mercredi 29 janvier 2014

• Une attention à l’attention - Jean Klein


ÊTRE - Approche de la non-dualité
Jean Klein

1973
Abbaye de Royaumont

Il nous faut faire connaissance avec nous-mêmes, avec notre corps, avec notre psychisme, avec la démarche de notre pensée. Habituellement nous dressons un « opposé » au conditionnement qui nous choque. Coléreux, nous nous efforçons de devenir paisible, nous engageant ainsi dans un autre conditionnement. Ou bien encore nous avons recours à diverses évasions. Avec de tels procédés, nous sommes contraints de parcourir éternellement le même cercle vicieux. Il ne nous reste donc plus qu’une attitude de pure observation qui nous permettra de connaître notre terrain, de saisir sur le vif les activités de notre corps, de notre psychisme, les démarches de notre pensée, nos motivations. Dans une première phase, l’observateur éprouve quelques difficultés à être impersonnel, sans choix, il dynamise l’objet, il s’en rend complice. Puis vient un moment où s’installe entre l’observateur et l’objet une zone neutre et les deux pôles perdent leur charge. L’observateur est silence et immobilité, l’objet conditionné n’est plus alimenté. 

Qu’est ce qui nous pousse à agir ? Est-ce que l’action nécessite un motif, par exemple la recherche d’un bien-être ? 

À certains moments, seuls avec nous-mêmes, nous éprouvons une immense carence intérieure. Cette carence est la motivation mère qui engendre les autres. Le besoin de combler cette carence, d’étancher cette soif, nous pousse à penser et à agir. Sans même l’interroger, nous fuyons cette insuffisance, nous cherchons à la combler, tantôt par un objet, tantôt par un autre, puis, déçus, nous courons d’une compensation à l’autre, d’échec en échec, de souffrance en souffrance, de guerre en guerre. C’est là le destin auquel se voue la plus grande partie de l’humanité. Certains se résignent à cet état de choses jugé par eux inévitable. 
Regardons-y de plus près. Trompés par la satisfaction que nous procurent les objets, nous constatons que ces objets prometteurs entraînent satiété et même indifférence. L’objet nous comble un court instant, nous mène à la non-carence, nous renvoie à nous-mêmes, puis nous lasse, il a perdu cette magie évocatrice. Donc la plénitude que nous avons éprouvée ne se trouve pas dans l’objet, c’est en nous qu’elle demeure. L’objet pendant un instant a la « faculté » de la pousser à se révéler et nous concluons à tort que l’objet fut la cause de la plénitude. 
Dans les instants de joie, celle-ci existe en elle-même, et l’objet n’est plus présent. Par la suite, en évoquant cette joie, nous lui surimposons par erreur un objet qui selon nous en fut la cause. Nous objectivons la joie, y référant par la mémoire qui lie l’un à l’autre, alors qu’ils ne sont pas de même nature. Nous constatons que la perspective dans laquelle nous nous sommes engagés, c’est-à-dire la perspective objective, est incapable de nous procurer la plénitude durable. Celle-ci est située en nous-mêmes. Nous avons constaté qu’au moment où nous parvenons à cette plénitude, à cette paix, l’objet soi-disant cause et occasion de cette paix n’est pas présent, il est complètement éliminé, complètement résorbé dans l’expérience. 

Pouvez-vous nous parler de la perspective objective et de ses rapports avec la joie non duelle ? 

Pour pouvoir situer l’expérience, il me semble indispensable d’analyser fondamentalement l’objet qui est pris par erreur comme pouvant contenir la paix et la suffisance. Si nous examinons un objet, nous pouvons constater qu’il n’est rien au fond que sensorialité, sensation. Sans celle-ci : vision, audition, toucher, etc., il n’y a pas d’objet. 
Sur cette sensation, nous surimposons une idée de l’objet, c’est-à-dire qu’un objet est uniquement là quand il est pensé, il est concept. Quand ceci est véritablement, profondément compris : qu’un objet n’est rien d’autre que sensation, idée, et que notre vision précédente nous a montré que l’objet ne contient pas ce que nous cherchons, que se passe-t-il ? Il y a une élimination qui se fait. La sensation s’élimine parce qu’elle ne contient pas ce que je désire profondément, pas plus qu’elle ne contient ce que je cherche. Nous n’éliminons pas pensée et sensation, mais elles s’éliminent de nous. Les choses se détachent de nous, elles se détachent de nous comme un fruit mûr se détache de la branche. 

Ne serait-il pas mieux, plutôt que de saisir les objets qui ne contiennent pas ce que je cherche, de les refuser ?


Les deux procédés sont la même chose : refuser ou saisir, c’est la même chose, ces deux démarches conduisent à un conflit nouveau. Il existe un état sans désir. Quand vous ne cherchez plus à compenser, il y a un état de non-désir, il y a suffisance. 
Il ne s’agit pas ici de refuser l’objet, l’objet vous apparaît alors comme quelque chose qui ne contient pas ce que vous cherchez. S’il y a un endroit où vous pensez avoir mis quelque chose, vous fouillez et constatez que la chose n’est pas là. Alors vous recommencez encore, vous fouillez à nouveau, peut-être deux ou trois fois, vous y revenez. À un moment donné, vous avez fouillé effectivement partout et vous n’avez pas trouvé l’objet. Que se passe-t-il à ce moment-là ? C’est le lieu qui vous quitte en tant que contenant l’objet. Vous ne quittez pas le lieu. De la même manière, l’objet vous quitte. 
C’est un processus complètement organique. Si cette élimination a été pleinement accomplie, dès que la soustraction a été faite minutieusement, que rien n’a été omis, qu’il ne reste aucun résidu, à ce moment-là nous sommes renvoyés à nous-mêmes, à ce que nous sommes essentiellement, dans un état de solitude, de silence dans lequel on s’éveille. Cet état de silence, cette attention silencieuse, cette attention pure, est, si je peux m’exprimer ainsi, une attention à l’attention. Elle est dégagée de toute conception de durée, de volume, temps et espace, et, en fait, ce siège de la Conscience, ce noyau, cet axe de gravité de notre être autour duquel la personnalité s’est greffée, contient notre Véritable Nature, laquelle est au-delà de tout conditionnement et c’est la seule voie. 
C’est uniquement de ce point de vue que nous pouvons réguler notre nature corporelle, psychique, mentale. Si d’autres tentatives de déconditionnement sont entreprises par une approche psychologique, nous restons toujours dans le cercle vicieux. Il y a déplacement de certaines énergies qui se sont localisées et fixées. Nous les déplaçons d’un point à un autre mais nous ne les libérons pas. C’est uniquement l’ultime régulateur, c’est-à-dire la Conscience, la Non-Personnalité, qui est capable de déconditionner notre nature biologique, affective, mentale. 

Dans quel sens employez-vous ce terme : l’ultime régulateur, c’est-à-dire la Conscience ? 

Nous occupons par habitude le point de vue de ce qu’on peut appeler la personnalité, l’ego. De ce point de vue là, nous sommes dans un état de choix constant, nous choisissons l’agréable, nous évitons le désagréable, nous cherchons la sympathie, nous évitons l’antipathie. On pourrait dire que le corps et toute la structure qu’il contient et qui représente notre personnalité, sont orchestrés en fonction de cet ego. Celui-ci exploite le corps, la pensée, et le psychisme, il intervient dans la démarche naturelle de la pensée, du corps. Inutile de dire qu’à partir du point de vue où nous nous plaçons, celui de la personnalité, nous employons uniquement un fragment de nos virtualités, notre cérébralité utilise à peu près un tiers de ce dont nous sommes capables. 
Si ceci est constaté, c’est-à-dire, si au moment où nous objectivons cette personnalité, nous nous situons spontanément en dehors d’elle, nous nous plaçons comme étant celui qui la perçoit, nous pouvons dire que nous occupons désormais un état impersonnel. Cette non-personnalité est l’essence, est la source de la personnalité, mais elle n’exploite pas, comme le fait l’ego, le corps, le mental, la pensée. Nous nous plaçons au point de vue transpersonnel, toute la personnalité trouve une intégration dans cette non-personnalité. Elle y trouve sa source, elle y trouve effectivement son centre de gravité. C’est dans ce sens que l’on peut parler alors de régulateur, pas dans un sens actif ; il agit par sa simple présence. 
Du point de vue de cette non-personnalité, qu’on peut aussi la position du non-choix, le choix se fait spontanément, mais nous ne choisissons pas. Cette position est éminemment morale, éthique, esthétique et fonctionnelle. Ce choix est forcément toujours adéquat à toutes les situations. Il n’a pas besoin d’être contrôlé et c’est à ce moment-là seulement que le corps et le mental trouvent leur liberté et leurs possibilités illimitées. Mais la non-personnalité, la conscience, n’intervient pas comme un régulateur actif, celle-ci joue le rôle d’un régulateur par sa simple présence, et non par un dynamisme orienté. 

C’est donc seulement par la vision juste de la nature des objets que je verrai les choses changer, sans moi ? 

Oui, nous utilisons le mot changer. En fait, la non-personnalité se fait sentir sans dynamisme et absolument indépendamment de toute volonté ; on peut lui donner le nom de Grâce. Cette démarche d’élimination, ce discernement sont toujours accompagnés par l’apparition de la Grâce, par un changement. Celui-ci intervient toujours indépendamment de nous. Dès l’instant où nous voulons changer, nous employons des résidus du passé, de nous-mêmes, nous ne pouvons pas changer, le vrai changement est un inconnu. Vouloir changer veut dire projeter, imposer un inconnu à un inconnu. Nous le faisons très souvent et nous tournons en rond en créant des conflits. C’est toujours par un effet de la Grâce que l’inconnu devient connu. C’est un résultat, celui qui découle d’avoir compris profondément quelque chose. 
Pour employer une certaine analogie, quand vous prenez le cordon de votre robe de chambre pour un serpent, vous êtes effrayé, vous ressentez une immense terreur, et c’est en scrutant la nature de ce serpent que vous ne verrez en lui qu’un cordon. Que ce passe-t-il à ce moment-là ? Toute votre anxiété, toute votre terreur vous quitte, elle meurt d’elle-même. 
Dès l’instant où vous avez compris quelque chose et que vous ne conceptualisez pas cette compréhension, la compréhension est silence et celui-ci est le changement. Il y a résorption du problème, fin de la dualité. 

L’attention que nous portons à l’égard des conflits dans le monde, et celle que nous portons à nos conflits internes, individuels, cette attention peut-elle la même : une même observation délivrée de l’ego ? 

Le conflit résulte uniquement de notre point de vue fragmentaire, or le fragment est toujours un déséquilibre. Partant de ce point de vue, nous ne pouvons que créer de nouveaux fragments et des déséquilibres, et des conflits. Les sociologues et les économistes qui veulent éliminer le conflit social en créent forcément un nouveau. Les sociologues se figurent que le conflit est en dehors de l’individu, or il est créé par l’individu. Il n’y a rien à changer à notre société, il n’y a qu’à changer notre point de vue. 
Si nous quittons le point de vue fragmentaire, celui de l’ego, pour nous placer dans un point de vue impersonnel, celui de la conscience, il n’y a plus de conflit, mais tant que nous occupons ce point de vue fragmentaire et personnel, nous créons continuellement de nouveaux conflits, nous les déplaçons, mais ils demeurent toujours. Le monde lui-même ne présente aucun conflit, c’est nous qui le créons de toutes pièces. Tant qu’un homme considère son corps comme étant lui-même, il est soumis à ses glandes, à ses sécrétions internes, à ce que je pourrais appeler son conditionnement, mais s’il réalise que ce corps n’a aucune réalité, je veux dire, aucune indépendance, qu’il dépend toujours de celui qui le perçoit, il constate qu’au fond le corps n’est rien d’autre qu’un objet. À ce moment-là, une chose extraordinaire se produit, l’homme n’est déjà plus complice de tout cet héritage. Il va se trouver aligné et harmonisé selon le point de vue impersonnel. Son action est désintéressée, adéquate à toutes les situations, à toutes les conditions, à tous les problèmes. Il en découle un épanouissement où le corps trouve sa propre sagesse, la Conscience, c’est elle qui est le foyer, et de ce foyer, les étincelles sortent et se perdent, nous nous identifions à elles par erreur, mais nous ne sommes pas elles qui ne sont que des fragments. De ce foyer la dualité est abolie. 

Vous avez dit que dans ce que vous appelez la position de non-choix, on est toujours adéquat à une situation donnée, comment cela peut-il être ? 

La position du choix est une position fragmentaire. Quand vous partez d’un fragment, il en découle une action fragmentaire qui engendre un conflit et un déséquilibre. La position du non-choix implique une disponibilité totale face à l’actuel. L’action qui en découle naît de l’harmonie implicite de l’unité de la vie, qui ne comporte ni contraire, ni contradiction. 
La position du non-choix, du Soi, est une position de l’Unité, de l’Un. Il n’existe rien en dehors de lui. À partir de cette position-là, nous transcendons le triple temps : passé, présent, futur. Nous transcendons la dualité du bien et du mal, là où l’on dit : j’aime ou je n’aime pas, où l’on est dans un état positif ou négatif. C’est une position libre de toute mémoire, une position d’entière insécurité, mais dans cette entière insécurité, nous trouvons la sécurité constante. Partant de cet état, si quelqu’un vous apporte une béquille pour vous procurer une soi-disant sécurité, c’est à ce moment-là que se crée l’insécurité : comme quelqu’un qui aurait trouvé l’équilibre parfait lui permettant de marcher sur une corde, puis, brusquement, on veut le prendre par la main et le soutenir, on lui fait perdre cet équilibre. 

Comment peuvent intervenir dans notre expérience les techniques de Yoga et les régimes alimentaires ? 

Il ressort de ce que nous avons pu dire de cette expérience, que ce foyer de créativité, la Conscience, qu’elle ne se situe pas dans un cadre corporel, affectif, mental. Je m’interroge moi-même aux différents moments de ma vie et je constate que je suis toujours poussé d’un objet à un autre par une profonde anxiété, peur, insécurité, incertitude, et nous avons vu que l’on ne peut pas trouver la sécurité dans un cadre, dans les objets dont la nature est insécurité, sensation, émotion, pensée, qui sont en continuelle apparition et disparition. De plus, ils changent continuellement à travers les quatre âges : enfance, adolescence, maturité et vieillesse. Si cette expérience transcende ce cadre, pour quelle raison voulez-vous le manipuler, le dilater ? 
Nous pouvons bien entendu observer qu’un corps complètement encombré par des aliments non appropriés nous a laissés depuis notre enfance chargés de résidus, créant ainsi une immense opacité, nous privant de toute transparence et de l’acuité de nos sens. Il est intéressant d’amener un tel corps à un certain processus d’élimination de ces encombrements, et en même temps, lui donner une alimentation appropriée à cette machine. Lorsqu’il est alimenté d’une façon adéquate et saine, il se produit forcément une élimination de ces encombrements. Tout notre organisme réagira d’une façon différente et cela entraînera incontestablement des réactions sur le plan psychique. Certaines formes de yoga peuvent nous rendre conscients des encombrements du corps. 
Les âsanas peuvent aussi attirer notre attention sur la lourdeur de notre corps : combien il nous apparaît comme étant épais, encombrant, opaque, non transparent. Vous vous libérez également des encombrements et nourrissez votre corps avec le souffle. Tout cela est vrai, je vous l’accorde, mais à condition que ce soit fait avec beaucoup de justesse. Nous ne devons pas perdre de vue la perspective non objective dont nous avons parlé. Vous ne trouverez pas, grâce à ces exercices, ce que vous cherchez profondément, c’est-à-dire vous libérer profondément de votre anxiété. 

© Publié avec l'aimable accord des Éditions Almora, que nous remercions.


mercredi 1 janvier 2014

mardi 24 décembre 2013

• Réveillons... nous !



De la naissance de Jesus extérieur... à la naissance du Jesuis intérieur !
Comme quoi, une simple voyelle peut faire toute la différence...

samedi 21 décembre 2013

dimanche 1 décembre 2013

• Ce « Je » est impersonnel, universel - Alex Kimpe


En février 2012, le rêve de mon histoire personnelle s’est définitivement terminé. Est apparu alors un mystère sans nom. Cela ne m’avait jamais quitté,  j’avais simplement oublié ce que j’étais. Maintenant, il y a un vide vibrant sans commencement ni fin. Nous sommes tous Cela. Nous sommes l’Un.
Le monde tel que nous le percevons, la vie que nous pensons vivre et la personne que nous semblons être apparaissent au sein de la conscience. La conscience est une étincelle qui surgit dans l’Absolu. L’Absolu est ce qui est. L’expérience directe de cette vérité est ce qu’on appelle la liberté.
Expériences d'éveil :

Première expérience : Février 2012. Un soir, après plusieurs heures de méditation, une prise de conscience radicale à eu lieu. Étonné de ne jamais l’avoir remarqué auparavant, j’ai réalisé qu’absolument tout ce que je connaissais, expérimentais ou percevais était un rêve qui se déroulait à la périphérie de la conscience. Toute ma vie avait été une vague et cette vague se souvenait maintenant de ce qu’elle était : l’océan. Étrangement, je me sentais trahi. Ce fut un choc brutal !
Le moi, synonyme d’inconscience, s’était accaparé chaque petite parcelle de ce que j’appelais alors « ma vie » : je travaille, je regarde, je médite, je respire, j’aime, je dors, etc. Cette découverte fut d’une intensité si bouleversante qu’une panique presque insupportable surgit. Je comprenais que mon corps, ma vie, la relation avec ma femme, la spiritualité, la terre, le cosmos, Dieu… absolument tout était conçu par le moi pour me garder emprisonné dans un état de sommeil profond. Réalisant que Dieu aussi était un leurre je me suis effondré. J’avais tout inventé, rien de ce que je vivais n’était vrai. Je mourais et Dieu mourait avec moi.
Il n’y avait plus aucun espoir, j’étais totalement seul, abandonné de tout. J’ai commencé à prier : « s’il vous plait, s’il existe quelque chose de vrai, venez à mon secours ». Mon cœur battait la chamade et je transpirais à grosses gouttes. L’intensité parvint à son comble et je sus intuitivement « soit je m’éveille de ce cauchemar, soit je deviens fou ». À cet instant précis je sentis une expansion fulgurante, une sorte d’explosion. Malgré la terreur incommensurable qui survint, j’ai pu me laisser aller au processus. Au même moment, le moi prit la fuite. En essayant de trouver refuge partout et en tout sans y arriver, il s’est finalement dissout.
Le lendemain matin, j’avais l’impression d’être un nouveau-né voyant le monde pour la première fois. J’étais incapable de nommer les choses. Malgré cela il m’était possible de fonctionner plus ou moins normalement. Je me sentais un peu confus, mais assez vite le brouillard s’est dissipé. En entrant en contact avec d’abord ma compagne, puis mes proches, mes collègues et mes amis, je me suis aperçu, à ma grande surprise, que pratiquement plus aucune réaction égotique ne survenait.
Ce fut le début d’une période d’extase, accompagnée souvent par des rires incontrôlables. J’allais faire de longues promenades dans la forêt pour savourer ce nouveau trésor. Chaque fois qu’un souvenir de moi surgissait, je le reconnaissais de suite comme étant illusoire. Cela me remplissait de bonheur. Il me suffisait de regarder mes mains pour m’effondrer de joie. Il m’était devenu impossible de les considérer comme étant miennes. Même le mot « main » était de trop. Lorsqu’une pensée tentait de me convaincre de son existence, je voyais instantanément l’absurdité de la chose. Absolument tout était un mystère que je n’avais pas besoin de résoudre. J’étais l’inconnaissable, j’étais le tout. Alexandre avait disparu. Intuitivement je savais qu’une transformation radicale était survenue. Je sus que j’étais libre, aussi incroyable que cela puisse paraitre.
Deuxième expérience : L’abandon total a eu lieu quelques semaines après l’éveil initial, un soir, en regardant la télévision avec ma compagne. Sans raison apparente, mes mains attiraient mon attention. En les fixant du regard, une intuition claire et nette émergea : « Quand ce corps disparaitra, cette expérience d’éveil disparaitra aussi, ceci n’est donc pas l’éveil. Ce qui peut aller et venir n’est pas l’ultime ». Là, subitement, mon corps s’est complètement détendu et au même moment, j’ai ressenti une crainte révérencielle. Je me souviens encore d’avoir rapidement demandé pardon, probablement parce que je pressentais qu’un événement colossal était sur le point de se produire. Puis, en un clin d’œil tout disparut : la télévision, le living, ma compagne, moi… tout.
Je sentis une lourdeur énorme et j’eus l’impression d’être aspiré vers le bas à une vitesse vertigineuse. Quand ce mouvement s’arrêta enfin, il n’y avait plus personne. Il n’y avait que l’immensité, une immensité tellement vaste imprégnée d’une paix tellement profonde qu’il est impossible d’en parler correctement. Rien ne pouvait perturber cette paix. J’étais cette paix sans avoir connaissance de ce que j’étais.
Au sein de cet espace infini apparut soudainement une étincelle de la taille d’une tête d’épingle. Comme une pensée, elle surgit. Il n’y avait aucun lien de cause à effet entre l’étincelle et l’immensité. Cette étincelle est ce que nous appelons Dieu, la conscience pure au sein de laquelle semble éclore l’expérience que nous appelons « univers ». Elle rayonne un irrésistible désir d’être. Son nom est « Je ». Ce « Je » est impersonnel, universel. C’est une explosion de conscience.
Ce flash infinitésimal a lieu maintenant, mais je ne suis pas la conscience. Je suis tout ce qui n’est pas cette étincelle, c’est-à-dire : rien. Il n’y a aucune expérience, il n’y a que cette paix infiniment profonde. Je suis cette paix ; c’est ce qui est… c’est l’origine sans commencement. Il n’y a pas de mots pour décrire Cela car les mots appartiennent à la conscience. Je suis ce rien, et ce rien, c’est tout.
En rouvrant les yeux, je fus sous le choc. Dans la pièce, il n’y avait plus personne pour expérimenter quoi que ce soit. Tout était là, mais tout était totalement vide. Je me souviens d’avoir pensé un peu naïvement : « tiens, c’est donc ici que Bouddha habite ». Ce qui venait de se produire, c’est ce que chacun craint et désire au plus profond de lui. Cela ressemble à la mort, mais ça ne l’est pas, c’est la libération. À cet instant ma quête spirituelle prit définitivement fin.
Cette « non-expérience » marqua aussi le début d’une découverte sans cesse renouvelée. Joie ultime ! Être vide du monde ! Être conscience pure disparaissant dans le vide. Être Amour. Être ce vide conscient, vibrant et amoureux. Être ! Le désir de saisir disparut pour faire place à un émerveillement, un étonnement plein de gratitude. La paix sans fin ni début est la source de cette joie. 
Troisième expérience : durant le printemps et l’été 2013, un an après l’éveil, presque imperceptiblement une dépression se manifeste. Curieux et fasciné, le processus est observé. Mais des pensées de plus en plus sombres et noires déferlent. Petit à petit, tout perd son sens. Des pensées suicidaires remontent à la surface et au moment où la dépression menace de briser la relation amoureuse avec ma compagne, je commence à m’inquiéter.
Mais que se passe-t-il donc ? Il m’est devenu impossible de voir l’amour. Je pense à Auschwitz, à la prostitution, aux cartels de drogues, aux guerres, à toute la misère dans le monde et je suis horrifié. Je crois mes pensées et j’en conclus : ceci n’est pas de l’amour ; autant quitter ce lieu de misère.
Puis un matin, je me souviens d’un weekend passé avec Tony Parsons. À la fin du stage, Claire, sa femme, était venue vers moi pour me dire qu’une fois de retour chez moi, je devais absolument appeler Tony pour parler, en privé, de « mon » expérience d’éveil; ce que je n’ai pas fait, puisque tout allait parfaitement bien. Un an après, je me vois composer son numéro et c’est lui qui décroche. En deux, trois paroles j’explique et il capte tout de suite. Il m’explique que c’est le moi, qui tente de se reconstruire. Et puisque c’est impossible — lorsque le vide absolu se dévoile, il n’est plus possible de faire demi-tour —, le moi meurt, tout simplement. « Les derniers débris du moi sont en train de mourir ; le moi n’est pas un ennemi, ne donne pas de force à ce processus. L’amour n’a pas besoin de puissance, le moi en a énormément besoin », me dit-il.  
Dans un deuxième entretien téléphonique, il m’explique que tout est l’un ; aussi bien l’ultime beauté que l’ultime horreur. Je comprends immédiatement. Pour le mental, ce constat est inacceptable. Mais le mental crée un monde illusoire de beauté et de laideur, de bien et de mal, de sombre et de lumineux. L’un (la non-dualité) englobe tout cela. Dans l’un, il n’y a pas d’opposés, ni d’avant, ni d’après, ni de distance, ni de connaissance. Tony dit : « c’est le paradoxe ultime du rien qui apparait comme le tout (nothing appearing as everything) ».
La méditation refait surface. Pas dans le sens traditionnel du terme, mais en marchant et en m’asseyant, dans la simplicité totale, sans but. C’est « être avec » l’agonie du mourant. Ce mourant est au seuil de sa disparition, entouré de bienveillance, d’amour et de sagesse sans mots. Le vide n’est plus effrayant, c’est la paix ultime. Ce vide est libre de sens et de non-sens. Les opposés disparaissent. L’amour émerge. La détente s’installe. Maintenant le cœur s’ouvre et un mouvement naturel de compassion envers tout ce qui vit à lieu. Entrer en contact avec la souffrance profonde et universelle m’a permis de ne plus chercher refuge dans l’absolu, mais d’être ici et maintenant, dans la beauté ainsi que dans l’horreur, sans juger, avec un cœur ouvert. L’expérience de la dépression a donné une profondeur insoupçonnée à la vie. Merci Tony. (Tony Parsons : http://www.theopensecret.com/ — En français).
Si vous ressentez un désir authentique de liberté, nous pouvons enquêter ensemble sur la nature intime de l’éveil spirituel. Rendez-vous en tête à tête (le plus puissant et le plus direct), sur skype (Pseudo: Alexander.Kimpe), ou bien par courriel, ou encore, par téléphone. Une autre possibilité est de participer aux Satsangs (groupe), chaque dernier jeudi du mois.

Vu sur le site d'Alex Kimpe : Vivre Carpe Diem, le retour à la source

samedi 30 novembre 2013

• Ceci est simplement un rêve - Nathan

Nathan a 5 ans et 3 mois (fin Janvier 2010) quand il se met soudainement à discuter en prenant son bain.Il semble que beaucoup d'enfants prononcent ce genre de "bêtises". Nathan a 5 ans et ne sait évidemment rien de la non-dualité, c'est simplement ce qui vient à lui, et «accidentellement» cela coïncide de façon transparente avec l'Advaita Vedanta (la non-dualité), une tradition vielle de plus de 1000 ans (page originelleTraduction par Alex Kimpe (avec l'accord du papa de Nathan).
Vu sur le nouveau blog Éveil et non-dualité que nous saluons.



vendredi 29 novembre 2013

• L'intime et l'ordinaire - Aksysmundi


Découvrir le Divin au sein-même de l'intime,
le Miraculeux au coeur-même de l'ordinaire...

Invitation à venir découvrir les aphorismes d'Aksysmundi sur sa page Parfum d'éveil (mais ici aussi !).

Encore un autre, pour le plaisir : 

La frustration de ne pas être grand chose
se dissoue dans la plénitude de n'être Rien.

jeudi 21 novembre 2013

• La fraîcheur de l'instant - Betty


Ce témoignage est une invitation à reconnaître que ce que nous percevons n’est qu’un rêve auquel nous nous identifions. Nous sommes prisonniers de notre propre construction mentale, de l’image de nous-mêmes que nous nous sommes fabriquée.  Nous sommes préoccupés par nos désirs, nos ambitions… et  notre quête spirituelle.
Notre préoccupation constante au sujet de notre personnage est ce que nous nommons habituellement notre réalité, et que Betty appelle “un rêve d’individualité”.
Ce rêve est une construction mentale robotique. Ce livre est le témoignage de “la fin d’un rêve d’individualité”,  de l'individu que l'on croit être.
Le rêveur est conditionné à croire (réagir avec sa mémoire) et non pas à voir directement et lucidement l’événement qui se déroule dans l’instant.
Betty démonte magistralement ce fonctionnement erroné.
Voir prendra la forme du symbole “On ne rêve que de soi”. La façon la plus directe de se voir est de regarder le moment présent comme étant le reflet précis de qui on croit être.
Pour que disparaissent les vitres illusoires de son aquarium personnel, le rêveur n’a qu’à regarder ce qui se déroule dans sa vie quotidienne. La vigilance est essentielle pour cette remise en question, une vigilance constante à remettre son attention dans l’instant.
Betty constatant que “le rêve est un mécanisme désincarné, sans âme, répétitif, une machine” ; un lâcher prise fondamental en résulte. Avec le lâcher prise vint le basculement : “Je suis l’inconnu, le vivant… La Vie est comme une source d'eau vive qui jaillit…”
Avec des mots simples, un langage clair et direct, Betty nous parle de ce courant vivant, vibrant.
Un livre passionnant, un témoignage extrêmement précieux qui se lit en même temps comme un roman. Son invitation pour accomplir notre propre voyage intérieur est un vrai message de joie. 


Extrait de l'ouvrage :

L'art de voir

Qui est le soi ? Existe-t-il réellement ? Comment le voir sans le laisser vous rembobiner dans le rêve à nouveau ?
Le soi dont on parle ici est le rêveur, le personnage que l’on croit être. Ce personnage vous semble être un individu réel qui évalue, veut se perfectionner, s’améliorer et même s’illuminer. Il est celui que vous appelez « moi ». Il veut se réaliser dans le futur, car il croit au temps d’apprentissage par l’accumulation de connaissances. Il vit dans le temps.
Mais qu’est-ce que le temps ? Le temps est le mouvement imaginaire de ce personnage. Ce personnage est une erreur de perception, un personnage fictif, un amalgame de souvenirs, de théories et d’habitudes.
Regardez honnêtement ce qui définit votre « je », sur quoi repose votre identité. La personne que vous avez cru être dans le passé, que vous croyez être maintenant et que vous prévoyez devenir dans le futur n’est jamais stable, jamais identifiable. Quand vous proclamez : « Moi, je sais que… », de qui parlez-vous ? à partir de quel point de vue ?

Le lâcher-prise
Le lâcher-prise est la reconnaissance de l’évidence que la vie n’a pas besoin du rêveur pour être, pour s’exprimer à travers le corps. Lâcher prise partiellement est vouloir garder vivant ce personnage. Si ce lâcher-prise est partiel, il est conditionnel et relève d’une décision mentale qui garde le contrôle.
S’interroger sur la validité de soi est la seule vraie remise en question, la seule véritable interrogation. Elle créera un doute fondamental au cœur même de ce personnage fictif : « Se pourrait-il que je n’existe pas et que le « je »  ne soit qu’une illusion ? Se pourrait-il qu’il n’y ait pas d’être lumineux à l’intérieur de moi qui attende juste d’être éveillé ? Se pourrait-il que je sois seulement l’idée que je me suis faite de moi-même ? »
L’honnêteté vis-à-vis de ces questions va déterminer votre disponibilité véritable à voir la réalité une fois pour toute. Elle va créer une ouverture qui donnera le recul nécessaire pour voir ce personnage en action. Cet ultime lâcher-prise vous laissera seul, positionné sur le seuil de la grande machine à rêver, libre pour voir qui est ce personnage que vous imaginez être.
Ce lâcher-prise déstabilisera l’égo, l’individu, le rêveur, le chercheur qui croit contrôler sa vie et celle des autres. Désirez-vous encore travailler à améliorer ce personnage fictif ? À le sauver ? À lui donner de la force, du courage ? À le consoler de ses peines imaginaires ? À l’amener sur un chemin imaginaire vers une  libération remplie d’amour et de réconfort ?

Voir
L’art de voir est un don commun à l’humanité. Il vous appartient fondamentalement. Perdu dans le tourbillon de votre désir de devenir, de vous investir dans une personnalité mécanique, vous avez oublié la véritable nature de l’être humain.
Quand je parle de voir, je ne parle pas de prendre le chemin d’une nouvelle quête spirituelle qui bonifierait votre personnage imaginaire. Je parle de développer une attention lucide, dans l’instant. Assoyez-vous à l’intérieur de vous sur un petit banc, soyez immobile et ouvrez les yeux de l’intérieur.
L’œil intérieur est un regard de braise qui voit que le mental réactif vous impose son rythme duel  ; un regard lucide qui voit la valse des émotions  ; un regard qui voit le premier trait de chaque esquisse des scénarios du mental réactif.
Regardez comment vous fonctionnez. Regardez cette compulsion à vous laisser aspirer par le rêve d’individualité. Regardez bien en face ce personnage, regardez-le s’émouvoir, quêter des sensations et les traduire. Regardez-le réagir, avoir une opinion personnelle, se débattre pour avoir raison, et vous découvrirez les rouages de cette machine à rêver.
Le personnage prétendra que voir lucidement dans l’instant est hasardeux, même dangereux pour lui. Il a bien raison. Il vous enverra des messages d’instabilité. Il veut chercher des solutions dans ses connaissances, dans le passé. Voir le garde dans le moment présent. Il ne sait plus comment fonctionner. Laissez-le s’inquiéter et regardez cette machine en action. Porter votre attention et la maintenir dans l’instant dénature ce personnage, le maintient hors de son milieu de survie imaginaire.

Qui regarde ?
C’est le personnage qui regarde, car il a la capacité de se voir rétroactivement, et son regard est teinté de ce qu’il croit être. Il se multiplie à l’infini et n’abdique pas facilement. Il se voit à travers le filtre de ses émotions, de ses sensations corporelles et de ses convictions mentales.
Tout ce que ce personnage croit être contribue subtilement à le repêcher et à le relancer dans sa bouillie mentale. La vigilance est essentielle pour cette remise en question perpétuelle, une vigilance constante à remettre son attention dans l’instant.
Le rêveur est conditionné à CROIRE (réagir avec sa mémoire) et non pas à VOIR directement et lucidement l’événement qui se déroule dans l’instant. Cet évènement qui se déroule dans l’instant est le miroir du personnage que vous croyez être. Vous croyez que voir dans l’instant demande beaucoup plus d’énergie que rêver ? Et si vous vous trompiez ? Rêver c’est être mort et persister à affirmer dans le temps : je vis  !
Voir vous donne l’impression de vous réveiller le matin en étant conscient simultanément du retour à la réalité et des sensations éprouvées par le personnage dans votre rêve diurne. Vous vous identifiez au personnage et à celui qui le regarde successivement jusqu’au réveil complet. Vous avez l’impression de vous réveiller d’un rêve, doucement à votre rythme. Voir n’est pas un atterrissage d’urgence en catastrophe, mais ouvrir les yeux doucement et constater : je rêvais. Ne vous inventez pas de scénarios spectaculaires. C’est beaucoup plus simple et naturel que vous le croyez.

Qu’est-ce que l’instant, et pourquoi se repositionner dans l’instant ?
Dans le rêve, on ne voit que ce qui est mort, passé, daté, jamais le Vivant. Le rêveur vit dans un univers figé, inanimé. Il vagabonde dans le temps, flâne dans sa mémoire pour évaluer pour la millième fois les connaissances qu’il croit avoir accumulées. Ces connaissances, il les garde en prévision d’un désastre ou d’un moment de grâce, afin de réagir face à l’inconnu. Remettez constamment votre horloge à zéro et maintenez-la à zéro autant que possible. Ce temps accumulé, cette mémoire qui semble être la matrice de votre vie, n’existe que dans le rêve. Constatez la tangente qu’essaie de prendre le personnage à chaque tentative de remise à zéro, constatez comment le mental se rebiffe et essaie de recycler le scénario sur le chemin du progrès vers la libération à travers la mémoire. Maintenir l’attention dans l’instant désencombre le mental réactif, l’empêche de puiser dans la mémoire pour construire de nouveaux scénarios.
Êtes-vous vraiment disponible pour accueillir le fait que vous ne saurez jamais à l’avance ce qui arrivera dans la prochaine seconde, qu’aucune porte pour quitter le rêve n’existe ? Il n’y a personne à éveiller, personne à consulter, personne à épargner  ; il n’y a personne.


jeudi 7 novembre 2013

• Récit d'une initiation - Patrick Vigneau


En route 

Tout homme sur cette planète a une responsabilité fondamentale. Celle d’évoluer. Et cette responsabilité peut prendre beaucoup de formes différentes.
Pour moi ce fut sous la forme d’un appel spirituel à l’entrée de l’âge adulte, dans les années 1970.
La dimension spirituelle ne fut pas éveillée dans ma jeunesse, alors qu’elle a toujours été présente dans ma vie, s’exprimant par l’art, la philosophie, la quête du beau, la soif de paix, le besoin de liberté, la poésie.
Je ne m’en rendais pas compte alors.
C’était une époque de rêves, d’idéaux, pleine d’espoirs.
Tout semblait possible. De nombreuses routes s’ouvraient devant nous.
Aujourd’hui, la société dans laquelle nous vivons est en crise.
Crise dont on évoque surtout l’aspect économique, mais nous savons très bien que c’est une crise beaucoup plus profonde, une crise de conscience. Car c’est bien la conscience humaine qui produit le système. Les guerres, les injustices, la corruption sont créées par l’homme.
Il y a une urgence impérieuse d’une évolution, d’une mutation des consciences. Non pas selon un rêve transcendantal, mais selon une sagesse très terre à terre. Une véritable sagesse, de cette sagesse qui conduit a faire des choix « justes ». C’est à dire non ego-centré.
En effet, n’est-ce pas l’égoïsme humain qui produit le désastre écologique qui s’annonce ? N’est ce pas l’avidité personnelle qui conduit à promouvoir l’enrichissement comme but de vie ? Soif de gagner de l’argent qui aboutit à des montages financiers provoquant les crashs boursiers et les faillites. La crise financière a été créée par la cupidité et la soif aveugle d’argent. La dictature des marchés financiers ne s’intéresse pas à l’humain, et elle menace très directement la paix sociale.
Le monde avance aujourd’hui en produisant de plus en plus d’inégalités entre les grands riches et le vaste peuple. Est-ce cela le progrès ? Est ce cela que nous voulons ?
Une civilisation qui crée la pollution et favorise l’extinction des espèces est fondamentalement malade. Personne ne peut consciemment défendre ce comportement.

La complexité du monde ne doit pas nous conduire à la passivité. La pire des attitudes est l’indifférence.
Car nous pouvons toujours apporter notre contribution à l’évolution du monde.
Les armes de distraction massive sont de plus en plus dangereuses. Le monde virtuel qui propose une gigantesque
médiathèque est un formidable outil d’information mais aussi d’abrutissement des consciences. L’abreuvement quotidien d’informations tue la réflexion profonde. La jeunesse perd le sens du réel, de l’effort, de la patience, de la relation humaine. Le système éducatif a perdu aussi le sens de la vie véritable, puisqu’on instruit l’enfant pour l’intégrer à un système malade. Et cet enfant se distrait avec multiples écrans afin d’oublier son mal-être.
Une seule chose importe et guide tout : l’économie. Les soins hospitaliers sont soumis à la rentabilité à tout point de vue. L’humain n’est plus considéré qu’en tant que machine dans un système gigantesque ou l’économie est devenu le dieu tout puissant. Les hommes politiques ne sont plus que des girouettes gestionnaires dont le but premier est de séduire l’électeur.

Nous pouvons raisonnablement penser qu’il n’y a rien à attendre de la classe supérieure de la société. Politiques et grands dirigeants ne peuvent envisager de changer les choses, car ils bénéficient de ce gigantesque drame.
A court terme, cela leur profite, financièrement. Ils vivent en castes, en circuit fermé, coupés des réalités. Alors ils bricolent des ajustements pour retarder l’écroulement. Ils manipulent les consciences pour faire croire qu’il n’y a pas d’autre alternative.
L’activité humaine n’est plus que mensonge, fuite du réel, faux-semblant, manipulation.
Comment vivre, sans authenticité, sans une réflexion approfondie sur ce qui nous anime, sans engagement essentiel ?
Et si puissantes que soient les forces qui conditionnent l’individu, l’homme a la faculté de prendre des décisions qui vont influencer son destin. Ce pouvoir de prendre position, de décider ne se perd jamais.

Chaque être humain demeure limité et sa liberté aussi. Cependant, même s’il n’est pas totalement libre par rapport aux conditions qui l’entourent, il conserve la liberté d’interpréter et de prendre position à l’égard de ces facteurs.
Ainsi, chaque personne possède la liberté de changer, et beaucoup plus qu’il ne l’imagine.
Car l’une des principales caractéristiques de l’être humain est sa capacité à créer. Chacun est créateur, chacun peut décider de sortir des habitudes, chacun peut créer des comportements nouveaux. Même si cette capacité est peu utilisée, elle existe.
Chacun est capable de faire des choix différents, à tout point de vue. Chacun peut prendre des décisions afin de changer beaucoup de choses dans sa vie. Et donc dans ce qui l’entoure.
Chacun influence le monde consciemment ou pas. Chacun peut décider de continuer sa vie telle qu’elle est, ou bien de la transformer. C’est là notre liberté.

Et nous pouvons l’exercer ou pas.
Ensuite l’aptitude à réussir dépend souvent de l’intensité de l’engagement.
De plus, j’ajouterai que nos choix, qu’ils soient délibérés ou en réaction à des pressions, sont aussi orientés par une force de vie qui nous dépasse complètement.

Le temps est venu de retrouver la beauté de la sagesse, de refuser l’utilitarisme mercantile qui transforme l’homme en machine à consommer. Le temps est venu de décider si l’on fait quelque chose ou si on laisse les autres faire pour nous.

L’homme s’est laissé enfermer par son égoïsme. La recherche actuelle de qualité de vie marque indéniablement un besoin de changement. Mais il est nécessaire de comprendre que notre recherche de bien-être ne peut se réaliser sans un éveil de la conscience. C’est beaucoup plus qu’un désir d’amélioration qui est requis.
L’éveil de la conscience est une ouverture au nouveau.
Et sans cette ouverture, rien de nouveau ne peut apparaître, ou plus exactement surgir.

Une nouvelle étape de l’évolution humaine se décèle dans la crise de la société.
Pour l’individu, cette évolution nécessitera un choix. Choix de vie, choix de conscience, qui permettra une ouverture au nouveau. Cela se ressentira comme la venue d’une force, d’une énergie, qui semblera totalement nouvelle.
Et pourtant qui aura toujours été là. Comme une graine qui n’avait pas encore germé.
Ce n’est pas un idéal, ni une formule poétique. Il y a réellement quelque chose de totalement nouveau qui attend. Une force qui peut modifier certains éléments essentiels de notre conscience.
Le vieil homme qui me permit de le découvrir l’appelait Adi Shanti. Mais d’autres noms lui furent donnés en d’autres lieux.

Aujourd’hui, je viens témoigner de cette rencontre et de cette expérience car j’ai compris que cela ne m’appartenait pas. Il a fallu près de 30 ans pour que j’ose en parler, pour que ce livre se prépare. Il a fallu ce temps pour que je comprenne et clarifie ce que furent pour moi les effets d’une rencontre foudroyante.
Celle avec un homme, un véritable sage, qui était aussi prophète : Sri Manoharan. Il fut un initiateur, un maître, un passeur. Un homme ordinaire, discret et peu connu en occident, il fut cependant un précurseur. Il n’y a que peu de documents sur cette grande âme, l’essentiel ici vient de mes souvenirs, de mon journal et de l’esprit qu’il m’a transmis.

Dans ce livre, je vous raconte un peu de mon parcours, mêlant à la fois quelques évènements extérieurs, des rencontres, des lectures qui m’éclairaient, et aussi des états intérieurs vécus au cours de cette rencontre.


Tout commença alors que je me sentais de plus en plus en décalage avec un entourage. Alors, un jour, j’ai décidé de changer de vie. Coûte que coûte. Même si on me prenait pour un fou insouciant, j’avais pris la décision de recommencer ma vie. Ça n’avait pas été difficile, en fait, la vie que je menais auparavant n’avait absolument plus aucun goût pour moi. La décision s’imposa avec force, elle a dû paraître extrême pour mon entourage. Mais elle fut la plus belle, et de loin. Ce fut comme un saut dans l’inconnu. Je quittai mes études, mon petit avenir tout tracé, mes relations, mon appartement. Je pris la route.
J’avais à ce moment acquis une nouvelle compréhension, mais je ne savais pas encore que c’était une force : je ne cherchais plus à contrôler tout ce qui pouvait arriver.
Je partis à Calcutta, aujourd’hui appelé Kolkata. Ce fut en premier lieu la découverte d’une autre culture.

Quelque chose de radicalement différent de mes petits voyages en Europe.
Et cette culture m’a immédiatement séduit. J’en parlerai donc car le Bengale mérite d’être mieux connu, de par sa grande richesse artistique et spirituelle. Mais je crois que l’essentiel n’est pas lié à cet exil, même si un déracinement peut faciliter un état d’ouverture, un détachement par rapport aux habitudes. Mais cela peut se passer chez soi, car l’essentiel se passe dans la conscience.

Je vous offre ma sincérité, et vous invite à laisser ces mots résonner en vous afin que la rencontre ait lieu. Le mental en paix, à la lecture de ce récit, il se peut qu’une phrase vous parle avec force. 

Alors, ce qui dépasse de très loin les mots se fraiera un chemin en vous. Beaucoup de choses indicibles se font entendre ainsi et ce qui est n’est pas écrit peut être perçu de cette manière.

J’ai ajouté à ce récit quelques pages de questions-réponses témoignant de ma démarche actuelle, espérant qu’elles aideront à expliciter le message du Shanti Marga (la voie de la paix) qui me fut transmis par Sri Manoharan.
Cette voie de la paix m’a révélé le pouvoir des décisions.

Cette force est appelée Samkalpa.
Tout ce que l’homme a vécu et créé sur cette terre est la conséquence de cette force.
Et tout ce que l’homme vit en ce moment est le fruit de décisions antérieures ; et tout ce qu’il vivra dans l’avenir sera le résultat de ses décisions présentes.

« Que vos décisions (Samkalpas) soient petites ou grandes, faites tous les jours quelque chose qui vous fera avancer vers votre but. Même si vous ne faites qu’un petit pas, c’est un progrès.» (Sri Manoharan)

Puisse ce livre rendre hommage à Sri Manoharan tout en respectant sa pensée et sa personne. J’ai mis dans ce livre le plus juste de moi-même comme il l’aurait souhaité.

Patrick Vigneau
  


« La prochaine étape de l’évolution humaine a commencé avec la venue de l’Adi Shanti.»


« Toute âme est en puissance divine.
Notre but est de manifester le divin qui est en nous en contrôlant la nature extérieure et intérieure.
Parvenons-y par le travail, par la maîtrise de l’esprit ou par la philosophie, par l’une de ces voies ou par toutes, et soyons libres.
C’est là toute la religion. Les doctrines, les dogmes, les rites, les livres, les temples et les formes ne sont que des détails secondaires

Swami Vivekananda
 

1. Adi Shanti, la paix originelle


Tordu de douleurs, tombé au sol sur le carrelage de la chambre, j’étais incapable de parler, le cerveau dans un état de panique. Je ne comprenais pas ce qui se passait en moi.
J’essayais de ramper jusqu’à la porte, mais elle semblait si loin ! J’avais mal, très mal, dans tout mon corps.
Puis j’entendis une voix qui murmurait à mes côtés. Je ne comprenais rien de ce qu’elle disait. Cela ressemblait à une longue litanie. Il me semblait alors qu’un homme âgé tenait ma main, enfin, je n’en n’étais pas trop sûr. Cependant, dans une sorte de brouillard, j’ai vu des yeux noirs et brillants qui me regardaient... Profondément... Puis j’ai dû m’endormir car je ne me suis souvenu de rien d’autre.
Quand je repris conscience, les douleurs avaient disparu, tout semblait aller bien. Quelques heures plus tard, le médecin m’apprit que cette crise aurait pu m’être fatale.
Mais il ne comprenait pas comment « cela » avait pu disparaître... tout seul… Cette expérience m’est arrivée dans une chambre d’hôpital en Inde, à Calcutta.
Ce fut ma première rencontre avec Sri Manoharan.

On peut dire que tout commença par la décision d’aller en Inde. Pourquoi avoir choisi Calcutta ? Ce ne fut pas vraiment un choix délibéré. Il y avait tout simplement des vols à bon prix pour cette destination.
Calcutta est situé au nord-est de l’Inde, dans la région du Bengale, arrosée par le delta commun du Gange et du Brahmapoutre. C’est une région riche essentiellement agricole qui est une véritable pépinière de sagesse. De prime abord,
Calcutta me sembla un immense bidonville terrifiant. J’eus l’impression d’arriver sur une autre planète. Je me demandais bien ce que je faisais là. Est-ce que je cherchais la sagesse ou bien est-ce que je fuyais mon mal-être ? En tout cas, 
je cherchais un sens à ma vie.
Enfin, c’est là, à Calcutta, que je l’ai trouvé. J’ai découvert le Shanti Marga. Ou peut-être le Shanti Marga m’a t-il appelé ?
Quand j’y repense, il me semble distinguer une logique
d’enchaînement des évènements comme si les décisions que je prenais dessinaient un chemin qui semblait être déjà écrit. Et pourtant, je le sais, tout aurait pu être autrement, mais cela se déroula ainsi, tel que je vais le raconter.
J’avais pratiqué le Hatha Yoga en France. Quelques romans mystiques avaient vivement éveillé ma curiosité. J’avais donc décidé d’aller voir des yogis, à la source, imaginant, bien sûr, rencontrer quelque sublime ermite méditant au fin fond de l’Himalaya, qui me ferait découvrir des secrets cachés... J’étais jeune, et très naïf.
Rien ne se passa ainsi.
Avec quelques adresses d’ashrams en poche, je voulais monter rapidement au nord du pays, dans les montagnes. Je ne désirais pas rester à Calcutta. A la descente de l’avion, je me rendis à la gare Howrah Station, un très beau bâtiment de style victorien pour acheter un billet de train. Ce fut la première expérience initiatique.

Et un premier choc ! Imaginez une gare immense, avec des mendiants, des estropiés, étendus sur le sol, des marchands qui vendaient de tout, et une foule dense et bruyante qui s’agitait en tous sens. Imaginez ces magnifiques et énormes locomotives à vapeur, toutes noires, l’odeur de charbon mélangée aux parfums d’épices et de friture qui émanaient des petites échoppes situées à chaque coin et recoin de la gare.
Deuxième choc : après avoir trouvé le formulaire à remplir pour obtenir le billet voulu, je cherchai le guichet adéquat pour acheter mon billet pendant plus d’une heure. Puis, après une bonne demi-heure d’attente dans une queue interminable, me faisant voler mon tour plusieurs fois par des indiens peu disciplinés, j’arrive au guichet et à ce moment là le préposé se lève pour aller boire son thé un peu à l’écart. Vingt minutes plus tard, il revient, et d’une voix indifférente m’apprend que je n’étais pas au bon guichet ! Là, j’ai eu envie de hurler, de quitter la gare, et de fuir l’Inde. Mais, j’avais décidé de partir dans l’Himalaya, à Darjeeling, il me fallait un billet. Encore une demi-heure de queue, au guichet adéquat cette fois-ci. J’avais demandé confirmation plusieurs fois. Et l’on m’annonce alors que le train que je souhaitais prendre ce soir-là était complet. Il y en avait un autre, mais dans trois jours seulement. J’ai failli « craquer ». Je ne savais pas à ce moment-là, qu’avec un « bakchich », une place aurait pu être trouvée.
Que faire ? Déçu, je m’écarte du guichet, pour réfléchir… Je décide alors de prendre un billet de première classe, pour constater amèrement que le guichet des premières classes était fermé. Fatigué et découragé, je suis sorti de la gare, abandonnant le projet d’acheter un billet de train ce jour-là.

Une profonde perplexité m’envahit soudain. Qu’est-ce que j’étais venu faire en Inde ? J’avais soudainement envie de
silence, de solitude. Toute cette foule, ce bruit, cette agitation continuelle de la ville, je n’étais pas venu pour ça. Je décidai alors de chercher une chambre d’hôtel pour me reposer. Avant de chercher un taxi, mon regard fut attiré par un vieil homme décharné qui vendait quelques livres et images pieuses posées sur un tissu au sol devant lui. Je regardai un moment avec fascination toutes ces bricoles, puis décidai finalement de lui acheter un petit livre intitulé « 
Shanti Marga ». Je ne sais pas du tout pourquoi j’ai fait ce choix. En tout cas, je n’aurais jamais pu imaginer jusqu’où cela me mènerait.

Je passai la soirée dans une chambre d’hôtel à lire ce petit livre d’une trentaine de pages. Le Shanti Marga se présente comme la voie de la paix. Shanti signifie paix, Marga : voie. Cela concerne bien sûr la recherche de la paix intérieure, mais, c’est beaucoup plus que la tranquillité d’esprit. C’est beaucoup plus aussi que la résolution des conflits intérieurs. Il s’agit d’une expérience de conscience, disait le livre, où une force particulière, appelé Adi Shanti, est reçue.

Et cette voie concerne, chose originale dans le yoga, la vie relationnelle et l’évolution de l’humanité.
Par cette force, l’état de conscience change, et donc le comportement change. Il y a l’émergence d’un nouvel être.

Le Shanti Marga est une Voie spirituelle. Une voie de développement du potentiel divin de l’être. C’est à dire un processus d’unification de soi. Un chemin de révélation du trésor qui est caché au fond de chaque être. L’éveil de la conscience c’est traverser l’ombre pour découvrir la lumière qui est en nous. Et c’est bien ça que je cherchais !
Puisant ses sources dans la sagesse traditionnelle, tout en la faisant évoluer, cette approche se présente comme une voie totalement originale. Bien sûr, le Shanti Marga suit la quête de tous les yogas : la Libération. Mais en plus, il affirme que la Libération n’est pas un processus qui concerne l’individu, mais l’humanité.
Le but « final » n’est donc pas d’atteindre le Nirvana pour soi-même, afin d’échapper à la souffrance terrestre, ni pour connaître une sorte d’extase permanente. Car la recherche de la Libération n’est qu’une étape pour une œuvre plus grande : l’évolution de la conscience de l’humanité.

Et ce chemin d’évolution commence par la réalisation de conduites éthiques appelées Yamas. Cependant, le processus de cette réalisation est extrêmement exigeant. Il est alimenté par une force très particulière : la force du Sankalpa. Le Sankalpa exprime tout à la fois : la décision, la résolution, la détermination, l’engagement. Il est à la fois l’élément moteur et la condition indispensable au processus.

L’auteur du livret se nommait Sri Manoharan. Sur la dernière page du livret figurait une adresse. Le lendemain, je m’y rendis en richshaw.
 
Ouvrage publié par les Éditions Charles Antoni - L'Originel

dimanche 3 novembre 2013