vendredi 12 février 2010

• C'est pour ça que je témoigne... - Bernard Harmand

 
 Partage avec Bernard Harmand
Satsang du samedi 25 octobre 2008

Le 14 avril 2008, j’eus la joie profonde de rencontrer Bernard. Engagé avec passion dans la recherche depuis 40 ans, j’étais alors moine zen et enseignais cette pratique depuis plus de 20 ans. J’étais, et ceci peut éclairer en partie les raisons de ce satsang exceptionnel, en passe  d’être « intronisé » maître zen et ma rencontre avec Bernard fut un véritable tsunami intérieur avec des répercussions extérieures. C’est pourquoi je l’appelais dans les jours qui suivent avec humour et profond Amour : Bernard tsunami de Bourgogne. 
Du jour au lendemain il fût évident pour moi intérieurement qu’une énorme page venait de se tourner. Ce déclic puissant de la Rencontre fit que je quittais définitivement tous mes engagements au sein de la structure du zen, ce qui, vu ma place, ne fut pas sans créer de puissants remous, au niveau local dans le dojo que je dirigeais depuis plus de 20 ans et au niveau national et Européen où je faisais partie des instances dirigeantes. 
Bernard, dans son immense Amour, sentit mon désarroi concernant les remous créés par mon départ et me proposa, chose exceptionnelle, un satsang avec quelques personnes de mon dojo que j’estimais perturbées et concernées par ce départ. Sur les 30 personnes inscrites au dojo de ma petite ville j’en choisis 11 et c’est accompagné de ce groupe que je me rendis chez Bernard le 25 octobre 2008. A ce groupe se joignirent quelques chercheurs proches de Bernard depuis des années et nous passâmes la journée dans un échange de questions réponses. 
Ce témoignage exceptionnel de Bernard peut être un déclic pour certains  chercheurs, c’est la raison de cet enregistrement.
Alain Jacquemart

Bernard : Je ne fais pas ce genre de réunion fréquemment ! Ce ne sera sûrement qu’une fois ; c’est pour Alain...



Un grand merci à Bernard, à sa famille, à Alain et à tous ceux qui ont rendu cet enregistrement disponible.

Voici, en complément, le fichier pdf de cette rencontre :

Le texte qui suit est une retranscription de l'enregistrement sonore effectuée lors de cet entretien avec Bernard en octobre 2008. Nous avons simplement enlevé et retouché quelques passages afin de rendre le texte moins volumineux et plus agréable à lire, mais en nous efforçant de ne jamais trahir le témoignage de Bernard. La bande son pourra suffire à certains, mais d'autres auront peut-être envie ou besoin d'un support papier pour s'arrêter sur une réponse, pour prendre le temps de "méditer une parole" comme on dit. C'est la raison d'être de cette retranscription.
Nous ne pouvons cependant vous livrer ce texte sans vous mettre en garde sur un point qui paraît si important à nos yeux et que Bernard ne cesse de répéter: Bernard n'est pas un maître, il n'enseigne pas et ne veut convaincre personne. Ne recevant d'habitude qu'une seule personne à la fois il nous livre là exceptionnellement son témoignage par des réponses faites à un moment donné et à un groupe de personnes donné. Chaque réponse dépend donc de celui qui pose la question, de ce qu'il a besoin d'entendre et de ce qu'il peut entendre à ce moment donné. Voilà ce qu'il nous semblait important de rappeler avant que vous lisiez cet entretien avec Bernard.
De tout coeur, bonne lecture.

Fichier : Bernard.pdf

(© Éveil Impersonnel : 
si vous souhaitez publier ou partager ces informations,  merci de bien vouloir en indiquer la source)

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Un lien à (re-)visiter sur Éveil Impersonnel, pour mieux faire connaissance avec Bernard.

Bernard est aussi l'auteur d'un cd + livret : La recherche du bonheur - un après-midi avec Bernard

ainsi que de deux ouvrages : 

Être simplement et Tout est parce que vous êtes :  



jeudi 11 février 2010

• Satsang avec Ramesh Balsekar (seconde partie)


 REUNION CHEZ RAMESH BALSEKAR

23 JANVIER 2008

Jean-Pierre : Tout d’abord, je voulais rendre hommage à cette recherche.

Ramesh : Rendre hommage à qui ?

Jean-Pierre : A cette rencontre, à vous, en tant que « personnage impersonnel ». C’est ce que j’ai ressenti il y a cinq ans, en venant ici avec mon fils. Depuis, quelque chose en moi s’est calmé, dans mon esprit. C’est tout ce que je voulais dire. Je voudrais ensuite poser une question pour tout le monde : Qu’est-ce que la recherche spirituelle ? Pourriez-vous développer ce concept ?

Ramesh : Vous voulez vraiment savoir ? (rires). Pour moi, la recherche spirituelle, c’est être heureux. Dès la naissance, le petit enfant cherche le sein de sa mère, et ce qu’il cherche, c’est le bonheur. C’est cela, mon concept de base, quoiqu’en disent les philosophes et les autres interprètes.
Pour l’enfant nouveau-né, le bonheur c’est le lait maternel. Ensuite, l’enfant grandit, devient un écolier, et pour lui le bonheur consiste à être aimé à la maison, avoir en classe le succès qu’il souhaite, et pouvoir jouer le reste du temps. Ce sont ces trois points qui constituent le bonheur pour cet écolier.
Ensuite, lorsque cet écolier devient adulte,  il se met à rechercher le plaisir, avec l’idée qu’en poursuivant le plaisir, il poursuit le bonheur.
La plupart des gens continuent dans cette optique, poursuivant le plaisir en pensant poursuivre le bonheur. Ils vivent ainsi dans la frustration, et ils meurent dans la frustration. Il existe quelques personnes – et nous ne choisissons pas d’être ces personnes -  qui échappent par la volonté divine à ce jeu. Ce sont des personnes comme nous, raisonnablement à l’aise dans la vie, ne vivant pas sous la ligne de pauvreté, confortables avec la vie, qui savent ce qu’est le plaisir.
Pourtant, elles se sentent frustrées, parce qu’elles savent  qu’elles n’ont pas obtenu le véritable bonheur. Pour prendre un exemple, je suis en train de jouir d’un plaisir dans l’instant, je le sais, j’en suis conscient. Mais quelque chose survient, et le plaisir que je prenais s’évanouit. Si j’ai suffisamment de bon sens pour savoir que la vie signifie également la douleur, j’accepte aussi la douleur. Je suis prêt pour la douleur, je ressens cette douleur. Puis, de nouveau quelque chose survient, de la même façon que tout à l’heure, lorsque j’étais en train de jouir d’un moment de plaisir, un événement de la vie fait s’évanouir la douleur. Une autre fois, ressentant cette douleur, un autre événement survient,  l’augmentant considérablement. En considérant tout cela, je suis parvenu à la conclusion que je ne suis pas heureux à cause de cette souffrance.

Qu’est-ce que cette souffrance ? C’est l’impossibilité de jouir paisiblement du plaisir. De la même façon qu’il ne m’est pas possible de jouir du plaisir de façon continue, je ne peux pas garder  la douleur au même niveau. Quelque chose survient  qui entraîne son augmentation. C’est là le point central.

Le bon sens nous dit que nous devons vivre notre vie là où les circonstances nous ont placés. On reconnaît que la vie, cela veut dire quelquefois du plaisir et quelquefois de la douleur. Je suis donc bien obligé d’accepter que de temps en temps il y ait du plaisir et de temps en temps de la douleur.  Le problème, c’est qu’on ne me laisse pas jouir de mon plaisir en paix, et je ne peux pas éprouver une douleur, sans que quelque chose survienne pour l’accroître.

Quelle est donc cette puissance qui parfois fait évanouir mon plaisir et parfois fait que  la douleur que j’étais en train de supporter s’accentue ? Si je pouvais m’en débarrasser, je connaîtrais le bonheur. Je suis parvenu à la conclusion que je ne savais pas de quoi il s’agissait, pourquoi cela se produisait comme cela. Puis, continuant à y penser, j’en ai conclu que ce qui avait le pouvoir de faire évanouir mon plaisir ou d’intensifier ma douleur était le souvenir de quelque chose que j’avais fait à quelqu’un pour le blesser.

Par exemple, j’ai fait quelque chose sans avoir l’intention de blesser mes parents, mais le résultat de mes actions n’a jamais été réellement sous mon contrôle. J’ai fait quelque chose pour apporter du plaisir à mes parents, mais il en a résulté qu’ils ont souffert. Si bien qu’ils ont pensé que j’avais agi intentionnellement pour les blesser, et ils ne me l’ont jamais pardonné. D’une façon similaire, j’ai découvert ce que quelqu’un de très proche m’avait fait, qui m’avait blessé. Cette personne a essayé de m’expliquer qu’elle ne cherchait pas à me faire du mal. Mais je n’ai pas été capable d’accepter ses explications, et je ne lui ai jamais pardonné son acte. Ainsi, ce qui avait le pouvoir d’effacer mon plaisir ou d’augmenter ma douleur était un souvenir, la mémoire de quelque chose que j’avais fait à quelqu’un ou quelque chose que quelqu’un m’avait fait.
J’avais donc cerné le problème. La question était maintenant : Comment s’en débarrasser ? Pour faire court, si je ne voulais pas que mon plaisir soit constamment menacé par cette puissance, ou que ma douleur puisse être augmentée de façon considérable, il n’y a qu’une seule chose à faire.

C’est le concept de base. Tout dans la vie, survient par la volonté divine et la loi cosmique. Tout ce qui survient, survient au travers d’un corps mental. Ce qui survient à travers ce corps mental, la société va le considérer comme étant mon action, ou l’action de quelqu’un.  Pas plus que l’être humain n’a de contrôle sur l’action qui provient de lui, il n’y a de contrôle sur le fait que la société considère cela comme étant son action. Cela aussi provient de la volonté divine ou de la loi cosmique. La façon dont chaque survenue va affecter les uns ou les autres, cela aussi échappe à tout contrôle. Cela aussi dépend de loi divine, de la loi d’équilibre cosmique. La base de ce que nous appelons la vie, la manifestation, c’est la dualité. Cela commence par le mâle et la femelle, et de cette dualité toutes les dualités possibles et imaginables  se déploient. Tout ce qui arrive survient au travers de la loi divine ou l’équilibre cosmique. Une action survient à travers moi, et la société va la considérer comme étant ma propre action. Quelque soit l’action qui survienne, à travers quelqu’un ou d’une façon naturelle, elle sera soumise à cette dualité. Elle sera bénéfique pour certains et mauvaise pour d’autres. Par exemple une maladie survient, il y a beaucoup de gens qui en souffrent et d’autres s’enrichiront grâce à elle.

Lorsque les tours jumelles se sont effondrées, lors de cet évènement infâme du 11 septembre, mon épouse et moi-même l’avons vu en direct à la télévision, et notre réaction a été l’horreur et la colère. Mais ce qui m’a frappé, c’est que pour ceux qui avaient planifié et fait cela, et qui le voyaient également la télévision, c’était une joie. Ils devaient tomber à genoux en remerciant Allah. Même un évènement aussi terrible en horrifiera certains, alors que d’autres y trouveront une grande joie. On peut observer cette dualité à l’œuvre.

Par conséquent, mon concept fondamental est que tout est une survenue dictée par la loi divine ou la loi cosmique. Le fait que cette action survienne à travers mon corps où le corps de quelqu’un d’autre, ou que la société considère cette action comme ma propre action, correspond également à la loi divine. Le fait  que cette action en aidera certains, et ira à l’encontre des intérêts d’autres, cela aussi est dicté par loi divine ou la loi cosmique.

La conclusion finale est que l’être humain est totalement incapable d’être l’auteur de quelque action que ce soit. L’individu par lequel survient une action n’a aucun contrôle sur celle-ci. La mécanique de la vie ordinaire, de la vie quotidienne, cette mécanique qui signifie la source ou Dieu, à chaque instant, engage une action à travers un instrument qui est ce corps mental.

En conclusion, chaque être humain est une sorte de robot, à travers lequel Dieu fait survenir des évènements, qui en aident certains et en blessent d’autres. Mais il faut bien voir que ceux qui sont aidés où ceux qui sont blessés sont également des robots. Si ce robot particulier à la capacité d’accepter ce fait, cela signifie pour moi le bonheur. Voir que je ne suis responsable en rien, pour rien, c’est cela le bonheur.

Mais la plupart des robots sont incapables d’accepter leur nature de robots. Ils considèrent les actions comme étant le propre de ces robots, et donc en aiment certains et en détestent d’autres, oubliant que chacun d’entre nous n’est en fait qu’un robot. Ceux d’entre ces robots qui sont capables, par la volonté divine, d’accepter qu’ils soient des robots, deviennent illuminés, deviennent heureux.

Et qu’est-ce qu’être illuminé ? C’est être heureux. C’est là encore un point que je développe. Qu’est-ce que l’illumination ? Si quelqu’un est illuminé, qu’est-ce que cela lui apporte ? Cela lui apporte le bonheur. Qu’est-ce que le bonheur ? C’est la paix de l’esprit. Qu’est-ce que la paix de l’esprit ? C’est ne jamais être inconfortable avec soi-même ni  avec les autres. C’est être à l’aise avec soi et avec les autres. Je ne peux absolument pas contrôler le plaisir ou la douleur qui vont survenir dans l’instant. Ce plaisir et cette douleur que je dois accepter sont le résultat d’une série de survenues créées par Dieu à travers ce corps mental, que la société considère comme étant ses actions propres, et juge bonnes et mauvaises. Elle me récompensera ou me punira pour ces actions. La récompense pour ce robot signifie plaisir, et la punition pour celui –ci signifie douleur.

Un robot est un robot. Qu’est-ce qui fonctionne à travers le robot ? Qu’est-ce qui fonctionne à travers tous les robots au monde ? Dieu fonctionne à travers tous les robots à la surface la planète. Il fait survenir ce qui est censé survenir à travers tel ou tel robot particulier. Le robot ne peut faire l’expérience de quoi que ce soit, c’est Dieu ou la source qui fait l’expérience. Cette source ou Dieu qui induit une action à travers un robot particulier, une action qui entraînera  plaisir ou douleur. Quelqu’un qui voit ce mécanisme pour ce qu’il est n’est pas particulièrement joyeux du plaisir et n’est pas particulièrement malheureux de la douleur. Mais il y a très peu de robots à qui a  été donné ce privilège. La plupart des robots estiment qu’ils leur est infligé une douleur pour quelque chose qu’ils n’ont jamais fait, ou qu’ils n’ont pas eu l’intention de faire. Et ils s’en plaignent, ils considèrent cela comme une sorte d’injustice. C’est cela la souffrance dans la vie de cet homme robot. La vérité est que Dieu ou la source induit l’action qui entraînera plaisir ou douleur. Dieu ou la source va faire l’expérience à travers ce corps robotique. Par conséquent, la conclusion la plus importante est qu’il est totalement stupide qu’un quelconque robot en blâme un autre, pour quelque chose qu’il ressent. Pas quelque chose qu’il a fait advenir, mais quelque chose qui arrive à travers lui. C’est là tout le mécanisme de la vie ordinaire.

L’illumination équivaut donc à la paix de l’esprit. Cette paix de l’esprit dépend totalement de mon acceptation du fait que je suis un robot à travers lequel Dieu ou la source induit des actions ou ressent des actions, et que les autres sont également des robots. Toute la souffrance humaine est fondée sur la haine que quelqu’un éprouve pour un autre, pour des choses qu’il imagine que l’autre lui a fait, ou pour lui-même, ou pour des choses qu’il s’imagine avoir fait. L’acceptation profonde, totale que l’être humain n’est qu’un robot à travers lequel des actions se produisent, le fait de voir que personne n’a le pouvoir de blesser quelqu’un d’autre, ni celui de vous blesser vous-même, équivaut à la paix de l’esprit.

Nous devons vraiment accepter ce qui arrive instant après instant, comme étant notre destinée et la volonté divine ou la loi cosmique ; sans porter le blâme sur quelqu’un d’autre ou sur nous-mêmes.  Malheureusement, le fait d’être à l’aise avec moi-même et avec les autres a été décrit comme une chose extraordinairement difficile à obtenir. Cette illumination est censée être une félicité, une béatitude particulière. De ma propre expérience, cette béatitude que je suis supposé attendre revient tout simplement à être dans la paix de l’esprit, c’est-à-dire à l’aise avec moi-même et avec les autres. Ma suggestion c’est oublier tout cela, oublier l’illumination et laisser la vie être.

Jean-Pierre : Merci (rires).

Ramesh : Ce que je veux dire par là, c’est que ce concept d’illumination, qui a été tellement chargé, est vraiment quelque chose de simple. C’est la bonne blague à ce propos, mais elle est tragique parce que des gens en souffrent. Dans l’état d’éveil, la situation n’est pas différente que dans le rêve. C’est le même esprit qui projette le même rêve. Le rêve ou la vie éveillée sont la même chose. C’est le même esprit qui rêve ou qui projette le rêve de la vie éveillée. La seule différence est que dans le rêve, il n’y a pas de conscience de cela ; alors que dans le rêve de la vie éveillée l’esprit a conscience de ce rêve. Mais c’est le même rêve, la même qualité de rêve, que ce soit la vie éveillée ou le rêve dans le sommeil. J’ai lu cela, et cette simplicité m’a fait venir des larmes aux yeux. La blague tragi-comique, c’est que chacun d’entre nous sait cela, parce que dans le sommeil profond, il n’y a ni rêve rêvé, ni rêve éveillé. Le matin quand nous nous éveillons, nous nous éveillons au rêve éveillé, nous nous endormons au rêve de la nuit. Lorsque  nous sommes dans le sommeil profond aucun rêve n’existe. Donc, réellement, nous n’existons que dans le sommeil profond.

Je précise que ce qui vient d’être dit ce matin est totalement spontané, n’a pas du tout été pensé ou répété à l’avance. Qui parle ? Est-ce Ramesh qui parle ? Ou bien est quelque chose qui survient à travers le robot Ramesh ?

Marie-Thérèse : J’ai une question qui me préoccupe à propos de la simplicité. Je peux la traduire en prenant un exemple parce que j’ai été élevée dans la religion catholique. Cela concerne la parabole des talents.
Lorsque je viens au monde, je suis un robot mais je viens avec une certaine somme de capacités. La parabole des talents évoque ce que je fais de ce qui m’est donné.

Ramesh : Quoique fasse un robot, ce qu’il fait est fonction du script divin. Aucun acteur ne peut dire quelque chose sur scène qui ne figurait auparavant dans le script. Chacun d’entre nous joue un rôle fait par Dieu. Tout ce qu’ils disent et tout ce qu’ils font est fait en accord avec le script divin.

Marie-Thérèse : J’ai du mal à accepter cela.

Ramesh : Je vais vous dire pourquoi il n’est pas difficile d’accepter cela. La difficulté, c’est que vous pensez que c’est vous qui faites l’action. Mais c’est Dieu qui joue tous les rôles.

Une fois j’ai vu un acteur vraiment brillant, il jouait cinq rôles dans la pièce. Il faisait quelque chose, puis s’éloignait, se changeait un peu et reprenait un autre rôle, et il parlait. Il y avait cinq endroits sur scène où il allait alternativement en prenant cinq rôles différents. C’était formidable. Avec un tout petit changement, il est arrivé à jouer le rôle d’un homme ou le rôle une femme. Croyez-moi, en 10 minutes, j’avais complètement oublié qu’il n’y avait qu’un seul acteur. Un seul acteur brillant qui joue cinq rôles en même temps. Il jouait de façon si parfaite qu’il tirait les larmes du public. Il était capable de déclencher les pleurs ou les rires. Dans ces cinq rôles différents, il était tellement réel ! J’ai réalisé que si un seul acteur était capable de jouer cinq rôles différents, Dieu était bien capable de jouer six milliards de rôles.

Marie-Thérèse
: Combien de rôle j’ai à jouer ?

Ramesh : Si vous êtes Dieu vous allez jouer six milliards de rôles. (rires). Le point c’est que vous n’existez pas. Vous existez en tant qu’objet tridimensionnel, à travers lequel Dieu fonctionne. Vous êtes l’acteur d’un rôle.

Marie-Thérèse
: En parlant je comprends mes contradictions, dans le moment.

Ramesh : La difficulté que vous mentionnez, il ne faut pas oublier que c’est celle voulue et éprouvée par Dieu à cet instant même. N’oubliez pas que ce n’est pas vous qui éprouvez les difficultés. C’est Dieu qui éprouve une difficulté à travers vous. C’est le rôle que vous jouez en ce moment. D’après le script, cet acteur  n’est pas censé avoir une compréhension tellement rapide. C’est la raison pour laquelle chaque fois qu’une illumination spontanée est arrivée, la personne est humble parce qu’elle sait cela. Si vous voulez savoir si l’illumination a réellement eu lieu chez quelqu’un,  si il est un sage authentique,  c’est très simple, la moindre once d’absence d’humilité, la moindre once d’orgueil,  vous indiquera que l’illumination n’est pas là. Qui est illuminé, je ne peux pas le savoir, mais qui n’est pas illuminé, je peux le savoir très facilement. La moindre touche d’orgueil, et ce n’est pas cela.

Marie-Thérèse
: On n’a pas de devoir. C’est cela par rapport à la religion catholique où il y a la question de devoir.

Ramesh : Il y a un petit livre qui est sorti à ce propos.  Ce petit livre dit : ayez votre propre religion. Il faut que vous ayez votre propre religion.

Que vous puissiez intégrer complètement le fait que vous êtes un robot n’est pas en votre pouvoir, pour la simple raison que vous êtes un robot et que vous n’avez aucun pouvoir. Le robot se plaint d’être un robot (rires).

Marie-Thérèse : Pour une fraction de seconde que je peux voir cela.

Ramesh : Une fois que c’est arrivé, j’ai vu ça ici, lorsque l’impact survient réellement. C’est arrivé à une femme qui ne pouvait plus s’arrêter de pleurer d’une façon totalement incontrôlée, alors qu’un autre éclatera de rire sans pouvoir s’arrêter. Le robot réalisant soudain qu’il est un robot. Le moment  où cela va survenir n’est pas en son contrôle.(rires). Dieu se fait souffrir lui-même (rires).

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 Texte sur le départ de Ramesh

« La séparation est l’absence de l’Amour.
L’Amour est l’absence de la séparation. »


C'est le 27 septembre 2009 à son domicile de Mumbai, à 9 heures du matin, que Ramesh Balsekar quitta son corps physique.

Après une vie professionnelle qui le mena à la Présidence de la Bank of India, il rencontre à 61 ans Sri Nisargadatta Maharaj. Il reconnut instantanément en lui son Guru. Quelques mois plus tard, l'ultime compréhension s'était fait jour en lui. Quelques temps avant sa disparition, son maître lui demande de commencer à enseigner. Depuis ce temps, il n'a cessé de le faire, avec des voyages à l'étranger jusqu'au début des années 2000, puis quotidiennement à son domicile jusqu'à ces dernières semaines.
La rencontre avec Ramesh a été un moment décisif de la vie de nombreux chercheurs et à eu un impact dévastateur pour certains d'entre eux. Son esprit généreux, ouvert, sa présence pleine d'amour, et sa Compréhension spirituelle ont fait de lui l'un des véritables grands Sages du 20ieme siècle.

Tout ce qui existe est la Conscience. La Conscience est tout ce qui Est. Cette expression revenait très souvent dans ces propos. Cette répétition n'avait rien de gratuit ou de fortuit. Ramesh racontait avoir été invité un jour dans un restaurant dont la spécialité était une pomme de terre dans une coque d'argile. Le serveur vint à la table et toc, toc, toc, frappa avec un maillet sur les gangues d'argile jusqu'à se qu'elles se craquellent et s'ouvrent. Ramesh disait que son enseignement était similaire; sans relâche, toc, toc, toc, il frappe avec le même maillet jusqu'à ce que la coquille s'ouvre (la disparition du sens d'un agir personnel), et il n'y a aucun moyen de prédire combien de coups seront nécessaires.

Pour lui rendre hommage, nous vous proposons deux textes d'auditeurs français écrits peu de temps après une rencontre.
Tout d’abord, un premier texte écrit il y a quelques années, suite à une première visite.

La grande palle du ventilateur brasse l’air chargé d’eau. Dehors les choucas croassent à qui mieux mieux. Je suis en pleine forme. Le taxi cherche et recherche l’adresse comme prévu. Il y a une quinzaine de personnes dans la rue et un Indien au nom de Murthy nous prie de monter. L’appartement est luxueux pour l’Inde, nous l’apprendrons plus tard ! Ramesh arrive à 9h précise, simplement habillé de blanc.
Il est aérien malgré son grand âge. Il dévisage l’assemblée, nous repère comme nouveaux arrivants et s’adresse à nous après les présentations. (Je suis avec mon fils de 21 ans). « Qui est le père, qui est le fils ? », éclats de rires.

A cet instant précis, je comprends que ma recherche est à son terme. Ramesh développe « ses concepts » comme il dit. Sobre mais parlant tout le temps. La conversation est enregistrée. Un flûtiste s’installe et joue un merveilleux morceau puis une chanteuse entame des bhajans. Ramesh bat la mesure. Il est présent et absent. Intemporel et impersonnel, mais tellement humain. Tout semble irréel et réel à la fois. La Conscience parle à la Conscience. La magie opère. Quelques uns des habitués s’agenouillent à ses pieds pour le saluer. Tout s’accomplit normalement. Ramesh se lève, nous salue et s’en va. Nous discutons, nous désaltérons et repartons. Nous marchons dans les rues ; la foule est dense et colorée. Nous sautons dans un autobus.

La vie continue tranquille, il n’y a aucune question en moi.

Le sage prend ce qui est dans la vie et comme la vie c’est la dualité, il doit accepter les bons et les mauvais moments  à l’extérieur et à l’intérieur de lui-même. Tout le dépasse, il doit accepter cela sans combattre quoi que ce soit.

L’homme a la possibilité si celle-ci lui est donnée, de sublimer cette dualité et de rester en paix devant n’importe quelle situation. Il transcende ainsi la dualité, acceptant l’instant présent et tout ce qui s’y présente. Et cet homme à un rôle à jouer qui lui est dévoilé d’instant en instant.
J’écris une lettre à ma fille de 8 ans :

« Ma chérie,

Dieu est la totalité de tout l’univers qui t’entoure. Il t’a créée telle que.
Tu es à travers tes parents qu’il a aussi créé tels qu’ils sont.
Il n’y a rien à changer de tout cela et c’est très bien ainsi.
Il nous a donné aussi les joies et les chagrins qu’il nous faut accepter comme la vie et la mort à chaque instant.
Dieu t’aime et à travers toi il s’aime aussi.
Tu n’as rien à lui demander car il te donne la vie à chaque instant.
Tu n’as même pas à le remercier car il ne demande rien en retour.
Il n’y a rien à changer, il se charge de tout. »

Cette rencontre, je l’ai appelée de toutes mes forces et je sais intimement que le jour est venu. Je l’ai appelée celle du dernier rempart.
La seule différence entre l’homme ordinaire et le sage ce n’est pas dans la montée du désir (les désirs arrivent chez l’un comme chez l’autre), mais c’est dans l’identification et la poursuite du désir.
Le sage voit monter le désir, il ne s’y accroche pas, c’est une pensée parmi tant d’autres, c’est la conscience en mouvement. Il répond aux désirs nécessaires ; il a faim il mange, il a envie de fumer il fume, de dormir il dort. Tout va dépendre de son individualité restante.
L’homme ordinaire est emporté par le moindre désir et asservi par lui.

Je mesure combien nous avons de la chance d’être ici et je remercie Dieu de ce qu’il me donne simplement chaque jour, chaque instant.
Je m’en remets à lui, je m’abandonne.
Que sa volonté soit faite.
C’est la vie. C’est  « ma vie ».
Elle n’est pareille à aucune autre et pourtant ce n’est pas ma volonté.
Je l’accepte, je ne suis coupable de rien, ni moi ni les autres.
Ne rien combattre de tout cela.
Garder ce savoir précieux bien au fond de mon cœur.
Ne plus rien demander ni pour moi ni pour les autres.

Un Ami me parlait un jour du plus grand défi qu’il soit. Serait-il la base de rien ?

Neti Neti. Je ne suis ni ceci ni cela disait Nisargadatta

Que suis-je ?
Qui pose la question ?

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Voici un deuxième texte écrit par une autre personne à l’issue de la visite en janvier 2008.

Un poids énorme s’est envolé.

Après plus de vingt ans de recherche spirituelle de quelqu’un (moi) voulant obtenir quelque chose (l’éveil, l’illumination), une soudaine (a)perception au contact d’évènements forts de la vie et de certains Maîtres (dont Ramesh) est survenue. Cette libération n’est pas quelque chose à acquérir, mais la disparition du sens d’un agir personnel.

Le cadre qui était le mien précédemment se fissure, se fragmente, pour laisser place à une vie simple dans le présent, où ce qui se présente est perçu, dans l’instant, pour ce que c’est, avec moins d’emprise; est ressentie l’absence d’une projection et d’une classification immédiate. Mon conditionnement, ma personnalité sont toujours là. Mais, c’est comme si prisonnier, j’étais toujours assis dans la cellule et que les barreaux et les murs se soient dissous. La vie est vécue dans l’instant, sans commentaire mécanique coupant la perception de ce moment. La vie s’écoule. Ce qui doit être fait se fait avec moins d’efforts, de résistance, de pression, de contradictions. Les situations difficiles, douloureuses, sont pleinement perçues, mais rien ne s’accroche à elles.

Tout a changé. Disparus ces moments à ressasser de façon incessante ce qui était là et n’y est plus, où à anticiper, projeter, s’angoisser pour ce qui n’est pas là mais qui pourrait survenir. Ou encore dans l’instant, cette funeste propension de l’ego à vouloir autre chose que ce qui est là.

Cette aperception momentanée, progressivement ou foudroyante d’une vie UNE et non séparée, émanation et reflets indissociée et indissociable de la Source, est libération.

La rencontre avec Ramesh et son enseignement, qui est une voie parmi toutes celles créées par la Source, a été fracassante. Ceci est une survenue, le retour à quelque chose de simple et de naturel. Et je n’y suis pour rien. 

La vérité est indicible et indescriptible. Toute parole, toute représentation de ce qui est, est purement conceptuel.
L’appréhension, la compréhension de ce qui est, est grâce absolue.

Ramesh : embrasement intérieur et fenêtre sur l'Un sans second.


Textes préparés par Jean-Pierre Guiraud et Jean-Pierre Chometon

Livres de Ramesh disponibles en français :

Editions Accarias l'Originel : Tout est Conscience ; Conscience à Conscience
Le Relié : Les Orients de l'Etre; L'Appel de l'Etre ; Laisser la vie Etre
Le Lotus d'or : Quand survient l'Illumination; Entretiens sur l'Illumination avec Ramesh Balsekar
Edition Advaita : Dans la gueule du tigre

Dvd et CD traduits en français disponibles à jp.chometon@neuf.fr

mercredi 10 février 2010

• Satsang avec Ramesh Balsekar (première partie)


RÉUNION CHEZ RAMESH BALSEKAR
22 JANVIER 2008

Jean-Pierre : Avant de poser une question, je voudrais témoigner d’un profond sentiment de gratitude, présent depuis notre première rencontre.
La question que je vais posée est liée au ressenti depuis la rencontre

Ramesh : Quand a eu lieu la première rencontre ?

Jean-Pierre
: La première fois j’ai vu un film d’un satsang en 2002. La vision de ce film a eu un impact très profond. J’ai ensuite passé 3 jours ici il y a deux ans.
Si on parle du processus, au début, j’ai eu l’impression que la rencontre a eu un impact très fort sur le plan du cœur. Je parle très mal l’anglais, je comprenais donc peu de choses à ce que vous disiez. Par la suite, c’est passé par un processus plus intellectuel. J’ai rencontré Philippe, j’ai rencontré Wayne (Liquorman), j’ai vu Wayne en conférence en France. J’ai l’impression que progressivement une compréhension s’est approfondie, jusqu’à un certain moment d’ouverture. La question que j’ai à poser est liée à un ressenti physique. J’ai l’impression qu’après que cette ouverture se soit produite, il y a eu comme un processus d’assimilation ou de perfusion au sein du corps. Je voulais vous poser une question par rapport à cela, parce que dans vos livres j’ai lu peu de choses sur ce sujet.

Ramesh : Lorsque la rencontre a eu lieu, c’était prêt pour que ça passe directement par le cœur et non par l’intellect. Mais vous n’avez à en tirer aucune vanité.

Jean-Pierre : Avant de vous rencontrer, quelque chose de très clair était survenu, qui m’avait fait comprendre qu’il n’y avait plus rien à faire, qu’il n’y avait plus à agir pour quelque chose. Il y eût un temps où tout était très confus, entre cette ouverture et cette intégration, jusqu’à un moment où quelque chose était comme posé.

Ramesh : Il y a un fait qui vous échappe. Vous ne vivez pas votre vie, votre vie est vécue à travers vous. Ce n’est pas facile à accepter, mais le fait demeure. Ramesh n’est pas en train de parler et Jean-Pierre n’est pas en train d’écouter. Ce qui se passe réellement, c’est que parler se passe à travers ce corps mental-ci et écouter se produit à travers ce corps mental-là, et l’esprit lui dit : qu’est-ce qui se passe ? Ce qu’il faut bien (il manque quelque chose ici, Jean-Pierre ?) l’esprit s’est : ce n’est pas ton problème, laisse tomber. Laisser passer tout ce qui peut arriver, comme prendre du recul, avoir le regard du témoin sur ce qui se passe. On ne peut vivre sans l’esprit. Ma question est  donc : qu’est-ce que Jean-Pierre cherche ? Qu’espérez-vous obtenir de votre visite ici ? L’esprit a besoin d’être clair là-dessus. Parce que de toute façon, par votre présence ici, ce qui se passera adviendra automatiquement. Mais l’esprit a besoin d’une explication, il veut savoir. Il veut savoir la vérité. L’esprit ne connaît pas le but de la vie, il demande des explications à ce sujet.

Jean-Pierre
: Ce dont je peux témoigner, c’est que depuis la rencontre ici, il y a deux ans, dans les mois qui ont suivi, il y a eu un apaisement de l’esprit.

Ramesh : Mais pendant tout ce temps, la vie a continué.

Jean-Pierre : C’est exactement ce que j’allais dire. Ce que je sens c’est qu’il y a la vie qui est là, il y a les gens avec qui je vis, mon travail professionnel, etc. Tout se fait de façon beaucoup plus détendue. Le mot est difficile à trouver.

Ramesh : Je réitère la question : qu’est-ce que vous cherchez dans la vie ? Quel est le but de la recherche pour vous ? L’illumination, trouver Dieu, la réalisation ?

Jean-Pierre : Il n’y a plus de but. J’ai comme l’impression que le but s’est dissous. Pour prendre une image, c’est comme s’il y avait un café et un morceau de sucre, et que le morceau de sucre voulait connaître le café ou s’accaparer le café. En rentrant dans le café, il se dissout. C’est de cet ordre-là.

Ramesh : En ce qui concerne l’esprit, parce qu’on ne peut pas négliger que celui –ci a besoin de réponse, il y a deux aspects. Ce dont je parle là, c’est de ma vie ordinaire de tous les jours et de votre vie ordinaire de tous les jours. Toute ma vie, j’ai été concerné par l’aspect spirituel, mais j’avais trop de travail pour me pencher sur la question. Lorsque j’ai pris ma retraite, je me suis dit que j’allais avoir du temps pour m’occuper de cela. Mon problème était que je ne savais pas par où commencer. Pendant quarante ans, j’ai lu beaucoup de livres sur l’illumination, la réalisation de soi. Lorsque j’ai pris ma retraite, je me suis retrouvé avec une quantité énorme de concepts qui s’opposaient les uns aux autres. J’ai décidé alors d’arrêter de lire ce que disent les autres sur ces sujets. Je me trouvais souvent train de penser à l’âme, à la réincarnation, à tous les concepts qui étaient dans ces livres. Une chose demeurait claire pour moi,  c’était qu’il y avait l’unicité, qui avait donné lieu à la manifestation. La source en tant que telle n’avait aucun matériau pour construire la manifestation. L’unicité en tant que telle, qui représentait tout, devait elle-même devenir la manifestation, sous la forme mâle et femelle par exemple. Des écrits hindous éclairaient ma compréhension : par exemple Shiva ne pouvait pas se manifester en tant que Shiva. Donc, Shiva devait devenir Shiva Shakti, la polarité. Shiva demeurait une singularité, mais pour s’animer il avait besoin d’une énergie féminine. C’est pour cela qu’il y a eu Shiva Shakti. Cela était clair pour moi. L’unicité non manifestée devenait la dualité manifestée. Cette dualité commençant avec le mâle et la femelle et toutes les autres dualités possible à concevoir : beauté et laideur, richesse et pauvreté, les bonnes et les mauvaises choses, etc. Il n’y avait pas de question. Les questions commencent à surgir lorsque l’on représente Dieu comme une entité séparée, ce qui n’a jamais été. Car si l’on conçoit Dieu comme tout-puissant, et moi-même comme impuissant, des questions se posent : pourquoi Dieu a-t-il créé Adolf Hitler ? pourquoi Dieu a-t-il créé Oussama Ben Laden ? Pourquoi Dieu a-t-il créé les enfants handicapés ? Quels torts ces derniers ont-t-ils fait à Dieu ?

Jean-Pierre : je suis handicapé de naissance.

Ramesh : Vous pourrez interroger Dieu : quel mal ai-je fait pour avoir cela ?

Jean-Pierre : Je n’ai jamais eu ce sentiment. La recherche spirituelle a commencée jeune, et j’ai senti que ce handicap était peut-être une bénédiction, même si c’était difficile dans la vie de tous les jours.

Ramesh : Bien, mais d’une façon générale c’est ainsi que  cela se passe. Pourquoi Dieu a-t-il créé Jean-Pierre avec un handicap, alors qu’il a créé des Jean-Pierre sans handicap ? Pourquoi Dieu crée Adolf Hitler, Oussama Ben Laden et autres psychopathes ? Parce que à l’opposé il crée des sages comme Mère Teresa, c’est cela la dualité. Tout cela a été très clair pour moi dès le départ, je ne me suis posé aucune question à ce sujet, ce qui est assez exceptionnel.

Jean-Pierre : Ce n’était pas le cas chez moi.

Ramesh : Ces questions ne se posaient plus, mais j’étais en revanche concerné par moi-même. Il était clair que cet objet corps mental était partie de la manifestation. La question qui demeurait était  donc : Qu’est-ce que Ramesh ? Ramesh et le corps ? Le corps qui est une partie de la manifestation. Ramesh ne peut pas être connecté avec la manifestation, il n’est connecté qu’avec le non manifesté. C’est cela l’ego. La source, la conscience s’identifie avec cet objet. De cette identification naît l’ego, qui représente l’identification de la conscience à l’objet. De là naît le sentiment de l’agir personnel. Il y a six milliards d’êtres humains sur la planète, six milliards d’objets tridimensionnels. La source s’est identifiée avec chacun de ces six milliards de corps humains, d’où six milliards d’ego. Pourquoi la source a-t-elle eu besoin de créer six milliards d’ego ? C’est pour permettre le fonctionnement de la manifestation, qui est notre quotidien, basée sur les relations humaines. Vivre cela signifie se relier les uns aux autres.

Chaque être humain est un ego, chaque ego est la conscience identifiée.
Ramesh, cela signifie ce corps-mental, et Ramesh va devoir vivre toute sa vie avec ce corps-mental. Ramesh, c’est la source identifiée avec cet objet corps-mental. Il était important que je me souvienne que ceci est valable absolument pour tout le monde. Je suis fondamentalement la source identifiée, et il en va de même pour Jean-Pierre et les autres six milliards d’individus. Ceci est le fondement de ma recherche personnelle. Il ne s’agit pas de répéter quelque chose qui ait été déjà dit. En comprenant que la vie consiste à entrer en relation les uns avec les autres, chacun peut vivre pour son propre bonheur.

Pendant quarante ans, j’ai cherché l’illumination, la réalisation de soi, sans savoir ce qu’il en était réellement. Puis  j’en ai eu assez de tout cela. Ce qui m’occupait réellement était une recherche de bonheur personnel. Dès l’instant où le nouveau-né cherche le sein de sa mère, quoique les philosophes en disent, tout le but de la vie une recherche du bonheur, du contentement.

Christian
: Le bonheur il  s’associe aux autres. C’est comme une chaîne d’union.

Ramesh : Pas tout de suite. On n’en est pas encore là. Au départ on réalise qu’il s’agit d’un but très égoïste. Pour le nouveau-né qui recherche le sein de sa mère, le lait maternel c’est le bonheur. Puis l’enfant grandit, il va à l’école.  Le bonheur est alors d’avoir des parents aimants, du succès à l’école, du succès en dehors de l’école, dans les jeux. Plus tard, il grandit et devient adulte. Tous les adultes sont tellement fascinés par les plaisirs de la vie qu’ils poursuivent ces plaisirs, pensant poursuivre le bonheur.
Il se trouve que la plupart des adultes continuent à poursuivre le plaisir, suivant le script divin du film, en accord avec la loi cosmique et la volonté divine. Toujours en accord avec cela, la plupart des gens ne trouvent pas le bonheur. Ils vivent leur vie dans la frustration et ils meurent dans la frustration.
À aucun moment, je ne me suis demandé si je devais faire quelque chose à ce propos. Il était clair que c’était là le pouvoir de Dieu.

La plupart des gens ne trouvent pas le plaisir qu’ils recherchent, très peu de gens l’obtiennent. Ayant obtenu une certaine quantité de plaisir, et en recherchant toujours plus, ils continuent en recherchant d’autres plaisirs avec plus d’intensité. Ils découvrent au bout d’un certain temps que ces plaisirs ont perdu leur saveur. Certains sont tellement frustrés qu’ils se suicident.

Je me souviens d’un acteur très connu, nommé George Sanders. C’était un très beau garçon, excellent personnage. Mais il n’a pas réussi à percer autant qu’il le souhaitait. Il avait toujours du travail, même s’il n’était pas au plus haut niveau.
Il avait les moyens de s’offrir tous les plaisirs qu’il voulait. Il s’est suicidé en laissant un message : « j’ai éprouvé tous les plaisirs possibles. Je m’ennuie tellement que je m’en vais et personne n’est à blâmer pour cela ».

Il y a des gens très fortunés, qui ont beaucoup de chance, comme nous, que j’appelle les favoris de Dieu. Cette réalisation dépend de la volonté de Dieu et de loi cosmique. Ces personnes réalisent : « je sais ce qu’est le plaisir. Il y a le plaisir dont je n’ai pas fait l’expérience. Même si j’avais eu tous les plaisirs possibles au monde, il demeure en moi l’impression que je n’ai pas connu la joie la plus profonde que je recherchais.

Ce sont des gens comme nous, raisonnablement aisés dans la vie, qui réalisent que les plaisirs auxquels ils ont goûté ne leur ont pas apporté le bonheur dans la vie.  Ils comprennent que le fondement de la vie est l’incertitude : « je suis censé vivre ma vie dans des circonstances que je n’ai pas choisies et sur lesquelles je n’ai aucun contrôle. Je n’ai aucun contrôle sur ce qui va se produire dans l’instant suivant : douleur ou plaisir. Je n’ai pas plus de contrôle sur la quantité de plaisir ou de douleur dont je vais faire l’expérience dans ma vie ». Tout cela selon moi est prédéterminé. Un de mes concepts de base est que tout plaisir et toute douleur éprouvés dans une vie entière sont déjà programmés. Personne ne peut accroître cette quantité de plaisir, ni diminuer cette quantité de douleurs.

C’est un concept accepté par les plus grands mathématiciens et physiciens du moment. Le plus fameux d’entre eux est Stephan Hawkins. Il a écrit plusieurs livres et plusieurs essais, dont un qui pose la question : est-ce que tout est prédéterminé ? Dans un langage clair et simple, il discute toutes les possibilités que soulève cette question. Dans la conclusion, en quatre lignes, il dit : « est-ce que tout est prédéterminé ? Oui, cela l’est. Mais le savoir ne vous aider en aucune façon (rires), car vous ne pourrez jamais savoir ce qui est prédéterminé pour l’instant suivant ». J’ai alors  arrêté ma lecture et l’idée m’est venue : M. Hawkins, cela est faux. Car savoir que tout est prédéterminé m’a donné une très grande paix de l’esprit. Sachant cela pour moi, il devient inutile d’aller voir des hommes de Dieu ou d’aller au temple pour prier afin d’augmenter le plaisir ou de diminuer la douleur. Cette paix de l’esprit est ce que des millions d’êtres humains recherchent.

La question centrale n’est pas : comment devenir illuminé ou comment réaliser le Soi, mais dans ces conditions restreintes qui rendent la vie comme une prison, quel est ce bonheur que je cherche ? Telle est l’interrogation majeure.

En continuant ainsi, tout est devenu très clair. Je connaissais le plaisir, pourtant celui–ci ne m’avait pas apporté le bonheur attendu. Il y avait à l’intérieur de moi un très profond sentiment de manque, qui n’avait pas été comblé par le plaisir que j’avais connu. La conclusion la plus importante à laquelle j’ai abouti est que le bonheur absolu que je cherchais n’était pas dans les plaisirs de la vie. Ce n’était pas quelque chose de la vie. Si ce bonheur ne dépendait pas des plaisirs de la vie, il dépendait donc de mon attitude par rapport à la vie. Qu’est-ce que j’entendais par attitude devant la vie ? Des centaines de livres ont été écrits là-dessus. Mais quel était le sens de cela pour moi, personnellement ? Cela a été pour moi une période très difficile d’intenses recherches. Des réponses me venaient, mais je sentais que ce n’étaient pas les bonnes et je les rejetais. Finalement, la seule réponse que j’ai acceptée était relative à mon attitude avec les autres. Ce bonheur que je cherchais ne pouvait être trouvé que dans ma relation à l’autre. La question suivante a été : quelle a été mon attitude envers les autres jusqu’à présent ? Une attitude qui ne m’a pas apporté le bonheur que je cherche. Jean-Pierre, si vous vous posez cette question, quelle sera votre réponse ? Quelle a été votre attitude par rapport aux autres jusqu’à maintenant ? Qu’elle est-elle maintenant ?

Jean-Pierre : Je vais essayer de faire court.

Ramesh : Vous pouvez chercher pendant des années, il y a une seule réponse (rires). La même attitude que vous aviez avec vos frères et sœurs lorsque vous étiez jeunes. Quelle était cette attitude ? En psychologie, il y a un mot technique pour cela : rivalités entre frères et sœurs. Cette rivalité entre frères et sœurs s’est perpétuée jusqu’à l’âge adulte. La relation entre les gens est une relation de rivalité. Une rivalité par rapport aux gens que je connais, et d’une méfiance par rapport à ceux que je ne connais pas. Pensez-y tant que vous voulez, est-ce que cela n’est pas un fait ?

Jean-Pierre : A un moment donné, peut-être le conditionnement évolue-t-il, peut-être également l’impact de ce travail produit-il des choses. Je ne dis pas qu’il n’y a plus de rivalité, mais il y a un phénomène de rapprochement plus fort.

Ramesh : Je ne suis pas encore là. J’en suis un point antérieur. Vous êtes allé trop loin.
Combien de fois lit-on dans le journal qu’un frère a tué son frère, qu’il y a eu des disputes d’héritage, des rivalités, etc. Vous savez à quel point cette chose est devenue importante. On trouve cela même dans les ashrams, et dans un ashram qui est supposé valoir 300 millions de dollars. Celui qui était à la tête de l’ashram est mort, son frère et sa sœur étaient présents. La lutte pour le pouvoir sur l’ashram s’est exercée jusqu’à la violence. Cela survenait dans un lieu où l’on pouvait pourtant supposer que survenait l’illumination.
Mon propos était de dire que chercher l’illumination dans la vie ordinaire était stupide. J’en étais venu à conclure que le but de la vie était  de souffrir (rires), que le but de la vie ce n’était pas d’être heureux. Je me suis abandonné à ce sentiment, et j’ai arrêté de chercher l’illumination. À chaque fois qu’il me venait une pensée de cet ordre, je la rejetais. Lorsque spontanément, et de façon totalement innocente, j’ai abandonné mon intellect, une réponse m’est venue de l’extérieur. Je me suis rappelé ce que j’avais lu au sujet d’Einstein des dizaines d’années auparavant. Avec une grande humilité, ce scientifique confesse qu’il n’avait pas découvert la théorie de la relativité. Einstein a toujours dit que c’était quelque chose qui lui était venu de l’extérieur. Je me rappelle m’être demandé à ce sujet: mais de quel extérieur parle-t-il ? Je savais quel était cet extérieur dont parlait Einstein, ce ne pouvait être que Dieu ou la source. La réponse qui m’est alors venue est : « tu as tort. Le but de la vie n’est pas d’être malheureux, d’être dans la misère, mais d’être heureux ».

Le bonheur est un droit de naissance de chaque être humain. Mais il se trouve que l’être humain ne trouve pas le bonheur, car il a rejeté la seule voie qui l’y conduirait. L’être humain l’a rejetée, c’est pour cela qu’il n’est pas heureux. Telle fut la réponse qui m’advint. J’en suis arrivé à penser que cela n’était pas commun à toutes les religions, parce que sinon il n’y aurait pas eu toutes les guerres de religion. Cela va bien au-delà des guerres d’une religion à l’autre, car il y a des luttes constantes au sein d’une même religion, entre des courants différents.
Il y a-t-il un fondement commun à toutes les religions ?

C’est ce fondement qui est censé m’apporter le bonheur. Ma recherche à porté sur le fondement de toutes les religions. En accord avec ma destinée et la grâce de Dieu, bien que je n’aie pas été un étudiant de la Bible, je suis tombé, presque accidentellement, sur ces mots de la Bible : « que Ta volonté soit faite ». C’est si simple. Pour moi, cela voulait bien dire que rien ne pouvait arriver sans la volonté de Dieu.

Incidemment, il s’est trouvé qu’une jeune femme s’appelant Jennifer est venue ici. Ses parents étaient en train de faire un tour du monde. Jennifer a suggéré à ses parents de venir passer une semaine ici. Ces derniers étaient profondément conditionnés par la religion catholique. Lorsqu’ils m’ont entendu parler, ils ont totalement refusé mes concepts. Parce que je ne leur parlais pas de « que Ta volonté soit faite », mais de mon point de vue ordinaire sur la non dualité. Ce qu’ils comprenaient de la non dualité était pour eux un sacrilège. Ils étaient assis là, très tendus, très rigides. Jennifer a appelé Ramesh le lendemain pour lui dire que sa mère voulait avoir un entretien avec lui, mais sans son père (rires). A la fin de la semaine, la maman s’était complètement fondue dans la non dualité, mais le père était resté très rigide. Des gens m’ont rapporté que chaque jour, des discussions avaient lieu entre lui et d’autres personnes qui essayaient de le convaincre. Il restait absolument ferme sur ses positions. Il a de plus écrit un livre là-dessus, qu’il a envoyé à sa fille, en lui demandant de s’assurer que je le lirai bien. Le titre de ce livre était : « la volonté de Dieu ». En travers de la couverture, il y avait un bandeau avec la mention : déjà 650 000 exemplaires. Au moins deux millions de personnes ont donc lu ce livre, pour être guidés vers la volonté de Dieu. Pour moi c’est très simple : rien ne peut survenir si ce n’est la volonté de Dieu. Ce livre était écrit par quelqu’un de très élevé dans la hiérarchie catholique. Ce livre disait que la volonté de Dieu paraît simple, mais a besoin d’être comprise et étudiée attentivement, en fait interprétée. L’interprétation consistait à dire que la volonté de Dieu doit être comprise au travers de trois aspects : le premier est la volonté intentionnelle de Dieu, le second la volonté circonstancielle de Dieu et finalement vient la volonté ultime de Dieu. Selon la volonté intentionnelle de Dieu, Adolf Hitler n’était pas supposé naître, parce que Dieu n’est que bonté. Comment a-t-il fait pour naître ? Il est né suivant la volonté circonstancielle de Dieu. Ma question a été : Dieu n’a t-il aucun pouvoir sur cette volonté circonstancielle ? Il ne m’a jamais été répondu. La volonté ultime de Dieu a prévalu lorsque Adolf Hitler s’est suicidé et que les nazis ont été vaincus. Ce n’est pas une blague, c’était vraiment comme cela que c’était écrit.

En ce qui me concerne, « que Ta volonté soit faite », est une chose tellement simple. Cela signifie simplement: rien ne peut se faire sans la volonté de Dieu. Ce qui veut dire que l’état passé, présent et futur du monde ne dépend que de la volonté de Dieu. L’Islam dit exactement la même chose. Quelqu’un m’a dit que le sens du mot Islam est l’abandon. Ma question est : « Qu’est-ce qu’un être humain doit abandonner à Dieu ? ». La  réponse est très claire : la seule chose qu’un être humain puisse abandonner à Dieu, c’est le sentiment d’un agir personnel. Et cela, c’est l’illumination. Cette acceptation totale de : « que Ta volonté soit faite ». La religion hindoue dit la même chose, mais d’une façon encore plus puissante. Elle dit : « Tu es celui qui fait, tu es celui qui fait l’expérience des choses. Tu es celui qui parle, tu es celui qui entend ». Il semblerait donc que Ramesh parle et que Jean-Pierre écoute, ou que Jean-Pierre parle et que Ramesh écoute. Mais personne ne serait capable de parler, d’écouter ou de faire quoi que ce soit, si nous étions dans le sommeil profond, ou bien inconscient suite à la prise d’un sédatif. Donc, qui fait cette écoute ? C’est la conscience qui parle à travers un instrument corps mental et qui écoute à travers un autre instrument corps mental. L’acceptation totale de ce que je viens de décrire, équivaut, d’après mes concepts, à l’illumination.
Tout dans le monde est une survenue en accord avec la volonté cosmique et la loi divine. Et la façon dont chaque survenue affecte les autres en bien ou en mal se produit en accord avec la volonté de Dieu et non pas en accord avec la volonté de l’individu. Quelle que soit l’action qui se produira à travers un corps mental et la façon dont la société réagira vis-à-vis de cette action, c’est encore la volonté de Dieu. Car le corps humain est incapable de générer quelque action de façon autonome.

Voilà le concept auquel je suis arrivé. Quelle réaction ai-je eu par rapport à mes anciens concepts ?  Je n’ai pas osé en parler à qui que ce soit. J’ai continué à l’étudier, pour voir s’il me donnait le bonheur recherché. Jusque là, je m’étais dit : c’est ma volonté qui prévaut. Quel en  a été le résultat ? Beaucoup d’orgueil pour les actions qui avaient du succès, un bagage plus lourd pour les actions considérées comme négatives, une charge encore plus importante envers ceux qui m’avaient fait du mal. Auparavant si j’étais blessé, ma réaction était : il m’a blessé, je le hais. Maintenant si je suis blessé, ma réaction est aussi simple que celle d’avant mais totalement à l’opposé. Ce qui m’a blessé est une survenue en accord avec la volonté divine et la loi cosmique. Cette survenue s’est produite à travers A par exemple. Manifestée à travers B, C, D ou Z, cette blessure eût été la même. Selon ce point de vue, la question de qui m’a blessé pendant les vingt dernières années n’a plus aucun sens. D’un seul coup, une charge immense, toute cette haine, s’est dissoute. J’étais totalement étonné, émerveillé que mon bonheur, ce droit de naissance, soit là. Quel était le fondement de ce bonheur qui était là depuis toujours ? C’était l’absence de cette charge de haine pour moi-même d’avoir blessé et de haine pour les autres qui m’ont blessé. Il y avait là l’acceptation totale que je ne peux blesser personne et que personne ne peut me blesser, à moins que ce ne soit la volonté de Dieu. Une fois ceci accepté, mon droit de naissance au bonheur était là. J’ai découvert que c’était effectivement cela qui me donnait le bonheur que je recherchais. C’est alors que j’ai décidé de donner ce concept à qui voulait bien l’entendre.

Demeuraient deux questions auxquelles personne ne pouvait répondre. Provenant probablement  parce que j’ai été banquier pendant vingt-sept ans, j’étais supposé aller voir un gourou pour obtenir l’illumination. Qu’était l’illumination ? Et plus important encore, Qu’est-ce que l’illumination va apporterait-elle au reste de ma vie que je n’avais pas auparavant ? J’ai demandé cela à mon premier gourou. Il s’est fâché. Mais comme il ne voulait pas montrer aux autres qu’il était fâché, il m’a répondu la chose suivante: « tu veux savoir ce qui se passe lorsque l’illumination se produit, et bien tu le sauras lorsque tu seras illuminé ». J’avais maintenant la réponse à mes deux questions. Qu’est-ce que l’illumination ? C’est l’acceptation totale du concept que tout ce qui survient arrive en accord avec la loi cosmique, la volonté divine. La conclusion majeure étant que l’être humain est incapable de générer quoi que ce soit. Pour moi, la totale acceptation de ce concept est l’illumination. Mais peut-être que quelqu’un doute et n’acceptera pas ce concept. Lorsqu’on me demande : est-ce que vous ressentez encore la douleur ? Je réponds oui. Lorsque l’on me demande : est-ce que vous faites encore des erreurs ? Je réponds oui. Est-ce que vous demeurez encore un être imparfait ? Je réponds oui. Est-ce que vous avez des pouvoirs particuliers ? Je réponds non. Cette personne va conclura : vous n’êtes pas illuminé. C’est son concept. Ce que l’illumination m’a apporté c’est ce que j’appelle la paix de l’esprit. Suivant cela, qu’est-ce que l’illumination peut faire pour vous ? Elle apporte le bonheur à travers la paix de l’esprit.

J’ai eu la surprise de constater que toute cette pensée m’est venue en anglais. La conclusion ultime à laquelle je suis parvenu est : le bonheur à travers la paix de l’esprit. J’ai été agréablement surpris de constater que les termes sanskrits existants depuis plus de trois mille ans sont une traduction littérale de ces mots qui m’étaient advenus en anglais : le bonheur à travers la paix de l’esprit. Les mots sanskrits sont : shuka shanti. Shuka signifie bonheur et shanti signifie littéralement paix de l’esprit. C’est tout ce que je peux vous donner.

Je dois ajouter une chose cependant. Intellectuellement, un pauvre idiot peut accepter ce stupide concept, parce que cela lui apportera le bonheur. Mais ce qui est clair, c’est que le concept ne peut pas être opérant si mon acceptation n’est pas totale, pas seulement intellectuelle. La question demeure donc : qu’est-ce que Jean-Pierre doit faire pour que son acceptation intellectuelle qu’il n’est pas l’agissant devienne totale ? Qu’est-ce que vous en pensez ? Il y a une seule bonne réponse, c’est une question piège.

Jean-Pierre : J’aurais tendance à dire : rien.

Ramesh : C’est exactement la bonne réponse (rires). Car en fait cela n’arrivera que si c’est supposé advenir.

Jean-Pierre : En ce qui me concerne, si je regarde en arrière, j’ai eu enfant des aperçus d’un un état autre que l’état ordinaire. C’est probablement cela qui a mis en route dans ce corps mental la recherche spirituelle. En fait, j’ai couru pendant des années après ces moments, ou cherché à les rendre plus permanents. Avant de vous rencontrer, quelque chose s’est produit, de totalement non intellectuel, qui a désamorcé ce processus de recherche. C’est à ce moment, que l’enseignement est arrivé.

Ramesh : Est-ce que vous êtes sûr maintenant que l’acceptation est totale ?

Jean-Pierre : Totalement.

Ramesh : Que vous n’êtes pas l’auteur de vos actions ?

Jean-Pierre : Totalement.

Ramesh : Etes-vous prêt à passer au détecteur de mensonges ? (rires).

Jean-Pierre : Où vous voulez ? (rire général).

Ramesh : Donc, mon cher Jean-Pierre, suivant mon concept vous êtes illuminé.

Jean-Pierre : Tant pis.

Ramesh : C’est vous qui le serez profondément, si vous avez ce bonheur absolu, cette paix de l’esprit totale. Comment saurez-vous que vous avez la paix d’esprit ? C’est très simple, mais cela m’a pris du temps. Je sais que j’ai la paix de l’esprit lorsque je ne suis pas inconfortable avec moi-même, ni avec les autres ; quelles que soient les circonstances, que je sois dans la souffrance ou dans la joie.

Pendant que je poursuivais l’illumination, j’étais dans la tristesse. Lorsque j’ai cessé cette recherche, juste en m’axant sur la paix de l’esprit, l’illumination est survenue. Quelle est l’essence de l’illumination ? La source impersonnelle s’est identifiée avec ce corps mental pour créer l’ego Ramesh. De ce fait, chaque ego est connecté à la source. En ce qui me concerne, l’illumination signifie que la connexion avec la source n’est jamais interrompue. Ramesh est ce qui est connecté à la source. Lorsque je me blâme pour quelque chose que j’ai fait, que je blâme quelqu’un pour quelque chose qu’il a commis, à ce moment-là, la connexion est interrompue. Cette interruption de la connexion signifie la misère. C’est une souffrance très différente de la douleur dans l’instant. Maintenant, ne rejetant la faute ni sur moi ni sur les autres, totalement conscient que quoi qu’il survienne, cela est en accord avec la loi cosmique et la volonté divine, ma connexion avec la source n’est jamais interrompue.

Une question valable est la suivante : en attendant que Dieu prenne sa décision, n’y a t-il pas quelque chose que je puisse faire sous forme d’une pratique spirituelle ? Auparavant, j’accomplissais ces pratiques avec une attente. Maintenant, les pratiques se font, sans attente. Y a-t-il encore quelque chose à faire ? Il y a quelque chose de très simple que vous pouvez pratiquer, pour voir que réellement vous n’êtes pas l’agissant. J’appelle cela l’investigation personnelle. C’est très simple. Si vous avez du temps dans la journée, vous pouvez pratiquer cela à n’importe quel moment. Si vous êtes trop occupé pendant la journée, à la fin de celle –ci prenez dix minutes, ceci n’est pas une discipline. Asseyez vous tranquillement dans le siège le plus confortable possible. Pour être confortable, vous pouvez prendre une tasse de café ou un verre de bière, et vous livrer à une investigation très simple : parcourez les événements de votre journée, vous réaliserez très vite que la plupart sont des survenues sur lesquelles vous n’avez aucun contrôle. Parmi ces événements, choisissez-en un, une action dont vous êtes vraiment sûr que c’est la vôtre et examinez cette action. C’est extraordinairement simple. Si c’est mon action, est-ce que j’ai décidé de l’accomplir à un moment particulier ? Vous vous souviendrez que vous n’avez pas vraiment décidé de faire cela. Vous investiguez cette action et vous découvrez qu’une pensée vous est advenue. C’est cette pensée qui vous a conduit à l’action. Si cette pensée n’était pas advenue, il n’y aurait pas eu cette action.

Vous n’avez aucun pouvoir sur la survenue d’une pensée, pour la simple raison qu’aucun être humain n’a de contrôle sur la pensée qui va venir dans l’instant.

Jean-Pierre : J’ai fait une analyse précise, il y a trois ans, après avoir passé vingt-six ans dans une banque, je l’ai quittée. Et j’ai été plus qu’étonné par cela, parce que je n’avais vraiment pas l’impression que la vie allait n’entraîner vers cela. Il y a comme une harmonie dans la vie, puisque c’est ce départ professionnel qui a entraîné tout un tas de choses, y compris d’être ici par exemple.

Ramesh : Vous n’avez pas décidé de quitter la banque, quitter la banque s’est produit.

À la lumière de cet examen quotidien, vous arrivez  à la conclusion que même l’action dont vous étiez sûr qu’elle était votre action, ce n’est pas vous qu’il l’avez produite. Alors, la compréhension est obligée de s’ancrer de plus en plus profondément. Je vous garantis que vous pouvez porter votre investigation sur autant d’actions que vous voulez, à chaque fois, sans aucune exception, vous en viendrez à la conclusion : ce n’est pas mon action, ce n’est pas mon agissement. Chaque fois, l’acceptation s’ancrera plus profondément. Si je ne m’étais pas trouvé à un certain endroit, et si quelque chose ne m’était pas tombé sous les yeux à ce moment-là, une telle action n’aurait pas eu lieu. Et bien entendu, je n’ai aucun contrôle sur le fait d’être là un moment précis et sur ce qui allait advenir. Ce que je vois, que j’entends, que je me dis, que je touche, si je n’étais pas été là, ceci n’aurait pas lieu. Cette compréhension s’approfondit donc de plus en plus, jusqu’à un moment particulier, qui dépend de votre destinée et de la volonté de Dieu, où un éclair de compréhension survient : je ne suis pas l’agissant autonome. Et cette conviction peut survenir à n’importe quel moment, dans n’importe quelle circonstance. Cette compréhension soudaine ne se restreint pas à l’illumination. Un scientifique, je crois que c’est Niels Bohr, était à Paris,  participant à une conférence. Il devait parler d’un sujet particulier, et à un moment donné il a été bloqué. Dans son exposé, il ne pouvait pas trouver de réponse. Selon ce qu’il en a dit lui-même, alors qu’il était en train de traverser une avenue pleine de voitures, il eût la réponse en un flash. Après cela, revenant de son dîner, il s’est assis à une table, et en une demi-heure il a écrit la réponse qu’il cherchait depuis très longtemps.  C’est arrivé dans un flash, à un moment et dans un lieu totalement inattendus. Cela peut donc arriver à n’importe quel moment. Cela peut arriver lorsque vous êtes assis sur le siège des toilettes et l’impact en sera tel que vous pouvez en oublier de vous essuyer (rire général). Il y a donc des moments où il vaut mieux que cela n’arrive pas.

Maintenant je n’ai plus de questions pour vous, c’est à vous de les poser.

Jean-Pierre : Je n’en ai plus.

Ramesh : S’il vous vient d’autres questions, vous pouvez les poser demain.

Jean-Pierre
: Merci.

Christian : Qu’est-ce que l’illumination ?

Ramesh : C’est n’être jamais inconfortable  avec soi-même et avec les autres. Telle est ma conception de l’illumination. Pour quelqu’un d’autre,  ce sera totalement différent : ce sera par exemple être dans trente endroits en même temps, ou marcher sur l’eau…

Christian : Est-ce que le bonheur de l’être humain, c’est d’être en accord avec soi-même ?

Ramesh : C’est ma conception de l’illumination.

≈≈≈≈≈≈≈

Merci à Jean-Pierre Chometon pour avoir partagé avec nous cet entretien avec Ramesh Balsekar ainsi que la belle photo qui accompagne le texte.

mardi 9 février 2010

• La vague est l'océan - Jeff Foster


La vague séparée dans l'océan regarde l'océan et voit des milliers d'autres vagues séparées... Apparemment séparées. S'il n'y a que l'océan, pourquoi apparait-il autant de vagues séparées ?
Mais cette question n'est pas bonne. Et la raison pour laquelle cette question n'est pas bonne, c'est parce que c'est une vague séparée qui demande ça !
Or, il n'existe rien de tel qu'une vague séparée. Il n'existe pas de vague séparée de l'océan. La vague est l'océan.


...et Poonja de s'exclamer :


Il y a des vagues dans l'océan. Chaque vague a une certaine forme - une longueur, une largeur et une hauteur - et se déplace dans une direction particulière. Mais sont-elles séparées de l'océan ? Une vague pourrait se sentir séparée et se mettre à la recherche de l'océan, mais est-elle jamais séparée ?

lundi 8 février 2010

• Imagine


Imagine there's no heaven 
It's easy if you try 
No hell below us 
Above us only sky 
Imagine all the people living for today 
 Imagine there's no countries
It isnt hard to do
Nothing to kill or die for
No religion too
Imagine all the people 
living life in peace

Imagine no possesions
I wonder if you can
No need for greed or hunger
A brotherhood of man
imane all the people 
Sharing all the world

You may say Im a dreamer
but Im not the only one
I hope some day you'll join us
And the world will live as one

vendredi 5 février 2010

• Invitation à une Conscience ludique - Pierre Yves


Pierre Yves affirme que l'homme s'est laissé enfermer dans une représentation fausse de lui-même : ce qu'il est censé être a pris le pas sur ce qu'il est vraiment. Il pense que toutes les oppositions et tous les antagonismes se fondent dans une unité qui porte en elle le goût de l'évidence. L'individualisme doit être mis en marge car il empêche de voir et de vivre au plein sens du terme.

Inquiétude, stress, anxiété, peurs diverses... et le “sommeil” dans lequel nous vivons sont les conséquences d'une identification erronée; nous nous sommes laissé enfermer dans une représentation fausse de nous-mêmes. Ce que je suis censé être a pris le pas sur ce que je suis vraiment. Nous croyons être des individus, mais cette croyance est une méprise, une illusion d'optique.

Un concours de circonstances a occasionné chez l'auteur la prise de conscience que ce que nous sommes en réalité n'est ni limité au corps ni relié au temps mais à la “verticalité de l'instant”. Là toutes les oppositions, tous les antagonismes se fondent dans une unité qui porte en elle le goût de l'évidence.
Notre individualisme doit être mis dans la marge car c'est lui qui nous empêche de voir et de vivre au plein sens du terme, c'est-à-dire tout simplement : d’être.

La clé est là. Oublions ce que nous savons ou croyons savoir. Abandonnons nos certitudes figées. Nous étouffons le Réel. Retrouvons une candeur...

Il existe en l'humain une autre dimension. Accepter ce divin désordre qui est un ordre qui nous dépasse. Laisser la vie se révéler en restant totalement disponible. Quelque chose d'inattendu nous attends...

Pierre Yves – avec beaucoup d'humour – nous invite dans ce livre, dont le héros est le lecteur, à déployer cette autre perspective, à accueillir ce manque (qui souvent nous taraude) pour ce qu'il est : la plénitude du vide.


=> Lire l'article de Pierre Yves dans le numéro 94/Hiver 2009 de la revue 3éme Millénaire

Pierre Yves est un témoin d’éveil habile au jeu des mots, lorsque ceux-ci sont au service de l’intuition verticale : « De la vague à l’âme…», « Tous “ego” ? », « La solution, c’est la dissolution. », « Pour te laisser inspirer : expire ! », « On naît où l’on EST. », et cetera. Il nous parle du bonheur ineffable de l’éveil qui fondit sur lui sans préavis. Ce livre, né d’un élan créateur, n’a pas fonction de transmettre un enseignement spirituel ; il vise à porter un témoignage à celui qui sait « percevoir au-delà des mots, c’est-à-dire avec [sa] propre intuition, non pas [son] intellect, mais [ses] “tripes” (conscience viscérale)… » Mais voilà, percevoir réellement n’est pas à la porté de tout chercheur. Alors ce livre est une bouteille jetée dans l’océan où chaque vague se prend pour le tout. C’est en tout cas un bon cru, une dive bouteille qui déverse sans entrave l’ensemble des questions que le pèlerin au pied marin est amené à se poser lorsqu’il navigue dans les milieux de la non-dualité. Milieux que l’auteur a bien sûr fréquenté jusqu’à la découverte de son évidence première. Évidence que les religions, nous dit Pierre Yves, n’aident pas à découvrir. En effet, « Notre dimension transcendante ne s’étiquette pas, elle ne s’apparente qu’à la vie. » laquelle demeure irréductible à la pensée comme à tous les savoirs. Sur ce point fondamental, le témoignage de l’auteur peut être vu comme la compréhension profonde que « Lorsque “je ne sais pas” : Je Suis. »

mercredi 3 février 2010

• Rencontre avec Jeff Foster


Samedi 30 janvier 2010





Dimanche 31 janvier 2010





Source des enregistrements : l'eveil.org
 

mardi 2 février 2010

• Il n'y aurait qu'une attention parfaite, absolue - Krishnamurti

En lien avec le blog "Ce qui est", que nous saluons. Karmapa Chenno !


"Quand vous observez quelque chose-un arbre, votre femme, vos enfants, votre voisin, les étoiles au coeur de la nuit, la lumière jouant sur l'eau, l'oiseau dans le ciel ou quoi que ce soit d'autre-, il y a toujours d'une part l'observateur, le censeur, le penseur,  celui qui vit l'expérience, celui qui cherche, et de l'autre la chose qu'il observe; l'observateur et l'objet observé; le penseur et la pensée.  Il y a donc toujours une division.  C'est cette division qui constitue le temps.  Cette division est l'essence même du conflit.  Et quand il y a conflit, il y a contradiction.  Il y a "l'observateur et l'observé"-c'est-à-dire qu'il y a une contradiction, une séparation.  Et là où est la contradiction est aussi le conflit, chaque conflit faisant naître à son tour un besoin impérieux de dépasser le conflit, de le vaincre, de l'éviter, d'agir sur lui, et toute cette activité implique le temps...Tant qu'il y aura division, le temps continuera, et le temps, c'est la souffrance.

Tout homme qui veut comprendre la fin de la souffrance doit comprendre cela, doit le découvrir, doit aller au-delà de cette dualité entre le penseur et la pensée, entre le sujet et l'objet de l'expérience.  Autrement dit, lorsqu'il y a division entre l'observateur et l'objet observé, le temps intervient, et la souffrance n'en finit donc jamais.  Que faire, alors?  Comprenez-vous la question?  Je vois, présent en moi, l'observateur, toujours là à épier, juger, censurer, accepter, rejeter, discipliner, contrôler, modeler.  Cet observateur, ce penseur, est le résultat de la pensée; c'est une évidence.  C'est la pensée qui vient en premier, pas l'observateur, le penseur.  S'il n'y avait pas du tout de pensée, il n'y aurait pas d'observateur, pas de penseur, il n'y aurait qu'une attention parfaite, absolue."
"Le livre de la méditation et de la vie",  Krishnamurti - Édit. Livre de poche

Une heure en présence de Krishnaji  : 

lundi 1 février 2010

• Ce Cœur de mon Cœur - Poonja-ji


Ses paroles ne me firent aucune impression. Elles me semblaient n'être qu'une excuse de plus que je pouvais ajouter à la longue liste de celles que j'avais reçues de swamis dans tout le pays. Il m'avait promis de me montrer Dieu [lorsqu'il était venu dans ma maison au Punjab] pourtant, il cherchait maintenant à me convaincre qu'il lui était non seulement impossible de me montrer Dieu, mais que personne d'autre ne pouvait le voir non plus. Je l'aurais rejeté, sans autre procès, lui et ses paroles, si ce n'était pour une expérience que je vécus immédiatement après qu'il m'ait dit de découvrir qui est ce " je " et qui est celui qui désirait voir Dieu. Une fois qu'il eut fini de parler, il me regarda, et alors qu'il plongeait son regard dans mes yeux, mon corps tout entier fut pris de secousses et commença à trembler. Une forte sensation d'énergie nerveuse me traversa le corps. Mes terminaisons nerveuses me donnaient l'impression de danser et mes cheveux se dressèrent sur ma tête. À l'intérieur, je pris conscience du Cœur spirituel. Il ne s'agit pas du cœur physique. C'est plutôt la source et le support de tout ce qui existe. Au sein du Cœur j'aperçus ce qui ressemblait à un bouton de fleur refermé. Il était très scintillant et bleuté. Alors que le Maharshi me regardait et que j'étais moi-même dans un état de silence intérieur, je sentis ce bouton s'ouvrir et s'épanouir. J'utilise le terme " bouton ", mais ce n'est pas une description exacte. Il serait plus juste d'en parler comme l'impression de quelque chose ressemblant à un bouton en train de s'ouvrir et de fleurir en moi dans le Cœur. Et, quand je dis " cœur ", je ne fais pas référence à un épanouissement situé dans un endroit spécifique du corps. Ce Cœur, ce Cœur de mon Cœur, n'était ni situé dans le corps, ni au dehors. Je ne puis donner de description plus exacte de ce qui s'est passé. Tout ce que je peux dire, c'est qu'en la présence du Maharshi, sous son regard, le Cœur s'est ouvert et s'est épanoui. Ce fut une expérience extraordinaire que jamais je n'avais vécue auparavant. Je n'étais pas venu en quête d'une expérience particulière, et j'ai été totalement surpris par ce qui s'est passé.

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Papaji : La recherche est entamée parce que la reconnaissance n'a pas encore eu lieu de façon certaine. Le chercheur ne fait qu'avancer lentement dans la recherche de la reconnaissance. C'est comme regarder dans un miroir afin de vous reconnaître. Vous localisez le miroir, y voyez votre reflet, et vous vous reconnaissez. Une fois que vous vous êtes reconnu, vous pouvez vous débarrasser du miroir, de la recherche, et de l'idée d'un objet à rechercher.

Dans la reconnaissance aucun " qui " ne reconnaît, mais personne ne sait cela. Tout le monde n'a cessé de pratiquer la méditation depuis la nuit des temps. Personne ne dit la vérité au sujet de ce processus de reconnaissance, au sujet de sa nécessité. On prie dans les temples et on médite dans les monastères, mais personne ne connaît la vérité. Personne n'ose même en parler. Tout le monde arpente les sentiers battus, comme un troupeau de moutons. Il vous faut quitter les sentiers battus. Il vous faut emprunter votre propre sentier, peut-être aucun sentier du tout.

Question : C'est si vaste !

Papaji : Il n'y pas de sentiers dans le vide. Il n'en existe aucun. La vacuité vous suit, où que vous alliez. Et, le vide vous guide. Le vide est à chacun de vos côtés, au-dessus et au-dessous de vous. Où pourriez-vous aller sans lui ? Dans quel autre lieu pourriez-vous vous rendre ? La mort ne peut s'approcher de ce vide. Les Dieux n'y ont pas accès.

Question : Il est. C'est, tout simplement.

Papaji : [en riant] Il est, tout simplement. Ce kiwi est très fort [rires]. Il semble lent, mais il est très vif. Cela a été une belle rencontre avec vous. Vous m'aviez demandé quelle était votre relation avec moi. Voilà la relation.
 
Lire la tolité du texte sur le site InnerQuest, avant qu'il ne disparaisse. C'est croustillant de (bonnes) histoires !