mercredi 10 mars 2010

• Le Soi est tout - Karl Renz


Je parle toujours d'un moi absolu à un toi absolu. Il n'y a que l'Être. Et l'Être ne connaît ni un ni deux. Il n'y a pas d'unité non plus. L'Être est, même quand il est deux. Alors il est le fait d'être deux. Ou trois, ou quatre, ou cinq. Il est l'ivresse, la sobriété, la beauté, la laideur. L'Être est l'Être, quel que soit son attribut. Il demeure, il est ce qui est. Et il n'a pas besoin d'unité, sinon ce serait de nouveau un Être conditionnel.

Présentation de Karl Renz 

Dans un langage tenant à la fois d’Emmanuel Kant et de Heinz Edhard (comique allemand des années 60), Karl Renz parle d’une manière abstraite du Soi, de la liberté, de la Vacuité et du Néant jusqu’à vider ces sujets de toute compréhension, pour ensuite jongler allègrement avec les calembours, les contrepèteries et les paradoxes.
Ne vous attendez surtout pas à entendre de sages conseils sur l’art de vivre ou bien des tuyaux pour atteindre l’Éveil. En revanche, vous trouverez la détente, le divertissement et vivrez des états où le mental ne parvient à se poser nulle part.

Né en 1953, Karl est le fils d’un fermier du land de Weserberg. En 1976, il débute une carrière d’artiste comme musicien et peintre, expose ses toiles en Allemagne et à l’étranger. Actuellement, il vit à Berlin et est invité à donner ses entretiens dans le monde entier.

Adolescent, Karl se sentait constamment déchiré entre l’extase et le désespoir. Dans sa quête du bonheur permanent, il explora en vain le sexe, les drogues, les lectures spirituelles et chercha l’approbation de ses amis. A la fin des années 1970, de la mise en pratique d’une technique de Castaneda destinée à rêver consciemment résulta un premier éveil. « Soudain, quelque chose qui s’était apparemment endormi s’éveilla en moi et dans cet éveil, d’abord les mains puis le corps tout entier commencèrent à se dissoudre. Une force inexplicable, perçue comme un néant noir et sans fin, était en train de m’anéantir. Même après m’être réveillé dans mon lit, le combat se poursuivit. Puis, tout à coup, l’acceptation de cette dissolution surgit. Ce Néant de ténèbres devint une lumière éblouissante, une lumière brillant d’elle-même. Et j’étais Cela. »

Karl offre régulièrement des entretiens de deux heures, chaque fois sous un thème différent : la peur, la religion, la mort, la passion, la maladie, la tranquillité, les expériences spirituelles, la perte et le gain. Toutefois, les questions et réponses ne se bornent pas à ces sujets. De petits groupes ont commencé à se retrouver à Berlin, à Munich, puis ailleurs. Ni salutations solennelles, ni intermèdes musicaux, ni photos d’êtres éveillés n’accueillent Karl, qui lui-même n’eut pas de Maître et ne se reconnaît dans aucune tradition. Et la gaîté l’emporte sur la piété. Sans aucun intoxicant s’installe une légère euphorie dans laquelle tout finit par être tourné en dérision.

« L’Éveil survient absolument sans aucune préparation, en dépit et non à cause de la recherche de la connaissance. Tous les concepts de Voie, de développement et même de connaissance surgissent avec la première pensée « Je ». Cette idée première crée le temps, l’espace et donc la totalité du monde. Tant que cette pensée « Je » - qui signifie séparation (dualité, souffrance) - semble réelle, existe également le souhait d’unité et conséquemment le désir de trouver une échappatoire, de mettre un terme à la souffrance. Cette première fausse idée de « Je » entraîne la fausseté de tout ce qui en découle. « Sois ce qui précède la pensée “Je”. Seule cette connaissance absolue supprime la source de tous problèmes et c’est la signification de : « Sois ce que tu es ».

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Entretiens avec Karl Renz 

Dates : 
Les 5, 6, 7 mai 2010 en soirée (19h30)
et les 8 et 9 mai 2010, deux entretiens (10h30-12h30 / 14h30-16h30).

Lieu : Paris 

Thèmes : 
5 mai : Quel est l'ultime remède contre la peur ?
6 mai : Les désirs sont ils un obstacle à la réalisation ?
7 mai : Comment arrêter la souffrance ? 
8 mai : Que se passe-t-il quand on meurt ?
9 mai : Y a-t-il une évolution du monde ?

Les entretiens sont donnés en anglais avec traduction française.
Pour toutes informations complémentaires, visitez le site de l'association Être Présence.
Mail : etre.presence@gmail.com ; ou contacter Devi : 06.64.44.88.77

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Thème du 5 mai : 
La paix que tu peux obtenir est encore de la peur. La possession, c'est la peur. Toutefois, antérieur à ce possesseur, tu existes. Ça, tu ne peux pas dire que c'est une idée, aussi demeure dans l'antériorité.
La peur est là, mais personne n'a peur.
Chaque peur a sa raison d'être, là n'est pas le problème. Mais il n'y a personne qui ait peur.
Le Cœur est tout ce qui est. Alors que craindre ? As-tu peur d'être le Cœur ?
Sans objectif, l'image ne peut pas demeurer, c'est son système de survie. Elle craint la mort. Elle craint l'existence. C'est une crise existentielle. C'est pourquoi elle a besoin d'un but, d'un point de référence, sinon, elle disparaît. Sans référence, point d'image. Le Tout-Puissant, l'absence totale de but, ce que tu es, aurait peur de Lui-même ! Quelle plaisanterie !
Le vide signifie la mort, la mort de tout objet. Mais lorsque tu prends conscience du vide et que tu vois que la Vacuité est ce que tu es, alors tu te reposes dans Cela, tout simplement, car tu vois qu'il n'y a rien à craindre. C'est pourquoi Jésus a dit : « Ne craignez point ». N'ayez pas peur de ce que vous êtes. Cette absence, cette absence absolue de toute idée est le vide, et c'est ce que tu es. Ce vide total, cette abîme est ce que tu es.
Vois, tout simplement ! Le Soi est tout, et tout ce qui se passe se passe dans le Soi et fait partie du Soi.
  
Sans complaintes, sans actions, sans désirs, le monde entier s'effondrerait. C'est une énergie qui te fait courir partout, il n'y a rien de mal à ça.
En vérité, il n'y à rien à dissoudre, car si ce qu'est l'existence avait besoin que la moindre chose parte, cette liberté que tu es dépendrait d'une absence : celle d'un moi, de problèmes, de désirs, etc. Mais de quelle sorte de liberté s'agirait-il si elle avait besoin de l'absence de ce qui n'est même pas présent ? Elle dépendrait encore de quelque chose. Tu dois être ce que tu es en toutes circonstances, possibles ou impossibles, et non dans une absence quelconque ou une harmonie spéciale, quelle qu'elle soit.
Quel problème y a-t-il avec le désir ? C'est merveilleux. Pourquoi pas ? Tu n'as rien à perdre. Il n'y a aucun avantage à ne pas désirer. Pourquoi ne pas se languir ? Tu es l'absence d'aide et de non-aide. Tu ne peux pas décider de te languir ou non, un point c'est tout. Alors pourquoi pas ? Désirer est douloureux ? Oh ! Je te dis que même cette douleur, comme tout ce que tu expérimentes, est totalement savourée par Cela que tu es. 
Sache que la moindre souffrance, la moindre peine, est un aspect de ta réalisation absolue qui ne peut être évitée par qui que ce soit. Encore une fois, cette impuissance est la paix. Dans cette impuissance, il n'y a personne qui souffre, qui soit malade, à l'agonie ou quoi que tu nommes. Cette « personne » n'apparaît que lorsqu'il y a dérobade. Je vais encore plus loin, éviter n'est pas un problème, car il n'y a jamais eu quelqu'un qui ait jamais évité quoi que ce soit. Ne pas éviter non plus le fait d'éviter. Il faut toujours remonter plus près de ce mystère qui est la liberté.
Tout ce que tu vis, la souffrance, les pleurs, c'est une expérience pure de ce que tu es. Tu ne peux pas éviter ce que tu es parce que tu es ce Soi et que ce que tu vis est une réalisation de ce que tu es. Il n'y a rien de bien ni de mal à cela.
Bouddha a dit : « La souffrance a une fin. Bien sûr, il y a une fin à la souffrance, car elle n’a jamais commencé. Si tu trouves le début de la souffrance, tu pourras peut-être en trouver la fin. Pour souffrir, il faut que la personne qui souffre existe. Commence par la chercher. Tant que tu désires mettre fin à la souffrance, il restera quelqu’un. Parfois la souffrance s’arrête, mais la personne qui ne souffre plus peut retourner à la souffrance à la moindre inattention. Quelle est la seule façon d’anéantir l’idée d’une personne qui souffre ? 
L’Éveil survient absolument sans aucune préparation, en dépit et non à cause de la recherche de la connaissance. Tous les concepts de Voie, de développement et même de connaissance surgissent avec la première pensée « Je ». Cette idée première crée le temps, l’espace et donc la totalité du monde. Tant que cette pensée « Je  » - qui signifie séparation (dualité, souffrance) - semble réelle, existe également le souhait d’unité et conséquemment le désir de trouver une échappatoire, de mettre un terme à la souffrance. Cette première fausse idée de « Je » entraîne la fausseté de tout ce qui en découle. « Sois ce qui précède la pensée “Je”. Seule cette connaissance absolue supprime la source de tous problèmes et c’est la signification de : « Sois ce que tu es  ».
Il n’y a jamais eu aucun ego qui aurait respiré. Il n’y a pas de dernier souffle parce qu’il n’y en a pas de premier. Ne crée pas de processus. Vois simplement que ce que tu es - la seule réalité, jamais touchée par quoi que ce soit de sensoriel - a toujours été là. Ce n’est rien de nouveau. C’est tellement ancien, tellement infini, juste ce : « Aha !Ô infinité ! » Tout ce qui existe est infini, car l’infini est tout ce qui est.
Il n’y a pas de différence ni de séparation entre la forme et la non-forme : toutes deux sont le Soi, donc exactement identiques. Ce que tu es n’a pas besoin d’être réalisé, car tu es - et seras toujours - ce que tu es. Les circonstances de la naissance et de la mort ne peuvent te toucher en aucune manière. Ce ne sont que des sensations parce que tu es antérieur à elles. Avant que ce corps ne naisse, tu étais déjà ce que tu es.
Tu ne peux pas mourir. Mieux vaut que tu confrontes cette réalité. L'idée d'être né est déjà fausse, donc l'idée de mourir l'est également, c'est certain, et pour le « je », cette idée est insupportable ! Tu ne peux jamais accepter l'idée que tu es immortel. Devant cette vision absolue d'immortalité, en voyant que rien ne peut naître, tu flippes ! C'est la terreur totale pour cette idée « moi » qui avait cet espoir : « Si ça ne s'arrête pas avant que je meure, au moins, quand je mourrai, tout sera terminé. » Non, non. Mourir n'est qu'un autre instant, une autre expérience, suivi d'un autre instant de la réalisation de ce que tu es. Et cette réalisation est aussi infinie que tu l'es. Pour ce que tu es, l'événement de la naissance et celui de la mort sont comme boire une autre tasse de café, car l'absence d'espoir, le fait que tu n'as absolument aucune chance de t'échapper de l'existence est la réalisation de ce que tu es. Mais, oh, surprise ! Dans l'absence d'espoir règne le silence.

Thème du 9 mai : 

Certaines personnes pensent qu'il y a une évolution. C'est le cas de ce moi fantôme qui essaie perpétuellement de confirmer son existence. Pour cela, il crée quelque chose d'insaisissable, puis il se lance dans des pratiques qu'il pourra réitérer à l'infini. C'est sans fin. Ainsi il continue à se confirmer : « Je n'y arrive pas. Je veux tout avoir. Je veux réaliser. Je veux être le premier réalisé qui ait jamais marché sur terre. Moi ! Pourquoi pas moi ? Il y a bien eu Ramana, Jésus, Mohammed, Bouddha et tous les autres réalisés. Pourquoi eux et pas moi ? » Et ce, bien que tous ceux que l'on nomme réalisés aient dit qu'il n'y a jamais eu de réalisés.

Aucun travail ni développement ne sont requis pour être ce que tu es. Tout concept de « voie », qui implique évolution et même cognition, apparaît avec la première pensée « je ». Cette première pensée crée le temps, l'espace et par conséquent l'univers entier.

Ce que tu es ne peut pas gagner ni perdre quoi que ce soit. Et ce qui peut gagner quelque chose par une augmentation est déjà un faux « je ». Un faux qui gagne du faux. 

Non pas évolution, mais révolution !