jeudi 7 novembre 2013

• Récit d'une initiation - Patrick Vigneau


En route 

Tout homme sur cette planète a une responsabilité fondamentale. Celle d’évoluer. Et cette responsabilité peut prendre beaucoup de formes différentes.
Pour moi ce fut sous la forme d’un appel spirituel à l’entrée de l’âge adulte, dans les années 1970.
La dimension spirituelle ne fut pas éveillée dans ma jeunesse, alors qu’elle a toujours été présente dans ma vie, s’exprimant par l’art, la philosophie, la quête du beau, la soif de paix, le besoin de liberté, la poésie.
Je ne m’en rendais pas compte alors.
C’était une époque de rêves, d’idéaux, pleine d’espoirs.
Tout semblait possible. De nombreuses routes s’ouvraient devant nous.
Aujourd’hui, la société dans laquelle nous vivons est en crise.
Crise dont on évoque surtout l’aspect économique, mais nous savons très bien que c’est une crise beaucoup plus profonde, une crise de conscience. Car c’est bien la conscience humaine qui produit le système. Les guerres, les injustices, la corruption sont créées par l’homme.
Il y a une urgence impérieuse d’une évolution, d’une mutation des consciences. Non pas selon un rêve transcendantal, mais selon une sagesse très terre à terre. Une véritable sagesse, de cette sagesse qui conduit a faire des choix « justes ». C’est à dire non ego-centré.
En effet, n’est-ce pas l’égoïsme humain qui produit le désastre écologique qui s’annonce ? N’est ce pas l’avidité personnelle qui conduit à promouvoir l’enrichissement comme but de vie ? Soif de gagner de l’argent qui aboutit à des montages financiers provoquant les crashs boursiers et les faillites. La crise financière a été créée par la cupidité et la soif aveugle d’argent. La dictature des marchés financiers ne s’intéresse pas à l’humain, et elle menace très directement la paix sociale.
Le monde avance aujourd’hui en produisant de plus en plus d’inégalités entre les grands riches et le vaste peuple. Est-ce cela le progrès ? Est ce cela que nous voulons ?
Une civilisation qui crée la pollution et favorise l’extinction des espèces est fondamentalement malade. Personne ne peut consciemment défendre ce comportement.

La complexité du monde ne doit pas nous conduire à la passivité. La pire des attitudes est l’indifférence.
Car nous pouvons toujours apporter notre contribution à l’évolution du monde.
Les armes de distraction massive sont de plus en plus dangereuses. Le monde virtuel qui propose une gigantesque
médiathèque est un formidable outil d’information mais aussi d’abrutissement des consciences. L’abreuvement quotidien d’informations tue la réflexion profonde. La jeunesse perd le sens du réel, de l’effort, de la patience, de la relation humaine. Le système éducatif a perdu aussi le sens de la vie véritable, puisqu’on instruit l’enfant pour l’intégrer à un système malade. Et cet enfant se distrait avec multiples écrans afin d’oublier son mal-être.
Une seule chose importe et guide tout : l’économie. Les soins hospitaliers sont soumis à la rentabilité à tout point de vue. L’humain n’est plus considéré qu’en tant que machine dans un système gigantesque ou l’économie est devenu le dieu tout puissant. Les hommes politiques ne sont plus que des girouettes gestionnaires dont le but premier est de séduire l’électeur.

Nous pouvons raisonnablement penser qu’il n’y a rien à attendre de la classe supérieure de la société. Politiques et grands dirigeants ne peuvent envisager de changer les choses, car ils bénéficient de ce gigantesque drame.
A court terme, cela leur profite, financièrement. Ils vivent en castes, en circuit fermé, coupés des réalités. Alors ils bricolent des ajustements pour retarder l’écroulement. Ils manipulent les consciences pour faire croire qu’il n’y a pas d’autre alternative.
L’activité humaine n’est plus que mensonge, fuite du réel, faux-semblant, manipulation.
Comment vivre, sans authenticité, sans une réflexion approfondie sur ce qui nous anime, sans engagement essentiel ?
Et si puissantes que soient les forces qui conditionnent l’individu, l’homme a la faculté de prendre des décisions qui vont influencer son destin. Ce pouvoir de prendre position, de décider ne se perd jamais.

Chaque être humain demeure limité et sa liberté aussi. Cependant, même s’il n’est pas totalement libre par rapport aux conditions qui l’entourent, il conserve la liberté d’interpréter et de prendre position à l’égard de ces facteurs.
Ainsi, chaque personne possède la liberté de changer, et beaucoup plus qu’il ne l’imagine.
Car l’une des principales caractéristiques de l’être humain est sa capacité à créer. Chacun est créateur, chacun peut décider de sortir des habitudes, chacun peut créer des comportements nouveaux. Même si cette capacité est peu utilisée, elle existe.
Chacun est capable de faire des choix différents, à tout point de vue. Chacun peut prendre des décisions afin de changer beaucoup de choses dans sa vie. Et donc dans ce qui l’entoure.
Chacun influence le monde consciemment ou pas. Chacun peut décider de continuer sa vie telle qu’elle est, ou bien de la transformer. C’est là notre liberté.

Et nous pouvons l’exercer ou pas.
Ensuite l’aptitude à réussir dépend souvent de l’intensité de l’engagement.
De plus, j’ajouterai que nos choix, qu’ils soient délibérés ou en réaction à des pressions, sont aussi orientés par une force de vie qui nous dépasse complètement.

Le temps est venu de retrouver la beauté de la sagesse, de refuser l’utilitarisme mercantile qui transforme l’homme en machine à consommer. Le temps est venu de décider si l’on fait quelque chose ou si on laisse les autres faire pour nous.

L’homme s’est laissé enfermer par son égoïsme. La recherche actuelle de qualité de vie marque indéniablement un besoin de changement. Mais il est nécessaire de comprendre que notre recherche de bien-être ne peut se réaliser sans un éveil de la conscience. C’est beaucoup plus qu’un désir d’amélioration qui est requis.
L’éveil de la conscience est une ouverture au nouveau.
Et sans cette ouverture, rien de nouveau ne peut apparaître, ou plus exactement surgir.

Une nouvelle étape de l’évolution humaine se décèle dans la crise de la société.
Pour l’individu, cette évolution nécessitera un choix. Choix de vie, choix de conscience, qui permettra une ouverture au nouveau. Cela se ressentira comme la venue d’une force, d’une énergie, qui semblera totalement nouvelle.
Et pourtant qui aura toujours été là. Comme une graine qui n’avait pas encore germé.
Ce n’est pas un idéal, ni une formule poétique. Il y a réellement quelque chose de totalement nouveau qui attend. Une force qui peut modifier certains éléments essentiels de notre conscience.
Le vieil homme qui me permit de le découvrir l’appelait Adi Shanti. Mais d’autres noms lui furent donnés en d’autres lieux.

Aujourd’hui, je viens témoigner de cette rencontre et de cette expérience car j’ai compris que cela ne m’appartenait pas. Il a fallu près de 30 ans pour que j’ose en parler, pour que ce livre se prépare. Il a fallu ce temps pour que je comprenne et clarifie ce que furent pour moi les effets d’une rencontre foudroyante.
Celle avec un homme, un véritable sage, qui était aussi prophète : Sri Manoharan. Il fut un initiateur, un maître, un passeur. Un homme ordinaire, discret et peu connu en occident, il fut cependant un précurseur. Il n’y a que peu de documents sur cette grande âme, l’essentiel ici vient de mes souvenirs, de mon journal et de l’esprit qu’il m’a transmis.

Dans ce livre, je vous raconte un peu de mon parcours, mêlant à la fois quelques évènements extérieurs, des rencontres, des lectures qui m’éclairaient, et aussi des états intérieurs vécus au cours de cette rencontre.


Tout commença alors que je me sentais de plus en plus en décalage avec un entourage. Alors, un jour, j’ai décidé de changer de vie. Coûte que coûte. Même si on me prenait pour un fou insouciant, j’avais pris la décision de recommencer ma vie. Ça n’avait pas été difficile, en fait, la vie que je menais auparavant n’avait absolument plus aucun goût pour moi. La décision s’imposa avec force, elle a dû paraître extrême pour mon entourage. Mais elle fut la plus belle, et de loin. Ce fut comme un saut dans l’inconnu. Je quittai mes études, mon petit avenir tout tracé, mes relations, mon appartement. Je pris la route.
J’avais à ce moment acquis une nouvelle compréhension, mais je ne savais pas encore que c’était une force : je ne cherchais plus à contrôler tout ce qui pouvait arriver.
Je partis à Calcutta, aujourd’hui appelé Kolkata. Ce fut en premier lieu la découverte d’une autre culture.

Quelque chose de radicalement différent de mes petits voyages en Europe.
Et cette culture m’a immédiatement séduit. J’en parlerai donc car le Bengale mérite d’être mieux connu, de par sa grande richesse artistique et spirituelle. Mais je crois que l’essentiel n’est pas lié à cet exil, même si un déracinement peut faciliter un état d’ouverture, un détachement par rapport aux habitudes. Mais cela peut se passer chez soi, car l’essentiel se passe dans la conscience.

Je vous offre ma sincérité, et vous invite à laisser ces mots résonner en vous afin que la rencontre ait lieu. Le mental en paix, à la lecture de ce récit, il se peut qu’une phrase vous parle avec force. 

Alors, ce qui dépasse de très loin les mots se fraiera un chemin en vous. Beaucoup de choses indicibles se font entendre ainsi et ce qui est n’est pas écrit peut être perçu de cette manière.

J’ai ajouté à ce récit quelques pages de questions-réponses témoignant de ma démarche actuelle, espérant qu’elles aideront à expliciter le message du Shanti Marga (la voie de la paix) qui me fut transmis par Sri Manoharan.
Cette voie de la paix m’a révélé le pouvoir des décisions.

Cette force est appelée Samkalpa.
Tout ce que l’homme a vécu et créé sur cette terre est la conséquence de cette force.
Et tout ce que l’homme vit en ce moment est le fruit de décisions antérieures ; et tout ce qu’il vivra dans l’avenir sera le résultat de ses décisions présentes.

« Que vos décisions (Samkalpas) soient petites ou grandes, faites tous les jours quelque chose qui vous fera avancer vers votre but. Même si vous ne faites qu’un petit pas, c’est un progrès.» (Sri Manoharan)

Puisse ce livre rendre hommage à Sri Manoharan tout en respectant sa pensée et sa personne. J’ai mis dans ce livre le plus juste de moi-même comme il l’aurait souhaité.

Patrick Vigneau
  


« La prochaine étape de l’évolution humaine a commencé avec la venue de l’Adi Shanti.»


« Toute âme est en puissance divine.
Notre but est de manifester le divin qui est en nous en contrôlant la nature extérieure et intérieure.
Parvenons-y par le travail, par la maîtrise de l’esprit ou par la philosophie, par l’une de ces voies ou par toutes, et soyons libres.
C’est là toute la religion. Les doctrines, les dogmes, les rites, les livres, les temples et les formes ne sont que des détails secondaires

Swami Vivekananda
 

1. Adi Shanti, la paix originelle


Tordu de douleurs, tombé au sol sur le carrelage de la chambre, j’étais incapable de parler, le cerveau dans un état de panique. Je ne comprenais pas ce qui se passait en moi.
J’essayais de ramper jusqu’à la porte, mais elle semblait si loin ! J’avais mal, très mal, dans tout mon corps.
Puis j’entendis une voix qui murmurait à mes côtés. Je ne comprenais rien de ce qu’elle disait. Cela ressemblait à une longue litanie. Il me semblait alors qu’un homme âgé tenait ma main, enfin, je n’en n’étais pas trop sûr. Cependant, dans une sorte de brouillard, j’ai vu des yeux noirs et brillants qui me regardaient... Profondément... Puis j’ai dû m’endormir car je ne me suis souvenu de rien d’autre.
Quand je repris conscience, les douleurs avaient disparu, tout semblait aller bien. Quelques heures plus tard, le médecin m’apprit que cette crise aurait pu m’être fatale.
Mais il ne comprenait pas comment « cela » avait pu disparaître... tout seul… Cette expérience m’est arrivée dans une chambre d’hôpital en Inde, à Calcutta.
Ce fut ma première rencontre avec Sri Manoharan.

On peut dire que tout commença par la décision d’aller en Inde. Pourquoi avoir choisi Calcutta ? Ce ne fut pas vraiment un choix délibéré. Il y avait tout simplement des vols à bon prix pour cette destination.
Calcutta est situé au nord-est de l’Inde, dans la région du Bengale, arrosée par le delta commun du Gange et du Brahmapoutre. C’est une région riche essentiellement agricole qui est une véritable pépinière de sagesse. De prime abord,
Calcutta me sembla un immense bidonville terrifiant. J’eus l’impression d’arriver sur une autre planète. Je me demandais bien ce que je faisais là. Est-ce que je cherchais la sagesse ou bien est-ce que je fuyais mon mal-être ? En tout cas, 
je cherchais un sens à ma vie.
Enfin, c’est là, à Calcutta, que je l’ai trouvé. J’ai découvert le Shanti Marga. Ou peut-être le Shanti Marga m’a t-il appelé ?
Quand j’y repense, il me semble distinguer une logique
d’enchaînement des évènements comme si les décisions que je prenais dessinaient un chemin qui semblait être déjà écrit. Et pourtant, je le sais, tout aurait pu être autrement, mais cela se déroula ainsi, tel que je vais le raconter.
J’avais pratiqué le Hatha Yoga en France. Quelques romans mystiques avaient vivement éveillé ma curiosité. J’avais donc décidé d’aller voir des yogis, à la source, imaginant, bien sûr, rencontrer quelque sublime ermite méditant au fin fond de l’Himalaya, qui me ferait découvrir des secrets cachés... J’étais jeune, et très naïf.
Rien ne se passa ainsi.
Avec quelques adresses d’ashrams en poche, je voulais monter rapidement au nord du pays, dans les montagnes. Je ne désirais pas rester à Calcutta. A la descente de l’avion, je me rendis à la gare Howrah Station, un très beau bâtiment de style victorien pour acheter un billet de train. Ce fut la première expérience initiatique.

Et un premier choc ! Imaginez une gare immense, avec des mendiants, des estropiés, étendus sur le sol, des marchands qui vendaient de tout, et une foule dense et bruyante qui s’agitait en tous sens. Imaginez ces magnifiques et énormes locomotives à vapeur, toutes noires, l’odeur de charbon mélangée aux parfums d’épices et de friture qui émanaient des petites échoppes situées à chaque coin et recoin de la gare.
Deuxième choc : après avoir trouvé le formulaire à remplir pour obtenir le billet voulu, je cherchai le guichet adéquat pour acheter mon billet pendant plus d’une heure. Puis, après une bonne demi-heure d’attente dans une queue interminable, me faisant voler mon tour plusieurs fois par des indiens peu disciplinés, j’arrive au guichet et à ce moment là le préposé se lève pour aller boire son thé un peu à l’écart. Vingt minutes plus tard, il revient, et d’une voix indifférente m’apprend que je n’étais pas au bon guichet ! Là, j’ai eu envie de hurler, de quitter la gare, et de fuir l’Inde. Mais, j’avais décidé de partir dans l’Himalaya, à Darjeeling, il me fallait un billet. Encore une demi-heure de queue, au guichet adéquat cette fois-ci. J’avais demandé confirmation plusieurs fois. Et l’on m’annonce alors que le train que je souhaitais prendre ce soir-là était complet. Il y en avait un autre, mais dans trois jours seulement. J’ai failli « craquer ». Je ne savais pas à ce moment-là, qu’avec un « bakchich », une place aurait pu être trouvée.
Que faire ? Déçu, je m’écarte du guichet, pour réfléchir… Je décide alors de prendre un billet de première classe, pour constater amèrement que le guichet des premières classes était fermé. Fatigué et découragé, je suis sorti de la gare, abandonnant le projet d’acheter un billet de train ce jour-là.

Une profonde perplexité m’envahit soudain. Qu’est-ce que j’étais venu faire en Inde ? J’avais soudainement envie de
silence, de solitude. Toute cette foule, ce bruit, cette agitation continuelle de la ville, je n’étais pas venu pour ça. Je décidai alors de chercher une chambre d’hôtel pour me reposer. Avant de chercher un taxi, mon regard fut attiré par un vieil homme décharné qui vendait quelques livres et images pieuses posées sur un tissu au sol devant lui. Je regardai un moment avec fascination toutes ces bricoles, puis décidai finalement de lui acheter un petit livre intitulé « 
Shanti Marga ». Je ne sais pas du tout pourquoi j’ai fait ce choix. En tout cas, je n’aurais jamais pu imaginer jusqu’où cela me mènerait.

Je passai la soirée dans une chambre d’hôtel à lire ce petit livre d’une trentaine de pages. Le Shanti Marga se présente comme la voie de la paix. Shanti signifie paix, Marga : voie. Cela concerne bien sûr la recherche de la paix intérieure, mais, c’est beaucoup plus que la tranquillité d’esprit. C’est beaucoup plus aussi que la résolution des conflits intérieurs. Il s’agit d’une expérience de conscience, disait le livre, où une force particulière, appelé Adi Shanti, est reçue.

Et cette voie concerne, chose originale dans le yoga, la vie relationnelle et l’évolution de l’humanité.
Par cette force, l’état de conscience change, et donc le comportement change. Il y a l’émergence d’un nouvel être.

Le Shanti Marga est une Voie spirituelle. Une voie de développement du potentiel divin de l’être. C’est à dire un processus d’unification de soi. Un chemin de révélation du trésor qui est caché au fond de chaque être. L’éveil de la conscience c’est traverser l’ombre pour découvrir la lumière qui est en nous. Et c’est bien ça que je cherchais !
Puisant ses sources dans la sagesse traditionnelle, tout en la faisant évoluer, cette approche se présente comme une voie totalement originale. Bien sûr, le Shanti Marga suit la quête de tous les yogas : la Libération. Mais en plus, il affirme que la Libération n’est pas un processus qui concerne l’individu, mais l’humanité.
Le but « final » n’est donc pas d’atteindre le Nirvana pour soi-même, afin d’échapper à la souffrance terrestre, ni pour connaître une sorte d’extase permanente. Car la recherche de la Libération n’est qu’une étape pour une œuvre plus grande : l’évolution de la conscience de l’humanité.

Et ce chemin d’évolution commence par la réalisation de conduites éthiques appelées Yamas. Cependant, le processus de cette réalisation est extrêmement exigeant. Il est alimenté par une force très particulière : la force du Sankalpa. Le Sankalpa exprime tout à la fois : la décision, la résolution, la détermination, l’engagement. Il est à la fois l’élément moteur et la condition indispensable au processus.

L’auteur du livret se nommait Sri Manoharan. Sur la dernière page du livret figurait une adresse. Le lendemain, je m’y rendis en richshaw.
 
Ouvrage publié par les Éditions Charles Antoni - L'Originel

dimanche 3 novembre 2013

samedi 26 octobre 2013

• Le grand singe à la fissure dans le coeur - Thierry Gaillard


Roman initiatique. L’auteur retrace depuis son enfance en Suisse toutes les étapes de son parcours pour se connaître lui-même, les envolées enthousiastes comme les chutes douloureuses mais pleines d’enseignement, jusqu’à la rencontre avec Celui qui l’a enfin révélé à lui-même, qu’il nomme Le Béni, Le Bien-aimé.
Un ouvrage qui s’adresse aux personnes en quête de meilleur. Un témoignage qui parle du possible de la transformation de l’humain. Des souffrances silencieuses et mécaniques du quotidien vers la libération, vers une vie consciente et heureuse.


"Les gens me demandent où je vis, ici. Où je vais, nulle part. Quels sont mes projets, allez savoir. Vagabond insolent sur les routes d’un présent terrifiant, dénué de certitudes, muet devant l’ampleur de la tâche. Gnome ridicule et impuissant dans un plan d’univers, aspirant terrifié à l’innocence d’avant, petit, malhabile, involontairement si fier, agonisant dans un corps transitoire et bouleversé de reconnaissance, ravagé de gratitude. Poussière de vent, graine de simili poète chantant, le cœur baigné de prières puisqu’il n’y a rien d’autre à faire. Il n’y a que la vie à attraper par les couilles et à embrasser pleinement, avant qu’il soit trop tard. Il n’y a que l’amour qui cherche désespérément à se donner maintenant, avant qu’il soit trop tard."
Thierry Gaillard


Extrait de l'ouvrage : 

Le grand singe à la voix qui braille.

Je m’appelle Claude et je vais mourir. Désormais, je le sais, vraiment. Juste avant, je n’étais qu’un cadavre en sursis feignant de croire à plus tard. Je viens de comprendre que demain c’est trop tard. C’est ici et maintenant ou jamais. Dans une minute, deux jours, six mois peut-être ou trois ans, ces bras potelés, dont je fus si fier seront potée pour vers. Comment ai-je pu l’ignorer si longtemps ? 

La mort. Une trace de gras indélébile sur le col blanc de mes projets. Une promesse, un perroquet tenace aux serres plantées dans mon épaule. Elle n’a pas dit quand, elle n’a pas dit où. Elle m’attend, simplement. La mort, qui est passée du statut d’épouvantail absolu à celui de fidèle compagne. C’est le plus précieux des cadeaux qu’il m’ait été donné. Vous pensez que je divague, que j’ai des hallucinations, que j’ai imaginé ce scénario abscons pour les besoins d’une prose hasardeuse ? Je m’en moque comme de ma première culotte. Je ne m’attends pas à ce que vous me croyiez. 

Je m’appelle Claude et je vais mourir. Pas tout de suite. Avant j’ai un concert à donner. J’ai l’estomac noué, comme toujours avant un spectacle. Le trac, une énergie contenue, comme l’eau d’un barrage, qui se déverse en flots tumultueux une fois les vannes ouvertes. Généralement, c’est la première chanson qui fait office de détonateur, qui relâche la tension et permet à ce qui me dépasse de se manifester dans l’espace. Ça peut être plus long. J’ai déjà joué devant des publics glacés qui échangent des regards embarrassés. « Qu’est-ce qu’on fout là ?» est la question qui suinte. Quand une telle atmosphère est installée, ça peut être plus difficile de déjouer les pièges de la résistance.

La résistance, nommez-la mental ou menteur ou Satan, n’a qu’une seule vocation : Me crier de sa voix fielleuse de déguerpir, de mettre fin au plus vite à ce suicide musical. Me répéter que je suis bon à rien, qu’ils vont détester ma prestation, qu’il vaudrait mieux pour tout un chacun que je rampe dans ma grotte, que je m’y terre à jamais en suçant des clous rouillés et en flagellant ma chair pour expier ma médiocrité. Quant à moi je n’ai qu’une mission?: Battre en brèche cette vieille salope, lui faire mordre la poussière, lui piétiner les roubignolles en ouvrant les portes en grand, en osant lâcher tous les chiens et me livrer nu, à vif, sans rien garder dans les placards. Si je parviens à cultiver cette intention, j’ai une chance de sortir de mon rôle d’éternel enfant pleurnichard. Une possibilité m’est offerte de défier cet adversaire de taille, en ignorant les zones de confort trop molles pour leur préférer le goût du risque qui fait grandir. Le risque de dépasser mes limitations et ma vision réduite pour goûter pleinement à la majesté d’être en vie.
Comment un couard, immature, insécurisé et introverti de mon acabit, sans aucune formation musicale, en est-il arrivé à s’exposer de la sorte sous les feux de la rampe, en trouvant même un public réceptif à ses élucubrations ? Je pourrais arguer qu’un vieux rêve est devenu réalité, à la magie de la sueur de mon front. C’est vrai. Prétendre qu’il n’y a d’autre raison à l’existence que de tenter de décrocher la lune. Beaucoup moins vrai. Mentir encore, en soutenant que la réalisation de nos fantasmes d’enfants est source d’épanouissement. Si c’était le cas, Marylin Monroe, Kurt Cobain, Jimi Hendrix, Janis Joplin et tant d’autres suicidés mondains seraient encore parmi nous, les cliniques de désintoxication cinq étoiles feraient faillites, la chirurgie esthétique se contenterait de réparer les dégâts d’involontaires accidents et cette histoire s’arrêterait sur ce point final.

Un point qui est ailleurs. Moins évident, bien plus important, transpirant dans le parcours d’un fou arrogant qui s’est brûlé les ailes à vouloir voler trop près du soleil.

mardi 15 octobre 2013

• Le secret de l'éveil - Poonjaji


"Accordez-vous quelque temps, juste quelques moments. Et durant ces instants, rien ne doit vous envahir. Accordez-vous quelques secondes et ne laissez rien vous envahir pendant ce temps. Je crois que vous pouvez bien vous permettre d’être disponible quelques instants !

Vous avez consacré votre vie aux autres, mais pas une seule minute à votre Soi.

Tout le monde vous possède. Dès votre naissance, vos parents vous ont appelé «mon fils». A l’école, vous êtes «mon élève». Une fois marié, vous êtes «mon mari». Vous avez des enfants, et vous êtes «mon père». Enlevez ces possessions, ne laissez personne vous posséder. Rejetez tout et voyez ce qui se passe.
Consacrez du temps à votre propre Soi, maintenant ou alors… dans une autre vie. Vous devrez rentrer chez vous. Vous ne pourrez y échapper. Maintenant ou demain, vous devrez y retourner. Vous pouvez toujours choisir de jouer encore, et finalement ce n’est pas important.

Vous pensez que cela prend du temps, mais c’est juste une illusion, car vous êtes déjà Libre. Mais vous passez votre temps à penser que vous ne l’êtes pas ! Donnez-vous le temps, une fois pour toutes, de savoir si vous voulez être heureux. Au moment où vous déclarez – dressé sur la pointe des pieds, les mains levées – «JE VEUX ÊTRE LIBRE». Eurêka ! Voilà le moment de bonheur, de grand bonheur."

Swami Poonja


Ce livre présente au monde une avancée extraordinaire. Le plein éveil est possible ici et maintenant pour chacun, peu importent les circonstances personnelles, le passé ou la pratique à laquelle on s’adonne. C’est cette possibilité qu’offre l’enseignement et la transmission de Sri H.W.L. Poonja.

Beaucoup de chercheurs ont entrevu la Vérité à travers des pratiques psychédéliques, en méditant ou pendant des moments de grâce inattendus. Pourtant, par une compréhension erronée, ces moments sont assimilés par l’ego comme une expérience parmi tant d’autres. Une croyance ancrée nous fait croire qu’il n’est pas possible d’être pleinement Éveillé dans cette vie. Le secret de l’éveil, la transmission de Poonjaji révèle la possibilité de découvrir la véritable Liberté maintenant.Aucune pratique, aucun délai ne sont nécessaires !Voici l’offrande de Poonjaji à ce monde.

Ouvrage publié aux Éditions Charles Antoni - L'Originel


Extrait de l'ouvrage : 

Le secret de l’éveil, la transmission de Poonjaji, Eli Jaxon-Bear

Sri Harilal W. Poonja, appelé par ses proches Papaji, est né le 13 octobre 1910 à Gujranwala, en Inde. Il passa son enfance à Lyallpur (aujourd’hui appelée Faisalabad), située dans la partie ouest du Punjab et intégrée plus tard au Pakistan. Sa mère était la sœur du célèbre sage et poète Swami Ram Tirtha, dont la poésie puisait son inspiration dans la non-dualité, promesse de l’Advaita hindouiste. Les rythmes de sa poésie, sa lucidité, son amour de la nature trouvent un remarquable écho dans l’Éveil de son neveu Poonja. En 1906, Ram Tirtha se retira dans les contreforts de l’Himalaya et en octobre de cette même année, à l’âge de trente-quatre ans, il entra dans le Gange pour n’en jamais revenir. Sri Poonjaji naissait en octobre, quatre ans plus tard. Bien des visiteurs du temple de Rishikesh sont frappés par la ressemblance du jeune Poonja avec le portrait mural de Ram Tirtha.
Enfant, Poonjaji découvrit la vie de Bouddha lors d’une émission de radio et en fut si inspiré qu’il décida de le surpasser, sans savoir vraiment ce que cela impliquait.
A la même époque, il trouva une image d’un Bouddha ascétique et anguleux qui l’impressionna si profondément qu’il décida de donner en secret ses repas aux animaux, et en devint aussi maigre que ce Bouddha. Parfois, il s’habillait en sadhu et marchait à travers la ville en prêchant, un bol de mendiant à la main. Il était si heureux et si fier, lorsque ses amis d’école l’interpellaient sur sa maigreur en se moquant de lui ! Son père au contraire s’inquiétait de son état de santé et le mena chez le médecin pour le remettre sur pied. Il apprit le catch au collège, puis s’astreignit à la pratique du yoga. Pendant une année, il ne but que du lait de buffle.
Poonjaji fit l’expérience de son premier samadhi profond à l’âge de neuf ans.
C’était la fin de la première guerre mondiale, et pour célébrer la victoire des Anglais, les écoliers furent mis en congé. Un après-midi, au restaurant avec sa famille, on lui offrit un jus de mangue, mais il ne réagit pas. Il était profondément absorbé intérieurement, inconscient de son environnement. Quand il reprit une conscience «normale», sa mère lui demanda pourquoi il avait ri et pleuré toute la nuit. Il ne pouvait répondre. Aurait-il vu Krishna ? Il n’avait rien vu qui pût être nommé et ne pouvait exprimer son expérience.
Sous la forte influence de sa mère, il devint un dévot de Krishna. Bien après sa rencontre avec son Maître en 1942, il continuait une pratique assidue des mantras.
À l’âge de vingt ans, son mariage fut arrangé, puis il entra dans l’armée comme officier. Un jour, l’un de ses supérieurs exigea qu’on le rationne en whisky, mais on lui affirma qu’il ne buvait jamais d’alcool. Il se levait à deux heures du matin, récitait ses mantras et implorait une visite de Krishna ; cette ferveur avait été prise pour de l’ivresse. Il en rira plus tard en rappelant qu’il portait parfois des vêtements de femme pour leurrer Krishna, réputé s’entourer de la compagnie de jeunes femmes. Officier brillant et prometteur, il ne put cependant poursuivre sa carrière. Une exigence intérieure de plus en plus grande lui fit abandonner sa profession. Il amena sa famille chez son père, lui demanda son soutien et partit seul vers sa quête spirituelle.
Il parcourut l’Inde et les Himalayas, visitant saints, monastères et ashrams, cherchant Dieu partout. Il était prêt à donner tout ce qu’il avait à celui qui pourrait lui montrer Dieu. Mais partout il ne rencontrait que des « hommes d’affaires déguisés en sadhus. »
Il n’avait plus d’argent et vivait chez son père avec sa femme et ses deux enfants quand il fut appelé par son Maître. L’histoire de sa rencontre avec Ramana Maharshi, racontée dans ce livre, est célèbre. C’est sous la forme d’un sadhu qu’apparut à sa porte le grand Bhagavan Shri Ramana Maharshi, qui le dirigea vers Tiruvannamalai. C’est là, au pied de son Maître, en 1944, que sa quête prit fin. Poonjaji travailla à Madras les cinq années suivantes pour passer tout son temps libre auprès de Ramana. En 1947, quelqu’un informa le Maharshi que Poonjaji avait de la famille dans la partie musulmane du Punjab. Bhagavan l’envoya la sauver du massacre qui sévissait dans cette partie de l’Inde, mais Poonjaji ne voulut pas partir. « Tout ceci est un rêve, dit-il à son maître. Je ne veux pas vous quitter !  ? Si c’est un rêve, répondit le Maharshi, où peut être le mal ? Je ne te quitterai jamais. »
Cette vérité fut clairement démontrée peu de temps après. Alors qu’il s’apprêtait à monter dans le train qui partait de Lahore pour Faisalabad, Poonjaji se sentit guidé par Ramana. Au lieu de s’asseoir dans la voiture réservée aux hindous, et sans pouvoir se l’expliquer, il s’installa dans celle des musulmans. Peu de temps après le départ, les musulmans stoppèrent le train et massacrèrent tous les hindous sous ses yeux. Pendant tout le trajet, il s’efforça  de cacher les signes qui caractérisent le brahmane, tatouage OM sur la main, oreilles percées… Vingt heures de voyage où il ne se fit à aucun moment remarquer.
La situation était très mauvaise lorsqu’il arriva à Faisalabad ; partout, les rues étaient en proie aux émeutes. Il parvint à trouver trente-cinq membres de sa famille et les mit dans le dernier train en partance. Les rails furent arrachés juste après le départ. Il installa les siens à Lucknow, grâce à l’aide d’un officier de l’armée qu’il y connaissait. C’est là que sa famille a toujours vécu ensuite. (Surprenant, car c’est le lieu où se tient depuis toujours le Ram Tirtha Pratisthan – l’Institution pour la Publication des Ouvrages de Ram Tirtha).
Alors qu’il travaillait à Lucknow pour subvenir aux besoins de sa femme et de ses enfants, la vie de famille lui devenait insupportable. Quelques années plus tard, il laissa les siens à Lucknow et repartit dans le Sud. Il y trouva un travail d’ingénieur des mines dans la jungle de Mangalore. Bien qu’il fût responsable du travail de centaines d’hommes, il vivait dans une simple hutte dans la forêt. Il visitait l’ashram de Ramana et recevait de temps en temps la visite d’un chercheur spirituel. Le juge de la cour suprême indienne entendit parler d’un sadhu « ivre de Dieu » qui vivait dans la jungle et vint le rencontrer. Il s’attendait à voir un homme à demi nu et fut surpris de voir descendre d’une jeep Poonjaji en bottes et veste de cuir. Mais un seul regard de Poonjaji lui suffit pour être profondément touché. C’est à cette époque que Poonjaji rencontra Abhishiktananda (le prêtre catholique Henri Le Saux).
Lors d’une célébration de Guru Purnima, Poonjaji vêtu de ses vêtements de travail tachés et boueux, s’arrêta chez des habitants d’un village qu’il traversait pour demander de l’aide. Il fut invité à entrer et fut traité comme un grand guru. Les habitants construisirent par la suite une hutte pour lui dans l’espoir qu’il revienne au village. Son hôtesse, toujours en vie à ce jour, se présente comme l’un des premiers disciples de Poonjaji. Ses enfants, dans leur quarantaine maintenant, sont aussi ses disciples.
Dès que ses enfants furent éduqués et mariés, Poonjaji se retira définitivement de la vie active. En 1996, il commença à voyager à travers l’Inde, partageant la Réalisation. Il vécut dans une grotte sur les bords du Gange, préparant sa nourriture au feu de bois et mangeant à même un rocher plat.
Pendant le Kumbh Mela, un immense festival religieux qui a lieu une fois tous les douze ans, des millions d’hommes et de femmes se baignent dans le Gange et y reçoivent son darshan. Lors d’un Maha Kumbh Mela, qui se fête après douze Kumbas (cent quarante-quatre ans), Poonjaji eut une vision remarquable. Plus haut sur la rive, il aperçut une très belle jeune fille qui venait vers lui. Elle avait des yeux qu’il n’avait jamais vus chez un être humain auparavant. Il lui demanda où étaient ses parents, mais elle répondit qu’elle venait pour recevoir son darshan. Elle se prosterna à ses pieds, s’avança dans le fleuve et disparut. Il réalisa alors qu’il venait de rencontrer Ganga, l’Esprit du fleuve.
Un jour, Poonjaji partit à la recherche de rishis, cachés dans les fins fonds des Himalayas. Ils avaient la réputation d’être immortels et mangeurs de soma. Durant son séjour dans les montagnes, il rencontra un siddha yogi du Cachemire, avec qui il accepta de partager ce qu’ils avaient chacun réalisé. Le yogi entreprit de lui montrer ses pouvoirs : il avait reçu de Yama, le seigneur de la mort, le bâton de l’immortalité. Tant qu’il aurait ce bâton, il ne mourrait pas. En invoquant la déesse Sarasvatî, il pouvait parler des langues qu’il n’avait jamais apprises... Poonjaji, qui connaissait le perse, l’anglais, le tamil et d’autres langues du Sud de l’Inde se mit à le tester. Le yogi lui dit que son maître lui avait transmis tout ce qu’il savait, mais que celui-ci, sur son lit de mort, lui avait appris que ce n’était pas la connaissance ultime et l’avait envoyé la chercher. Finalement, le yogi demanda s’il pouvait l’aider à découvrir la Connaissance. Poonjaji accepta, prit le bâton et le jeta dans le Gange. «  Maintenant, ce corps vivra et mourra comme tout le monde ! Tout ce que vous m’avez montré n’est que création du mental – les mantras, l’apparition des dieux et tous ces pouvoirs magiques – tout cela vient du mental. Maintenant, arrêtez ce mental... »
Poonjaji regarda l’homme dans les yeux : « Maintenant, essayez d’invoquer vos dieux et voyez ce qui se passe. » Mais rien ne se passait, le yogi ne pouvait utiliser aucun pouvoir, car son mental était tranquille. Puis, par un mot, Poonjaji lui transmit la Connaissance. L’homme se prosterna à ses pieds et voulut le suivre et le servir partout où il irait. Mais Poonjaji voyageait toujours seul et voulait le rester.

À la fin des années soixante, de nombreux chercheurs découvrirent Poonjaji dans sa grotte au bord du Gange. Ils s’absentaient de leur ashram pour rester près de lui. Beaucoup de chercheurs l’invitèrent à venir enseigner dans leurs différents pays. Il voyagea à travers l’Europe, les États-Unis, l’Australie et l’Amérique du Sud. Partout où il allait, il refusait la création d’ashrams à son nom : « L’univers entier est mon ashram. » disait-il.



vendredi 4 octobre 2013

• L'éducation des enfants et la spiritualité



Doit-on ou pas partager avec ses enfants la découverte de l'éveil ? Doit-on ou pas dire à ses enfants qu'ils ne sont pas ce à quoi ils sont identifiés (le corps, les pensées) ou ce à quoi ils sont en train de s'identifier ? C'est une question qu'on me pose souvent dans les stages et c'est une question qui m'importe. Voici ce qu'écrivait Douglas Harding à ce propos :

« Il est bon de rappeler aux enfants leur Identité de temps en temps, en des occasions spéciales, ou de façon moins formelle et sur l’impulsion du moment, pourvu que ce soit des interventions brèves, détendues et assez espacées pour que les enfants soient libres de faire leur propre choix. Mais il n’est pas bon de revenir souvent à la charge et d’insister. » Vivre sans stress

« A des parents dont l’inquiétude est compréhensible, je dirais donc : soyez fidèle à votre Véritable nature et vous ne pourrez pas faire d’erreurs avec vos enfants. Vouloir imposer à des adultes votre vision à laquelle vous attachez tant de prix est déjà une attitude assez violente et contre-productive. Vouloir l’imposer à des enfants est pire. C’est un manque de respect et un abus de pouvoir. » Vivre sans stress

« Répondez clairement et brièvement aux questions que vous posent vos enfants sur des sujets fondamentaux, sans profiter forcément de l’occasion pour faire un sermon. Surtout souvenez-vous qu’avant de perdre leur visage ils doivent le trouver, que leur sagesse sera le fruit de la découverte de leurs erreurs, que leur paix résultera de la solution de leurs conflits et que c’est en passant par l’épreuve du stress qu’ils se libéreront de lui. » Vivre sans stress

Douglas insistait toujours sur le fait que les enfants ont besoin de s'identifier à leur personnage ; ils sont en train de créer un moi et ce moi est nécessaire. On ne peut pas perdre sa tête si on n'en a pas déjà une. Le passage par l'identication est un passage nécessaire dont on ne peut  faire l'économie. Donc, il faut laisser les enfants tranquilles, ne rien leur imposer. Ce point est fondamental : on ne peut forcer un enfant à prendre conscience de la vacuité.

Le plus important c'est pour les parents de vivre à partir de leur vraie nature, à partir de l'ouverture et de l'amour. Cependant, il n'est pas contre-productif (comme le dit Douglas) – par exemple lorsque les enfants posent la question de la mort - de leur rappeler (parfois mais rarement) qu'au cœur de leur être en formation, qu'en leur centre, il y a une réalité éternelle, libre du temps qui passe. On peut aussi leur dire qu'en leur coeur il y un point tranquille, immobile, sans stress. Un enfant peut ainsi trouver en lui les ressources dont il a besoin dans sa jeune vie. Chaque père et mère aimant et aimante trouvera sa réponse dans l'intérêt de l'enfant et la spontanéité du moment présent.

Mais cette information ne peut être apportée comme un dogme auquel les enfants devraient croire mais plutôt comme une proposition à vérifier par eux mêmes quand ils le voudront. D'ailleurs, les enfants sont bien souvent nos éducateurs en ce qui concerne la spiritualité car ils savent faire preuve de spontanéité, d'ouverture, de gaité, et d'attention à l'instant présent, autant de qualités qui sont celles de la sagesse.


mercredi 25 septembre 2013

• Éveil et quotidien - Silvia Ostertag


Le chemin que propose Silvia Ostertag nous mène à faire l’expérience de la réalité de l’être et à une transformation de nous-mêmes, de notre quotidien et de notre action dans le monde.
Elle explore tous les aspects de ce processus de transformation d’un être jusqu’à la réalisation de l’unité avec tout ce qui existe.
Elle témoigne avec une grande sincérité des obstacles, étapes, et expériences qu’elle a elle-même vécus dans son cheminement personnel et illustre avec clarté et sagesse les grands thèmes de la quête spirituelle.
Ses indications sont précieuses sur l’intégration de la voie au quotidien, sur la sortie des automatismes, sur la nécessaire vigilance du regard, la prise de conscience du sens de notre existence, la nécessité de se sentir responsable.
Ce dont il s’agit dans le zen : par l’exercice du silence, arriver complètement en soi-même – « être complètement là ». Cette expérience est l’expérience du Maintenant : expérience possible seulement si notre vigilance est en contact avec l’instant réel, l’instant présent. 
« L’esprit du quotidien est le chemin. » Il s’agit de vivre la pure présence. La réalité absolue n’est pas séparée d’un iota de l’esprit ordinaire.
« Marcher est zen, être assis est zen ». L’auteur insiste sur le caractère universel de la pratique : « L’exercice même, bien qu’issu du bouddhisme zen, n’est pas pour moi une pratique liée au bouddhisme. C’est une pratique universelle, humaine… »
Qu’elle parle de l’éveil, de l’illumination, source de tant de fantasmes et de représentations illusoires, qu’elle aborde les émotions, ou encore la pratique méditative, Silvia Ostertag trouve des exemples concrets, des images révélatrices, qui pointent toujours l’essentiel ; cet essentiel est l’âme, le cœur, le souffle… l’essence de la vie quotidienne.

Extrait de l'ouvrage

M : Vous venez d’employer le terme « s’éveiller ». C’est d’ailleurs la traduction littérale de buddha - l’éveillé, et non pas l’illuminé.

S : Oui, c’est ça. S’éveiller est également pour moi une expression adéquate. Car dans une telle expérience, c’est comme quand on se réveille après un rêve. Tout à coup, on voit la réalité. Ce qui est spécial dans ce vécu, ce n’est pas que l’on fasse l’expérience de quelque chose de plus clair, ou plus beau, ou plus grand que ce que l’on a vu et entendu jusqu’alors. Cela signifie que l’on perçoit autrement la réalité, qui est comme elle a toujours été. On fait l’expérience, par exemple, qu’un merle est posé sur une branche. C’est cela que l’on peut vivre dans l’illumination. Et tout à coup, on est tellement saisi par ce tableau assez quotidien, que l’on ne peut pas du tout le décrire avec les termes et qualificatifs habituels à notre disposition jusque-là. Ce que l’on pourrait dire, c’est que l’on a enfin vu le véritable merle, le merle. Comme si l’on n’avait encore jamais vu un merle jusque-là, alors qu’on a vu déjà beaucoup de merles. On pourrait dire aussi – après coup – que l’on a enfin fait l’expérience de soi-même; bien que l’on vienne de voir un merle. Comme s’il n’y avait pas de séparation entre celui qui regarde et ce que le regard est en train de rencontrer. Comme s’il n’y avait pas de séparation entre moi et le merle ; comme si je me reconnaissais moi-même dans ce merle sur la branche. Comme si j’étais assise depuis toujours sur cette branche, tout en sachant en même temps et pertinemment que je suis assise sur ce muret et que je regarde la branche là-bas, avec le merle. Mais, d’une manière difficilement explicable, mon « être-assise-sur-le-muret » est tout à fait le même que le merle sur la branche. Et si par hasard, le son d’un moteur venant de la rue me parvenait dans un tel moment, ce son ne serait également rien d’autre que le merle sur la branche. Et si alors on tourne la tête et que le regard rencontre un tournesol ou l’encadrement d’une porte, on voit à nouveau cela, qui s’était montré en tant que merle sur la branche. Pour autant, on ne confondra pas un tournesol ou l’encadrement de la porte avec un merle. On n’a pas de trouble de perception de la réalité. On est tout à fait éveillé à la réalité. On voit à nouveau ou encore – toujours encore on voit ce Un. Comme si ici cela était un merle et là un tournesol et maintenant l’encadrement de la porte puis le bord de la table. Et en même temps, on sait que cela c’est moi. Pour moi, c’est comme si je me voyais moi-même, encore et encore, toujours et toujours, toujours encore comme dans un miroir : seulement moi. Comme si j’étais un avec tout ce qui est et qui était, un dans une seule et unique présence, qui elle n’est pas palpable mais qui emplit tout, temps et espace, de sa pure présence. Tout est en ordre, aussi naïf que cela puisse paraître, tout va bien. C’est une ébauche possible de l’éveil. Si quelqu’un a déjà été, ne serait-ce que très légèrement, touché par un tel vécu, cette description ne lui semblera pas être une pure absurdité mais quelque chose résonnera en lui et lui rappellera comment cette réalité peut se montrer.

M : Cela fait donc cet effet, le « sommet ». Mais ce « nouveau regard » ne doit pas toujours être lié à une perception sensorielle, telle que la vue du merle, n’est-ce pas ?
S : Non. Cela peut aussi nous arriver quand on entend une phrase qui parle de l’essentiel, comme par exemple la première ligne du texte « le zen17 » de Daio Kokushi : « Il y a une réalité qui précède le ciel et la terre. » Mais au fond, il n’y a besoin ni d’un merle, ni d’un bruit, ni d’une phrase de sagesse. Il n’y a absolument pas besoin d’un déclencheur particulier. Il se pourrait aussi qu’en pleine assise en  silence quelqu’un vive quelque chose, que l’on peut nommer « éveil », que cela  s’ouvre à lui, subitement, au milieu du silence.

M : C’est un point important. Dans un premier temps, le chemin de l’exercice nous permet de nous approcher du silence et quand on se familiarise peu à peu avec l’ouverture au silence, c’est déjà très bénéfique de pouvoir, en quelque sorte, l’entendre et d’amener ainsi clarté et présence dans sa vie - dans le quotidien aussi, toujours à nouveau. Puis, vous dites : « Dans le silence, Cela peut s’ouvrir à lui. » Y a-t-il alors encore une différence entre silence et éveil ?
S : Oui et non. Avant de s’éveiller, le vécu du silence n’est que vécu du silence et c’est différent de l’éveil. Dans l’éveil, le vécu du silence est en même temps l’expérience de l’essence, pour employer cette expression qui veut désigner ce qui est innommable. Regardant en arrière à partir de là, le silence était, depuis toujours, précisément cette essence et chaque vécu était déjà cela, seulement on ne l’avait pas reconnu. Aussi longtemps que l’on ne reconnaît pas cela, le silence est quelque chose d’autre qu’un bruit. Mais si la toux d’un voisin résonne dans le silence de celui qui est en train de s’éveiller, c’est comme si on lui offrait, avec le toussotement, une nouvelle paire d’oreilles qui entendent… l’essentiel : toux, toux, toux. Et ceci n’est rien d’autre que le silence.

M : Revenons encore une fois sur fait que le silence lui-même peut se montrer à nous en tant qu’essence. Comment cela se passe-t-il ?
S : Je ne le sais pas. L’essence nous touche comme la foudre dans un ciel serein ou parfois comme une brise légère. Dieu soit loué, on ne peut pas savoir comment cela se passe. Cela pourrait toucher quelqu’un qui s’assied dans le silence pour la toute première fois. Mais je sais bien que votre question ne vise pas la « faisabilité » de l’éveil, mais…

M : … exactement, je souhaiterais surtout que l’on regarde de façon plus nuancée la disposition intérieure qui a à voir avec l’éveil ou qui précède l’éveil.
S : Je vois ce que vous voulez dire et je ne sais pas si je peux en dire quelque chose, car cela se passe de façon différente à chaque fois et pour chaque pratiquant. Mais si on met de côté les autres possibilités et si on cherche à décrire uniquement quelque chose de général, je vais essayer de le dire ainsi : Une personne est assise là, elle respire et écoute le silence. Elle s’aperçoit du silence, comme si celui-ci était autour d’elle. Elle là, le silence autour d’elle. Elle écoute attentivement en sa direction. Puis, elle ressent peut-être que le silence est aussi en elle-même, ou seulement en elle-même. Elle là, le silence en elle. Elle écoute attentivement et observe ce qui se passe avec le silence et avec elle-même. Si elle arrive alors à lâcher progressivement l’observation, sans somnoler, bien qu’elle soit clairement éveillée et présente à ce qui se passe, ce n’est qu’après qu’elle pourra dire comment c’était à ce moment-là avec le silence. Et puis il se peut aussi  qu’en elle tout devienne encore de plus en plus silencieux, et cela n’a rien à voir avec l’absence de bruit. Comme si le silence remplissait complètement l’espace et la personne elle-même, jusqu’à ce qu’à un moment il n’y ait plus que silence, un silence pur et naturel, chargé d’aucun « goût mystique », de sorte que l’on s’oublie soi-même dans ce silence, en étant clairement éveillé. Quand c’est ainsi, souvent, on oublie tout à fait le temps aussi, et l’on est surpris alors de réaliser qu’au lieu de cinq minutes ressenties, une demi-heure est déjà passée. Ce silence que l’on peut comparer à une étendue sans limites ou avec rien d’autre que de l’ouverture ou du vide, ce silence, aussi paradoxal que cela puisse paraître, devient subitement et sans cassure : juste ça ! Tout d’un coup, il est lui-même : juste maintenant. Le « non-temps »  est  juste maintenant. Rien d’autre que le toujours-silence ou le vide ou le rien lui-même ne constitue ce maintenant. Le silence devient événement, il est un fait, un tangible là. Si quelqu’un demandait à ce moment-là : « Et qu’est-ce qui se passe pour toi ? » On ne pourrait que répondre : « Je suis ce “là”. » Je veux dire que c’est également ainsi que le silence lui-même peut être le déclencheur de l’éveil au silence même. Et bien sûr, quand cela arrive ainsi, tout ce qui surgit juste après dans notre perception n’est encore une fois rien d’autre que ce fait unique, un avec le silence, un avec moi-même.

M : Alors, le sens ultime de cette expérience est que l’absolu n’est pas vécu comme au-delà du monde, qui en serait séparé, mais que l’absolu est complètement dans ce monde, à l’intérieur de ce monde. Ou même, d’une façon mystérieuse, qu’il est ce monde. Ceci rend totalement nul le cliché que la méditation serait sans lien avec le monde.
S : Oui. Comme il est dit dans le sutra du cœur18 : « La forme n’est pas différente du vide, le vide n’est pas différent de la forme. » Tout le reste est illusion. Et comme le dit le deuxième des quatre grands vœux : « Aussi inépuisables que soient les illusions (les pensées et les émotions trompeuses), je forme le vœu de les abandonner.» C’est de cela qu’il s’agit. La fixation sur la forme se dissout dans l’expérience du vaste, l’expérience du vaste se renverse en quelque sorte, dans la compréhension que la forme n’est rien d’autre que le vaste, que le vaste n’est rien d’autre que celui qui est assis là et qui est juste en train d’entrevoir ceci. C’est cela que l’on nomme connaissance de soi ou vision de l’être essentiel.

© Publié avec l'accord des Éditions Accarias l'Originel


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mercredi 4 septembre 2013

• Nous sommes toujours Présence - Denis Marie

Tout ce qu’il nous est possible de penser, de ressentir, de faire, l’est parce qu’avant tout nous sommes Présence.
Nous pensons que nous sommes capables ou incapables, avec ou en dehors, pourtant, quel état positif ou négatif est possible sans la Présence, sans la Nature depuis laquelle ils se manifestent ?

Nous nous identifions à certains, en rejetons d’autres, sans reconnaître que nous ne sommes aucun d’eux.
Nous nous évaluons à l’aune de nos réussites et de nos échecs, de nos capacités et de nos incapacités. Nous ne voulons pas voir qu’invariablement nous sommes la Présence qui réussit et qui parvient, de même que celle qui échoue et ne parvient pas.