lundi 15 février 2016

• La beauté du geste - Stephen Jourdain



La Beauté du Geste
Rencontre en Corse - Été 1997

« Je suis » n’est pas une chose, ni un état à quoi l’on va parvenir, ni dans le giron duquel je vais retourner.
C’est un geste pur, que je sais faire. L’éveil est un geste. Un geste intemporel, tellement profond et central qu’il transforme en banlieue toutes les expériences les plus suaves et les plus profondes qu’on ait pu faire dans sa vie.
Ce geste consiste en quoi ?
C’est un regard de conscience infinie plongeant en lui-même, mais c’est un geste. S’il n’y avait pas ce caractère de geste, d’acte, il n’y aurait rien.

© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Charles-Antoni l'originel :

Faire un geste
Je doute fort que mes livres partent dans la journée, ça se saurait, mais on ne sait jamais, un type peut être trompé par la couverture...
C'est vrai que ce n'est pas facile de rentrer dedans...
Oui, ce que vous me dites m'attriste beaucoup... (Rire)... Il y a un mystère tout de même. En fait j'emploie des mots très simples...
J'aimerais bien que ce soit clair. Je fais des efforts affreux pour être simple, pour faire simple. Je ne suis pas philosophe donc je n'ai pas de vocabulaire technique. En fait j'en suis arrivé à me demander si ce n'est pas cette transparence, qui rend tout obscur.
Si j'employais des mots compliqués, des mots de spécialistes, dans le fond les gens seraient assez contents, en fait ils com­p­rendraient pourquoi ils ne comprennent pas... Et là, comme c'est écrit dans un langage courant, en fait ça doit être irritable parce que c'est écrit noir sur blanc, c'est très simple, et je ne comprends pas!
Je vois bien le fossé, c'est d'ailleurs pour ça que je n'ai pas écrit... L'idée d'écrire m'est venue très longtemps après, ça ne s'imposait pas du tout à moi, ce n'est pas une vocation et puis “cette chose” est faite pour être vécue, elle n'est pas faite pour être exprimée.
C'est la seule relation convenable que l'on puisse établir avec elle, puisqu'elle est... c'est de l'être, et à ce titre, elle n’est rien.
On ne devrait pas la montrer, non par pudeur, on ne devrait pas la montrer, on ne devrait pas l'installer dans le monde, pour la bonne raison qu'elle n'en participe pas, elle laisse le fleuve des choses dévaler intact et vierge... Donc elle ne pèse rien, c'est ça qui est extraordinaire.
S'enfoncer dans l'être, (c'est bien ce dont il s'agit), on a l'im­p­ression que ceci va changer quelque chose, induire un changement, mais en fait ça n'induit strictement aucun changement, c'est un non-événement pur. Alors c'est vrai que c'est un événe­ment absolu aussi, plus grand que tous les événements, mais c'est un non-événement pur, ça ne change rien.
En fait, “cette chose-là” (au sens qu'on prête habituellement au mot “exister”) n'existe pas. Et donc on arrive à ce paradoxe, qui sera un jour fameux, c'est: “L'existence pure n'existe pas.
Et le considérer, si peu que ce soit comme existant, au sens habituel du terme, comme pouvant influer sur la vie, comme déterminant, influant, c'est l'avoir trahie, c'est ne pas avoir compris.
Il n'y a que celui qui la possède, qui sait que c'est un non-­influent absolu.
Et donc: “J'étais communiste avant; bon, quelque chose d'absurde... “J’étais marxiste matérialiste avant”, bon, ou alors “j'étais croyant”... Ça ne devrait rien changer... ça n'induit aucun changement...
Il est peu probable que celui en qui ça va jaillir ait, par tempé­r­ament, épousé l'idéologie marxiste ou même l'idéologie déiste, mais si c'était le cas, ça ne changerait rien. Il n'y a aucun besoin d'éradiquer sa conviction communiste parce que ça ne compte pas.
C'est la seule chose au monde qui ne compte pas. Et ce qui est étonnant, c'est que toutes les choses qui comptent procèdent de cette chose qui ne compte pas.
On ne change pas?
C'est très difficile…
C'est une réitération, vous savez, tout d'un coup, le fauteuil a toujours été vert... Bon il est vert... Puis tout à coup le vert du fauteuil devient vert... Franchement, c'était déjà là... C'est une sorte de confirmation, réitération, redoublement, ça ne sert strictement à rien… Quand le vert devient vert honnêtement, comme il était déjà vert avant, franchement le vert qui devient vert ça parait déjà très étrange et il est impossible qu'une chose devienne elle-même puisqu'elle l'est déjà, mais...
En fait ça n'a aucune valeur événementielle, il ne se passe rien.
Et c'est très important, parce que... ça se passe comme ça, c'est la vérité: “devenir moi”, ça ne va rien changer.
Ce non-événement va induire dans la pensée toutes sortes d'idées, et ces idées peuvent obliger à des sacrifices... Mais, “la chose elle-même”, non. Son ombre peut, sans doute, changer les choses mais, “elle-même”, non!
Donc tout ça... c'est ce qui est fascinant… S'enfoncer dans l'être, c'est par conscience d'être qu'on “s'enfonce dans l'être”, et s'enfoncer dans l'être ça ne change rien, c'est un non-événement.
Donc les choses restent telles qu'elles étaient. Simplement elles sont virginisées. Les choses semblaient vieilles, usées, tout d'un coup elles sont neuves. Alors bien sûr, à ce titre-là, on peut parler de changement... Mais en fait, les choses restent elles-mêmes, n'est-ce pas?
Mais ça, ça marche pour la vue, ça marche pour l'ouïe, ça marche pour tout ce qu'on appelle les sens?
Ça marche pour les sens et pour l'intérieur, où il n'y a pas de sens du tout.
C'est ce qui est très bien, c'est ça que j'adore. J'adore sou­ligner ça, c'est qu’apparemment i1 est normal de voir l'arbre, puisqu'on a des yeux pour voir et des nerfs pour transmettre l'information. Je ne crois pas du tout à ce schéma perceptif, pas du tout... C'est à dire, ça semble raisonnable, je vois l'arbre là-bas, parce qu'il y a un arbre, et puis après, il y a mes yeux et mes yeux transmettent à mon cerveau, et puis là, dans mon cerveau, ça s'élabore en sensations... Ça ne tient pas la route une fraction de seconde...
Je ne dis pas qu'il n'y a pas une relation quelconque, mais cette relation-là est certainement fausse et Gödel avait très bien vu que ce n'était pas comme ça que ça se passe.
Parce que ce que reçoit notre rétine, si on est un scientifique, si on approche les choses scientifiquement, ce qui n'est pas mon cas, ce qui frappe notre rétine c'est un flot de photons, il n'y a pas d'images.
L'idée en général, qu'on a des choses, c'est qu'il y a une grande image: monde-réel. Et puis, cette image, monde-réel, nous est transmise par voie nerveuse, et puis dans notre cerveau, cela fait éclore une deuxième image, de nature subjective, et qui est le double, la réplique intérieure, de l'image rétinienne. Il n'y a pas d'image au départ. Là, on part avec l'hypothèse qu'il y a une image réelle de début. Enfin il n'y a pas d'image. Il y a un bombardement de photons. Le photon ce n'est pas une image.
Il fallait une explication...
Il fallait une explication...
Et puis c’est vrai que si on me crevait l’œil je n'y verrais plus, je ne nie pas ça du tout, mais je dis que, induire de ce fait, que si on me crève l’œil je n'y verrais plus, si on me perce le tympan je n'entendrais plus, si on m'enlève le cerveau je ne penserais plus, je ne serais probablement plus du tout… Induire de cela, que c'est parce que il y a une image monde-réel, qui m'est transmise par voie nerveuse, et que ça génère une seconde image qui elle-même est une espèce de réplique subjective de la première... Eh bien en déduire ça, c'est franchir un pas, (bon on comprend bien pourquoi il est facile de franchir le pas) mais on ne peut pas le faire, philosophiquement, on ne peut pas le faire, c'est inacceptable, les choses ne peuvent pas se passer ainsi.
Vouloir vivre des expériences n'est pas possible?
Vouloir vivre des expériences… Il y a bien des expériences, mais la seule chose qui soit une non-expérience, c'est la chose dont je parle, au sens strict, n'est-ce pas?
En fait les concepts les plus fins et donc les plus méritants avec lesquels la personne peut aborder, peut se représenter cette chose-là, ces concepts sont fondamentalement inadéquats, même quand ils sont très fins.
Alors on se situe dans le plan de l'expérience, du vécu, et c'est bien le plan de l'intériorité, d'une référence à l'intériorité... Mais cette chose-là, n'est pas une expérience. On peut bien la cerner grossièrement par ce mot, mais ce n'est pas une expérience, ce n'est pas un vécu non plus.
C'est à dire que, pour nous, c'est une expérience...
Oui, ce n'est pas un vécu non plus... C'est à dire, la vie elle-même, n'est pas un vécu.
Alors l'existence pure, n'existe pas, et la vie elle-même n'est pas un vécu.
Donc cette chose-là est la seule chose au monde à se comporter de cette façon... Enfin on doit trouver en physique des particules qui ont un comportement extraordinairement spéci­fique, qui infirment toutes les autres lois, et qui contredisent tout, enfin qui marchent à l'envers, qui ne marchent pas selon les normes.
Eh bien cette chose-là, c’est à dire nous, moi, ne fonctionnons pas selon les normes.
Alors celui qui me dit: “Ça y est, j'ai compris donc je vais faire ceci, faire cela”, je sais tout de suite qu'il n'a pas compris. C'est très évident.
Un type qui a compris… C'est pour ça que la liberté... Cette chose-là est liberté. En fait, cette chose-là, c'est moi.
Et qu'est-ce que c'est que moi?
La moins mauvaise définition qu'on puisse donner de moi, c'est:
Moi
=
Liberté infinie de moi relativant à Moi
Moi pèse sur moi
Moins que le poids d’une aile de papillon
(c'est d'une incommensurable légèreté)
Une deuxième expression de cette liberté est due à la caractéristique de cette chose, de ne pas exister, de ne pas compter, donc ça n'implique aucun sacrifice, en fait, ça détruit la vie mentale.
Mais après ça, je peux parfaitement m'interdire d'avoir une vie mentale au nom de la vérité intuitive qui a éclaté, et qui m'a montré la vie mentale comme un fantasme, comme une illusion. Et bien c'est... c'est déjà trahir, c'est déjà trahir...
Cette chose n'a aucune espèce de retombée intellectuelle. Donc en fait, ça ne compte pas et ça veut dire que ça n'existe pas...
“ La pensée de cette chose”, qui est radicalement différente de cette chose, si précise, si fidèle soit-elle, si fidèle soit le reflet intellectuel, la pensée peut influer sur la vie, cette chose elle-même: non.
Et donc, chaque fois, si j'ai l'impression que cette chose change ma vie, c'est qu'en fait, je l'ai trahie, j'ai oublié...
J'en ai déjà fait...
C'est que j'en ai déjà fait une chose parmi les choses… Si je veux une autre façon de l'exprimer, c'est que, cette chose-là, généralement, se représente comme une chose particulièrement glorieuse parmi les choses de la vie. Mais ce n'est pas une chose particulièrement glorieuse parmi les choses de la vie. C'est la vie elle-même...
Seule une chose de la vie peut influer sur les autres choses de la vie.
Mais la vie elle-même: non. La vie elle-même est sans influence.
Je peux parler d'une de mes petites gloires...
Oui, le petit point... le point qui grossit... ça méritait d'être creusé...
(Coupure: histoire du petit point)
Les points... j'ai toujours été fasciné par les points. Mais par la petitesse des points au fond de laquelle, je trouve ma grandeur... Et puis par tout ce qui est pulvérulent, par la multitude infinie de ces points.
Par le poudroiement...
Le poudroiement, c'est ça.
Et ça définit toute une catégorie d'instantanéité que je vivais quand j'étais petit. L'univers devenait du talc... du talc spi­rituel... C'étaient des milliards de points vibrants... et j'étais chacun de ces points.
C'est l'image de la paix, le poudroiement... je le ressens comme ça ...
Je ne sais pas très bien... Franchement... on devient ano­nyme... C'est très curieux… Il y a des paradoxes apparents... C'est au fond de l'anonymat, ce qui est très différent de “l'impersonnalité”, on mélange les choses, moi, je veux dire les mots justes...
La sensation d'avoir perdu son nom, d'être anonyme... En fait, presqu'on acquiert une valeur universelle, on est juste quelqu'un...
Le sentiment de l'anonymat, dans ce qu'il peut avoir d’extraordinairement porteur, existentiellement parlant, dans l'anonymat pur, c'est très différent de cette conception très philosophique, intellectuelle, qui débouche sur le culte de “l'impersonnalité”, c'est tout à fait autre chose.
Alors c'est vrai que si on approche les choses un peu hâti­vement, on va prendre anonymat ou “impersonnel”, et on va en faire des synonymes. Mais en fait, si on creuse un peu, le mot “impersonnel” ne convient pas du tout. Il y a un dogme... c'est très intellectuel... L'intelligence ne fonctionne pas très bien. Alors que l'anonymat: se fondre... on se dissout dans l'ano­nymat... Et curieusement, plus on se dissout, plus on existe...
Qu'est-ce qui se dissout vraiment?
Au profit de l'existence pure... et enfin c'est ça qui est très curieux... Au profit du “sentiment intense, intuitif, de notre existence pure” et rien n'est plus personnel.
Qu'est-ce qui se dissout?
C'est “notre identité”, c'est “toute notre identité”, c'est “notre carte d'identité”.
C'est ce que dit l'Orient...
“ Tous nos attributs” fondent, “toute notre identité” fond... Mais alors après ça on se dit bon… l'explication orientale? Elle est insuffisante là-dessus...
Enfin ils n'ont pas le même phénomène, ils ont tendance à considérer a posteriori intellectuellement, parce que quand on va se mettre à parler et écrire, on va bien se servir de notre intelligence d'homme, et on peut plus ou moins bien s'en servir. Alors eux, ils auraient tendance à conclure de cette bienheureuse dissolution, de cette dissolution d'identité, que c'est: “l'iden­tité qui est perverse”.
Moi je ne crois pas du tout que ce soit “l'identité”. À ce moment-là, si “l'identité est perverse”, “je” est “impersonnel”, n'est-ce pas?
Je ne crois pas du tout que ce soit une bonne description de la chose.
Ce qui est dissout c'est: “l'identité en tant qu'elle prétendait nous accaparer” et nous enfermer en elle-même.
Ce n'est pas “Steve Jourdain né le tant”, qui est une offense, c'est “Steve Jourdain né le tant”, en tant que je suis réduit à cette détermination.
Ce n'est pas “le fait d'être un homme marchant dans ta rue...” ceci est charmant, c'est naturel, c'est en fait... Ça participe de l'accession à l'être, c'est même un des fondements de l'accession à l'être. Un sujet qui n'est pas déterminé, n'est pas du tout, enfin il n'est pas entré dans l'être.
Et alors la deuxième condition de l'accession à l'être, c'est: ne pas se laisser enfermer par ses déterminations, être toujours plus, être irréductible à sa propre détermination, s'agirait-il de “ma propre essence?
Steve ne peut pas être enfermé dans Steve. Et c'est parce qu'il n'est pas enfermé dans Steve parce qu'il déborde Steve, que Steve est.


jeudi 28 janvier 2016

• Une douce invitation à l’Éveil spirituel - Della


On entend beaucoup parler d’éveil, de basculement de conscience, de non-dualité, de techniques, d’enseignements… où l’emphase est mise sur le futur et sur l’atteinte d’un objectif éventuel. Ce livre ramène tout simplement à cet instant, tel qu’il est, mais avec une telle douceur que le lecteur se sent embrassé par la Vie. C'est dans la joie et l'accueil que Della nous propose d'entrevoir et même de choisir la possibilité de « vivre ce que nous sommes », une source fondamentalement authentique et libre de notre conditionnement, de nos histoires, de nos limites illusoires.
L’Éveil spirituel n’est pas un état « pensé » que l’on atteint. Il revêt plutôt la saveur d’un abandon à l’évidence de « ce qui est ici et maintenant », la seule Réalité qui puisse exister. Cette évidence, intime à chacun, invite à voir la fascination conditionnée pour le « je », le mental, l’ego, structures génératrices de souffrance, qui sont issues de la fausse conception que « je suis » est séparé du Tout.
Afin de bien saisir l’origine de la résistance viscérale à la Liberté d’Être, Delle introduit la notion de gardiens de l’identité séparée. L’objectif de ceux-ci est celui de la survie de l’identité séparée dans les meilleures conditions de sécurité.
La proposition ici de voir la Réalité est une invitation radicale non pas de voir avec les yeux du « moi » mais d’accueillir, d’ouvrir et de dépasser la limitation de l’identification pour ainsi ressentir la Vie que je suis déjà.
L'une des particularités de l’enseignement de Della qui peut amener à une libération intérieure profonde, c'est le rappel constant que tout ce qui, en nous, semble nous emprisonner et restreindre l'expression libre de ce que nous sommes vraiment, provient toujours, à l'origine, d'un élan intérieur d'amour. Ainsi, le "petit", les "gardiens", le "mental" sont toujours inclus, accueillis, entendus de façon tendre, aimante.
L’originalité de cet enseignement est la douceur. On y retrouve la simplicité d’une non-dualité qui n’en est pas une, car la dualité y est totalement embrassée.
Le livre de Della constitue un outil très pratique d'ouverture à la Vie, à l'Amour et à sa légèreté  avec des clefs applicables à la vie quotidienne.

«C'est lorsque je m'ouvre à la Réalité sans condition, que je m'offre le merveilleux cadeau de rencontrer la Vie elle-même, la Conscience d’amour, créatrice de toute expérience. »


© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Accarias - L'Originel

Le voyage vers le cœur vulnérable et l’Intime

Le vécu du « moi » est une course folle dans le temps. Une course qui a un but, n’importe lequel, en autant qu’il préserve son identité, et autant que possible, qu’il en récolte des gains, en amour, en valeur, en réussite, en sécurité. Pour arriver à courir quelque part ailleurs que maintenant, il a besoin de se projeter dans un avenir inexistant. Sans cette projection mentale imaginée, sa course s’arrête ici.

L’arrêt dans l’ici maintenant surprend. Il fait peur. Il est hors de contrôle. Il est dans le non-faire puisque la Vie est déjà. L’arrêt dans l’ici maintenant, avec vulnérabilité et ouverture, vient avec le risque de ressentir le courant de la Vie qui me porte et qui me dirige inexorablement vers le profond mystère antérieur au « moi », celui de l’Être. Si par exemple, on comparait le « moi » à un des multiples grains de sable accumulés dans un entonnoir, l’élan du « moi » de se maintenir en mouvement horizontal dans le temps avec le soutien de la cohésion des autres « moi », relèverait de la survie. Ce faisant, il arriverait plus ou moins efficacement à reporter sa chute inévitable vers le centre perçu comme une mort qui l’attendrait.

Le passage vers le centre, comme dans l’image de l’entonnoir, est inévitable pour tout humain. Le passage peut prendre la forme de la mort du corps physique mais il peut tout aussi bien être issu du questionnement définitif sur l’idée et l’agitation d’un « moi » séparé de la Vie.

Lorsque l’appel se fait insistant, que la confiance en le Divin est suffisamment grande ou que l’épuisement à lutter s’installe, il devient envisageable de se laisser consciemment emporter vers le centre, vers l’inconnu. Le mouvement vers le centre se produit à travers le risque d’ouvrir son cœur à être vulnérable et touché par la Vie. Ce cœur maintenant ouvert est plus intime que le « moi », c’est le cœur non-protégé de l’âme. Le mouvement vers cette vulnérabilité nous approche ainsi non seulement de l’âme mais aussi de l’Intime, du « grand », de la Conscience, de cet espace infini qui n’a rien à protéger. Il est à la fois plus intime que le « petit » puisqu’antérieur à la contraction du « moi », et plus vaste puisque libre des concepts de séparation. Il est le cœur de ce que « je suis ».

Cette douce Présence est offerte à chaque instant lorsque le « moi » prend le risque de s’y déposer humblement. A travers cet abandon au plongeon dans l’inconnu, le « moi » peut réaliser que lui aussi, n’a rien à protéger et qu’il est déjà complètement porté et uni à la Vie. Contrairement à ce que peut percevoir le « moi » qui peut appréhender la désidentification à son histoire comme sa propre mort, le passage vers la Réalité offre plutôt la grande détente d’exister en tant qu’âme unifiée et libre de l’Être.

L’Éveil spirituel

L’Éveil spirituel est la réalisation profonde et définitive que la Vie est fondamentalement Une, avant tout discrimination, et qu’elle se manifeste toujours en tant que la Réalité telle qu’elle est, ici et maintenant.

L‘Éveil spirituel produit un changement radical de la gravité de l’attention. De l’attraction à l’idée du « moi » et à son histoire dans le temps, elle passe à la gravité verticale de maintenant, profond Mystère, espace infini et silencieux, où rien ne manque pour Être. Ce changement de gravité implique un abandon irrévocable du cœur à la Réalité telle qu’elle est. Elle constitue un basculement définitif de l’identité séparée du « moi » vers l’évidence de l’Un, Conscience universelle, au centre de ce que « je suis », qui est beaucoup plus intime à soi que toutes les histoires que le mental raconte afin de maintenir une séparation avec cette douce Unité, vivante au-delà du rêve imaginé des idées.

Ce basculement qui paraît drastique n’est en fait, qu’un changement de perception puisque la Réalité, elle, ne change pas. La Vie continue, elle suit son cours. Elle devient toutefois vécue à partir du cœur de la Vie, silencieux et ouvert. Cet espace du cœur, lorsqu’incarné, se manifeste par une douce tranquillité découlant de l’évidence qu’à partir de la Conscience, tout est possible et rien n’est nécessaire.

samedi 23 janvier 2016

• Au-delà des expériences d'éveil - Pascal Hastir



Voir d'autres vidéos sur la chaîne YuTube de Philippe Herbert

jeudi 14 janvier 2016

• Une totalité au parfum d’éternité...



Vivre l'instant présent

N° 118 - Hiver 2015


Sommaire


3e millénaire : Le fil d’Ariane
David Ciussi : L'instant du penseur pensant... l'instant du
glorieux présent et l'instant éternel...
Dominique Schmidt : Vivre dans le Présent authentique par la Connaissance de Soi
José Leroy : Sortie du temps et retour à l'éternel Soi
Patrick Vigneau : Rencontre sur l'instant présent
Suyin Lamour : L'instant présent
Catherine Pépin : Le temps et l'observateur : un lien indicible
David Dubois : La conscience au présent existe-t-elle ?
Xavier Cornette de Saint Cyr : Faut-il vivre l'instant présent?
Stéphane Dugowson : Libres réflexions mathématiques
sur l'instant présent
Man-Yan Hor : L'unification corps-esprit
Patrick Lanquetin : Pratiquer l'instant
Welleda Muller : Le présent atemporel dans l'art
Andreas K. Freund : Un instant s'il vous plait
Documents        
Louis Lavelle : L'expérience de la présence de l'être
Eckhart Tolle : Plonger dans le moment présent
Portfolio
Peintures de Stéphane Dubois
BD        
Anna Guégan : Jeu d'Eveil
N. Céliolisa : Les présents du présent

Extrait :

"Etre dans l’instant présent, c’est être présent à ce qui est, à ce qui est en train d’être.
La pensée est conditionnée à anticiper, projeter, supposer, imaginer, prévoir… Elle est coupée du réel.
Le réel est ce qui est en train d’être, maintenant.
Quand la pensée vagabonde vers ce qui a été, ce qui sera, ou ce qui devrait être, l’attention n’est plus posée sur l’instant présent. Cependant, ce qui est en train d’être vécu dans l’esprit (la pensée qui vagabonde), se produit dans l’instant. Nous ne sommes jamais ailleurs que maintenant, que nous en soyons conscients ou non.
Plutôt que d’essayer d’être dans l’instant présent, il est plus juste et plus efficace de prendre conscience que nous y sommes déjà, en permanence. Car à l’idée « d’être dans l’instant présent », le mental habitué à projeter en fait un objet à obtenir, un état à atteindre, et échafaude des stratégies pour y parvenir, nourrissant toujours la même attitude qui consiste à se projeter vers autre chose que ce qui est et qui détourne l’attention de ce qui précisément est recherché et qui est déjà là. « Je devrais être dans l’instant présent, ne pas laisser mes pensées vagabonder, me recentrer sur ce qui se passe maintenant… »  Cela implique un effort, une tentative de contrôle.
Alors qu’il suffit simplement d’observer et reconnaître ce qui est. Ce qui est, c’est que je me sens coupé de l’instant présent parce que mes pensées vagabondent. Et à quel moment cela se passe-t-il ? Maintenant.
Voir que tout se passe toujours maintenant, et porter simplement l’attention sur ce qui est en train d’être, même si ce qui est en train d’être ce sont des pensées d’anticipation ou de projection associées à un sentiment d’insatisfaction. C’est ce qui est vécu dans la conscience en cet instant. Ne pas essayer de modifier cela, s’installer simplement dans la présence à ce qui est, et observer le jeu du mental sans y accorder d’importance. 
Dans cette présence, dans cette conscience de ce qui est, se manifeste un sentiment de vastitude et se révèle l’évidence d’un éternel maintenant au sein duquel des pensées liées au temps apparaissent et disparaissent. Et dans cette reconnaissance de l’éternel maintenant qui est déjà là, peu à peu le mental cesse de produire des pensées liées au temps. 

Et finalement, dans cette présence à ce qui est - qui est notre nature fondamentale, la notion même d’instant présent perd son sens. L’idée d’un « maintenant » est un concept lié à la notion d’un temps linéaire avec un « avant » et un « après ». Dans la pure présence à ce qui est, il n’y a ni avant, ni maintenant, ni après. La perspective d’un temps qui serait une succession d’instants présents disparaît. Il y a simplement être. Un « être » en lequel l’instant n’est pas un point défini dans le temps, mais une totalité au parfum d’éternité." 
Présentation du numéro par Philippe Muller : 

lundi 4 janvier 2016

dimanche 3 janvier 2016

• La merveille des merveilles - Ramana Maharshi


"Il n'y a pas de plus grand mystère que celui-ci : nous cherchons à atteindre la Réalité alors que nous sommes la Réalité. Nous pensons que quelque chose nous cache notre Réalité et qu'il faut le détruire avant d'obtenir cette même Réalité. C'est ridicule. Un jour viendra où vous rirez vous-même de tous les efforts passés. Et ce qui se sera le jour où vous rierez est déjà ici et maintenant... En fait la seule chose dont nous faisons l'expérience, c'est la Réalité ; pourtant nous ne le savons pas. N'est-ce pas la merveille des merveilles ? La recherche " Qui suis-je ? " est le glaive qui sert à trancher l'ego."

"Il n'y a pas de Libération et où sont les Libérés ?
Il n'y a que Libération et rien d'autre.
On n'atteint pas le Soi parce qu'on est le Soi."

" Aussi longtemps que la notion de première personne existe, les notions de seconde et troisième personnes existent aussi. Quand, en réfléchissant à sa réalité, la notion de première personne est détruite, les notions de seconde et troisième personnes disparaissent aussi, et l'état résultant est seul le vrai Etat de Soi, révélé comme Un. "

vendredi 25 décembre 2015

• Ansi SOI t'il !


De la naissance de 'Jésus' extérieur... à la reco-Naissance du 'Jesuis' intérieur !
Comme quoi, une simple voyelle peut faire toute la différence...

Ainsi SOI t'il !

En cette journée de Noël, je tiens à partager avec vous le symbolisme de la crèche :

Comme vous le savez sûrement, le Christ est sensé reposer dans une “mangeoire” et non à même le sol au centre de l’étable, comme on le voit parfois, à tord. Et comme vous le savez également, il repose entre deux animaux figuratifs : l’âne et le boeuf.
L’âne représente l’ignorance fondamentale, c'est à dire la non-reconnaissance de sa nature fondamentale, l'éveil en Soi. Rappelez-vous le “bonnet d’âne” que l’on mettait sur la tête des enfants au piquet, lorsqu’il ne savaient pas leur leçon !
Quand au boeuf, il représente l’esprit conceptuel, l'activité mentale ou la dimension ruminante de la conscience.
Ainsi, lorsque la “conscience éveillée” (le Christ) est présente, l’âne (l’ignorance) et le boeuf (la discursivité mentale) ne peuvent plus venir “s’alimenter”. La mangeoire est occupée !

Le 25 décembre représente, symboliquement, la re-co-Naissance de notre condition originelle. Mais en réalité, celle-ci se célèbre tous les jours de l’année, à chaque instant, dans cet espace intemporel de l'être !

mercredi 23 décembre 2015

vendredi 27 novembre 2015

• Libre arbitre et perspective non-duelle - Ramesh Balsekar & Didier Weiss





Qu'est-ce que vous diriez à propos du choix ?

Quand l'éveil se produit, il est clair qu'il n'y a jamais eu personne pour l'atteindre. Il est également reconnu que tout au long de la vie apparemment "menée" auparavant, il n'y a jamais eu "quelqu'un qui choisissait" ou "quelqu'un qui faisait" quoi que ce soit. Tout ce qui est arrivé, du plus infime pet de lapin à ce qui paraissait être la décision la plus capitale, n'aurait jamais pu être autre en quelque façon que ce soit.

Alors qu'en est-il du libre arbitre ?

Il n'est aucunement question de l'existence d'un libre arbitre, simplement parce pour commencer il n'y a personne là pour posséder une volonté ou exercer un choix quelconque. Demandez-vous d'où proviennent les pensées et, si vous êtes vigilant, au bout d'un certain temps, vous vous apercevrez qu'elles ne sont pas vôtres. Elles émergent, apparemment de nulle part, se produisent, durent un moment et ensuite s'estompent pour disparaître complètement. Vous n'êtes pour rien dans leur origine.

Tony Parsons

Je me suis risqué à poser la question à Shrî ChatGPT Maharaj (!) concernant cette question du libre arbitre, voici sa réponse : 

"La question du libre arbitre dans le contexte de la non-dualité et de l'absence du moi personnel est un sujet complexe et débattu au sein des traditions philosophiques et spirituelles.

Dans la perspective de la non-dualité, il est souvent enseigné que l'idée d'un moi séparé ayant un libre arbitre est une illusion. Selon cette vision, l'idée d'un individu autonome prenant des décisions est une construction de l'esprit qui cache la réalité fondamentale de l'unité de toute chose. Dans cette optique, il n'y a pas de sujet distinct ayant un pouvoir de choix indépendant, mais plutôt une conscience unique qui se manifeste à travers une diversité d'expériences.

Certains enseignements suggèrent que le libre arbitre est une illusion relative, dans le sens où nos actions sont influencées par une multitude de facteurs, y compris nos conditionnements passés, notre environnement, nos désirs et nos croyances. Dans ce cadre, nos choix peuvent sembler libres du point de vue de notre expérience individuelle, mais ils sont en réalité déterminés par des forces qui nous échappent largement.

Cependant, certains enseignements non-duels suggèrent également que bien que l'ego individuel soit une illusion, il y a une forme de liberté qui réside dans la reconnaissance de notre vraie nature, au-delà des identifications personnelles. Cette liberté est souvent décrite comme la capacité à transcender les limites de la pensée conceptuelle et à accéder à une conscience plus vaste et intemporelle.

En fin de compte, la question du libre arbitre dans le contexte de la non-dualité reste un domaine de réflexion profonde et de contemplation spirituelle, où différentes perspectives peuvent coexister et enrichir notre compréhension de la réalité ultime."

jeudi 26 novembre 2015

• La perspective non-duelle




La perspective non-duelle : dialogue entre Suyin Lamour et David Dubois (vu sur Facebook)

Suyin Lamour : Bonjour David, j’ai lu attentivement ton texte et j’ai le sentiment qu’il y a un amalgame de fait.
La perspective non-duelle dit qu’il n’y a pas d’individus séparés, que tout est interconnecté, que chaque organisme est unique et différent mais qu’aucun d’entre eux ne contient un moi-je central qui serait auteur des pensées, réactions, actions de l’organisme. L’individu est l’ensemble des multiples « je » qui cohabitent dans la psyché de chaque être, et il n’y a là aucun auteur central auquel on pourrait attribuer la faute ou le mérite des actes commis, car ceux-ci sont le fruit d’un ensemble de mécanismes et de conditionnements interdépendants avec l'environnement qui échappent à toute volonté, et surtout, au fond, à tout contrôle.La perspective non-duelle propose une valeur absolue, qui est celle de la non-séparation, de l’union fondamentale de toutes choses. Que certains aient utilisé cette notion pour manipuler les foules est possible, mais ce n’est que le fruit d’une mauvaise compréhension, car cette valeur de non-séparation, si elle est vraiment réalisée et non pas récupérée par la morale (qui n’a rien à voir là-dedans), ne nie pas la personne mais au contraire fait se dissoudre toute forme de conditionnement aveugle visant à se conformer à une masse ou à une idéologie pour échapper à l'isolement, et fait se révéler l’unicité de chacun dans sa forme originale, créative et libre. C’est une individuation. Si chaque être se reconnaissait dans cette nature fondamentale non-séparée, il serait impossible d’imaginer un monde où les êtres se déchirent et se divisent. C’est le sentiment d’être un moi-je séparé du reste qui créé la peur, le manque, l’isolement, le besoin de reconnaissance et d’appartenance. Une profonde souffrance dont le monde d’aujourd’hui n’est que le reflet. C’est du moins de cette manière que pour ma part, je résonne avec la perspective non-duelle. Comme le  disait je crois Arnaud Desjardins "différents, mais pas séparés".


David Dubois : Oui, je crois comprendre ce que vous voulez dire. Mais ce texte n'est pas sur la non-dualité. Cependant, pour vous répondre en quelques mots, il faut d'abord admettre qu'il y a plusieurs visions de la non-dualité. Vous en décrivez une. Je n'y adhère pas. Selon moi, la personne n'est pas une illusion, non plus que la morale, ni la politique. Tous ces éléments s'articulent en un tout harmonieux. "Non-dualité" signifie alors que nous existons, que nous sommes réels, mais que nous n'existons pas séparément de l'absolu, quelque soit le nom qu'on lui donne. Nous existons comme les vagues dans l'océan. Les vagues existent, mais pas séparément de l'océan. La personne n'est une illusion que dans la mesure elle ignore son unité avec la Source de tout. Vous dites que l'éveil est une individuation. Oui, c'est aussi ce que je dis. Mais vous dites que cette personne "ne contient (aucun) moi-je central qui serait auteur des pensées, réactions, actions". Là, nous sommes en désaccord. A quoi ressemblerait une personne sans centre des actions, sans libre-arbitre, sans autonomie ? A un zombie ! Comment un individu peut-il être une personne, au sens moral (quoi d'autre ?), sans âme, sans un absolu pouvoir de choisir, sans ce merveilleux pouvoir de dire "je" qui nous distingue des choses ? Qu'est-ce qu'une conscience sans cette liberté ? Je dis que ce n'est pas une conscience du tout ! Le centre de l'individu, c'est Dieu, en qui chacun à l'être, le mouvement et la vie. Mais reconnaître ceci, ce n'est pas dire que la personne n'existe pas. Au contraire. Et c'est aussi ce que, à votre manière, vous voulez dire. Mais vous adoptez des concepts et tout un système d'idées qui, je le crois, sont finalement destructeurs de l'humanité. Et, pour reprendre votre formulation, le monde n'en est aujourd'hui que le reflet, ravagé par une vision nihiliste et mécaniste du monde, sans plus aucune foi en la raison et en le pouvoir de l'homme de vivre de manière autonome. Or c'est seulement ainsi, en se reconnaissant "différents (par notre arbitre individuel), mais pas séparés (puisque reliés à une même Source)", que nous iront, progressivement, vers une paix universelle. Et non pas en nous suicidant, non pas en renonçant à notre arbitre, lequel seul fait notre dignité.

Suyin Lamour :  J’hésite à vous répondre car le sujet du libre-arbitre est très délicat et les débats à ce sujet sont généralement stériles… 
Tout dépend à quoi nous nous identifions. Si nous sommes identifiés à un individu, l’idée que nous n’avons pas de libre-arbitre est inacceptable. Si nous sommes identifiés à la Conscience, le libre-arbitre apparaît comme un concept dénué de sens. Oui nous sommes réels, oui nous existons, mais en tant que quoi, en Réalité ? La vague n’est que l’océan sous forme de vague. La forme est-elle ce que vous êtes fondamentalement ? Si la vague disparaît, disparaissez-vous ? La vague a-t-elle le choix du courant qui la porte ? Est-elle autonome, peut-elle décider d’aller où elle le souhaite ?
Oui Dieu, la Conscience, la vie, est au centre de chaque être. Et au plan de la Conscience, tout est intime, tout est aimé, rien n’est nié, mais rien n’est personnel, dans le sens que rien de ce qui est vécu n’appartient à une personne en particulier. Toute expérience est vécue par la Vie, appartient au Tout.Les enseignements non-duels ne disent pas qu’il faut renoncer au libre-arbitre, ils disent qu’il n’y en a pas et qu’il n’y en a jamais eu, et que réaliser cela est la liberté. Ce n’est pas destructeur, mais salvateur. Ce n’est destructeur que si c’est mal interprété, et en effet il y a là un risque. Ce n’est pas l’enseignement en lui-même qu’il faut remettre en question, mais la façon dont il peut être compris et récupéré. Au fond, cela ne peut qu’être vu, réalisé. Au niveau du mental, c’est souvent soit inconcevable, soit inacceptable. C’est à cela que vise l’enseignement non-duel, à cette réalisation, et non pas à créer une nouvelle morale qui permettrait tout et n’importe quoi au nom du non-libre-arbitre. Là, on est à côté de la plaque.

David Dubois : J'ai longtemps pensé comme vous. Je croyais que voir l'illusion du moi était libérateur, que nous voir tous en une conscience impersonnelle unique était suffisant, et que l'action juste en jaillirait comme par enchantement, instant après instant. Je ne le crois plus. J'admets que, dans un contexte intelligent et expérimenté, on peut, poétiquement, s'exprimer ainsi. Mais j'en vois de moins en moins la nécessité et de plus en plus les dangers. Encore une fois, je suis en pleine résonance avec le ressenti dont vous témoignez, mais pas avec sa formulation. Mais comme vous dites, c'est un sujet délicat, qui demande une écoute intense pour ne pas se perdre dans des méandres stériles. J’aborderai donc à nouveau ces questions dans des articles, après quelques bonnes crêpes ! Je vous remercie pour votre effort de clarté et de partage.

Suyin Lamour : Merci à vous David, en ce qui me concerne, le truc c'est qu'une fois que l'illusion du moi a été vue, je ne peux plus revenir en arrière, faire comme si c'était autrement... En effet, cela ne signifie pas pour autant que l'action harmonieuse va toujours jaillir, car les conditionnements sont longs à déconstruire, peut-être même seront-ils toujours là. Mais il est devenu impossible d'entretenir bien longtemps un conflit, avec autrui, avec moi-même ou avec la réalité. ça ne "prend" plus. Et cela est libérateur. Je vous souhaite d'excellentes crêpes et de belles inspirations ! 


Site de Suyin Lamour : La joie d'être
Blog de David Dubois : La vache cosmique

lundi 23 novembre 2015

• La disparition de celui qui essaie de se cramponner - Lisa Cairns


L’homme est devenu identifié à la pensée en croyant posséder le corps, et en croyant être celui qui contrôle. Dans ses pensées incessantes, il rêve qu’il est une entité séparée des autres choses, et qui est capable d’obtenir ces autres choses. La « personne », le « vous », relève du temps et de la pensée.
Mais cette « personne », ce « vous », n’est pas ce que nous sommes. « Ce que vous êtes, sans le “vous“ est le fait de la Vie, le fait d’Être. » Cette conscience, ce fait d’Être est là depuis toujours. Toute chose est cette Vitalité antérieure à « Je suis le corps » et à toutes les pensées.
Cela a été la supercherie de l’homme, de se rêver séparé. C’est de là que tout le malheur et la souffrance proviennent. Il n’y a jamais eu un « vous » dans le corps. Il n’y a qu’une seule énergie qui s’exprime.
Quand l’obsession du choix commence à se relâcher, estompant la sensation contractée d’être un soi-même, il commencera d’être vu que la nature de l’être est absolument libre et non conditionnée.
Qu’est-ce que la libération ? La plupart d’entre nous pensent que c’est du plaisir, et s’imaginent gagnant un paradis dans le futur. Pour Lisa Cairns, c’est la perte de toutes ces idées de qui et de ce que nous pensons être, c’est la fin de celui qui essaye de s’agripper à quelque chose, jusqu’à ce qu’il y ait seulement un mystère absolu. Ce qui est est vacuité et plénitude en même temps.
Ce qui est recherché ici est une absolue non-connaissance, et la vie apparaît sans cet individu qui pense qu’il connaît la vie ou qu’il contrôle la vie.
Ce livre pointe simplement vers le retour « à la maison » au delà de toute expérience. Il pointe vers ce qui a toujours été là. C’est la vraie liberté, non celle basée sur l’espoir ou la perfection dans le courant de la vie. Ceci est à propos de l’amour de simplement Être.

© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Accarias-L'Originel

Nous sommes si habitués à croire les idées de l’intellect. Nous sommes si habitués à écouter les choses intellectuellement et à les comprendre intellectuellement en se disant « c’est ça ». Ce dont je parle n’est pas intellectuel. Il ne s’agit pas de moi cherchant à vous convaincre de quelque chose. Cela peut résonner comme ça.

Ce dont on parle ici ne peut d’aucune manière être mis en mots. On ne peut le transformer en sens.

Il s’agit de parler du mystère de ceci, de ce qui est.

Ce qui est, est si incroyablement mystérieux, ce n’est pas quelque chose que vous pourrez jamais comprendre. Toute la « personne », ou l’esprit, est habitué à examiner, est dans la compréhension intellectuelle, et dans la connaissance intellectuelle de cela. Il semble impossible à l’esprit qu’il ne s’agisse pas pour vous d’obtenir quelque chose, ou de comprendre quelque chose. Toute l’information intellectuellement organisée que vous avez apprise à propos de la spiritualité, tous les livres que vous avez lus, ne sont pas cela. Peut-être pointent-ils cependant vers quelque chose. Peut-être qu’il y a une résonnance au-delà des mots.

Il ne s’agit pas de posséder un bon argument ou une bonne présentation en non-dualité. Il ne s’agit pas de faire sens. C’est si simple et évident qu’il est impossible pour l’intellect de comprendre. Il peut y avoir une résonnance qui est par-delà les mots, un savoir par-delà l’intellect, mais ce n’est pas de la pensée ou une compréhension. Ce n’est pas quelque chose que « vous » pouvez savoir.

Ce qu’est ceci, est totalement déroutant pour l’intellect qui s’emploie à lutter pour s’accrocher à quelque chose, n’importe quoi. Ce vers quoi je pointe ici est la disparition de celui qui essaie de se cramponner.

La « personne », le « vous », relève du temps et de la pensée. Cette « personne », ce « vous », n’est pas qui vous êtes. Le temps apparaît en ceci, mais « vous » n’êtes pas un produit du temps. Ce que vous êtes, sans le « vous », est le fait de la Vie, le fait d’Être. Ce qui est.

Il ne s’agit pas d’un « vous » dans le temps. Il s’agit du Je suis qui est antérieur à ce « vous ». Vous, le vous soumis au temps, le personnage, apparaît au sein de cela. La vitalité de base ne surgit pas à l’occasion du personnage. La vitalité de base est juste ici. C’est l’immobilité et le mouvement. Vous n’avez pas besoin de le comprendre. Il ne s’agit pas de votre compréhension, il ne s’agit pas de votre aptitude à l’obtenir, à le voir, ou à le savoir.
C’est ce qui est.

………

Il y a quelque chose ici, qui était là avant le corps, et qui est là quels que soient les changements du corps - que vous pensiez être une bonne ou une mauvaise personne, de deux ans ou de quatre-vingt dix ans, et même si vous avez une lésion cérébrale et que vos actions et votre apparence ont vraiment changé. La vie peut avoir transformé quelqu’un d’autrefois très sociable en quelqu’un de grincheux, et cependant cette Vitalité de base, originelle, n’a jamais changé. Nous pouvons tous sentir l’écho de ce fait dans l’expérience de ne pas éprouver notre âge. Seul le corps vieillit, pas le fait originel de l’Être. Votre essence ne dépend pas du corps.

Le corps apparaît dans votre essence, et il en va de même pour tout.

Dés que j’utilise le mot « Je », vous pensez peut-être que je vise quelque chose de temporel. Mais ce à quoi je me réfère est quelque chose d’intemporel, d’immobile, et qui n’est aucune chose, mais aussi toute chose à la fois.

Quand l’obsession du choix commencera à se relâcher, estompant la sensation contractée d’être un soi-même, il commencera d’être vu, par personne, que la nature de l’Être est absolument libre et n’est conditionnée par rien du tout, bien que cela soit en même temps toute chose.

Notre essence a toujours été libre, et la souffrance n’a jamais été qu’un rêve – un rêve qui ne se déroulait même pas réellement.

Ce vers quoi ce message pointe est ce qui arrive de fait, pas ce que vous « pensez » qu’il arrive. Je peux vous assurer que les pensées vous ont induit en erreur. L’obsession du choix a été un rêve énorme. Quel bon vieux drame savoureux.

lundi 2 novembre 2015

• Il y a juste ceci ! - Joey Lott


La meilleure chose qui ne soit jamais arrivée

Joe Lott a souffert pendant des dizaines d'années d'anxiété extrême, d'obsessions, de troubles alimentaires ... et de recherche spirituelle. Puis, à deux doigts de la mort, il est tombé sur quelque chose de miraculeux : la liberté qu'il avait longtemps recherchée se trouvait dans les expériences mêmes qu'il avait essayé si désespérément d'éviter.


« Si vous avez de la chance, si vous acceptez les invitations qui vous sont tendues au travers du livre, vous allez commencer à découvrir que la vie peut être beaucoup plus simple que ce que vous aviez imaginé. Il n'y a rien à atteindre ni à réaliser. Il n'y a que ceci, c'est tout. » Tel est le message essentiel de Joey Lott qui nous invite à regarder dans l'expérience directe ici même et à tout accueillir, ce qui est plaisant comme ce qui ne l’est pas. La simplicité d'être est exactement ce qui est.
Donc pour nous découvrir nous-même tel que nous sommes, cessons simplement de rejeter ce que nous sommes, lâchons tous les concepts et toutes les histoires. Accueillons tout. Il n'y a rien de séparé à trouver. Il y a juste le dynamisme sans limites de la vie, vaste et mystérieux.
Ce livre est profond,  mais d'une légèreté qui le rend facile d'accès au lecteur.  En partie constitué de souvenirs, en partie fondé sur l'implacabilité des choses immédiates, il présente le message unique et vivifiant que vous ne pouvez pas être autre que vous-même. Avec l'instruction répétée d'affronter ce qui est déjà présent, y compris ce que vous voulez le plus éviter,  l'auteur vous révèle la découverte radicale de la vraie liberté, qui est à la disposition de chacun d'entre nous en ce moment même.
Il y a simplement ce qui est, qui est la simplicité ultime de l'être.

Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Accarias L'Originel :

La réalité est bien plus étrange que tout ce que j’aurais jamais pu imaginer. J’avais une quantité de fantasmes très élaborés à propos de ce que la réalité pouvait être. Ce qui ne m’était jamais véritablement apparu, c’est que ceci est déjà la réalité.
Ceci. Comprenant tout ce qui arrive, quoi que ce puisse être. Comprenant les apparentes résistances. Comprenant les apparentes colères, frustration et tristesse, et tout le reste de ce que j’avais présumé ne pas devoir faire partie de la réalité.
Les imaginations à propos de la réalité sont habituellement très arbitraires. Elles comprennent ce que nous pensons vouloir, mais elles excluent ce que nous pensons ne pas vouloir. Nous voulons orgasmes, argent, amour et santé. Mais nous ne voulons pas de la fureur, de l’anxiété, de la haine et de la mort.
Et pour moi, finalement, la tension d’essayer de maintenir cette croyance en un moi imaginé, en une réalité fantasmée, un temps imaginaire et un bien et un mal imaginaires, est devenue totalement insupportable. Je me suis effondré, trop abattu, épuisé et malade pour continuer à l’entretenir.
De mon expérience, quand tout ce qui n’est pas la vérité de ce qui est s’effondre ou ne peut plus être maintenue ni crue, survient alors la possibilité de découvrir la réalité telle qu’elle est. Qui est tellement plus merveilleuse – et terrible – que je n’aurais pu l’imaginer. Dans mon expérience, la réalité est la découverte que ce que je suis est la capacité sans borne à tout accueillir. En fait, il n’est même pas une
limite trouvable entre moi et tout.
Il y a juste ceci.
Pourquoi nous souffrons est un grand mystère. Mais comment nous souffrons n’est pas si difficile à comprendre.
Lors de la découverte de la simplicité ultime d’être, absolument rien ne change. Plutôt, il devient simplement clair qu’il n’est aucune possibilité de trouver quoi que ce soit de séparé. Il n’y a pas de passé, pas de futur. Il n’y a pas même un maintenant. Il y a juste ceci !
Ainsi le comment de la souffrance réside dans les présomptions non examinées et dans la résistance (ou la résistance à la résistance !) à ce qui est – ce qui, en passant, est insensé. Car, finalement, il devient clair qu’il n’y a rien qui soit séparé de ce qui est. Il n’est pas de moi séparé de ce qui est. Il y a juste ceci. Donc résister ou rejeter ceci est totalement futile et horriblement douloureux.
En chemin, nous tendons à amasser beaucoup d’idées sur la vie. Nous développons tous ces imaginations à propos de comment sera la réalité – comme si la réalité était un quelconque objet à trouver dans le futur.
Du moins, telle était mon expérience.
Dans ce livre, mon espoir est de contribuer à éliminer certaines de ces imaginations. Et au fur et à mesure de votre lecture, j’espère que vous accepterez l’invitation à entamer une remise en question de toutes vos imaginations et présomptions à propos de ce que va être la réalité et à commencer à accueillir tout ce qui arrive, quoi que ce puisse être, dans cette découverte sans fin de ce qui déjà est ici.
Ce que vous allez probablement découvrir, c’est que ce livre a peu de chance de satisfaire vos attentes. Ce n’est ni un livre de développement personnel, ni un livre spirituel. Ce n’est pas un guide menant vers des niveaux supérieurs ou des envolées cosmologiques. Ce n’est pas un processus en quatre étapes pour atteindre l’illumination. Ici vous ne trouverez pas une image à l’eau de rose de ce à quoi votre vie ressemblera après que vous vous êtes éveillé. Car, de mon point de vue, tout cela n’est qu’autant d’imaginations supplémentaires.
Donc, si vous avez de la chance, si vous acceptez les invitations qui vous sont tendues dans ce livre, vous vous retrouverez, je l’espère, avec moins, non avec plus. Vous allez commencer à découvrir que la vie peut être tellement plus simple que vous ne l’aviez imaginé car, finalement, il peut devenir évident que ceci est tout ce qui est. Il n’est nulle part ailleurs où aller. Il n’est rien à atteindre ou à accomplir. Il n’est jamais que simplement ceci.
Ceci n’est pas une chose. Ce n’est pas un état spécial.
C’est simplement ceci. Précisément ce que vous avez rejeté, nié, et cru ne pas être assez, ou pas assez bien. Ceci. En ce moment même. Exactement ceci.
Et je ne crois pas que vous ayez besoin de quoi que ce soit de spécial pour découvrir ceci. Je crois que ceci nous est disponible à tous lorsque nous cessons de chercher quelque chose d’autre, quelque chose de spécial, quelque chose d’exclusif. La réalité n’est pas quelque chose d’autre.
Elle n’est pas quelque chose de spécial. Et elle totalement inclusive.
En fait, elle inclut ceci. Ceci, exactement tel que c’est.