mercredi 31 octobre 2007

• Le non-savoir absolu - Unmani Lisa Hyde

Le non-savoir absolu

Unmani

Chercher est le jeu cruel que joue la Vie avec elle-même. Chercher à remplir ce vide sans fond qu'est ma vie, c'est notre douloureuse réalité. Chercher une espèce de satisfaction ou de sécurité permanente. Espérer qu'un jour 'je trouverai enfin ce que je cherche'.

Ce qui est maintenant, quel qu'il soit, n'est jamais assez.

C'est la fin de l'espoir. La fin de la quête. La fin de la croyance qu'il y a 'quelqu'un' qui peut trouver quelque chose. La fin du mensonge qui nous fait chercher ailleurs ce qui a toujours été ici. Plus rien à chercher. Plus rien à trouver. Fini de faire semblant de savoir, ou d'essayer de savoir. C'est l'absolu non-savoir. Basculer définitivement dans l'insécurité absolue. Voilà ce que je suis. Voilà ce que vous êtes. La vie en son essence.

Voici l'expression de la vie, telle qu'elle est réellement.

Unmani Liza Hyde nous parle de « l'Éveil » en des termes neufs, simples et percutants. Elle bouleverse ainsi toutes nos idées préconçues sur la vie, la mort, la « recherche » dite spirituelle, les relations, l'amour... C'est un hymne à la Vie qui ne peut que résonner en nous.

mardi 30 octobre 2007

• Omniprésente et vaste comme le ciel - Dilgo Khyentse Rinpoche

Omniprésente et vaste comme le ciel

Dilgo Khyentse Rinpoche

La source de tous les phénomènes du samsara et du nirvana,

C’est la nature de l’esprit, vide et lumineuse,
Omniprésente et vaste comme le ciel.
Quand tu es dans cet état vaste comme le ciel,
Détends-toi dans cette dimension ouverte ;
Tiens-toi dans cette ouverture même,
Fonds-toi dans cet état semblable au ciel.
Si tu deviens accompli
Dans cette manière d’intégrer l’esprit à la vue,
Ta réalisation deviendra de plus en plus vaste.
Et, comme le soleil qui brille librement à travers l’espace,
Ta compassion ne manquera pas de rayonner sur tous les êtres.

Dilgo Khyentse Rinpoche

• Une expérience mystique - André Comte-Sponville

Une expérience mystique

André Comte-Sponville

Ce soir-là, après dîner, j'étais parti me promener avec quelques amis, comme souvent, dans cette forêt que nous aimions. Il faisait nuit. Nous marchions. Les rires peu à peu s'étaient tus ; les paroles se faisaient rares. Il restait l'amitié, la confiance, la présence partagée, la douceur de cette nuit et de tout... Je ne pensais à rien. Je regardais. J'écoutais. Le noir du sousbois tout autour. L'étonnante luminosité du ciel. Le silence bruissant de la forêt : quelques craquements de branches, quelques cris d'animaux, le bruit plus sourd de nos pas... Cela n'en rendait le silence que plus audible. Et soudain... Quoi ? Rien Tout ! Pas de discours. Pas de sens. Pas d'interrogations. Juste une surprise. Juste une évidence. Juste un bonheur qui semblait infini. Juste une paix qui semblait éternelle. Le ciel étoilé au-dessus de moi, immense, insondable, lumineux, et rien d'autre en moi que ce ciel, dont je faisais partie, rien d'autre en moi que ce silence, que cette lumière, comme une vibration heureuse, comme une joie sans sujet, sans objet (sans autre objet que tout, sans autre sujet qu'elle-même), rien d'autre en moi, dans la nuit noire, que la présence éblouissante de tout ! Paix. Immense paix. Simplicité. Sérénité. Allégresse. Ces deux derniers mots semblent contradictoires, mais ce n'était pas des mots, c'était une expérience, c'était un silence, c'était une harmonie. Cela faisait comme un point d'orgue, mais éternel, sur un accord parfaitement juste, qui serait le monde. J'étais bien. J'étais étonnamment bien ! Tellement bien que je n'éprouvais plus le besoin de me le dire, ni même le désir que cela continue. Plus de mots, plus de manque, plus d'attente : pur présent de la présence. C'est à peine si je peux dire que je me promenais : il n'y avait plus que la promenade, que la forêt, que les étoiles, que notre groupe d'amis... Plus d'ego, plus de séparation, plus de représentation : rien que la présentation silencieuse de tout. Plus de jugements de valeur : rien que le réel. Plus de temps : rien que le présent. Plus de néant: rien que l'être. Plus d'insatisfaction, plus de haine, plus de peur, plus de colère, plus d'angoisse : rien que la joie et la paix. Plus de comédie, plus d'illusions, plus de mensonges : rien que la vérité qui me contient, que je ne contiens pas. Cela dura peut-être quelques secondes. J'étais à la fois bouleversé et réconcilié, bouleversé et plus calme que jamais. Détachement. Liberté. Nécessité. L'univers enfin rendu à lui-même. Fini ? Infini ? La question ne se posait pas. Il n'y avait plus de questions. Comment y auraitil des réponses ? Il n'y avait que l'évidence. Il n'y avait que le silence. Il n'y avait que la vérité, mais sans phrases. Que le monde, mais sans signification ni but. Que l'immanence, mais sans contraire. Que le réel, mais sans autre. Pas de foi. Pas d'espérance. Pas de promesse. Il n'y avait que tout, et la beauté de tout, et la vérité de tout, et la présence de tout. Cela suffisait. Cela faisait beaucoup plus que suffire ! Acceptation, mais joyeuse. Quiétude, mais tonique (oui : cela faisait comme un inépuisable courage). Repos, mais sans fatigue. La mort ? Ce n'était rien. La vie ? Ce n'était que cette palpitation en moi de l'être. Le salut ? Ce n'était qu'un mot, ou bien c'était cela même. Perfection. Plénitude. Béatitude. Quelle joie ! Quel bonheur ! Quelle intensité ! Je me dis «C'est ce que Spinoza appelle l'éternité... » Cela, on s'en doute, la fit cesser, ou plutôt m'en chassa. Les mots revenaient, et la pensée, et l'ego, et la séparation... C'était sans importance : l'univers était toujours là, et moi avec, et moi dedans. Comment pourrait-on tomber hors du Tout ? Comment l'éternité pourrait-elle finir ? Comment les mots pourraient-ils étouffer le silence ? J'avais vécu un moment parfait - juste assez pour savoir ce qu'est la perfection. Un moment bienheureux - juste assez pour savoir ce qu'est la béatitude. Un moment de vérité - juste assez pour savoir, mais d'expérience, qu'elle est éternelle.

«Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels », écrit Spinoza dans l'Éthique - non que nous le serons, après la mort, mais que nous le sommes, ici et maintenant. Eh bien voilà : je l'avais senti et expérimenté, en effet, et cela fit en moi comme une révélation, mais sans Dieu. C'est le plus beau moment que j'aie vécu, le plus joyeux, le plus serein, et le plus évidemment spirituel. Comme les prières de mon enfance ou de mon adolescence, à côté, me semblent dérisoires ! Trop de mots. Trop d'ego. Trop de narcissisme. Ce que j'ai vécu, cette nuit-là, et ce qu'il m'est arrivé d'autres fois de vivre ou d'approcher, c'est plutôt le contraire comme une vérité sans mots, comme une conscience sans ego, comme un bonheur sans narcissisme. Intellectuellement, je n'y vois aucune preuve de quoi que ce soit ; mais je ne peux pas non plus faire comme si cela n'avait pas eu lieu.


Extraits de
L'esprit de l'athéisme - Introduction à une spiritualité sans Dieu, André Comte-Sponville - Éditions Albin Michel

• La Mystique sauvage - Michel Hulin

La Mystique sauvage


Michel Hulin


«Étais-je aspiré par l'univers, ou l'univers pénétrait-il en moi ? Ces expressions n'ont guère de sens en l'occurrence, puisque les frontières entre mon corps et le monde s'évanouissaient, ou plutôt semblaient n'avoir été qu'une hallucination de ma raison, qui fondait aux feux de l'évidence... Tout était là, plus présent que jamais...»

Marius Favre


«L'éternité est là, maintenant. Je suis dedans. Elle est autour de moi dans l'éclat du soleil. Je suis en elle comme le papillon qui flotte dans l'air saturé de lumière. Rien n'est à venir. Tout est déjà là. Maintenant l'éternité. Maintenant la vie immortelle. Ici, en cet instant, près de ce tumulus, maintenant, je vis en elle...»

Richard Jefferies


«Journée du 31 août 1856. La rue est silencieuse, un rayon de soleil tombe de ma chambre, un recueillement profond se fait en moi ; j’entends battre mon cœur et passer ma vie… l’immensité tranquille, le clame infini du repos, m’envahit, me pénètre, me subjugue. Il me semble que je suis devenu une statue sur les bords du fleuve du temps… Dans ces moments, il semble que ma conscience se retire dans son éternité. Elle regarde circuler en dedans d’elle ses astres et sa nature, avec ses saisons et ses myriades de choses individuelles, elle s’aperçoit de sa substance même, supérieure à toute forme, contenant son passé, son présent et son avenir, vide qui renferme tout, milieu invisible et fécond, virtualité d’un monde qui se dégage de sa propre existence pour se ressaisir dans son intimité pure. En ces instants sublimes, le corps a disparu, l’esprit s’est simplifié, unifié ; passions, souffrances, volontés, idées se sont résorbées dans l’être, comme les gouttes de pluie dans l’océan qui les engendre. Cet état est contemplation et non stupeur. Il n’est ni douloureux, ni joyeux, ni triste ; il est en dehors de tout sentiment spécial, comme de toute pensée finie. Il est la conscience de l’être et la conscience de l’omnipossibilité latente au fond de cet être. C’est la sensation de l’infini spirituel. C’est le fond de la liberté.»

Henri Frédéric Amiel


«Soudain, à l’église, en société ou occupé à lire — et toujours, me semble-t-il, lorsque mes muscles étaient au repos —, je ressentais l’approche de cette atmosphère. Avec une force irrésistible, elle s’emparait de mon esprit et de ma volonté, durait ce qui me paraissait une éternité, et s’effaçait en une série de sensations rapides, semblables à celles qui accompagnent le réveil d’une anesthésie. L’une des raisons pour lesquelles je détestais cette espèce de transe était mon incapacité à m’en donner à moi-même une description. Maintenant encore, je ne parviens pas à trouver les mots qui la rendraient intelligible. Elle consistait en une oblitération graduelle, mais rapide, de l’espace, du temps, de la sensation et des multiples données d’expérience qui paraissent qualifier ce que nous nous plaisons à appeler notre Moi. A mesure que disparaissent ces conditions de la conscience en sa forme ordinaire, s’intensifiait le sentiment d’une forme sous-jacente et essentielle de conscience. A la fin ne demeurait qu’un Moi pur, absolu, abstrait. L’univers devenait informe et vide de contenu. Mais le Moi subsistait, formidable en sa vivante acuité, en proie au doute le plus poignant sur la réalité, prêt, semblait-il, à voir l’existence éclater comme une bulle de savon. Qu’arrivait-il alors ? L’appréhension d’une dissolution imminente, la sombre conviction que cet état représentait l’état ultime du Moi conscient, l’impression d’avoir suivi le dernier fil de l’être jusqu’au bord de l’abîme et obtenu comme une démonstration de la Maya, de l’universelle illusion. Tout cela me remettait, ou paraissait me remettre, sur la voie du retour aux conditions de l’existence consciente.»

John Addington Symonds

«
Je ne vis aucune chose nouvelle, mais je vis toutes les choses habituelles dans une lumière nouvelle et miraculeuse, dans ce qui, je crois, est leur véritable lumière. Je perçus l'extravagante splendeur, la joie, défiant toute tentative de description de ma part, de la vie en sa totalité. Chacun des êtres humains qui traversaient la véranda, chaque moineau dans son vol, chaque rameau oscillant dans le vent était partie intégrante du tout, comme pris dans cette folle extase de joie, de signification, de vie enivrée. Je vis cette beauté partout présente... Une fois au moins, au milieu de la grisaille des jours de ma vie, j'aurai regardé dans le cour de la réalité, j'aurai été témoin de la vérité.»
Margaret Montague

J’ai dû rester là plusieurs minutes, en état de transe, me répétant sans user de mots : « Ceci est parfait, parfait », jusqu’à ce que je prenne conscience de quelque gêne légère à l’arrière-plan de mon esprit, quelque circonstance triviale venant déparer la perfection de ce moment. Alors, je me rappelai la nature de cet ennui intempestif : j’étais, bien sûr, en prison et susceptible d’être fusillé. Mais cela fut suivi aussitôt d’un sentiment dont la traduction verbale serait : « Et alors ? C’est tout ? Tu n’as donc pas de plus sérieux motif de souci ? » La réponse était aussi spontanée, fraîche et amusée que si l’ennui en question avait  été la perte d’un bouton de chemise. Ensuite je flottai sur le dos, emporté par une rivière de paix sous des ponts de silence. Elle venait de nulle part et coulait vers nulle part. Ensuite, il n’y eut plus de rivière, ni de moi. Le Moi avait cessé d’exister… Quand je dis « le Moi avait cessé d’exister », je fais allusion à une expérience concrète, aussi verbalement incommunicable que l’émotion soulevée par un concerto pour piano, aussi réelle et même bien plus réelle… Le « Moi » cesse d’exister en ce sens que, grâce à une certaine osmose mentale, il est entré en communication avec le réservoir universel ou s’est résorbé en lui. C’est ce mouvement de dissolution et d’expansion illimitée qu’on appelle le « sentiment océanique », l’épuisement de toute tension, la catharsis absolue, la paix qui passe toute compréhension.

Arthur Koestler 


Textes extraits de La Mystique sauvage de Michel Hulin (PUF)

dimanche 28 octobre 2007

• La lumière est la nature de l'esprit - Ani Patchén

La lumière est la nature de l'esprit

Ani Patchén

Qu'est-ce que la Vue ? demanda Rimpotché. C'est le fait d'être capable de voir les choses telles qu'elles sont. C’est comprendre que la nature de l'esprit est la nature de toutes choses et que cette nature est la vérité ultime. Quelle est la nature de l'esprit ? Elle est pareille au ciel : vide, vaste et pure. Pareille au soleil : lumineuse, claire, illimitée. Elle est toujours présente, partout.

Lorsque Rimpotché se tut, nous formâmes une longue queue dans la cour afin de recevoir chacun un mantra. Quand ce fut mon tour de m'approcher de son trône, il me murmura à l'oreille : La lumière est la nature de l'esprit de chaque être ; rien ne peut l'obscurcir.

Nuit et jour, en méditation, pendant les repas, avant de m'endormir, au réveil, je contemplai les mots reçus de Rimpotché : « La lumière est la nature de l'esprit de chaque être... » La lumière, nature de l'esprit. Une lumière éclatante, rayonnante traverse chaque partie de mon corps. Fils d'or qui se glissent dans mon sang et mes os, dispersant l'obscurité de ma pensée, dissolvant mes désirs égoistes. Peu importe la confusion qui par moments surgit, l'attachement qui m'enserre, la véritable nature de mon esprit demeurera, indestructible, pérenne et lumineuse. Chaque jour qui passe, j'ai la sensation d'une lumière qui s'accroît dans tout mon être, comme un arc-en-ciel qui se forme peu à peu dans le ciel. Une chaleur lumineuse lovée dans mon cœur.

Extraits de : "Et que rien ne te fasse peur..." d'Ani Patchén - Nil Éditions

vendredi 26 octobre 2007

• Immergé dans le Grand Tout - Salim Michaël

Immergé dans le Grand Tout

Salim Michaël

Quand les pratiques de méditation et de concentration de l'aspirant s'approfondissent, il peut lui arriver d'éprouver pendant de très courts instants l'étrange sentiment que l'Éternité est, en réalité, un état d'être dans un présent qui n'a ni commencement ni fin, et en lequel le passé et le futur existent simultanément.


Un jour, alors qu'il méditait et ne cessait de plonger toujours plus profondément en lui-même, avec une détermination croissante mais tranquille, en augmentant constamment l'intensité et la force de sa concentration, sans la laisser à aucun moment faiblir ni fluctuer, soudain, tandis que la sensation de son corps devenait toujours plus fine et raréfiée, ce Nada sacré commença à vibrer dans ses oreilles d'une façon inhabituelle, grondant dans sa tête avec une puissance et une intensité incroyables, qu'il n'avait jamais connues auparavant. Tout à coup, avec une force stupéfiante et une rapidité fulgurante, il fit aspiré au sommet de son crâne. En même temps, il sentit que son front s'ouvrait de l'intérieur et que la vision de ses deux yeux futsionnait intérieurement au centre de son front. Simultanément, il éprouva l'étrange et puissant sentiment d'être mort et retourné à sa Source d'Origine. Il fut aussi saisi par la sensation inexprimable d'être immergé dans le Grand Tout, et ce fut comme s'il avait découvert et compris le secret mystérieux qui se dissimule derrière la vie, les étoiles et l'Univers. Un immense silence éternel d'une qualité inconnue de ce monde régnait.

Par la suite, et pendant plusieurs jours, son corps lui sembla incroyablement léger et libre, comme s'il s'était transmué en éther. Quelque chose de cette sensation est demeuré avec lui depuis lors. Il éprouvait un étrange et indéfinissable état de bien-être, baigné d'un calme intérieur ineffable, d'un contentement indescriptible et d'un sentiment d'amour tel qu'il n'en avait jamais connu, accompagné d'une profonde tendresse dans le plexus solaire.

Plus tard, lorsqu'il essaya de formuler en mots l'étrange secret qu'il avait découvert concernant la vie, les étoiles et l'Univers, il ne put jamais y parvenir, bien que la réalité de cette mystérieuse compréhension l'ait toujours accompagné depuis.

Au cours de cette expérience spirituelle extraordinaire, il reçut une subtile connaissance et un avant-goût, qu'il ne comprit pas pleinement tout de suite, de l'état d'après la mort, un état qui devint, au fur et à mesure qu'il continua à méditer, toujours plus clair et réel.

Extraits de : La Voie de la Vigilance Intérieure (Éditions Guy Trédaniel)

Visiter le site de Salim Michaël : http://salim.michael.free.fr/

jeudi 25 octobre 2007

• Dans cette ouverture, tout est neuf d'instant en instant - Virgil Hervatin

Sources

Dans cette ouverture, tout est neuf d'instant en instant

Virgil Hervatin

Et beaucoup, comme toi, croit que le fait d'être en contact avec quelqu'un comme moi, aboutira à la longue à quelque chose. Mais le cerveau reste toujours connecté avec je ne sais quoi. Dans l'ouverture rien ne nous bloque, c'est la clarté. Par contre la science nous laissera avec le « qu'est ce que c'est que cet autre » et « comment faire pour changer ceci ou cela » ... Ça sera toujours une compréhension : « Ah oui, je comprends, trahir n'est pas bon, tricher non plus... ». Et nous restons toujours dans la tricherie, même si on le sait. Pour expliquer à l'intellectuel, les mots et l'analyse sont nécessaires...

Depuis toujours les réalisés authentiques disent qu'il n'y a pas de mots pour exprimer cela. Il faut le vivre. La science ne peut qu'inventer des mots pour désigner ce que nous sentons. Dans cet état, on ne peut même pas faire du mal à un insecte dangereux ! Dans l'intégration, le corps humain possède naturellement une protection contre les microbes et les virus. Mais ce n'est pas comme s'il disait à mort le virus. Les intrus sont seulement refusés, ce n'est pas leur place. Ultimement il pourra tuer pour ne pas être détruit lui-même.

Ne pas s'inquiéter, ne pas s'en faire est le plus difficile pour vous. Lorsque vous pensez au bonheur ou que la vie est belle etc., vous avez la forte impression que ça vient de l'extérieur. Mais rien ne vient de l'extérieur. Pourquoi l'ouverture s'est produite dans mon cas, je ne le sais pas. Au début j'étais persuadé que ça venait de l'extérieur. Mais ça ne venait que de l'extérieur de la pensée, du mental mais non d'en dehors de moi. On a l'impression qu'un autre est là avec nous, mais c'est faux.

Lorsque des personnes appartenant à une tradition religieuse, comme le catholicisme, vivent une expérience profonde, ils pensent que c'est Dieu, le Christ, la vierge, Krishna... Et ils en sont certains à 100%. Lorsque ça m'est arrivé, j'ai dit à mon épouse que Dieu est avec nous. J'ai interprété l'expérience par ce que je connaissais. Mais c'est faux. Ce n'est pas la croyance qui nous fait vivre cela ; c'est l'intérieur. Dans cette ouverture, tout est neuf d'instant en instant. On ne se demande pas ce que sera l'instant d'après ou ce que sera demain. Maintenant pendant que tu m'écoute et sans que tu t'en aperçoives, tu cherches ce que c'est, comment l'obtenir, comment se fait-il que je vois différemment de toi, etc. Et tu vas te poser ces questions des centaines de fois, encore, dans le futur. C'est ainsi que tu restes piégé !

Celui qui vit cet état ne possède aucun secret, il n'a rien à cacher. Mais vous continuez à croire qu'il possède un savoir ou une connaissance que vous n'avez pas. Lorsque je m'abstiens de parler d'un sujet, ce n'est pas un secret, une technique ou une leçon que vous manquez. Tout simplement c'est pour ne pas vous brouiller et vous tourmenter davantage ! Il vaut mieux ne rien dire dans ces cas-là. Mais le cerveau dira que c'est un mystère. Il lui faudra chercher, mesurer et prouver. Vous prenez plaisir à étudier la pensée et ses labyrinthes. Mais qui scrute et regarde cette pensée ? C'est le conditionner. Et comment se déconditionnera-t-il ? En se disant qu'il sait ce qui est mal ? Il ne le pourra pas ! Parfois il reconnaîtra « ah non il ne fallait pas que j'agisse ainsi ». Mais c'est de la morale similaire à celle de l'église. Et si une personne sur un million réussit ainsi, la science criera victoire ! Pour elle, c'est en suivant une méthode que la personne y est arrivée. Ça sera encore une trappe pire que celle dans laquelle nous sommes actuellement.

• Une conscience libre de toute saisie - Sogyal Rinpoché

Une conscience libre de toute saisie


Sogyal Rinpoché

La seconde occasion fut plus formelle ; elle eut pour cadre une grotte située à Lhodrak Kharchu, où avait médité Padmasambhava, père du bouddhisme tibétain et saint vénéré dans le pays tout entier. Nous y avions fait halte lors de notre pèlerinage à travers le Tibet du sud. J'étais âgé d'environ neuf ans à l'époque. Mon maître me fit appeler et me dit de m'asseoir en face de lui. Nous étions seuls. Il déclara: « Maintenant, je vais te donner l'introduction à la "nature essentielle de l'esprit" » Prenant sa cloche et son damaru, il psalmodia l'invocation à tous les maîtres de la lignée, depuis le Bouddha Primordial jusqu'à son propre maître. Puis il me donna l'introduction. Soudain, à brûle-pourpoint, il me posa cette question sans réponse : «Qu'est-ce que l'esprit ?», tandis qu'il plongeait intensément son regard dans le mien. Je demeurai interdit. Mon esprit avait volé en éclats : il ne restait plus de mots, plus de noms, plus de pensées - en fait, il ne restait plus d'esprit du tout.

Que s'était-il passé en cet instant stupéfiant ? Les pensées du passé avaient disparu, celles à venir ne s'étaient pas encore élevées ; le courant de mes pensées avait été tranché net. Dans cet état d'intense saisissement, une brèche s'était ouverte et, dans cette brèche, se révélait une pure conscience claire immédiate de l'instant présent, une conscience libre de toute saisie, simple, nue et fondamentale. Et pourtant, en même temps, de sa simplicité dépouillée rayonnait la chaleur d'une compassion immense.

Il y aurait tant à dire sur cet instant-là ! Apparemment, mon maître m'avait posé une question, et cependant je savais qu'il n'en attendait pas de réponse. Avant même de partir en quête de celle-ci, je savais qu'elle n'existait pas. Je demeurai assis, comme foudroyé d'émerveillement, tandis que jaillissait en moi une certitude profonde et lumineuse, inconnue jusqu'alors.

Mon maître avait demandé : «Qu'est-ce que l'esprit ?». Il me sembla, en cet instant, que tout le monde savait déjà que l'esprit en tant que tel n'existait pas et que j'étais le dernier à l'apprendre. Se donner la peine de le chercher... cela semblait tellement ridicule !

L'introduction effectuée par mon maître fut comme une graine semée profondément en moi. Plus tard, j'en vins à réaliser que telle était la méthode d'introduction utilisée dans notre lignée. Toutefois, le fait que je l'ignorais alors rendit cet événement totalement inattendu, et d'autant plus puissant et déconcertant.

Sogyal Rinpoche
Extrait du Livre Tibétain de la vie et de la mort (Éditions de la Table Ronde)

• Les vers de Longchenpa

Les vers de Longchenpa



Ô yogis, je suis trés heureux, trés joyeux.

Ce soir, nous sommes la Terre Pure Inégalée.

Dans notre corps, le palais des Déités Paisibles et courroucées,

Fleurit l'assemblée des Bouddhas, l'union de la clarté et de la vacuité.

La bouddhéité n'est nulle part qu'en nous mêmes.


Ô méditants, vous qui maintenez votre esprit concentré,

Ne le fixez pas en un seul endroit, mais laissez-le aller à son aise.

L'esprit est vacuité/ouverture, qu'il aille ou qu'il demeure.

Tout ce qui émerge dans l'esprit est seulement le jeu de sagesse.

lundi 22 octobre 2007

• Le Soi est toujours réalisé

Sources
Le Soi est toujours réalisé


"La libération ne se trouve pas en un endroit situé loin de vous. Elle est en vous et rien qu'en vous. [1]"

Vous nous avez raconté l'autre jour, comment un matin vous aviez soudain eu une intuition fulgurante qui vous avait, selon votre expression, laissé "cloué sur place". Cette intuition était : "il n'y a pas de réalisation, la réalisation est toujours là". Pourriez-vous commenter cela ?

Ceci est arrivé après une période de recherche particulièrement intense au cours de laquelle j'étais passé par plusieurs expériences libératrices, dont celle de vivre l'absence d'ego pendant une période, ou pour être plus précis, de réaliser la Présence en tant que témoin de l'ego.

Le travail intérieur a dû se poursuivre inconsciemment jusqu'à l'arrivée de cette intuition qui m'a fait comprendre que j'allais entamer une nouvelle période radicalement différente.

Tout simplement est arrivée la compréhension : je n'ai rien à "faire" pour être cela : le soi est toujours réalisé.

"Quand l'œil de la connaissance s'ouvre, on réalise que l'on demeure en permanence en son propre soi."

Non, il n'y a pas de réalisation. Le Soi est toujours réalisé. Il n'y a personne pour réaliser le Soi. Ce qui est cocasse c'est que cela, Ramana Maharshi le disait depuis le début ! Mais comment comprendre une vérité pourtant si évidente ?

"Il est aussi ridicule de dire "je n'ai pas réalisé le Soi" que "j'ai réalisé le Soi" ; y aurait-il deux Soi dont l'un serait l'objet de la réalisation de l'autre ? La vérité accessible à chacun est qu'il n'y a qu'un Soi [2]"

Est-ce que cela a eu des conséquences sur votre comportement dans la vie ?

En fait, je suis ce que j'ai toujours été. On ne peut pas dire que quelque chose de "nouveau" soit arrivé. Je me suis rendu compte avec stupeur que personne n'avait à s'éveiller ! Que l'éveil était là, depuis toujours, et qu'éveil voulait dire pas de personne, donc pas de lutte d'aucune sorte. Pas de gain ni de perte, seul Cela. Et Cela est un Amour indicible et une Paix profonde.

Nul besoin de conquérir un nouvel état. La conquête d'un nouvel état est pure illusion car cet état est déjà là. La perle précieuse que vous recherchez est au cœur de vous-même, mieux que cela elle est le cœur de vous même.

Lorsque l'emprise de l'ego se relâche, émerge alors le sujet. Ce sujet, contrairement à ce que l'on croit souvent n'est jamais emprisonné, n'est jamais captif. Il est simplement masqué par l'ego, que j'appellerais le faux sens du sujet. Ainsi, voyez-vous, il n'y a vraiment personne à libérer !

Et lorsqu'il y a personne à libérer vous réalisez qu'asservissement et libération sont des concepts créés par l'ego. Il n'y a en fait ni asservissement ni libération : seul le Soi qui toujours est. La réalisation de soi est un acte vertical, hors du temps, et de cet acte vous n'êtes pas l'auteur.

"Celui qui observe l'apparition et la disparition de l'être le perçoit sans yeux et ce simple témoin n'est aucunement relié au royaume de l'être [3]"

"Le Soi est toujours présent (nitya-siddha) [4]"

L'enseignement étonnament direct de Ramana Maharshi est de vous diriger d'emblée vers Cela, c'est à dire vous. Il court-circuite en quelque sorte le passage par le Je créateur et vous établit directement dans votre véritable nature qui est peu concernée par le manifesté bien qu'en étant le support. Je n'ai pas besoin de boire pour savoir ce qu'est la sobriété. Mon seul vrai "travail" est de savoir Qui je suis.

Ainsi, et pour répondre de façon plus précise à votre question, si vous voulez, ce qui a changé, c'est le goût des choses. Le seul changement que j'ai donc pu relever, est un intense sentiment de satisfaction dans les circonstances ordinaires (et j'insiste sur le mot ordinaire) de la vie avec une absence totale de désir d'y changer quoi que ce soit. Sentiment de satisfaction mais sans attachement. La félicité est la nature même du témoin, elle ne provient ni de l'expérimentateur (l'ego) ni des expériences.

"Votre nature est Félicité. C'est l'ignorance qui vous cache cette Félicité. Dissipez votre ignorance et libérez votre félicité [5]"

[1] L'Enseignement de Ramana Maharshi. Paris, éditions Albin Michel, 1972, p. 469

[2] Ramana Maharshi - Œuvres réunies - La connaissance de l'être, éditions Traditionnelles, Paris, 1988, p. 123

[3] Nisargadatta Maharaj - Ni ceci ni cela, éditions les Deux Océans, Paris, 1986, p. 77

[4] L'Enseignement de Ramana Maharshi. Paris, éditions Albin Michel, 1972, p.56

[5] L'Enseignement de Ramana Maharshi, éditions Albin Michel, Paris, 1973, p. 153

L'auteur de ce texte souhaite rester anonyme.

• Le ciel m’est tombé sur la tête et la terre s’est ouverte sous mes pas - Stephen Jourdain

Le ciel m’est tombé sur la tête et la terre s’est ouverte sous mes pas

Stephen Jourdain

Pendant mon adolescence, le ciel m’est tombé sur la tête et la terre s’est ouverte sous mes pas. En une fraction de seconde, tous mes appuis, toutes mes bases, tous mes repères ont été volatilisés ; l’homme que j’étais, en son double aspect mental et physique, a éclaté comme bulle de savon ; et l’Univers, mon vieux compagnon, et le Temps qui nous emportait tous deux sur ses ailes, ont péri de la même manière silencieuse et radicale. Un nouveau moi-même est né instantanément de cet anéantissement. Si incroyable était la splendeur de cet être, si impérieuse la nécessité de l’actionner et de le célébrer, que deux années s’écoulèrent avant que ne me frappe l’étrangeté de mes origines apocalyptiques, que ne m’étonne le paradoxe de la persistance de mon expérience terrestre au sein de sa totale destruction.

Stephen Jourdain

• Un amour et une compréhension totale - Tony Parsons

Un amour et une compréhension totale


Tony Parsons

Un jour, presque par accident, j'ai redécouvert le secret ou peut-être qu'il m'a redécouvert.

Expliquer ce qui s'est produit est tout à fait impossible. La description qui en paraît la plus proche est d'avoir été boulversé par un amour et une compréhension totale, absolument au-delà de toute imagination.

La révélation qui accompagnait cette redécouverte était si simple, et cependant si révolutionnaire, qu'elle a balayé d'un coup tout ce qui m'avait été enseigné, ou que j'en étais arrivé à croire.

Une partie de cette réalisation consistait à voir que l'illumination est absolument au-delà de tout effort de ma part pour changer ma manière de vivre, ou même d'influer sur le cours de la vie elle-même. Cela s'apparente à une véritable mutation dans la réalisation de "qui" est ce qui vit.

Car je suis déjà ce que je cherche. Tout ce que je cherche ou pense vouloir, quelle que soit la longueur de la liste, tous mes désirs, ne sont qu'un reflet de cette aspiration à revenir "chez soi". Et chez soi, c'est l'unicité ; chez soi, c'est ma nature originelle. C'est ici même, simplement en "ce qui est". Il n'y a nul autre endroit où je doive aller et rien d'autre que je doive devenir.

≈≈≈≈≈≈≈

Un jour, je traversais à pied un parc d'un faubourg de Londres. Je notais alors que j'avais l'esprit entièrement occupé par des projections à propos d'évènements futurs pouvant ou non se produire. L'idée me vint de laisser tomber toutes ces projections et d'être simplement à ma marche. Je remarquais combien chaque pas était totalement unique par sa sensation et sa pression et comment, à peine en prenais-je conscience, il disparaissait l'instant d'après pour ne jamais se répéter de la même manière.

Tandis que mon esprit était occupé à ces réflexions, il y eut une soudaine translation - de moi en train d'observer ma marche, à la seule présence de la marche. Ce qui arriva ensuite est simplement au-delà de toute description. Je ne peux que dire, de manière inadéquate en mots, qu'une incommensurable présence tranquille sembla descendre et envelopper toute chose. Tout et chaque chose devint intemporel et je cessai d'exister. Je disparus et il n'y eut plus personne pour faire l'expérience de quoi ce soit.

L'identité avec l'unicité de toute chose est ce qui se produisit. Je ne peux pas dire que j'étais "un avec" ceci ou cela, car j'avais disparu. Je peux seulement dire qu'une identité absolue avec l'unicité en tout et en chaque chose s'était produite et qu'un amour débordant emplissait tout. Avec cela survint une pleine compréhension de la totalité. Tout cela s'était passé hors du temps en un éclair qui parut éternel.

Il s'en suivit directement une révélation contenue dans cet évènement si magnifique et révolutionnaire dans sa nature, que je dus m'asseoir sur l'herbe pour en assimiler les conséquences. Ce que je vis était simple et évident d'une certaine manière, mais complètement intraduisible d'une autre. C'était comme s'il m'avait été donné une réponse qui n'avait pas de question. Il m'avait été montré un secret qui est un secret évident, ouvert ; et que tout et chaque chose, connue ou inconnue, contient et reflète ce secret ouvert. La nature, les gens, la naissance et la mort, nos combats, nos peurs et nos désirs sont tous contenus en lui et reflètent un amour inconditionnel.

Des mondes et des vies mêlées défilèrent devant mes yeux, je sentis que je venais soudain d'être emporté par quelque chose qui me dépassait complètement et tout prit un nouveau sens. Je regardais l'herbe, les arbres, les chiens, les gens, qui se mouvaient comme auparavant, mais à présent non seulement je reconnaissais leur essence, mais j'étais cette essence, comme ils étaient la mienne. Ce fut, d'une autre manière, comme si tout, moi y compris, était enveloppé d'un profond amour, embrassant absolument tout et, d'une étrange manière, il me sembla que ce que je voyais n'était somme toute, rien de spécial... que c'est la norme qui d'ordinaire n'est pas perçue.


Extraits de "Ce qui est" - Éditions Accarias L'Originel

jeudi 18 octobre 2007

• Le sens des choses - Francis Lucille

LE SENS DES CHOSES
Entretiens sur la non-dualité


FRANCIS LUCILLE

La non-dualité est au cœur de toutes les traditions spirituelles authentiques, telles l’Advaïta Vedanta, le Ch’an, le Zen ou le Soufisme.

Nous nous identifions habituellement à un mélange de pensées, de perceptions et de sensations. Cette identification au corps et au psychisme est profondément enracinée en nous. Comme les membres de notre entourage, nos enseignants, nos amis, etc., croient qu'ils sont des entités personnelles séparées, nous trouvons fort naturel de suivre leur exemple sans remettre en question cette croyance qui se révèlera à l' examen être à l'origine de notre misère.

La perspective non-duelle remet radicalement en cause cette identification. Cette remise en cause culmine dans une expérience où s'abolit la séparation entre un sujet et un objet, entre un « moi » et le reste de l'univers, entre un « moi » et Dieu.

Francis Lucille nous mène à la compréhension vécue de ce que nous sommes : la réalité de notre expérience et de toutes choses, qui est aussi la pure conscience intemporelle qui réside à l'arrière-plan des activités mentales. Notre nature véritable, se révèle alors comme bonheur absolu, intelligence, amour et beauté.


Son message généreux, empreint de joie et d’élégance, nous oriente avec subtilité et douceur vers l’essentiel : le tréfonds lumineux de notre être, qui est le thème sous-jacent des dialogues de cet ouvrage, est à la fois l'unique réalité et le sens des choses.

Editions Accarias-L’Originel
www.originel-accarias.com

vendredi 12 octobre 2007

• Quelques témoignages

Cette page pourrait être la vôtre !

J'invite toutes celles et ceux qui le souhaitent à partager et offrir ici leur témoignage d'Éveil.

Merci d'avance.



Source

...Comme le ciel n’est pas une étoile, aussi brillante soit-elle, nous ne sommes pas une pensée, une action ou même un comportement ou trait de notre personnalité. Nous sommes la présence qui inclut tout cela, et lui prête vie. Nous sommes la vie, qui est la toile de fond et l’énergie de toutes nos histoires, bonnes ou mauvaises.

Ayant vu cela sur un évènement j’ai su que tout ce que je faisais était de même nature, de tout temps. Et que rien ne m’était jamais arrivé et n’arriverait jamais, puisque j’ai toujours été et serais toujours l’éveil simple, parfait et spontané, sans commencement ni fin, qui prête vie à toute cette histoire qu’on appelle Daniel.

Quoi qu’il se passe et quel que soit le visage que je présente, je reste moi-même, le créateur de tout cela, immuablement.

Daniel

≈≈≈≈≈≈≈

...Un soir au sortir d’une de ces périodes négatives, une impulsion émergea en moi, celle d’une remise en question authentique et entière. Et si? Et si tout ce à quoi j’avais cru jusqu'à présent n’était pas forcément vrai ? Et si les désidérata de mon esprit n’avaient rien à voir avec l’essentiel ? Et si je m’entêtais dans une idée de ce qui définit l’éveil ou ce qui le valide ? Et si quelque chose en moi refusait de s’être trompé et s’accrochait à sa croyance ? Et pourquoi, et à quoi bon ?

À cet instant de remise en cause totale de mes croyances, une ouverture se fit et quelque chose lâcha prise en moi, comme un nœud qui se défait ou un serpent qui cesse de se mordre la queue. Et je vis clairement que je n’étais pas mon esprit, que celui-ci émanait de moi et faisait donc partie de moi, mais que j’étais ‘avant’ lui et ne pouvais en aucun cas me réduire a lui.

Tant que nous aurons un corps, nous aurons des sensations de plaisir ou de douleur, des pensées de joie ou de tristesse. Mais pourquoi y rajouter un jugement de nous-mêmes, pourquoi nous réduire à ces expériences ? Nous sommes avant tout, immuables et inconditionnels. Nous sommes la vie, nous sommes la présence vive, au-delà du bien et du mal. Et nous ne pouvons pas retomber, puisque nous ne sommes jamais tombés.

La vérité ne demande qu’à être vue. Si nous ne la voyons pas, c’est peut-être juste que nous avons nos mains devant nos yeux… alors, ouvrons les bras et accueillons-la, accueillons-nous, de tout notre cœur.

Nassim

≈≈≈≈≈≈≈

...Si nous comprenons bien que tout est UN, absolument tout, l’idée même d’un divorce, d’une séparation devient vite impossible et ridicule. Portés par cette reconnaissance de l’unicité primordiale, nous comprenons également que toute la dynamique des phénomènes, qu’ils soient mentaux ou non, ne sort pas de ce règne de l’unicité. L’illusion ne fait finalement que fabriquer artificiellement du « Deux » là où il n’y a jamais eu qu’ « UN » . Je crois que l’enjeu ne se situe pas seulement dans son acceptation, mais également dans la façon dont nous l’actualisons concrètement, à travers la relation que nous établissons avec ce que nous percevons. Car qu’elle soit subtile ou non, la dualité est le moteur de la turbine à vent de l’illusion. Malgré mon acceptation de l’Unicité, aujourd’hui encore, certaines de mes réactions aux phénomènes se construisent sur la base d’une petite amnésie à cette incontestable unicité. Et voilà comment j’en arrive à en perdre la conscience « dans le feu de l’action » des phénomènes. Que l’on s’entende bien, ce que je perds, c’est juste dans l'esprit duel, la conscience de l’unité primordiale. L’unité elle n’a pas besoin de ma réalisation pour être primordialement présente.
Lorsque nous actualisons dans l'esprit la vérité de l’unicité, elle s’accompagne d’une puissante conscience qu’à travers elle, nous communions de fait avec tous les univers et tous les possibles ! Nos pensées, nos émotions, nos sensations : de l’Un qui s’exprime sur le miroir de notre perception. Les orages, les merdes de chiens, la danse des galaxies : encore de l’unicité qui danse devant nos yeux. Cette danse follement fascinante possède un immense pouvoir puisqu’elle est l'expression dynamique de l’éveil dans l'espace, le moment présent de l’unicité.
Reconnaître cela au moment même où la danse à lieu a été pour moi d’une incroyable utilité !
La réalisation de l’unicité, lorsqu'elle est récupérée par l'esprit duel, pourrait paraître intéressante mais un peu froide, intellectuelle et manquant de cœur, de chaleur.

Et pourtant…

Tarik

jeudi 11 octobre 2007

• Méditer - Lama Guendune Rinpoché

Tranquillement assis
Ne faisant rien
Le printemps arrive

Et l'herbe pousse toute seule


Toyo Eicho (1429-1504)

Pratiquer la méditation, ce n'est pas tenter de voir des couleurs ou des formes, ou essayer de façonner telle ou telle expérience. La méditation du point de vue du Mahãmudrã signifie dégager, libérer l'esprit de toutes formes d'attachement, de saisie, de vouloir, de caractérisation des choses. Plutôt que de faire quelque chose, il s'agit de défaire les liens et chaînes par lesquels l'esprit est emprisonné. En abandonnant l'attachement aux choses comme étant réelles, on abandonnera la saisie mentale de ces choses et la volonté qui leur est attachée, et par là, l'apparence se trouvera libérée d'elle-même.

On croit souvent que méditer, c'est imposer un état vide à l'esprit, un état sans aucune pensée, ni mouvement mental. Cette conception est erronée, car si la méditation était un état sans pensée, cette table devant nous serait en train de méditer ! La méditation n'a rien à voir avec le fait de créer un vide volontaire dans l'esprit ; méditer, ce n'est pas arrêter le mouvement des pensées, mais demeurer sans-saisie quant à ces pensées. S'il n'y avait pas de pensées ou mouvement conceptuel dans l'esprit, qui méditerait ?

La méditation consiste donc simplement à reconnaître ce qui nous lie à l'apparence, à la manifestation extérieure et à desserrer l'étreinte des fixations mentales. C'est opérer une détente par rapport au conditionnement habituel, c'est laisser cette détente créer son propre effet : les objets de la fixation tombent d'eux-mêmes, les nœuds se dénouent à leur tour. Méditer, c'est se défaire de cette cuirasse que l'on s'est forgée, des vêtements superflus que l'on porte ; on abandonne alors les uns après les autres les vêtements conceptuels pour rester dans la nudité primordiale. Dans cette détente, est éprouvé l'état fondamental de l'esprit comme étant clarté, conscience connaissante, lucidité vive. Cette clarté de l'esprit est définie comme la conscience instantanée, immédiate, un état exempt d'élaborations mentales ou de réification. On doit simplement demeurer dans la jouissance de cet état, laissant l'esprit dans sa dimension propre, sans caractériser ou juger quoi que ce soit, sans même concevoir la notion d'une méditation.

Extrait de "Les émotions", Lama Guendune Rinpoché, Éditions Dzambala, 1995, p. 57-58