jeudi 23 août 2007

• Un éclair dans la nuit de nos pensées - Jack Kerouac

Sources
Un éclair dans la nuit de nos pensées

Jack Kerouac

Un satori est un éclair dans la nuit de nos pensées, une porte qui s'ouvrirait en nous, pour nous mener à un pays où le bonheur a été de s'apercevoir que tout n'est qu'un grand et vaste rêve. Ce satori peut survenir lors d'une phrase de quelqu'un, n'importe qui, à la vision d'une oeuvre - naturelle ou humaine -, lors d'un repas, n'importe quand. Il suffit d'ouvrir son coeur au ressentir des choses en tant qu'elles-mêmes et pas uniquement en se basant sur nos perceptions. Je ne puis être plus clair que les maîtres japonais qui l'ont expliqué, tant mon expérience en est limitée. Mais j'espère que vous avez, encore une fois, saisi l'idée.

(correspondance avec
Nathalie)

• Contempler la nature même de notre esprit - Mathieu Ricard

Contempler la nature même de notre esprit


Mathieu Ricard
(moine bouddhiste et traducteur du Dalaï-Lama)



Présence éveillée

La présence éveillée est un état d’esprit parfaitement clair, ouvert, vaste et alerte, libre d’enchaînements de pensées et dépourvu de toute activité mentale intentionnelle. L’esprit n’est concentré sur rien mais reste parfaitement présent. Lorsque quelques pensées apparaissent, le méditant ne tente aucune intervention sur son esprit, il se contente de laisser ces pensées s’évanouir naturellement...

Au lieu de nous agiter de la sorte, regardons simplement ce qui se trouve au fond de l’esprit, à l’arrière-plan des pensées. N’y a-t-il pas là une présence éveillée, libre de fabrications mentales, transparente, lumineuse, que ne troublent pas les idées relatives au passé, au présent et au futur ? En essayant de rester dans l’instant présent, libre de concepts, en agrandissant peu à peu l’intervalle qui sépare la disparition d’une pensée de l’apparition de la suivante, il est possible de demeurer dans un état de simplicité limpide qui, pour être libre de fabrications mentales, n’en est pas moins lucide, et qui, pour persister sans effort, n’en est pas moins vigilant...

La nature de l'esprit

Lorsque l'esprit s'examine lui-même, que peut-il apprendre sur sa propre nature ? La première chose qui se remarque, ce sont les courants de pensées qui ne cessent de surgir presque à notre insu. Que nous le voulions ou non, d’innombrables pensées traversent notre esprit, entretenues par nos sensations, nos souvenirs et notre imagination. Mais n'y a-t-il pas aussi une qualité de l'esprit toujours présente, quel que soit le contenu des pensées ? Cette qualité, c'est la conscience première qui sous-tend toute pensée et demeure tandis que, pendant quelques instants, l'esprit reste tranquille, comme immobile, tout en conservant sa faculté de connaître. Cette faculté, cette simple «présence éveillée», on pourrait l'appeler « conscience pure » car elle peut exister en l'absence de constructions mentales.

Continuons à laisser l'esprit s'observer lui-même. Cette « conscience pure », ainsi que les pensées qui surgissent en elle, on en fait indiscutablement l'expérience. Elle existe donc. Mais, hormis cela, que peut-on en dire ? Si l'on examine les pensées, est-il possible de leur attribuer une caractéristique quelconque ? Ont-elles une localisation ? Non. Une couleur ? Une forme ? Non plus. On n'y trouve que celle qualité, «connaître», mais aucune autre caractéristique intrinsèque et réelle. C'est dans ce sens que le bouddhisme dit que l'esprit est « vide d'existence propre ». Cette notion de vacuité des pensées est certes très étrangère à la psychologie occidentale. A quoi sert-elle ? Tout d'abord, lorsqu'une puissante émotion ou pensée surgit, la colère par exemple, que se passe-t-il d'ordinaire ? Nous sommes très facilement submergé par cette pensée qui s'amplifie et se multiplie en de nombreuses autres pensées qui nous perturbent, nous aveuglent et nous incitent à prononcer des paroles et à commettre des actes, parfois violents, qui font souffrir les autres et seront bientôt pour nous une source de regret. Au lieu de laisser se déclencher ce cataclysme, on peut examiner cette pensée de colère pour s'apercevoir que dès le départ ce n'est « que du vent ».

II y a un autre avantage à mieux appréhender la nature fondamentale de l'esprit. Si l'on comprend que les pensées surgissent de la conscience pure, puis s'y résorbent, comme les vagues émergent de l'océan et s'y dissolvent à nouveau, on a fait un grand pas vers la paix intérieure. Dorénavant, les pensées auront perdu une bonne part de leur pouvoir de nous troubler. Pour se familiariser avec celle méthode, lorsqu'une pensée surgit, essayons d'observer sa source; quand elle disparaît, demandons-nous où elle s'est évanouie. Durant le bref laps de temps où notre esprit n'est pas encombré de pensées discursives, contemplons sa nature. Dans cet intervalle, où les pensées passées ont cessé et les pensées futures ne se sont pas encore manifestées, ne perçoit-on pas une conscience pure et lumineuse qui n'est pas modifiée par nos fabrications conceptuelles? Procédant ainsi, par l'expérience directe, nous apprendrons peu à peu à mieux comprendre ce que le bouddhisme entend par « nature de l'esprit ».

Contempler la nature même de notre esprit

La troisième méthode est celle des contemplatifs. Elle est sans doute la moins évidente, mais nous pouvons nous en inspirer pour réduire nos souffrances physiques et mentales. Elle consiste à contempler la nature de l'esprit qui souffre. Les maîtres bouddhistes enseignent la méthode suivante lorsqu'on éprouve une puissante douleur physique ou mentale, il faut simplement la regarder. Même si sa présence est lancinante, demandons-nous quelle est sa couleur, sa forme ou toute autre caractéristique immuable. On s'aperçoit alors que les contours de la douleur s'estompent à mesure qu'on tente de les cerner. En fin de compte, on reconnaît qu'il y a, derrière la douleur, une présence consciente, celle-là même qui se trouve à la source de toute sensation et de toute pensée. La nature fondamentale de l'esprit est cette pure faculté de connaissance. Détendons notre esprit et essayons de laisser la douleur reposer dans cette nature claire et inaltérable. Cela nous permettra de ne plus être la victime passive de la douleur, mais, peu à peu, de faire face et de remédier à la dévastation qu’elle engendre dans notre esprit. Ce n'est certes pas facile, mais l'expérience montre que c'est possible. J'ai personnellement connu nombre de méditants ayant recours à cette méthode lors de maladies terminales connues pour être particulièrement douloureuses et qui semblaient remarquablement sereins et relativement peu affectés pas la douleur. Mon regretté ami Francisco Varela, chercheur de renom en sciences cognitives, pratiquant depuis la méditation bouddhiste, m'a confié, lorsque nous nous sommes longuement entretenus quelques semaines avant sa mort d'un cancer généralisé, qu'il arrivait à demeurer presque tout le temps dans cette «présence éveillée ». La douleur physique lui semblait alors très lointaine et ne l'empêchait pas de conserver sa paix intérieure. Il n'avait d'ailleurs besoin que de très faibles doses d'analgésiques. Son épouse, Amy, m'a rapporté qu'il avait préservé cette lucidité et sérénité contemplative jusqu'à son dernier souffle.

Extraits de Plaidoyer pour le bohneur - Mathieu Ricard - NIL Editions













Le Bouddhisme et l'Occident











































• Le petit chant du "fais comme bon te semble" - Namkhai Norbu Rinpoché

Vu sur : http://vuesinspirees.free.fr/Bouddhasimages.html#Anchor-38151

Le petit chant du fais comme bon te semble !

Namkhai Nornbu Rinpoché

Le matin du 20 juin 1984, pendant que j'enseignais dans un temple bouddhiste à Sydney en Australie, un jeune homme qui disait appartenir à un centre du glorieux et incomparable Ri bo dGa'ldan, me demanda : "Toi qui vis comme une personne laïque normale, comment peux-tu pratiquer l'Enseignement et servir de maître aux autres ?"
Ainsi, le matin du 23 juin, dans l'avion en vol de Sydney à Koolangatta, moi, Namkhaï Norbu, pratiquant du DzogChen, j'ai composé spontanément ce petit chant qui renferme le sens de la réponse à cette question.

Hommage au maître !
Père incomparable, Toujours Bon
Seigneur détenteur de la connaissance,
Chang Chub Dorje
Dans la dimension de la sphère essentielle au centre de mon coeur de fils,
Demeure, inséparable à tout jamais.

En tant que pratique de l'enseignement, cela me suffit ;
Je n'aspire pas aux fausses pratiques religieuses.
C'est également suffisant comme base des expériences de la pratique et de la réalisation
Je n'aspire pas à l'obligation des processus méditatifs de création et de perfectionnement.

Ce corps illusoire que l'on dit si difficile à obtenir,
S'il dure longtemps, les êtres en bénéficieront de toute façon.
Si jamais il cesse d'exister,
je passerai à une autre dimension.
Vous qui croyez à l'éternité de toute chose,
faites comme bon vous semble !

Cette voix soit-disant douée d'un grand pouvoir,
Si j'en ai l'occasion, je l'utilise pour chanter le chant du Vajra
Autrement, je jacasse, disant tout ce qui me passe par la tête
Vous qui collectionnez les belles paroles,
faites comme bon vous semble !

Cette conscience, que l'on dit créatrice de toutes choses,
Si l'état de la Connaissance est présent,
Je le laisse tranquillement sans rien corriger
Vous qui vous faites violence,
faites comme bon vous semble !

Cette vénération pour celui qu'on appelle le Lama,
Si elle est appropriée, j'en fais le soutien de la dévotion ;
Si elle ne l'est pas, je me conforme à la condition,
quelle qu'elle soit
Vous qui recherchez la renommée,
faites comme bon vous semble !

Ce titre de soi-disant réincarnation,
S'il est utile,
je l'adopte comme aide pour les activités bénéfiques.
Si cela n'est pas utile,
je conserve ma manière naturelle d'être.
Vous qui désirez un rang,
faites comme bon vous semble !

L'activité déployée en constructions sacrées
et à l'enrichissement des monastères,
S'il y a un bénéfice,
je la développe pour la continuation de l'Enseignement,
S'il n'y a pas de bénéfice,
je maintiens les trois portes dans une libre condition.
Vous qui vous délectez dans les préparatifs,
faites comme bon vous semble !

Quant à cette profusion de ce qu'on appelle
centres du Dharma,
S'ils sont utiles,
je les propage pour le soutien de l'Enseignement,
Sinon, je veille à diminuer l'attachement et l'aversion.
Vous qui en êtes partisans,
faites comme bon vous semble !

Le pouvoir et la richesse de ceux que l'on dit privilégiés,
S'ils existent,
je les utilise comme base de la vertu pour toute bonne action,
quelle qu'elle soit.
S'ils font défaut, je m'en contente et je me réjouis.
Vous qui vous dédiez à l'accumulation,
faites comme bon vous semble !

Ce conjoint, que l'on dit fruit du karma précédent,
S'il a de bonnes inclinations, je l'instruis de l'Enseignement,
autant que je peux.
S'il n'est pas comme ça, je cherche à le contenter.
Vous qui êtes en proie à l'attachement et à l'aversion,
faites comme bon vous semble !

Ces bienfaiteurs que l'on appelle fidèles,
Quand il existe des causes secondaires favorables,
je les guide sur la voie de la libération.
Autrement, je les aide dans l'accumulation de la vertu.
Vous qui désirez le luxe,
faites comme bon vous semble !

Ces disciples, que l'on considère perfectibles,
S'ils tiennent les engagements,
je les introduis aux points essentiels de la pratique.
S'ils n'en ont pas la capacité, je les exhorte,
par tous les moyens, à entraîner leur esprit.
Vous qui êtes avide de grandeur,
faites comme bon vous semble !

Ces parents et amis, que l'on dit aimés,
Quand ils sont bien disposés,
je les dirige sur la voie du bénéfice relatif et du bonheur absolu.
Si leur esprit n'y est pas enclin,
je m'en contente, indifféremment.
Vous qui êtes en proie à l'attachement,
faites comme bon vous semble !

Tous les êtres qui nous apparaissent bons et méchants,
Ne sont pas différents les uns des autres dans la dimension de la connaissance de la base originelle,
Moi, je demeure dans la condition naturelle,
au-delà de l'engagement.
Vous qui êtes compromis par l'acceptation et le refus,
faites comme bon vous semble !

J'ai atteint cet état d'ineffabilité de la Prajna Paramita,
Lié en moi-même à la compréhension directe ;
Je n'aspire pas à la voie intellectuelle de l'étude.
Vous qui prétendez être de grands savants,
faites comme bon vous semble !

Dans la condition naturelle,
espace dépourvu de mesure et de direction,
Quel que soit ce qui se présente,
je m'en réjouis comme d'un ornement,
Je ne fais l'effort ni de créer ni de rejeter.
Vous qui adoptez la partialité,
faites comme bon vous semble !

Sans effort, je maintiens la vive présence de l'état naturel,
Au-delà de la contamination des pensées.
A quoi bon l'analyser à la mesure du raisonnement ?
Vous qui êtes partisans de la logique,
faites comme bon vous semble !

Dans l'espace de la dimension de la Pureté originelle,
J'aborde directement toutes les expériences méditatives,
les manifestations de l'énergie et les visions,
dans un état d'équanimité.
Sans ressentir le besoin d'une pratique religieuse artificielle,
je me réjouis !
Vous qui vous attardez dans les constructions mentales,
faites comme bon vous semble !

Dans la pure extension de l'espace,
objet libre de toute circonstance,
Resplendit la dimension de lumière des cinq couleurs de l'énergie dang autoperfectionnée.
Spontanément se perfectionne la Sagesse primordiale de sa propre énergie tsal.
Vous qui poursuivez une confirmation,
faites comme bon vous semble !

Dans la condition non corrigée,
espace de la Dharmata naturelle,
État clair et vif de la connaissance dépourvu de distraction,
Au-delà des limites des conceptions mentales, je me réjouis.
Vous qui êtes entravés par les limites,
faites comme bon vous semble !

L'état indéfinissable, naturel depuis l'origine,
Est l'espace au-delà de toutes définitions d'être ou ne pas être.
Parmi les existences du Samsara et du Nirvana,
il n'y en a pas qui ne soient parfaites.
Vous qui êtes immmergés dans la pensée dichotomique,
faites comme bon vous semble !

Par l'unique connaissance,
réalisant l'état de la Base Primordiale,
Je sais que toutes les apparences et ce qui les anime sont les énergies tsal et rolpa.
Pour l'obtention,
je ne me laisse pas entraîner par l'effort dans l'engagement.
Vous qui essayez d'obtenir toute chose avec effort,
faites comme bon vous semble !

Tout ce qui surgit s'autolibère,
pour moi, pratiquant Dzogchen,
Insensible à la voie étroite de l'espérance et à la préoccupation de l'effort,
Je me réjouis de pouvoir adopter une libre façon d'exister.
Vous qui obéissez aux règles,
faites comme bon vous semble !

Pour moi, yogi de la conscience universelle,
non sujet à l'illusion,
Pureté originelle et auto-perfectionnement
ne forment pas deux choses distinctes.
Quelle que soit votre façon d'agir,
l'intégrité de l'auto-perfection est totale.
Vous qui suivez la voie graduelle,
faites comme bon vous semble !

Vous qui êtes entravés par les chaînes
de l'espoir et de la peur,
Oubliez en toute tranquillité cette angoisse inutile,
Observez un peu votre façon d'être,
Et pour vous aussi peut surgir l'opportunité
du Grand Perfectionnement !

Multitude des Maîtres Suprêmes,
des Détenteurs de la connaissance et des Dakinis,
Prodiguez un peu la splendeur de votre pouvoir,
A cet esprit enveloppé par les ténèbres du dualisme,
Faites apparaître clairement la lumière de la Sagesse !

• Le Soi est la Vérité éternelle, intemporelle

Vu sur Unisson06

Le Soi est la Vérité éternelle, intemporelle


"Le Soi est la Vérité éternelle, intemporelle. Sa nature est non-duelle, un-sans-second. L'Advaita-Vedanta (l'enseignement de la non-dualité) révèle cette Vérité, et la nature de la Réalisation de Soi est une expérience directe qui transcende toute perception et toute notion. L'illusion de la dualité, qui se manifeste sous la forme de la notion d'un ego, un mental, un corps et un monde objectif, est complètement absente. Les sankalpas (notions ou intentions présumées réelles en raison du manque de recherche au sujet de leur nature) sont le constituant de l'illusion. Ce qui demeure lorsqu'on se libère de l'illusion, c'est L'Etre-Conscience-Félicité, le Soi. L'Être est en lui-même : la Conscience se connaît elle-même ; la Félicité repose en elle-même. Seul existe le Soi et il se connaît lui-même par lui-même.

Le chercheur de Vérité doit aborder la Vérité de façon à obtenir les fruits désirés. La réalisation de Soi est un bonheur profond et permanent ; elle est le but de la vie. L'aspirant doit avoir un intense désir de libération. Ayant discerné ce qui est éternel et afin de faire l'expériencesource du bonheur qui en découle, il doit alors demeurer détaché de tout ce qui est temporaire, tout ce qui est mutable, tout ce qui est purement apparence phénoménale éphémère, tout ce qui dépend des sens, tout ce qui dépend du mental, et de tout ce qui vient du jiva (l'individu). L'aspirant doit être doté du pouvoir de discrimination. Il doit embrasser la quête de la véritable nature du Soi. Il doit discerner le réel de l'irréel, afin de se rendre compte que le réel est à jamais et que l'irréel n'a jamais existé. Il se doit de considérer tout ce qui est transitoire, changeant, objectif, composé de parties, sporadique ou dépendant comme étant irréel. Il doit réaliser que ce qui est éternel, immuable, non-objectif, indivisible, sans parties, continuel, et non-dépendant constitue la Réalité éternelle. En abandonnant les notions d'extériorité &endash; ce qui fait apparaître le monde ; et d'intériorité &endash; ce qui fait apparaître l'illusion d'un mental et d'un individu, l'aspirant doit avoir une foi sans faille en la Connaissance sacrée de l'Advaita-Vedanta. "

Tiré de l'introduction à l'édition anglaise de la Ribhu Gita.

• L’état d’éveil

Vu sur : http://www.arenotech.org/tribune_libre/La%20_Voie5.htm

L’expérience de l’éveil échappe à toute représentation, car il est difficile de parler de ce qui est du domaine de la non-dualité. Essayons quand même de l’évoquer :

• Il s’agit d’une expérience primordiale, au sens de premier : l’expérience avant qu’elle soit habitée par moi, expérience qui se vit et se comprend en elle-même, sans appui sur des représentations, expérience à laquelle « rien ne manque » C’est un état de présence, d’incorporation (au sens de faire corps, de ne pas être coupé, séparé), présence sans centre ni périphérie qu’on peut nommer ouverture. C’est l’expérience de l’immédiateté : ce qui est tel que c’est ; état de clarté, de lucidité, d’intelligence immédiate ou « en soi » C’est un état de participation, de réceptivité, de sensitivité et de disponibilité absolues, une capacité d’adéquation immédiate à la situation, d’accomplir ce qui est à accomplir.

• La tradition bouddhique groupe cette plénitude de qualités dans deux pôles complémentaires : sagesse et compassion. Si la main gauche est blessée, la main droite ira à son secours spontanément, car elle fait partie du même corps : la non-dualité est compassion non fabriquée. Chaque partie du corps travaille naturellement pour le bien-être de l’ensemble et s’y réjouit ; tel est l’amour d’un bouddha, car il « fait corps » avec le tout. Faisant corps, il expérimente ce qui est tel que c’est : la non-dualité est sagesse. Un éveillé n’es pas un « pur esprit » à côté de ses pompes. Libres de la fixation du moi, toutes ses facultés se déploient sans entrave.

• L’état d’éveil se nomme nirvâna, mot qui signifie « extinction », car c’est la cessation de l’illusion du moi qui dévoile cet état. Le nirvâna est le non-né, le non-devenu, l’inconditionné, le non-composé. L’éveil est la réalisation de notre véritable nature, de notre état de santé fondamentale qu’on nomme « nature de bouddha », « véritable nature de l’esprit », où encore « claire lumière » Pour évoquer tous ces synonymes du nirvâna, on emploie l’image de l’espace qui embrasse et pénètre toutes choses, vide de toute détermination, intemporel, ouvert ; espace sans entrave, où tout peut apparaître, niveau pur des phénomènes. Un espace lumineux, comme le ciel, la lumière évoquant la lucidité, la capacité de connaissance, d’expérience, de sensitivité.


L’éveil n’est pas le résultat d’une pratique ou l’effet de quoi que ce soit. L’éveil est « ce qui est » lorsque cesse l’illusion de la dualité. Les qualités éveillées telles que la pure intelligence ou l’amour absolu ne sont aucunement quelque chose qu’il faille produire ou induire, elles sont naturelles et spontanées. Le chemin vers l’éveil sera donc une pratique de déconditionnement des illusions et de dévoilement de la véritable nature de l’esprit. La bienveillance envers soi-même et la confiance fondamentale en notre « bon fond » traversent toute la pratique bouddhiste: il s’agit de défaire ses conditionnements, pas de s’enfoncer d’avantage dans la dualité d’une lutte que le « bon moi » livrerait au « mauvais moi » affin de fabriquer un « moi meilleur », ce serait le comble de la maladresse…

mercredi 22 août 2007

• Il suffit de demeurer sans artificialité - Patrul Rinpoche

Vu sur : http://mahasiddhas.blogg.org/date-2007-01-21-billet-519723.html



"A nouveau, Rimpoché parla :


Vous, grands méditants, hommes ou femmes qui demeurez dans des retraites de montagne durant un nombre fixe d'années, écoutez un moment ce qu'un méditant vous dit.

Jusqu'à présent, nous avons tous tourné dans le grand océan de souffrance qu'est le samsara. Longtemps, nous avons expérimentés une souffrance très intense et nous avons erré à travers les six royaumes l'un après l'autre. Ainsi, nous avons dû endurer des souffrances inimaginables pour naître et mourir. Et la raison de tout cela est qu'à cause de notre ignorance, nous n'avons pas compris la nature de notre propre conscience éveillée. (...)

Certains grands méditants disent que la nature de l'esprit est difficile à saisir. Ce n'est pas difficile du tout. L'erreur, c'est de ne pas comprendre la méditation. Il n'est pas besoin de chercher la méditation et il n'est pas besoin de l'acheter. Il n'est pas besoin de la faire et il n'est pas besoin d'aller la chercher. Il n'est pas besoin de travailler à la méditation. Il suffit de demeurer dans l'état qui autorise la libre émergence de tout ce qui peut apparaître dans l'esprit. (...) Quoi qu'il survienne dans l'esprit, il suffit de demeurer sans artificialité, calmement et sans vaciller sur tout ce qui se produit. Joie et félicité viendront sans effort. Lorsque la pratique du Dharma semble difficile, c'est simplement le signe de nos propres fautes et souillures.

Certains grands méditants ne demeurent pas, comme cela est nécessaire, sur l'esprit lui-même mais recherchent inutilement l'esprit ici ou là. En regardant et cherchant de la sorte ici ou là, l'esprit n'est pas compris. C'est l'erreur de ne pas comprendre le sens réel. On n'a pas besoin de regarder et de chercher ici ou là. Demeurez simplement sur l'esprit qui regarde et qui cherche ici ou là. (...)

Toutes les pensées qui apparaissent en vous, bonnes ou mauvaises, subtiles ou grossières, quelle que soitla manière dont elles surgissent, sont l'énergie naturelle sans entrave de la conscience éveillée. Aussi ne cherchez pas de fautes. N'acceptez pas, ne rejetez pas. Maintenez sans saisie ce qui directement survient et se libère spontanément. Maintenez la simultanéité de l'émergence et de la libération.

Peu importe quelle sorte d'activité vous faites, agissez sans penser, avec aise et spontanéité. Sans saisir, demeurez détachés et libres. Sans fixer aucun objet, conserez la fluidité. Inné, s'écoulant, s'écoulant. S'écoulant, s'écoulant sans cesse. Restez détendus, dans la compréhension de l'absence de nature propre inhérente à toute chose.

Les yogis qui pratiquent cette conscience éveillée instantanée ont peu de besoins. Bien qu'il y ait de nombreux Dharmas à étudier, il n'est rien qui ne se ramène à la conscience éveillée. Aussi arrêtez les activités du Dharma et alors, la conscience éveillée instantanée devient très facile. Cela est très dangereux pour le Samsara. C'est le plus grand destructeur de la confusion. Cela mène rapidement à la bouddhéité et cela accomplit promptement notre propre bien et celui d'autrui. (...)

Connaissant ce point essentiel, vous devez être diligents dans la pratique de la conscience éveillée. La vie est facilement gaspillée en distraction, aussi est-il vital de se prémunir contre la distraction. Voilà tout ce que j'avais à dire"

(Extrait d'un texte de Patrul Rimpoché, in La simplicité de la Grande Perfection, trad. James Low, Editions du Rocher (1994) 1998, pp. 125-129).

• Le processus était en marche et rien ne pouvait plus l'arrêter - Peter Ragnar

Récit de transformation


Peter de la Montagne Mystique
Enseignant spirituel et guérisseur.
20e et 21e siècles, USA

Question : Etes-vous quelqu'un de complètement à part depuis votre naissance, ou bien étiez-vous comme tout le monde ?

Peter Ragnar : Je dois répondre à cette question en deux temps. Avant tout, je suis quelqu'un de très ordinaire. Je suis tout à fait comme n'importe qui excepté sur un point : j'ai une certaine connaissance. Je sais qui je suis. Cette connaissance survient de façon très semblable à l'éclosion d'une fleur. Jusqu'à cette éclosion, la plante doit lutter et composer avec les obstacles de la terre, les pierres, les piétinements, et puis tout à coup la fleur s'épanouit.

Q : Cela vous est-il arrivé progressivement ou bien y a-t-il eu un événement particulier ?

Peter : Il y a eu un événement particulier. J'avais passé énormément de temps à méditer, à prier, à passer par toutes ces foutaises par où passent les autres. Je dis foutaises, mais ce n'en est pas tout à fait, car elles vous permettent d'évoluer jusqu'à un certain point.

Un jour, j'ai simplement cessé d'attendre quoi que ce soit. J'aime beaucoup m'asseoir près du feu. Un jour, j'étais assis là, en train de penser : " Bon, c'est le moment pour moi d'être assis près du feu... sans la moindre raison... car si quelque chose devait se produire, cela se serait déjà produit depuis des années. " Je n'attendais plus rien, je n'éprouvais même aucun intérêt pour le fait d'avoir une expérience. Alors quelque chose m'a consumé. Je n'avais jamais éprouvé une telle peur. J'étais terrifié. Je mourais. Physiquement, j'avais l'impression que mon corps c'était transformé en pierre. J'ai fit tout ce que j'ai pu pour arrêter ça, mais le processus était en marche et rien ne pouvait plus l'arrêter et "je" suis mort.

Maintenant me voilà, c'est le même monde, avec des voitures et des maisons, où on mange, on va au lit, on prend des douches et on se brosse les dents, mais ce n'est pas le même monde.


La sélection ci-dessus provient d'une interview avec Peter parue dans le numéro de Janvier/Fév. 1990 du magazine Body, Mind and Spirit. La totalité de l'interview est disponible sur www.roaringlionpublishing.com/about.htm (en anglais).

Vu sur : http://www.wie.org/FR/j22/tales.asp

• Soudain les portes de la perception se sont ouvertes - Andrew Cohen & Ajja

Vu sur le site d'Andrew Cohen

Soudain les portes de la perception se sont ouvertes
- Rencontre avec l'absolu -

Andrew Cohen

Ajja : D'abord, nous devons nous présenter, ainsi il y aura compréhension et harmonie mutuelles. Ensuite, notre conversation pourra commencer. Alors seulement, cette conversation s'avèrera utile. Sinon, les mots resteront simplement des mots. L'autre jour, quand nous nous sommes rencontrés, vous avez décrit votre expérience d’éveil, mais les autres ici ne l'ont pas entendue, aussi pourriez-vous la décrire encore s'il vous plaît ?

Andrew Cohen : J'avais seize ans.

Ajja : Qui avait seize ans ?

AC : L'individu, le jeune homme, qui était convaincu qu’il y avait un problème, que quelque chose n’allait pas.

Ajja : Vous pouvez continuer.

AC: Soudain les portes de la perception se sont ouvertes. C'était comme si les murs de la pièce avaient disparu, et soudain il y avait un espace infini. Et cet espace infini était rempli d’énergie. Et cette énergie était consciente ; elle était consciente d’elle-même.

Ajja : Et ce que vous êtes maintenant – est-ce cette conscience elle-même ?

AC : Oui.

Ajja : Donc, ce n'est pas ce corps auquel vous vous référez par "je". La conscience que vous avez expérimentée à ce moment là, était-ce ce "je" que vous ressentez maintenant aussi ?

AC : Oui. C'est le même.

Ajja : Ce n'est pas ce corps ?

AC : Il n'y a qu'un seul "je".

Ajja : Et que s’est-il passé après ?

AC : Ce qui s’est passé ensuite, c'est que j'ai réalisé que cette énergie qui était consciente d'elle-même était intelligente, et que sa nature était amour. Un amour insoutenable. Un amour qui vous brûle. Et il est devenu également évident que tout ce qui existait dans l'univers manifesté était de la même substance, de cette conscience. Et en cela, il m’est apparu que chaque point de l'espace était exactement le même point que tous les autres. Par exemple, maintenant nous sommes ici dans cette pièce. Nous venons d'arriver de Prashanti. Auparavant, j'étais en Europe. Avant, j'étais en Amérique. Bien que tous ces lieux paraissent différents, ce que j'ai réalisé à ce moment était que tous les lieux où je pouvais être étaient le même point, littéralement et réellement. Il y avait aussi des larmes, mais je ne pleurais pas. Et ma gorge n'arrêtait pas de s'ouvrir et de se fermer. Puis cette expérience s'est estompée. Mais, six ans plus tard, à 22 ans, je me suis mis à rechercher cette expérience, car même si elle me paraissait maintenant très loin de moi, je savais qu’elle avait été l’expérience la plus réelle de ma vie. J’ai commencé à faire des sadhanas [pratiques spirituelles], j'ai eu diverses expériences et j'ai suivi beaucoup d’enseignants différents. Puis finalement, quand j'ai rencontré mon dernier enseignant, je lui en ai parlé. Au cours des années, j'avais parlé à de nombreuses personnes de cette expérience et elles n'ont jamais su quoi dire, mais quand je la lui ai racontée, il m’a dit : "A cet instant-là, tu as fait l'expérience de tout." Quand il a dit cela, l’expérience a commencé à revenir. J’ai alors éprouvé cet amour débordant, cette chaleur et cette brûlure pendant plusieurs semaines. Après ces événements, je me suis vu en train de parler spontanément de l'Absolu. Je ne pouvais pas m'en empêcher ; je commençais à en parler, et aussitôt cela remplissait la pièce. Et mon corps s’emplissait de béatitude, et d'autres personnes ressentaient la béatitude, et étaient attirés dans cette expérience.

Ajja : Quel est votre état maintenant ?

AC : C'est mon expérience encore maintenant. Cela se produit quand j'enseigne, quand je parle de l'Absolu. Alors cette expérience vient, et quand j'arrête d'en parler, je reviens dans un état plus ordinaire. Mais la différence maintenant est que je n'ai aucun doute – la préoccupation de soi et le doute sont partis – et cet amour que j'ai rencontré à cet instant est toute ma vie.

Ajja : Au début, le "je" était un "je" limité. Plus tard, il a commencé à se dilater, et puis vous avez atteint un état où il n'y a ni temps ni espace, au-delà même des émotions. En cela, "tu" et "je" deviennent un — le Divin suprême. Nous ne faisons qu’utiliser le mot "je". Quoi qu'il y ait dans ce corps, nous l’appelons “je“, pour le simple besoin de désigner. Nous disons que c'est "moi", mais je ne suis rien. Je ne suis pas le corps. Je ne suis même pas une force. Ce qui existe réellement est Cela dont la nature est lumière : sa nature est satya [réalité ultime]. C'est la vérité, c'est la béatitude, c'est la paix, et c'est cela l'existence réelle. Qui est cette énergie, cette force ? Quelle est la source de cela ? Qui suis-je ? Quelle est ma source ? Je suis cette énergie. Je suis cette force qui est ma source. Aussi quand je pars à la recherche de la source de ce "je", j'atteins cette illumination de soi. Alors cette force, qui existe dans ce corps, qui réside dans ce corps, surgit aussi de cette illumination de soi. Et elle a toutes les qualités et la nature de Cela même. Donc, quand je reconnais ce fait, je commence à évoluer. Ce "je" commence à évoluer pour devenir Cela lui-même. C'est sa nature. L'expansion totale est sa nature. Donc, quel est ce "je" que nous appelions "je" ? Ce corps n'est pas "je". Celui qui réside dans ce corps est le vrai je. Cette puissance, cette shakti, est je. Quand on entre dans cet état d'illumination de soi et qu'on le reconnaît comme sa propre nature véritable, on découvre aussi qu'il nous a légué ses qualités d'illumination, expansion, compassion. Le moi individuel est devenu un avec Cela. D’où vient tout ce qu’il voit autour de lui ? Il est évident que cela vient toujours de l'intérieur ; à chaque instant, il semble simplement surgir de l'intérieur. Pour une âme réalisée, c'est ainsi que le monde entier apparaît. Tout est sorti de ce "je". Comment viennent les plus importantes réponses ? Ce n'est pas comme si elles étaient écrites quelque part. Ces réponses surgissent, c’est tout. Pas du moi individuel, mais de cet état. Donc il n'y a pas de moi ! Cela surgit spontanément. Aussi pour l'âme individuelle qui aspire à être totalement libre, quel est le chemin le plus direct et le plus facile pour se libérer du cycle de la naissance et de la mort ? La réponse à cette question viendra lorsque l'esprit sera totalement silencieux. C’est pourquoi ce n'est pas ce que je dis qui est important. Nous devons obtenir ces réponses par nous-mêmes, et cela, nous ne pouvons le faire qu’en faisant le silence dans notre esprit. Chacun d'entre nous a la capacité d'obtenir ces réponses, car toute question trouve une réponse dans le silence. Quand l’esprit a atteint un état d'immobilité, la réponse vient. Cela n'arrivera pas en un jour ou deux, mais il est certain que nous obtiendrons la réponse dans le silence.

AC : Je comprends que lorsque l'esprit est silencieux, il n'y a pas de problème et par conséquent aucun besoin de trouver une solution. Cependant, j'ai quelques questions que j'aimerais vous poser de toutes façons, pour les nombreuses personnes qui liront cet entretien.

Ajja : Quelle que soit votre question, la réponse qui sort d'ici est : "faites silence dans votre esprit". Vous devez d'abord concentrer l’esprit sur lui-même. Si, après cela, vous avez toujours besoin d'une réponse parfaite, ma vie elle-même est la réponse. En voyant mon action, vous pouvez comprendre, vous pouvez réaliser Cela. Voilà mon message. Voilà ma réponse.

AC : Puis-je vous poser une question tout de même ? C’est une bonne question.

Ajja : Si je réponds quelque chose, cela devra être utile. Ce qui importe c’est l’action. Lorsque le message sera donné, le mettront-ils en pratique ?

AC : C’est ce que je voulais vous demander. Quelle est la relation entre la non-existence et l’action dans l’espace et le temps ?

Ajja : L’homme perd son existence à travers la connaissance et l’action. A travers elles, il devient libre. Alors il est lui-même un jivan mukta [personne libérée]. Mais quand ce “je“ est parti, que restet-il ? Où alors est la question ?

AC : Bien qu’il soit libre, le jnani [individu ayant réalisé le Soi], le jivan mukta, ne continue-t-il pas à exprimer quelque chose à travers ses actions ?

Ajja : Je n’ai pas la conscience que « je suis un jnani » ou « je suis un jivan mukta ». Je n’ai rien. Quand le “je“ est parti, la conscience n’évoque même pas le sentiment du “je“. C’est complètement parti. Donc pour un jnani, cette question ne se pose même pas. Nos pensées sont transformées en contemplation. Alors nos interactions de routine quotidienne deviennent spirituelles. En cela, la routine habituelle elle-même devient une vie spirituelle. C’est cela même la vie d’un yogi. C’est cela même la vie divine.

AC : Il y a un mystère qui me passionne. De rien a surgi quelque chose ; c’est littéralement le début de tout. Chez le jivan mukta, aussi : il n’est rien, il est dans le rien. Et pourtant, de ce rien surgit quelque chose : des mots, des actions, etc. C’est de cela que j’aimerais vous entendre parler .

Ajja : J’ai déjà décrit comment les interactions quotidiennes elles-mêmes peuvent être converties en actions spirituelles. En ayant cet objectif, lorsqu’une âme individuelle s’engage dans des actions et des devoirs quotidiens, ceux-ci la transforme. Ainsi, au fur et à mesure qu’elle avance sur le chemin de l’évolution, par la contemplation de la pensée « Qui suis-je ? » – qui est cette âme individuelle ? – alors, bien que habitant ce corps, elle devient totalement libre du cycle de la naissance et de la mort. Elle devient le Soi lui-même, et le Soi est totale liberté. C’est la liberté réelle. Cette réalisation est l’objectif de la naissance humaine. C’est uniquement pour cela que la naissance humaine a lieu. Quand cet objectif est accompli, notre vie elle-même est accomplie. C’est un état d’où ne surgit plus aucune naissance, une vie libérée de la dualité, et au-delà de la mort. C’est valable partout, dans le monde entier. C’est vrai pour l’humanité toute entière. Quand l’humanité entière comprend cela et le met en action, alors où est la question ?

AC : Alors, il n’y a plus de différence entre la naissance et la mort.

Ajja : Oui. Il ne peut y avoir de mort que s’il y a naissance. Où est la naissance dans tout cela ? Nous pensons : « Je suis ce corps. Tous les objets sensoriels qui sont liés au corps sont miens. » Avec un sentiment aussi limité, quand une personne est impliquée dans l’action, et fait l’expérience des joies et des peines qui résultent de telles actions, elle renaîtra dans ce monde encore et encore. Ainsi ses vies continuent en fonction de ses actions. C’est le secret de la naissance, de la vie et de la mort. Mais lorsque le soi individuel est libéré de la servitude de l’action, et aussi de la servitude de ce corps, alors il devient un avec le Soi suprême, qui est sa nature originelle. Il devient le Soi suprême Lui-même. Lorsque l’individu, par la contemplation de la question « Qui suis-je ? » devient libre du karma, il évolue, il devient le Soi suprême lumineux. Cela est le Soi. Cela est la béatitude. Cela est satya, la réalité ultime. Cela est la Vie. Cela est la réalisation du Soi. Donc la réalisation du Soi est pour le bien du tout. Elle apporte la protection et le bien à tout l’univers. Tel est l’objectif de la vie humaine. Lorsque nous comprenons le secret de cela, nous comprenons la relation entre l’âme individuelle, l’Ame suprême, et l’univers. L’individu fait partie du cosmos. Ce corps, ce “je“ n’est rien qu’un microcosme de cet univers macroscopique. Quand nous comprenons le niveau micro, nous sommes amenés à comprendre le niveau macro. Quiconque cherche ici sera amené à contacter l’ailleurs car cette individualité-ci fait partie de Cela. Et aussi, Cela contient tout. Tous les secrets de Cela, ceci les contient aussi. A travers l’étude de l’individu — ou même de l’atome — la base de tout l’univers peut être comprise. Comment réaliser cette liberté ? C’est uniquement à travers l’action que vient la réalisation. C’est cela jnana, c’est la liberté, c’est moksha. Nous devons comprendre comment, en agissant, nous pouvons atteindre cet état. Quel type d’actions nous aidera à devenir libéré ? Chanter le nom de Dieu, la contemplation, l’abandon, la vérité, la non-violence, l’action désintéressée. Celui qui, durant sa vie, peut traduire la connaissance du Soi en action, celui-là mérite de réaliser l’état de béatitude suprême. Pas seulement çà, il devient la béatitude même. « Qui suis-je ? Quel est le secret de ma vie, de ma naissance ? » Comprendre cela, le réaliser à travers sa quête, alors, même lorsqu’il est engagé dans l’action et le devoir, il atteint sa nature originelle, qui est béatitude. Donc c’est à travers l’action qu’il se transforme.

AC : Quand vous parlez d’action désintéressée, faites-vous spécifiquement référence à la pratique spirituelle ? Ou à une autre forme d’action désintéressée ?

Ajja : Toute action qui est faite comme un devoir sans attente d’un résultat. Toute action, si vous la faites sans attente ni égoïsme, est transformée en devoir. Cela vous conduit à un état où il n’y a pas d’émotions. L’Etre fait, mais la personne ne fait rien. Il n’y a pas la sensation que « je suis en train de faire quelque chose ». Qu’est il arrivé à ce “je“ ? Cette évolution se fait pas à pas. Ça n’arrive pas tout d’un coup. Cela doit passer par différents étapes. Cependant, même le plus élémentaire état de béatitude est la Béatitude elle-même. La nature de la béatitude est Béatitude même. Béatitude est Béatitude. Cette béatitude est la réalité éternelle. Cette béatitude est la Vérité éternelle. Cette béatitude qui est réalité éternelle est béatitude éternelle. C’est la Béatitude suprême. C’est la Béatitude brahmique [absolue]. Et c’est cela Ananda [béatitude spirituelle]. Il n’y a rien là – aucun état. Expérience et mots ne peuvent l’atteindre. La véritable nature du soi individuel est cette béatitude même. Et le chemin le plus facile et le plus court est de demeurer toujours dans cet état sahaja [naturel] qui est notre nature originelle. La question peut surgir : « Où est cette béatitude ? ». Cette béatitude est ici et maintenant, toujours présente. Quand ce jivatma [moi individuel] est abandonné, cette béatitude est là, déjà existante. L’âme individuelle a la contrainte de l’action, mais le Suprême n’a pas cela. Il n’y a même pas de naissance pour le Soi. Donc allons au-delà de ce monde dualiste de l’action, évoluons et atteignons le Paramatma [Soi suprême]. Pour tout cela, la méditation est le point de départ. Au début, il faut se mettre en position de méditation. On a besoin de cette préparation intérieure. On a besoin de se discipliner. Mais ce n’est pas suffisant de seulement s’asseoir. Ce n’est pas seulement le corps qui doit s’asseoir ; l’espritaussi doit s’asseoir. L’esprit ne doit pas vagabonder. A moins que l’espritsoit contrôlé, il n’y a pas méditation. Le vagabondage de l’esprit lui-même est le monde.

AC : Oui. L’esprit est le monde.

Ajja : Donc au début, l’esprit doit devenir immobile. L’esprit vagabonde et cela doit cesser. Par la méditation, l’esprit se tourne vers l’intérieur. Et cela doit arriver non seulement en méditation, mais aussi au sein de l’action. Rien de ce que nous prenons pour réel en ce monde ne l’est vraiment. Quand ce monde devient irréel pour nous, alors la vraie réalité se révèle. C’est le début. En cela, nous réalisons qu’il n’y a pas de mort, qu’il n’y a pas de vie, qu’il y a seulement de l’existence. A un moment ou un autre, nous devrons tous mourir. Mais je ne parle pas de la mort de ce corps. Il y a un autre sorte de mort – une mort de laquelle on ne peut pas renaître. Quand celui qui continuait à revenir pour se réincarner meurt, c’est la mort véritable – comme dans mon cas, où toutes les expériences sont passées. Maintenant, ici dans cet état, il n’y a rien.

AC : Quand vous dites qu’il n’y a rien ici, voulez-vous dire que vous n’avez aucune expérience en cet instant ? Vous semblez exprimer beaucoup.

Ajja : A qui appartient l’expérience ? Des mots sortent, c’est vrai. A travers ce véhicule, une force inconnue agit, une puissance est à l’œuvre, qui utilise ce corps comme un instrument. Ce n’est pas ce corps qui parle. Il y a une puissance qui inspire ce corps, l’intellect, et l’esprit. En chacun de nous, la même chose se produit, mais souvent nous disons « Je suis en train de parler ». Ici, ce n’est pas le cas. Les mots sortent seulement. C’est la différence. Je ne dis pas « Je dis, je parle ».

AC : Dans ma propre expérience, la relation entre cet état de béatitude, dans lequel il n’y a pas de “je“, et l’action parfaite dans le monde du temps et de l’espace apparaît comme très mystérieuse. Aussi ma question persiste, j’aimerais en savoir plus sur la façon dont vous définissez cette relation chez celui qui est réellement établi dans cette conscience béatifique où il n’y a pas de notion de “je“. Comment les actions de cet individu dans le monde expriment-elles la perfection de cette condition ? Quelle est la relation entre cet état et l’expression de l’action parfaite dans le monde des apparences ?

Ajja : Mon niveau d’interaction est totalement différent. Il n’y a pas de relation entre les deux dans mes actions. Quelle est votre compréhension d’une action parfaite dans le monde ?

AC : Une action parfaite représente une action qui provient de l’amour à l’état pur, dans laquelle il n’y a pas de sentiment d’individualité et pas d’intérêt personnel quel qu’il soit. Il n’y pas d’orgueil, pas d’avidité, pas d’égoïsme, pas de conscience particulière de soi-même. Et c’est aussi l’expression d’un amour pur qui n’a pas de notion de séparation aucune. Mais cette action a lieu. Toutes les âmes réalisées expriment cela.

Ajja : C’est difficile à exprimer, à mettre en mots, mais si l’on passe du temps en compagnie d’une personne qui vit dans une telle conscience de béatitude, alors il devient possible de comprendre. Un tel individu ne vous dira rien. Il communiquera seulement dans le silence. Mais par le contact avec lui, la compréhension peut se produire. On ne peut connaître cela que par l’expérience. Qu’est ce que l’amour ? Parlons-nous de l’amour lié aux sens ? Ou est-ce au-delà des sens ? Certaines personnes sont l’incarnation de l’amour, mais la nature de leur amour est au-delà des sens. Nous ne pouvons le voir avec nos yeux. Nous ne pouvons décrire cet amour avec nos mots. Ils sont l’amour incarné. Cet amour n’est pas quelque chose qui peut être affiché. C’est leur nature originelle. Ce n’est pas quelque chose qu’ils expriment seulement. C’est leur nature pour toujours.

AC : C’est ce qu’ils sont.

Ajja : Ils existent dans ce monde, mais ils ne sont pas. Ils sont, et ils ne sont pas. C’est ce qu’est l’illumination de soi. C’est cela l’Atman [le Soi]. C’est cela la Béatitude. C’est cela la Vérité. C’est cela la Vie. Qu’elle vie est-ce ? Ce n’est pas une vie terrestre. C’est une vie au-delà de la dualité et au-delà de la mort.

AC : Donc, c’est dans leur façon d’être qu’est la réponse à la question de la relation entre le rien et le quelque chose.

Ajja : Ces choses sont au-delà de toute description. Nous ne pouvons pas l’expliquer. Nous ne pouvons que le voir et le comprendre. Ce n’est pas parce qu’ils ont quelque chose à dire qu’ils parlent. Ce n’est pas possible de décrire la béatitude. Quand vous êtes dans l’état de béatitude, c’est une expérience, mais il n’y a personne pour en parler. Les mots sortent, mais entre les mots qui sortent et cette réalité ultime, il n’y a pas de relation. L’état réel et les mots qui le décrivent ne sont pas liés. Cela existe seulement en tant que Soi-même. Les mots montrent Cela, ils manifestent Cela, mais ils ne sont pas Cela. L’existence de ce Suprême est indiqué par le mot “je“ seulement pour permettre l’interaction dans le monde – pour le bien du monde, mais pas pour le bien de Cela. Mon expérience est uniquement celle de l’Ame Universelle, qui est énergie, lumière, et puissance — l’Universel suprême lumineux par lui-même. Il est venu pour l’évolution et il a évolué. La lumière Universelle vient pour l’évolution et elle évolue.

AC : La lumière évolue ?

Ajja : La lumière et la puissance sont venues, mais maintenant seule la lumière reste dans la forme évoluée. Il n’y a pas de puissance. Ce qui demeure dans ce corps physique est l’âme, qui n’est rien d’autre que lumière et puissance lumineuses par elles-mêmes. Et au cours de l’évolution, la puissance se dissout, laissant seulement la lumière.

AC : Pourriez-vous répéter cela ?

Ajja : L’habitant de ce corps est une lumière et une puissance universelles. Et dans le processus de l’évolution, la puissance se dissout et la lumière reste. Mais la réalité de cela ne peut pas vraiment être communiquée. C’est seulement par le contact, la proximité avec une âme réalisée que l’on peut le comprendre. C’est l’une de ces questions dont la réponse ne peut être trouvée que dans le silence. Autrement, elle devient un simple discours dont aucun d’entre nous ne tire profit.

AC : Je comprends que les plus importantes réponses ne peuvent être données par des mots, qu’elles ne peuvent être trouvées que par l’individu en silence. Et cependant mon expérience est qu’en posant ce type de questions des choses magiques et extraordinaires arrivent parfois.

Ajja : Même si la vérité sort ou si, comme vous dites, des choses magiques et extraordinaires arrivent, quand les mots sortent, ils ne sont rien d’autre que des mots.

AC : Mais les mots venant d’un jnani ont le pouvoir d’éveiller.

Ajja : Vous parlez de jnani. Mais où sont les jnanis ? Qui est un jnani ? Et qui est celui qui reconnaît le jnani ?

AC : Le jnani et celui qui reconnaît le jnani sont un seul et même être.

Ajja : Est-ce votre expérience ?

AC : Oui.

Ajja : Je ne nie pas cette expérience. Mais un jnani n’aura jamais l’expérience de « je suis un jnani ». Il est simplement ce qu’il est. C’est son état originel. Si un état non naturel arrive, il sera étonné. C’est l’état originel, naturel pour un jnani. Il n’y a que béatitude. Il n’y a personne pour éprouver cette béatitude. La personne qui voit est partie. C’est l’évolution. Donc ce qui est, dans ce cas, est un état qui n’est pas un état. C’est l’état originel de tout individu. Mais on doit être prêt à aller vers cet état originel. En sachant cela, vous savez tout ce qu’il est utile de savoir. Ce qui est venu est une lumière irradiante, douée de lumière. C’est cela la fondation. Il y a des ingénieurs qui construisent le bâtiment, mais nous devons regarder seulement au niveau des fondations, être préoccupés seulement par les fondations. Qui suis-je ? — cette investigation est le fondement. Quand on part à la recherche de Cela, il est possible de trouver une réponse à toutes les questions sur cette terre. Quand vous partez à la recherche de Qui suis-je ? vous atteindrez un état où il n’y a rien. « Je » signifie l’état où il n’y a rien. C’est terminé. Aucune sadhana n’est requise pour cela – seulement la recherche.

AC : La recherche directe.

Ajja : Oui, la recherche directe. Quand le chercheur part en quête de Cela, le chercheur n’est plus. Cet état est Atman, qui est béatitude, qui irradie la lumière, et qui est silence. Jusqu’alors l’ego est là. Ensuite il n’est plus. Il arrive parfois dans la vie qu’une transformation totale aie lieu à la suite de quelque incident. Regardez les biographies de tous les grands saints du sud de l’Inde – Valmiki, Tulsi Das, Ramana Maharshi, J. Krishnamurti. En fonction de leur karma, à cause de petits incidents, ils ont changé. A travers toutes ces histoires, il y a un fil conducteur. Dans mon cas, par exemple, il y a eu une douleur pendant six mois, puis plus de douleur. Alors la contemplation a commencé ; l’inquiétude est devenue contemplation. La non-vérité est devenue vérité. L’ombre est devenue lumière. Comme pour un fruit, quand il est vert, il est amer, quand il devient mûr, il est doux. Mais la douceur était toujours là. L’amertume s’est transformée en douceur. Donc l’inquiétude doit devenir contemplation. C’est pour cette seule raison que nous devons donner de l’importance aux pensées. Nous ne devons pas nous agiter ou nous perdre quand nous avons des inquiétudes ou des problèmes. Nous devons en faire l’expérience. Alors il y a une explosion.

AC : Voulez vous dire que nous devons y faire face complètement ?

Ajja : Oui. Faire l’expérience de cela. Et comment devrait être l’esprit pendant qu’on vit l’expérience ? Pendant ce temps, l’esprit doit être focalisé ; l’esprit doit s’absorber dans la contemplation de cela. Quand l’esprit est fixé sur cela, alors…

AC : Vous voulez dire qu’il ne doit pas y avoir de résistance à l’expérience ?

Ajja : Pas de résistance. De cette façon, ce même esprit qui fait l’expérience de tout le reste se dirige maintenant vers la contemplation. Au-delà de cela, il n’y a pas d’esprit du tout. Donc l’esprit lui-même est à la fois la cause de la servitude et le moyen de la libération. Ce monde n’est rien d’autre que la clameur du mental. Quand le travail du mental est terminé, il n’y a plus de mental. Alors tous les désirs sont partis – les désirs que l’esprit imagine. Tout est imaginé ; tout cela est l’esprit. Donc l’esprit doit se retirer. Tous les désirs doivent partir. Même la présence d’un seul désir, vous empêche de tourner l’esprit vers l’intérieur. L’esprit doit aller dans le cœur et commencer la recherche. «Qui suis-je ? Qui suis-je ? Je suis ici dans ce corps. Qui suis-je ?» Nous devons rechercher de cette façon. Quand nous sommes dans cette recherche, par cela même l’esprit disparaît. Nous avons peur de toucher cet endroit. Mais l’esprit doit être totalement parti. Renoncez-y.

AC : Vous avez dit auparavant que ceci est universellement applicable et vrai pour l’humanité toute entière.

Ajja : Oui, c’est une question pour toute l’humanité. Nous avons besoin de liberté. Personne ne veut être asservi. Tout le monde veut être libre. Mon message pour l’univers tout entier n’est pas qu’un seul doit devenir libre. Les autres aussi doivent devenir libres. Le monde entier doit devenir libre. C’est cela mon message. Quel est le chemin vers la liberté ? Si vous avez une image claire des expériences que j’ai eues au cours de ma vie – les joies et les peines, les triomphes et les misères, les honneurs et les déshonneurs - et comment j’ai réagi à celles-ci, alors cela peut vous aider à trouver votre propre voie. Comment j’ai fait face à ces expériences, comment j’ai avancé dans ma vie, comment j’ai accepté la mort. Comment l’action a eu lieu et comment la transformation est venue. Ma vie entière, une fois comprise, donne une image claire de la voie. Quand nous avons compris toutes ces choses, alors nous devons amener cette compréhension dans notre pratique. Alors nous devenons libres. Si un individu est libéré de cette façon, alors la mission de ma vie est accomplie. C’est pourquoi je fais ces déclarations – pour que cela soit utile au public. C’est pourquoi j’ai accepté cet entretien. Sinon je resterais dans un silence total.

AC : Donc c’est pour le bénéfice de l’humanité.

Ajja : Oui. Ce message est pour l’humanité toute entière. Quand il y a pureté à l’intérieur, l’esprit, le cœur, et l’action sont un. L’esprit et le cœur doivent être purs, et nos actes doivent être de même. Nous devons tous aller au-delà de la pensée vers cet état dans lequel il n’y a aucun obstacle. C’est seulement par cette véritable recherche que l’on devient une âme universelle. Et tout individu a cette capacité. Pas juste un seul. Tout individu a cette capacité de devenir Cela. Le tableau complet, c’ est l’évolution intégrée de l’individu et de cette puissance. Quand nous devenons totalement libre dans nos actions, alors seulement notre naissance est fructueuse. Alors notre vie est réellement accomplie. La liberté est le but. Tout le monde doit devenir libre. Et tous sont venus à la vie seulement dans ce but – cette liberté elle-même est béatitude pour tous, pour tout individu. Chaque individu doit être libéré de la servitude. Si moi seul deviens libre, cela ne me suffit pas pour me rendre heureux. Tout le monde devrait devenir ainsi. Toute âme doit devenir libre. J’ai eu un aperçu de cette possibilité, et si tout le monde était libre, ce serait une véritable béatitude pour moi.

Voir aussi le lien suivant.

• L’intérieur de mon être était parfaitement unifié - Enomiya Lassalle

Vu sur : http://climbtothestars.org/writing/psychozen/

L’intérieur de mon être était parfaitement unifié

La caractéristique la plus marquante de l’illumination semble parfois être qu’elle est une expérience de l’ordre de l’ineffable (chez Suzuki, entre autres). On ne pourra en parler que de façon détournée ou poétique. Si cette caractéristique en vient à être considéré comme un trait essentiel de l’illumination, on court le risque de postuler que si l’on parvient à en dire quelque chose, l’objet de ce dire ne peut donc en aucun cas être l’illumination elle-même. On trouve cependant malgré tout des récits d’illumination, comme celui-ci, rapporté par le Père Lassalle :

"Alors que, une nuit, j’étais plongé dans la méditation, je pénétrai soudain dans un état extraordinaire. J’étais comme mort, comme coupé de toutes choses. Il n’y avait plus ni avant ni après. L’objet (de la contemplation) et mon moi avaient disparu. La seule chose que je sentais, c’est que l’intérieur de mon être était parfaitement unifié et était rempli de tout ce qui était en haut, et en bas, et alentour. Une lumière sans limites rayonnait en moi. Après un certain temps, je revins à moi, et ce fut comme si j’étais ressuscité des morts. Ma vue, mon ouïe, mes paroles, mes mouvements et mes pensées étaient entièrement différents de ce qu’ils avaient été jusqu’alors. Lorsque j’essayai, en tâtonnant, de penser aux vérités du monde et de saisir le sens de l’incompréhensible, je compris tout. Tout m’apparut réel et clair. Sans le vouloir, je me mis à lever les mains dans une immense joie, et à danser. Et soudain je m’écriai : un million de soutras ne sont qu’une bougie devant le soleil. Merveilleux, réellement merveilleux."

Lassalle 1965, p. 31-32

Ce récit peut servir de point de départ pour tenter de dégager certaines caractéristiques de l’illumination. Tout d’abord, c’est une expérience passive, dans le sens où l’illumination est quelque chose qui nous arrive et non que l’on décide de provoquer. Le sujet se trouve dans un état où règne l’absence de discrimination : les distinctions usuelles (vie/mort, avant/après, sujet/objet, moi/environnement) n’ont plus cours, et sont remplacés par un sentiment de plénitude.

Immédiatement après cette expérience, le sujet se sent plus vivant (« ce fut comme si j’étais ressuscité des morts ») et rempli de joie. On peut dire que le rapport du sujet au monde et à lui-même est bouleversé (« ma vue, mon ouïe, mes paroles, mes mouvements et mes pensées étaient entièrement différents de ce qu’ils avaient été jusqu’alors »). Il jouit d’une compréhension totale et intuitive des vérités du monde qui lui étaient jusqu’alors inaccessibles. On notera également l’insistance de l’auteur de la description sur la différence radicale[1] entre l’avant et l’après de cette expérience.

L’illumination n’est pas nécessairement un moment unique dans la vie de l’individu. Au contraire, on présente souvent celle-ci comme une succession d’étapes.[2] Le bouddhisme zen est en outre caractérisé par une tendance à identifier nirvana et samsara (Watts 1976, p. 29), c’est-à-dire d’insister sur le fait que l’être humain est fondamentalement déjà illuminé, et que l’état après libération n’est pas fondamentalement différent de l’état avant libération. Dans un ordre d’idées similaire, les écoles zen Soto et Rinzaï[3] représentent dans les grandes lignes deux conceptions de l’illumination répandues dans le bouddhisme zen : l’illumination progressive et l’illumination subite (Watts 1976, p. 38-39).

[1] Quand l’éveil frappe à la racine première de l’existence, sa réalisation marque généralement un tournant décisif dans la vie. (Suzuki in England 2002, p. 140).

[2] « Dans les premiers temps de la pratique du zen, l’éclair de l’illumination ne s’étend habituellement guère au-delà de quelques secondes. Mais, à mesure que l’adepte avance dans la pratique, les moments d’illumination se prolongent, jusqu’au moment où le disciple atteint le satori final, celui qui dissipe en lui toute trace de doute et d’incertitude. (Watts 1976, p. 69).

[3] Dès les plus anciens temps du zen en Chine, la tendance quiétiste, tout au long de l’histoire, s’est développée à côté de la tendance intellectuelle qui insiste sur l’élément satori. Même aujourd’hui ces courants sont représentés dans une certaine mesure par l’école Soto d’une part, et l’école Rinzaï d’autre part, chacune ayant ses mérites propres. (Suzuki 1972, p. 178)

• Le Dharma primordial - Lama Denys Teundroup

Trouvé sur le site bouddhisme-université

Le Dharma primordial

Lama Denys Teundroup

Extrait d'une conférence donnée le 07/05/97

Le titre "Le Dharma primordial" nécessite quelques explications. "Dharma", le terme vous est familier. Notons néanmoins d'abord que dans son étymologie, dans son sens tibétain, "tcheu" est, certaines fois, rendu par "transformation". Il y a dans l'idée de "tcheu", c'est-à-dire dans l'idée de Dharma, le sens d'une opération transformante et dans ces différents registres, "Dharma" signifie l'expérience habituelle, les phénomènes, il signifie la Voie du Bouddha, il signifie aussi la Réalité. Il est souvent bon de rappeler, bien qu'il n'y paraisse pas dans un regard ou une écoute superficielle, que ces trois sens sont intimement liés, le Dharma, enseignement ou voie du Bouddha, étant justement cette voie opérant cette transformation en laquelle l'expérience habituelle, Dharma, se trouve transformée ou transmutée en l'expérience de la Réalité, de la Réalité foncière et on le verra celle-ci peut se nommer aussi la Réalité Primordiale.

Il y a une réalité de surface, une réalité conventionnelle, celle que nous nommons habituelle et il y a cette réalité profonde, celle que nous nommons aussi Réalité ultime et absolue et la Voie, globalement, permettant cette libération, par rapport à la réalité des projections habituelles, en entrant dans l'expérience de la réalité profonde. On pourrait exprimer cela aussi en parlant du passage de la réalité du samsara ou expérience habituelle, expérience du jeu des projections de l'esprit dualiste à la réalité éveillée qui est une réalité non duelle, une réalité qui vit l'expérience telle qu'elle est dans l'immédiateté ou l'intelligence en soi. Cette intelligence en soi ou cette immédiateté étant l'expérience du Bouddha, l'expérience d'Eveil.

C'est ici que se situe le deuxième mot de ce titre Dharma "Primordial". L'expérience d'Eveil, l'expérience d'un Bouddha, elle est primordiale dans le sens où elle est "première", où elle est antérieure aux illusions ; elle est originelle. L'expérience d'un Bouddha, l'Eveil, est cette expérience qui se vit avant que nous n'habitions en notre expérience et c'est dans ce sens qu'elle peut être dite "première" ou "primordiale". Cette notion se retrouve dans ce qu'on nomme "Bouddha jnana". "Jnana" en sanscrit ou "Yéshé" en tibétain a le sens d'intelligence primordiale ou d'expérience primordiale. Dans l'étymologie tibétaine, "yéshé" se décompose en : "yé", ayant justement le sens de "primordial" et "shé", celui de "cognition". "Yéshé" qui est l'expérience d'un Bouddha" ("Jnana Bouddha" en sanscrit) est la cognition primordiale. Cette cognition est primordiale, étant antérieure à la conception. Elle est primordiale dans le sens où elle ne passe pas par l'interprétation, le jeu conceptuel, la conception habituelle. Elle ne passe pas par le medium, l'intermédiaire, le schéma interprétationniste et conceptuel des modalités cognitives qui sont celles de la pensée. C'est une expérience simple - sauf si on essaie d'en parler !. Tellement simple d'ailleurs que, dans sa nature, elle échappe à toute représentationn et d'une façon très évidente puisqu'elle est justement cette intelligence ou cette vision nue ou dépouillée qui, immédiatement, perçoit l'instantanéité présente.

Je voudrais, un instant, insister sur cette notion d'immédiateté. Le mot français "immédiateté" peut s'entendre de deux façons : étant immédiat, c'est-à-dire instantané, dans l'instantanéité présente et étant aussi immédiat au sens où cette expérience ne passe pas par le médium c'est-à-dire l'intermédiaire, ici, de la conception, des représentations, du mental, des noms et des formes et des catégories habituelles. Vous êtes, un certain nombre d'entre vous, familiers avec la notion des modalités de connaissance valide dans la tradition du Bouddha. Il y a deux modes de connaissance valide, l'un étant dans la logique, l'inférence juste et l'autre étant justement l'expérience yoguique immédiate. L'inférence juste est un mode de connaissance valide, analytique, logique, discursive, conceptuelle au niveau relatif et l'expérience yoguique directe, immédiate est le mode de connaissance valide le plus profond ; il est, lui, immédiat et en ce sens "primordial".

Cette notion d'expérience primordiale peut se décliner dans les terminologies de différents systèmes philosophiques bouddhistes et non bouddhistes d'ailleurs. Lorsque que l'on parle d'"anatman", de non-soi, - et le Bouddha fut et est Celui qui enseigne le non-soi, l'anatman -, le soi entendu comme "moi", comme sujet observateur, est, (lorsqu'il est absent, c'est-à-dire dans l'absence du soi, du sujet observateur) cette expérience d'immédiateté. Le moi, l'ego, le soi (entendez ici que sommairement moi, ego et soi sont utilisés comme synonymes), le moi sujet est ce qui opère la séparation, ce qui fait la dualité et ce qui fait que l'expérience qui se vit est appropriée. Le moi est un processus d'appropriation qui possède l'expérience ou qui fait que l'expérience se trouve appropriée par un point de référence observateur qui se perçoit comme "moi", l'expérience yoguique étant l'apprentissage de l'insubstantialité ou du caractère fictif de ce moi qui n'a qu'une réalité d'impression, qu'une réalité conventionnelle, une réalité d'apparence. Et non seulement l'intelligence de son caractère composite, interdépendant est foncièrement fictif, mais aussi le dépassement de l'expérience de celui-ci comme l'impression d'être un moi séparé et coupé de l'altérité, des autres et du monde. Aussi, le non-moi (non-soi, non-ego) est cette expérience de non dualité qui est celle aussi d'une participation directe et immédiate, ce qui rejoint simplement cette notion d'expérience primordiale ou d'intelligence primordiale.

Cette notion d'expérience primordiale pourrait être présentée dans la terminologie de la Prajnaparamita. Elle est l'expérience de la Prajnaparamita. Qu'est-ce que l'expérience de la Prajnaparamita ? "C'est voir l'espace", dit un Sutra. Qu'est-ce que voir l'espace ? C'est "ne pas voir" car ne pas voir est la vision du Bouddha. La vision sans observateur, la vision sans voyeur est cette vision du Bouddha, en ce sens. Cette même notion peut se dire "Boddicitta absolue", le coeur-esprit éveillé dans sa dimension absolue, dans sa réalité absolue, "absolue" s'entendant comme ce qui ne dépend pas de quelque chose d'autre, qui est sans autre, non dualiste. Cette même expérience immédiate, primordiale est ce à quoi conduisent les pratiques de Mahamoudra, les pratiques de Dzogchen, et d'une façon générale toutes les pratiques yoguiques de méditation, que l'on nomme celles-ci Chamatta, Vipashana, Mahamoudra, Dzogchen ou quelque autre nom que ce soit. Je suggère simplement, ici, que cette expérience qui est l'expérience d'Eveil est naturellement ce à quoi conduisent toutes les pratiques d'éveil c'est-à-dire simplement toutes les pratiques du Dharma.

Je voudrais maintenant que nous considérions un point qui va être très important. Cette expérience première, cette intelligence immédiate, "Bouddha Jnana", en sa nature, est la totalité des qualités éveillées. Cette notion se trouve développée dans de grands traités du Mahayana, je pense en particulier à Asanga dans le Hatnagotradibanga (...?) ou d'autres de ces cinq principaux traités. Les qualités éveillées, les qualités de Bouddha, dans toutes leurs multiplicités, la myriade des qualités éveillées qui viennent du mûrissement, des bienfaits, et du dévoilement des enveloppes qui masquent la nature de l'esprit, "expérience éveillée", comme on dit dans l'expression traditionnelle, ces myriades de qualités éveillées et toutes, quelles qu'elles soient, sont les qualités mêmes de cette expérience primordiale dans toute la richesse et la multiplicité de ses aspects. Il est commun de présenter les deux pôles de l'enseignement du Bouddha, surtout dans le Mahayana, comme étant Prajna et Upaya, la Compréhension et la Compassion.

La Compréhension est l'intelligence de la nature de la Réalité, l'intelligence de l'interdépendance de toute chose, de toute expérience, l'interdépendance généralisée qui est synonyme de Vacuité.

En ce qui concerne la Compassion, il est classique d'en considérer trois aspects :

1) La Compassion en référence aux êtres, c'est-à-dire la qualité de coeur qui fait que non seulement l'on n'est pas indifférent, mais l'on est profondément touché et réceptif lorsque l'on est en présence de quelqu'un qui souffre ou qui a une difficulté. La compassion, intelligence du coeur, telle qu'elle se vit dans la relation interpersonnelle, relationnelle, d'expérience de l'autre, dans sa réalité. Compassion s'entend, ici, comme "partager avec", participer à la réalité de l'autre, dans un coeur et un esprit ouvert.

2) La compassion en référence à la Réalité (la Réalité est ici Dharma car c'est un des sens du mot Dharma), c'est une forme de compassion plus profonde que la première, au sens où elle vit la situation dans l'intelligence de sa nature et dans l'intelligence de l'illusion qui est la cause de la souffrance et aussi dans l'intelligence-expérience de la participation réelle qu'il y a entre l'amant et l'aimé, le compatissant et celui pour lequel la compassion se vit.

3) Ensuite, la troisième forme de Compassion est sans référence et sans "pourquoi", sans notion, sans idée, sans justification. Elle ne repose pas sur un raisonnement ni sur une notion , ni sur quoi que ce soit. Cette Compassion sans référence qui est celle du Bouddha, des Eveillés, est précisément la nature même de l'expérience immédiate ou de l'expérience primordiale. L'Eveillé, qui vit cette expérience primordiale, vit cette compassion sans référence. Le point important, ici, est que cette compassion qu'on peut dire aussi "fondamentale" n'est pas fabriquée. Elle est au plus profond de notre expérience dans sa qualité et sa dimension primordiale lorsque le moi, l'ego, l'individualité n'habite plus cette expérience. Il y a alors cette compassion fondamentale que l'on nomme, dans la tradition Mahamoudra-Dzogchen, la "sensivité". Sensivité est une façon de traduire le terme tibétain "toudjé" aussi fréquemment traduit par "compassion", mais si l'on dit "compassion" simplement, on perd une dimension essentielle de "toudjé". Le mot français "compassion" est par trop entendu comme une attitude condescendante ou miséricordieuse, ou même d'amour mais dans le sens d'un amant et d'un aimé, alors que "sensivité" rend que cette expérience est celle d'une sensibililité, d'une sensivité des sens, essentielle, une qualité d'expérience qui est celle d'une réceptivité complète et aussi d'une disponibilité complète, une expérience sans barrière, sans obstacle pour accueillir et pour recevoir, vivre l'altérité, l'autre, tel qu'il est, et en même temps sans obstacle et sans barrière pour être disponible, présent pour répondre. Une réponse qui n'est pas, à ce niveau, délibérée, mais qui est harmonieuse et spontanée dans l'énergie même de la situation.

Sensivité, cette compassion fondamentale, s'entend comme réceptivité, disponibilité. Cette compassion fondamentale-sensivité est une qualité de cette expérience primordiale. Sa Sainteté le Dalaï-Lama dit souvent, et il le répétait encore récemment : "On peut vivre sans religion mais on ne peut pas vivre sans compassion". On peut très bien ne pas adhérer à une religion en tant que système de pensée philosophique, théologique, système de croyances ou de perception du monde ou de l'environnement, par contre on ne peut pas, humainement, vivre sainement sans cette dimension de compassion qui est, dans ce qu'elle a de fondamental, cette expérience primordiale, une attitude d'ouverture et de sensivité.

Si la compassion, telle que nous venons d'en parler, est une qualité de cette expérience primordiale, la compréhension, "prajna", l'est tout autant. ""Prajnaparamita", l'intelligence immédiate ou l'intelligence en soi , est l'intelligence qui s'expérimente en elle-même, étant ce qui se vit en soi. Certains, en termes philosophiques, en parleraient en tant qu'intelligence réflexive. En tout cas, c'est une expérience mondialiste qui se vit en soi et qui est cette expérience primordiale. Ceci, tout simplement, pour montrer comment en cette expéprience primordiale, se trouvent - en ses qualités les plus profondes - réunies aussi bien la compassion que la compréhension, aussi bien l'Amour que l'Intelligence. Et ces deux pôles sont "upaya" (méthode, moyens) et "prajna" (intelligence, compréhension). Si nous avons pris ces deux pôles qui résument, d'une certaine façon, tout l'enseignement, c'est pour la simplicité de l'exposé, car, en fait, toutes les qualités éveillées se trouvent essentiellement dans cette expérience primordiale.

Arrivés à ce point, nous pourrions développer beaucoup, montrer comment les trois apprentissages : l'éthique, la discipline ou la méditation-présence, la compréhension-intelligence procèdent, dans leurs qualités essentielles, de cette expérience primordiale, mais je pense qu'il serait plus intéressant d'examiner quel est l'intérêt d'une telle vision : "Dharma primordial".

• Qu'est-ce que l'éveil ?

Vu sur sur le site du Centre bouddhiste de l'ïle de France

Toutes les écoles de la tradition bouddhique parlent de l’éveil comme ayant principalement trois aspects. Elles parlent tout d’abord de l’éveil comme d’un état de prise de conscience pure, claire, voire radieuse. Certaines écoles vont jusqu’à dire que dans cet état de prise de conscience on n’expérimente plus la dualité sujet-objet. Il n’y a pas de « là-bas », de « en dehors », pas de « ici », de « en dedans ». Cette distinction sujet-objet ainsi que nous l’appelons généralement, est entièrement transcendée. Il n’y a qu’une prise de conscience continue, pure, claire qui s’étend pour ainsi dire dans toutes les directions, pure et homogène. C’est de surcroît une prise de conscience des choses telles qu’elles sont véritablement, qui ne sont pas, bien entendu, les choses en tant qu’objets mais les choses en tant que transcendant pour ainsi dire la dualité entre sujet et objet. Par conséquent, on parle également de cette prise de conscience pure et claire comme d’une prise conscience de la réalité et donc, aussi, comme d’un état de connaissance. Cette connaissance n’est pas la connaissance au sens ordinaire - pas celle qui fonctionne dans le cadre de la dualité entre sujet et objet - mais plutôt un état de vision spirituelle directe et immédiate qui voit toutes choses directement, clairement, véritablement. C’est une vision spirituelle - voire une vision transcendantale qui est libre de toute illusion, de toute méprise, de toute pensée erronée ou déformée, de toute imprécision, de toute obscurité, de tout conditionnement mental, de tout préjugé. L’éveil est donc, tout d’abord, cet état de prise de conscience pure et claire, cet état de connaissance ou de vision. Deuxièmement, et cela n’est pas moins important, on parle de l’éveil comme d’un état d’amour et de compassion intenses, profonds et débordants. Cet amour est parfois comparé à celui d’une mère pour son enfant unique. Cette comparaison se trouve, par exemple, dans un texte bouddhique très célèbre, le Metta Sutta ou « Discours sur l’Amour Bienveillant ». Dans ce discours le Bouddha dit : « Tout comme une mère protège son fils unique même au prix de sa propre vie, ainsi devrait-on développer un esprit d’amour tout inclusif envers tous les êtres vivants ». Ceci est le genre de sentiment et d’attitude que nous devons cultiver. Remarquez que le Bouddha ne parle pas seulement de tous les êtres humains, mais de tous les êtres vivants : tout ce qui vit, tout ce qui respire, tout ce qui bouge, tout ce qui est sensible. C’est cela que ressent l’esprit éveillé. On nous dit de plus que cet amour et cette compassion consistent en un désir venant du fond du cœur - un désir profond et brûlant - pour leur bien-être, pour leur bonheur : un désir que tous les êtres soient libérés de la souffrance, de toutes les difficultés, qu’ils croissent et se développent, et que finalement ils atteignent l’éveil. L’amour et la compassion de ce genre - amour infini, débordant, sans limites, envers tous les êtres vivants - font aussi partie de l’éveil.
Troisièmement, l’éveil consiste en un état, ou une expérience, d’énergie mentale et spirituelle inépuisable. Un évènement de la vie du Bouddha en est un très bon exemple. Comme vous le savez peut-être, il atteignit l’éveil à l’âge de trente-cinq ans et il continua d’enseigner et de communiquer avec les autres jusqu’à l’âge avancé de quatre-vingt ans, bien que vers la fin son corps physique soit devenu très frêle. Un jour il dit : « Mon corps est comme une vieille charrette délabrée, qui a été souvent réparée. En quelque sorte, on l’a fait tenir avec des bouts de ficelle. Mais mon esprit est toujours aussi vigoureux. Même si je devais être conduit d’un endroit à l’autre sur une litière, si quelqu’un venait à moi, je serais toujours en mesure de répondre à ses questions, serais toujours en mesure de lui donner un enseignement. Ma vigueur intellectuelle et spirituelle n’est pas réduite, en dépit de l’affaiblissement de mon corps. » L’énergie est donc une caractéristique de l’état d’ éveil. Nous pourrions dire que l’ état d’éveil est un état d’énergie extrême, de spontanéité absolue, qui bouillonne continuellement : un état de créativité ininterrompue. En un mot, nous pouvons dire que l’état d’ Éveil est un état de libération parfaite et inconditionnée de toute limitation subjective.
Voilà donc ce que signifie l’éveil tel qu’il est compris dans la tradition bouddhique - dans la mesure tout au moins où l’ éveil peut être décrit et dans la mesure où ses différents aspects peuvent être ainsi. Ce qui se passe vraiment c’est que la connaissance se transforme en amour et en compassion, l’amour et la compassion se transforment en énergie, l’énergie en connaissance, et ainsi de suite. On ne peut pas vraiment séparer un aspect des autres. Néanmoins la tradition nous donne cette description catégorisée de l’éveil afin de simplement nous donner un aperçu de l’expérience, de simplement nous donner une petite idée ou une sensation de ce que c’est. Si nous voulons avoir une idée plus précise il nous faudra lire, peut-être un texte plus élaboré, plus poétique, de préférence extrait des écritures bouddhiques ; ou nous devrons pratiquer la méditation et tenter d’avoir par ce moyen au moins un aperçu de l’état d’ éveil. Donc quand le bouddhisme parle d’éveil, de bouddhéité ou de nirvana, c’est de cet état de suprême connaissance, d’amour, de compassion et d’amour, de compassion et d’énergie qu’il parle.