éphémère des choses. J'ai su très tôt que la mort était la clé du grand mystère. Cette connaissance tout intérieure, loin d'assombrir mon existence, lui donna une liberté et une intensité joyeuse. Je sentais qu'il fallait que je reste pleinement éveillée au contact de la vie, libre de m'exposer totalement à son énergie, sans protection, malgré les évènements que l'on ne comprend pas toujours. Un jour, surgit l'évènement qui nous fait pénétrer au cœur de la réalité ultime, et alors tout est clair...

C'est cette part éternelle qui s'est révélée lorsque tout mon être s'est abandonné sans restriction à ce qui lui était proposé de vivre comme un ultime élan. Elle n'est pas liée à notre personnalité, ne dépend ni de nos pensées, ni de nos actes. Elle n'est concernée par aucune souffrance, aucune attente de bonheur, aucune limitation. Elle est l'essence même de ce que nous sommes en vérité. Elle est ce flux ininterrompu présent dans toutes les formes, ce témoin qui observe en silence tout ce qui apparaît et disparaît dans son champ illimité.

Nous n'avons rien d'autre à faire que de découvrir en nous cette source silencieuse qui rayonne aux dimensions infinies de l'univers et de nous y absorber. Nous sommes cet espace vide, cet infini. Nous sommes la Vie. Nous pouvons nous reposer… Chaque chose suit son cours. Chaque être est vu tel qu'il est : conscience semblable à la nôtre, observatrice immuable de nos existences. Chaque évènement est accueilli avec sérénité, car il n'a plus de signification égocentrique. Nous voyons, par delà le jeu du bien et du mal de notre monde, la beauté de l'essence de la vie. Tout coule avec fluidité, car ce ne sont plus nos ego qui veulent, mais ce sont les forces de la vie qui agissent à travers nous et nous mènent où elles veulent. Tout se développe selon un processus harmonieux, dans le consentement à ce qui est. Ceux que nous rencontrons ressentent notre paix et notre liberté, c'est notre façon de les aider. Nous sommes capables de vivre sans perdre notre unicité, en observateur paisible dont les gestes sont dépouillés de vanité et d'agitation désordonnée. Nous pouvons agir au sein de notre société stressée, déboussolée, en être authentique inspiré par sa conscience. Car nous demeurons dans le silence de notre part éternelle, là où le fardeau du personnage social et de ses exigences disparaît.

Le silence est la substance dans laquelle baigne l'univers. Il est l'origine. C'est le silence qui m'a enseignée lorsque ma conscience s'est absorbée dans une expansion illimitée. Il ne faut pas avoir peur de lui lorsque nous le découvrons. Il émane du plus profond de ce que nous sommes et nous y conduit. Il est la liberté de notre espace intérieur, et non la prison de notre mental qui divise la réalité, qui crée une séparation entre le monde et notre réponse au monde. Il apparaît dés que nous sortons de nos petits moi. Il nous révèle ce qui est réellement manifesté et nous dispose à l'accueillir avec sérénité. Il nous fait vivre avec la conscience de notre voyage éternel au sein de l'énergie cosmique, vide et cependant pleine de toutes les potentialités infinies de la vie. L'absolu est ici, à chaque instant de ce voyage. Il n'est pas autre chose que cette énergie d'amour qui nous porte et nous pénètre.


Propos recueillis par Jean-Pierre Chometon, 
pour le revue Sources.
Source du texte : Nicole Montineri.


samedi 2 janvier 2010

• Il goûte toutes les saveurs... - Métripa


 Le yogi ne conceptualise pas et, en cela, 
est comme un petit enfant.
 Il goûte toutes les saveurs comme une abeille 

butinant dans un jardin.
 Il erre de forêt en forêt (d'apparence en apparence) 

comme le lion.
 Il est comme le vent soufflant 

dans toutes les directions.
  Être en harmonie avec la nature de l'esprit 

est la sublime conduite.
 Ne contrains pas ta nature, 

conduis-toi comme un fou.
 Toutes les apparences 

sont en essence l'esprit.
 Tout ce qui se présente est sans substrat, 

c'est le Mahamoudra.

Métripa 


et plus encore...

vendredi 1 janvier 2010

• Nous sommes tous ensemble sur la même planète





jeudi 31 décembre 2009

• L'éveil est une conscience vivante - Thierry Vissac


Interview de Thierry Vissac sur l'éveil, réalisée par deux personnes de Lyon souhaitant publier un livre sur le sujet.

Quelles sont les qualités spécifiques de l'éveil, qui le distinguent nettement des états mentaux et émotionnels habituels ?

Lorsqu'on parle d'éveil spirituel, on évoque une réalité d'une grande simplicité que les mots définissent mal, bien que nous soyons toujours sollicités pour donner des définitions. Vous me posez une question claire qui appelle une réponse claire ? Mais ce que nous comprenons clairement risque d'être une référence à ce que nous savons déjà ou ce que nous croyons. Cette compréhension est donc très imparfaite, sans quoi la clarté de cette réponse serait un éveil en elle-même. Nous aspirons donc moins à être éclairés intellectuellement qu'à vivre cette réalité de manière directe et non mentale.
L'éveil est une conscience vivante qui ne perd pas de vue la trame essentielle de notre existence et permet donc de ne pas se laisser happer par l'hallucination collective du devenir, du paraître, du construire. Cette conscience donne une perception panoramique et un sentiment d'espace.
Mais interrogez-moi demain et je vous dirai peut-être quelque chose qui semblera différent.

Dans votre vécu, l'éveil est-il permanent ou la personnalité vient-elle parfois l'estomper ?
 

Cette conscience est permanente. Mais elle n'empêche pas les aléas de l'incarnation. La conscience de l'éveil permet cependant de les vivre en Paix. La personnalité laisse ses marques mais l'identification s'est estompée dans cet éveil. On parle moins de personnalité alors que d'empreintes qui ont été vues pour ce qu'elles étaient et qui, en conséquence, sans être rejetées ou condamnées, d'ailleurs, n'appartiennent plus à cette conscience. C'est-à-dire qu'elles existent à leur niveau, sans qu'il y ait de dépendance. La perception de soi et du monde n'est plus exercée à partir de la personnalité et de ses filtres mais à partir de la conscience vivante qu'on appelle l'éveil spirituel.

Que change l'éveil au quotidien : dans les relations interpersonnelles, relation au pouvoir et à la vulnérabilité, au plaisir et au manque, au besoin de sécurité (argent, biens…etc.) ?
 

La réponse est contenue dans la phrase précédente. Les mouvements de la vie personnelle peuvent se poursuivre naturellement mais le regard qui est porté sur eux est Paisible. L'urgence habituelle du besoin, de la nécessité de se protéger, de se sécuriser, se dissout sans mal dans cette conscience où la joie simple d'être vivant donne un moindre pouvoir à toutes ces choses. Quand le monde connaîtra un plus grand nombre d'éveillés, le pouvoir de ces forces collectives sera encore moindre jusqu'à, sans doute, devenir inexistant.

Au cours de vos enseignements, quelles sont les principales demandes, attentes et réticences que vous percevez chez les participants ?

Les participants attendent de ne plus souffrir moralement ou physiquement. Mais ils résistent à l'idée d'abandonner leurs habitudes, leur regard d'identification pour cela. Ils ont une tendance récurrente à identifier la joie de l'éveil à une satisfaction physiologique ou psychologique. Cet amalgame très répandu est une déviation qui conduit depuis toujours les aspirants à l'éveil à ne pas regarder "au bon endroit", et manquer du coup la simplicité de ce qui est, à chaque instant.

Quelles sont les particularités de l'enseignement spirituel, ses principales difficultés et joies ?


La joie du Service, dans un oubli total de soi. La joie de voir la lumière revenir sur des visages tendus et fatigués. Le miracle de voir se révéler l'éveil, malgré soi plutôt que grâce à soi. Il n'y a pas de difficulté à témoigner ou à dialoguer, bien que les "attentes et réticences" que vous mentionnez précédemment peuvent produire un poids ou une charge particulière que je ressens souvent naturellement dans l'interaction.

mercredi 30 décembre 2009

• Le visage même que vous aviez avant votre naissance - Jean Klein



Dans mon cas, qui choisit de venir ici au lieu d'aller au cinéma ?

Je n'en suis pas si sûr ! ( Rire )

Moi non plus !

J'aimerais que vous scrutiez plus attentivement ce qui vous pousse à venir ici. Regarder la motivation qui vous conduit à venir ici peut considérablement réduire votre consommation d'essence ! Vous pouvez faire face à la question immédiatement, dans votre salon. Peut-être est-ce un manque de paix, un manque de bonheur. Si c'est un manque de paix, peut-être pouvez-vous affronter, dans l'instant même, la sensation qui vous rend nerveux. Faites face à la perception à ce moment-là, faites face à l'absence de paix et de bonheur, et vous vous découvrirez vous-même, non dans l'objet, le manque ou la nervosité, mais dans la vision elle-même. Vous êtes le sujet ultime, le sujet de tous les objets. Des milliers et des milliers d'objets existent et changent, mais vous êtes l'unique sujet ultime qui ne peut jamais devenir un objet — aussi, soyez-le ; c'est là qu'est votre liberté. Quand vous verrez cela réellement, vous serez frappé par l'évidence qu'il n'y a rien à atteindre, rien à acquérir. Si quelqu'un vous déclare que vous pouvez apprendre quelque chose ou obtenir une perception directe grâce à une technique ou un système, passez votre chemin. Tout cela vous détourne de la vision réelle. Rien n'est à acquérir de ce que vous êtes, parce que vous l'êtes. Tenter de l'acquérir vous en éloigne, car c'est ce qu'il existe de plus proche de vous. Avant que votre corps ne s'éveille le matin, vous l'êtes. Il est suffisant de savoir que les états de veille, de rêve, de sommeil profond sont en vous. Ce qui est derrière tous ces états est votre vraie nature, votre vrai visage ; c'est le visage même que vous aviez avant votre naissance, et c'est le visage même qui demeure après votre mort physique. Mais l'important est d'intégrer cela sciemment.

Dr Klein, comment peut-on s'acquitter de ses tâches quotidiennes s'il n'existe ni personnalité ni ego ?

C'est dans votre absence que vous percevrez votre réelle présence. Tout ce qui apparaît dans votre vie est comme ce qui se produit sur une scène mais vous ne vous identifiez pas à l'acteur qui est sur scène, vous demeurez simplement dans la salle, vous êtes le témoin. La vraie joie n'a lieu que lorsque vous êtes le témoin de tout ce qui apparaît et disparaît. Alors vos relations changeront complètement, parce qu'alors il n'existe aucune personnalité à laquelle vous identifier. La personnalité est un très bon outil, mais vous ne vous identifiez pas à elle. Vous agissez spontanément, et cette action n'est pas une réaction, elle est en réelle adéquation avec chaque instant. Une action spontanée implique qu'il n'y a ni acteur, ni agent, il y a seulement action. Il n'y a aucune entité dans le cosmos, il y a seulement fonctionnement. Un fonctionnement sans intervention d'une personnalité relève d'un âge nouveau.

Extraits choisis de Transmettre la lumière - Jean Klein - Éditions du Relié

mardi 29 décembre 2009

• Bienveillance universelle - Tony parsons


 Jeff Foster & Tony Parsons

Tout mène à l'éveil. Même ce que votre esprit peut considérer comme nuisible vous rappelle l'existence d'une autre possibilité. Abandonnez simplement votre attachement et votre fascination envers l'histoire personnelle et laissez la vie avoir lieu. Quelque chose d'autre, d'une signification immense, va prendre la place de tous vos tracas et vous serez submergé par un sentiment neuf d'émerveillement. Tout va se teinter d'une qualité de bienveillance. C'est la manière d'être naturelle de la vie.

Quand l'éveil se produit, il est vu (non par "quelqu'un"), que tout est unité. Tout et chaque chose émane du silence et de l'amour inconditionnel. Dés que cela est vu, le fond de l'être, l'amour inconditionnel, est reconnu en tout ce qui est. C'est comme si, instantanément, tout recelait une présence d'amour, de bienveillance universelle.

Tony Parsons - Ce qui est

jeudi 24 décembre 2009

mercredi 23 décembre 2009

• Exploration de la nature de l'expérience - Rupert Spira







































Je rencontre tant de personnes qui ne sont pas heureuses, et à qui on a dit qu'il n'y avait absolument rien à faire. Donc, en plus de leur mal-être, une couche de résignation et de frustration a été ajoutée. Ce mal-être est d'autant plus intense chez ceux qui comme vous, ont connu des moments ou des périodes d'éveil.

Il est vrai que du point de vue de l'absolu, il n'y a rien à faire, et personne pour le faire. Toutefois une personne malheureuse ne parle pas du point de vue de l'absolu. Elle parle du point de vue, où l'apparente entité séparée, son mal-être et la recherche qui obligatoirement s'ensuit, sont vécues comme tout à fait réelles. Il n'y a là aucun jugement.

Il est important de comprendre qu'en tant qu'entité séparée, faire ou ne pas faire n'est pas un choix. Faire (dans ce cas, rechercher le bonheur) est inévitable et inéluctable, si l'on ressent que l'on est une entité séparée, c'est-à-dire si l'on se sent malheureux.
Il n'est pas juste de dire: "Je sens que je suis une personne, une entité séparée, je suis malheureux et pourtant je sais qu'il n'y a rien à faire". L'entité séparée est celui qui fait, qui cherche, qui pense etc. Ce qui s' est passé dans de tels cas, c'est qu'un mince vernis d'Advaita a été répandu sur nos croyances et sentiment de séparation.

Si nous sommes malheureux, nous rejetons par définition la situation actuelle. Nous voulons que les choses soient différentes. Ce rejet de la situation courante est en soi synonyme de recherche d'une situation différente, c'est-à-dire la recherche du bonheur dans le futur. En d'autres termes, mal-être et recherche du bonheur sont inséparables.

Si nous disons que nous sommes malheureux et qu'en même temps nous comprenons qu'il n'y a rien à faire, qu'il n'y a pas de recherche, alors nous n'avons simplement pas examiné suffisamment notre condition présente.

Dans un tel cas, un regard clair sur nous-même, révèlera une entité apparente, qui est véritablement en recherche, c'est-à-dire, une entité qui fait quelque chose. Ainsi rechercher le bonheur n'est pour celui ou celle qui croit être une entité, pas un choix. C'est donné. La personne séparée est la recherche du bonheur.

Cette aspiration profonde de votre coeur est un mélange de la joie même que vous recherchez plus la croyance et le sentiment qu'elle n'est pas présente. Si nous ajoutons la croyance qu'il n'y a rien à faire pour dévoiler cette joie, nous nous condamnons à la résignation, frustration et désespoir, soulagés par quelques moments fugaces de bonheur. Il est vrai que l'aspiration du coeur ne peut être comblée, mais elle peut être dissoute.

La joie est la simple reconnaissance de notre propre être - c'est la chose la plus naturelle. Ce qui reconnaît cet Etre et ce qui est reconnu sont une seule et même chose.

Si nous pensons que nous sommes une personne (et que nous nous sentons malheureux de ce fait) il y a deux choses que l'on peut faire. L'une est de rechercher la source de cette personne apparente. En tournant notre attention vers notre propre Etre, cette apparente entité qui semblait tourner son attention, se révèle n'être rien d'autre que la Présence elle-même.

Et la deuxième : en prenant la position de cette conscience-présence, nous pouvons coopérer avec le réalignement du mental et du corps, et en fait du monde, avec cette nouvelle position. Cela demande simplement de la patience, de la clarté et du courage.

La Présence s'est, semble-t-il, voilée en prenant la forme de la pensée dualiste, mais étant la substance même de toute expérience, elle a aussi permis le chemin du retour à elle, un fil d'or... le chemin de l'investigation et de la contemplation.

Du point de vue de la personne, ces deux possibilités seront ressenties comme un faire - qu'il en soit ainsi. Elles sont le cadeau (la grâce) de la Présence à elle-même.

Vu sur le site Perles de Bonheur

mardi 22 décembre 2009

• Le retour vers la Source - Nicole Montinéri



 Voici les fichiers audios de la venue de Nicole Montineri à Villeneuve-Loubet.


INFORMATION :

A la demande de Nicole les pistes audios a été enlevées car, me précise-t-elle :

L'enregistrement fige des paroles dites spontanément et qui n'ont pas vocation à rester...

J'y vois là comme une subtile invitation à revenir dans notre "présent"...

(les lecteurs ont donc été désactivés) 








lundi 21 décembre 2009

• Vous êtes la Conscience - Nathan Gill



Vous êtes la Conscience. Vous êtes cela en lequel tout apparaît. Le monde, le corps, les pensées - tout apparaît en vous. Vous n'êtes pas séparé de quoique ce soit.

Vous êtes la source et l'apparition de tout ce qui est. Vous n'avez pas à aller ou que ce soit, ou faire quoique ce soit pour que cela soit évident. C'est la chose la plus évidente. Vous l'oubliez toujours, le tenant pour acquis.

Tout apparaît dans la conscience, la conscience ordinaire, maintenant, qui est le fondement de tout ce qui est, y compris cette expérience actuelle. La simple prise de conscience est le facteur commun à toute expérience.
Juste voir que vous êtes tout simplement présent. Rien d'autre n'arrive jamais. Voir que tout advient et tombe dans la présence consciente. Les gens passent, les nuages vont passer, les conversations sont en cours, les pensées apparaissent. Tout se déploie dans la conscience.

Au sein de la présence, vous apparaissez a vous même en tant que tout.
Les pensées, les mondes, les univers, la vie, la mort - tout surgit en vous.
L'identification en tant que personne humaine ordinaire a lieu en vous.
Vous êtes la source et l'apparition de tout.

Toute expérience apparaît en vous. Il n'y a que l'apparition actuelle de tout, comme et dans la conscience. Toute «illumination» est simplement une autre expérience modifiée dans la conscience. Vous n'avez pas à tenter de transcender ou d'anéantir l'individualité, l'ego, ou n'importe quoi d'autre. Tout cela apparaît dans la conscience ordinaire. Cette expérience à l'instant, ordinaire ou extraordinaire, est le contenu de la conscience. Rien n'a besoin de changer, il n'y a rien à obtenir ou a réaliser.
Vous êtes la conscience, consciente et apparaissant comme tout.

Il y a conscience en ce moment - quel qu'en soit le contenu. Conscience et contenu.
L'océan et les vagues. Le flux et le reflux de la vie. Ce qui est maintenant. Vous l'êtes.

Lorsque vous ne prenez plus au sérieux l'histoire conceptuelle de toute une vie portée par la pensée au-delà du contenu actuel de conscience,  la vie conceptuelle se révèle pour ce qu'elle est et cesse d'être l'objet exclusif d'attention.

L'identification d'un moi conceptuel - ou ego - n'est pas plus réalle que simple conscience mais elle est un ajout inutile, une superposition, sur le simple sens de «moi» de la présence physique.

L'acceptation de la vie telle qu'elle est plutôt que tout effort visant à se débarrasser du mental ou l'ego, ou de devenir «illuminé», permet a la recherche de tomber d'elle même. Tous les efforts visant à se débarrasser de l'ego, ne font que renforcer ce sentiment d'identification.

L'acceptation de la vie telle qu'elle est ne signe pas la fin d'une vie ordinaire pour ce corps dans un feu d'artifice magique de l'illumination. La réflexion se poursuit, la vie continue, mais n'est plus accablé par la complication de la recherche de l'unité. La vie est vue comme l'expression de la plénitude plutôt que comme sa recherche.

Vous êtes Conscience. Cependant, votre apparence est déjà parfaite, y compris l'identification en tant que moi, ainsi que tout cherche à se débarrasser du moi. l'identification conceptuelle est une simple apparence supplémentaires dans le jeu apparent de la conscience et la conscience ne recherche pas l'illumination. Seul l'ego le fait.

Dans la vision lucide, la vie apparaît comme une grande pièce de théâtre.
Vous - Conscience jouez tous les rôles dans la pièce, et apparaissez comme l'ensemble du spectacle, spontanément sans cause.

Ça fait partie de la pièce que vous - Conscience jouiez des rôles habituellement sans connaître votre identité véritable, mais parfois, comme partie du spectacle, vous vous permettez de connaître ce que vous êtes vraiment.

Lorsque vous - Conscience - êtes impliqués en tant que personnage dans votre pièce sans connaître votre véritable nature, le rôle est pris au sérieux et tous les drames de la vie viennent de là.

Si un rôle est joué en sachant qui vous êtes, le jeu est considéré pour ce qu'il est.
Le personnage qui connaît son identité réelle ne disparaît dans un flash et un bang - bien que cela soit possible parce qu'il n'existe pas de règles pour le spectacle, n'endosse pas des robes ocres, n'a pas de disciples, n'enseigne pas des «vérités spirituelles», bien que cela soit toujours possibles, selon le rôle du personnage dans la pièce. Le personnage apparaître probablement sous la forme qu'il ou elle avait avant de connaître sa véritable identité.

Le personnage est susceptible de continuer ce qui semble une vie ordinaire dans la pièce. Il n'est même pas nécessaire que la personne communique a quiconque ce qui est maintenant évident pour elle.

Il n'y a aucune qualité à cette vision lucide.

Cela fait partie de la pièce et n'est associé à aucun mérite.
Si la personne souffrait ou avait un problème avant que survienne la lucidité, alors cela pourrait encore faire partie du rôle du personnage.

Il pourrait y avoir du bonheur ou du plaisir, mais seulement si cela fait partie du rôle joué. Il n'y a absolument pas de règles ou de conditions.

Toute cette scène n'a aucun but, ou qualité et il est juste vous - Conscience - vous célébrant vous-même.  Vous êtes votre jeu. Cela n'a pas d'existence distincte de vous.

La vie spirituelle n'a pas vraiment de pertinence avec la lucidité.
La vie spirituelle se présente comme partie de la pièce de théâtre de la vie, mais devient souvent confuse comme une condition préalable à la lucidité du fait que ce qui apparaît dans le jeu est l'évolution de l'individu au travers d'étapes progressivement «supérieures» ou plus élevées.

Le personnage ordinaire, occupé par les les affaires habituelles de la vie humaine, peut s'intéresser à la religion ou au développement personnel.

Il pourrait y avoir un basculement vers la vie «spirituelle» et peut-être un intérêt à la non-dualité de Advaita.

Cette progression n'est pas nécessaire pour qu'apparaisse la lucidité. Elle pourrait apparaître à tout moment et à n'importe quel personnage de la pièce. Aucune des différentes parties ou étapes du jeu de la vie n'ont la capacité d"amener a la lucidité.

La lucidité naît spontanément de son propre chef. La Conscience devient consciente d'elle même dans et en tant que jeu de la vie. La connaissance de l'Advaita n'a pas plus de pouvoir a créer les conditions pour l'apparition de la lucidité que toute autre partie de la pièce.

La vie spirituelle voit l'individu comme séparé de sa nature Consciente, et a comme objectif de les réunifier.

Comme moyen pour atteindre cet objectif de ré-unification, une gamme de techniques exotiques et méthodes ont été formulées pour «purifier» l'individu, pour se débarrasser de l'ego, pour calmer l'esprit et les émotions, etc.

Le point fondamental à coté duquel on passe à chaque étape de la quête de l'individu est que l'individu - joué par vous, qui êtes conscience - est déjà ce qu'il cherche. Or rien ne definira le chercheur plus que ce qu'il ou elle est déjà.

La recherche et toutes les méthodes et les techniques employées, n'ont pas plus de raison d'être là que n'importe quelle autre partie de la pièce. Elles adviennent d'elles même comme partie de la pièce.

La lucidité peut survenir chez n'importe qui, n'importe quand, sans "qualifications" spirituelle.

La conscience sous la forme d'une personne assise dans une posture du lotus, visualisant une lumière violette dans ses organes génitaux, respirant l'univers à travers le plexus solaire, chantant "Om" et remontant la colonne vertébrale entouré de mille pétales de lotus, n'a pas plus de chances de ré-unification, que le drogué dans le ghetto. La conscience est déjà parfaitement présente dans les deux cas donc aucune réunification n'est nécessaire ou possible.

La vie spirituelle impose beaucoup de conditions à la personne «impure» et «séparée».  Des méditations spéciales, des comportements appropriés, des cérémonies, des régimes alimentaires, des comportements sexuel, la destruction de l'ego, la cessation de la pensée, la recherche du silence, en reddition au gourou, etc.

La conscience, déjà conscience d'être sous n'importe quelle forme, n'a pas besoin d'une alimentation végétarienne, du célibat, de la sexualité tantrique, de la méditation ou d'un gourou. La conscience est déjà toutes ces choses. Si vous aimez chanter, méditer, manger la nourriture végétarienne, ou pratiquer le sexe tantrique, alors très bien. Cela ne vous aidera pas à réaliser ce que vous êtes vraiment.

L'attention de l'individu pourrait se focaliser sur des royaumes ou des plans exotiques, voir la création continue et la dissolution de l'univers à l'échelle atomique et expérimenter l'union extatique éternelle cosmique de Shiva et Shakti.
Mais, à votre retour, n'oubliez pas d'aller au travail lundi, de payer la facture d'électricité et de nettoyer les toilettes.

Vous - Conscience apparaissez dans votre jeu en tant que personne jouant les rôles des enseignants, des maîtres ou des gourous. Dans certains cas, la personne peut avoir eu une expérience transcendantale, qu'elle se produise encore, et que l'individu estime que ce soit son «illumination».

Si la personne suivait déjà un gourou ou un enseignement particulier, il est probable que les croyances et les méthodes qui semblait conduire à l'expérience transcendantale - son «illumination» - va maintenant être transmise aux adeptes de l'individu comme étant «la vérité ».

Certains de ces «enseignants» peuvent même avoir la capacité d'induire des expériences inhabituelles au disciple via la transmission d'énergie qui consiste souvent en une forte attirance pour le disciple.
Il n'y a rien de mal à tout cela. Tout cela est la perfection de la pièce. Continuez la dedans. Prennez plaisir à tout cela. Rien de tout cela ne mène à la lucidité.

Merci à Pascal pour cette traduction Française
Sources du texte
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dimanche 20 décembre 2009

• Il y avait un sens subtil de «moi» sans être là - Nathan Gill




L' histoire
Je suis né en 1960 dans une famille de la classe ouvrière du sud-est de l'Angleterre.
Enfant, j'étais très éveillé et curieux de tout. Je passais des heures à lire des livres traitant d'aventures et de mystère. J'avais des hobbies qui comprenaient la recherche de pièces de monnaie et d'autres objets antiques à l'aide d'un détecteur de métal, et aussi de longues marches dans la campagne environnante dès que l'occasion s'en présentait. L'esprit de recherche s'éveilla de bonne heure.
En grandissant, mon besoin de mouvement et mon incapacité à privilégier un domaine particulier posèrent problème lorsqu'il s'agit de choisir une carrière. Je quittai l'école aussitôt que possible, décidai de me former comme chef cuisinier et me retrouvai à travailler sur des chantiers de construction. J'en retirais beaucoup de plaisir. Cela absorbait une grande partie de mon excédent d'énergie et ne demandait aucun investissement de responsabilité. Je prenais mes ordres et abattais le travail... ce qui me laissait libre de m'adonner aux errances de l'histoire mentale brodée par la pensée.
Il y avait un intérêt constant pour les mystères du corps et de l'univers, l'expérimentation de divers régimes alimentaires et traitements naturels à base de plantes, la contemplation des étoiles, la consommation de champignons hallucinogènes et une inclination à pousser le corps à ses limites par la pratique des haltères et du body-building.
Peu après mes vingt ans, je fus contraint de ralentir un peu. Une blessure à l'épaule mit fin aux haltères, ma femme donna naissance à notre première fille lorsque j'avais vingt-deux ans et je passai du bâtiment à l'horticulture. Pendant plusieurs années, je cueillais des fruits dans les vergers du Kent du début de l'été à la fin de l'automne et jardinais pendant le reste du temps. C'est à cette époque, vers 1985, l'année de mes vingt-cinq ans, que mes pensées se tournèrent vers la chose ésotérique et spirituelle. Jusque-là, je n'avais jamais éprouvé d'intérêt pour la spiritualité et tout ce que je savais sur Dieu me venait de l'instruction religieuse à l'école.
Ce fut le moment où je m'engageai dans un ordre fraternel qui m'envoyait régulièrement des leçons mensuelles sur le mysticisme et la « loi universelle ».
Au bout de deux ou trois ans, je trouvais cela un peu indigeste et commençai à m'intéresser aux enseignements d'un maître indien disparu, toujours en leçons mensuelles, qui comportaient une relation gourou-disciple, bien que le type soit déjà mort depuis belle lurette ! Je m'y engageai sans réserves et me retrouvai en train de poursuivre l'illumination. C'était ma nouvelle obsession.
Quelques années et techniques spirituelles plus tard, cela commença à m'ennuyer et je tombai sur le livre d'un gourou occidental. Ce livre m'annonçait que j'étais déjà éveillé et n'avais pas besoin de libération. La vérité de ce qu'il disait était évidente. Cependant le vieux forban, en l'espace de quelques années et d'un nombre conséquent de publications, finit par se proclamer l'enseignant du inonde et par offrir une relation gourou-disciple à ceux qui étaient intéressés.
Cette fois, je ne voulais pas en entendre parler, bien qu'au cours des cinq années suivantes, je continuais encore à lire quelques-uns de ses livres et à peu près tous les autres livres spirituels sur lesquels je mettais la main. Mais rien d'aussi percutant pour moi que ne l'avaient été les premiers livres de ce gourou occidental. Quelque part, je savais que c'était vrai, que j'étais déjà éveillé et libre, mais j'étais encore désorienté car je semblais être un simple type ordinaire avec tous les genres de problèmes qu'ont les gens ordinaires.
Quoi qu'il en soit, j'en eus par-dessus la tête des enseignements de ce type et en fait, de toutes les autres approches plus traditionnelles. Et l'instant d'après, je me trouvai brutalement projeté sur la scène de l'advaita. Je lus tout de et sur Ramana Maharshi, Wei Wu Wei, Jean Klein et Nisargadatta Maharaj, et tout ce qu'avait publié Ramesh Balsekar. Je lus sur la non- dualité, la prédestination, et qu'il n'y avait ni libre arbitre ni liberté de choix. Il en fut instantanément évident qu'il en est ainsi.
Beaucoup de la confusion que je portais en moi s'évanouit alors. Mais bien que je comprisse que tout ce qui est est Conscience, des questions demeuraient : pourquoi avais-je encore l'impression d'être un « moi » séparé ? Quel était le chaînon manquant ? Si j'étais déjà éveillé et libre, pourquoi ma vie m'apparaissait-elle souvent comme un gros tas de crottes ? En 1997, j'ai lu un merveilleux petit livre intitulé « The Open Secret » de Tony Parsons. C'était son premier. Je l'ai contacté et il m'invita à me joindre à une réunion qui se tenait chez quelqu'un à Londres.
À son contact, le tricotage mystique dont j'avais profusément paré le « drame » de l'illumination devint très clair. Tony avait l'air d'un type tout à fait ordinaire. Il parlait doucement, avec humour et patience. j'écoutais ce qu'il répondait aux questions des gens et fus frappé par la simplicité de ses réponses. J'ai continué à participer à d'autres réunions au cours de l'année suivante et ai parlé à Tony au téléphone chaque fois que je le pouvais.
Je voulus en faire mon « maître », mais il m'expliqua clairement qu'il n'avait rien à enseigner et qu'il n'y avait rien à apprendre. Il souligna qu'il n'est que Conscience – ce que je suis déjà. Bien que je l'eusse déjà compris à un certain niveau, à présent cela commença à vraiment s'intégrer.
Tony soulignait qu'il n'y avait pas nécessairement besoin d'un « événement », quel qu'il soit, associé au fait de réaliser sa véritable nature et qu'il n'y avait pas de règles figées en la matière.
Or, il se trouva qu'en septembre 1998 il se produisit un évènement moins frappant mais similaire à l'évènement de la traversée du parc que Tony décrit dans son livre. J'étais en train de jardiner et il bruinait. Me redressant, je regardais aux alentours : il y avait une subtile impression de « moi » n'étant pas là. J'enfourchai mon vélo, parcourus les allées, et il semblait qu'un film se déroulait sans qu'aucun effort de ma part ne soit requis pour en faire partie.
Avec ce soudain évanouissement du « moi », tout besoin de compréhension disparut, pendant que se révélait un savoir profond. Quoi que Tony eût fait remarquer qu'aucun évènement n'est nécessairement associé à la reconnaissance de notre nature véritable en tant que Conscience, à l'évidence, j'en avais été dans l'attente de façon insidieuse, car à présent qu'il avait lieu, l'évènement prenait l'apparence d'une sorte de « permission d'être éveillé ». Sans m'en rendre compte, j'avais été tout ce temps dans l'attente d'une confirmation de ma nature véritable J'appelai Tony au téléphone, très excité, lui décrivis ce qui se passait, et avec cette nouvelle « permission d'être éveillé », ce que j'avais à dire jaillissait de la clarté plutôt que du point de vue du « je », et Tony fit : « Oui, c'est ça. »
Il se rendit compte que je n'entrais plus en relation avec lui en tant que personnage séparé cherchant à obtenir quelque chose.
Au fil de la journée, l'absorption en tant que « je » commença subtilement à réapparaître et à s'approprier cet événement – qui était précisément la disparition du « je » – comme « mon » illumination, « mon » éveil. L'attention se focalisa sur le sentiment d'un soudain soulagement – une félicité surgi en l'absence du « je » – comme étant l'illumination que j'avais attendue.
Ayant associé cet évènement au Fait d'être éveillé, je commençai à en Faire quelque chose de précieux. Je me réveillai le lendemain. Était-ce toujours là ? Oui Puis après quelques jours, je remarquai que le sentiment de détente s'émoussait un peu, mais peu de temps après, il était là dans toute sa Force. Après plusieurs semaines écoulées dans ce va-et-vient et les réapparitions d'un « je » s'obstinant dans des tentatives visant à retenir sa propre absence, j'allai à l'une des discussions de Tony et l'expérience de félicité sembla reprendre toute sa vigueur par le simple fait d'être là. Je vis que Tony et tous les gens dans la pièce et la pièce elle-même surgissaient dans ma propre conscience, que j'étais eux et qu'ils étaient moi. Après m'avoir demandé si je n'y voyais pas d'inconvénient, Tony évoqua ce qui s'était produit et plusieurs personnes m'en parlèrent.
Quelques jours après, cette expérience disparut complètement, et je me retrouvai au trente-sixième dessous. Je dis rien à Tony et je n'allais plus aux réunions pendant un moment car je me sentais à nouveau désorienté et confus.
C'est alors que je lus Collision With the Infinité d'une femme appelée Suzanne Segal qui décrit une absence du « je » pendant de nombreuses années. Au bout d'un certain temps, il Lui fut confirmé par certains « enseignants » spirituels que c'était « l'illumination ». Puis elle tomba malade et mourut. Et, dans la postface de son livre, écrite par un thérapeute de ses amis, je lus que, près de la fin, elle était devenue confuse et frustrée car l'expérience l'avait désertée et que le « je » avait réapparu.
Soudain, il devint clair que ces évènements où le « je » disparaît subitement peuvent être très déroutants sur le plan de la clarté. Un tel événement peut durer quelques secondes, dix ans, voire même le reste de la vie, mais à moins que le « je » ne soit vu pour ce qu'il est – comme une simple pensée – quand il réapparaît, il y a un sentiment de perte, le sentiment réducteur d'une absorption dans l'histoire « moi ».
À présent, il était évident que la vie entière est une grande pièce de théâtre. Il n'y a jamais que savoir, mais ce savoir semble voilé par ['absorption dans la pensée « je » et toutes les autres qui apparaissent en tant que « mon » histoire. Le « je » est simplement un élément du paysage, comme le sont toutes les autres images, et lorsqu'il est percé à jour vu pour ce qu'il est – La tension et la recherche tombent naturellement d'elles-mêmes.
Il était également clair que cette vision au travers du « je » n'est pas nécessairement soudaine, mais qu'elle peut paraître intervenir graduellement, comme faisant partie du scénario de la vie. Et plutôt qu'un jaillissement de félicité, l'aisance naturelle d'être se révèle graduellement, en douceur.
La confusion m'avait quitté. Je n'exigeais plus aucun évènement ou disparition soudaine du « je » comme preuve de ma nature en tant que Conscience. Il était clair que la totalité de ma vie et ma quête spirituelle survenaient en tant que scénario au sein de la Conscience, et je compris la confusion qui régnait autour de toute cette question. Je compris pourquoi « spiritualité » et « illumination » sont confondues avec la simple clarté. Cette reconnaissance de ma nature véritable n'était associée à aucune sorte d'évènement. Il était clair qu'un évènement, quel qu'il soit, peut aisément plonger dans la confusion s'il survient en l'absence de clarté – qui est de voir au travers du « je » et de l'histoire mentale.
De toute évidence, l'évènement qui s'était produit dans le jardin n'avait aucune importance particulière, pas plus qu'aucun autre. Sa survenue a seulement mis un terme à ma confusion, me permettant de me rendre compte comment j'avais subtilement attendu un évènement en guise de « permission » d'être ce que je suis déjà. Cette clarté ne dépend pas de l'absence ou de la présence du « je ». Si le « je » apparaît, il est simplement vu pour ce qu'il est.
Et pour amener cette petite histoire à son terme, au cours des années de recherche spirituelle, je divorçai, me remariai et divorçai à nouveau, m'occupant seul de mes deux, filles pendant la plupart de leurs années d'études. Je me suis établi dans un petit village du Kent, avec une santé délicate et jusqu'à peu travaillais localement comme jardinier. La vie à présent est simple et tranquille.
Source
Visiter aussi cette page : Textes inédits

samedi 19 décembre 2009

• L'image de soi a disparu - D. A.



On trouvera dans cet ouvrage les interviews de sept personnes «ordinaires» qui ont connu l’éveil spirituel. Ces sept histoires détruisent une fois pour toutes le mythe selon lequel l’illumination est réservée à des gens «spéciaux». Cet éveil se caractérise par la disparition de l’impression d’être un individu séparé. Il transcende religions, idéologies, croyances et même les notions d’éveil et d’illumination.
Sally Bongers est réalisatrice de films, directrice de photographie et photographe. Elle vit à Sydney en Australie. Son parcours spirituel l’a conduite sucessivement auprès de Muktananda, UG Krishnamurti, Ramesh Balsekar, Bob Adamson et Tony Parsons.
Publié aux Éditions Lotus d'Or

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Fin de l'histoire

D.A. Je suis toujours très réticent à entrer trop profondément dans l'histoire de D. parce qu'en fait elle n'existe pas. C'est un tableau imaginaire fabriqué en cet instant. Si bien que j'y pense très rarement et je ne garde aucune trace de ce qui est arrivé en telle ou telle année.
J'ai 44 ans. Je suis né dans le nord-est de l'Angleterre. Mon père était ingénieur et travaillait pour la compagnie ICI. Je crois que cette région ne me plaisait pas beaucoup. Ma famille est partie dans le nord-ouest quand j'avais cinq ans et là je me suis senti chez moi. Je suis entré à l'université de York, j'ai fait des études de musique, puis j'ai joué et composé de la musique.
Je m'étais toujours intéressé au Zen, au yoga et à la méditation. Cela a commencé je pense à l'âge de seize ou dix-sept ans. Je vivais près de Manchester et il y avait là une excellente bibliothèque. Je me suis dit que j'allais commencer au '000' du système décimal de Dewey. Par chance, '000' est la section philosophie ! C'est ainsi que j'ai découvert des livres sur le yoga. J'en ai ramené certains à la maison. Ils parlaient de cette chose appelée 'illumination'. Cela semblait si extraordinaire! « Pourquoi tout le monde ne s'efforce-t-il pas d'obtenir cette chose?» me demandais-je. «Cela semble fantastique!»
Je m'y suis mis et j'ai essayé certaines techniques de méditation. C'était dans les années 70, la grande époque de la Médi tation Transcendantale. Papa et maman ont essayé la MT, mais ça ne marchait pas tellement. Je lisais beaucoup sur le Zen, faisais un maximum de méditation ; j'expérimentais. Je ne suis jamais resté bien longtemps dans une tradition. J'étais très paresseux. Je le suis toujours. Je ne suis pas resté vingt ans dans un monastère Zen... (rire)... ni dix ans, ni même un an. J'ai fait un seul week-end en France ! Mais j'ai eu de la chance. J'habitais dans Finsbury Park, et il y avait un centre bouddhiste tibétain tout à côté ;je l'ai fréquenté pendant environ trois ans. Je crois que c'est la plus longue période que j'aie jamais passée avec un groupe religieux.
Un premier événement important fut une retraite d'été avec Douglas Harding ; une expérience étonnante. Je me souviens qu'après cette retraite, quand je suis retourné travailler, je fonctionnais au ralenti et faisais de grands sourires à tout le monde, car tout le monde "était moi-même". Tout y était. Les larmes de joie et l'amour, et toutes ces niaiseries. Mais au bout de quelques semaines, tout s'est estompé et je me suis retrouvé à la case de départ. Toujours en train de lire des livres sur le Zen, toujours le même.
De temps à autre je plongeais dans des états béatifiques, des moments d'extase après la lecture d'un certain passage d'un livre ou en écoutant une merveilleuse musique ; et bien sûr, à certains moments j'y ai cru: « Bon sang! Merveil leux, incroyable, ça y est! Je suis illuminé!» Et puis deux jours plus tard il n'y a plus rien et fatigué, vous vous dites: « Bon, tout ça c'est de la rigolade. Je ne veux pas d'une expérience temporaire.»
Et puis rien de vraiment intéressant jusqu'en 2000, où je suis allé pour la première fois à une réunion avec Tony Parsons. J'ai été totalement emballé. J'étais rempli de joie, c'était le bonheur total. Puis je suis allé aux réunions de Nathan Gills et à celles de Roger Linden, et voilà ! (rire). Fin de l'histoire. (rire)
Je me souviens de cette toute première rencontre. À la fin, Tony Parsons s'est levé et m'a étreint. Je n'ai rien pu dire. J'ai simplement continué à venir à toutes les réunions. Comme dit Tony : Tout ce que je fais, c'est vous rappeler ce que vous savez déjà. » Ainsi, au fond de moi je m'étais toujours douté que c'était la réalité ; mais on s'éloigne progressivement de cette perception du fait d'un conditionnement. Quand vous voyez en face de vous quelqu'un vous dire ce que vous savez déjà sur la réalité, vous ressentez une immense joie : Mais oui, mais oui ! J'avais raison. J'avais raison. Depuis toujours. Je pensais que je me trompais, que j'étais fou. Mais c'est vrai ! » J'ai continué à fréquenter Tony un petit bout de temps. Puis les moments de bonheur se sont peu à peu estompés. Tout est redevenu normal et "pas terrible". Je crois que ce fut le grand tournant.
En 2004 j'étais dans une sorte de zone neutre. Je lisais des tonnes de livres sur la non-dualité et j'ai assisté à une foule de réunions avec Tony Parsons, avec Nathan Gills et avec Roger Linden ; mais c'était plutôt une sorte de divertissement, quelque chose que je devais faire, quelque chose qui m'intéressait. À la maison je ne faisais pas d'efforts désespérés pour essayer de comprendre : «Comment faire ceci ? Comment obtenir cela ? Quelle est la chose qui me manque ? » Je n'y pensais absolument pas. J'ai simplement laissé tout cela passer. Il est arrivé un moment où j'ai tout compris ; la totale compréhension intellectuelle. Mais on sait que ce n'est toujours pas ça. Et on sait qu'on ne peut rien faire. On se traîne dans d'autres réunions. On est mort.
J'avais une petite amie qui l'a obtenu quatre mois avant moi. C'était terriblement ennuyeux. Elle avait un intellect phénoménal et un esprit extrêmement affûté. Cela faisait quatre ans que j'allais à ces réunions avec Tony et Roger ; mais elle, elle arrive et au bout de six semaines tout est terminé. Tout est vu très clairement. Elle était affublée d'un petit ami qui ne l'avait toujours pas obtenu, cet idiot qui continuait d'aller à des réunions sur la non-dualité. (rire) Elle a refusé de continuer d'aller à ces réunions : « Bon sang, je préférerais me trancher la tête plutôt que d'aller à une autre de ces sacrées réunions sur la non-dualité ! »
Je crois que la chose la plus importante qui est arrivée avant le "grand événement", ce fut l'échec dans de nombreux secteurs de ma vie. J'étais dans un profond état dépressif parce que tout avait mal tourné. Je préparais une licence de composition musicale et au début des années 80 je me faisais encore des illusions en croyant que l'on pouvait gagner sa vie en tant que compositeur de musique classique. J'ai vu les commandes diminuer progressivement et finalement il est arrivé un moment où je ne pouvais même plus payer mon loyer. Il y avait donc échec professionnel d'un côté, et de l'autre échecs sentimentaux et échec financier. Tout le château de cartes s'effondrait.
C'était l'été. 2004. J'étais désespérément amoureux et je vivais pratiquement avec cette fille. Elle m'a laissé tomber. C'était vraiment le bouquet final. Je n'avais qu'elle, elle était la lumière de ma vie. Et puis cette lumière a été soufflée : Boum ! Il ne me restait plus rien. Seulement ce gros trou noir, la dépression. J'étais fou de douleur ; mais j'ai refoulé cela et me suis dit : « Allons, tout va bien. Je trouverai quelqu'un d'autre. Je n'ai pas besoin d'elle. » Je suis parti et je me suis efforcé de l'oublier.
Environ un mois plus tard, je crois, Wayne Liquorman est venu donner une conférence à Londres. J'y suis allé et elle était là elle aussi. En la revoyant, tout cet horrible chagrin a brusquement refait surface. Je me suis rendu compte combien elle me manquait. Ce jour-là nous avons parlé environ une demi-heure, puis elle est partie. Pendant les quelques semaines qui ont suivi mon moral était au plus bas.
Je suis allé au week-end de Roger Linden. J'étais très déprimé et cela s'aggravait de jour en jour. Par chance, nous avions convenu d'une rencontre en tête-à-tête pour le lundi suivant. Nous avons fait uniquement de la thérapie. Roger m'a fait sentir tout ce désespoir et toute cette douleur, puis m'a demandé de tout laisser sortir. À la fin nous avons parlé un tout petit peu de non-dualité. Il parlait du témoin. Je crois qu'après avoir lu des tas de livres de Douglas Harding et être allé à un grand nombre de ses retraites, j'avais fini par m'imaginer que le témoin était quelque chose qui se tenait juste derrière et au-dessus de moi, localisé à cet endroit. Je me souviens que Roger m'a dit: Non, non. Tout est le témoin! » Brusquement cela a fait tilt. Roger pouvait voir que quelque chose s'était produit. Il m'a regardé et a dit : « Oui, mais il y a encore dualité, n'est-ce pas ? « Oh oui, absolument, » ai-je dit. » Convenons d'une autre séance, » a-t-il dit.
Le vendredi suivant, après le bavardage habituel, Ro ger a dit : « Faisons une pause.» J'ai fermé les yeux et me suis détendu; et alors, pouf ! Tout a disparu. Quand j'ai ouvert les yeux, il a demandé: «Comment était-ce? » et j'ai dit: «Impossible à dire.»
Je crois que c'était totalement indicible. En un sens il ne s'est absolument rien passé, et c'est ce qui était si extraordinaire. L'image de soi a disparu. L'idée habituelle que l'on se fait de soi s'est progressivement estompée, jusqu'au moment où il n'y avait que ce qui est vu, suspendu là dans le néant, dans le vide.
Roger a posé quelques questions pour vérifier si c'était parfaitement clair et s'assurer qu'il n'y avait pas de points aveugles. Puis il a demandé : « Et bien, avez-vous obtenu ce que vous étiez venu chercher? » (rire) « Oui, merci ! » ai-je dit. (rire) Nous nous sommes serré la main et j'ai descendu la rue en titubant, totalement époustouflé.
D. avait disparu et il n'y avait que ce vide descendant la rue. Heureusement je ne travaillais pas à l'époque et j'habitais dans un appartement très joli au bord de la Tamise ; aussi ai- je passé les quatre ou cinq jours suivants assis au bord du fleuve, ne faisant absolument rien, regardant fixement devant moi, observant le cours de la Tamise, les arbres, les oiseaux et le soleil sur l'eau. Je ne pensais pas, mais j'avais comme cette impression : « Oh, Dieu merci, tout est terminé. » Et tout est devenu clair.
Quand la recherche s'est arrêtée, ce fut quelque chose de massif, d'énorme, pas seulement psychologique mais physique également. Certaines personnes ont remarqué que quelque chose avait changé. Quand je suis revenu de cette rencontre fatidique avec Roger, ma compagne — pratiquante assidue du bouddhisme tibétain — m'a regardé. Elle se doutait de ce qui s'était passé.
Pour moi, ce n'était pas la béatitude en réalité. C'était une libération et un énorme soupir de soulagement. C'était la paix. Et puis tout est redevenu normal ; mais Dieu merci sans cette recherche insensée. Je dis souvent : C'est comme si pendant quarante ans vous aviez eu une très mauvaise fièvre, une maladie tropicale; comme si vous étiez alité et en proie au délire, vous débattant désespérément. Et puis un beau matin vous vous réveillez et la fièvre est partie. Plus de délire.
Vous descendez acheter du lait, et c'est tout. Après la folie, c'est le retour à la normale. » Et une fois que cette impression fondamentale de séparation a été percée à jour, ça y est. On sait. C'est terminé. 'L'expérience' spéciale extraordinaire est finie, comme toutes les expériences n'est-ce pas. Évanouie, complètement envolée. Par bonheur je ne suis pas tombé dans le piège, je n'ai pas cru que l'expérience de pointe était 'ça'. Heureusement, je savais : <‹ Non. 'Cela' c'est simplement l'essence existentielle. Ce qui est, est ce que tout le monde cherchait ; c'est fou ! C'est insensé, parce qu'il y a seulement ce qui est.»
Ce qui se passe réellement quand la recherche cesse, c'est simplement la réalisation de l'essence existentielle. Ce n'est pas une expérience. On se dit : » Oh, c'est donc tout ! » Et cela ne disparaît jamais. Peu importe quelle expérience se produit, que ce soit l'ennui, une gueule de bois ou une migraine. Toutes sortes de stupidités peuvent encore se manifester, bien sûr : comportement égoïste, ignorant, toutes les stupidités imaginables — être paresseux, refuser de faire la vaisselle, le ménage. Toutes sortes de faiblesses humaines sont encore présentes.
Donc le truc spirituel est réglé. La recherche spirituelle a cessé, oui, absolument. Mais seulement la recherche spirituelle. On peut continuer à chercher de l'argent, à vouloir une femme, à vouloir un logement, à vouloir toutes les choses habituelles ; tout cela continue. Peut-être de manière un peu moins obsessive. Accessoirement.
Tout est plus facile maintenant, mais il y a encore des problèmes. Problèmes d'argent, de santé, de relations humaines, etc., en particulier les relations humaines. La souffrance vient en grande partie du fait qu'on y pense sans cesse, et ceci a diminué par rapport à ce que c'était auparavant. Je crois que ça dépend des gens. Mais les problèmes sont toujours des problèmes. Vous continuez de tomber amoureux des gens qui vous conviennent le moins et vous vous ridiculisez ; puis vous êtes complètement bouleversé quand ils vous laissent tomber, exactement comme tout le monde. Une vie normale, vraiment.
Il y a capacité croissante de se détacher des pensées et de ne plus en être l'esclave. Cela dépend des gens. Certains continuent sans se soucier de leur degré d'implication, parce qu'en fait cela ne fait aucune différence. Je veux dire, l'unité est l'unité, la conscience est la conscience ; alors vous pouvez penser autant que vous voulez. Néanmoins, quand vous avez vu toute la souffrance créée par la pensée, alors, du moins dans mon cas, c'est plutôt une bonne idée de la laisser tomber, à moins d'être masochiste ! Il n'y a pas de grande différence dans la nature de la pensée ; on a simplement un peu moins tendance à s'identifier et à se perdre totalement dans des nuages de pensée, qui voue entraînent dans une histoire. C'est tout.
En même temps, on se dit : II n'y a que l'unité. Il n'y a que conscience, alors c'est sans importance. » Se laisser prendre, c'est très bien ; être totalement perdu dans les nuages de pensée, c'est très bien. Tout est un. Cela n'a pas d'importance, c'est vrai.
Souvent les gens confondent certains types de comportement avec la libération. Par exemple, ceux qui ont suivi pendant des années une formation de psychothérapeute ont une certaine façon de se comporter avec les autres, d'être en relation avec les gens : ils se montrent très attentifs, présents, font preuve de calme et de sérénité. Ceci n'a absolument rien à voir avec la libération. Les gens prennent ces caractérisa tiques pour un signe d'illumination, alors qu'elles sont le signe d'une formation en psychothérapie. Je ne sais pas s'il y a vraiment des signes caractéristiques de la libération, sinon être un peu plus à l'aise et détendu.
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