dimanche 29 septembre 2019

• Le moi personnel avait disparu - Suzanne Segal



Alors que Suzanne Segal montait dans un bus dans une rue de Paris, un cataclysme mental inattendu lui a fendu la conscience en deux. Quelques mois plus tard, son sentiment de soi personnel a disparu pour toujours.
Je rentrais chez moi dans mon appartement sur la rive gauche après avoir assisté à un cours pour femmes enceintes à la clinique de la ville où j'aurais mon bébé six mois plus tard. C'était la première semaine de mon quatrième mois de grossesse et je commençais tout juste à ressentir la moindre agitation des mouvements minuscules de ma fille, comme si j'étais balayée par une plume de l'intérieur. C'était le mois de mai et le soleil était chaud sur la tête et le visage alors que je me tenais à l'arrêt de bus de l'avenue de la Grande-Armée. Je n'étais pas pressé et j'avais décidé de prendre un bus au lieu du métro pour profiter du beau temps.
Bien que ma voix ait continué à parler de façon cohérente, je me sentais complètement déconnectée de celle-ci. Le visage de la femme à côté de moi semblait très éloigné et l'air entre nous semblait embué, comme rempli d'une soupe épaisse et lumineuse. Elle se retourna pour regarder par la fenêtre pendant un moment, puis tendit la main pour tirer le cordon afin d'indiquer au chauffeur de la laisser descendre à la prochaine étape. Quand elle se leva, je me glissai dans son siège près de la fenêtre et lui dis au revoir avec un sourire. Je pouvais sentir la sueur rouler sur mes bras et me perler sur le visage. J'étais terrifié.
Au moment où les yeux s'ouvrirent le lendemain matin, l'esprit explosa d'inquiétude.

Est-ce la folie? Psychose? Schizophrénie? Est-ce ce que les gens appellent une dépression nerveuse? Une dépression? Que s'est-il passé? Et ça s'arrêterait jamais? Claude avait commencé à remarquer mon agitation et attendait apparemment une explication. J'ai essayé de lui dire ce qui s'était passé la veille, mais j'étais trop loin pour parler. Le témoin semblait être l'endroit où se trouvait "je", ce qui laissait le corps, l'esprit et les émotions vides d'une personne. C'était incroyable que toutes ces fonctions continuent à fonctionner. Il n'y avait aucune explication à celui-ci pour Claude, et pour une fois j'étais content qu'il soit le genre de personne qui ne persévérait pas dans la poursuite d'un sujet que je ne voulais pas aborder.
Après des mois de prise de conscience mystifiante, quelque chose a changé: le témoin a disparu. Ce nouvel état était beaucoup plus déroutant et, par conséquent, plus terrifiant que l'expérience des mois précédents. On pourrait imaginer qu’un poids considérable aurait été levé lorsque le témoin aurait disparu, mais l’inverse était vrai. La disparition du témoin a entraîné la disparition des derniers vestiges de l'expérience de l'identité personnelle. Le témoin avait au moins tenu un lieu pour un "moi", bien que distant. Lors de la dissolution du témoin, il n'y avait littéralement plus d'expérience du "moi". L'expérience de l'identité personnelle s'est éteinte et ne devait plus jamais se reproduire.
Plusieurs autobus sont venus et sont allés avant que je voie enfin le numéro 37 qui s’approche de la large avenue. Six ou sept d'entre nous attendions ensemble à la halte, échangeant des plaisanteries sur la météo et des commentaires sur la nouvelle campagne de publicité apparue sur tous les panneaux d'affichage. À l’approche du bus, nous nous sommes rassemblés dans l’attente près du trottoir. L'autobus s'arrêta brusquement, expulsant l'odeur âcre des gaz d'échappement et du caoutchouc chaud dans l'air tiède du printemps.
Alors que je prenais ma place en ligne, j'ai soudainement senti mes oreilles se boucher, comme lorsque la pression change à l'intérieur d'un avion au cours de sa descente. Je me sentais coupé de la scène devant moi, comme si j'étais enfermé dans une bulle, incapable d'agir de la manière la plus mécanique qui soit. Je levai mon pied droit pour monter dans le bus et heurtai de plein fouet une force invisible qui pénétra dans ma conscience tel un bâton de dynamite qui explosait silencieusement. Dans l'espace vide qui est apparu, ce que j'avais précédemment appelé "moi" a été poussé de force hors de son emplacement habituel à l'intérieur de moi dans un nouvel emplacement situé à environ un pied derrière et à gauche de ma tête. "Je" était maintenant derrière mon corps, regardant le monde sans utiliser ses yeux.
D'une position non localisée quelque part derrière et à gauche, je pouvais voir mon corps devant et très loin. Tous les signaux du corps ont semblé mettre beaucoup de temps à être captés dans cet endroit non localisé, comme s'il s'agissait de la lumière provenant d'une étoile lointaine. Terrifié, j'ai regardé autour de moi, me demandant si quelqu'un d'autre avait remarqué quelque chose. Tous les autres passagers prenaient calmement leur siège et le chauffeur du bus me faisait signe de mettre mon billet jaune dans la machine pour que nous puissions partir.
Je secouai la tête plusieurs fois, dans l'espoir de remettre ma conscience en place, mais rien ne changea. Je me sentais de loin alors que mes doigts cherchaient à insérer le billet dans la fente et je marchais dans l'allée pour trouver un siège. Je me suis assis à côté d'une femme âgée avec qui j'avais discuté à l'arrêt de bus et j'ai essayé de poursuivre notre conversation. Mon esprit était complètement bloqué par le choc de la collision brutale avec tout ce qui avait délogé ma réalité antérieure.
Le bus est arrivé à mon arrêt rue Lecourbe et je suis descendu. Alors que je marchais dans les trois pâtés de maisons, j’essayais de me ressaisir en un seul morceau en me concentrant sur mon corps et en me replaçant là où j’espérais appartenir afin de retrouver la sensation auparavant normale de voir à travers les yeux du corps, de parler la bouche du corps et l'audition à travers les oreilles du corps. La force de la volonté a lamentablement échoué. Au lieu de ressentir à travers les sens physiques, je bougeais maintenant derrière le corps comme une bouée sur la mer. Décollée de la solidité sensorielle, séparée du corps et le voyant de loin, je me suis déplacée dans la rue comme un nuage de conscience suivant un corps qui semblait à la fois familier et étranger. Il y avait un attachement incompréhensible à ce corps, même s'il ne se sentait plus comme "le mien".
Incapable de donner un sens à cet état, l'esprit alternait entre une course effrénée pour tenter de reconstituer "moi" et une fermeture complète, ne laissant que le bourdonnement vide de l'espace résonnant dans les oreilles. Le témoin était absolument distinct de l'esprit, du corps et des émotions, et la position qu'il occupait, derrière et à gauche de la tête, restait constante. La distance profonde entre le témoin et l'esprit, le corps et les émotions semblait provoquer la panique en soi, en raison de la sensation d'être si faiblement attaché à l'existence physique. Dans cet état de témoignage, l'existence physique était sur le point de se dissoudre et le (le physique) réagissait en invoquant une peur de l'anéantissement aux proportions monumentales.
 En entrant dans mon appartement, Claude leva les yeux de son livre pour me saluer et me demander comment s'était passée ma journée. La terreur ne lui était pas immédiatement apparente, ce qui semblait étrangement rassurant. Je l'ai salué calmement comme si de rien n'était, en lui parlant de la classe à la clinique et en lui montrant le nouveau livre que j'avais acheté à la librairie américaine en rentrant chez moi. Il n'y avait aucun moyen imaginable de lui expliquer cela, alors je n'ai même pas essayé. La terreur montait rapidement et le corps était pris de panique, la sueur ruisselant sur les flancs, les mains froides et tremblantes, le cœur battant furieusement. L'esprit est entré en mode survie et a commencé à chercher des distractions. Peut-être que si je prenais un bain, une sieste, mangeais un repas, lisais un livre ou appelais quelqu'un au téléphone.
Le tout était cauchemardesque. L'esprit (je ne pouvais même plus l'appeler "mon" esprit) essayait de trouver une explication à cet événement clairement inexplicable. Le corps passa au-delà de la terreur dans une horreur effrénée, donnant lieu à un tel épuisement physique que le sommeil devint la seule option possible. Après avoir dit à Claude que je ne voulais pas être dérangé, je me suis couchée et je suis tombée dans ce que je pensais être un oubli de sommeil. Le sommeil est venu, mais le témoin a continué, témoin du sommeil depuis sa position derrière le corps. Ce fut l'expérience la plus étrange. L'esprit était définitivement endormi, mais quelque chose était simultanément éveillé.
L'esprit était tellement submergé par son incapacité à comprendre l'état actuel de l'existence qu'il ne pouvait pas être distrait. Il restait rivé aux incompréhensibles et indissociables dilemmes générés dans un flot ininterrompu sortant de cet état de conscience témoin. Il y avait le sentiment d'être à la limite, une limite entre existant et non existant, et l'esprit croyait que s'il ne maintenait pas la pensée de l'existence, l'existence elle-même cesserait. Chargé de cette directive apparemment de vie ou de mort, l’esprit eut du mal à retenir cette pensée, puis à s’épuiser au bout de plusieurs heures agitées. L'esprit était à l'agonie alors qu'il tentait vaillamment de donner du sens à quelque chose qu'il ne pourrait jamais comprendre, et le corps réagissait à l'angoisse de l'esprit en s'enfermant dans un mode de survie, de pompage d'adrénaline, de sens raffinés,
On a pensé que cette expérience de témoignage était peut-être l'état de conscience cosmique que Maharshi avait décrit bien avant comme la première étape de la prise de conscience éveillée. Mais l'esprit a instantanément écarté cette possibilité car il semblait impossible que le royaume infernal que j'habitais puisse avoir quelque chose à voir avec la conscience cosmique.
Le témoin persiste depuis des mois et chaque moment était atroce. Vivre au bord de la dissolution pendant des semaines est une source de stress insoutenable, et le seul répit était l’oubli du sommeil dans lequel j’ai plongé aussi longtemps et aussi souvent que possible. Dans le sommeil, l'esprit a finalement cessé de pomper sa litanie incessante de terreur et le témoin a été laissé témoin d'un esprit inconscient.
Le moi personnel avait disparu, mais il y avait encore un corps et un esprit vides de ceux qui les occupaient. L'expérience de vivre sans identité personnelle, sans être quelqu'un, un "moi" ou un "moi" est extrêmement difficile à décrire, mais elle est absolument indéniable. On ne peut pas confondre le fait de passer une mauvaise journée, de contracter la grippe, de se sentir bouleversé, en colère ou espacé. Lorsque le moi personnel disparaît, il n'y a personne à l'intérieur qui puisse être localisé comme étant vous-même. Le corps n'est qu'un contour, vide de tout ce dont il s'était déjà senti si plein.
L'esprit, le corps et les émotions ne se référaient plus à personne - personne ne pensait, personne ne ressentait, personne ne percevait. Pourtant, l'esprit, le corps et les émotions ont continué à fonctionner sans altération. apparemment, ils n'avaient pas besoin d'un "je" pour continuer à faire ce qu'ils faisaient toujours. Penser, ressentir, percevoir, parler, tout continuait comme avant, fonctionnant avec une finesse qui ne donnait aucune indication du vide derrière eux. Personne ne soupçonnait qu'un changement aussi radical s'était produit. Toutes les conversations se sont déroulées comme avant; la langue était employée de la même manière. Vous pouvez poser des questions et y répondre, conduire des voitures, préparer des repas, lire des livres, répondre au téléphone et écrire des lettres. Tout semblait parfaitement normal de l’extérieur, comme si la même vieille Suzanne tenait sa vie comme elle l’avait toujours fait.
Pour tenter de comprendre ce qui s'était passé, l'esprit a commencé à faire des heures supplémentaires, générant d'innombrables questions sans réponse. Qui a pensé? Qui a ressenti? Qui a eu peur? À qui parlaient les gens quand ils m'ont parlé? Qui regardaient-ils? Pourquoi y avait-il un reflet dans le miroir, puisqu'il n'y avait personne? Pourquoi ces yeux se sont-ils ouverts le matin? Pourquoi ce corps a-t-il continué? Qui vivait? La vie est devenue un long koan ininterrompu, toujours insoluble, toujours mystérieux, complètement hors de portée de la capacité de l'esprit à comprendre.
Les moments les plus étranges se sont produits quand il a été fait référence à mon nom. Si je devais l'écrire sur un chèque ou la signer sur une lettre, je regarderais les lettres sur le papier et l'esprit se noyait dans la perplexité. Le nom ne fait référence à personne. Il n'y avait plus de Suzanne Segal; peut-être n'y en avait-il jamais eu. Il y a un retournement vers l'intérieur qui se produit lorsque l'esprit recherche des informations internes, qu'il s'agisse de sentiments ou de pensées ou de la connexion à un nom ou à une expérience intérieure de quelque nature que ce soit. Ceci est généralement appelé introspection. Sans un moi personnel, l'intérieur ou l'intérieur n'existait tout simplement pas. Le mouvement intérieur de l'esprit devint la plus bizarre des expériences quand, à maintes reprises, il trouva le vide total là où il avait précédemment trouvé un objet à percevoir, un concept de soi.
Plus l'esprit devenait perplexe, plus la peur était grande. À ce moment-là, le corps s'était enfermé dans un climat de terreur générant des tremblements continus aux extrémités et une transpiration abondante. Mes vêtements étaient constamment humides et les draps du lit devaient être mis à sécher chaque matin. Pire encore, l’expérience du sommeil avait radicalement changé parallèlement à la cessation de l’identité personnelle, ne me laissant pas échapper à la conscience constante du vide de soi. Dormir et rêver maintenant ne contenait la conscience de personne qui dormait ou rêvait, tout comme l'état de conscience éveillé contenait la conscience qu'il n'y avait personne qui était éveillé.

Traduction Française faite à partir de Google (d'où quelques imperfections par moments), et tirée du site Realization.org

vendredi 20 septembre 2019

mercredi 18 septembre 2019

dimanche 15 septembre 2019

• Le Retournement Vital - Catherine Harding


J’ai la chance d’habiter dans le midi où souvent les routes départementales, pas très larges, suivent la côte et, donc, serpentent selon le relief ou les villages et les hameaux. De temps en temps, la route devient si étroite qu’un panneau annonce : « Point de retournement à 100 m. » C’est l’avertissement que si vous voulez faire demi-tour, c’est LA-BAS, à 100 mètres. L’information est utile. Pour la circulation routière. Sans plus.
Mais chaque fois cela résonne en moi comme un clin d’oeil qui me rappelle avec humour le grand retournement :
Le Retournement Vital, celui qui consiste à retourner notre regard vers l’intérieur de nous-même, à regarder Ce qui regarde en nous, La Présence dont dépend notre bien-ETRE.
Ce retournement de l’attention qui devient un mode de vie libérateur .
Pour ce retournement là, pas de panneau indicateur. Mais des signaux, des alarmes : ce sont les problèmes, les difficultés sur la route de la vie qui nous indiquent :
« Urgent! Point de Retournement à 0 centimètre de vous, ICI et maintenant. »
J’ai déjà beaucoup parlé de la difficulté à vieillir et combien cette inversion du regard, le retour à notre vrai visage, notre visage originel sont souverains.

« Si dans ta tête
Tu te retournes
Face à non-face
Tu vois Dieu
Il t'efface
Rien d’autre »
Jacques Goorma

Effacer le visage acquis (celui que nous a donné le conditionnement social), c’est la libération, c’est laisser place à notre visage originel, cet Espace Grand Ouvert, Accueil pour le monde, Ce que nous sommes vraiment, vraiment.
On me demande souvent : et la douleur physique ? Oui. Je la connais. Ô combien ! « Depuis 4 ans, c’est non-stop ». Et à nouveau, le seul remède que j’ai trouvé c’est ce retournement, ce retour au centre de nous-même, à la Conscience pure, lumineuse, vide, et pourtant vibrante de vie.
S’asseoir, immobile, silencieux, expirer profondément, et se laisser descendre dans l’Espace Infini, se fondre dans la Présence au plus profond de soi-même, longtemps, longtemps … abandonner toute saisie, se laisser dissoudre dans cet infini. Voilà ma recette.
« Là, tout n’est que Luxe, Calme et Volupté », disait Baudelaire à son amie.
Moi je dis à mes amis : «ICI tout est n’est que Paix, Amour et Joie d’Etre »
Essayez votre visage originel.
Établi dans ce vide lumineux, regardez le monde là-dehors.
Regardez bien la douleur !
Où est-elle ?
Où êtes-vous ?
N’est-elle pas périphérique ?
Et vous, central ?
Oui la douleur est là, mais vous, immergé dans la paix profonde,
Vous pouvez l’accueillir, l’accepter, comme vous accueillez et acceptez le reste du monde.
Et la douleur acceptée diminue, devient supportable.
Essayez…

Vu sur l'excellent blog de José Le Roy : Éveil & Philosophie

mardi 10 septembre 2019

• Être libre de celui qui regarde - Jean Klein


Le 'concept-je' est une contraction qui cherche la sécurité, pour survivre dans des situations figées. Mais dans le corps lumineux en expansion, il n'y a pas de place pour le 'concept-je'. Dans le regard on doit être libre de celui qui regarde.

lundi 9 septembre 2019

• Quand on s’éveille enfin à la claire compréhension - Denis Merzel


Quand on s'éveille enfin à la claire compréhension
Et que l'on sent qu'il n'y a aucune frontière
Qu'il n'y en a jamais eu
On se rend compte qu'on est tout.
Les montagnes, les rivières,
L'herbe, les, arbres, le soleil, la lune, les étoiles
Et l'univers enfin
Ne sont autres que nous-mêmes.
Rien ne nous distingue
Rien ne nous sépare les uns des autres
L'aliénation, la peur, la jalousie, la haine
Sont évanouies.
On sait en pleine lumière
Que rien n'existe en dehors de soi
Que par conséquent rien n'est a craindre.
Etre conscient de cet état
Engendre la compassion,
Les gens et les choses
Ne sont plus séparés de nous
Mais sont au contraire
Comme notre propre corps.

Denis Merzel/Genpo Sensei 

jeudi 5 septembre 2019

• La naissance du soi en Soi - Claudette Vidal


Ce livre porte sur le pouvoir créateur, un pouvoir que nous détenons tous. Il présente des concepts clairs, des témoignages vivants et de nombreux exercices favorisant sa mise en pratique.
Vous y découvrirez une approche combinant les aspects yin et yang, c'est-à-dire attention-accueil-ouverture-passivité et intention-choix-concrétisation-action. Vous y trouverez une source d'inspiration nourrissant votre élan pour créer, en conscience, la vie que vous souhaitez vraiment vivre.
Ce sujet, aussi passionnant que sensible, vaste et complexe, est également truffé de pièges et fait l'objet de nombreuses fabulations. Loin d'entretenir l'illusion égotique, vous êtes invités à créer votre vie en conscience plutôt que de subir celle programmée par votre inconscient.
Créer sa vie requiert de nombreux savoir être et savoir-faire. Les développer est une aventure passionnante
Chaque être humain témoigne d'un univers, aussi riche que complexe, et vit une multitude d'expériences diverses et variées. Chaque expérience est un coup de pinceau sur une ouvre en perpétuel déploiement. Devenez le Picasso de votre vie et créez une ouvre révélant votre unicité et votre beauté intérieure.
Le jour où il est possible de poser un regard bienveillant sur la fresque de notre vie, ce jour-là, grâce à l'amour de soi, notre génie créateur prend un tournant décisif et peut enfin se révéler.
Nous sommes en perpétuelle création de nous-mêmes - nous créons l'ouvre qui nous façonne et nous fait accoucher de nous-mêmes.

« Je recommande très chaleureusement cet ouvrage, car je le vois comme un véritable trésor pour tout être aspirant à se réaliser pleinement dans toutes les dimensions de son être. »
Isabelle Padovani

© Extraits publiés avec l'aimable accord des Éditions Accarias-L'Originel  :

Les pièges de la Non-Dualité

La Non-Dualité est une voie spirituelle conduisant à la Réalisation du Soi. Le chercheur qui emprunte ce chemin sacré est amené à voir que le Soi est la Réalité ultime, que l'Absolu est en tout, qu'Il transcende, contient et embrasse tout ce qui est. La désidentification au corps et au mental conduit à la réalisation que notre nature véritable est Présence silencieuse et que notre individualité est l'une de ses nombreuses manifestations dans la matière.
Cette voie, axée sur l'Impersonnel, comporte cependant de nombreux pièges. En effet, la plupart des chercheurs spirituels engagés sur cette voie d'éveil ne sont pas conscients de chercher essentiellement :

o Un soulagement à leurs souffrances
o Un sens à leur vie
o Une solution à leurs problèmes existentiels

Ces personnes ont souvent une authentique démarche spirituelle, un réel désir d'union avec le Soi. Néanmoins, tant que l'ego est blessé, la recherche du soulagement prédomine. Un sérieux travail de réhabilitation de l'ego sera donc nécessaire à quiconque souhaite emprunter ce chemin. Tant que les racines du mal-être n'ont pas été coupées, l'ego souffrant récupère les fruits du travail et se renforce bien plus qu'il ne s'affaiblit.
La profonde souffrance de l'ego est une névrose. Nous en sommes tous plus ou moins atteints. L'éveil à Soi ne guérit pas la névrose, mais il permet de s'en dissocier. Comme elle est toujours présente, elle continuera d'affecter la personne, bien qu'elle soit éveillée à sa vraie nature. Se camper dans l'idée de vouloir disparaître ou défendre le postulat qu'il n'y a rien à faire, est souvent le symptôme de troubles profonds transférés en spiritualité.
Voici ce qu'a écrit Sri Aurobindo à ce sujet : « ... ces choses, quand elles pénètrent ou se déversent d’en haut, apparaissent avec une grande force, suscitent un sentiment très vif d’inspiration ou d’illumination, une grande sensation de lumière et de joie, une impression d’élargissement et de pouvoir. L'apprenti yogi se sent libéré des limites normales, projeté dans un monde d’expériences nouveau et merveilleux, empli, élargi, exalté ; par ailleurs, ce qu'il vit se confond avec ses aspirations personnelles, ses ambitions, ses conceptions de l’accomplissement spirituel et les pouvoirs surnaturels qu'il a acquis.
Il se laisse très facilement emporter par cette splendeur et a l’illusion d’avoir réalisé quelque chose de définitif ou du moins de souverainement vrai. À ce stade, il lui manque d’ordinaire la connaissance et l’expérience indispensables qui lui diraient que ce n’est là qu’un début très incertain et très mélangé ; il peut ne pas comprendre tout de suite qu’il est encore dans l’ignorance cosmique, non dans la Vérité cosmique, moins encore dans la Vérité transcendante. Toutes les idées – vérités formatrices ou dynamiques – qui ont pu descendre en lui sont seulement partielles et d’autant plus amoindries qu’une conscience encore impure les lui a offertes. »
Ce sage indien fait ici référence à la période critique que rencontrent les apprentis. Le nouvel éveillé vit une période transitoire où l'ego est fréquemment dans le déni de sa propre identité. Il proclame que tout est illusion, ajoutant ainsi du néant à une vie souvent déjà dénuée de sens, où la joie est souvent absente.
La vérité de l'éveil dissout la croyance que nous sommes séparés. La dualité sujet/objet est anéantie puisque le sujet n’existe plus. La séparation qui opposait les phénomènes à Être s’est envolée, seule l’Unité demeure. Le Vide vivant apparaît comme la plus grande évidence. La Présence accomplit les gestes, préside aux relations qui sont maintenant empreintes de douceur et de bienveillance.

Dans la première étape, la vision se porte sur le non-manifesté, l’Absolu ; dans la seconde, elle se porte sur la manifestation, les phénomènes. Cette seconde période est l’objet de la prodigieuse découverte que Je suis Tout. Je me reconnais à travers la multiplicité et me rencontre dans chaque être humain, arbre, fleur ou nuage. Tout est Soi ! Le cœur s’ouvre, aime et se reconnaît en toute chose. C’est profondément extatique.

Un courant spirituel appelé "Néo-Advaïta", né il y a quelques années, proclame au travers de ses enseignants que dans la réalisation du Soi:

o "Je" n'existe pas
o Tout est illusion
o Il n'y a pas de chemin
o Il n'y a rien à faire
o Il n'est pas nécessaire de faire un travail sur soi

Ces propos, coupés de la réalité, ont un certain écho auprès de ceux qui ont du mal à vivre et cherchent un exutoire. Il est amusant de constater qu'il y a forcément "une personne" qui témoigne du fait qu'il n'y a personne !... Ici, en l'occurrence, l'ego affirme ne pas exister. L'éveil à Soi est parfois un piège. Conscient de ne plus être séparé, mais également de ne plus être l'identité suprême, l'ego a souvent du mal à intégrer cette réalisation et tergiverse un moment dans les méandres de l'Absolu, clamant sa propre "disparition". Plusieurs années sont souvent nécessaires pour que la conscience de qui nous sommes s'intègre et s'infuse dans tous les aspects de soi, pour que l'Unité transcende la dualité.

Ceux qui nient le "je" individuel, n'ont pas encore vécu la naissance du soi en Soi. Ce passage est appelé "résurrection" dans le catholicisme. Le nouveau soi naît d’un élan du cœur. Il se présente avec la fraîcheur et la candeur d’un nouveau-né. Il est ouvert, disponible, se laissant traverser par la vie. Son origine n’est pas le mental, mais la Source divine, vivante et vivifiante. Cet ego est une émergence de l’Impersonnel dans le personnel, ici et maintenant.

Il n’y a plus de réputation à défendre, plus d’image de soi à soutenir. Une incommensurable autorisation à expérimenter les multiples facettes de la vie se fait jour. Les efforts pour tenter d’être correct, pertinent, adapté et fort sont remplacés par une acceptation inconditionnelle de ce qui est. Le juge intérieur a disparu au profit d’une présence aimante.

Les expériences vécues par ce nouvel ego mature s’effaceront au fur et à mesure qu’elles se produiront, ne laissant aucune trace.
L’émouvante beauté de l’être humain réside dans le fait que la sagesse du cœur ne s’acquiert pas soudainement, mais au fur et à mesure de l'embrasement du contenu de la conscience par l’amour inconditionnel. L’amour transperce chaque création pour révéler le Soi. L’ouverture du cœur trouve son apogée lorsqu’il est réalisé que tout, absolument tout est Soi. 


samedi 31 août 2019

• La saveur de l’Instant - Pierre Leré Guillemet


A l'âge de 19 ans, Pierre Leré Guillemet vit une expérience spirituelle décisive qui le pousse à rechercher sans relâche l'Eveil. L'introspection va durer 17 ans. De nombreuses rencontres avec des sages d'Orient et d'Occident, et des voyages, vont l'amener jusqu'aux Himalayas à la rencontre de plusieurs yogis, avec lesquels il séjourne plusieurs années. C'est finalement à son retour en France, dans la simplicité de la vie quotidienne, que se révèle la Libération tant désirée, mettant fin à toute quête.
Pierre partage cette Réalisation par des moments de rencontre sous forme de questions/réponses et des méditations en silence ou guidées.


 Depuis l'enfance, des questions existentielles comme : " "Qu'est-ce que je fais ici ? Quel est le but de cette vie ?..." " revenaient sans cesse. Un jour je réalisais qu'aucun adulte de mon entourage n'avait de réponses à mes interrogations, alors une profonde mélancolie s'installa. Ce n'est qu'après une expérience qui se produisit spontanément à l'âge de dix-neuf ans, que tout bascula pour la première fois. Allongé sur mon lit, une énième question surgit de nulle part : « Que se passerait-il si, pour jouer, j'arrêtais de penser ? ». À l'instant même le temps s'arrêta pour moi, seul demeurait un espace infini, et une plénitude dune douceur indescriptible se révéla avec une intensité débordante. Je sus alors de manière infuse que le but ultime de la Vie était de réaliser que nous étions tous Cela, un « élan » me fit comprendre alors qu'un jour j'en parlerai à « tout le monde. » Du jour au lendemain, tous mes objectifs de vie furent motivés par un ardent désir de Vérité. Une quête de dix-sept ans s'en suivit, ponctuée de rencontres avec des sages, des guides, et qui aboutit à vivre en Himalaya trois années en leur compagnie. Mais ce n'est qu'une fois de retour en France, dans la simplicité du quotidien, que ce que l'on nomme souvent « Éveil » ou « Réalisation du Soi » eu lieu, mettant définitivement fin à toutes les quêtes. Puis une dernière question émergea : « Comment expliquer cela ? » Et plus rien... le « questionneur » disparu, et du Silence du Coeur, jaillis un texte. Celui-ci.

© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Aluna :


Être Conscient,
c’est Vivre sans passer par les filtres du mental et de l’ego.

Il ne reste alors que la pure perception de Ce qui Est.

Cela donne une fraîcheur, une saveur à l’Instant,
semblable à celle du petit enfant qui s’émerveille de tout, tout le temps.

La tête (trop compliquée) ne peut pas comprendre cela
car cette Union se fait par la Simplicité du Cœur.

C’est le Cœur qui agit,
qui voit, qui goûte, qui touche... qui embrasse Tout Ce qui Est.

≈≈≈≈≈≈≈

L’Éveil,
c’est la Conscience qui prend conscience d’elle-même.
Cette Vérité, une fois vécue, est indéracinable.

Cependant, les pensées, émotions, et sensations 
peuvent donner l’apparence d’un retour à la séparation.

Il n’est pas nécessaire de lutter
contre les pensées, les émotions et les sensations
pour Être la Présence.

Il suffit simplement de reconnaître que tout ce qui apparaît,
apparaît de la Présence (maintenant)
et disparaît de la Présence (maintenant).

Il n’y a que la Présence (maintenant) et Tu Es cela.

La Présence est toujours là, sans aucune discontinuité.

Le mental peut faire de l’éveil un « souvenir » 
qui apparaît dans l’histoire personnelle, ceci renforcera alors l’ego 
avec l’idée : « dans mon histoire, j’ai vécu l’éveil ».

Mais l’éveil n’est pas temporaire, 
on ne vit pas l’éveil à un moment, et puis plus rien,
on est constamment l’éveil,
même si il n’est jamais ressenti de la même façon.

Tout est inclus en le fait d’Être.

L’éveil n’est pas l’expérience d’un sujet qui expérimenterait un objet.

La conscience est sujet pur (partout en même temps).
Il n’y a que l’Un, la conscience partout, 
et tout apparaît par elle, en elle.

Y compris les pensées, les émotions et les sensations.
C’est seulement la croyance en ces pensées, émotions, sensations
comme étant la vérité absolue qui créé la souffrance.

La Conscience n’est pas personnelle, il n’y a pas de personnage.

L’histoire personnelle n’est qu’un agrégat 
des idées enregistrées dans la mémoire.

La conscience était là avant, est là pendant, et sera là après la personne.

Seul le Cœur peut comprendre Cela.

Le mental ne peut percevoir l’omniprésence de l’Être.

L’infini est inconcevable pour le mental fini.

≈≈≈≈≈≈≈

La Béatitude,

c’est la Conscience qui créée l’apparence d’une séparation
pour s’émerveiller d’Elle-même en Elle-même

et se ré-absorber en Elle-même
par un courant d’un Amour Infini qui unit le Tout... en Un.

Il n’y a pas de choix dans cette vie,
juste une Force qui nous pousse à Réaliser cette Amour Infini,
qui Est l’Unité Absolue.

mercredi 28 août 2019

• L’écoute sans conclusion de ce qui est - Aédan


Dans ces textes, lus par des dizaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux et rassemblés ici pour la première fois, Aédàn nous invite à remplacer nos sages aspirations spirituelles par la pratique d’une sincérité ardente et vulnérable.
Chez cet auteur, l’éternité ne se manifeste pas en images surannées, mais en éruptions de vivacité. Le spirituel n’est pas associé à la sainteté pure et diaphane mais, au contraire, au fait d’avoir les mains pleines de terre, au fait d’être maculé de sang et de vie.
Expérience mystique, métaphysique et passion poétique se rencontrent à chaque page. A coup d’affirmations brulantes, la voix de l’auteur se fraie un chemin jusque dans le cœur, voire l’âme de qui le lit.
Refermant le livre, on se souvient qu’être vivant est un miracle, que ce miracle est difficile : que ce miracle est appel, invitation.

 Poète, mystique et thérapeute, Aédàn a étudié auprès d’artistes et d’enseignants mondialement reconnus. Dans son travail, il accompagne les groupes et les individus à mettre en dialogue le corporel, le psychologique et l’environnement naturel. Il a enseigné en France, en Californie et à Hawaii. Il traduit de la poésie, et fait de l’interprétariat pour de grands noms de l’art et de la spiritualité. Il anime depuis cinq ans la page Facebook Spiritualité sauvage, où vous pouvez retrouver ses textes.

© Extraits publiés avec l'aimable accord des Éditions Aluna

J’ai souvent observé que les enseignements spirituels sont autant des ressources que des pièges.
Je discutais avec ce jeune homme d’une quarantaine d’année (il était jeune, vraiment, et il avait quarante-deux ans). Il me parlait de ses conceptions bouddhistes dont il était très clair qu’elles étaient un lourd bagage qui servait bien souvent à ne pas voir la grâce qui est là devant soi.
Comme il ne m’avait pas demandé de l’aider spirituellement, respectueusement, je ne touchais pas aux chaînes spirituelles avec lesquelles il dansait avec art. Je l’écoutais parler d’ego et de discernement, pris dans des filets discursifs, mon cœur brillant de compassion. Il y avait là tant de crispations, de souffrance. J’avais envie de le prendre dans mes bras.
Je n’aurais pas voulu le défaire de toute croyance spirituelle, non. J’aurais simplement voulu pouvoir caresser, masser, détendre les mains, les poignets de son âme qui s’agrippaient à ces « vérités » avec tant de force.
Il croyait avoir compris le chemin. Il croyait savoir la voie. Pour son esprit brillant, tout était clair. Pour cet être plein de discipline et de puissance intérieure, le chemin était tracé.
J’aurais simplement voulu l’allonger dans les herbes de ce désert merveilleux du Nouveau-Mexique, son cœur à l’écoute du palpitement du ciel et de la terre. J’aurais simplement voulu le dénuder et le faire méditer son entrée dans l’eau claire de l’étang qui avait été récemment rempli par des pluies de moussons en avance sur la saison.
Se dénuder des certitudes. Se laver des enseignements.

Être vivant,
Peau contre peau d’avec le vent, l’eau et la vie.
Être vivant,
C’est pour moi tout l’Enseignement.

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C’est une vie vécue depuis le silence que je suis, une vie vécue sans repère, une vie traversée et vide, une vie absolument transparente, une vie suspendue dans le néant merveilleux de l’être, expression du sans-raison fondamental de l’univers.


Au final, tout se résume à une attitude. L’écoute sans conclusion de ce qui est.

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La spiritualité, c’est immoral. On ne peut jamais mériter la béatitude absolue que nous sommes. L’infini qui se découvre ne peut être payé par les efforts finis qui sont fournis. La spiritualité, c’est sans bien, sans mal, sans mérite, sans démérite. Qui a mérité d’exister ?

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Une fois abandonnée cette prétention à pouvoir payer Charron pour le dernier voyage, enfin on s’offre à la gratuité de cet instant. C’est cela, le sens du mot grâce : il n’y a rien à faire, rien à donner, rien à mériter, rien à payer.
On s’abandonne, on abandonne, on écoute, on mendie, on s’ouvre, on aime, on doute, on ne sait pas.
Enfin, on ne sait plus.

lundi 24 juin 2019

• Dans son Essence, c'est la pure conscience - Kathleen Dowling Singh


Silencieusement, Cela apparaît...
Quand on le réalise, c'est vaste et sans limite ;
Dans son Essence, c'est la pure conscience,
Tout émerveillée devant ce reflet pur...
L'émerveillement infini permet cette sérénité ;
Dans cette illumination,
tout effort intentionnel disparaît.
Le silence est le mot de la fin.
Le reflet est la réponse à toute manifestation.
Dépourvue de quelque effort que ce soit,
Cette réponse est naturelle et spontanée...
La vérité de l'illumination silencieuse est parfaite et complète.

Hung Chih

L'auteure s'attache à faire la lumière sur l'intime relation qui existe entre mourir, la pratique de la contemplation, et l'épanouissement spirituel. Ce livre offre une vision significative des dimensions subtiles et des transformations profondes que nous traversons quand nous sommes proches de la mort. 
Quand nous regardons dans ce « miroir » que nous offre le processus de fin de vie, nous obtenons une image plus claire de nous-mêmes et de toutes les possibilités inhérentes à la conscience humaine. 
En nous révélant les niveaux de conscience qui transcendent la conscience personnelle, cet ouvrage permet de comprendre que l'approche de la mort est un processus naturel d'éveil à notre nature véritable. Il nous indique comment nous nous reconnectons à l'Êtreté d'où nous sommes issus. 
Après avoir côtoyé des centaines de mourants, l'auteure observe que la fin de vie a pour effet de modifier notre perception en la faisant passer du drame à l'expérience de la grâce. Dans la dissolution qui a lieu à ce moment-là, nous dépassons le sens personnel du Moi, et les illusions d'un mental ordinaire. En soi, l'opportunité de l'imminence de la mort semble posséder les potentialités d'une démarche spirituelle.
En approfondissant notre connaissance du voyage humain dans sa globalité - de la naissance à la mort -, nous renforçons notre capacité à vivre plus pleinement, plus librement. Grâce à cette expansion de notre horizon, nous entrons dans des dimensions qui permettent à notre être de s'ouvrir à ce qui est avec moins d'artifices et plus de simplicité d'être, avec moins de frivolité et plus de joie, avec moins de souffrance et plus de gratitude.

« Un livre profond et émouvant - dont nous avons tant besoin. » Ken Wilber.

© Extraits publiés avec l'aimable accord des Éditions Accarias-L'Originel

La conscience une


Les oiseaux ont disparu dans le ciel,

Et maintenant, le dernier nuage se dissout. Nous nous asseyons, la montagne et moi, Jusquà ce que seule la montagne demeure.

LiPo
Peu à peu, nous comprenons quil ne sagit pas dune vitre, mais dun miroir, que le divin que nous contemplons est notre moi. Dans notre nature individualisée, nous voyons notre nature essentielle. Cest lémergence de la conscience une. Isaac laveugle, lun des tout premiers mystiques juifs, appelait ce niveau, situé bien au-delà de la compréhension rationnelle, deus absconditus, Dieu caché dans le soi, dans les profondeurs du néant, « ce que la raison est impuissante à concevoir ».
Dans notre conscience, dans notre identité, dans notre connaissance, nous étions déjà devenus celui qui voit, le témoin transpersonnel. Maintenant, à travers cette présence silencieuse, nous pressentons qu’il n’y a aucune différence entre « celui qui voit », le scénariste, et la scène. Nous découvrons qu’il n’y a jamais l’un sans l’autre. Seule subsiste la conscience. Cest elle qui est derrière tout, en tant que rayonnement naturel de l’treté. Et nous reconnaissons quil en a toujours été ainsi. La conscience est une réalité ancienne, non née, et qui jamais ne mourra. Notre sens séparé du moi finit par totalement détendre ses contractions. Nous effaçons la parenthèse que nous avions dessinée au cœur de linfinitude à jamais présente de lesprit.
Dans la tradition de lislam, on fait référence à la conscience en tant quidentité suprême. cest la même conscience qui a marché sur Terre dans chacun des ancêtres dont nous sommes le fruit, et la même identité qui marchera sur Terre dans chacun des descendants à qui notre graine donnera vie. Elle nest jamais née et ne mourra jamais, elle est vacuité et plénitude, un et multitude. Lâme est alors remplacée par lesprit.
Une fois atteint ce niveau de conscience, la tradition nous dit que notre sens de lidentité se répand dans tout. La réalité est reçue, ou nous pénètre, de la manière la plus pure et directe qui soit. Quand le sens du moi se dissout complètement, le premier dualisme en fait autant. Avec la conscience quil ny a aucune dif- férence, aucune limite, entre lexpérience et l’experiencer (celui qui fait lexpérience), commence létape de réalisation la plus élevée, lactualisation intégrale dans lêtreté – la conscience une. Avec la dissolution de la première limite, notre sens de lidentité englobe tout. À ce niveau dunité ultime, nous ne sommes plus un moi face à la réalité, mais, comme le dit Wilber, « nous devenons la réalité ». La contemplation de cet état de conscience rarissime, loin de létat dans lequel la majorité dentre nous traversent la grande partie de notre existence, est stupéfiante.
Notre esprit souvre sur lextraordinaire et vaste nature de lêtreté, vide et pleine, complètement inimaginable et inexpressible. Dans cette dimension plus subtile, toutes nos conceptualisations, à propos de notre identité et de la réalité, se dissolvent, comme un nuage de fumée balayé par le vent. En fait, le mot sanskrit nirvana veut dire « extinction ». Cest létat inconditionnel où ignorance et désir séteignent tous les deux.
Notre nature même nest en aucun cas autre que létat dêtre appelé : bouddhéité, Tao, Brahman, Dieu, la nature même de la réalité. Elle est non duelle : ni un, ni deux, simultanément interpénétrés.
Ici, ce qui nous est révélé, ce qui est connu, ce quen vérité nous sommes devenus, cest, comme Sogyal Rinpoché le dit : "La nature de notre esprit est semblable au ciel. Complètement ouvert, libre, sans limite ; il est fondamentalement si simple et si naturel quil ne peut jamais être compliqué, corrompu ni maculé... Cest simplement limmaculé qui se regarde."
Voilà lexpérience que je suis portée à croire que chacun fait quand nous entrons dans la mort : l’immaculé se regarde, tout simplement.
.../...

En fait, quand tout se dissout, nous revenons à notre état originel. tout est dénoué : le corps et l’esprit, les liens entre un niveau de manifestation et un autre, incluant les liens entre le champ énergétique et le système nerveux, et les liens qui ancrent la force vitale au plan physique. Quand tout cela meurt, les émotions, les désirs, les dualismes, toutes les structures précédentes de l’identité meurent également. Cela crée une ouverture. Le sens de solidité corporelle se dissout. Les Tibétains appellent cet intervalle particulier le « bardo de la fin de vie » et le reconnaissent en tant que moment le plus profond dans la vie d’un être humain, le moment où l’opportunité spirituelle est la plus importante. Cet intervalle est comme une fenêtre ouvrant sur la révélation de la nature immaculée de la réalité qui est pure, rayonnante, simple, entière. C’est dans cette ouverture que notre véritable nature nous est révélée.