Ne soyez pas celui qui voit, soyez la vision. Être celui qui voit, c'est être quelqu'un, quelque part ; être la vision, c'est n'être personne, c'est être partout.
mercredi 23 mars 2016
lundi 14 mars 2016
• Une paix simple, sans histoire - Charles Coutarel
© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Aluna :
Parler de la réalisation de soi, de l’éveil,
revient à évoquer l’Absolu… Et si c’est absolu…
Les mots ne peuvent que pointer, qu’inviter
vers cela en nous, notre nature profonde.
Notre nature réelle. Ce serait comme vouloir
parler du silence… de l’immensité… du cosmos...
Notre nature est comme un ciel étoilé, on se
contente de l’admirer...
et d’en ressentir l’amour, la paix, et la
beauté...
Nous sommes à ce moment de simples témoins
émerveillés et « éveillés »...
Il n’y a rien à en dire, seulement être,
ressentir...
Seulement être là, dans la jouissance, dans la
dégustation de cet ici et maintenant de l’être ;
naturellement en accord avec ce qui est, sans
effort, sans limite, sans temps...
Ici tout s’efface, tout prend place dans cette
simple présence.
Conscience… Conscience consciente d’elle-même
conscience, conscience que tout est « Cela »...
Le même... Elle-même…
Ni séparation, ni question, aucun conflit ni
jugement, une adhésion naturelle.
C’est le grand repos, la toute absolution,
l’abandon sans effort de toute prétention personnelle...
La Paix... L’Amour… C’est ça la réalisation de
soi, un retour à la source, une conscience simple.
Le retour au vrai de soi. C’est si simple, si
évident, que nous le manquons à chaque instant...
Un simple laisser être, rien de spécial ni de
remarquable. Simple Présence...
C’est la toute validation et valeur de l’être
; tel qu’en soi il est, tels que nous sommes en vérité.
Ni « ego » ni image de soi à défendre, absolument rien à défendre ni à
craindre…
Rien à craindre ! C’est ça la vraie merveille
!
C’est un amour simple, un "amour
propre"... et ça, ça n’a pas de prix !
Et en plus c’est contagieux !...
La réalisation de soi c’est ça ; la contagion
de l’amour, de la paix...
son sourire, sa tendresse, son rire, et… son
silence !...
Un silence éloquent au-delà de toute éloquence
!...
C’est ce paradis perdu qui est finalement
retrouvé en soi.
Le cœur de notre cœur, l’âme de notre âme....
La soie du Soi.
C’est Tout.
La Vie dans son ensemble est une Danse…
Danse de Conscience et d’Amour…
La Danse de l’Instant…
L’éveil est une sorte de rencontre improbable
avec le vrai de soi,
au-delà des images, représentations ou
projection de soi-même…
Ce n’est pas un accomplissement ni une fin en
soi.
C’est simplement une réalisation,
la réalisation de notre nature fondamentale.
Comment cet éveil, cette réalisation va
s’incarner
dans cet improbable témoin est et demeure un
mystère…
Il n’y a pas de référence.
Voir le site de Charles Coutarel : Satsang Europe
lundi 22 février 2016
• Avez-vous assisté à votre propre mort ? - David Godman
AUPRÈS
DE NISARGADATTA MAHARAJ
"Je suis seul, car je suis
tout"
David Godman, à l’occasion d’un entretien improvisé
avec son amie Jarriet, est conduit – 23 ans après les faits – à faire revivre
les quatre années (1978-1981) où il a régulièrement rendu visite au “Maître
spirituel” Nisargadatta Maharaj, dans la ville de Bombay. Nisargadatta était un
“être de connaissance” (Jñânî, en
sanskrit) tout à fait incandescent. En réalité, son enseignement ne visait
qu’une seule chose essentielle : « Planter ses mots
directement dans la conscience »
de ses visiteurs ou adeptes, et éviter à tout prix de gorger de concepts
l’intellect des “chercheurs de vérité”.
Au
fil de l’entretien, David Godman voit remonter à la surface maints événements
noyés dans l’eau dormante de sa mémoire, sans jamais avoir été effleuré par le
souci d’en tirer la substance d’un livre de souvenirs.
Il
nous introduit dans la petite pièce où Maharaj accueillait des visiteurs venus
du monde entier, au premier étage de sa maison, dans un quartier populeux de
Bombay. Matin et soir avaient des séances de questions-réponses, c’est ce que
Maharaj affectionnait le plus.
Le
récit de David Godman possède tout à la fois la fraîcheur de l’instant vécu et le recul avisé de l’observateur conquis.
Il est témoin fidèle, sans mission d’enquêteur ni réflexe de croyant : une
empathie éclairée.
Nisargadatta
Maharaj semble n’avoir eu qu’une seule et unique préoccupation : faire
disparaître la carapace des identités illusoires, pour que chaque individu
parvienne à sa vraie nature : la conscience qui ne connaît ni limites ni
formes.
© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Accarias-L'Originel :
Harriet : Dans tout ce que vous avez appris jusqu’ici, Maharaj n’a-t-il jamais publiquement reconnu l’éveil de quelqu’un d’autre ?
David :
Il est possible qu’il y en ait eu d’autres, mais le seul dont
j’ai eu connaissance en dehors de Maurice, car j’en ai été le
témoin direct, était un canadien – du moins je crois qu’il
était canadien – qui se nommait Rudi. J’avais écouté des
enregistrements avant de me rendre pour la première fois chez
Maharaj, et cet homme, Rudi, y figurait en bonne place. Je dois vous
avouer qu’il me semblait littéralement insupportable. Il était
prétentieux, il ergotait, il était agressif ; apparemment
Maharaj l’a flanqué à la porte à plusieurs reprises. Je n’avais
jamais rencontré Rudi ; je ne l’avais connu qu’à travers
les enregistrements que j’avais écoutés.
C’est
alors qu’un jour Maharaj fit une annonce : “Nous avons un
jñânî qui vient
nous rendre visite ce matin. Son nom est Rudi.” Je me mis à rire,
parce que je supposais que Maharaj était en train de s’amuser de
ses prétentions à l’éveil. Maharaj pouvait se montrer tout à
fait cinglant envers des personnes qui proclamaient avoir atteint
l’éveil ; mais qui ne l’avaient pas atteint. Wolter Keers,
un enseignant hollandais de l’advaïta,
était quelqu’un qui rentrait dans cette catégorie . De temps
en temps il se rendait à Bombay pour voir Maharaj, et à chacune de
ses visites, Maharaj lui faisait prendre la porte pour avoir déclaré
qu’il avait atteint l’éveil, alors qu’il n’en était rien.
Lors d’une des visites de Wolter, Maharaj se mit à le sermonner
avant même que Wolter soit complètement entré dans la pièce. Il y
avait un escalier de bois qui conduisait directement dans la pièce
où enseignait Maharaj. À peine la tête de Wolter était-elle
devenue visible au sommet de la dernière marche que Maharaj
suspendait toute autre préoccupation et commençait à lui tomber
dessus.
‘Vous
n’avez pas atteint l’éveil. Comment osez-vous enseigner en
Occident, en affirmant que vous avez atteint l’éveil ?’
Lors
d’une de mes visites, Wolter devait arriver, et Maharaj n’arrêtait
pas de demander quand il allait apparaître.
‘Où
est-il ? Je veux lui tomber dessus encore. Quand va-t-il
arriver ?
Or
pour cette visite spéciale, il me fallut partir avant l’arrivée
de Wolter, aussi ne sais-je pas quelle forme a pris le sermon, mais
j’ai le sentiment que ce fut comme d’habitude particulièrement
chaud.
Bref,
revenons à Rudi. Quand Maharaj annonça qu’un ‘jñânî’
devait arriver, je supposais que Rudi allait subir le même
traitement que Wolter. Cependant, à ma grande stupéfaction, Maharaj
le traita comme un sujet authentique quand il finit par se
manifester.
Après
avoir passé une bonne partie de la matinée à me demander quand
Rudi allait apparaître, Maharaj lui demanda alors pourquoi il avait
pris la peine de venir.
‘Pour
vous présenter mes respects et vous remercier de ce que vous avez
fait pour moi . Je pars pour le Canada, et je suis venu vous
dire au revoir.’
Maharaj
refusa cette explication. ‘Si vous êtes venu dans cette pièce,
c’est qu’il subsiste encore en vous un doute. Si vous étiez
affranchi des doutes, vous n’auriez pas du tout pris la peine de
venir. Jamais je ne rends visite à d’autres Maîtres ou Gurus, car
je n’ai plus de doutes sur qui je suis. Je n’ai aucun besoin
d’aller quelque part. Beaucoup de personnes viennent me voir et
disent : “Vous devez aller voir tel ou tel Maître, ils sont
merveilleux.” Mais je n’y vais jamais, parce que je n’ai besoin
de rien de personne. Vous devez vouloir quelque chose que vous n’avez
pas obtenu, ou être la proie d’un doute, pour venir ici. Pourquoi
êtes-vous venu ?’
Rudi
réitéra sa version initiale, et garda le silence. Je le regardais,
et j’avais l’impression de voir un homme plongé dans un état
intérieur d’extase ou de félicité si prégnant que cela était
difficile de seulement parler. Je n’étais toujours pas certain que
Maharaj acceptait ses justifications, mais à ce moment-là, la femme
qui accompagnait Rudi posa à Maharaj une question.
Maharaj
répondit, ‘Interrogez plus tard votre ami. C’est un jñânî.
Il vous donnera des réponses correctes. Ce matin, gardez le silence.
Je veux lui parler.’
Ce
fut à ce moment-là que je pris conscience que Maharaj avait
réellement accepté que cet homme ait atteint sa vraie nature. Rudi
alors sollicita Maharaj pour qu’il le conseille sur ce qu’il
devrait faire, une fois rentré au Canada. Je pensais que c’était
une question parfaitement judicieuse que pouvait poser un disciple à
son Guru en une telle circonstance, mais Maharaj ne sembla pas
l’entendre de cette oreille.
‘Comment
pouvez-vous poser une question pareille si vous êtes dans l’état
d’éveil à votre vraie nature ? Ne savez-vous pas que vous
n’avez aucun choix pour ce que vous faites ou ne faites pas ?’
Rudi
demeurait silencieux. J’avais le sentiment que Maharaj cherchait à
l’entraîner dans une dispute ou du moins dans un débat, et que
Rudi se refusait à relever le gant.
À
un moment donné, Maharaj lui demanda, ‘Avez-vous assisté à votre
propre mort ? ’, et Rudi répondit ‘Non.’
Maharaj,
ensuite, se lança dans un petit exposé sur la nécessité d’être
le témoin de sa propre mort pour qu’il y ait pleine réalisation
de sa vraie nature. Il ajouta que c’était ce qui lui était arrivé
après avoir perçu qu’il avait pleinement atteint sa vraie nature,
et ce n’est qu’après cette expérience de la mort qu’il avait
compris que ce processus était nécessaire pour la libération
ultime. J’espère que quelqu’un a enregistré ce dialogue, parce
que je suis tributaire d’une mémoire vieille de vingt cinq ans.
Cela me paraît être une partie capitale de l’expérience et des
enseignements de Maharaj, mais je ne l’ai jamais entendu évoquer
cela en aucune autre circonstance. Pas plus que je ne l’ai retrouvé
dans aucun de ses livres.
Maharaj
continua à harceler Rudi sur la nécessité d’être le témoin de
sa mort, mais Rudi resta silencieux, se contentant de sourire
béatement. Il refusait de se défendre, et il refusait la
provocation. Quoi qu’il en soit, je ne crois pas qu’il était en
condition de soutenir un débat. L’état dans lequel il se
trouvait, quel qu’il fût, semblait requérir toute son attention.
J’avais le sentiment qu’émettre même de brèves réponses
était une tâche pénible.
Finalement
Rudi formula une question et dit, ‘Pourquoi devenez-vous aussi
exalté pour quelque chose qui n’existe pas ?’ je supposais
qu’il voulait dire que la mort était irréelle, et qu’en tant
que telle, ne méritait pas une dispute.
Maharaj
se mit à rire, accepta la réponse, et cessa de le harceler.
‘Avez-vous
jamais eu un Maître comme moi ?’, s’enquit Maharaj avec un
sourire.
‘Non,’
répliqua Rudi, ‘et avez-vous jamais eu un disciple comme moi ?’
Tous
deux se mirent à rire, et le dialogue toucha à sa fin. J’ignore
ce qu’il advint de Rudi. Il partit et et je n’appris rien de plus
à son sujet. Comme on dit à la fin d’un conte de fées, il vécut
probablement heureux pour toujours.
lundi 15 février 2016
• La beauté du geste - Stephen Jourdain
La
Beauté du Geste
Rencontre
en Corse - Été 1997
«
Je suis » n’est pas une chose, ni un état à quoi l’on va
parvenir, ni dans le giron duquel je vais retourner.
C’est
un geste pur, que je sais faire. L’éveil est un geste. Un geste
intemporel, tellement profond et central qu’il transforme en
banlieue toutes les expériences les plus suaves et les plus
profondes qu’on ait pu faire dans sa vie.
Ce
geste consiste en quoi ?
C’est
un regard de conscience infinie plongeant en lui-même, mais c’est
un geste. S’il n’y avait pas ce caractère de geste, d’acte, il
n’y aurait rien.
© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Charles-Antoni l'originel :
Faire
un geste
Je doute fort que mes
livres partent dans la journée, ça se saurait, mais on ne sait
jamais, un type peut être trompé par la couverture...
C'est vrai que ce
n'est pas facile de rentrer dedans...
Oui, ce que vous me
dites m'attriste beaucoup... (Rire)... Il y a un mystère tout de
même. En fait j'emploie des mots très simples...
J'aimerais bien que ce
soit clair. Je fais des efforts affreux pour être simple, pour faire
simple. Je ne suis pas philosophe donc je n'ai pas de vocabulaire
technique. En fait j'en suis arrivé à me demander si ce n'est pas
cette transparence, qui rend tout obscur.
Si j'employais des mots
compliqués, des mots de spécialistes, dans le fond les gens
seraient assez contents, en fait ils comprendraient
pourquoi ils ne comprennent pas... Et là, comme c'est écrit dans un
langage courant, en fait ça doit être irritable parce que c'est
écrit noir sur blanc, c'est très simple, et je ne comprends pas !
Je vois bien le fossé,
c'est d'ailleurs pour ça que je n'ai pas écrit... L'idée d'écrire
m'est venue très longtemps après, ça ne s'imposait pas du tout à
moi, ce n'est pas une vocation et puis “ cette
chose ”
est faite pour être vécue, elle n'est pas faite pour être
exprimée.
C'est la seule relation
convenable que l'on puisse établir avec elle, puisqu'elle est...
c'est de l'être, et à ce titre, elle n’est rien.
On ne devrait pas la
montrer, non par pudeur, on ne devrait pas la montrer, on ne devrait
pas l'installer dans le monde, pour la bonne raison qu'elle n'en
participe pas, elle laisse le fleuve des choses dévaler intact et
vierge... Donc elle ne pèse rien, c'est ça qui est extraordinaire.
S'enfoncer dans l'être,
(c'est bien ce dont il s'agit), on a l'impression que ceci
va changer quelque chose, induire un changement, mais en fait ça
n'induit strictement aucun changement, c'est un non-événement pur.
Alors c'est vrai que c'est un événement absolu aussi, plus
grand que tous les événements, mais c'est un non-événement pur,
ça ne change rien.
En fait, “ cette
chose-là ”
(au sens qu'on prête habituellement au mot “ exister ”)
n'existe pas. Et donc on arrive à ce paradoxe, qui sera un jour
fameux, c'est :
“ L'existence
pure n'existe pas. ”
Et le considérer, si
peu que ce soit comme existant, au sens habituel du terme, comme
pouvant influer sur la vie, comme déterminant, influant, c'est
l'avoir trahie, c'est ne pas avoir compris.
Il n'y a que celui qui
la possède, qui sait que c'est un non-influent absolu.
Et donc :
“ J'étais
communiste avant ” ;
bon, quelque chose d'absurde... “ J’étais
marxiste matérialiste avant ”,
bon, ou alors “ j'étais
croyant ”...
Ça ne devrait rien changer... ça n'induit aucun changement...
Il est peu probable que
celui en qui ça va jaillir ait, par tempérament, épousé
l'idéologie marxiste ou même l'idéologie déiste, mais si c'était
le cas, ça ne changerait rien. Il n'y a aucun besoin d'éradiquer sa
conviction communiste parce que ça ne compte pas.
C'est la seule chose au
monde qui ne compte pas. Et ce qui est étonnant, c'est que toutes
les choses qui comptent procèdent de cette chose qui ne compte pas.
On ne change pas ?
C'est très difficile…
C'est une réitération,
vous savez, tout d'un coup, le fauteuil a toujours été vert... Bon
il est vert... Puis tout à coup le vert du fauteuil devient vert...
Franchement, c'était déjà là... C'est une sorte de confirmation,
réitération, redoublement, ça ne sert strictement à rien… Quand
le vert devient vert honnêtement, comme il était déjà vert avant,
franchement le vert qui devient vert ça parait déjà très étrange
et il est impossible qu'une chose devienne elle-même puisqu'elle
l'est déjà, mais...
En fait ça n'a aucune
valeur événementielle, il ne se passe rien.
Et c'est très
important, parce que... ça se passe comme ça, c'est la vérité :
“ devenir
moi ”,
ça ne va rien changer.
Ce non-événement va
induire dans la pensée toutes sortes d'idées, et ces idées peuvent
obliger à des sacrifices... Mais, “ la
chose elle-même ”,
non. Son ombre peut, sans doute, changer les choses mais,
“ elle-même ”,
non !
Donc tout ça... c'est
ce qui est fascinant… S'enfoncer dans l'être, c'est par conscience
d'être qu'on “ s'enfonce
dans l'être ”,
et s'enfoncer dans l'être ça ne change rien, c'est un
non-événement.
Donc les choses restent
telles qu'elles étaient. Simplement elles sont virginisées. Les
choses semblaient vieilles, usées, tout d'un coup elles sont neuves.
Alors bien sûr, à ce titre-là, on peut parler de changement...
Mais en fait, les choses restent elles-mêmes, n'est-ce pas ?
Mais ça, ça marche
pour la vue, ça marche pour l'ouïe, ça marche pour tout ce qu'on
appelle les sens ?
Ça marche pour les sens
et pour l'intérieur, où il n'y a pas de sens du tout.
C'est ce qui est très
bien, c'est ça que j'adore. J'adore souligner ça, c'est
qu’apparemment i1 est normal de voir l'arbre, puisqu'on a des yeux
pour voir et des nerfs pour transmettre l'information. Je ne crois
pas du tout à ce schéma perceptif, pas du tout... C'est à dire, ça
semble raisonnable, je vois l'arbre là-bas, parce qu'il y a un
arbre, et puis après, il y a mes yeux et mes yeux transmettent à
mon cerveau, et puis là, dans mon cerveau, ça s'élabore en
sensations... Ça ne tient pas la route une fraction de seconde...
Je ne dis pas qu'il n'y
a pas une relation quelconque, mais cette relation-là est
certainement fausse et Gödel avait très bien vu que ce n'était pas
comme ça que ça se passe.
Parce que ce que reçoit
notre rétine, si on est un scientifique, si on approche les choses
scientifiquement, ce qui n'est pas mon cas, ce qui frappe notre
rétine c'est un flot de photons, il n'y a pas d'images.
L'idée en général,
qu'on a des choses, c'est qu'il y a une grande image :
monde-réel. Et puis, cette image, monde-réel, nous est transmise
par voie nerveuse, et puis dans notre cerveau, cela fait éclore une
deuxième image, de nature subjective, et qui est le double, la
réplique intérieure, de l'image rétinienne. Il n'y a pas d'image
au départ. Là, on part avec l'hypothèse qu'il y a une image réelle
de début. Enfin il n'y a pas d'image. Il y a un bombardement de
photons. Le photon ce n'est pas une image.
Il fallait une
explication...
Il fallait une
explication...
Et puis c’est vrai que
si on me crevait l’œil je n'y verrais plus, je ne nie pas ça du
tout, mais je dis que, induire de ce fait, que si on me crève l’œil
je n'y verrais plus, si on me perce le tympan je n'entendrais plus,
si on m'enlève le cerveau je ne penserais plus, je ne serais
probablement plus du tout… Induire de cela, que c'est parce que il
y a une image monde-réel, qui m'est transmise par voie nerveuse, et
que ça génère une seconde image qui elle-même est une espèce de
réplique subjective de la première... Eh bien en déduire ça,
c'est franchir un pas, (bon on comprend bien pourquoi il est facile
de franchir le pas) mais on ne peut pas le faire, philosophiquement,
on ne peut pas le faire, c'est inacceptable, les choses ne peuvent
pas se passer ainsi.
Vouloir vivre des
expériences n'est pas possible ?
Vouloir vivre des
expériences… Il y a bien des expériences, mais la seule chose qui
soit une non-expérience, c'est la chose dont je parle, au sens
strict, n'est-ce pas ?
En fait les concepts les
plus fins et donc les plus méritants avec lesquels la personne peut
aborder, peut se représenter cette chose-là, ces concepts sont
fondamentalement inadéquats, même quand ils sont très fins.
Alors on se situe dans
le plan de l'expérience, du vécu, et c'est bien le plan de
l'intériorité, d'une référence à l'intériorité... Mais cette
chose-là, n'est pas une expérience. On peut bien la cerner
grossièrement par ce mot, mais ce n'est pas une expérience, ce
n'est pas un vécu non plus.
C'est à dire que,
pour nous, c'est une expérience...
Oui, ce n'est pas un
vécu non plus... C'est à dire, la vie elle-même, n'est pas un
vécu.
Alors l'existence pure,
n'existe pas, et la vie elle-même n'est pas un vécu.
Donc cette chose-là est
la seule chose au monde à se comporter de cette façon... Enfin on
doit trouver en physique des particules qui ont un comportement
extraordinairement spécifique, qui infirment toutes les autres
lois, et qui contredisent tout, enfin qui marchent à l'envers, qui
ne marchent pas selon les normes.
Eh bien cette chose-là,
c’est à dire nous, moi, ne fonctionnons pas selon les normes.
Alors celui qui me dit :
“ Ça
y est, j'ai compris donc je vais faire ceci, faire cela ”,
je sais tout de suite qu'il n'a pas compris. C'est très évident.
Un type qui a compris…
C'est pour ça que la liberté... Cette chose-là est liberté. En
fait, cette chose-là, c'est moi.
Et qu'est-ce que c'est
que moi ?
La
moins mauvaise définition qu'on puisse donner de moi, c'est :
Moi
=
Liberté
infinie de moi relativant à Moi
Moi
pèse sur moi
Moins
que le poids d’une aile de papillon
(c'est
d'une incommensurable légèreté)
Une deuxième expression
de cette liberté est due à la caractéristique de cette chose, de
ne pas exister, de ne pas compter, donc ça n'implique aucun
sacrifice, en fait, ça détruit la vie mentale.
Mais après ça, je peux
parfaitement m'interdire d'avoir une vie mentale au nom de la vérité
intuitive qui a éclaté, et qui m'a montré la vie mentale comme un
fantasme, comme une illusion. Et bien c'est... c'est déjà trahir,
c'est déjà trahir...
Cette chose n'a aucune
espèce de retombée intellectuelle. Donc en fait, ça ne compte pas
et ça veut dire que ça n'existe pas...
“ La pensée de
cette chose ”,
qui est radicalement différente de cette chose, si précise, si
fidèle soit-elle, si fidèle soit le reflet intellectuel, la pensée
peut influer sur la vie, cette chose elle-même :
non.
Et donc, chaque fois, si
j'ai l'impression que cette chose change ma vie, c'est qu'en fait, je
l'ai trahie, j'ai oublié...
J'en ai déjà
fait...
C'est que j'en ai déjà
fait une chose parmi les choses… Si je veux une autre façon de
l'exprimer, c'est que, cette chose-là, généralement, se représente
comme une chose particulièrement glorieuse parmi les choses de la
vie. Mais ce n'est pas une chose particulièrement glorieuse parmi
les choses de la vie. C'est la vie elle-même...
Seule une chose de la
vie peut influer sur les autres choses de la vie.
Mais la vie elle-même :
non. La vie elle-même est sans influence.
Je peux parler d'une
de mes petites gloires...
Oui, le petit point...
le point qui grossit... ça méritait d'être creusé...
(Coupure :
histoire du petit point)
Les points... j'ai
toujours été fasciné par les points. Mais par la petitesse des
points au fond de laquelle, je trouve ma grandeur... Et puis par tout
ce qui est pulvérulent, par la multitude infinie de ces points.
Par le
poudroiement...
Le poudroiement, c'est
ça.
Et ça définit toute
une catégorie d'instantanéité que je vivais quand j'étais petit.
L'univers devenait du talc... du talc spirituel... C'étaient
des milliards de points vibrants... et j'étais chacun de ces points.
C'est l'image de la
paix, le poudroiement... je le ressens comme ça ...
Je ne sais pas très
bien... Franchement... on devient anonyme... C'est très
curieux… Il y a des paradoxes apparents... C'est au fond de
l'anonymat, ce qui est très différent de “ l'impersonnalité ”,
on mélange les choses, moi, je veux dire les mots justes...
La sensation d'avoir
perdu son nom, d'être anonyme... En fait, presqu'on acquiert une
valeur universelle, on est juste quelqu'un...
Le sentiment de
l'anonymat, dans ce qu'il peut avoir d’extraordinairement porteur,
existentiellement parlant, dans l'anonymat pur, c'est très différent
de cette conception très philosophique, intellectuelle, qui débouche
sur le culte de “ l'impersonnalité ”,
c'est tout à fait autre chose.
Alors c'est vrai que si
on approche les choses un peu hâtivement, on va prendre
anonymat ou “ impersonnel ”,
et on va en faire des synonymes. Mais en fait, si on creuse un peu,
le mot “ impersonnel ”
ne convient pas du tout. Il y a un dogme... c'est très
intellectuel... L'intelligence ne fonctionne pas très bien. Alors
que l'anonymat :
se fondre... on se dissout dans l'anonymat... Et curieusement,
plus on se dissout, plus on existe...
Qu'est-ce qui se dissout
vraiment ?
Au profit de l'existence
pure... et enfin c'est ça qui est très curieux... Au profit du
“ sentiment
intense, intuitif, de notre existence pure ”
et rien n'est plus personnel.
Qu'est-ce qui se
dissout ?
C'est “ notre
identité ”,
c'est “ toute
notre identité ”,
c'est “ notre
carte d'identité ”.
C'est ce que dit
l'Orient...
“ Tous nos
attributs ”
fondent, “ toute
notre identité ”
fond... Mais alors après ça on se dit bon… l'explication
orientale ?
Elle est insuffisante là-dessus...
Enfin ils n'ont pas le
même phénomène, ils ont tendance à considérer a posteriori
intellectuellement, parce que quand on va se mettre à parler et
écrire, on va bien se servir de notre intelligence d'homme, et on
peut plus ou moins bien s'en servir. Alors eux, ils auraient tendance
à conclure de cette bienheureuse dissolution, de cette dissolution
d'identité, que c'est :
“ l'identité
qui est perverse ”.
Moi je ne crois pas du
tout que ce soit “ l'identité ”.
À ce moment-là, si “ l'identité
est perverse ”,
“ je ”
est “ impersonnel ”,
n'est-ce pas ?
Je ne crois pas du tout
que ce soit une bonne description de la chose.
Ce qui est dissout
c'est :
“ l'identité
en tant qu'elle prétendait nous accaparer ”
et nous enfermer en elle-même.
Ce n'est pas “ Steve
Jourdain né le tant ”,
qui est une offense, c'est “ Steve
Jourdain né le tant ”,
en tant que je suis réduit à cette détermination.
Ce n'est pas “ le
fait d'être un homme marchant dans ta rue... ”
ceci est charmant, c'est naturel, c'est en fait... Ça participe de
l'accession à l'être, c'est même un des fondements de l'accession
à l'être. Un sujet qui n'est pas déterminé, n'est pas du tout,
enfin il n'est pas entré dans l'être.
Et alors la deuxième
condition de l'accession à l'être, c'est :
ne pas se laisser enfermer par ses déterminations, être toujours
plus, être irréductible à sa propre détermination, s'agirait-il
de “ ma
propre essence ” ?
Steve ne peut pas être
enfermé dans Steve. Et c'est parce qu'il n'est pas enfermé dans
Steve parce qu'il déborde Steve, que Steve est.
jeudi 28 janvier 2016
• Une douce invitation à l’Éveil spirituel - Della
On
entend beaucoup parler d’éveil, de basculement de conscience, de
non-dualité, de techniques, d’enseignements… où l’emphase est
mise sur le futur et sur l’atteinte d’un objectif éventuel. Ce
livre ramène tout simplement à cet instant, tel qu’il est, mais
avec une telle douceur que le lecteur se sent embrassé par la Vie.
C'est dans la joie et
l'accueil que Della
nous propose d'entrevoir et même de choisir la possibilité de «
vivre ce que nous sommes »,
une source fondamentalement authentique
et libre
de notre conditionnement, de nos histoires, de nos limites
illusoires.
L’Éveil
spirituel n’est pas un état « pensé » que l’on
atteint. Il revêt plutôt la saveur d’un abandon à l’évidence
de « ce qui est ici et maintenant », la seule Réalité
qui puisse exister. Cette évidence, intime à chacun, invite à voir
la fascination conditionnée pour le « je », le mental,
l’ego, structures génératrices de souffrance, qui sont issues de
la fausse conception que « je suis » est séparé du
Tout.
Afin
de bien saisir l’origine de la résistance viscérale à la Liberté
d’Être, Delle introduit la notion de gardiens de l’identité
séparée. L’objectif de
ceux-ci est celui de la survie de l’identité séparée dans les
meilleures conditions de sécurité.
La
proposition ici de voir la Réalité
est une invitation
radicale non pas de voir avec les yeux du « moi » mais
d’accueillir, d’ouvrir et de dépasser la limitation de
l’identification pour ainsi ressentir la Vie que je suis déjà.
L'une
des particularités
de l’enseignement de Della qui peut amener à une libération
intérieure profonde, c'est le rappel constant que tout ce qui, en
nous, semble nous emprisonner et restreindre l'expression libre de ce
que nous sommes vraiment, provient toujours, à l'origine, d'un élan
intérieur d'amour. Ainsi,
le "petit", les "gardiens", le "mental"
sont toujours inclus, accueillis, entendus de façon tendre, aimante.
L’originalité
de cet enseignement est la douceur. On y retrouve la simplicité
d’une non-dualité qui n’en est pas une, car la dualité y est
totalement embrassée.
Le
livre de Della constitue un outil très pratique d'ouverture à la
Vie, à l'Amour et à sa légèreté avec des clefs applicables
à la vie quotidienne.
«C'est
lorsque je m'ouvre à la Réalité
sans condition, que
je m'offre le merveilleux cadeau de rencontrer la Vie elle-même,
la Conscience
d’amour, créatrice de toute expérience. »
© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Accarias - L'Originel :
Le voyage vers le cœur vulnérable et l’Intime
Le
vécu du « moi » est une course folle dans le temps. Une
course qui a un but, n’importe lequel, en autant qu’il préserve
son identité, et autant que possible, qu’il en récolte des gains,
en amour, en valeur, en réussite, en sécurité. Pour arriver à
courir quelque part ailleurs que maintenant, il a besoin de se
projeter dans un avenir inexistant. Sans cette projection mentale
imaginée, sa course s’arrête ici.
L’arrêt
dans l’ici maintenant surprend. Il fait peur. Il est hors de
contrôle. Il est dans le non-faire puisque la Vie est déjà.
L’arrêt dans l’ici maintenant, avec vulnérabilité et
ouverture, vient avec le risque de ressentir le courant de la Vie qui
me porte et qui me dirige inexorablement vers le profond mystère
antérieur au « moi », celui de l’Être. Si par
exemple, on comparait le « moi »
à un
des multiples grains de sable accumulés dans un entonnoir, l’élan
du « moi »
de se
maintenir en mouvement horizontal dans le temps avec le soutien de la
cohésion des autres « moi », relèverait de la survie.
Ce faisant, il arriverait plus ou moins efficacement à reporter sa
chute inévitable vers le centre perçu comme une mort qui
l’attendrait.
Le
passage vers le centre, comme dans l’image de l’entonnoir, est
inévitable pour tout humain. Le passage peut prendre la forme de la
mort du corps physique mais il peut tout aussi bien être issu du
questionnement définitif sur l’idée et l’agitation d’un
« moi » séparé de la Vie.
Lorsque
l’appel se fait insistant, que la confiance en le Divin est
suffisamment grande ou que l’épuisement à lutter s’installe, il
devient envisageable de se laisser consciemment emporter vers le
centre, vers l’inconnu. Le mouvement vers le centre se produit à
travers le risque d’ouvrir son cœur à être vulnérable et touché
par la Vie. Ce cœur maintenant ouvert est plus intime que le
« moi », c’est le cœur non-protégé de l’âme. Le
mouvement vers cette vulnérabilité nous approche ainsi non
seulement de l’âme mais aussi de l’Intime, du « grand »,
de la Conscience, de cet espace infini qui
n’a rien à protéger.
Il est à la fois plus intime que le « petit »
puisqu’antérieur à la contraction du « moi »,
et plus vaste puisque libre des concepts de séparation.
Il est le cœur de ce que « je suis ».
Cette
douce Présence est offerte à chaque instant lorsque le « moi »
prend le risque de s’y déposer humblement. A travers cet abandon
au plongeon dans l’inconnu, le « moi » peut réaliser
que lui aussi, n’a rien à protéger et qu’il est déjà
complètement porté et uni à la Vie. Contrairement à ce que peut
percevoir le « moi » qui peut appréhender la
désidentification à son histoire comme sa propre mort, le passage
vers la Réalité offre plutôt la grande détente d’exister en
tant qu’âme unifiée et libre de l’Être.
L’Éveil spirituel
L’Éveil
spirituel est la réalisation profonde et définitive que la Vie est
fondamentalement Une, avant tout discrimination, et qu’elle se
manifeste toujours en tant que la Réalité telle qu’elle est, ici
et maintenant.
L‘Éveil
spirituel produit un changement radical de la gravité de
l’attention. De l’attraction à l’idée du « moi »
et à son histoire dans le temps, elle passe à la gravité verticale
de maintenant, profond Mystère, espace infini et silencieux, où
rien ne manque pour Être. Ce changement de gravité implique un
abandon irrévocable du cœur à la Réalité telle qu’elle est.
Elle constitue un basculement définitif de l’identité séparée
du « moi » vers l’évidence de l’Un, Conscience
universelle, au centre de ce que « je suis », qui est
beaucoup plus intime à soi que toutes les histoires que le mental
raconte afin de maintenir une séparation avec cette douce Unité,
vivante au-delà du rêve imaginé des idées.
Ce basculement qui paraît drastique n’est en fait, qu’un changement de perception puisque la Réalité, elle, ne change pas. La Vie continue, elle suit son cours. Elle devient toutefois vécue à partir du cœur de la Vie, silencieux et ouvert. Cet espace du cœur, lorsqu’incarné, se manifeste par une douce tranquillité découlant de l’évidence qu’à partir de la Conscience, tout est possible et rien n’est nécessaire.
Ce basculement qui paraît drastique n’est en fait, qu’un changement de perception puisque la Réalité, elle, ne change pas. La Vie continue, elle suit son cours. Elle devient toutefois vécue à partir du cœur de la Vie, silencieux et ouvert. Cet espace du cœur, lorsqu’incarné, se manifeste par une douce tranquillité découlant de l’évidence qu’à partir de la Conscience, tout est possible et rien n’est nécessaire.
samedi 23 janvier 2016
jeudi 14 janvier 2016
• Une totalité au parfum d’éternité...
Vivre l'instant présent
N° 118 - Hiver 2015
Sommaire
3e millénaire : Le fil d’Ariane
David Ciussi : L'instant du penseur pensant... l'instant du
glorieux présent et l'instant éternel...
Dominique Schmidt : Vivre dans le Présent authentique par la Connaissance de Soi
José Leroy : Sortie du temps et retour à l'éternel Soi
Patrick Vigneau : Rencontre sur l'instant présent
Suyin Lamour : L'instant présent
Catherine Pépin : Le temps et l'observateur : un lien indicible
David Dubois : La conscience au présent existe-t-elle ?
Xavier Cornette de Saint Cyr : Faut-il vivre l'instant présent?
Stéphane Dugowson : Libres réflexions mathématiques
sur l'instant présent
Man-Yan Hor : L'unification corps-esprit
Patrick Lanquetin : Pratiquer l'instant
Welleda Muller : Le présent atemporel dans l'art
Andreas K. Freund : Un instant s'il vous plait
Documents
Louis Lavelle : L'expérience de la présence de l'être
Eckhart Tolle : Plonger dans le moment présent
Portfolio
Peintures de Stéphane Dubois
BD
Anna Guégan : Jeu d'Eveil
N. Céliolisa : Les présents du présent
Extrait :
"Etre dans l’instant présent, c’est être présent à ce qui est, à ce qui est en train d’être.
La pensée est conditionnée à anticiper, projeter, supposer, imaginer, prévoir… Elle est coupée du réel.
Le réel est ce qui est en train d’être, maintenant.
Quand la pensée vagabonde vers ce qui a été, ce qui sera, ou ce qui devrait être, l’attention n’est plus posée sur l’instant présent. Cependant, ce qui est en train d’être vécu dans l’esprit (la pensée qui vagabonde), se produit dans l’instant. Nous ne sommes jamais ailleurs que maintenant, que nous en soyons conscients ou non.
Plutôt que d’essayer d’être dans l’instant présent, il est plus juste et plus efficace de prendre conscience que nous y sommes déjà, en permanence. Car à l’idée « d’être dans l’instant présent », le mental habitué à projeter en fait un objet à obtenir, un état à atteindre, et échafaude des stratégies pour y parvenir, nourrissant toujours la même attitude qui consiste à se projeter vers autre chose que ce qui est et qui détourne l’attention de ce qui précisément est recherché et qui est déjà là. « Je devrais être dans l’instant présent, ne pas laisser mes pensées vagabonder, me recentrer sur ce qui se passe maintenant… » Cela implique un effort, une tentative de contrôle.
Alors qu’il suffit simplement d’observer et reconnaître ce qui est. Ce qui est, c’est que je me sens coupé de l’instant présent parce que mes pensées vagabondent. Et à quel moment cela se passe-t-il ? Maintenant.
Voir que tout se passe toujours maintenant, et porter simplement l’attention sur ce qui est en train d’être, même si ce qui est en train d’être ce sont des pensées d’anticipation ou de projection associées à un sentiment d’insatisfaction. C’est ce qui est vécu dans la conscience en cet instant. Ne pas essayer de modifier cela, s’installer simplement dans la présence à ce qui est, et observer le jeu du mental sans y accorder d’importance.
Dans cette présence, dans cette conscience de ce qui est, se manifeste un sentiment de vastitude et se révèle l’évidence d’un éternel maintenant au sein duquel des pensées liées au temps apparaissent et disparaissent. Et dans cette reconnaissance de l’éternel maintenant qui est déjà là, peu à peu le mental cesse de produire des pensées liées au temps.
Et finalement, dans cette présence à ce qui est - qui est notre nature fondamentale, la notion même d’instant présent perd son sens. L’idée d’un « maintenant » est un concept lié à la notion d’un temps linéaire avec un « avant » et un « après ». Dans la pure présence à ce qui est, il n’y a ni avant, ni maintenant, ni après. La perspective d’un temps qui serait une succession d’instants présents disparaît. Il y a simplement être. Un « être » en lequel l’instant n’est pas un point défini dans le temps, mais une totalité au parfum d’éternité."
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