mardi 15 octobre 2013

• Le secret de l'éveil - Poonjaji


"Accordez-vous quelque temps, juste quelques moments. Et durant ces instants, rien ne doit vous envahir. Accordez-vous quelques secondes et ne laissez rien vous envahir pendant ce temps. Je crois que vous pouvez bien vous permettre d’être disponible quelques instants !

Vous avez consacré votre vie aux autres, mais pas une seule minute à votre Soi.

Tout le monde vous possède. Dès votre naissance, vos parents vous ont appelé «mon fils». A l’école, vous êtes «mon élève». Une fois marié, vous êtes «mon mari». Vous avez des enfants, et vous êtes «mon père». Enlevez ces possessions, ne laissez personne vous posséder. Rejetez tout et voyez ce qui se passe.
Consacrez du temps à votre propre Soi, maintenant ou alors… dans une autre vie. Vous devrez rentrer chez vous. Vous ne pourrez y échapper. Maintenant ou demain, vous devrez y retourner. Vous pouvez toujours choisir de jouer encore, et finalement ce n’est pas important.

Vous pensez que cela prend du temps, mais c’est juste une illusion, car vous êtes déjà Libre. Mais vous passez votre temps à penser que vous ne l’êtes pas ! Donnez-vous le temps, une fois pour toutes, de savoir si vous voulez être heureux. Au moment où vous déclarez – dressé sur la pointe des pieds, les mains levées – «JE VEUX ÊTRE LIBRE». Eurêka ! Voilà le moment de bonheur, de grand bonheur."

Swami Poonja


Ce livre présente au monde une avancée extraordinaire. Le plein éveil est possible ici et maintenant pour chacun, peu importent les circonstances personnelles, le passé ou la pratique à laquelle on s’adonne. C’est cette possibilité qu’offre l’enseignement et la transmission de Sri H.W.L. Poonja.

Beaucoup de chercheurs ont entrevu la Vérité à travers des pratiques psychédéliques, en méditant ou pendant des moments de grâce inattendus. Pourtant, par une compréhension erronée, ces moments sont assimilés par l’ego comme une expérience parmi tant d’autres. Une croyance ancrée nous fait croire qu’il n’est pas possible d’être pleinement Éveillé dans cette vie. Le secret de l’éveil, la transmission de Poonjaji révèle la possibilité de découvrir la véritable Liberté maintenant.Aucune pratique, aucun délai ne sont nécessaires !Voici l’offrande de Poonjaji à ce monde.

Ouvrage publié aux Éditions Charles Antoni - L'Originel


Extrait de l'ouvrage : 

Le secret de l’éveil, la transmission de Poonjaji, Eli Jaxon-Bear

Sri Harilal W. Poonja, appelé par ses proches Papaji, est né le 13 octobre 1910 à Gujranwala, en Inde. Il passa son enfance à Lyallpur (aujourd’hui appelée Faisalabad), située dans la partie ouest du Punjab et intégrée plus tard au Pakistan. Sa mère était la sœur du célèbre sage et poète Swami Ram Tirtha, dont la poésie puisait son inspiration dans la non-dualité, promesse de l’Advaita hindouiste. Les rythmes de sa poésie, sa lucidité, son amour de la nature trouvent un remarquable écho dans l’Éveil de son neveu Poonja. En 1906, Ram Tirtha se retira dans les contreforts de l’Himalaya et en octobre de cette même année, à l’âge de trente-quatre ans, il entra dans le Gange pour n’en jamais revenir. Sri Poonjaji naissait en octobre, quatre ans plus tard. Bien des visiteurs du temple de Rishikesh sont frappés par la ressemblance du jeune Poonja avec le portrait mural de Ram Tirtha.
Enfant, Poonjaji découvrit la vie de Bouddha lors d’une émission de radio et en fut si inspiré qu’il décida de le surpasser, sans savoir vraiment ce que cela impliquait.
A la même époque, il trouva une image d’un Bouddha ascétique et anguleux qui l’impressionna si profondément qu’il décida de donner en secret ses repas aux animaux, et en devint aussi maigre que ce Bouddha. Parfois, il s’habillait en sadhu et marchait à travers la ville en prêchant, un bol de mendiant à la main. Il était si heureux et si fier, lorsque ses amis d’école l’interpellaient sur sa maigreur en se moquant de lui ! Son père au contraire s’inquiétait de son état de santé et le mena chez le médecin pour le remettre sur pied. Il apprit le catch au collège, puis s’astreignit à la pratique du yoga. Pendant une année, il ne but que du lait de buffle.
Poonjaji fit l’expérience de son premier samadhi profond à l’âge de neuf ans.
C’était la fin de la première guerre mondiale, et pour célébrer la victoire des Anglais, les écoliers furent mis en congé. Un après-midi, au restaurant avec sa famille, on lui offrit un jus de mangue, mais il ne réagit pas. Il était profondément absorbé intérieurement, inconscient de son environnement. Quand il reprit une conscience «normale», sa mère lui demanda pourquoi il avait ri et pleuré toute la nuit. Il ne pouvait répondre. Aurait-il vu Krishna ? Il n’avait rien vu qui pût être nommé et ne pouvait exprimer son expérience.
Sous la forte influence de sa mère, il devint un dévot de Krishna. Bien après sa rencontre avec son Maître en 1942, il continuait une pratique assidue des mantras.
À l’âge de vingt ans, son mariage fut arrangé, puis il entra dans l’armée comme officier. Un jour, l’un de ses supérieurs exigea qu’on le rationne en whisky, mais on lui affirma qu’il ne buvait jamais d’alcool. Il se levait à deux heures du matin, récitait ses mantras et implorait une visite de Krishna ; cette ferveur avait été prise pour de l’ivresse. Il en rira plus tard en rappelant qu’il portait parfois des vêtements de femme pour leurrer Krishna, réputé s’entourer de la compagnie de jeunes femmes. Officier brillant et prometteur, il ne put cependant poursuivre sa carrière. Une exigence intérieure de plus en plus grande lui fit abandonner sa profession. Il amena sa famille chez son père, lui demanda son soutien et partit seul vers sa quête spirituelle.
Il parcourut l’Inde et les Himalayas, visitant saints, monastères et ashrams, cherchant Dieu partout. Il était prêt à donner tout ce qu’il avait à celui qui pourrait lui montrer Dieu. Mais partout il ne rencontrait que des « hommes d’affaires déguisés en sadhus. »
Il n’avait plus d’argent et vivait chez son père avec sa femme et ses deux enfants quand il fut appelé par son Maître. L’histoire de sa rencontre avec Ramana Maharshi, racontée dans ce livre, est célèbre. C’est sous la forme d’un sadhu qu’apparut à sa porte le grand Bhagavan Shri Ramana Maharshi, qui le dirigea vers Tiruvannamalai. C’est là, au pied de son Maître, en 1944, que sa quête prit fin. Poonjaji travailla à Madras les cinq années suivantes pour passer tout son temps libre auprès de Ramana. En 1947, quelqu’un informa le Maharshi que Poonjaji avait de la famille dans la partie musulmane du Punjab. Bhagavan l’envoya la sauver du massacre qui sévissait dans cette partie de l’Inde, mais Poonjaji ne voulut pas partir. « Tout ceci est un rêve, dit-il à son maître. Je ne veux pas vous quitter !  ? Si c’est un rêve, répondit le Maharshi, où peut être le mal ? Je ne te quitterai jamais. »
Cette vérité fut clairement démontrée peu de temps après. Alors qu’il s’apprêtait à monter dans le train qui partait de Lahore pour Faisalabad, Poonjaji se sentit guidé par Ramana. Au lieu de s’asseoir dans la voiture réservée aux hindous, et sans pouvoir se l’expliquer, il s’installa dans celle des musulmans. Peu de temps après le départ, les musulmans stoppèrent le train et massacrèrent tous les hindous sous ses yeux. Pendant tout le trajet, il s’efforça  de cacher les signes qui caractérisent le brahmane, tatouage OM sur la main, oreilles percées… Vingt heures de voyage où il ne se fit à aucun moment remarquer.
La situation était très mauvaise lorsqu’il arriva à Faisalabad ; partout, les rues étaient en proie aux émeutes. Il parvint à trouver trente-cinq membres de sa famille et les mit dans le dernier train en partance. Les rails furent arrachés juste après le départ. Il installa les siens à Lucknow, grâce à l’aide d’un officier de l’armée qu’il y connaissait. C’est là que sa famille a toujours vécu ensuite. (Surprenant, car c’est le lieu où se tient depuis toujours le Ram Tirtha Pratisthan – l’Institution pour la Publication des Ouvrages de Ram Tirtha).
Alors qu’il travaillait à Lucknow pour subvenir aux besoins de sa femme et de ses enfants, la vie de famille lui devenait insupportable. Quelques années plus tard, il laissa les siens à Lucknow et repartit dans le Sud. Il y trouva un travail d’ingénieur des mines dans la jungle de Mangalore. Bien qu’il fût responsable du travail de centaines d’hommes, il vivait dans une simple hutte dans la forêt. Il visitait l’ashram de Ramana et recevait de temps en temps la visite d’un chercheur spirituel. Le juge de la cour suprême indienne entendit parler d’un sadhu « ivre de Dieu » qui vivait dans la jungle et vint le rencontrer. Il s’attendait à voir un homme à demi nu et fut surpris de voir descendre d’une jeep Poonjaji en bottes et veste de cuir. Mais un seul regard de Poonjaji lui suffit pour être profondément touché. C’est à cette époque que Poonjaji rencontra Abhishiktananda (le prêtre catholique Henri Le Saux).
Lors d’une célébration de Guru Purnima, Poonjaji vêtu de ses vêtements de travail tachés et boueux, s’arrêta chez des habitants d’un village qu’il traversait pour demander de l’aide. Il fut invité à entrer et fut traité comme un grand guru. Les habitants construisirent par la suite une hutte pour lui dans l’espoir qu’il revienne au village. Son hôtesse, toujours en vie à ce jour, se présente comme l’un des premiers disciples de Poonjaji. Ses enfants, dans leur quarantaine maintenant, sont aussi ses disciples.
Dès que ses enfants furent éduqués et mariés, Poonjaji se retira définitivement de la vie active. En 1996, il commença à voyager à travers l’Inde, partageant la Réalisation. Il vécut dans une grotte sur les bords du Gange, préparant sa nourriture au feu de bois et mangeant à même un rocher plat.
Pendant le Kumbh Mela, un immense festival religieux qui a lieu une fois tous les douze ans, des millions d’hommes et de femmes se baignent dans le Gange et y reçoivent son darshan. Lors d’un Maha Kumbh Mela, qui se fête après douze Kumbas (cent quarante-quatre ans), Poonjaji eut une vision remarquable. Plus haut sur la rive, il aperçut une très belle jeune fille qui venait vers lui. Elle avait des yeux qu’il n’avait jamais vus chez un être humain auparavant. Il lui demanda où étaient ses parents, mais elle répondit qu’elle venait pour recevoir son darshan. Elle se prosterna à ses pieds, s’avança dans le fleuve et disparut. Il réalisa alors qu’il venait de rencontrer Ganga, l’Esprit du fleuve.
Un jour, Poonjaji partit à la recherche de rishis, cachés dans les fins fonds des Himalayas. Ils avaient la réputation d’être immortels et mangeurs de soma. Durant son séjour dans les montagnes, il rencontra un siddha yogi du Cachemire, avec qui il accepta de partager ce qu’ils avaient chacun réalisé. Le yogi entreprit de lui montrer ses pouvoirs : il avait reçu de Yama, le seigneur de la mort, le bâton de l’immortalité. Tant qu’il aurait ce bâton, il ne mourrait pas. En invoquant la déesse Sarasvatî, il pouvait parler des langues qu’il n’avait jamais apprises... Poonjaji, qui connaissait le perse, l’anglais, le tamil et d’autres langues du Sud de l’Inde se mit à le tester. Le yogi lui dit que son maître lui avait transmis tout ce qu’il savait, mais que celui-ci, sur son lit de mort, lui avait appris que ce n’était pas la connaissance ultime et l’avait envoyé la chercher. Finalement, le yogi demanda s’il pouvait l’aider à découvrir la Connaissance. Poonjaji accepta, prit le bâton et le jeta dans le Gange. «  Maintenant, ce corps vivra et mourra comme tout le monde ! Tout ce que vous m’avez montré n’est que création du mental – les mantras, l’apparition des dieux et tous ces pouvoirs magiques – tout cela vient du mental. Maintenant, arrêtez ce mental... »
Poonjaji regarda l’homme dans les yeux : « Maintenant, essayez d’invoquer vos dieux et voyez ce qui se passe. » Mais rien ne se passait, le yogi ne pouvait utiliser aucun pouvoir, car son mental était tranquille. Puis, par un mot, Poonjaji lui transmit la Connaissance. L’homme se prosterna à ses pieds et voulut le suivre et le servir partout où il irait. Mais Poonjaji voyageait toujours seul et voulait le rester.

À la fin des années soixante, de nombreux chercheurs découvrirent Poonjaji dans sa grotte au bord du Gange. Ils s’absentaient de leur ashram pour rester près de lui. Beaucoup de chercheurs l’invitèrent à venir enseigner dans leurs différents pays. Il voyagea à travers l’Europe, les États-Unis, l’Australie et l’Amérique du Sud. Partout où il allait, il refusait la création d’ashrams à son nom : « L’univers entier est mon ashram. » disait-il.



vendredi 4 octobre 2013

• L'éducation des enfants et la spiritualité



Doit-on ou pas partager avec ses enfants la découverte de l'éveil ? Doit-on ou pas dire à ses enfants qu'ils ne sont pas ce à quoi ils sont identifiés (le corps, les pensées) ou ce à quoi ils sont en train de s'identifier ? C'est une question qu'on me pose souvent dans les stages et c'est une question qui m'importe. Voici ce qu'écrivait Douglas Harding à ce propos :

« Il est bon de rappeler aux enfants leur Identité de temps en temps, en des occasions spéciales, ou de façon moins formelle et sur l’impulsion du moment, pourvu que ce soit des interventions brèves, détendues et assez espacées pour que les enfants soient libres de faire leur propre choix. Mais il n’est pas bon de revenir souvent à la charge et d’insister. » Vivre sans stress

« A des parents dont l’inquiétude est compréhensible, je dirais donc : soyez fidèle à votre Véritable nature et vous ne pourrez pas faire d’erreurs avec vos enfants. Vouloir imposer à des adultes votre vision à laquelle vous attachez tant de prix est déjà une attitude assez violente et contre-productive. Vouloir l’imposer à des enfants est pire. C’est un manque de respect et un abus de pouvoir. » Vivre sans stress

« Répondez clairement et brièvement aux questions que vous posent vos enfants sur des sujets fondamentaux, sans profiter forcément de l’occasion pour faire un sermon. Surtout souvenez-vous qu’avant de perdre leur visage ils doivent le trouver, que leur sagesse sera le fruit de la découverte de leurs erreurs, que leur paix résultera de la solution de leurs conflits et que c’est en passant par l’épreuve du stress qu’ils se libéreront de lui. » Vivre sans stress

Douglas insistait toujours sur le fait que les enfants ont besoin de s'identifier à leur personnage ; ils sont en train de créer un moi et ce moi est nécessaire. On ne peut pas perdre sa tête si on n'en a pas déjà une. Le passage par l'identication est un passage nécessaire dont on ne peut  faire l'économie. Donc, il faut laisser les enfants tranquilles, ne rien leur imposer. Ce point est fondamental : on ne peut forcer un enfant à prendre conscience de la vacuité.

Le plus important c'est pour les parents de vivre à partir de leur vraie nature, à partir de l'ouverture et de l'amour. Cependant, il n'est pas contre-productif (comme le dit Douglas) – par exemple lorsque les enfants posent la question de la mort - de leur rappeler (parfois mais rarement) qu'au cœur de leur être en formation, qu'en leur centre, il y a une réalité éternelle, libre du temps qui passe. On peut aussi leur dire qu'en leur coeur il y un point tranquille, immobile, sans stress. Un enfant peut ainsi trouver en lui les ressources dont il a besoin dans sa jeune vie. Chaque père et mère aimant et aimante trouvera sa réponse dans l'intérêt de l'enfant et la spontanéité du moment présent.

Mais cette information ne peut être apportée comme un dogme auquel les enfants devraient croire mais plutôt comme une proposition à vérifier par eux mêmes quand ils le voudront. D'ailleurs, les enfants sont bien souvent nos éducateurs en ce qui concerne la spiritualité car ils savent faire preuve de spontanéité, d'ouverture, de gaité, et d'attention à l'instant présent, autant de qualités qui sont celles de la sagesse.


mercredi 25 septembre 2013

• Éveil et quotidien - Silvia Ostertag


Le chemin que propose Silvia Ostertag nous mène à faire l’expérience de la réalité de l’être et à une transformation de nous-mêmes, de notre quotidien et de notre action dans le monde.
Elle explore tous les aspects de ce processus de transformation d’un être jusqu’à la réalisation de l’unité avec tout ce qui existe.
Elle témoigne avec une grande sincérité des obstacles, étapes, et expériences qu’elle a elle-même vécus dans son cheminement personnel et illustre avec clarté et sagesse les grands thèmes de la quête spirituelle.
Ses indications sont précieuses sur l’intégration de la voie au quotidien, sur la sortie des automatismes, sur la nécessaire vigilance du regard, la prise de conscience du sens de notre existence, la nécessité de se sentir responsable.
Ce dont il s’agit dans le zen : par l’exercice du silence, arriver complètement en soi-même – « être complètement là ». Cette expérience est l’expérience du Maintenant : expérience possible seulement si notre vigilance est en contact avec l’instant réel, l’instant présent. 
« L’esprit du quotidien est le chemin. » Il s’agit de vivre la pure présence. La réalité absolue n’est pas séparée d’un iota de l’esprit ordinaire.
« Marcher est zen, être assis est zen ». L’auteur insiste sur le caractère universel de la pratique : « L’exercice même, bien qu’issu du bouddhisme zen, n’est pas pour moi une pratique liée au bouddhisme. C’est une pratique universelle, humaine… »
Qu’elle parle de l’éveil, de l’illumination, source de tant de fantasmes et de représentations illusoires, qu’elle aborde les émotions, ou encore la pratique méditative, Silvia Ostertag trouve des exemples concrets, des images révélatrices, qui pointent toujours l’essentiel ; cet essentiel est l’âme, le cœur, le souffle… l’essence de la vie quotidienne.

Extrait de l'ouvrage

M : Vous venez d’employer le terme « s’éveiller ». C’est d’ailleurs la traduction littérale de buddha - l’éveillé, et non pas l’illuminé.

S : Oui, c’est ça. S’éveiller est également pour moi une expression adéquate. Car dans une telle expérience, c’est comme quand on se réveille après un rêve. Tout à coup, on voit la réalité. Ce qui est spécial dans ce vécu, ce n’est pas que l’on fasse l’expérience de quelque chose de plus clair, ou plus beau, ou plus grand que ce que l’on a vu et entendu jusqu’alors. Cela signifie que l’on perçoit autrement la réalité, qui est comme elle a toujours été. On fait l’expérience, par exemple, qu’un merle est posé sur une branche. C’est cela que l’on peut vivre dans l’illumination. Et tout à coup, on est tellement saisi par ce tableau assez quotidien, que l’on ne peut pas du tout le décrire avec les termes et qualificatifs habituels à notre disposition jusque-là. Ce que l’on pourrait dire, c’est que l’on a enfin vu le véritable merle, le merle. Comme si l’on n’avait encore jamais vu un merle jusque-là, alors qu’on a vu déjà beaucoup de merles. On pourrait dire aussi – après coup – que l’on a enfin fait l’expérience de soi-même; bien que l’on vienne de voir un merle. Comme s’il n’y avait pas de séparation entre celui qui regarde et ce que le regard est en train de rencontrer. Comme s’il n’y avait pas de séparation entre moi et le merle ; comme si je me reconnaissais moi-même dans ce merle sur la branche. Comme si j’étais assise depuis toujours sur cette branche, tout en sachant en même temps et pertinemment que je suis assise sur ce muret et que je regarde la branche là-bas, avec le merle. Mais, d’une manière difficilement explicable, mon « être-assise-sur-le-muret » est tout à fait le même que le merle sur la branche. Et si par hasard, le son d’un moteur venant de la rue me parvenait dans un tel moment, ce son ne serait également rien d’autre que le merle sur la branche. Et si alors on tourne la tête et que le regard rencontre un tournesol ou l’encadrement d’une porte, on voit à nouveau cela, qui s’était montré en tant que merle sur la branche. Pour autant, on ne confondra pas un tournesol ou l’encadrement de la porte avec un merle. On n’a pas de trouble de perception de la réalité. On est tout à fait éveillé à la réalité. On voit à nouveau ou encore – toujours encore on voit ce Un. Comme si ici cela était un merle et là un tournesol et maintenant l’encadrement de la porte puis le bord de la table. Et en même temps, on sait que cela c’est moi. Pour moi, c’est comme si je me voyais moi-même, encore et encore, toujours et toujours, toujours encore comme dans un miroir : seulement moi. Comme si j’étais un avec tout ce qui est et qui était, un dans une seule et unique présence, qui elle n’est pas palpable mais qui emplit tout, temps et espace, de sa pure présence. Tout est en ordre, aussi naïf que cela puisse paraître, tout va bien. C’est une ébauche possible de l’éveil. Si quelqu’un a déjà été, ne serait-ce que très légèrement, touché par un tel vécu, cette description ne lui semblera pas être une pure absurdité mais quelque chose résonnera en lui et lui rappellera comment cette réalité peut se montrer.

M : Cela fait donc cet effet, le « sommet ». Mais ce « nouveau regard » ne doit pas toujours être lié à une perception sensorielle, telle que la vue du merle, n’est-ce pas ?
S : Non. Cela peut aussi nous arriver quand on entend une phrase qui parle de l’essentiel, comme par exemple la première ligne du texte « le zen17 » de Daio Kokushi : « Il y a une réalité qui précède le ciel et la terre. » Mais au fond, il n’y a besoin ni d’un merle, ni d’un bruit, ni d’une phrase de sagesse. Il n’y a absolument pas besoin d’un déclencheur particulier. Il se pourrait aussi qu’en pleine assise en  silence quelqu’un vive quelque chose, que l’on peut nommer « éveil », que cela  s’ouvre à lui, subitement, au milieu du silence.

M : C’est un point important. Dans un premier temps, le chemin de l’exercice nous permet de nous approcher du silence et quand on se familiarise peu à peu avec l’ouverture au silence, c’est déjà très bénéfique de pouvoir, en quelque sorte, l’entendre et d’amener ainsi clarté et présence dans sa vie - dans le quotidien aussi, toujours à nouveau. Puis, vous dites : « Dans le silence, Cela peut s’ouvrir à lui. » Y a-t-il alors encore une différence entre silence et éveil ?
S : Oui et non. Avant de s’éveiller, le vécu du silence n’est que vécu du silence et c’est différent de l’éveil. Dans l’éveil, le vécu du silence est en même temps l’expérience de l’essence, pour employer cette expression qui veut désigner ce qui est innommable. Regardant en arrière à partir de là, le silence était, depuis toujours, précisément cette essence et chaque vécu était déjà cela, seulement on ne l’avait pas reconnu. Aussi longtemps que l’on ne reconnaît pas cela, le silence est quelque chose d’autre qu’un bruit. Mais si la toux d’un voisin résonne dans le silence de celui qui est en train de s’éveiller, c’est comme si on lui offrait, avec le toussotement, une nouvelle paire d’oreilles qui entendent… l’essentiel : toux, toux, toux. Et ceci n’est rien d’autre que le silence.

M : Revenons encore une fois sur fait que le silence lui-même peut se montrer à nous en tant qu’essence. Comment cela se passe-t-il ?
S : Je ne le sais pas. L’essence nous touche comme la foudre dans un ciel serein ou parfois comme une brise légère. Dieu soit loué, on ne peut pas savoir comment cela se passe. Cela pourrait toucher quelqu’un qui s’assied dans le silence pour la toute première fois. Mais je sais bien que votre question ne vise pas la « faisabilité » de l’éveil, mais…

M : … exactement, je souhaiterais surtout que l’on regarde de façon plus nuancée la disposition intérieure qui a à voir avec l’éveil ou qui précède l’éveil.
S : Je vois ce que vous voulez dire et je ne sais pas si je peux en dire quelque chose, car cela se passe de façon différente à chaque fois et pour chaque pratiquant. Mais si on met de côté les autres possibilités et si on cherche à décrire uniquement quelque chose de général, je vais essayer de le dire ainsi : Une personne est assise là, elle respire et écoute le silence. Elle s’aperçoit du silence, comme si celui-ci était autour d’elle. Elle là, le silence autour d’elle. Elle écoute attentivement en sa direction. Puis, elle ressent peut-être que le silence est aussi en elle-même, ou seulement en elle-même. Elle là, le silence en elle. Elle écoute attentivement et observe ce qui se passe avec le silence et avec elle-même. Si elle arrive alors à lâcher progressivement l’observation, sans somnoler, bien qu’elle soit clairement éveillée et présente à ce qui se passe, ce n’est qu’après qu’elle pourra dire comment c’était à ce moment-là avec le silence. Et puis il se peut aussi  qu’en elle tout devienne encore de plus en plus silencieux, et cela n’a rien à voir avec l’absence de bruit. Comme si le silence remplissait complètement l’espace et la personne elle-même, jusqu’à ce qu’à un moment il n’y ait plus que silence, un silence pur et naturel, chargé d’aucun « goût mystique », de sorte que l’on s’oublie soi-même dans ce silence, en étant clairement éveillé. Quand c’est ainsi, souvent, on oublie tout à fait le temps aussi, et l’on est surpris alors de réaliser qu’au lieu de cinq minutes ressenties, une demi-heure est déjà passée. Ce silence que l’on peut comparer à une étendue sans limites ou avec rien d’autre que de l’ouverture ou du vide, ce silence, aussi paradoxal que cela puisse paraître, devient subitement et sans cassure : juste ça ! Tout d’un coup, il est lui-même : juste maintenant. Le « non-temps »  est  juste maintenant. Rien d’autre que le toujours-silence ou le vide ou le rien lui-même ne constitue ce maintenant. Le silence devient événement, il est un fait, un tangible là. Si quelqu’un demandait à ce moment-là : « Et qu’est-ce qui se passe pour toi ? » On ne pourrait que répondre : « Je suis ce “là”. » Je veux dire que c’est également ainsi que le silence lui-même peut être le déclencheur de l’éveil au silence même. Et bien sûr, quand cela arrive ainsi, tout ce qui surgit juste après dans notre perception n’est encore une fois rien d’autre que ce fait unique, un avec le silence, un avec moi-même.

M : Alors, le sens ultime de cette expérience est que l’absolu n’est pas vécu comme au-delà du monde, qui en serait séparé, mais que l’absolu est complètement dans ce monde, à l’intérieur de ce monde. Ou même, d’une façon mystérieuse, qu’il est ce monde. Ceci rend totalement nul le cliché que la méditation serait sans lien avec le monde.
S : Oui. Comme il est dit dans le sutra du cœur18 : « La forme n’est pas différente du vide, le vide n’est pas différent de la forme. » Tout le reste est illusion. Et comme le dit le deuxième des quatre grands vœux : « Aussi inépuisables que soient les illusions (les pensées et les émotions trompeuses), je forme le vœu de les abandonner.» C’est de cela qu’il s’agit. La fixation sur la forme se dissout dans l’expérience du vaste, l’expérience du vaste se renverse en quelque sorte, dans la compréhension que la forme n’est rien d’autre que le vaste, que le vaste n’est rien d’autre que celui qui est assis là et qui est juste en train d’entrevoir ceci. C’est cela que l’on nomme connaissance de soi ou vision de l’être essentiel.

© Publié avec l'accord des Éditions Accarias l'Originel


Voir aussi ce lien.

mercredi 4 septembre 2013

• Nous sommes toujours Présence - Denis Marie

Tout ce qu’il nous est possible de penser, de ressentir, de faire, l’est parce qu’avant tout nous sommes Présence.
Nous pensons que nous sommes capables ou incapables, avec ou en dehors, pourtant, quel état positif ou négatif est possible sans la Présence, sans la Nature depuis laquelle ils se manifestent ?

Nous nous identifions à certains, en rejetons d’autres, sans reconnaître que nous ne sommes aucun d’eux.
Nous nous évaluons à l’aune de nos réussites et de nos échecs, de nos capacités et de nos incapacités. Nous ne voulons pas voir qu’invariablement nous sommes la Présence qui réussit et qui parvient, de même que celle qui échoue et ne parvient pas.

samedi 31 août 2013

• Chemins de sagesse : De la vie et de la mort (Frédéric Lenoir)


En marge de l'émission, quelques ouvrages :

  «De tous mes livres de philosophie et de spiritualité, celui-ci est certainement le plus accessible, mais sans doute aussi le plus utile. Car ce n'est pas un savoir théorique que je cherche à transmettre, mais une connaissance pratique, la plus essentielle qui soit : comment mener une vie bonne, heureuse, en harmonie avec soi-même et avec les autres. Ce que je dis ici avec des mots simples et des exemples concrets, comme au cours d'une conversation avec un ami, est le fruit de trente années de recherches et d'expériences. 
Mon témoignage personnel importerait peu s'il n'était éclairé par la pensée des philosophes et des sages de l'humanité qui ont marqué ma vie : le Bouddha, Confucius, Socrate, Aristote, Épicure, Épictète, Jésus, Montaigne, Spinoza, Schopenhauer, Lévinas parmi d'autres. Exister est un fait, vivre est un art. Tout le chemin de la vie, c'est passer de l'ignorance à la connaissance, de la peur à l'amour.» Paru chez Pocket.

 Un voyage vers le centre de soi-même.
« Connais-toi toi-même » pouvait-on lire sur le temple de Delphes. Qui suis-je en effet ? C’est là une question essentielle de notre existence. Mais comment y répondre ? Peut-on même y répondre ? À travers un vaste panorama des philosophies d’Orient et d’Occident, en s’appuyant sur des textes des maîtres spirituels des principales traditions, José Le Roy montre que ce que nous sommes vraiment n’est pas ce que nous paraissons être. Ce livre nous invite à un voyage vers le centre de nous-même où de profondes et étonnantes découvertes nous attendent. Paru chez Almora.

mardi 6 août 2013

• Chemins de sagesse : Se connaître soi-même (Frédéric Lenoir)





Sous la forme d’entretiens avec Leili Anvar, Frédéric Lenoir présente en six émissions d’une heure les grands thèmes universels de la sagesse, d’Orient (bouddhisme, Chine, Inde) comme d’Occident (philosophie) :

> la sagesse
> la confiance
> le lâcher prise
> l’amour et la compassion
> l’attention dans l’instant présent
> la liberté intérieure, etc.

Chaque entretien est ponctué de lectures de textes de sages (du Bouddha à Spinoza, en passant par Epictète, Confucius, Socrate ou Montaigne) ou de contes du monde entier.

Frédéric Lenoir est directeur de la rédaction du Monde des religions et producteur et animateur de l'émission "Les racines du ciel" sur France Culture.

dimanche 21 juillet 2013

• Bab'Aziz, le prince qui contemplait son âme.

Un film à ne pas manquer et à contempler avec son coeur. Une fresque magnifique où se mêle texte, images et musiques dans une alchimie parfaite !

 
Bab'Aziz, le prince qui contemplait son âme from ayssar on Vimeo.

lundi 24 juin 2013

Le livre du silence : Rodolphe Massé


Page 4 de couverture : 

Il faudrait remplacer le mot spiritualité par le mot Vie  La seule question est : qu'attendons-nous de la Vie ? Comment souhaitons-nous vivre vraiment ?
Avec Le Livre du Silence, Rodolphe Massé souhaite permettre à chacun de pointer directement et sans effort vers le Royaume de l'Être qui nous fonde. L'ouvrage propose 111 accès directs vers l'Éveil, 111 portes que le lecteur a la possibilité d'oser franchir ou non, à tout moment.

Le lecteur est invité à ouvrir spontanément le livre à n'importe quelle porte... et se laisser porter. Autant de textes que l'auteur a par conséquent souhaités le plus directs et limpides possibles. Ces textes s'éclairent entre eux mutuellement par un système d'échos et rendent aussi hommage, par l'entremise de certaines citations, aux sages de toutes époques et traditions.
 Voici 111 Déclarations d'Être et d'Amour. Chacune est une clé, une porte entrebaillée. Un secret ouvert. Toutes chantent le Royaume, le Réel, la Vérité. L'Amour. Et Tout ce qui Est. Qu'elles soient d'Arnaud Desjardins ou Eckhart Tolle, de Jean Klein ou Francis Lucille, de Jodorowsky ou Ramana Maharshi, de Marianne Williamson, Douglas Harding ou Tony Parsons, de Lisa Cairns ou de Rodolphe Massé, toutes s'abreuvent à la même Source : Vous. Moi. « Je Suis. » Voici la voie directe. Expérimentez. « Voyez par vous-même. »
Ce livre dégage un parfum exaltant, ces différentes voix nous accompagnent avec force vers la vérité de l’Être non voilée par l’illusion de l’ego. Elles nous font découvrir cet espace au cœur de l’homme où vibre la lumière.
C’est ainsi une invitation à rester fermement ancré dans la conscience, dans le réel, dans ce que nous sommes vraiment.

Extrait : 

Le Chemin Du Royaume Plus Près Que Le Monde

Je t'aime pour tes seins
Je t'aime pour tes lèvres
Et tout ce qui sépare en deux
Ce qui n'est qu'UN.

Vivant, 1991


         Il faudrait remplacer le mot spiritualité par le mot Vie. Un être spirituel est avant tout un être Vivant. Et réciproquement. Un être vivant est avant tout un être spirituel. Pour paraphraser Teilhard de Chardin : « Nous ne sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle, nous sommes des êtres spirituels vivant une expérience humaine. »

         La seule question est : qu'attendons-nous de la Vie ? Comment souhaitons-nous vivre vraiment et quelles croyances limitantes nous empêchent de vivre comme nous l'entendons, nous empêchent de nous réaliser et d'être pleinement heureux ?

*

         En français, il est amusant de constater que le mot personne est le même pour qualifier ce que nous croyons être, une personne... et ce que nous désignons dans l'expression « il n'y a personne », c'est-à-dire : nul n'est présent ici, il n'y a rien, juste une absence. Or le mot personne vient du latin persona qui signifie le masque ; ce qui pourrait suffire en soi à nous mettre sur la voie... [1]

         Si on a le malheur de prétendre que Dieu existe, on fait aussitôt de Dieu au pire une personne, au mieux une puissance ou même un simple principe. Mais cela implique toujours quelque chose de séparé, de clos et suppose qu'il y a quelque chose que Dieu n'est pas. Ce qui est de toute évidence absurde : Dieu ne peut être le Père Noël, un objet chimérique coupé du Tout qu'il est censé être ! D'une certaine façon, on nie l'idée de Dieu en affirmant son existence.[2]

         Paradoxalement, affirmer que Dieu n'existe pas est une façon déjà plus juste de viser la transcendance : on pointe une absence, un néant. Or c'est bel et bien ce rien qui est plein, qui est réel, et d'où surgit le Tout.

         Seulement, on nie l'évidence : on a collé sur cette étiquette néant une impression péjorative alors que ce néant est très habité, très vivant, il est la Vie même. Ce néant nous fournit une intuition de la Vie même, ce rien à l'oeuvre, à l'origine du Tout, de l'animé comme de l'inanimé, à l'origine des êtres conscients...

         Si l'on est par conséquent bien proche de la réalité vers laquelle pointe l'idée de Dieu en affirmant que Dieu n'existe pas, et souvent plus proche qu'en affirmant que Dieu existe, il en va de même pour ce que nous sommes. De la même façon, en affirmant : « Je suis ceci cela, telle personne, Unetelle ou Untel », on croit encore au Père Noël ! On se réduit en effet à une définition limitante, on fait du sujet un simple objet, de l'être un pur ego, un faux dieu, séparé du reste du monde. Par conséquent, quelque chose de limité, de périssable, qui doit naître, s'affirmer, se défendre, chercher le bonheur, souffrir et mourir...

         Croire que la conscience que je suis est un simple ego, un objet, une entité séparée, revient à croire en un Dieu séparé : immédiatement, subrepticement et bien malgré nous, nous sommes totalement et définitivement hors-sujet.

         Mais si nous dénonçons souvent l'inanité du Père Noël divin dès l'âge de raison, nous agitons ce Père Noël de l'être que nous sommes depuis la plus tendre enfance sans jamais le remettre en question.

         La religion du Père Noël de l'ego, la croyance en une conscience séparée, est en fait la plus répandue au monde, chez les athées comme chez les croyants, tous dans la même galère ! Tous en proie à la même hallucination, la même « illusion d'optique de la conscience », pour reprendre la belle expression d'Einstein.

         Tous les enseignements authentiques, religieux ou laïques, visent pourtant cette prise de conscience, cet éveil spirituel : le Père Noël de l'ego n'existe pas ; il n'est pas de conscience séparée. Tout enseignement authentique est non duel. Voies progressives (on progresse dans le mensonge, jusqu'au moment où on est prêt à entendre la vérité) ou directes, toutes mènent à la même vérité. Toutes sont la clé du Royaume dont nous avons tout à la fois la nostalgie et l'intuition : la vérité de l'Être non voilée par l'illusion de l'ego. Celle que le nouveau-né connaît sans le savoir ; celle dans laquelle il s'agit de s'établir sciemment. 

*

         Voici 111 Déclarations d'Être et d'Amour. Chacune est une Clé, une Porte entrebaillée. Un Secret ouvert. Le Chemin Du Royaume Plus Près Que Le Monde.

         Chacune est une Fleur, chacune est une Flamme. Chacune est une caresse de l'Être, du Réel. Chacune est une Invitation. Chacune est un Appel.

         Chacune est suffisante. Aucune n'est le Royaume, le Réel, la Vérité. Mais toutes chantent le Royaume, le Réel, la Vérité. L'Amour. Et Tout ce qui Est.

         Leur auteur est Unique, en dépit des noms différents, des sources apparentes. Qu'elles soient d'Arnaud Desjardins ou Eckhart Tolle, de Jean Klein ou Francis Lucille, de Jodorowsky ou Ramana Maharshi, de Marianne Williamson, Douglas Harding ou Tony Parsons, de Lisa Cairns ou de « moi », toutes s'abreuvent à la même Source : Vous. Moi. « Je Suis. »

         Voici la voie directe, dans le langage le plus direct.

         On peut rejeter ces mots, mais pas le Réel vers lequel ils pointent.

         Mais n'en croyez rien. Pas un mot.

         Vérifiez. Expérimentez. Voyez par vous-même.


[1] A contrario, on dit aussi : « il y a quelqu'un », soit : il y a quelque UN... L'unicité est présente.

[2] Ou pour citer Jeff Foster : « La croyance en Dieu est le déni de Dieu. » D'autre part, dire qu'il n'y a que Dieu revient à dire que Dieu n'existe pas. Et invalide ainsi la question de son existence ou non-existence.

Ouvrage publié aux Éditions Accarias L'Originel
Blog de Rodolphe Massé


mercredi 19 juin 2013

• Pathana Yoga - Patrick Vigneau

http://www.loriginel.com/

Sagesse, vivance et méditation forment la trame de ces textes, qui nous entraînent au cœur de nous-même. Il s’agit d’inspirations où l’on peut sentir à la fois la richesse du silence et l’amour mystique.
L’ambiance du Sage recueilli y est présente et parfois il semble que la petite voix intérieure résonne dans le cœur-même du lecteur.
Ce livre éveille chacun à ses profondeurs sacrées. C’est la voie du Pathana yoga.
L'auteur
L’appel vers l’Inde, sans raison précise, en 1979. Découverte d’un autre monde, d’une autre planète. Un deuxième voyage en 1981, et la rencontre totalement inattendue avec Mère, dans un tout petit ashram traditionnel, en Orissa.
Une autre vie pour engendrer une nouvelle naissance.
Plusieurs séjours prolongés se succéderont.
La sadhana se poursuit.
La conscience subit une mutation.
Trente années de vie simple, ordinaire, discrète, jusqu’à comprendre que cela pouvait aider d’autres personnes à cheminer.
Les ateliers Vivance se mettent en place.
Ouvrage publié aux Éditions Antoni - L'Originel
Introdution
Non pas un livre sur la méditation, mais un livre de méditation, un livre pour méditer !
Cet ouvrage présente les données essentielles pour développer l’écoute intérieure... par la méditation. Et plus exactement, pour découvrir la Présence de la Paix primordiale, Adi Shanti, qui est... au plus profond de la conscience.

Il est basé sur une discipline oubliée : l’art de la lecture méditative, appelée « Lectio Divina » dans le christianisme ou « Pathana Yoga » en Inde.
La vie contemporaine, agitée, s’est détournée de la tradition ancienne qui envisageait la lecture comme un Art. C’est-à-dire comme un acte créatif qui élève la conscience !

Autrefois, peu de gens savaient lire, c’était un privilège. De plus, le livre était rare, donc précieux.
Le livre était porteur de sagesse, et l’acte de lire avait une dimension sacrée. Lire pouvait naturellement devenir une véritable méditation. Certains textes nous le font vivre encore. Mais l’état d’esprit est aussi important.

En ce sens, la lecture est alors vécue comme méthode, à la fois pour accéder au texte et à sa signification, mais aussi pour parfaire la connaissance du lecteur. Non seulement en tant que culture de soi, mais plus précisément en tant qu’élément essentiel d’une discipline d’éveil spirituel.
Le point central, est l’association lecture-méditation. En tant que pratiques, la lecture et la méditation sont toutes deux des exercices, des exercices de l’esprit tout comme il y a des exercices du corps.
A ce titre, elles peuvent être associées dans une séquence qui peut se présenter ainsi : lecture/méditation/prière/contemplation.

Pour un cœur aspirant au divin, la lecture et la méditation sont des pratiques contemplatives distinctes, mais que l’on peut associer facilement.

La lecture devient alors préparation à la méditation.
Car la lecture n’est pas sa fin propre. Elle est un commencement, elle introduit en quelque sorte à un état méditatif ou contemplatif.
D’autre part, la méditation ne se conçoit pas sans l’appui des écritures. Même l’ermite dans sa grotte ou sa cabane a un livre. Un livre qui va nourrir son esprit, un livre qui va nourrir son cœur.

Dans la tradition chrétienne comme dans la tradition rabbinique, hindouiste ou bouddhiste, on étudie, on s’imprègne des écrits de livres sacrés. On ne peut méditer sans l’appui de textes reconnus comme paroles de sagesse ou paroles divines. Le livre est porteur d’une expérience humaine, ou d’une sagesse reçue, révélée.

La lecture méditative est ainsi un exercice spirituel universel.
J’ai vu des yogis, assis droit sur un bout de tissu, passer des journées entières avec un petit livre sacré (la Bhagavad Gita) dans les mains, à réciter ou « psalmodier » les versets, à l’ombre d’un banian.
J’ai vu des moines chrétiens, concentrés, immobiles, recueillis devant leur Bible, dans le silence vibrant de paix d’un scriptorium.

J’ai participé avec les pères Jésuites à ces retraites spécifiques sur les exercices de Saint Ignace où l’on se plonge dans les Évangiles, texte collé à la main, et où l’on s’identifie aux divers personnages des récits pour vivre et ressentir ce qu’ils ont pu éprouver.

J’ai connu des périodes de solitude joyeuse où la lecture méditative nourrissait mes journées de marche et de silence d’une douce plénitude.

Pour le chrétien, la Lectio Divina est en fait un vrai dialogue : « Si tu pries, tu parles avec l’époux, si tu lis, c’est l’époux qui te parle » écrivait Saint Jérôme à une jeune fille.

« La « Lectio Divina », cette paisible «rumination» de l’Ecriture ou des textes religieux, est le meilleur aliment de la méditation, dont en fait elle se distingue à peine. Cette lecture est nécessaire, c’est une erreur de croire qu’on peut négliger l’étude de la parole de Dieu, ou l’abandonner, et malgré cela, atteindre l’union intime à Dieu.» (un moine Chartreux)

Pathana est un mot sanskrit signifiant à la fois étude et lecture, employé à propos de la récitation des Vedas (écritures sacrées). En Inde, les livres saints sont très respectés, ils ne doivent pas être posés par terre par exemple, et ils sont toujours touchés avec vénération.
Le Pathana Yoga est la lecture et l’étude des textes sacrés qui accompagne la vie du yogi dans cette démarche appelée Svâdhyâya.

Svâdhyâya est l’étude de soi dans le sens également d’éducation de soi. Cela se situe à trois niveaux.
D’abord, l’étude de l’être vivant que nous sommes. Nous écrivons notre vie. Observant notre comportement, nous comprenons les causes et motivations de nos actes qui façonnent notre vie.
Ensuite, l’étude et le respect du livre vivant de la nature : l’Univers parle à l’être humain à travers tous les éléments naturels, mais aujourd’hui nous ne comprenons plus le langage du vent, des rivières ou des arbres. Or, leur énergie est identique à la nôtre et on ne peut vivre en harmonie avec soi-même que si l’on vit en harmonie avec eux. D’où le bien-être ressourçant que l’on ressent au contact étroit, intime, charnel avec l’herbe de la campagne, les odeurs de la mer, le calme d’un lac, la majesté de la montagne, la plénitude du ciel.

Et enfin, l’étude et le respect de tous les livres sacrés. Leur lecture, Pathana, permet de mieux comprendre le sens de la vie humaine et le pourquoi de telle ou telle religion.


Naturellement, en tout livre est la vie concentrée, c’est le fruit de milliers d’expériences ! Il nous fait participer à une sorte d’éternité.
La lecture peut être sans nul doute, une véritable expérience de vie, quand elle touche au fond du cœur.

Voyons précisément quel est le principe de cette méthode qu’est la lecture méditative ?
Pratique spirituelle par excellence, il s’agit bien d’une voie d’intériorisation.
Car c’est véritablement en se retournant vers l’intérieur que la vie spirituelle se déploie. Chemin de prière contemplative ou de méditation, tous les grands mystiques, tous les sages s’y sont adonnés.
Le but est de se nourrir d’une parole, de s’en imprégner, de la faire vivre en nous.
La lecture devient le support et l’outil de la méditation. Comme peuvent le faire aussi une image, une musique, un mantra, une sensation.
Il s’agit donc de lire et relire plusieurs fois une phrase, un paragraphe, une page. Et de le faire lentement. Car même si la tête a déjà l’information, il est nécessaire de l’intégrer dans les « tripes ». C’est à dire de sentir la résonance dans le corps physique et dans le cœur, sinon, cela reste de l’information pour l’intellect uniquement.

Alors, quelque chose de nouveau peut germer, une vision nouvelle peut apparaître.

*

Dans toutes les traditions spirituelles se pratique une lecture méditée des textes sacrés. Cet exercice est nécessaire pour faire pénétrer dans les profondeurs de la conscience une parole porteuse de vie.

Nous savons que la lecture est constructive du moi. Elle peut aussi être dépassement du moi.
Il y a quatre façons d’aborder un texte : la lecture distractive avec un roman, la lecture informative avec un journal, la lecture réflexive avec un essai culturel ou philosophique et la lecture méditative.

La lecture méditative est plus personnelle, plus intime, plus agissante. Elle emporte l’esprit dans d’autres dimensions, au-delà du moi. Elle peut conduire à une intense paix, mais aussi à une sublime extase.

Cette lecture méditative nous introduit à l’expérience immédiate et à la perception directe de la vie profonde, dans l’acte même de lire.


Parfois, recherchant la paix, nous pouvons nous couper de nos émotions. Or l’émotion, sensorielle, esthétique ou intellectuelle, constitue une expérience paradoxale pouvant induire des sensations sublimes, où la sensation de soi subit une dilatation, une expansion sans limite.
J’ai vécu cette expérience avec un livre il y a bien longtemps.
J’étais fort jeune à l’époque, vivant dans une petite communauté. Assoiffé de connaissance spirituelle, je lisais avec beaucoup de plaisir tout ouvrage que je trouvais, et qui me faisait découvrir des mondes différents, nouveaux.
Ma quête était sincère, j’aspirais à une vie spirituelle mais sans savoir vraiment ce que cela signifiait.
Et je voulais tout connaître, tout comprendre.

Un soir, je m’en souviens parfaitement, je me couchai avec un livre mêlant romantisme moyenâgeux et spiritualité.

J’entrai facilement dans l’histoire qui réveillait mon ardeur chevaleresque de jeune homme. Quand soudain, pris par le mystère et le suspens du récit, quelque chose de surprenant se passa.

Je fus soudainement saisi, réellement emporté dans un état de conscience totalement nouveau et puissant.
L’irruption d’une joie extraordinaire me saisit avec une telle intensité que tout disparut autour de moi.
Je n’avais jamais connu une telle chose, ni ressenti autant d’énergie.
Ça m’emportait réellement. Je me sentais happé par l’Univers. Ce n’est pas une image littéraire, il y avait vraiment dans ma conscience la sensation d’un déplacement extrêmement vertigineux dans l’espace étoilé.
Et une joie vibrante qui s’amplifiait continuellement.
C’était merveilleux, sublime, extatique...
Puis cela commença à devenir douloureux. Je veux dire la joie était si intense que cela me fit peur, c’était trop fort, je ne pouvais rien maîtriser. Ça continuait, s’amplifiait, et ne me laissait aucun répit.

J’ai donc eu peur car j’avais l’impression que j’allais exploser de joie. Réellement exploser.
J’avais véritablement la sensation que le corps ne pouvait supporter autant d’énergie. Ça allait trop vite, c’était trop intense. Le corps allait éclater, j’allais mourir.
Alors, je me suis mis à prier pour que ça s’arrête. Je suppliais que cela cesse, tout en jouissant simultanément de cette extase de joie que je ne pouvais plus contenir.

Je crois que cela dura plusieurs heures, une bonne moitié de la nuit.
Finalement, j’ai dû m’endormir car je ne me souviens pas du tout comment ça s’est arrêté.

Mais au matin, le souvenir de cette expérience était pleinement vivant. Mon corps était bien entier, il n’y avait plus de peur, et je regrettais un peu d’avoir prié pour que ça s’arrête. Mais la présence de cette joie s’était imprimée dans ma conscience.

Et j’avais une certitude à laquelle je n’avais jamais prêté attention : le corps doit être préparé pour accueillir une telle chose.

Cette énergie si puissante ne peut pas vraiment se ressentir tant que nous sommes sur terre... le corps n’est pas prêt à la supporter.
Et si justement le but de notre passage sur cette terre était de préparer le corps et ses énergies subtiles à cette transformation ou plutôt à cette transmutation.

Car il me semble aujourd’hui que l’humanité n’est pas encore prête. Même si il y a une évolution certaine, notre façon de vivre ne nous prépare pas à une telle descente de la Grâce, ou une montée de la Kundalini ou je ne sais quoi. Mais ce que je sais maintenant c’est que notre conscience peut avoir accès à une dimension qui transcende complètement tout ce que l’on peut imaginer.
Nous nous percevons en tant que conscience enfermée dans un corps tel un scaphandre dans lequel nous nous sentons à l’étroit. Et pourtant ceci n’est pas figé. Dans ces moments d’extase, il m’a semblé comprendre tant de choses que le mental ne pouvait gérer. Mais c’est inscrit là, au plus profond de moi- même, au plus profond de chacun de nous-mêmes.