lundi 9 février 2009

• Même cet état avait disparu - U. G. Krishnamurti

U. G. Krishnamurti

Comme un feu qui couve, je portais en moi cette question toujours renouvelée : « Quel est cet état ? Je le veux. C’est fini, pourtant Krishnamurti m’a dit : « Vous n’avez aucun moyen de le savoir…». Malgré tout je veux absolument savoir quel est cet état, celui dans lequel vivait Bouddha, Sankara et bien d’autres instructeurs. »

Puis en juillet 1967, j’ai traversé une nouvelle phase. De retour à Saanen, Krishnamurti donnait ses conférences. Mes amis m’y entraînèrent : « Cette fois au moins c’est gratuit ! Pourquoi ne viendrais-tu pas l’écouter ? » « D’accord, j’irai. » Et tandis qu’effectivement je l’écoutais, il se produisit une drôle de chose — l’impression curieuse qu’il décrivait mon état et non le sien. (Pourquoi du reste aurais-je voulu connaître son état ?) Il décrivait certains mouvements, une certaine qualité de conscience et de silence. Il disait : « Dans ce silence, il n’y a pas de mental, il y a action », et ainsi de suite. « Mais, me dis-je, je suis dans cet état ! A quoi ai-je passé mon temps durant ces trente ou quarante années ? A écouter tous ces gens, à me mettre moi-même au défi, à vouloir à tout prix comprendre, son état et celui des autres, Bouddha ou Jésus ! Je suis dans cet état. A l’instant même, je suis dans cet état. » Aussitôt je quittai la tente sans plus jamais revenir en arrière.

Alors, très curieusement, la question « Quel est cet état ? » se mua en une autre : « Comment sais-je que je me trouve dans cet état, l’état de Bouddha, l’état que j’ai tant souhaité et que j’ai recherché un peu partout ? Je me trouve dans cet état, comment se fait-il que je le sais ? »

Le jour suivant (jour de mon 49e anniversaire), j’étais assis sur un banc à l’abri d’un arbre, devant l’un des plus beaux paysages qui soit au monde : les sept collines et les sept vallées de la région de Saanen. J’étais assis là. Ce n’est pas que la question était présente, mon être entier était la question. Je m’observais moi-même et je me disais : « Comment sais-je que je suis dans cet état ? En quelque sorte, je me divise intérieurement ; il y a en moi quelqu’un qui sait que je suis dans cet état. La connaissance de cet état – à savoir, ce que j’ai lu, ce que j’ai expérimenté, ce dont on m’a parlé –, c’est cette connaissance elle-même qui observe cet état, et c’est donc elle qui l’a projeté. Alors je me dis : « Trêve de plaisanteries, mon vieux ! Depuis quarante ans tu n’as pas avancé, tu n’as pas quitté la case de départ. La question qui te préoccupe relève encore et toujours du jeu des projections du mental. Ta position n’a pas changé et la question “Comment sais-je…?” participe du même jeu. Car c’est le mental, la description fournie de l’extérieur par toute une horde de gens, qui crée cet état de toutes pièces. Tu te fais des illusions. Tu es un beau crétin. » En un sens, je n’avais pas avancé d’un pouce, mais je gardais le sentiment étrange que c’était bien cet état.

La question me harcelait sans cesse. Puis, soudain, elle disparut. Il ne se produisit rien de spécial : la question disparut, tout simplement. Je ne me suis pas dit : « Oh ! Mon Dieu ! Cette fois je tiens la réponse ». L’état lui-même disparut – l’état où je croyais être, l’état de Bouddha, de Jésus… Même cet état avait disparu. La question ne se posait plus. J’en ai fini avec tout cela. Fini, terminé ! Depuis lors, il ne m’est plus jamais arrivé de me dire : « Désormais j’ai la réponse à toutes ces questions ». L’état, qui avait suscité la pensée : « Tiens ! Voilà cet état » – cet état avait disparu. La question avait disparu. C’en était fini, voyez-vous. Il ne s’agit pas de vacuité, pas de néant, pas de vide. Rien de cet acabit. Tout d’un coup, la question n’avait plus eu cours. Point final.

Alors la pensée ne peut plus établir de liaisons. L’enchaînement est rompu et la rupture est définitive. L’explosion de la pensée ne se produit pas une seule et unique fois. Chaque fois qu’une pensée surgit, elle se disloque. Ainsi la continuité prend fin et la pensée retombe dans son rythme naturel.

.../...

Ma tête, me semblait-il, était devenue si compacte qu’elle n’offrait plus aucune place aux interrogations superflues. Pour la première fois je prenais conscience de mon crâne comme d’une boîte close. Sans doute, certaines résurgences du passé (des “vasanas”… mais le mot utilisé importe peu) essayent bien parfois de montrer le bout du nez, mais le cerveau est si dense et compact qu’il ne laisse plus de place aux divagations. La division ne peut plus s’installer : c’est une impossibilité physique à laquelle vous ne pouvez rien changer. C’est pourquoi je dis que lorsque cette « explosion » se produit (j’emploie ce mot parce qu’il s’agit d’une sorte d’explosion nucléaire), elle laisse derrière elle des réactions en chaîne. Dans chacune des cellules de votre corps, jusqu’à la moelle des os, vous êtes atteint par ce « changement ». Je n’aime pas utiliser ce mot, et pourtant il s’agit bien d’un changement, et d’un changement irréversible. Impossible de revenir en arrière. Pour l’homme qui est passé par là, il n’est pas de « rechute » possible ; c’est irréversible : il s’est accompli une sorte de processus alchimique.


Je le répète : on dirait une explosion atomique, et tout votre corps vole en éclats. Ce moment est bien difficile à vivre, et c’est la fin de l’être humain. Une telle déflagration réduit le corps à néant, jusqu’à la dernière cellule, jusqu’au dernier nerf. J’ai subi alors de terribles tortures physiques. En fait, vous ne pouvez pas faire l’expérience de l’explosion, elle-même, mais seulement de ses ondes de choc secondaires, des « retombées ». Toute la chimie de votre corps s’en trouve modifiée.

Extraits de : Rencontres avec un éveillé contestataire - Éditions Les Deux Océans
Videos d'U. G. Krishnamurti



dimanche 8 février 2009

• Dzogchen - l'absence d'effort délibéré


A quoi servent les textes ?

Le dzogchen est un système de méditation bouddhiste de plus en plus populaire (voir le documentaire "La momie tibétaine" sur La Cinq). Pourtant, les sources premières de cet enseignement sont presque toujours ignorées, alors qu'elles sont disponibles. Il est vrai que le dzogchen enseigne que les mots ne sont pas la chose, et qu'il ne suffit pas de lire pour comprendre profondément. Mais cela est vrai également des enseignement oraux. Il ne suffit pas d'écouter ou de citer tel "grand maître", mais il faut encore réfléchir et vérifier par soi-même.

Cependant, rares sont les personnes qui enseignent effectivement le dzogchen. De fait, quand on va assister à un "enseignement dzogchen", l'on se retrouve plutôt face à des techniciens, des experts en méditations complexes, qui parlent de purification, de "pratique". Ailleurs, nombreux sont les gens qui croient que le dzogchen n'est qu'une "technologie de l'esprit", visant à transformer le corps en pure lumière par une application systématique à l'instar d'une préparation sportive de haut niveau.

Pourtant, si l'on y réfléchit un peu, cette démarche est inconsistante. Comme nous le rappelle l'un des textes faisant autorité dans ce domaine - le Trésor du Mode d'Etre de Longchenpa (XIVème siècle) :

"Ne savez-vous pas que tout ce qui est composé est impermanent et voué à la destruction ?" Il s'explique plus loin : "Même si par ces pratiques [délibérées] vous atteignez à un certain bien-être, cet effet-là est un composé. Par conséquent, il finira par être réduit en pièces, à l'image d'un vase. [...] Tout ce qui est produit délibérément vous est une entrave." Pour étayer l'autorité de cette position radicale, il cite l'un des plus ancien textes du dzogchen, Le Roi Créateur de Toutes Choses : "L'état de Bouddha ne survient pas parce qu'on veut qu'il se produise. Il est présent en soi/naturellement et sans effort, de sorte qu'il est spontanément accompli." Puis Longchenpa compare les pratiques bouddhistes - y-compris les pratiques tantriques - à "ces jeux que jouent les enfants", ces jeux vains et sans importance.

Que faut-il "pratiquer" alors ? "Comme un vieillard prenant un bain de soleil, laissez-vous aller à ce délicieux bien-être, incomparable, qui n'implique nulle [pensée de] causalité du type "cela est à faire, ceci est à abandonner"".

Assurément, chacun a le droit de parler de "son" expérience. Mais pourquoi appeler cela dzogchen, si cela contredit la lettre même des textes canoniques ?

Nous ne somme pas obligés de parler du dzogchen, mais si l'on choisit de le faire, vérifions également nos sources.

Ainsi, nous pouvons de même confronter nos idées et nos expériences à celle d'innombrables sages et saints de tous les pays et de toutes les époques. Les textes servent donc à tester nos opinions, ou même notre soi-disant "absence d'opinions".

Le dzogchen ancien : de la liberté à la tradition ?

En lisant le livre de Sogyal Rimpoché Le livre tibétain de la vie et de la mort, peut-être avez-vous entendu parlé du dzogchen, cette fabuleuse école de méditation, fondée sur l'idée d'une perfection naturelle de toutes choses. Selon cette tradition, riche d'une immense littérature encore largement inexplorée, il n'y a qu'une seule réalité. Mais, selon qu'on la voit telle qu'elle est ou que l'on se méprend sur elle, elle apparait comme parfaite (c'est le fameux nirvâna), ou bien, au contraire, essentiellement hostile et étrangère (le samsâra).

Cependant, cette tradition enveloppe en fait plusieurs courants distincts qui ont évolués sur un millénaire au moins. Entre le dzogchen des origines et celui que l'on pratique aujourd'hui, l'on ne s'étonnera donc pas de remarquer des contradictions, à l'instar de ce qui se passe pour le christiannisme (et sans pour autant adhérer aux affabulations d'un Dan Brown).

En effet, le dzogchen était, à l'origine, une sagesse radicale, fondée sur une critique du tantrisme bouddhique. Celui-ci affirme en principe (mais il y a d'importantes variations) que nous sommes en réalité parfaits, purs, bienheureux, éternels et omniscients. Simplement, cette perfection innée est actuellement voilée par les nuages des passions et d'une imagination qui nous échappe, un peu comme dans un rêve. La "voie des mantras" propose alors de purifier ces voiles pour retrouver ce potentiel infini, grâce à une discipline de tout l'être ("corps, parole, esprit"). Arrivé à un certain point de purification, le soleil de notre vraie nature perce à travers les nuages des passions, prend le relais de la pratique, et achève de disperser ces nuages. Mais, jusqu'à ce cap décisif, l'effort et une pratique systématique sont indispensables. Les fruits de cette entreprise apparaissent peu à peu, et s'accompagnent de signes de succès comme la clairvoyance ou l'invisibilité du corps.

Mais à partir du Xème siècle, des textes apparaissent qui déconstruisent ce système basé sur l'effort délibéré. Ils constituent, jusque vers le XIIème siècle, ce qu'il convient d'appeler le dzogchen ancien et radical. En particulier, il y a les "Cinq transmissions premières", les premiers textes dzogchen traduits au Tibet. La tradition comme les chercheurs contemporains s'accordent pour y voir la forme primitive du dzogchen. Afin de montrer en quoi ce dzogchen est "radical", voici quelque extraits de ces textes. Il en existe actuellement trois traductions anglaises : celle d'Eva Neumaier-Dargyay (ND), celle d'Adriano Clemente (AC) et, plus récente, celle de Keith Dowman (KD). Le tibétain est ici concis à l'extrême, ce qui explique les différences de traduction, divergences dont je ne livre qu'un seul exemple.

Dans le Grand Art (Tsal Chen, chap. 27 du Kunjé Gyalpo; ND: Great Lore; AC: Great Potency; KD: Radical Creativity) on peut lire ceci :

"Sur la voie erronée des extrémistes où l'on pense en termes de "moi" et de "mien", les naïfs entreprennent une démarche religieuse dans laquelle ils ne trouverons jamais l'occasion de comprendre qu'elle ne mène nulle part ! Comment pourrait-on trouver le Réel en le cherchant ?

Les instructions des maîtres pareils à des singes et privés de jugement sont perclues d'idées fausses..."(v. 5-6).

"privés de jugement" donne "who lacks valid cognition" (ND), "devoid of qualities" (AC) et "who lacks direct insight" (KD). Malgré ces différences d'interprétation, le sens est clair : on ne peut pas trouver ce qui est parfait à l'aide de techniques et de purifications ("preparation and technique" dit KD pour "idées fausses").

Bien que KD penche souvent du côté de la glose, sa traduction me paraît être la plus convaincante. De plus, elle suit de près le commentaire qui accompagne ces textes - bien qu'il soit sans doute postérieur de plusieurs siècles.

Le vol du Grand Garouda (Khyung Chen) reprend ce thème de "l'absence d'effort délibéré" (djyadrel) :

"Les anciens sages, obnubilés par la passion de l'effort, s'égarèrent dans les tourments du labeur acharné. L'omniscience - l'immersion dans l'état naturel - devient méditation artificielle lorsqu'elle est articulée" (9)

"Ceux qui, infecté par la maladie des passions, s'efforcent de les trancher, ont soif de progrès, tels des animaux courants aprés un mirage. Leur destination n'est qu'une utopie ! Même les Dix Terres (des bodhisattvas) voilent le plus pur des esprits." (11)

L'or extrait de sa gangue affirme quant à lui :

"L'entendement conditionné par les discours de la tradition - à savoir les "trois samâdhis, etc. - se conforme aux dogmes. Au regard de la transmission dépourvue d'effort délibéré, c'est là un travers, une illusion. Reposez-vous plutôt dans le bien-être naturel de la perfection sans rien à faire !" (9)

Enfin, le Vaste espace de Vajrasattva fait dire à ce dernier :

"La nature intangible qu'est le Réel innonde l'esprit quand cesse toute recherche. Mettre l'accent sur le comment et le pourquoi empêche son apparition naturelle." (7)

"Certains prennent l'Esprit d'Eveil (=la nature de l'esprit) pour une méthode subtile. Ils cherchent alors à l'isoler; ils s'attachent à vider la nature de l'esprit de l'enchaînnement des pensées. Parce qu'ils s'y efforcent, cette méditation n'est qu'un artifice." (13)

"Non ! Le Royaume du Bouddha ne peuvent être atteint par la recherche et l'effort délibéré. A l'instar de tous les objets, ce n'est pas "quelque chose". Ceux qui le cherchent ainsi sont comme un aveugle qui voudrait attraper le ciel !" (20)

"Le chemin de la purification qui s'élève peu à peu contredit le dharma de l'absence d'effort délibéré. A supposer qu'il existe un tel chemin, jamais son terme ne sera atteint, à l'image de l'espace." (21)

"Extérieur et intérieur ne font qu'un. L'extérieur est l'intérieur. Il n'existe donc nul "état profond" à percevoir." (30a)

Quant à la question des "signes de réussite spirituelle", il ajoute :

"Affranchie de toute image, homogène, la voie du yoga est comme l'empreinte d'un oiseau dans le ciel. En ce qui est incréé et non-né, où trouverait-on trace de son passage ?" 29

KD explique : "Le yogin ne laisse aucune trace de son accomplissement ou de la façon dont il s'est accomplit, ni doctrine ni dogme, ni signes ni indications." Le tantra poursuit :

"Chacune des innombrables techniques produit sa fleur. Mais la perfection est dépourvue de signes caractéristiques, c'est pourquoi elle n'a point de champ spécifique." (39)

Ce genre de propos va à l'encontre de la lettre de la plupart des tantras - bouddhistes et hindous - obsédés qu'ils sont de pouvoirs surnaturels et de merveilleux. Cette fascination pour la puissance et ce "règne de la quantité" comme eut dit Guénon, est le sujet de moqueries constantes dans le dzogchen ancien (voir The Supreme Source d'Adriano Clemente) comme dans les sagesses non-dualistes en général. Ces pouvoirs existent certes : mais ils existent déjà. Les rechercher à coups de millions de mantras est donc le comble du ridicule, à l'image de l'imbécile cherchant partout le collier qu'il porte sur lui. D'ailleurs ce collier, ces lunettes, n'est-ce pas l'Oeil Unique, le fameux "Troisième Oeil" par lequel nous voyons tous ? Combien avez-vous d'yeux, en ce moment ? Voyez-vous ces mots au travers de deux trous ? Ou bien n'apparaissent-ils pas plutôt dans un espace grand ouvert ?

Ces leçons du dzogchen ancien, le dzogchen "moderne" (j'entend par là le genre "nyinthig") les a largement oubliées. C'est que, s'il n'y a rien à "faire", s'il n'y a pas de temples à construire, de stoupas à financer, de rituels à mener, quels mobiles reste t-il pour mobiliser les foules ? S'il suffit de voir, par soi-même, ici et maintenant, et si la seule difficulté est de s'incliner devant cette évidence, qu'est-ce qui justifierait l'existence des églises et autres communautés ? Le bouddhisme, comme toutes les religions, a donc eut vite fait de s'incliner devant cette autre "évidence" que l'on nomme réalisme ou pragmatisme.

Mais nous, chers lecteurs, ne sommes nullement obligés de suivre cette voie-là. Je suggère que nous prenions plutôt celle de l'oiseau, ce chemin sans chemin sur lequel notre Absence nous attend patiemment...

Passages extraits du site d'Anargala : La vache cosmique
Voir aussi le billet : Qu'est-ce que le Dzogchen

samedi 7 février 2009

• L’expérience du Soi - Laurence Zékri

L’expérience du Soi

Laurence Zékri était thérapeute transpersonnelle et énergétique quand elle fut amenée à tout abandonner. Comme elle le présente : sa « rencontre intérieure avec Ramana Maharshi » la conduit aujourd’hui vers la réalisation du Soi.



J’étais en train de travailler une relaxation avec un ami quand j’ai senti en moi monter ce que je croyais un désir, tout à fait différent de ceux que je connaissais habituellement. J’étais comme transportée. Je lui ai demandé d’arrêter le travail que nous faisions. Il me paraissait important que je me retrouve seule pour que je puisse laisser s’exprimer « cette chose » tout à fait librement. Les pudeurs parfois empêchent d’aller au bout de notre sensation.

Le lendemain, j’eus à peine à relâcher mon corps, mes pensées, pour retrouver immédiatement ce qui m’avait troublé la veille. Je me suis sentie remplie d’une lumière, mais à aucun moment le mental ne l’a créée. Je crois que ce qui m’arrivait a été plus vite que le mental, et cette Lumière m’a inondée. Je n’étais plus que cela. J’ai eu ensuite la sensation – car pendant cette expérience, il n’y avait pas autre chose que la Lumière –, que le corps physique n’existait plus. Tout n’était que Lumière. C’est comme si j’avais éclaté en particules de Lumière. Je n’avais plus conscience de ce que je croyais être la réalité.

J’étais très troublée par ce moment. Par la suite, mes perceptions ont commencé à s’affiner. Quelques temps après, j’ai été amenée à revivre une même expérience. C’était lors d’un rêve. Je dormais et j’étais comme éveillée, quand j’ai senti de nouveau vibrer en moi cette Beauté, cette Lumière, à laquelle j’étais unie.

Peut-être que certains appelleraient cela la conscience du Tout, l’expérience du Soi. Quand à moi, je ne pouvais pas encore formuler ces propos.

[…]

Après avoir vécu cette fusion avec la Lumière, mon mental a interprété cette expérience comme étant la Beauté, la Paix. Aujourd’hui, je sais qu’en recommençant à penser, à analyser ce que j’avais ressenti, je mettais de nouveau une distance avec ce vécu.

Plus particulièrement parce que je regardais ce vécu comme quelque chose d’extérieur à moi, d’extraordinaire. J’avais beau dire que nous étions tous cette Énergie Divine, que nous étions tous le Soi, il y avait encore ces états – que je vivais un peu comme des parenthèses – et le quotidien. Il aura fallu encore quelques mois à l’ego et peut-être aussi ce séjour en Inde pour que je réalise autrement la Présence de Ramana Maharshi et d’Arunachala. Je commence à accepter ou plus exactement à vivre comme une évidence, bien au-delà de toute pensée intellectuelle, que la Présence et ces moments « extra-ordinaires » ne sont qu’une seule et même chose.

J’avais vécu si souvent cette Unité, mais l’ego avait encore si peur de poursuivre seul sa route qu’il a réussi à mettre entre parenthèses ce qui m’était offert par la Grâce Divine. Je sais aujourd’hui que dans ces moments, je suis cette Grâce. Et même si je m’en éloigne encore, la Conscience est, et rattrape l’ego sans qu’il s’y attende.

LIre : Par le Souffle Divin. Morceaux de vie et Enseignements, A.L.T.E.S.S

Vu sur le site de Troisième Millénaire : Témoins d'éveil

vendredi 6 février 2009

• Quelque chose comme l’essentiel - Steve Jourdain

Steve Jourdain

Question : D’accord, mais comment percevoir cette irréalité fondamentale ?

Steve : La réponse à votre question, vous l’avez sous les yeux, ou plutôt, elle vibre encore dans vos tympans. Toute cette irréalité que vous cherchez à démasquer s’est condensée dans votre question elle-même.
…Cette « chose » qui nous réunit autour de cette table de jardin, on ne peut l’atteindre en raisonnant. On y accède uniquement par un acte de conscience.
Un acte d’attention consciente, de vigilance, refluant sur lui-même.
Hélas, celui qui va se mettre à « méditer » (ou selon le bon mot de mon ami Trojani, à «merditer»), celui-là, quelle que soit la finesse de ses intuitions, va écouter sans relâche les injonctions de sa raison – et elle n’en manque pas ! Il va prêter l’oreille à la voix de la sirène, jusqu’à ce que tout se désagrège… En fait, chaque fois qu’on accomplit un acte de conscience, un acte qui va vers nous-mêmes, la raison le fait dérailler. Notre fonctionnement ordinaire, c’est la raison. Et que se passe-t-il lorsqu’on raisonne sur « je suis » ? C’est comme compulsif… Cédant à la tentation du délire, on s’autorise à se situer à l’extérieur de cet axe, de ce « maintenant » pur, et c’est reparti, le grand balayage introspectif se remet en place – et tout s’écroule.
Naturellement, ce que je suis en train de dire a déjà – sauf miracle – été récupéré par le fou qui est en nous et intégré au balayage…

Question : J’aimerais savoir, pour vous la pensée doit être anéantie ?

Steve : Nuançons, une fois n’est pas coutume. Ce qui doit être anéanti, c’est moins le moi pensant et la pensée, dans sa rive subjective, et dans sa rive objective (que, si je ne m’abuse, nous lui avons reconnue voici un moment), que notre sentiment que ces choses possèdent une existence propre, indépendante de notre moi profond, premier. Ça, c’est une autre expression du délire, de la folie profonde. Et ce n’est sûrement pas en raisonnant qu’on va réussir à consumer le voile !

Question : Vous semblez avoir désormais l’action de raisonner dans votre colimateur…

Steve : Raisonner…, il y a façon et façon. Mieux vaut bien sûr en ce domaine, une approche subtile et rigoureuse qu’un traitement mou et approximatif. Là, au moins, on porte l’hallucination à incandescence… Alors, l’intuition peut se réveiller et tout faire exploser ! De sorte qu’on pourra – enfin ! – faire ce qu’on a envie de faire : boire un café, griller une Gitane, descendre le torrent à la nage ou sur un matelas pneumatique, ou ne rien faire du tout. Enfin débarrassés de l’Être et du Non-être, du Semblable et du Dissemblable, du Un et du Multiple, du Temps et de l’Éternité, du Particulier et du Général, de tous ces grands piliers sur lesquels nous reposons ! Plus de piliers, plus de temples – cela paraît inouï – et pourtant il y a encore quelque chose !
Quelque chose comme l’essentiel.

Extrait d'une page du site des Éditions Accarias-L'originel

jeudi 5 février 2009

• Il y eut soudain un instant de reconnaissance - Poonja

Poonja

Je m’assis devant lui et commençai à lui raconter mon histoire. « Pendant vingt-cinq ans, j’ai fait une sadhana qui consistait principalement à répéter le nom de Krishna. Ces derniers temps j’atteignais 50 000 répétitions par jours. Je lisais aussi beaucoup d’ouvrages sur la spiritualité. Puis Rama, Sita, Lakshmana et Hanuman me sont apparus. Après leur départ je n’ai plus été capable de reprendre ma pratique spirituelle. Je n’arrive plus à répéter le nom de Krishna. Je ne peux plus lire mes livres. Je ne peux plus méditer. Je ressens un grand calme au fond de moi, mais il ne me reste plus aucun désir de porter mon attention sur Dieu. En fait, je n’y arrive pas, quelles que soient mes tentatives. Mon mental refuse de s’immerger dans des pensées de Dieu. Que m’est-il arrivé et que dois-je faire ? »

Le Maharshi me regarda et demanda : « Comment êtes-vous venu de Madras ? »

Je ne voyais pas l’intérêt de la question, mais je lui répondis poliment : « En train. »

– Et que s’est-il passé quand vous êtes arrivé en gare de Tiruvannamalai ?

– Eh bien, je suis descendu du train, j’ai remis mon billet et j’ai loué une charrette à bœufs pour me rendre à l’ashram.

– Puis vous êtes arrivé à l’ashram et vous avez payé le chauffeur ; qu’est-il advenu de la charrette ?

– Elle a dû repartir en ville, je suppose, dis-je, encre incertain du but vers lequel tendait cet interrogatoire.

Le Maharshi expliqua alors ce à quoi il voulait en venir.

« Le train vous a amené à votre destination. Vous en êtes descendu parce que vous n’en aviez plus besoin. Il vous avait amené à l’endroit où vous désiriez vous rendre. Il en est de même pour la charrette. Vous en êtes descendu après être arrivé à Ramanasramam. Vous n’aviez plus besoin ni du train ni de la charrette. Ils ont été des moyens pour venir ici. Maintenant que vous êtes arrivé, ils ne vous sont plus d’aucune utilité. C’est ce qui s’est passé avec votre sadhana. Votre japa [répétition de noms divins], vos lectures et vos méditations vous ont amené à votre destination spirituelle. Vous n’en avez plus besoin. Ce n’est pas vous qui avez abandonné vos pratiques, ce sont-elles qui vous ont quitté d’elles-mêmes, parce qu’elles ont rempli leur fonction. Vous êtes arrivé. »

Puis il me fixa attentivement. J’avais la sensation que mon corps et mon mental étaient entièrement lavés par des vagues de pureté. Son regard silencieux les purifiait. Je sentais qu’il regardait intensément dans mon Cœur. Sous ce regard envoûtant, chaque atome de mon corps était purifié. C’était comme si un nouveau corps était créé pour moi. Un processus de transformation prenait place, l’ancien corps mourait, atome par atome et un nouveau corps était créé à sa place. Puis, tout à coup, je compris. Je compris que cet homme qui m’avait parlé était, en fait, ce que j’étais déjà moi-même, ce que j’avais toujours été. Il y eut soudain un instant de reconnaissance et je devins présent au Soi. J’utilise délibérément le mot “reconnaissance”, car dès que l’expérience me fut révélée, je sus, sans erreur possible, que c’était le même état de paix et de bonheur que celui dans lequel j’avais été plongé à l’âge de huit ans, à Lahore, au moment où j’avais refusé de prendre la boisson à la mangue. Le regard silencieux du Maharshi rétablissait en moi cet état primordial, mais de façon permanente cette fois. Le “je”, qui avait si longtemps recherché un dieu extérieur, parce qu’il voulait retourner à cet état originel d’enfance, périssait dans la connaissance et le vécu direct du Soi que me révélait le Maharshi. Je ne peux pas décrire précisément ce qu’était ou ce qu’est ce vécu et les livres ont raison de dire qu’il ne peut pas être exprimé en mots. Je ne peux parler que des choses périphériques. Je peux dire que chaque cellule, chaque atome de mon corps s’éveillèrent à l’attention tandis qu’ils reconnaissaient et vivaient tous le Soi qui les animait et les portait, mais il m’est impossible de décrire l’expérience en elle-même. Je savais que ma recherche spirituelle était terminée pour de bon, cependant la source de cette connaissance restera toujours ineffable.

Extrait tiré de A la Source de l’Être, Entretiens avec H.W.L. Poonja
Éditions InnerQuest

Les dix entretiens et la biographie de H.W.L. Poonja (1910-1997) que composent cet ouvrage sont autant d'éclairages directs sur un enseignement non dualiste de connaissance de soi. Par leurs questions sincères et pertinentes, chaque intervenant, pousse Poonjaji à expliquer ce que sont : la démarche à suivre, comment se comprendre, ce qu'est la libération intérieure, la nature de la conscience, la nature de la pensée, l'éveil, la dévotion ou le rôle du maître spirituel. Autant de sujets, qui au travers des réponses de Poonja permettent au lecteur de prendre conscience qu'il est ce qu'il cherche, qu'il a toujours été libre et, qu'en réalité l'enseignement de Poonja n'en est pas un - puisqu'il ne s'adresse pas au mental, mais au cœur spirituel.

Tel son maître avant lui, Ramana Maharshi, tout comme d'autres grands sages contemporains, Poonjaji n'encourage pas les pratiques, ni l'accumulation du savoir ou de concepts. Il accompagne plutôt la prise de conscience directe : tout est déjà en nous ; la source de l'être est en chacun. Le langage de Poonja est clair, plein d'humour et laisse transparaître la joie de vivre d'un être totalement libre.

mercredi 4 février 2009

• Le mouvement du silence - David Ciussi

Le mouvement du silence



Bonheur de l'instant présent



Pratiquer la vulnérabilité du roseau


mardi 3 février 2009

• Nous sommes le même Soi - Leo Hartong

Leo Hartong

Dans mon cas, cette expérience s’est produite à l’âge de vingt-et-un ans (1969). Pour plusieurs raisons, j’avais l’impression d’être au bout du rouleau, et tandis que je touchais le fond, l’immense désespoir qui me tenaillait s’est soudain envolé. I’ve got a Feeling, une chanson de l’album Let it Be des Beatles passait sur la chaîne stéréo, et elle a touché quelque chose dans les profondeurs de mon être. Un vaste espace s’est ouvert. Il serait tout aussi vrai de dire que je me suis dilaté jusqu’à englober toute l’existence que de dire que j’avais totalement disparu. L’éternité que j’avais conçu comme un temps infini, est apparue comme l’absence de temps. Tout était infusé de vie, y compris ce que j’avais jusqu’à ce moment considéré comme inanimé. Toute l’existence avait en partage une source commune ; et le premier jour de la création comme l’ultime jour de la destruction étaient tous deux présents. L’univers n’était ni grand ni petit. Il se révélait simplement Un au-delà de tous attributs relatifs, tels que taille, localisation et temps. Alors qu’au niveau relatif, il apparaissait que l’objectif poursuivi par chaque élément servait tous les autres en une mosaïque complexe de parfaite harmonie, la totalité de la création, elle, se révélait au-delà de tout objectif. J’ai vu qu’elle est simplement telle qu’elle est : sa propre cause et sa propre plénitude.

Les choses qui précédemment revêtaient beaucoup d’importance n’en avaient plus. Les gens que je voyais depuis ma fenêtre semblait tous « au courant », tout en faisant semblant de ne pas savoir qui ils étaient réellement. Tandis que l’expérience diminuait d’intensité, je me souviens avoir pensé : « Comment vais-je pouvoir poursuivre ma vie de tous les jours et faire semblant d’être ce personnage limité ? Comment vais-je pouvoir aller travailler et me remettre à la routine habituelle ? » En fait, il m’a été parfaitement possible de continuer à vivre comme avant, mais il m’est resté la certitude que, même quand je ne le vois pas, tout est comme ce doit être.

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Au fil des années cette expérience a été pour moi à la fois une source de réconfort et de confusion. Il y avait un souvenir précis d’une vision d’unicité universelle, même si elle n’était pas toujours ressentie. Ma première interprétation de cette expérience fut de dire que si tout est Un, alors chacun et chaque chose fait partie de cette unicité. Par la suite, je me suis rendu compte que c’était un piège linguistique – que si tout est vraiment Un, il n’y a pas de parties ni ne peut y avoir de vous et de moi pour en faire partie. J’ai vu que le « je » de ce corps-mental est le même « je » qui vit en et en tant qu’autrui. Peut-être qu’une bonne image serait de dire que nous sommes le même Soi sous une variété de costumes différents.


En même temps persistait ce sentiment contradictoire d’être une entité individuelle responsable de ses actions. Avant d’en arrivé à un clair et net « il n’est rien d’autre, ceci est tout et je suis ce tout – voilà tout ! », ce concept « faire partie » de cette unicité m’a amené à travailler sur moi pour en devenir une meilleure partie.

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Actuellement, « je » demeure « mon adresse dans la vie », autant qu’une convention et une commodité grammaticales que je n’hésite jamais à utiliser. Mais il n’y a pas de « moi » objectif pouvant être identifié ou saisi. Il est clair que mon expérience mystique antérieure n’était pas l’illumination. L’idée d’un « je » ayant cette expérience a créé le paradoxe déroutant d’un « je » ayant une expérience non-duelle. A présent, il est évident que l’expérience dite mystique est tout autant une expérience que boire un verre de vin, faire l’amour, faire des courses, ou se promener sous la pluie. Tout ceci survient simplement en tant que moi et n’arrive pas à moi ni par moi. L’arrière-plan silencieux où l’expérience apparaît et disparaît avait échappé à l’attention du « moi » qui pensait avoir décroché la timbale.


Extrait de S’éveiller au rêve, Editions Accarias L’Originel

Voir aussi ce lien


lundi 2 février 2009

• Seule existait l’évidence de l’être - Yvan Amar

Yvan Amar

A cet instant, j’ai senti que je prenais un risque immense, mais que je ne pouvais plus ni reculer ni faire demi-tour : le risque de quitter le chemin de la transcendance. Soudain, j’abandonnais mon image de grand yogi capable de faire le silence intérieur. Ce jour-là, je dis à Nadège : « je joue un coup de poker : je renonce à tout ce à quoi j’ai cru pendant toutes ces années. Mais je n’abandonne pas, je renonce seulement à une certaine façon de voir. Je vais peut-être redevenir celui dont je me moquais hier, un homme ordinaire qui regarde la télé, qui mange un steak, qui va au cinéma, qui fonctionne comme tout le monde. » J’ai ajouté : « C’est plus fort que moi, je ne peux pas faire autrement. » Et j’ai pris le risque de la vie, le risque de ne plus chercher au-delà. D’un coup je me suis défait de tout ce avec quoi j’avais fonctionné. Totalement, sans rien préserver, sans rien sauvegarder.

Cela s’est passé en trois jours, pendant lesquels j’ai senti progressivement quelque chose que je n’avais jamais senti depuis ma naissance. J’ai senti la vie. Je suis allé vers ce qui était là et j’ai senti que la vie entrait en moi. Ce sont des expressions toutes simples qui viennent à ce moment-là, mais elles sont absolues. J’ai senti que cette vie m’aimait, comme j’étais, tel que j’étais. C’était comme si elle m’attendait. J’ai alors compris pourquoi les grands mystiques parlent de la Mère divine : parce que ce sentiment d’amour de la vie envers nous, on l’éprouve dans l’amour absolue d’une mère ; on est dans les bras de la Mère divine. Aucune vision, aucune hallucination, c’était quelque chose de très simple, de concret et d’immédiat, qui me prenait à l’intérieur et que je reconnaissais. Je sentais que cette vie m’aimait. Au fur et à mesure que c’était ressenti, éprouvé, montait en moi une confiance impérieuse. Autant je me sentais auparavant en conflit, séparé, avec une peur constante, autant j’éprouvais alors une confiance absolue dans ce qui était, dans la vie. Ce qui m’est apparu immédiatement, c’est que cette confiance était ma nature : à la fois cette confiance et son objet. Cela n’a fait que grandir pendant ces trois jours, jusqu’au moment où s’imposa une confiance absolue dans tout ce qui était sans que ce soit un objet. Alors, tout a disparu : la Mère divine, Yvan Amar… Il n’y avait que Cela : une réalité absolue où n’existait plus ni division ni conflits, où seule existait l’évidence de l’être.

Extrait de L’Effort et la Grâce, d'Yvan Amar, Éditions Albin Michel

dimanche 1 février 2009

• L'éveil s'évanouit avec le rêve - Yvan Amar


Non pas un réalisé, mais un réalisant, car on est en réalisation constante.
La réalisation n'est pas une fin, mais un phénomène constant, un saut sans fin.

On ne peut être établi dans l'éveil ; ce serait de nouveau le fixer. C'est le bourgeois qui s'établit.
« Être établi », c'est un peu avoir pignon sur le Soi, comme d'autres ont pignon sur rue...
L'éveil est la fluidité de l'éveil et du non-éveil.

L'éveil, c'est ce mouvement permanent de soi vers soi, et c'est ce mouvement permanent qui fait qu'on est à chaque instant sa propre voie et sa propre destination.

On n'atteint pas l'éveil ; un jour, on se rend compte qu'on vit l'éveil !

C'est l'empêcheur de l'éveil qui cherche un moyen de provoquer l'éveil.

Quand on dit : « La recherche de l'éveil est obstacle à l'éveil », ce n'est pas la recherche qui est obstacle, mais le fait de la fixer sur l'objet « Éveil ».
L'éveil n'est pas non-recherche, mais recherche sans objet (sans Nom).

Ce n'est pas l'éveil qui arrive ou s'en va, c'est le moi qui disparaît ou apparaît.

L'éveillé ne peut jamais être malade, un malade ; mais il connaît la maladie. De même qu'il ne peut jamais être un penseur, bien qu'il pense, jamais être un acteur, bien qu'il agisse.

Dire que l'éveil ne connaît pas la colère, c'est appauvrir l'éveil d'autant, et le limiter par elle. Si la colère est ca pable de limiter l'éveil, alors elle est plus puissante que lui. Conclusion logique : il vaut mieux être coléreux qu'éveillé !

L'éveil connaît la colère, mais l'éveillé n'est pas coléreux.

L'éveil n'est pas un état, mais tous les états.

L'éveil n'est ni clair ni obscur ;
l'éveil rend le clair et l'obscur vivants.

Entrer dans l'éveil, c'est comme entrer dans une mer sans rivages. Il n'y a pas d'autre bord, il n'y a pas de fin. C'est parce que la réalisation meurt à chaque instant qu'elle est vivante ; et c'est parce que nous nous refu sons à mourir à chaque instant que nous ne sommes pas vivants.

La réalisation (libération-éveil-délivrance) n'est pas le terme, l'aboutissement d'un processus, mais la nature fondamentale même de tous les processus.

C'est parce que le rêve s'arrête que l'on appelle ça l'éveil. Mais en fait, l'éveil, cela n'existe pas.

Cela s'appelle l'éveil du point de vue du rêve, mais quand le rêve cesse, cela n'a plus de nom, cela est Cela, c'est tout.

L'éveil s'évanouit avec le rêve.

Vu sur le site de Chronophonix

samedi 31 janvier 2009

• Celui qui pense, n'est plus - Jigmé Lingpa

Jigmé Lingpa

Selon l'enseignement du Mahâ Ati, la méditation consiste à voir tout ce qui survient dans le mental et à demeurer simplement dans un état d'immédiateté.

Mahâ Ati est de la plus grande simplicité. C'est ce qui est. Il ne peut être montré par l'analogie ; rien ne peut l'obstruer. Il est sans limite et transcende tous les extrêmes. C'est l'état « d'instantanéité » à la clarté tranchante, qui jamais ne modifie sa forme ou sa couleur. Quand vous devenez un avec cet état naturel, tout désir de méditer disparaît ; vous êtes libre des liens de la méditation et des spéculations philosophiques, et la conviction naît du plus profond de l'être. Celui qui pense, n'est plus. Il n'y a plus aucun bénéfice à recevoir de « bonnes » pensées, ni de maux qui engendrent la souffrance avec de « mauvaises » pensées. Les pensées neutres ne trompent jamais. Vous devenez un avec cette connaissance transcendante et l'espace infini. Vous n'êtes plus égaré par les multiples confusions et les vues erronées.

Extrait tiré de Mudra, l'esprit primordial, Éditions Accarias L'Originel

jeudi 29 janvier 2009

• Cet amour sans borne - Tony Parsons

Tony Parsons

Le Secret Ouvert ne peut que pointer vers la simple merveille d’être et seulement chercher à mettre en lumière la futilité de déployer tout effort en ce sens. Il n’accepte ni ne rejette les enseignements de voies ou de processus spirituels, mais il dévoilera sans compromission le malentendu singulier et fondamental sur lequel se fonde la croyance qu’il existe quelque chose nommé un chercheur qui a besoin de trouver quelque chose d’autre, appelé illumination.

Le Secret Ouvert ne fait pas de compromis avec les besoins et les attentes du chercheur. Pas plus qu’il ne tente d’attirer ou de séduire avec les promesses d’une expérience de libération facile et agréable. Qui pourrait promettre cela et qui en ferait l’expérience ?

Parce que l’idée d’un libre-arbitre et d’un choix individuels est considérée comme un rêve illusoire, il n’est aucun projet, aucune intention visant à aider ou à changer l’individualité. Pour ce qui concerne l’individu apparent, il n’y a ici rien à vendre.

Le sentiment d’être un individu séparé semble très réel. Il affecte tous les aspects de l’expérience apparente. C’est un état de contraction de l’énergie qui s’incarne et engendre avec lui un sentiment d’insatisfaction et de manque. Il peut s’accompagner d’une impression tenace de se sentir indigne et d’avoir perdu quelque chose d’indescriptible. C’est comme si le « moi » résidait dans les limites du corps et voyait tout ce qui est au-dehors comme quelque chose d’autre avec lequel il faille négocier. À partir de ces expériences, naît une compulsion à rechercher constamment un réconfort ou une libération. C’est le rêve de l’individualité, qui semble réel jusqu’à qu’il en soit autrement.

Le « moi » cherche la paix et la complétude, l’amélioration de soi ou la pureté, la présence ou le détachement. Le « moi » cherche la clarté ou toute formule qui fournira au « moi » ce qu’il pense vouloir ou ce dont il pense avoir besoin. Mais le « moi » obtenant ou n’obtenant pas ce qu’il souhaite n’est pas le dilemme. Le dilemme, c’est l’apparent « moi ».
Nulle quantité d’effort, de processus, de clarté ou de croyance ne peut jamais rien apporter d’autre que plus de « moi » cherchant ce que le « moi » ne peut ni avoir ni connaître.

La suggestion selon laquelle la séparation n’est qu’une pensée ou qu’une façon de voir les choses, surgissant et se dissipant au sein même de la présence, est une idée initialement attrayante pour le chercheur qui rêve d’une solution facile qui ne soit pas menaçante pour la personne et qui apporterait un bonheur permanent. Les pensées de séparation ne sont que des histoires individuelles gravitant autour d’un état initialement installé : celui de se sentir limité et séparé. Si la séparation n’était qu’une pensée ou qu’une croyance, elle pourrait être percée à jour ou changée en son opposée, et alors « BINGO », il y aurait libération… n’est-ce pas ?

De tels messages idéalistes s’accompagnent souvent d’une insistance sur l’idée que la séparation est « sans problème », car il n’y a jamais qu’unicité. C’est comme dire à un aveugle que la cécité est « sans problème » puisque tout ce qu’il y a est vison sans personne pour voir. Bien sûr qu’il n’est qu’unicité. Mais ce qui surgit apparemment au sein de l’unicité est un profond sentiment de séparation qui ne donne pas du tout l’impression d’être « sans problème ».

Ces notions conceptuelles ne parlent que de symptômes sans reconnaître la source du dilemme apparent qui infiltre chaque parcelle du sentiment de séparation.

En essence, ce qui est poursuivi, c’est l’amour. Mais il s’agit de l’amour qui est absolu, embrassant tout et éternel ; cet amour qui submerge tout et dont beaucoup ont eu un aperçu. Je tente de le décrire dans Le Secret Ouvert lorsque, semblant traverser un parc, je ne fus soudainement plus personne. Ce n’était pas une expérience, car soudain il n’y avait plus personne pour la faire. Ce fut un aperçu sans personne pour apercevoir. Je suis ensuite revenu en tant que « quelqu’un » et ai tenté encore et encore de redécouvrir cet amour inconditionnel que je ne pouvais connaître.

C’est cet amour qui est évoqué dans la littérature, la musique et l’art. Les histoires d’amour les plus fascinantes sont celles d’un amour non partagé car elles pointent vers cet amour absolu que l’individu ne peut embrasser. La puissante fascination de tomber amoureux provient du sentiment, remontant du fond des âges, que dans cet amour on pourrait se perdre. C’est cet amour sans borne qui se loge dans toutes nos attentes. Il est la plénitude dans le vide, le tout dans le rien. C’est l’amour inconditionnel qui apparaît aussi comme son opposé. Merveilleusement, c’est aussi cet amour même qui chante en nous à travers nos sens et en chaque parcelle du jaillissement de la vie.

La libération est un mot utilisé pour décrire un apparent affranchissement de l’illusion de se sentir emprisonné et tenu hors de l’amour ou de l’unicité. Ce glissement est essentiellement une libération d’énergie hors de la contraction, conduisant à l’illimité.

Partout et chaque fois qu’il y a partage profond et sans compromission du très réel paradoxe d’être, une résonance tangible peut émerger. Dans cette ouverture, il peut y avoir une libération de la contraction menant au sans limite et ce qui advient est la merveille de simplement être.

Tony Parsons - Novembre 2008

mercredi 28 janvier 2009

• La Reconnaissance - Unmani Liza Hyde

Unmani Liza Hyde

Cela ne peut être compris. Cela ne peut qu'être reconnu. Jusqu'à la reconnaissance, il peut y avoir un effort pour comprendre, pour saisir les mots, qui désignent ce qui est au-delà des mots. La reconnaissance ne peut pas être forcée, et aucune circonstance particulière n'est nécessaire. Mais on peut être fatigué d'essayer de comprendre ce qui ne peut jamais l'être. Épuiser l'effort de comprendre peut prendre des années. Parfois, entendre cela une seule fois suffit, ou parfois il y a une reconnaissance spontanée sans aucune relation apparente avec un événement de l'histoire.

Dans la reconnaissance, il n'y a jamais aucun lien avec quoi que ce soit, qui ait pu se passer auparavant. Dans la reconnaissance, il n'y a ni histoire du passé, ni histoire du futur. Il n'y a pas de temps. Toute histoire apparente est simplement reconnue comme une histoire. Rien ne provoque la reconnaissance. La reconnaissance est la fin de la croyance en l'histoire. La reconnaissance est un saut au-delà des concepts, au-delà des croyances, au-delà de tout ce qui a toujours été supposé. C'est un saut dans l'inconnu. C'est un saut dans ce qui a toujours été connu, mais simplement négligé. Je peux reconnaître ce qui est indiqué par ces mots, parce que je suis cela. C'est ce que je suis, au-delà de toute histoire de «moi». C'est ainsi que je sais, que ce qui est montré, et que ce qui montre, est ce que je suis.

Extraits de Je suis la Vie même - Unmani Liza Hyde
Éditions Charles Antoni l'Originel

jeudi 15 janvier 2009

• La quête de soi cesse - Sébastien Fargue

La notion de "moi" ayant disparu, l'éveil ne peut en aucun cas être "obtenu" par "quelqu'un". Aussi, en tant que "moi", je ne peux absolument pas atteindre l'éveil ou être quelqu'un "d'éveillé".


Un jour nous prenons conscience que nous sommes la conscience.
La conscience prend conscience qu'elle est conscience.

Il s'agit alors de notre premier contact avec ce que nous sommes fondamentalement, et qui est le lien entre tout et tous. Nous passons momentanément de la présence inconsciente à la présence consciente.

À cet instant, nous nous retrouvons reliés consciemment et sans aucune volonté personnelle à ce que nous sommes dans l'essence, à notre véritable nature, nous « redevenons» complets.

Ce qui était perdu étant retrouvé, la quête de soi cesse.

Cela étant, l'évolution continue naturellement.

Nous étant retrouvés, notre évolution n'est plus une gêne ou une course. La « qualité » de notre devenir n'est plus le critère de notre valeur en tant qu'être.

La vie est plus légère.

Nous expérimentons la présence lorsque nous nous rencontrons en tant que présence. La présence qui se cherchait se retrouve. Elle voit alors que la recherche est à la fois ce qui lui permet et ce qui l'empêche de se retrouver...

Extraits choisis de La présence intégrale, Sébastien Fargue - Éditions Antoni-l'originel

jeudi 8 janvier 2009

• Souviens-toi !


Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi !

Charles Baudelaire

mardi 6 janvier 2009

• Moments de Silence avec Sri Ramana Maharshi

Moments de Silence avec Sri Ramana Maharshi

Tout à coup, sans que l'on s'y attendît, un groupe de fidèles, assis dans la véranda, devant la grande salle, se mirent à chanter "Arunachala-Siva". En les entendant, Sri Bhagavan ouvrit les yeux, et son regard brilla. Il eut un sourire d'ineffable tendresse. Des larmes de béatitude perlèrent à ses paupières. Il poussa un soupir profond, puis s'arrêta de respirer.
Pas la moindre lutte, pas un spasme ; rien d'autre ne révéla qu'il mourait, mais la respiration ne reprit plus, tout simplement.1

Le Maharshi, Bhagavan Shri Ramana, fut appelé par la colline Arunachala quand il eut 16 ans, après une expérience de mort qui l’amena à l’éveil spirituel.

Le reste de sa vie, jusqu’à ce que son corps fût abandonné 54 ans plus tard, il ne quitta plus jamais sa colline adorée. Des gens de loin et de près vinrent chercher sa présence et furent spirituellement enrichis.
Sa présence divine ne cesse d’être ressentie et sa philosophie universelle attire de plus en plus d’adeptes.
Ce livre est une sélection de ses enseignements, assortis de photos magnifiques, et a pour objectif d’aider l’esprit à se tourner vers l’intérieur et à demeurer dans le profond Silence qui attend chacun de nous.

Un ouvrage magnifique publié chez A.L.T.E.S.S
1 Cette citation ne fait pas partie de l'ouvrage