dimanche 15 février 2009

• Une présence abyssale et impersonnelle - Utpala


Je souhaite partager avec vous une sorte d’expérience (appelons cela comme ça) qui a radicalement chamboulé ma perception de la vie.

Après m’être investi dans un chemin spirituel au cours de mon adolescence, cette aspiration s’est endormie par la suite quelques années. Puis en découvrant Internet, ma curiosité a été attirée par les forums de discussion abordant le sujet. Ce qui a eu pour effet de faire renaître cette aspiration comme un soufflet sur des braises. Auparavant, je partageais mes découvertes spirituelles avec un proche lui aussi engagé sur la voie. Aussi, ce regain d’intérêt m’a conduit naturellement à me tourner vers lui qui, soit dit en passant, s’est plongé depuis dans le monde fascinant du virtuel. Mon appel donna suite à une longue discussion sur la « spiritualité traditionnelle » qui, selon lui, n’était plus applicable de nos jours ; il fallait, selon ses propos, redécouvrir une nouvelle forme de sagesse adaptée à notre époque. Ces propos ont fait sourdre en moi un profond malaise, une profonde insatisfaction.

Ce soir-là, je travaillais de nuit en tant qu’agent de sécurité. Pendant ma vacation, toute mon attention était accaparée par ce malaise intellectuel, par cette écharde qu’il me fallait extraire à tout prix : « Quel est le cœur éternellement vivant de la spiritualité ? ». Cette question suffocante m’obsédait, mais je devais dépasser le stade du mental pour la résoudre. Elle était pour moi un koan. Il me fallait percer à travers les concepts pour apercevoir cette réalité vivante qui alimente la spiritualité de tout temps : « Qu’est-ce qui m’empêche de voir ? Qu’est-ce qui résiste en moi ? » Je réalisais de plus en plus qu’il me fallait abandonner toute croyance afin de parvenir à « voir » vraiment.

Puis tout bascula ! Dans une éblouissante évidence, ce que je voulais observer est apparu soudain comme la seule réalité qui soit, comme le seul et ultime « observateur »; une présence abyssale et impersonnelle veillant depuis toujours en amont des attributs fluctuants que je croyais être moi, un vaste champ de conscience pure, un sentiment de complétude parfois si intense qu’il en devient presque insoutenable. Le cœur éternel de la spiritualité est cette divine et pourtant si intime présence : Soi.

Il m'a fallu plusieurs jours pour me remettre de ce chamboulement, de cette perte totale de repère.

Vu sur le forum Ici et Maintenant

samedi 14 février 2009

• Il n'existe pas de personne réalisée - Poonja

Poonja


Qustion : Que se passe-t-il lorsqu'un être réalisé quitte son corps ?

Poonja : Il n'existe pas de personne réalisée, car c'est seulement lorsqu'il n'y a pas de personne que le Soi peut être réalisé. Quand il n'y a pas de personne, il n'est question ni de venir ni de partir ! La personne n'est qu'une apparence temporaire dans le Soi immuable.

vendredi 13 février 2009

• La conscience de Mon absoluité - Ladislav Klíma

Ladislav Klima

Un après-midi fatal de ma quinzième année, mon essence jusque-là rêveusement assoupie, se réveilla, de façon aussi brusque qu’effrayante, sous un de ses aspects : devoir de force penser aux impensables. Le reste de la journée et toute la nuit je me tordis dans des réflexions convulsives à dix-millièmes de millimètre — conséquence obligatoire de mon « instinct » fondamental : je suis tout-puissant — impossible d’arrêter la volonté tant que mon corps béni n’y mit pas le holà. Depuis, cela ne m’a jamais lâché entièrement ; ne serait-ce qu’une minute ; un nombre incalculable de fois je me suis cru sur le point de succomber — le plus terrible des tâcherons divins — à dix-huit heures par jour de la plus rude des corvées, en apparence à propos de rien. Dix-neuf ans après seulement, j’ai célébré une grande victoire ; mes crampes mentales, que j’avais longtemps tenues pour une maladie, comme l’aurait fait toute l’humanité — européenne du moins — ont été, à la suite de machinations invraisemblables, terrassées et piétinées au point de perdre tout semblant de menace… Il a fallu dix-neuf ans de ma vie, des années de convulsions permanentes, d’étouffement et de terreurs, pour que mûrissent les doux fruits… Ce n’est que de cette façon que l’humanité, que tout dans notre petit univers, va de l’avant.

.../...

« Je suis celui qui suis ». Il est bien évident que j’ignore ce que le Christ a voulu dire par là. Moi, j’entends que mon essence consiste en la conscience de Mon absoluité, soit : en l’Etre-étant ; ou bien, bref : je suis Dieu… En un sens plus restreint : ce par quoi peut bien se caractériser mon moi animal (ce que je suis) est parfaitement insignifiant pour la définition de moi ; le moi est en réalité Moi = Être-étant = absoluité ; moi, je suis Moi, l’homme, comme tout, n’est en vérité que Dieu, Allah il Allah, — tout le reste n’est que fumée et vapeur…

.../...

Mon état, soit l’état du monde ou de Dieu, est, en tant qu’absolu, — Eclat Divin —, lumière, c’est-à-dire symbole du Plus-Haut et, parlant, de l’absolument invariable ; son « écroulement » essentiel et permanent, — son instabilité douloureuse et qui se tord — sont une « convulsion ». C’est délibérément que j’ai choisi l’image grotesque : « convulsion de la lumière ».

Ladislav Klima, Je suis la Volonté Absolue, Café Clima Editeur.

==> Découvrir aussi ce témoignage (et tant d'autres) : La gratitude du Silence, de Christine Townend, publiè sur la page "Témoins d'éveil", du site de la revue Troisième Millénaire.

jeudi 12 février 2009

• L'esprit qui se reconnaît lui-même - Lama Guendune Rinpoché

Lama Guendune Rinpoché

Cette réalisation de l'esprit en lui-même n'est pas un objet de savoir. Ce n'est pas un objet de connaissance. Nous ne pouvons pas la comprendre. Elle est exprimée ici en mots de façon à diriger notre recherche, de façon à donner une sorte d'impulsion à notre méditation, mais en fait nous ne pouvons pas connaître cette réalité parce que, quand l'esprit se connaît, il n'y a plus d'objet de connaissance puisqu'il s'agit d'une perception non duelle.
Il faut bien étudier cette manière de voir les choses et c'est le but de l'étude ; il faut réfléchir de façon à acquérir une certaine connaissance, une certitude qui nous conduira à la fine pointe de la connaissance qu'est l'intime conviction. Nous sommes intimement convaincus de la justesse de cette vision et de cette réalisation qui sera le fruit de la méditation. Ensuite, il faudra s'asseoir et laisser l'esprit se poser en lui-même, l'observer et transformer cette intime conviction en réalisation.
Cette réalisation est évidemment une profonde bénédiction mais, en même temps, elle est indicible, ineffable, inconcevable, nous ne pouvons pas en parler, ni rien en dire. Elle est du domaine de l'intime. C'est une expérience propre à l'esprit qui se reconnaît lui-même. Il nous est impossible de la mettre en mots, de l'exprimer d'une façon ou d'une autre, ou même de la concevoir puisque, lorsque nous concevons, analysons, pensons et nous exprimons, nous nous plaçons dans le système d'une logique duelle où un sujet observe un objet.

Le coeur du Dharma -
Enseignement de Guendune Rinpoché, in Tendrel no 45

mercredi 11 février 2009

• Je suis à jamais complet - Paul Vervish

Nisargadatta Maharaj et Douglas Harding
par Paul Vervish

Pour construire une maison on choisit de bons matériaux et on s'assure d'avoir des fondations solides. On pourrait croire que lorsqu'il s'agit de spiritualité on agit de même et pourtant c'est rarement le cas. On se laisse souvent séduire par des constructions de mots qui au premier orage se flanquent par terre.

Nous possédons un corps et une conscience, unis par le souffle vital, ce sont les seuls outils à notre disposition. Nous seuls pouvons les utiliser - en observant à partir du centre lucide et permanent vers lequel pointe continuellement Douglas - pour découvrir la fausseté des multiples convictions qui nous habitent.

Notre époque fournit une dramatique démonstration de ce que provoque la soumission à des concepts sans oser les remettre en question, aussi le premier devoir du chercheur est de douter jusqu'à ce que cela ne soit plus possible.

C'est à quoi excellait Nisargadatta Maharaj. Ce grand sage savait qu'il ne suffit pas de qualifier notre monde d'illusoire (alors qu'il constitue pour nous la seule réalité) pour nous faire appréhender la fausseté de cet univers. Aussi, cherchait-il avant tout à nous mettre en face de nos contradictions, à nous faire buter sur notre conditionnement. Il nous bombardait de questions jusqu'à ce que, en nous-mêmes, se produise une prise de conscience. Le faux une fois constaté, le vrai est accessible.

Un jour j'ai dit à Maharaj que je n'arrivais pas à formuler une définition de ma véritable nature. Il m'a répondu “ dites : je suis ce par quoi je sais que je suis.”

Extrait de l'entretien n° 28 extrait du livre de dialogues de Nisargadatta Maharaj : Je Suis

Question : Je viens d'un pays lointain. J'ai fait mes propres expériences intérieures et j'aimerais que nous échangions nos impressions.
Maharaj : Tout à fait d'accord. Vous connaissez vous vous-même ?
Q : Je sais que je ne suis pas le corps. Pas plus que je ne suis le mental.
M : Qu'est-ce qui vous autorise à parler ainsi ?
Q : Je sens que je ne suis pas dans le corps. Il me semble occuper l'espace, être partout. Et en ce qui concerne le mental, je peux, pour ainsi dire, le brancher et le débrancher à volonté. Ceci me fait ressentir que je ne suis pas le mental.
M : Quand vous sentez que vous occupez tous les endroits du monde, restez-vous séparé du monde ? Ou bien, êtes-vous le monde ?
Q : Les deux. Il m'arrive de sentir que je ne suis ni le corps ni le mental mais un regard unique percevant tout. Quand je plonge plus profondément dans cette sensation, je suis tout ce que je vois, et le monde et moi ne faisons qu'un.

…/...

M : Comment êtes-vous parvenu à votre état présent ?
Q : L'enseignement de Sri Ramana Maharshi m'a mis sur la voie. Puis j'ai rencontré un certain Douglas Harding qui m'a montré comment me pencher assidûment sur « qui suis-je ? »
M : Est-ce que cela fut soudain ou progressif ?
Q : Réellement soudain. Comme quelque chose de totalement oublié qui resurgit dans le mental. Ou comme un éclair de compréhension. « Que c'est simple, ai-je dit, que c'est simple ; je ne suis pas ce que je pensais être ! Je ne suis ni le perçu ni celui qui perçoit ; je ne suis que l'acte de percevoir. »
M : Pas même l'acte de percevoir, mais ce qui rend tout cela possible.

L'entretien n° 34 constitue un échange des plus instructifs entre Maharaj et un européen enseignant le yoga, qui a du trouver bien rude la réponse suivante : « Si vous faites confiance au temps, il vous faudra des millions d'années. »

Une belle métaphore dans l'entretien n° 35 : « …On ne fait pas le ménage dans une pièce noire. On commence par ouvrir les fenêtres. Laisser pénétrer la lumière rend les choses plus faciles. ... Il est inutile de se laisser entraîner dans une ronde de questions sans fin, trouvez-vous vous-même, et tout se mettra en place de lui-même. »

Et le cœur de l'intense entretien n° 36 : « Quand je dis "je suis", je ne veux pas dire que je suis une entité séparée dont le corps serait le noyau, je veux dire que je suis la totalité de l'existence, l'océan de la conscience, l'univers entier de ce qui est et de ce qui connaît. Je n'ai rien à désirer parce que je suis à jamais complet. »

« JE SUIS », et d'autres ouvrages de Nisargadatta Maharaj, sont édités par les Editions Les Deux Océans

Source de cette page

mardi 10 février 2009

• Vous êtes connaissance - Nisargadatta Maharaj

Nisargadatta Maharaj

Vous n'avez pas a devenir quelque chose.
Tout ce qui est requis est un changement de compréhension.


Lorsqu'on a besoin d'effort, l'effort apparaît. Lorsque l'absence d'effort devient essentiel, elle s'affirme d'elle-même. Vous n'avez pas à régenter la vie. Laissez-vous simplement porter par son flux et consacrez-vous entièrement à cette tâche du moment présent qui est de mourir maintenant au maintenant. Car vivre, c'est mourir ; la vie ne peut exister sans la mort. On doit en définitive aller au-delà du savoir. Mais la connaissance doit apparaître et on peut y parvenir grâce à une méditation constante. En méditant, le savoir je Suis progressivement se stabilise, fusionne avec la connaissance universelle et devient ainsi totalement libre, comme le ciel ou l'espace.

Ceux qui viennent ici avec l'idée d'acquérir un savoir, même spirituel, viennent en tant qu'individus visant à obtenir quelque chose. C'est la véritable difficulté. Le chercheur doit disparaître. Lorsque vous connaissez votre véritable nature, la compréhension je Suis demeure, mais cette connaissance est sans limite. Il ne vous est pas possible d'acquérir la connaissance : vous êtes connaissance. Vous êtes ce que vous cherchez. Votre être véritable est antérieur à l'apparition de tout concept. Plongez profondément en vous-même, et vous le trouverez facilement et simplement. Allez dans la direction du je Suis.

Tout existe dans le mental. Le mental et le corps sont tous deux des états intermittents. Le résultat de ces flash créé l'illusion de l'existence. Cherchez ce qui est permanent dans le transitoire, réel dans le non-réel, c'est la sadhana ou pratique spirituelle.

Tous ceux qui ont atteint la réalisation dans l'instant, par simples contacts, regards ou pensées, étaient mûres pour cela. Mais ils sont très peu nombreux. La majorité a besoin de temps pour mûrir. La sadhana est une maturation accélérée.

En tout premier lieu, vous devez réaliser que vous êtes la preuve de tout, y compris de vous-même. Aucun être ne peut prouver votre existence, car son existence doit d'abord être confirmée par la votre. Votre existence et votre connaissance sont les vôtres. Vous venez de nulle part et n'allez nulle part. Vous êtes être et présence intemporels. Développez l'attitude témoin et vous découvrirez par votre propre expérience que le détachement suscite le contrôle. L'état témoin est plein de puissance. Rien de ce qui le concerne n'est passif. Gardez simplement présent à l'esprit le sentiment je Suis. Fondez-vous en lui, jusqu'à ce que votre esprit et vos perceptions deviennent un. En renouvelant les tentatives vous trébucherez sur le juste équilibre de l'attention, et votre esprit s'établira ferment en la pensée-perception je Suis. Quoi que vous pensiez, disiez ou fassiez, le sentiment de l'être immuable et aimant demeure comme l'arrière-plan, à jamais présent, du mental.

lundi 9 février 2009

• Même cet état avait disparu - U. G. Krishnamurti

U. G. Krishnamurti

Comme un feu qui couve, je portais en moi cette question toujours renouvelée : « Quel est cet état ? Je le veux. C’est fini, pourtant Krishnamurti m’a dit : « Vous n’avez aucun moyen de le savoir…». Malgré tout je veux absolument savoir quel est cet état, celui dans lequel vivait Bouddha, Sankara et bien d’autres instructeurs. »

Puis en juillet 1967, j’ai traversé une nouvelle phase. De retour à Saanen, Krishnamurti donnait ses conférences. Mes amis m’y entraînèrent : « Cette fois au moins c’est gratuit ! Pourquoi ne viendrais-tu pas l’écouter ? » « D’accord, j’irai. » Et tandis qu’effectivement je l’écoutais, il se produisit une drôle de chose — l’impression curieuse qu’il décrivait mon état et non le sien. (Pourquoi du reste aurais-je voulu connaître son état ?) Il décrivait certains mouvements, une certaine qualité de conscience et de silence. Il disait : « Dans ce silence, il n’y a pas de mental, il y a action », et ainsi de suite. « Mais, me dis-je, je suis dans cet état ! A quoi ai-je passé mon temps durant ces trente ou quarante années ? A écouter tous ces gens, à me mettre moi-même au défi, à vouloir à tout prix comprendre, son état et celui des autres, Bouddha ou Jésus ! Je suis dans cet état. A l’instant même, je suis dans cet état. » Aussitôt je quittai la tente sans plus jamais revenir en arrière.

Alors, très curieusement, la question « Quel est cet état ? » se mua en une autre : « Comment sais-je que je me trouve dans cet état, l’état de Bouddha, l’état que j’ai tant souhaité et que j’ai recherché un peu partout ? Je me trouve dans cet état, comment se fait-il que je le sais ? »

Le jour suivant (jour de mon 49e anniversaire), j’étais assis sur un banc à l’abri d’un arbre, devant l’un des plus beaux paysages qui soit au monde : les sept collines et les sept vallées de la région de Saanen. J’étais assis là. Ce n’est pas que la question était présente, mon être entier était la question. Je m’observais moi-même et je me disais : « Comment sais-je que je suis dans cet état ? En quelque sorte, je me divise intérieurement ; il y a en moi quelqu’un qui sait que je suis dans cet état. La connaissance de cet état – à savoir, ce que j’ai lu, ce que j’ai expérimenté, ce dont on m’a parlé –, c’est cette connaissance elle-même qui observe cet état, et c’est donc elle qui l’a projeté. Alors je me dis : « Trêve de plaisanteries, mon vieux ! Depuis quarante ans tu n’as pas avancé, tu n’as pas quitté la case de départ. La question qui te préoccupe relève encore et toujours du jeu des projections du mental. Ta position n’a pas changé et la question “Comment sais-je…?” participe du même jeu. Car c’est le mental, la description fournie de l’extérieur par toute une horde de gens, qui crée cet état de toutes pièces. Tu te fais des illusions. Tu es un beau crétin. » En un sens, je n’avais pas avancé d’un pouce, mais je gardais le sentiment étrange que c’était bien cet état.

La question me harcelait sans cesse. Puis, soudain, elle disparut. Il ne se produisit rien de spécial : la question disparut, tout simplement. Je ne me suis pas dit : « Oh ! Mon Dieu ! Cette fois je tiens la réponse ». L’état lui-même disparut – l’état où je croyais être, l’état de Bouddha, de Jésus… Même cet état avait disparu. La question ne se posait plus. J’en ai fini avec tout cela. Fini, terminé ! Depuis lors, il ne m’est plus jamais arrivé de me dire : « Désormais j’ai la réponse à toutes ces questions ». L’état, qui avait suscité la pensée : « Tiens ! Voilà cet état » – cet état avait disparu. La question avait disparu. C’en était fini, voyez-vous. Il ne s’agit pas de vacuité, pas de néant, pas de vide. Rien de cet acabit. Tout d’un coup, la question n’avait plus eu cours. Point final.

Alors la pensée ne peut plus établir de liaisons. L’enchaînement est rompu et la rupture est définitive. L’explosion de la pensée ne se produit pas une seule et unique fois. Chaque fois qu’une pensée surgit, elle se disloque. Ainsi la continuité prend fin et la pensée retombe dans son rythme naturel.

.../...

Ma tête, me semblait-il, était devenue si compacte qu’elle n’offrait plus aucune place aux interrogations superflues. Pour la première fois je prenais conscience de mon crâne comme d’une boîte close. Sans doute, certaines résurgences du passé (des “vasanas”… mais le mot utilisé importe peu) essayent bien parfois de montrer le bout du nez, mais le cerveau est si dense et compact qu’il ne laisse plus de place aux divagations. La division ne peut plus s’installer : c’est une impossibilité physique à laquelle vous ne pouvez rien changer. C’est pourquoi je dis que lorsque cette « explosion » se produit (j’emploie ce mot parce qu’il s’agit d’une sorte d’explosion nucléaire), elle laisse derrière elle des réactions en chaîne. Dans chacune des cellules de votre corps, jusqu’à la moelle des os, vous êtes atteint par ce « changement ». Je n’aime pas utiliser ce mot, et pourtant il s’agit bien d’un changement, et d’un changement irréversible. Impossible de revenir en arrière. Pour l’homme qui est passé par là, il n’est pas de « rechute » possible ; c’est irréversible : il s’est accompli une sorte de processus alchimique.


Je le répète : on dirait une explosion atomique, et tout votre corps vole en éclats. Ce moment est bien difficile à vivre, et c’est la fin de l’être humain. Une telle déflagration réduit le corps à néant, jusqu’à la dernière cellule, jusqu’au dernier nerf. J’ai subi alors de terribles tortures physiques. En fait, vous ne pouvez pas faire l’expérience de l’explosion, elle-même, mais seulement de ses ondes de choc secondaires, des « retombées ». Toute la chimie de votre corps s’en trouve modifiée.

Extraits de : Rencontres avec un éveillé contestataire - Éditions Les Deux Océans
Videos d'U. G. Krishnamurti



dimanche 8 février 2009

• Dzogchen - l'absence d'effort délibéré


A quoi servent les textes ?

Le dzogchen est un système de méditation bouddhiste de plus en plus populaire (voir le documentaire "La momie tibétaine" sur La Cinq). Pourtant, les sources premières de cet enseignement sont presque toujours ignorées, alors qu'elles sont disponibles. Il est vrai que le dzogchen enseigne que les mots ne sont pas la chose, et qu'il ne suffit pas de lire pour comprendre profondément. Mais cela est vrai également des enseignement oraux. Il ne suffit pas d'écouter ou de citer tel "grand maître", mais il faut encore réfléchir et vérifier par soi-même.

Cependant, rares sont les personnes qui enseignent effectivement le dzogchen. De fait, quand on va assister à un "enseignement dzogchen", l'on se retrouve plutôt face à des techniciens, des experts en méditations complexes, qui parlent de purification, de "pratique". Ailleurs, nombreux sont les gens qui croient que le dzogchen n'est qu'une "technologie de l'esprit", visant à transformer le corps en pure lumière par une application systématique à l'instar d'une préparation sportive de haut niveau.

Pourtant, si l'on y réfléchit un peu, cette démarche est inconsistante. Comme nous le rappelle l'un des textes faisant autorité dans ce domaine - le Trésor du Mode d'Etre de Longchenpa (XIVème siècle) :

"Ne savez-vous pas que tout ce qui est composé est impermanent et voué à la destruction ?" Il s'explique plus loin : "Même si par ces pratiques [délibérées] vous atteignez à un certain bien-être, cet effet-là est un composé. Par conséquent, il finira par être réduit en pièces, à l'image d'un vase. [...] Tout ce qui est produit délibérément vous est une entrave." Pour étayer l'autorité de cette position radicale, il cite l'un des plus ancien textes du dzogchen, Le Roi Créateur de Toutes Choses : "L'état de Bouddha ne survient pas parce qu'on veut qu'il se produise. Il est présent en soi/naturellement et sans effort, de sorte qu'il est spontanément accompli." Puis Longchenpa compare les pratiques bouddhistes - y-compris les pratiques tantriques - à "ces jeux que jouent les enfants", ces jeux vains et sans importance.

Que faut-il "pratiquer" alors ? "Comme un vieillard prenant un bain de soleil, laissez-vous aller à ce délicieux bien-être, incomparable, qui n'implique nulle [pensée de] causalité du type "cela est à faire, ceci est à abandonner"".

Assurément, chacun a le droit de parler de "son" expérience. Mais pourquoi appeler cela dzogchen, si cela contredit la lettre même des textes canoniques ?

Nous ne somme pas obligés de parler du dzogchen, mais si l'on choisit de le faire, vérifions également nos sources.

Ainsi, nous pouvons de même confronter nos idées et nos expériences à celle d'innombrables sages et saints de tous les pays et de toutes les époques. Les textes servent donc à tester nos opinions, ou même notre soi-disant "absence d'opinions".

Le dzogchen ancien : de la liberté à la tradition ?

En lisant le livre de Sogyal Rimpoché Le livre tibétain de la vie et de la mort, peut-être avez-vous entendu parlé du dzogchen, cette fabuleuse école de méditation, fondée sur l'idée d'une perfection naturelle de toutes choses. Selon cette tradition, riche d'une immense littérature encore largement inexplorée, il n'y a qu'une seule réalité. Mais, selon qu'on la voit telle qu'elle est ou que l'on se méprend sur elle, elle apparait comme parfaite (c'est le fameux nirvâna), ou bien, au contraire, essentiellement hostile et étrangère (le samsâra).

Cependant, cette tradition enveloppe en fait plusieurs courants distincts qui ont évolués sur un millénaire au moins. Entre le dzogchen des origines et celui que l'on pratique aujourd'hui, l'on ne s'étonnera donc pas de remarquer des contradictions, à l'instar de ce qui se passe pour le christiannisme (et sans pour autant adhérer aux affabulations d'un Dan Brown).

En effet, le dzogchen était, à l'origine, une sagesse radicale, fondée sur une critique du tantrisme bouddhique. Celui-ci affirme en principe (mais il y a d'importantes variations) que nous sommes en réalité parfaits, purs, bienheureux, éternels et omniscients. Simplement, cette perfection innée est actuellement voilée par les nuages des passions et d'une imagination qui nous échappe, un peu comme dans un rêve. La "voie des mantras" propose alors de purifier ces voiles pour retrouver ce potentiel infini, grâce à une discipline de tout l'être ("corps, parole, esprit"). Arrivé à un certain point de purification, le soleil de notre vraie nature perce à travers les nuages des passions, prend le relais de la pratique, et achève de disperser ces nuages. Mais, jusqu'à ce cap décisif, l'effort et une pratique systématique sont indispensables. Les fruits de cette entreprise apparaissent peu à peu, et s'accompagnent de signes de succès comme la clairvoyance ou l'invisibilité du corps.

Mais à partir du Xème siècle, des textes apparaissent qui déconstruisent ce système basé sur l'effort délibéré. Ils constituent, jusque vers le XIIème siècle, ce qu'il convient d'appeler le dzogchen ancien et radical. En particulier, il y a les "Cinq transmissions premières", les premiers textes dzogchen traduits au Tibet. La tradition comme les chercheurs contemporains s'accordent pour y voir la forme primitive du dzogchen. Afin de montrer en quoi ce dzogchen est "radical", voici quelque extraits de ces textes. Il en existe actuellement trois traductions anglaises : celle d'Eva Neumaier-Dargyay (ND), celle d'Adriano Clemente (AC) et, plus récente, celle de Keith Dowman (KD). Le tibétain est ici concis à l'extrême, ce qui explique les différences de traduction, divergences dont je ne livre qu'un seul exemple.

Dans le Grand Art (Tsal Chen, chap. 27 du Kunjé Gyalpo; ND: Great Lore; AC: Great Potency; KD: Radical Creativity) on peut lire ceci :

"Sur la voie erronée des extrémistes où l'on pense en termes de "moi" et de "mien", les naïfs entreprennent une démarche religieuse dans laquelle ils ne trouverons jamais l'occasion de comprendre qu'elle ne mène nulle part ! Comment pourrait-on trouver le Réel en le cherchant ?

Les instructions des maîtres pareils à des singes et privés de jugement sont perclues d'idées fausses..."(v. 5-6).

"privés de jugement" donne "who lacks valid cognition" (ND), "devoid of qualities" (AC) et "who lacks direct insight" (KD). Malgré ces différences d'interprétation, le sens est clair : on ne peut pas trouver ce qui est parfait à l'aide de techniques et de purifications ("preparation and technique" dit KD pour "idées fausses").

Bien que KD penche souvent du côté de la glose, sa traduction me paraît être la plus convaincante. De plus, elle suit de près le commentaire qui accompagne ces textes - bien qu'il soit sans doute postérieur de plusieurs siècles.

Le vol du Grand Garouda (Khyung Chen) reprend ce thème de "l'absence d'effort délibéré" (djyadrel) :

"Les anciens sages, obnubilés par la passion de l'effort, s'égarèrent dans les tourments du labeur acharné. L'omniscience - l'immersion dans l'état naturel - devient méditation artificielle lorsqu'elle est articulée" (9)

"Ceux qui, infecté par la maladie des passions, s'efforcent de les trancher, ont soif de progrès, tels des animaux courants aprés un mirage. Leur destination n'est qu'une utopie ! Même les Dix Terres (des bodhisattvas) voilent le plus pur des esprits." (11)

L'or extrait de sa gangue affirme quant à lui :

"L'entendement conditionné par les discours de la tradition - à savoir les "trois samâdhis, etc. - se conforme aux dogmes. Au regard de la transmission dépourvue d'effort délibéré, c'est là un travers, une illusion. Reposez-vous plutôt dans le bien-être naturel de la perfection sans rien à faire !" (9)

Enfin, le Vaste espace de Vajrasattva fait dire à ce dernier :

"La nature intangible qu'est le Réel innonde l'esprit quand cesse toute recherche. Mettre l'accent sur le comment et le pourquoi empêche son apparition naturelle." (7)

"Certains prennent l'Esprit d'Eveil (=la nature de l'esprit) pour une méthode subtile. Ils cherchent alors à l'isoler; ils s'attachent à vider la nature de l'esprit de l'enchaînnement des pensées. Parce qu'ils s'y efforcent, cette méditation n'est qu'un artifice." (13)

"Non ! Le Royaume du Bouddha ne peuvent être atteint par la recherche et l'effort délibéré. A l'instar de tous les objets, ce n'est pas "quelque chose". Ceux qui le cherchent ainsi sont comme un aveugle qui voudrait attraper le ciel !" (20)

"Le chemin de la purification qui s'élève peu à peu contredit le dharma de l'absence d'effort délibéré. A supposer qu'il existe un tel chemin, jamais son terme ne sera atteint, à l'image de l'espace." (21)

"Extérieur et intérieur ne font qu'un. L'extérieur est l'intérieur. Il n'existe donc nul "état profond" à percevoir." (30a)

Quant à la question des "signes de réussite spirituelle", il ajoute :

"Affranchie de toute image, homogène, la voie du yoga est comme l'empreinte d'un oiseau dans le ciel. En ce qui est incréé et non-né, où trouverait-on trace de son passage ?" 29

KD explique : "Le yogin ne laisse aucune trace de son accomplissement ou de la façon dont il s'est accomplit, ni doctrine ni dogme, ni signes ni indications." Le tantra poursuit :

"Chacune des innombrables techniques produit sa fleur. Mais la perfection est dépourvue de signes caractéristiques, c'est pourquoi elle n'a point de champ spécifique." (39)

Ce genre de propos va à l'encontre de la lettre de la plupart des tantras - bouddhistes et hindous - obsédés qu'ils sont de pouvoirs surnaturels et de merveilleux. Cette fascination pour la puissance et ce "règne de la quantité" comme eut dit Guénon, est le sujet de moqueries constantes dans le dzogchen ancien (voir The Supreme Source d'Adriano Clemente) comme dans les sagesses non-dualistes en général. Ces pouvoirs existent certes : mais ils existent déjà. Les rechercher à coups de millions de mantras est donc le comble du ridicule, à l'image de l'imbécile cherchant partout le collier qu'il porte sur lui. D'ailleurs ce collier, ces lunettes, n'est-ce pas l'Oeil Unique, le fameux "Troisième Oeil" par lequel nous voyons tous ? Combien avez-vous d'yeux, en ce moment ? Voyez-vous ces mots au travers de deux trous ? Ou bien n'apparaissent-ils pas plutôt dans un espace grand ouvert ?

Ces leçons du dzogchen ancien, le dzogchen "moderne" (j'entend par là le genre "nyinthig") les a largement oubliées. C'est que, s'il n'y a rien à "faire", s'il n'y a pas de temples à construire, de stoupas à financer, de rituels à mener, quels mobiles reste t-il pour mobiliser les foules ? S'il suffit de voir, par soi-même, ici et maintenant, et si la seule difficulté est de s'incliner devant cette évidence, qu'est-ce qui justifierait l'existence des églises et autres communautés ? Le bouddhisme, comme toutes les religions, a donc eut vite fait de s'incliner devant cette autre "évidence" que l'on nomme réalisme ou pragmatisme.

Mais nous, chers lecteurs, ne sommes nullement obligés de suivre cette voie-là. Je suggère que nous prenions plutôt celle de l'oiseau, ce chemin sans chemin sur lequel notre Absence nous attend patiemment...

Passages extraits du site d'Anargala : La vache cosmique
Voir aussi le billet : Qu'est-ce que le Dzogchen

samedi 7 février 2009

• L’expérience du Soi - Laurence Zékri

L’expérience du Soi

Laurence Zékri était thérapeute transpersonnelle et énergétique quand elle fut amenée à tout abandonner. Comme elle le présente : sa « rencontre intérieure avec Ramana Maharshi » la conduit aujourd’hui vers la réalisation du Soi.



J’étais en train de travailler une relaxation avec un ami quand j’ai senti en moi monter ce que je croyais un désir, tout à fait différent de ceux que je connaissais habituellement. J’étais comme transportée. Je lui ai demandé d’arrêter le travail que nous faisions. Il me paraissait important que je me retrouve seule pour que je puisse laisser s’exprimer « cette chose » tout à fait librement. Les pudeurs parfois empêchent d’aller au bout de notre sensation.

Le lendemain, j’eus à peine à relâcher mon corps, mes pensées, pour retrouver immédiatement ce qui m’avait troublé la veille. Je me suis sentie remplie d’une lumière, mais à aucun moment le mental ne l’a créée. Je crois que ce qui m’arrivait a été plus vite que le mental, et cette Lumière m’a inondée. Je n’étais plus que cela. J’ai eu ensuite la sensation – car pendant cette expérience, il n’y avait pas autre chose que la Lumière –, que le corps physique n’existait plus. Tout n’était que Lumière. C’est comme si j’avais éclaté en particules de Lumière. Je n’avais plus conscience de ce que je croyais être la réalité.

J’étais très troublée par ce moment. Par la suite, mes perceptions ont commencé à s’affiner. Quelques temps après, j’ai été amenée à revivre une même expérience. C’était lors d’un rêve. Je dormais et j’étais comme éveillée, quand j’ai senti de nouveau vibrer en moi cette Beauté, cette Lumière, à laquelle j’étais unie.

Peut-être que certains appelleraient cela la conscience du Tout, l’expérience du Soi. Quand à moi, je ne pouvais pas encore formuler ces propos.

[…]

Après avoir vécu cette fusion avec la Lumière, mon mental a interprété cette expérience comme étant la Beauté, la Paix. Aujourd’hui, je sais qu’en recommençant à penser, à analyser ce que j’avais ressenti, je mettais de nouveau une distance avec ce vécu.

Plus particulièrement parce que je regardais ce vécu comme quelque chose d’extérieur à moi, d’extraordinaire. J’avais beau dire que nous étions tous cette Énergie Divine, que nous étions tous le Soi, il y avait encore ces états – que je vivais un peu comme des parenthèses – et le quotidien. Il aura fallu encore quelques mois à l’ego et peut-être aussi ce séjour en Inde pour que je réalise autrement la Présence de Ramana Maharshi et d’Arunachala. Je commence à accepter ou plus exactement à vivre comme une évidence, bien au-delà de toute pensée intellectuelle, que la Présence et ces moments « extra-ordinaires » ne sont qu’une seule et même chose.

J’avais vécu si souvent cette Unité, mais l’ego avait encore si peur de poursuivre seul sa route qu’il a réussi à mettre entre parenthèses ce qui m’était offert par la Grâce Divine. Je sais aujourd’hui que dans ces moments, je suis cette Grâce. Et même si je m’en éloigne encore, la Conscience est, et rattrape l’ego sans qu’il s’y attende.

LIre : Par le Souffle Divin. Morceaux de vie et Enseignements, A.L.T.E.S.S

Vu sur le site de Troisième Millénaire : Témoins d'éveil

vendredi 6 février 2009

• Quelque chose comme l’essentiel - Steve Jourdain

Steve Jourdain

Question : D’accord, mais comment percevoir cette irréalité fondamentale ?

Steve : La réponse à votre question, vous l’avez sous les yeux, ou plutôt, elle vibre encore dans vos tympans. Toute cette irréalité que vous cherchez à démasquer s’est condensée dans votre question elle-même.
…Cette « chose » qui nous réunit autour de cette table de jardin, on ne peut l’atteindre en raisonnant. On y accède uniquement par un acte de conscience.
Un acte d’attention consciente, de vigilance, refluant sur lui-même.
Hélas, celui qui va se mettre à « méditer » (ou selon le bon mot de mon ami Trojani, à «merditer»), celui-là, quelle que soit la finesse de ses intuitions, va écouter sans relâche les injonctions de sa raison – et elle n’en manque pas ! Il va prêter l’oreille à la voix de la sirène, jusqu’à ce que tout se désagrège… En fait, chaque fois qu’on accomplit un acte de conscience, un acte qui va vers nous-mêmes, la raison le fait dérailler. Notre fonctionnement ordinaire, c’est la raison. Et que se passe-t-il lorsqu’on raisonne sur « je suis » ? C’est comme compulsif… Cédant à la tentation du délire, on s’autorise à se situer à l’extérieur de cet axe, de ce « maintenant » pur, et c’est reparti, le grand balayage introspectif se remet en place – et tout s’écroule.
Naturellement, ce que je suis en train de dire a déjà – sauf miracle – été récupéré par le fou qui est en nous et intégré au balayage…

Question : J’aimerais savoir, pour vous la pensée doit être anéantie ?

Steve : Nuançons, une fois n’est pas coutume. Ce qui doit être anéanti, c’est moins le moi pensant et la pensée, dans sa rive subjective, et dans sa rive objective (que, si je ne m’abuse, nous lui avons reconnue voici un moment), que notre sentiment que ces choses possèdent une existence propre, indépendante de notre moi profond, premier. Ça, c’est une autre expression du délire, de la folie profonde. Et ce n’est sûrement pas en raisonnant qu’on va réussir à consumer le voile !

Question : Vous semblez avoir désormais l’action de raisonner dans votre colimateur…

Steve : Raisonner…, il y a façon et façon. Mieux vaut bien sûr en ce domaine, une approche subtile et rigoureuse qu’un traitement mou et approximatif. Là, au moins, on porte l’hallucination à incandescence… Alors, l’intuition peut se réveiller et tout faire exploser ! De sorte qu’on pourra – enfin ! – faire ce qu’on a envie de faire : boire un café, griller une Gitane, descendre le torrent à la nage ou sur un matelas pneumatique, ou ne rien faire du tout. Enfin débarrassés de l’Être et du Non-être, du Semblable et du Dissemblable, du Un et du Multiple, du Temps et de l’Éternité, du Particulier et du Général, de tous ces grands piliers sur lesquels nous reposons ! Plus de piliers, plus de temples – cela paraît inouï – et pourtant il y a encore quelque chose !
Quelque chose comme l’essentiel.

Extrait d'une page du site des Éditions Accarias-L'originel

jeudi 5 février 2009

• Il y eut soudain un instant de reconnaissance - Poonja

Poonja

Je m’assis devant lui et commençai à lui raconter mon histoire. « Pendant vingt-cinq ans, j’ai fait une sadhana qui consistait principalement à répéter le nom de Krishna. Ces derniers temps j’atteignais 50 000 répétitions par jours. Je lisais aussi beaucoup d’ouvrages sur la spiritualité. Puis Rama, Sita, Lakshmana et Hanuman me sont apparus. Après leur départ je n’ai plus été capable de reprendre ma pratique spirituelle. Je n’arrive plus à répéter le nom de Krishna. Je ne peux plus lire mes livres. Je ne peux plus méditer. Je ressens un grand calme au fond de moi, mais il ne me reste plus aucun désir de porter mon attention sur Dieu. En fait, je n’y arrive pas, quelles que soient mes tentatives. Mon mental refuse de s’immerger dans des pensées de Dieu. Que m’est-il arrivé et que dois-je faire ? »

Le Maharshi me regarda et demanda : « Comment êtes-vous venu de Madras ? »

Je ne voyais pas l’intérêt de la question, mais je lui répondis poliment : « En train. »

– Et que s’est-il passé quand vous êtes arrivé en gare de Tiruvannamalai ?

– Eh bien, je suis descendu du train, j’ai remis mon billet et j’ai loué une charrette à bœufs pour me rendre à l’ashram.

– Puis vous êtes arrivé à l’ashram et vous avez payé le chauffeur ; qu’est-il advenu de la charrette ?

– Elle a dû repartir en ville, je suppose, dis-je, encre incertain du but vers lequel tendait cet interrogatoire.

Le Maharshi expliqua alors ce à quoi il voulait en venir.

« Le train vous a amené à votre destination. Vous en êtes descendu parce que vous n’en aviez plus besoin. Il vous avait amené à l’endroit où vous désiriez vous rendre. Il en est de même pour la charrette. Vous en êtes descendu après être arrivé à Ramanasramam. Vous n’aviez plus besoin ni du train ni de la charrette. Ils ont été des moyens pour venir ici. Maintenant que vous êtes arrivé, ils ne vous sont plus d’aucune utilité. C’est ce qui s’est passé avec votre sadhana. Votre japa [répétition de noms divins], vos lectures et vos méditations vous ont amené à votre destination spirituelle. Vous n’en avez plus besoin. Ce n’est pas vous qui avez abandonné vos pratiques, ce sont-elles qui vous ont quitté d’elles-mêmes, parce qu’elles ont rempli leur fonction. Vous êtes arrivé. »

Puis il me fixa attentivement. J’avais la sensation que mon corps et mon mental étaient entièrement lavés par des vagues de pureté. Son regard silencieux les purifiait. Je sentais qu’il regardait intensément dans mon Cœur. Sous ce regard envoûtant, chaque atome de mon corps était purifié. C’était comme si un nouveau corps était créé pour moi. Un processus de transformation prenait place, l’ancien corps mourait, atome par atome et un nouveau corps était créé à sa place. Puis, tout à coup, je compris. Je compris que cet homme qui m’avait parlé était, en fait, ce que j’étais déjà moi-même, ce que j’avais toujours été. Il y eut soudain un instant de reconnaissance et je devins présent au Soi. J’utilise délibérément le mot “reconnaissance”, car dès que l’expérience me fut révélée, je sus, sans erreur possible, que c’était le même état de paix et de bonheur que celui dans lequel j’avais été plongé à l’âge de huit ans, à Lahore, au moment où j’avais refusé de prendre la boisson à la mangue. Le regard silencieux du Maharshi rétablissait en moi cet état primordial, mais de façon permanente cette fois. Le “je”, qui avait si longtemps recherché un dieu extérieur, parce qu’il voulait retourner à cet état originel d’enfance, périssait dans la connaissance et le vécu direct du Soi que me révélait le Maharshi. Je ne peux pas décrire précisément ce qu’était ou ce qu’est ce vécu et les livres ont raison de dire qu’il ne peut pas être exprimé en mots. Je ne peux parler que des choses périphériques. Je peux dire que chaque cellule, chaque atome de mon corps s’éveillèrent à l’attention tandis qu’ils reconnaissaient et vivaient tous le Soi qui les animait et les portait, mais il m’est impossible de décrire l’expérience en elle-même. Je savais que ma recherche spirituelle était terminée pour de bon, cependant la source de cette connaissance restera toujours ineffable.

Extrait tiré de A la Source de l’Être, Entretiens avec H.W.L. Poonja
Éditions InnerQuest

Les dix entretiens et la biographie de H.W.L. Poonja (1910-1997) que composent cet ouvrage sont autant d'éclairages directs sur un enseignement non dualiste de connaissance de soi. Par leurs questions sincères et pertinentes, chaque intervenant, pousse Poonjaji à expliquer ce que sont : la démarche à suivre, comment se comprendre, ce qu'est la libération intérieure, la nature de la conscience, la nature de la pensée, l'éveil, la dévotion ou le rôle du maître spirituel. Autant de sujets, qui au travers des réponses de Poonja permettent au lecteur de prendre conscience qu'il est ce qu'il cherche, qu'il a toujours été libre et, qu'en réalité l'enseignement de Poonja n'en est pas un - puisqu'il ne s'adresse pas au mental, mais au cœur spirituel.

Tel son maître avant lui, Ramana Maharshi, tout comme d'autres grands sages contemporains, Poonjaji n'encourage pas les pratiques, ni l'accumulation du savoir ou de concepts. Il accompagne plutôt la prise de conscience directe : tout est déjà en nous ; la source de l'être est en chacun. Le langage de Poonja est clair, plein d'humour et laisse transparaître la joie de vivre d'un être totalement libre.

mercredi 4 février 2009

• Le mouvement du silence - David Ciussi

Le mouvement du silence



Bonheur de l'instant présent



Pratiquer la vulnérabilité du roseau


mardi 3 février 2009

• Nous sommes le même Soi - Leo Hartong

Leo Hartong

Dans mon cas, cette expérience s’est produite à l’âge de vingt-et-un ans (1969). Pour plusieurs raisons, j’avais l’impression d’être au bout du rouleau, et tandis que je touchais le fond, l’immense désespoir qui me tenaillait s’est soudain envolé. I’ve got a Feeling, une chanson de l’album Let it Be des Beatles passait sur la chaîne stéréo, et elle a touché quelque chose dans les profondeurs de mon être. Un vaste espace s’est ouvert. Il serait tout aussi vrai de dire que je me suis dilaté jusqu’à englober toute l’existence que de dire que j’avais totalement disparu. L’éternité que j’avais conçu comme un temps infini, est apparue comme l’absence de temps. Tout était infusé de vie, y compris ce que j’avais jusqu’à ce moment considéré comme inanimé. Toute l’existence avait en partage une source commune ; et le premier jour de la création comme l’ultime jour de la destruction étaient tous deux présents. L’univers n’était ni grand ni petit. Il se révélait simplement Un au-delà de tous attributs relatifs, tels que taille, localisation et temps. Alors qu’au niveau relatif, il apparaissait que l’objectif poursuivi par chaque élément servait tous les autres en une mosaïque complexe de parfaite harmonie, la totalité de la création, elle, se révélait au-delà de tout objectif. J’ai vu qu’elle est simplement telle qu’elle est : sa propre cause et sa propre plénitude.

Les choses qui précédemment revêtaient beaucoup d’importance n’en avaient plus. Les gens que je voyais depuis ma fenêtre semblait tous « au courant », tout en faisant semblant de ne pas savoir qui ils étaient réellement. Tandis que l’expérience diminuait d’intensité, je me souviens avoir pensé : « Comment vais-je pouvoir poursuivre ma vie de tous les jours et faire semblant d’être ce personnage limité ? Comment vais-je pouvoir aller travailler et me remettre à la routine habituelle ? » En fait, il m’a été parfaitement possible de continuer à vivre comme avant, mais il m’est resté la certitude que, même quand je ne le vois pas, tout est comme ce doit être.

.../...

Au fil des années cette expérience a été pour moi à la fois une source de réconfort et de confusion. Il y avait un souvenir précis d’une vision d’unicité universelle, même si elle n’était pas toujours ressentie. Ma première interprétation de cette expérience fut de dire que si tout est Un, alors chacun et chaque chose fait partie de cette unicité. Par la suite, je me suis rendu compte que c’était un piège linguistique – que si tout est vraiment Un, il n’y a pas de parties ni ne peut y avoir de vous et de moi pour en faire partie. J’ai vu que le « je » de ce corps-mental est le même « je » qui vit en et en tant qu’autrui. Peut-être qu’une bonne image serait de dire que nous sommes le même Soi sous une variété de costumes différents.


En même temps persistait ce sentiment contradictoire d’être une entité individuelle responsable de ses actions. Avant d’en arrivé à un clair et net « il n’est rien d’autre, ceci est tout et je suis ce tout – voilà tout ! », ce concept « faire partie » de cette unicité m’a amené à travailler sur moi pour en devenir une meilleure partie.

.../...

Actuellement, « je » demeure « mon adresse dans la vie », autant qu’une convention et une commodité grammaticales que je n’hésite jamais à utiliser. Mais il n’y a pas de « moi » objectif pouvant être identifié ou saisi. Il est clair que mon expérience mystique antérieure n’était pas l’illumination. L’idée d’un « je » ayant cette expérience a créé le paradoxe déroutant d’un « je » ayant une expérience non-duelle. A présent, il est évident que l’expérience dite mystique est tout autant une expérience que boire un verre de vin, faire l’amour, faire des courses, ou se promener sous la pluie. Tout ceci survient simplement en tant que moi et n’arrive pas à moi ni par moi. L’arrière-plan silencieux où l’expérience apparaît et disparaît avait échappé à l’attention du « moi » qui pensait avoir décroché la timbale.


Extrait de S’éveiller au rêve, Editions Accarias L’Originel

Voir aussi ce lien


lundi 2 février 2009

• Seule existait l’évidence de l’être - Yvan Amar

Yvan Amar

A cet instant, j’ai senti que je prenais un risque immense, mais que je ne pouvais plus ni reculer ni faire demi-tour : le risque de quitter le chemin de la transcendance. Soudain, j’abandonnais mon image de grand yogi capable de faire le silence intérieur. Ce jour-là, je dis à Nadège : « je joue un coup de poker : je renonce à tout ce à quoi j’ai cru pendant toutes ces années. Mais je n’abandonne pas, je renonce seulement à une certaine façon de voir. Je vais peut-être redevenir celui dont je me moquais hier, un homme ordinaire qui regarde la télé, qui mange un steak, qui va au cinéma, qui fonctionne comme tout le monde. » J’ai ajouté : « C’est plus fort que moi, je ne peux pas faire autrement. » Et j’ai pris le risque de la vie, le risque de ne plus chercher au-delà. D’un coup je me suis défait de tout ce avec quoi j’avais fonctionné. Totalement, sans rien préserver, sans rien sauvegarder.

Cela s’est passé en trois jours, pendant lesquels j’ai senti progressivement quelque chose que je n’avais jamais senti depuis ma naissance. J’ai senti la vie. Je suis allé vers ce qui était là et j’ai senti que la vie entrait en moi. Ce sont des expressions toutes simples qui viennent à ce moment-là, mais elles sont absolues. J’ai senti que cette vie m’aimait, comme j’étais, tel que j’étais. C’était comme si elle m’attendait. J’ai alors compris pourquoi les grands mystiques parlent de la Mère divine : parce que ce sentiment d’amour de la vie envers nous, on l’éprouve dans l’amour absolue d’une mère ; on est dans les bras de la Mère divine. Aucune vision, aucune hallucination, c’était quelque chose de très simple, de concret et d’immédiat, qui me prenait à l’intérieur et que je reconnaissais. Je sentais que cette vie m’aimait. Au fur et à mesure que c’était ressenti, éprouvé, montait en moi une confiance impérieuse. Autant je me sentais auparavant en conflit, séparé, avec une peur constante, autant j’éprouvais alors une confiance absolue dans ce qui était, dans la vie. Ce qui m’est apparu immédiatement, c’est que cette confiance était ma nature : à la fois cette confiance et son objet. Cela n’a fait que grandir pendant ces trois jours, jusqu’au moment où s’imposa une confiance absolue dans tout ce qui était sans que ce soit un objet. Alors, tout a disparu : la Mère divine, Yvan Amar… Il n’y avait que Cela : une réalité absolue où n’existait plus ni division ni conflits, où seule existait l’évidence de l’être.

Extrait de L’Effort et la Grâce, d'Yvan Amar, Éditions Albin Michel

dimanche 1 février 2009

• L'éveil s'évanouit avec le rêve - Yvan Amar


Non pas un réalisé, mais un réalisant, car on est en réalisation constante.
La réalisation n'est pas une fin, mais un phénomène constant, un saut sans fin.

On ne peut être établi dans l'éveil ; ce serait de nouveau le fixer. C'est le bourgeois qui s'établit.
« Être établi », c'est un peu avoir pignon sur le Soi, comme d'autres ont pignon sur rue...
L'éveil est la fluidité de l'éveil et du non-éveil.

L'éveil, c'est ce mouvement permanent de soi vers soi, et c'est ce mouvement permanent qui fait qu'on est à chaque instant sa propre voie et sa propre destination.

On n'atteint pas l'éveil ; un jour, on se rend compte qu'on vit l'éveil !

C'est l'empêcheur de l'éveil qui cherche un moyen de provoquer l'éveil.

Quand on dit : « La recherche de l'éveil est obstacle à l'éveil », ce n'est pas la recherche qui est obstacle, mais le fait de la fixer sur l'objet « Éveil ».
L'éveil n'est pas non-recherche, mais recherche sans objet (sans Nom).

Ce n'est pas l'éveil qui arrive ou s'en va, c'est le moi qui disparaît ou apparaît.

L'éveillé ne peut jamais être malade, un malade ; mais il connaît la maladie. De même qu'il ne peut jamais être un penseur, bien qu'il pense, jamais être un acteur, bien qu'il agisse.

Dire que l'éveil ne connaît pas la colère, c'est appauvrir l'éveil d'autant, et le limiter par elle. Si la colère est ca pable de limiter l'éveil, alors elle est plus puissante que lui. Conclusion logique : il vaut mieux être coléreux qu'éveillé !

L'éveil connaît la colère, mais l'éveillé n'est pas coléreux.

L'éveil n'est pas un état, mais tous les états.

L'éveil n'est ni clair ni obscur ;
l'éveil rend le clair et l'obscur vivants.

Entrer dans l'éveil, c'est comme entrer dans une mer sans rivages. Il n'y a pas d'autre bord, il n'y a pas de fin. C'est parce que la réalisation meurt à chaque instant qu'elle est vivante ; et c'est parce que nous nous refu sons à mourir à chaque instant que nous ne sommes pas vivants.

La réalisation (libération-éveil-délivrance) n'est pas le terme, l'aboutissement d'un processus, mais la nature fondamentale même de tous les processus.

C'est parce que le rêve s'arrête que l'on appelle ça l'éveil. Mais en fait, l'éveil, cela n'existe pas.

Cela s'appelle l'éveil du point de vue du rêve, mais quand le rêve cesse, cela n'a plus de nom, cela est Cela, c'est tout.

L'éveil s'évanouit avec le rêve.

Vu sur le site de Chronophonix