vendredi 10 août 2007

• Le monde de la transcendance - Sokei-an-Roshi

Le monde de la transcendance
Sokei-An Roshi

Les gens me demandent parfois : «Sokei-an, vous qui connaissez le monde de la transcendance, qui y demeurez continuellement, comment vivez-vous cela ?»

À quoi je réponds : «J'avais dans les vingt ans quand j'ai pénétré dans le monde de la transcendance pour ne plus en ressortir, et j'ai assez peu l'expérience de l'autre monde.

Comment ai-je accédé à la transcendance ? Je vous dirai la vérité : Un jour, j'ai effacé toutes les représentations de mon esprit. J'ai renoncé à toutes les convoitises. J'ai écarté tous les mots avec lesquels je pensais, et mon esprit s'est immobilisé.
Une sensation quelque peu étrange s'est alors emparée de moi - comme si j'avais été porté quelque part ou que j'avais été mis en contact avec une puissance inconnue de moi. J'étais venu proche de cet état antérieurement, j'en avais eu l'expérience à plusieurs reprises, mais chaque fois j'avais secoué la tète et étais parti en courant. Cette fois-là, je décidai de ne pas m'en éloigner et, pfft ! j'y fus. Mon corps devint sans frontières. Naturellement, la peau était toujours là, mais le corps s'étendait jusqu'aux confins de l'univers.

Je m'éloignai de deux, trois ou quatre mètres, mais restais au centre du cosmos. Je parlais, mais les mots avaient perdu tout sens. Je voyais les gens s'approcher de moi, mais tous étaient le même homme, c'est-à-dire moi-même ! J'avais cru avoir été créé, mais j'ai dû changer d'avis : je n'ai jamais été créé, je suis le cosmos, il n'existe aucun individu répondant au nom de Sasaki.

Je me présentai devant mon instructeur. Il me regarda et dit : «Raconte-moi ta nouvelle expérience, ton entrée dans le monde de la transcendance». Lui aurais-je répondu, eus-je dit un seul mot, j'aurais été repoussé de nouveau hors du monde dans lequel je venais de pénétrer. Je regardai mon instructeur. Il souriait. Lui non plus ne prononça mot... Une seule clé donne accès au monde de la transcendance. Je ne puis véhiculer l'expérience en un mot unique, mais peut-être en deux, à savoir «transe éclatante». Dans cette transe, à la limpidité d'un cristal, l'on est projeté dans le monde de la transcendance, sans que l'on y prenne garde. Cela se passe en un clin d'œil ; en un clin d'œil la vision se transforme du tout au tout.
Alors on comprend pourquoi les hommes construisent des églises, chantent des hymnes et font des choses singulières


in
Shigetsu Sasaki Sokei-an-Roshi, Sokei-An's Ubertragung lies Zen - traduit en Français dans Le grand livre des symboles, Éditions Médicis.