mercredi 22 février 2023

• Ce Soi est tout ce qui est - Krishna Menon


Krishna Menon (Srî Âtmânanda) est reconnu comme faisant partie des « Trois Grands » enseignants authentiques de l’Advaïta Vedanta avec Râmana Mahârshi et Nisargadatta Mahârâj. Cet ouvrage est le premier de l’auteur à paraître en français.

Son enseignement est celui de la Voie directe, lequel prend sa source dans la non-dualité, dans l’Absolu, la pure Conscience. Un Absolu qu’il définit comme « Principe-Je ». Il utilise aussi les mots de Joie et de Conscience pour parler de l’Ultime.

Srî Âtmânanda soutenait catégoriquement que l’erreur fondamentale de l’homme était sa mauvaise identification avec le corps, les sens et l’esprit.

« Je » est pour lui le maître-mot qui résume son enseignement. C’est là le but de chacun et de chaque effort, centré sur le Sujet, à « Cela qui connaît ». Cette Vérité, il la nomme aussi Expérience, anubhâva, ou encore Sensation, rasa. Ces trois noms sont le Principe – « Je » : la vraie Nature de chacun et de chacune.

Son approche face à chaque problème était directe et logique, en utilisant uniquement une discrimination profonde et la raison supérieure.

Le champ de recherche est la totalité de l’expérience humaine, composée des trois états : veille, sommeil, rêve et de la conscience encore au-delà.

Srî Âtmânanda ne considère pas l’ego comme un ennemi, mais comme une aide pour la réalisation de la Vérité. Il donne à ses disciples toutes les clés qui leur permettront d’ouvrir les portes et d’y accéder. Aussi son enseignement est-il des plus précieux.

Srî Krishna Menon (1883-1959) naquit dans une famille de brahmanes védiques. En 1919, il rencontre Swâmî Yogânanda. Il dit de cette rencontre « qu’elle paralysa mon ego ! ». Il entreprend alors une rigoureuse pratique, suivant la voie de la connaissance. Krishna Menon réalise l’éveil en 1923, et prend le nom monastique de Srî Âtmânanda, « Béatitude dans le Soi ».

© Extraits choisis et publiés avec l'aimable accord des éditions Accarias-L'Originel :

ABSOLU ET RELATIF

4. (220) Qu’entend-on par existence relative ?

Toutes les questions relatives à l’Absolu ne peuvent être expliquées que par les illustrations du monde, où les deux parties sont objectives. L’exemple du pot et de la terre est repris ici à titre d’illustration, pour répondre à cette question.

Le pot n’a pas d’existence indépendante de la terre dont il est fait, ou en d’autres termes, l’existence du pot est dérivée de la terre, qui a une existence relativement plus permanente. De même, les objets n’ont pas d’existence indépendante du soi ou du Principe « Je ». C’est-à-dire que l’existence du monde n’est que relative au sujet « je ».

Ici, le « je » n’est pas grossier comme dans l’illustration de la terre. Pourtant, le « je » est bien mieux connu que tout ce qui est objectif ou grossier. L’existence de ce « je », bien qu’elle ne soit pas apparente aux sens, est acceptée par toutes les personnes de la même manière.

Tout le reste n’a d’existence que par rapport à ce « je ». Les choses dépendent de preuves diverses pour établir leur existence. Mais le « je » seul n’a pas besoin d’une telle preuve. C’est évident (svayam-prakâsha) – lumineux en soi.

5. (248) Comment penser à l’Absolu ?

À proprement parler, il est impossible de le faire. On demande souvent aux aspirants spirituels de penser à l’Absolu. Celui-ci est clairement au-delà de toute pensée, aussi est-il impossible d’y penser directement. Il n’y a pas non plus besoin de cette sorte de pensée, parce que vous êtes toujours Cela. Pour penser à l’Absolu de quelque manière que ce soit, il faut l’objectiver.

Vous n’avez qu’à seulement vous désengager de tout ce qui n’est pas le Soi. Lorsque cela est fait, votre vraie nature brillera toute seule, dans sa propre gloire. C’est l‘Âtmâ [le vrai soi], lequel est autolumineux.

Par conséquent, ce que le chercheur spirituel [sâdhaka] doit réellement faire est simplement cela. Sous le couvert de penser à l’Âtmâ, pensez à tout ce qui est le non-Soi – tout ce qui constitue l’esprit, les sens et le corps – et éliminez-les de vous-même. Lorsqu’il est laissé seul, alors vous vous tenez en tant que Soi.

Ce qui est inerte ne peut jamais penser au principe lumineux du « je ». Donc vous ne devriez jamais essayer de parler ou de penser à ce « je ». Mais s’il se trouve que vous pensiez à lui, alors éliminez simplement la part pensante seule, qui est inerte, et demeurez tel que vous êtes.

L’exposition de Srî Vidyâranya sur cette Vérité ne vous emmène qu’au bout de la position de témoin, et vous laisse toujours en tant que témoin. Mais vous devriez aller même au-delà de cette position, jusqu’à l’ultime Réalité elle-même – prouvant qu’il n’y a rien d’autre à voir et que seul vous êtes : l’Absolu.


ADVAITA


16. (1166) Qu’est-ce que l’Advaïta (non-dualité) ?

L’Âtmâ, la Vérité ultime établie par l’Advaïta, est la seule chose qui est. Tout le reste n’est qu’une apparence posée sur elle.

La Vérité est imperceptible, et l’homme ordinaire ne connaît que ses perceptions. L’Advaïta est une méthode pour conduire l’homme ignorant de la perception de l’objet à la Vérité ultime. L’Advaïta fait référence à la dualité (ou deux). Ce « deux » est très souvent mal compris comme étant le nombre deux. Mais ce « deux » représente le deux de base, à savoir, le sujet et l’objet, ou le voyant et le vu – le père du multiple.

Votre reconnaissance de ces deux principes de base est d’ailleurs appelée « l’erreur de base ». L’élimination de cette « erreur » et le rétablissement de la Vérité ultime est le but de l’Advaïta (non-dualité).


Onnâyaninneyiha rantennu kantalavil

Untâyorintal bata mintâvatalla mamma

Pantêkkakkevaruvân nin kripâvalikam

Untâkayenkal iha nârâyanâya namah.


Quand ce qui a toujours été un

est considéré comme deux, il me vient

une frustration et un regret tristes,

dont on ne peut pas parler à juste titre.

Pour réaliser la véritable nature,

Seigneur, que Ton infinie bonté

veuille se déverser sur moi qui t’adore.

Eruttacchan, Harinâma-kîrtanam, 2

[Ce texte nous semble être du malayâlî]



19. (560) Les principaux aphorismes advaïtins

Les principaux aphorismes advaïtins, selon la voie traditionnelle, sont au nombre de quatre. Ils sont :

1. « Aham âtmâ brahma » [« Ce Soi est tout ce qui est »], lequel est une affirmation de la Vérité ultime.

2. « Tat tvam asi » [« Tu es Cela »], c’est l’instruction donnée par le guru au disciple, concernant l’identité du jîva [personne] et du monde.

3. « Aham brahmâ’smi » [« Je suis Brahman »]. C’est la forme sous laquelle le disciple contemple l’essence de l’instruction donnée par le deuxième aphorisme. En contemplant cet aphorisme pendant une période considérable, le disciple transcende la petitesse du jîva et établit son identité avec le Brahman tout-pénétrant, qui est l’arrière-plan de l’univers. Cette conception du Brahman se distingue par sa globalité ou sa grandeur. C’est autant une limitation que la petitesse du jîva, et celle-ci doit être transcendée pour atteindre l’Ultime. À cet effet, un autre aphorisme est donné.

4. « Prajnânam brahman » [« la Conscience est Brahman » ou « la Conscience est tout ce qui est »] Avec l’aide de ce dernier aphorisme, le disciple transcende aussi le sens de la grandeur et atteint la pure Conscience : l’Ultime.

« Je suis conscient de quelque chose », et « Je suis la Conscience » sont deux déclarations significatives.

La première déclaration est mentale, instable et personnelle. Mais elle rend le service inestimable de vous faire comprendre la nature de la Conscience.

La deuxième déclaration est impersonnelle. Là, la Conscience se tient dans sa propre évidence, comme le seul principe autolumineux.

Ayant compris la nature de la Conscience dès la première affirmation, il est possible d’attirer l’attention sur la nature impersonnelle de la Conscience, et ainsi de s’établir en elle.


ARRIÈRE PLAN


30. (291) Qu’est-ce qui se manifeste ?

Chaque perception, qualité ou attribut veut un arrière-plan permanent pour son existence. Ce fond est la Réalité elle-même. Pour désigner la Réalité, nous lui donnons un nom. Mais cet arrière-plan demeure comme ce qui transcende les sens et l’esprit.

Il ne peut pas être appelé « inconnu ». Je dis qu’il est encore plus que connu, non pas par les sens ou l’esprit, mais par la Conscience ou le principe du « Je ». Ainsi l’arrière-plan de toute chose est l’unique Réalité elle-même.

Quand vous dites que l’inconnu existe, cela signifie que vous l’avez connu.

Lorsque l’esprit dit que quelque chose le transcende, il transcende lui-même son royaume et, se tenant en tant que pure Conscience, connaît ce « quelque chose » comme le Réel.


LA CONSCIENCE


46. (1164) Quelle est la preuve de la Conscience ?

Cette question même en est la preuve. Cette question est éclairée par la Conscience.

La lumière extérieure (éclairant les objets extérieurs) et la lumière intérieure de la Conscience ont quelque chose en commun dans leurs caractéristiques. Les deux sont imperceptibles pour l’organe des sens ou l’esprit. L’existence de la lumière extérieure est affirmée par le fait que les objets se manifestent en sa présence. De même, la lumière de la Conscience est prouvée par le fait que les objets sont éclairés (ou connus) en sa présence.


LA MORT


53. (1427) La mort – quelle est sa signification ?

La mort est un terme impropre. La mort doit être examinée du point de vue de la vie. La vie, en tant que telle, ne connaît pas la mort. Par conséquent, du point de vue de la vie, la mort est un terme impropre.

Pour savoir qu’il n’y a pas de mort, il suffit de se référer à ce qu’on appelle l’état de rêve, dans lequel vous voyez votre propre mort ou celle d’un proche. Mais au réveil, vous savez que les personnes rêvées et leur mort étaient toutes deux des illusions. C’est de la même manière qu’il faut considérer la mort à l’état de veille.

1 janvier 1953

54. (793) Comment puis-je être immortel ?

La mort a lieu dans le temps. Le temps est composé du passé, du présent et du futur. Ceux-ci n’affectent en aucune manière le principe du « Je ». Par conséquent, d’un certain point de vue, on peut dire qu’il s’agit d’un éternel présent pour le principe du « moi ».

À proprement parler, même cela est faux. Parce que le temps n’existe qu’en relation avec le « je » apparent. Les activités du « je » apparent peuvent être divisées en cinq sortes : actions, perceptions, pensées, sentiments et connaissance. Laquelle de ces cinq fonctions préférez-vous être ?

Si vous choisissez l’une des quatre premières, vous mourrez automatiquement après chaque fonction. Mais l’expérience est que vous ne mourrez pas ainsi. Par conséquent, vous devez être le dernier – le connaisseur – qui seul demeure à travers toutes les activités et ne meurt jamais.

Vous connaissez même la mort. Par conséquent, vous la transcendez également.


LE PRINCIPE "JE"


78. (1128) Qui suis-je ?

Suis-je le corps, les sens ou l’esprit ? Non. Si je prétends être quelque chose, cela doit être avec moi partout où je vais. Faire, percevoir, penser et ressentir ne m’accompagnent pas partout où je vais.

La « Connaissance » seulement est toujours avec moi. Je suis donc la connaissance ou la Conscience. Je le suis toujours et je suis libre. Je ne peux qu’être cela, qui demeure dans sa totalité, lorsque l’objet ou la partie active est séparé du percepteur, de la perception ou de l’image mentale.


IDENTIFICATION


83. (284) Pourquoi la conscience pense-t-elle
qu’elle est autre chose qu’elle-même ?

La Conscience et tout autre chose que la Conscience existent sur deux plans différents. Lorsque nous regardons depuis le plan de la Conscience, nous trouvons qu’il n’y a rien d’autre que la Conscience, et là la question ne peut pas
se poser.

Quand on regarde du côté de l’esprit et que l’on admet l’existence à la fois du monde et de la Conscience, il a été prouvé aussi que la Conscience ne peut être là qu’en tant que témoin. Le témoin ne témoigne que de perceptions et non d’objets. Il a été prouvé aussi que la perception n’est autre que la Conscience elle-même. Pour cette raison aussi, le monde n’est qu’une illusion et la question ne peut se poser.

La question ne peut pas se poser dans la Conscience, puisque le monde n’est pas là. Ni dans le plan de l’esprit, puisque vous pouvez amener la Conscience au niveau de l’esprit et l’intégrer au monde apparent.


LIBÉRATION


104. (234) Quand suis-je libre ?

Quand la pensée que vous êtes « Cela » est la chair de votre chair, le sang de votre sang, et quand cette pensée coule dans vos veines tout naturellement et sans effort, vous pouvez dire que vous êtes libre.


jeudi 16 février 2023

• La vision du réel est sans yeux - Ma Ananda Moyi


 Quand, de façon spontanée, le voile est retiré, alors la vision de la Réalité se propose. Elle ne peut surgir au nom d'aucune activité extérieure. Dans la vision réelle, il n'y a pas celui qui voit et ce qui est vu. La vision du réel est sans yeux.


vendredi 10 février 2023

• Il y a la Conscience heureuse, mais personne qui est heureux - Nisargadatta Maharaj


Q: S'il vous plaît, parlez-nous encore.

Nisargadatta :
Parler n'est pas une distraction pour moi.
Parfois, je parle, d'autres fois, non.
Que je parle ou non fait partie d'une situation
donnée et cela ne dépend pas de moi.
Quand la situation veut que je parle,
je m'entends parler.
Dans d'autres situations,
je peux ne pas m'entendre parler.
Pour moi, cela revient au même.
Que je parle ou non, la lumière et l'amour
de l'être que je suis n'en sont pas touchés,
pas plus qu'ils ne sont sous mon contrôle.
Ils sont, et je sais qu'ils sont.
Il y a la Conscience heureuse,
mais personne qui est heureux.
Bien sûr, il y a un sentiment d'identité,
mais c'est l'identité d'une mémoire,
comme l'identité d'une suite d'images
sur l'écran à jamais présent.
Sans la lumière et l'écran, il ne peut
pas y avoir de film.
Connaître le film comme le jeu de la lumière
sur l'écran vous libère de l'idée que le film
est réel.

mardi 31 janvier 2023

lundi 30 janvier 2023


Que faire, ô musulmans ? Car je ne me reconnais pas moi-même.

Je ne suis ni chrétien, ni juif, ni guèbre, ni musulman ;

Je ne suis ni d’Orient, ni d’Occident, ni de la terre, ni de la mer ;

Je ne proviens pas de la nature, ni des cieux en leur révolution.

Je ne suis pas de terre, ni d’eau, ni d’air, ni de feu ;

Je ne suis pas de l’empyrée, ni de la poussière ; pas de l’existence ni de l’être ;

Je ne suis ni d’Inde, ni de Chine, ni de la Bulghar, ni de Saqsin,

Je ne suis pas du royaume d’Iraq, ni du pays de Khorassan.

Je ne suis pas de ce monde, ni de l’autre, ni du paradis ni de l’enfer,

Je ne suis ni d’Adam, ni d’Ève, ni de l’éden ni de rizwan.

Ma place est d’être sans place, ma trace d’être sans trace ;

Ce n’est ni le corps ni l’âme, car j’appartiens à l’âme du Bien-Aimé.

J’ai renoncé à la dualité, j’ai vu que les deux mondes sont un :

Un seul je cherche, Un Seul je sais, Un seul je vois, Un seul j’appelle.

Il est le Premier, Il est le Dernier, Il est le Manifeste, Il est le Caché ;

Je ne connais nul autre que « ô Lui » – ya hu – et « ô Lui qui est ! » – ya man hu.

Je suis enivré de la coupe de l’amour, je n’ai que faire des deux mondes ;

Je n’ai d’autre fin que l’ivresse et l’extase.

Si j’ai passé un seul instant de ma vie sans toi,

de ce moment et de cette heure, je me repens.

Si j’obtiens en ce monde un seul moment avec toi,

je foulerai aux pieds les deux mondes, je danserai en triomphe à jamais.

Ô Shams de Tabriz ! Je suis si enivré en ce monde

que je ne sais rien d’autre qu’ivresse et transports.


Tiré du Dîvân-E Shams-E Tabrîzî

Traduction d'Eva de Vitray-Meyerovitch


mardi 24 janvier 2023

• Elle est éternelle et infinie, source de joie, sans attributs - Ramana Maharshi


Le « rien » mène au « tout » est l'expérience universelle à laquelle nous invite ici Râmana Mahârshi.
Tout l'enseignement de la non-dualité et de la voie de la négation d'Orient comme d'Occident passe par l'« expérience de tranquillisation » qui est le cour de cet ouvrage. Le Sage nous invite ici à plonger à la Source et à demeurer dans notre être véritable, qui est le Cour, et donc à considérer très attentivement les fondements et principes mêmes de la non-dualité, du « non deux », du « pas ceci, pas cela ».
Si le fil conducteur de « JE SUIS CELUI QUI EST » est la question « Qui suis-je ? » (ko 'ham), il est aussi l'autre injonction du Sage : « Restez tranquille » et d'ajouter : « Sachez qu'il n'y a rien à obtenir que nous n'ayons déjà ».
Dans leur ensemble, dit Râmana, les pratiques n'ont pour but que de pacifier le mental et les pensées, d'éroder les désirs. Être tranquille, c'est demeurer dans notre nature éternelle et naturelle. Aussi n'y a-t-il rien à gagner qui ne soit déjà là, mais à demeurer dans cet état parfait de conscience lucide et de vigilance, d'ouverture et de vacuité qui est en fait Plénitude absolue.
Seule l'enquête sur la nature du Soi en posant la question « Qui suis-je ? » conduira à mukti, la libération de la servitude.

© Extrait publié avec l'aimable, immuable et non-dual accord (!) des Éditions Accarias-l'Originel (merci à Jean-Louis):

« Qui suis-je ? » Texte-C, nouvelle version

(Entre janvier 1920 et février 1924)

Seule l’enquête sur la nature du Soi en posant sans cesse la question « Qui suis-je ? » conduira à mukti, la libération de la servitude.

1. S. Pillai : Qui suis-je ? Râmana :

(1) Je ne suis pas le corps physique composé des sept substances : chair, sang, os, graisse, cerveau, sperme et peau.

(2) Je ne suis aucun des cinq organes sensoriels à travers les- quels les sensations des sons, des touchers, des formes, des odeurs et des goûts sont perçues.

(3) Je ne suis pas l’un des cinq organes d’activité par lesquels les actes de parole, de marche, de geste, d’excrétion des selles et d’accouplement sont accomplis.

(4) Je ne suis pas le prâna qui sous cinq noms différents remplit cinq fonctions différentes : respiration, circulation sanguine, déglutition, digestion et maintien du corps.

(5) Je ne suis pas le mental pensant

(6) Je ne suis pas l’état d’ignorance où les phénomènes et les actions existent, qui retient les tendances subtiles [vâsanâs, samskâras] dans l’inconscient.

2. Si je ne suis aucune des choses décrites ici, alors qui suis-je ? Je suis la Conscience, qui, après avoir nié ou éliminé [neti neti, « pas ceci »] tout ce qui n’est pas le Soi, demeure en tant que pure Conscience. 

3. Quelle est la nature de cette Conscience ?
Elle est éternelle et infinie, source de joie, sans attributs.
La Conscience n’est pas différente de la félicité et la félicité n’est pas différente de la Conscience.

C’est l’état dans lequel la pensée ou le « je » n’apparait pas. Cet état est aussi appelé mauna, silence.
Le Soi seul existe. Rien d’autre n’a de véritable existence. L’univers [jagat], l’ego [jîva] et Dieu [Îshvara] sont illusoires, tout comme l’argent qui apparaît dans la nacre est une illusion. Par conséquent, Dieu [personnel], « je » et les autres jîvas sont tous des formes du Soi [âtma-svarûpa]

Toutes les formes sont celles de Shiva [Shiva-svarûpa].

4. Quand âtma-svarûpa [le Soi] sera-t-il réalisé ?
Quand l’univers phénoménal disparaîtra de notre percepion, âtma-svarûpa sera réalisé.

5. Le Soi ne peut-Il être réalisé même dans l’univers phénoménal ?

Il ne peut l’être. Le réel et l’irréel sont comme la réalité de la corde et l’illusion du serpent ; y aura-t-il une perception réelle de la corde, tant que durera celle illusoire du serpent ?

6. Quand l’univers illusoire disparaîtra-t-il ?
Le monde illusoire disparaît quand le mental – la cause de toutes les pensées – est contrôlé et rendu silencieux.

7. Quelle est la nature du mental?
Le mental n’est rien d’autre que pensées. De toutes les pensées qui sont manifestées par le mental, la pensée du « je » est la première. Seulement après que celle-ci s’élève, les autres pensées s’élèvent aussi.

Sans la première personne [« je »], il ne peut y avoir la seconde [« tu »] ou la troisième [« il »]. Le mental est donc ce qui apparaît en tant que « je ». 

Tout comme une araignée tisse un fil et le résorbe ensuite dans son propre corps, de même le mental projette le monde et le résorbe ensuite en lui-même.

Le mental est puissant. En tant que phénomènes illusoires il se manifeste dans l’univers. Quand il se fond dans le Soi [âtma-svarûpa], l’être véritable [svarûpa] apparaît. Par conséquent, quand l’univers apparaît, le Soi reste caché.

Le mental est toujours attaché au corps physique. On ne le trouve jamais seul. Il est aussi appelé corps subtil [sûkshma-sharîra].

8. Comment le mental peut-il être contrôlé et gardé silencieux ? Le mental ne peut être contrôlé avec succès qu’avec l’investi- gation de « Qui suis-je ? » Celle-ci détruira toutes les autres pensées et ensuite le mental sera consumé [manonâsha] de lui-même – comme le bâton qui allume le bûcher funéraire. Alors âtma-svarûpa resplendira, la respiration s’arrêtera [deviendra imperceptible] également. La pensée du « je » [ahamkâra] et la respiration sont issues de la même source.

Tout ce qui est accompli doit l’être sans la pensée du « je ».

Même sa propre épouse sera vue comme la Mère (déesse) de l’Univers. En vérité, est le plus grand dévot (bhakta) celui qui abandonne son ego dans l’âtma-svarûpa, qui est Dieu.

Lors de la recherche du Soi, si une pensée ou un désir s’élèvent, il ne faut pas essayer de les repousser ou de les nier, mais de se poser la question essentielle : « À qui se présente cette pensée ou ce désir ? » Si cette question est posée, le mental retournera à la Source qu’est le Cœur. La pensée qui a interrompu l’investigation disparaîtra elle aussi.

Plus le mental est ramené ainsi à sa Source, plus il sera pacifié et plus il s’effacera devant la réalité du Soi. Il est aussi connu sous le nom de « Cœur » [hridaya]. Celui-ci n’est pas cette masse de chair et de sang que l’on désigne habituellement comme tel.

Si, par la pratique de l’investigation, le mental demeure fermement dans le Cœur, toute l’agitation des pensées disparaîtra et de même la pensée égotique « je ». L’ego disparu, alors seul resplendit le Soi.

La première pensée que projette le mental est la pensée « je ». Pourquoi se fixe-t-elle ainsi ? Bien que le corps tout entier soit généralement identifié avec le Soi, on le désigne par « je ». Lors d’une profonde contemplation intérieure, l’on découvrira qu’il se trouve dans la poitrine. C’est là que sont ressenties les émotions, telles qu’orgueil, colère, peur, désir, etc. La pensée première se fixe là en tant que « je ». C’est cette pensée qui doit disparaître totalement.

Lorsque le mental apparaît à travers le cerveau et les sens, des phénomènes tels que les noms et les formes apparaissent. Quand le mental est stable dans le Cœur, ces phénomènes n’apparaissent pas. Stabiliser le mental dans le Cœur est appelé antar-mukha, tourné vers l’intérieur [mental extroverti].

9. N’y a-t-il pas d’autres méthodes pour pacifier le mental?
Il n’existe pas d’autre méthode appropriée que celle de l’investigation, de la recherche du Soi. Si le mental est contrôlé par d’autres méthodes, il ne restera silencieux que pendant une courte période, puis il reprendra son activité. Mais tant que le souffle vital (prâna) est contrôlé, le mental l’est aussi. Quand il ne l’est plus, le mental est de nouveau agité. Mais le seul contrôle du souffle (prânâyâma) ne suffit pas à contrôler entièrement le mental ni à le dissoudre dans le Soi. Le prânâyâma aidera celui qui s’est engagé dans la recherche du Soi. De même, la méditation avec forme [saguna] et la récitation d’un mantra [japa-mantra, râm-nâm, Nom divin] aideront celui qui s’est engagé dans cette recherche.

Le mental a le pouvoir de se concentrer sur un seul objet en méditant sur une seule forme ou sur un seul nom. Il est en mouvement constant comme la trompe d’un éléphant qui ne s’apaise qu’avec une chaîne.

De même, si le mental est entraîné à méditer sur une forme ou sur un nom unique, il s’y attache et abandonne toutes les autres pensées. Mais puisqu’il se manifeste comme d’innombrables pensées, sa concentration est faible. Quand l’investigation devient facile pour lui, il lui est alors plus facile de se concentrer sur un seul objet.

Un régime alimentaire et une nourriture pure, sattvique, aideront aussi à pacifier le mental. De toutes les règles établies par les mumukshus (personnes voulant se libérer), celles concernant l’alimentation est la meilleure. Le sens de l’ego disparaîtra (ahamkâra) si un mumukshu mendie sa nourriture  (note MP 1996 n°8). 

10. D’innombrables pensées sont produites par les vâsanâs, les traces contenues dans le mental, comme des vagues dans l’océan. Quand ces traces disparaîtront-elles ?

Comme la méditation gagne en intensité, les pensées en perdent de plus en plus et disparaissent.

11. Est-il possible de détruire toutes les traces de pensées enracinées dans le mental depuis des temps immémoriaux, et de réaliser le Soi?

Le mental doit être fixé si fermement dans la méditation de l’âtma-svarûpa qu’il ne lui sera même pas possible d’entretenir une pensée de doute. Toutefois, si un doute apparaît, il ne faut pas essayer de le dissiper, il faut d’emblée se demander à « qui » s’adresse ce doute et par cette introspection, cette pensée disparaîtra alors. Par l’introspection, le mental se fondra dans le Soi.

Même celui qui est un grand pécheur ne doit pas s’affliger en cherchant à savoir s’il atteindra ou non la libération. La pensée même d’être un pécheur doit être abandonnée et l’on se concentrera sur Âtma-svarûpa ; le Soi sera ainsi réalisé.

12. Combien de temps cette enquête devrait-elle durer ?
Cette enquête est nécessaire tant qu’il y a des traces de pensées dans le mental. Tant qu’il y aura des ennemis dans la forteresse, ils feront des sorties. Si, en sortant, ils sont tous tués, la forteresse sera prise. De même, lorsque les pensées surgissent, elles devraient toutes être détruites par l’investigation intelligente mentionnée ci-dessus. La ferme résolution (vairâgya) consiste en la dissolution de toutes les pensées sans exception, au moment même où elles s’élèvent, à l’endroit même de leur origine.

L’enquête ne doit pas cesser tant que le Soi n’est pas réalisé. Ne pas arrêter jusqu’à ce que le but soit atteint. Tout comme les pêcheurs de perles plongent profondément dans la mer avec des poids attachés à leurs corps et sortent les perles, de même celui qui plonge profondément et sans crainte dans son propre Soi avec une ferme résolution, obtiendra les perles de la félicité qu’est le Soi.

Même si une personne a nombre de choses à accomplir, elle peut et doit consacrer tout son temps à l’introspection et à la méditation. Chérir sans cesse la pensée du Soi est ce qui lui incombe. Si cela est oublié, il lui faut y revenir quand cette « Présence » lui revient en mémoire. 

lundi 23 janvier 2023

• Plus libre que l'air - Jean-Jacques Prade

 Incontournable. Indéniable. Inaltérable. Inévitable.

Hors de toute notion de religion, de psychologie ou de philosophie.

Plus précieuse que l'argent, les honneurs et toutes les connaissances.


Plus libre que l'air et aussi pure que la lumière.


Indispensable pour goûter la Beauté et vivifier l'Amour, pour libérer

la souffrance et ouvrir les portes sur l'ultime Réalité du monde.


Toujours disponible et toujours nouvelle.


Ne demandant et n'imposant rien.


Absolument libre de toute attache et de toute projection.


Aussi fraîche que le premier matin du monde

et aussi pure que le sourire du Silence.


Puissante et délicate à la fois, toujours et partout.


Habitant dans le temps et l'espace et

pourtant hors de l'espace et du temps :


La conscience.


mardi 17 janvier 2023

• En ces temps... - Nicole Montineri

Chemins de retour vers Soi. Textes de réflexion, de méditation, d'intériorisation.

EN CES TEMPS...


Les temps agités que nous traversons angoissent beaucoup de personnes qui voient s'écrouler leurs repères rassurants et leurs certitudes. Nous n'avons pas d'autre choix que d'aller chercher au fond de nous-même nos potentialités oubliées, nos capacités de créativité, le sens de notre vie sur la Terre, notre réalité véritable.

Nous vivons une mutation, à tous les niveaux de notre être. Les consciences se réveillent et se préparent. Elles étaient tombées en sommeil, s'étaient densifiées. Comme la Terre qui, elle aussi, réactive une vie qui fut coupée de la Source, enfermée, comprimée, fossilisée...

Les vibrations ressenties dans notre intériorité sont puissantes. Il y a de plus en plus d'expansions de conscience qui se vivent. Mais si le mental ne lâche pas, s'il continue à alimenter ce monde artificiel fait de mensonges, de croyances, d'interprétations, de constructions conceptuelles, le réveil de la conscience ne peut se réaliser. Et en ces temps de bouleversements, de chaos, ce mode d'existence peut conduire à la folie beaucoup d'êtres qui fonctionnent uniquement au niveau de leur mental, croyant qu'ils vivent réellement le film projeté...

Toute vie, toute manifestation de la réalité ne peut être portée que par la conscience, le coeur sublime, sans limite.

* Je viens de m'installer en Dordogne, prés d'Excideuil. Ma porte est ouverte si vous passez par là et souhaitez me rencontrer.

Tiré du BLOG de Nicole

jeudi 12 janvier 2023

• La nouvelle beuh !

 

• L'homme libre est celui qui sait qu'il n'a pas de libre arbitre - Spinoza

 

L'homme s'imagine qu'il est l'auteur de ses actes. C'est une erreur. C'est la Puissance supérieure qui fait toute chose ; l'homme n'est qu'un instrument. S'il accepte cette position, il se libère de tous ses troubles ; sinon, il les favorise.
Ramana Maharshi
Sur cette notion délicate du libre arbitre, voir aussi ce lien : 

Libre arbitre et perspective non-duelle

dimanche 1 janvier 2023

• Nous sommes le Cosmos qui rêve de lui-même...

Étrange coïncidence… Je me suis laissé embarquer par la mini série "Sermon de minuit" (Midnight Mass) sur Netflix. Pas vraiment mon genre (quoi que !), et je ne m’attendais pas à ça : les vampires et autres loups-garous, ce n’est pas vraiment mon style.

Mais cette série a quelque chose d’intriguant, de non habituel. Bref, je me suis laissé prendre par l’atmosphère et le jeu des acteurs. C'est alors que, tout à la fin, nous attend un beau cadeau : "Qu’est-ce qu’il se passe quand on meurt ?"

Et c'est là qu'on a droit à un bel enseignement non-duel en règle ! C’est savoureux !


samedi 31 décembre 2022

vendredi 9 décembre 2022

• C'est très simple, mais cela doit être fait - Nisargadatta Maharaj

 

Vous pouvez observer l'observation mais pas l'observateur.

Vous vous savez être l'ultime observateur par une intuition directe

et non par un raisonnement logique fondé sur l'observation.

Tout ce qui arrive pointe, comme l'aiguille aimantée vers le nord, sur votre existence en tant que centre de perception.

Négligez l'aiguille et prenez conscience de ce vers quoi elle pointe.

C'est très simple, mais cela doit être fait.

C'est la persistance avec laquelle

vous maintenez le retour vers vous qui est importante.


Nisargadatta Maharaj

mardi 6 décembre 2022

Merci Jean pour toutes ces perles diffusées sur ta page FB.