lundi 19 février 2024

• Il n’y a pas de libération à atteindre autre que ce qui est déjà présent - Peter Alan Roberts

 

La vérité qui transcende l’intellect ne sera pas vue au moyen de l’intellect. Le point de non-action ne sera pas atteint par une action délibérée. Si vous voulez atteindre le point de non-action transcendant la pensée, coupez la racine de l’esprit lui-même et reposez-vous dans la conscience nue !


Mahāmudrā, ou chakchen en tibétain, signifie littéralement « le grand sceau ». Les maîtres de cette tradition ont expliqué que tout est scellé avec la bouddhéité, la vraie nature intrinsèque, qui est déjà parfaite.


Par conséquent, il n’y a rien à ajouter ou à enlever de l’esprit. Il n’y a pas de libération à atteindre autre que ce qui est déjà présent. On dit souvent que la raison pour laquelle le mahāmudrā n’est pas atteint n’est pas parce qu’il est trop difficile, mais parce qu’il est trop facile, non qu’il est trop éloigné, mais parce qu’il est trop proche, et non parce qu’il est caché, mais parce qu’il est trop évident.


Par conséquent, la tradition mahāmudrā emploie l’expression « esprit ordinaire » pour exprimer que l’illumination n’est rien d’autre que l’esprit que nous avons déjà. Comme l’affirme Tselé Natsok Rangdröl dans son texte de ce volume, l’erreur que commettent les méditants est de « penser que le simple maintien du "mental ordinaire" — votre propre esprit — ne suffit pas. Au lieu de cela, vous cherchez ailleurs une méditation tant attendue, imaginée et merveilleuse. »


La méditation elle-même implique de regarder vers l’intérieur, directement vers son propre esprit, sans conceptualisation, catégorisation ou conclusions. Cette vraie nature de l’esprit est là pour tout le monde, et quiconque regarde de cette façon la verra inévitablement, au moins un instant, avant que la conceptualisation ne s’installe.


La pratique de la méditation consiste essentiellement à se familiariser avec cette vision directe de l'esprit. Néanmoins, une série de méditations graduées sont enseignées en conjonction avec cette pratique, y compris des méditations śamatha (calme mental)  de base, pour stabiliser la concentration, et les étapes successives de la méditation vipaśyanā (vue profonde), des pratiques de perspicacité qui conduisent progressivement un praticien au mahāmudrā réel.


Thrangu Rinpoché a souligné à maintes reprises que le seizième karmapa, Rigpé Dorjé (1924-1981), lui a dit que le mahāmudrā était la pratique la plus bénéfique pour les Occidentaux parce qu’il évite les pratiques complexes et culturellement étrangères.


Rinpoché a également déclaré que les pratiques élaborées telles que les six dharmas de Nāropa et les retraites dans le noir n’atteignent pas un but plus élevé que le mahāmudrā, mais sont enseignées pour le bénéfice de ceux qui ne peuvent pas croire que la réalisation finale peut être atteinte par une méthode aussi simple. Néanmoins, il ajoute que la poursuite d’un éventail de pratiques peut aider les praticiens dans leur progrès.



Le Mahamudra n’a aucune cause.
Le Mahamudra n’a aucune condition.
Le Mahamudra n’a pas de méthodes.
Le Mahamudra n’a pas de chemin.
Mahamudra n’a aucun résultat.

jeudi 15 février 2024

• Le vrai satsang, consiste à vivre en relation consciente avec tout ce qui est - Yvan Amar



Ce sont des choses qu’il est bon de dire : on a beau être éveillé, avoir vécu l’éveil, on reste prisonnier de mécanismes égoïstes, de mécanismes de protection de soi, et cela tant que cet éveil, cette illumination n’habite pas tous les recoins de l’être. A ce stade, il faut reconnaitre que la lumière, l’intelligence de l’éveil n’éclairent en fait que les lieux dont on a ouvert les portes en nous.

En fait, l'éveil n’a rien à voir avec quelque chose qui se mérite. Je me suis rendu compte à quel point l’enseignement qui mettait en avant l’éveil comme le but ultime avait tendance a individualiser la démarche et à renforcer l’égoïsme de chacun. Dans mon enseignement, j’ai voulu au contraire que les personnes entrent en relation les unes avec les autres, qu’elles oublient un objectif personnel d’éveil, de libération, et reconnaissent qu’on ne peut grandir qu’ensemble, en prenant le risque de l’autre, en entrant en relation profonde avec l‘autre dans la mesure où celui-ci est l‘occasion d’aller voir ce qu’on n’est pas capable de voir tout seul. Si j’ai pu voir des choses importantes me concernant, c’est parce que ma femme, mes enfants, ma mère ou les gens avec qui j’étais en relation m’ont obligé à les voir.

Dans l’enseignement, le grand tournant se produit finalement quand on cesse d’être victime de l’autre pour devenir disciple de l’autre. ll se passe quelque chose a partir du moment où l’on n’est plus obsédé par l’éveil et où l’on entre vraiment en relation avec ce qui est. C’est d’ailleurs là que j’ai compris la vraie signification du mot satsang, qui tient une grande place en Inde cela ne se limite pas à la fréquentation du guru, mais c’est élargir le guru à tout ce qui est et fréquenter le réel en tout et partout. Le grand enseignement, le vrai satsang, consiste à vivre en relation consciente avec tout ce qui est ; c’est l’occasion d’un grandir qui, par nature, est de la nature de l’éveil.

En sanskrit, Brahman signifie « grandir », « croître «. Cette dynamique, du fait qu’elle devient prioritaire, nous libère de l’objectif de l’éveil ; on prend peu a peu conscience de la nature réelle du grandir et on se rend compte que cette nature est la réalité. Quand le Christ dit : "Je suis le chemin, la vie, la vérité ", il ne dit pas " Je suis le bout du chemin ", mais  " je suis le chemin ". C’est quand on entre dans un grandir constant, qu’on ne cherche plus à atteindre une destination finale, un but, qu’on l’appelle « éveil » ou autrement, que le grandir devient lui-même la conscience vivante dans laquelle tout est inclus. Saint Jean de la Croix disait : « Celui qui s’arrête en quelque chose cesse de se jeter dans le tout. »

Visiter le site : http://yvanamar.fr/ 

mardi 13 février 2024

• Le « je » est présent, même en l'absence du « suis » - Nisargadatta Maharaj

Dès l'instant où vous avez réalisé que le monde est votre propre projection, vous en êtes libéré.

Vous n'avez pas besoin de vous libérer d'un monde qui n'existe pas, sauf dans votre imagination.

Cessez d'attribuer des noms et des formes à ce qui est essentiellement sans nom et sans forme, réalisez que tout mode de perception est subjectif, que ce qui est vu ou entendu, touché ou senti, ressenti ou pensé, attendu ou imaginé, est dans le mental et non dans la réalité, alors vous connaîtrez la paix et vous serez libéré de la peur. Même la sensation « je suis » est composée de la Pure Lumière de la sensation d'être.

Le « je » est présent, même en l'absence du « suis ».

De même, la Pure Lumière est présente, que vous disiez « je » ou non.

Devenez conscient de cette Pure Lumière et vous ne la perdrez jamais.


jeudi 8 février 2024

• Rien n'est tel qu'il apparaît... - Bouddha


Sachez que toutes choses sont ainsi :

Un mirage, un château de nuages,

Un rêve, une apparition,

Sans réalité essentielle

Pourtant leurs qualités peuvent être perçues.


Sachez que toutes choses sont ainsi :

Comme la lune dans un ciel clair 

Reflétée dans un lac transparent ;

Pourtant, jamais la lune n'est venue jusqu'au lac. 


Sachez que toutes choses sont ainsi : 

Comme un écho issu

De la musique, de sons, de pleurs

Pourtant dans cet écho, nulle mélodie.


Sachez que toutes choses sont ainsi :

Comme un magicien nous donne l'illusion

De chevaux, de bœufs, de charrettes et d'autres objets

Rien n'est tel qu'il apparaît.


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Je me suis manifesté à la manière d’un rêve

à des êtres semblables au rêve,

et j’ai enseigné un Dharma pareil au rêve ;

mais en réalité je n’ai jamais enseigné

et je ne suis jamais réellement venu.


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Nous sommes ce que nous pensons.


Tout ce que nous sommes s'élève de nos pensées.


Avec nos pensées, nous créons le monde...



Bouddha


vendredi 26 janvier 2024

• Trois mille six cents fois par heure... : Beaudelaire


Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi !

Beaudelaire

 

mercredi 24 janvier 2024

• Il n'y a pas d'autre - Stephan Schillinger

 

Quelque chose est en train d’arriver. Quelque chose est entrain de se produire, en ce moment même : Vous respirez. Et peut-être avez-vous un téléphone en main.

 

Il y a, en ce moment, la perception d’un Vous, d’un Soi, le Moi, et…. du monde, extérieur. Ceci, précisément ceci... est une illusion. Il n’y a pas de séparation entre ce Moi, et ce monde extérieur, séparé du Moi.


Cet état où « Je » n’est pas l’autre, ni la nature. Où le « Je » est plus important que mon environnement immédiat, sans aucune conscience de l’interdépendance à laquelle tout est soumis, amène l’humanité jusqu'à un instant charnière, un virage très serré. Que nous prenons tous.


Plus on explore la réalité, ses couches secrètes et ses souterrains, plus la similarité de l’informatique et de l’humain devient frappante et explicite. Quoi de plus normal, puisque l’informatique va bientôt se fondre en nous.


L’ego, est ce programme installé sur notre machine, destiné à favoriser sa survie. Il est nécessaire et indispensable pour nous permettre d’interagir avec notre environnement.


Et voila que notre ego, simple programme fonctionnel au service d'un environnement, est persuadé d’être aux commandes, d'avoir le contrôle, ayant oublié que sans courant électrique, il n’est rien. Ce même courant électrique commun à toutes les machines, celui sans lequel rien ne démarre, rien n’existe ; sans lequel, l'ego n'aurait jamais pu exister, c'est l'âme.


Cette âme, que nous aimons actuellement appeler "univers" n’est qu’une seule énergie, tout comme la vague n’est pas séparée de l’océan, et que nous ne sommes pas séparés de la Nature. 


Quand un disciple lui a demandé : « Comment doit-on se comporter avec les autres ? »

Ramana Maharshi répondit : 

« Il n’y a pas d’autre. »


Extrait des livres « Par un Curieux Hasard » disponibles sur curieuxhasard.com/boutique


lundi 15 janvier 2024

• Une porte vers le Soi - Swâmi Prajnânpad

 
Entretiens avec Daniel Roumanoff

Daniel Roumanoff a suivi Svâmi Prajnânpad dès 1959 et l’a fait connaître par de nombreuses publications. Colette Roumanoff nous livre ici un document inédit, l’intégrale de six entretiens enregistrés en 1972. C’est un témoignage pratique, applicable au quotidien, auquel le lecteur pourra s’identifier pour agir, comprendre ses motivations, rétablir son unité intérieure, développer des relations fécondes, faire de ses désirs un chemin vers l’unité.

La voie de Svâmi Prajnânpad est une voie de découverte personnelle inséparable du quotidien. Questionner ses croyances, ses désirs, ses motivations, son savoir-faire, goûter et ressentir la richesse de ses sensations, de ses impressions, de ses satisfactions, de ses dépits et frustrations, permet de grandir et de s’accomplir. Le système est rigoureux, pourtant il ouvre des portes : « Tout est différent, et tout est relié ». On passe ainsi naturellement du matérialisme à la spiritualité : « Tout est Un, tout est neutre. »

A travers ce dialogue entre le sage et le disciple, le lecteur est invité à revisiter son espace intérieur et son rapport au monde.  Chacun de ces six entretiens montre comment dénouer ses croyances, se défaire des obligations que l’on s’impose, pour découvrir la source de ce qui nous fait vivre. En se déliant des pesanteurs mémorielles et émotives, des conflits internes, de la répression des désirs incompris, on peut faire du Présent, ici et maintenant, une porte vers le Soi.


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Svâmi Prajnânpad est un maître indien contemporain (1891-1974) dont l’enseignement, plongeant ses racines dans la tradition indienne la plus ancienne, éclaire d’une manière entièrement nouvelle le cheminement de celui qui aspire à connaître la vérité.


Formé aux disciplines scientifiques, Svâmi Prajnânpad réconcilie science et tradition, approche matérialiste et spirituelle. Svâmiji, dans un souci d’efficacité pratique, se réfère constamment à l’expérimentation, rejette tout recours à une autorité quelle qu’elle soit, mais n’hésite pas à utiliser toutes les méthodes permettant de libérer le disciple de ses blocages émotionnels.


mardi 9 janvier 2024

• L'éveil n'est pas une expérience spirituelle - César Teruel

Si l'illumination signifie quelque chose, ce n'est pas ce que les gens croient. C'est une vie ordinaire vécue dans une paix absolue, à partir de la compréhension que vous n'êtes pas une entité séparée, que vous êtes la totalité de la vie. Et c'est tout.

Et l'éveil n'est pas une expérience spirituelle. C'est une expérience physique, et c'est une expérience douloureuse. Parce que vous verrez comment votre corps commence à se détraquer lorsque votre cerveau est débranché de toutes ces croyances et idées.

lundi 1 janvier 2024

jeudi 28 décembre 2023

• Tout arrive de soi-même en tant que manifestation de la Présence - Dr. David Hawkins

 

En un temps où la spiritualité attire un nombre croissant de « chercheurs de Vérité », ce deuxième volume de la trilogie du Dr David Hawkins se présente comme un outil exceptionnel pour élever sa conscience et progresser jusqu'à l'éveil.


L'auteur y révèle sa compréhension des grandes vérités spirituelles, celles qui portent en particulier sur la Vie, le Divin, la conscience, l'existence, la non-dualité, le karma, l'amour et la volonté. Il apporte au chercheur de puissants outils pour le guider et le soutenir sur le chemin de libération de l'ego et d'éveil spirituel. S'appuyant sur les découvertes majeures déjà présentées dans Pouvoir contre Force (l'échelle de conscience, le test musculaire), il établit également de multiples ponts avec la science contemporaine, l'histoire, les religions et le fonctionnement de nos sociétés.


Le Dr DAVID HAWKINS (1927–2012) était un psychiatre new-yorkais réputé quand il connut, à l'âge de 38 ans, un éveil spirituel profond. Cette grande transformation de sa conscience, largement évoquée dans ce livre, l'a conduit à consacrer le reste de sa vie à la recherche de la vérité spirituelle et à l'enseignement afin d'élever le niveau de conscience de l'humanité et de contribuer, par ce moyen, au soulagement de la souffrance humaine.

Chercheur, auteur, enseignant et conférencier de renommée mondiale dans le domaine de la spiritualité, David Hawkins a été l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, dont l'un co-écrit avec Linus Pauling, Prix Nobel de chimie.


Ouvrage préfacé par Claudette Vidal


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© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Guy Trédaniel


Prologue


Des années de lutte intérieure, de souffrance et d’efforts spirituels apparemment inutiles avaient finalement abouti à un état de sombre désespoir. Même un retrait dans l’athéisme n’avait pas apporté de soulagement dans cette quête incessante. La raison et l’intellect étaient trop frêles pour la tâche colossale de découvrir la vérité ultime. Le mental lui-même avait été conduit à une défaite finale déchirante et accablante. Même la volonté s’était figée. Alors une voix intérieure implora : « S’il existe un Dieu, je Lui demande de l’aide. »

Alors tout cessa et disparut dans l’oubli. Le mental et tout sentiment d’un soi personnel s’évanouirent. En un moment stupéfiant, ils avaient été remplacés par un état de conscience infini et englobant tout, qui était rayonnant, complet, total, silencieux et calme comme l’essence promise de Tout Ce Qui Est. La splendeur, la beauté et la paix sublimes de la Divinité resplendissaient. C’était un état autonome, définitif, intemporel, parfait, le Soi du manifesté et du non-manifesté, la Déité Suprême, et c’est ainsi que s’est présentée...

La Présence

Un silence feutré imprègne les alentours, et le mouvement lui-même ralentit et devient immobile. Toutes les choses rayonnent une intense vitalité. Chacune est consciente de toutes les autres. La qualité lumineuse du rayonnement a une nature extraordinairement divine. Elle inclut complètement tout dans son état de totale Unité, si bien que toutes les choses sont interconnectées, en communication et en harmonie par le fait qu’elles sont conscientes et qu’elles partagent la qualité fondamentale de l’essence de l’existence.

La Présence est un continuum qui occupe complètement ce qui, auparavant, apparaissait à la perception ordinaire comme un espace inoccupé et vide. Cet état intérieur de Pleine Conscience n’est pas différent du Soi ; il imprègne l’essence de toute chose. La Pleine Conscience est consciente de son propre état de conscience et de son omniprésence. L’Existence, dans son expression à la fois comme forme et comme absence de forme, est Dieu et elle prévaut de façon égale dans tous les objets, personnes, plantes et animaux. Tout est uni par la Divinité de l’Existence.

L’Essence omniprésente englobe tout sans exception. Le mobilier de la pièce a une importance et une valeur égales à celles des rochers et des plantes. Rien n’est exclu de l’état où l’on est Tout, un état qui embrasse tout, qui est total, complet et qui ne manque de rien. Tout est de valeur égale car la seule valeur réelle est la Divinité de l’existence.

Ce qui est le Soi est total et complet. Il est présent partout de façon égale. Il n’y a ni besoins, ni désirs, ni manque. Ni l’imperfection ni la discorde ne sont possibles et tous les objets se présentent comme des œuvres d’art, des éléments de sculpture d’une beauté et d’une harmonie parfaites. La Sainteté de toute la Création réside dans la vénération que chaque chose éprouve pour toutes les autres. Tout est empreint d’une incroyable splendeur et tout est silencieux dans l’émerveillement et la vénération. La Révélation instille une Paix et un calme infinis.

Un coup d’œil au corps révèle qu’il est identique à toutes les autres choses – sans propriétaire, n’étant pas possédé par un individu, équivalent au mobilier et aux autres objets, et faisant simplement partie de Tout Ce Qui Est. Il n’y a rien de personnel à propos du corps et il n’y a pas d’identification avec lui. Il se déplace spontanément, exécute correctement 

ses fonctions corporelles, marche et respire sans effort. Il se meut de lui-même et ses actions sont déterminées et déclenchées par la Présence. Le corps est simplement un « cela », équivalent à n’importe quelle autre « chose » se trouvant dans la pièce.

Quand d’autres personnes s’adressent à lui, la voix de ce corps répond de façon appropriée, mais ce qui est entendu dans la conversation résonne à un niveau de signification plus élevé. Cette signification plus profonde se révèle dans chaque phrase. Toute la communication est maintenant comprise à ce niveau profond, presque comme si chaque question apparemment simple était en réalité une question existentielle et un propos concernant l’humanité elle-même. À la surface, la formulation semble superficielle, mais au niveau plus profond, elle a d’importantes implications spirituelles.

Le corps, que tous les gens considèrent comme un « moi » à qui ils sont en train de parler, apporte des réponses appropriées. Cela est en soi étrange parce qu’il n’y a absolument pas de « moi » qui lui soit associé. Le véritable Soi est invisible et n’a pas de localisation. Le corps parle et répond aux questions aux deux niveaux à la fois, de façon simultanée et parallèle.

Apaisé par le Silence de la Présence, le mental est silencieux et sans mots. Il ne se présente ni images, ni concepts, ni pensées. Il n’y a personne pour les penser. Personne n’étant présent, il n’y a ni penseur ni faiseur. Tout arrive de soi-même en tant que manifestation de la Présence.

Dans les états de conscience ordinaires, le son prévaut sur un arrière-plan de silence et il remplace ce silence. Dans la Présence en revanche, il se produit l’inverse. Même si le son est perceptible, il se situe à l’arrière-plan. Le Silence prédomine de telle façon que le silence n’est en fait ni interrompu ni supplanté par le son. Rien ne trouble le calme ni n’interfère avec sa paix. Même si un mouvement a lieu, il ne perturbe pas l’immobilité silencieuse qui est au-delà du mouvement et qui pourtant l’inclut. Tout paraît se mouvoir comme dans un ralenti car le temps est absent. Il n’y a qu’un continuel état de Maintenant. Il n’y a ni évènements ni manifestations car tous les commencements et tous les arrêts, tous les débuts et toutes les fins n’ont lieu que dans la conscience dualiste de l’observateur. En leur absence, il n’y a pas de successions d’évènements à décrire ou à expliquer. 

À la place du fait de penser, il existe une connaissance autorévélatrice qui apporte une parfaite compréhension et qui est rendue autoexplicative par son essence resplendissante. C’est comme si tout parlait silencieusement et se présentait dans son intégralité dans l’absolue beauté de sa perfection. Ce faisant, toute chose manifeste sa gloire et révèle sa Divinité intrinsèque.

La suffusion de la Présence dans l’intégralité et dans l’essence de tout ce qui existe est d’une douceur exquise, et son toucher est semblable à quelque chose qui fond. Le Soi intérieur en est le centre même. Dans le monde ordinaire, on ne peut toucher que la surface des choses, mais dans la Présence, c’est l’essence la plus intérieure de chaque chose qui s’entremêle avec toutes les autres choses. Ce toucher, qui est la Main de Dieu dans toute sa douceur, est en même temps l’expression et le siège d’un pouvoir infini. Dans le contact que l’on a avec l’essence intérieure de toutes les choses, on est conscient que la Présence est ressentie par toutes les autres choses, objets ou personnes.

Le pouvoir de cette douceur n’a pas de limites et, parce qu’il est global et partout présent, aucune opposition ne lui est possible. Il imprègne Tout Ce Qui Est, et de lui émane l’existence elle-même, qui est à la fois créée par ce pouvoir et en même temps maintenue en cohésion par lui. Ce pouvoir est une qualité intrinsèque de la Présence et sa présence est l’essence même de l’existence. Il est présent de façon égale dans tous les objets. Aucun vide n’existe nulle part dans la mesure où la Présence remplit tout l’espace et tous les objets qui y sont contenus. Toutes les feuilles des arbres partagent la joie de la Présence Divine.

Toutes les choses se trouvent dans un état d’allégresse silencieuse par le fait que leur conscience est une expérience de la Divinité. Toutes éprouvent une gratitude calme et toujours présente pour le cadeau qui leur a été accordé de faire l’expérience de la présence de Dieu. Cette gratitude est la forme par laquelle leur vénération s’exprime. Tout ce qui est créé et possède une existence contribue à refléter la gloire de Dieu.

L’apparence humaine a revêtu une toute nouvelle aura. Le Soi Un irradie à travers les yeux de chacun. Une lumière rayonne de chaque visage ; tout le monde est d’une égale beauté.

Ce qui est le plus difficile à décrire est l’interaction avec les gens, qui s’est déplacée sur un autre plan de communication. Il y a un amour évident pour tous. Le discours, quant à lui, a changé de sorte que toutes les conversations sont devenues aimantes et paisibles. La signification des mots qui sont entendus n’est pas la même que celle qu’entendent les autres. C’est comme s’il existait deux niveaux de conscience distincts issus du même scénario de forme et de mouvement, deux scripts différents s’exprimant au moyen des mêmes mots. Le sens des mots eux-mêmes a été transposé sur un plan différent par les soi supérieurs des personnes qui sont en relation, et la communication de la compréhension se fait sur ce plan plus élevé. Il est clair, en même temps, que le soi inférieur des gens n’est pas conscient de la communication qui se déroule simultanément avec leur soi supérieur. Les gens sont comme hypnotisés par la croyance en la réalité de leur soi ordinaire, qui n’est pourtant que la mise en scène involontaire de scénarios ou de rôles, comme dans un film.

Ignorant les soi inférieurs, les soi supérieurs s’adressent directement les uns aux autres, tandis que les soi ordinaires semblent inconscients de ce niveau de conversation plus élevé. En même temps, les gens ressentent intuitivement qu’il se passe quelque chose de différent de l’ordinaire. La présence consciente du Soi crée un champ d’énergie qu’ils trouvent extrêmement plaisant. C’est ce champ d’énergie qui accomplit le miraculeux et met les évènements en harmonie, en même temps qu’il apporte un sentiment de paix à tous ceux qui en font l’expérience.

Dans la présence de cette aura, les visiteurs qui avaient parcouru de nombreux kilomètres pour poser des questions en connaissaient soudain les réponses, celles-ci survenant grâce à une compréhension intérieure qui rendait les questions originelles sans objet. Cela se produisait parce que la Présence recontextualisait l’illusion de l’existence d’un « problème » et faisait ainsi disparaître celui-ci.

Le corps continuait ses activités en tenant compte des intentions émises par la conscience. Sa perpétuation n’était pas d’un grand intérêt et il était clair que ce corps était en fait la propriété de l’univers. Les corps et les objets du monde sont les reflets de variations infinies et ils n’ont pas d’imperfections. Rien n’est meilleur ni pire que quoi que ce soit d’autre, et rien non plus n’est d’une valeur ou d’une importance différente. La qualité que constitue la parfaite identité de soi donne la même valeur intrinsèque à toutes les choses qui existent en tant qu’expressions égales de la Divinité innée. Parce que « la relation » est un concept de l’observation mentale dualiste, il n’y a pas de relations dans la Réalité. Chaque chose « est » simplement et manifeste la qualité d’être de l’existence. De même, s’il n’y a pas l’interposition d’un observateur actif avec les schémas de pensée qui lui sont propres, il n’y a ni changements ni mouvements à expliquer ou à décrire. Chaque « chose » évolue simplement en tant qu’expression de son essence divine. L’évolution a donc lieu comme manifestation de la conscience, et elle s’exprime à partir des niveaux abstraits des hautes énergies pour aller vers des formes de moindre énergie mais plus spécifiques, et finalement jusque dans la matérialité physique. La création se manifeste ainsi à partir du sans-forme abstrait par une prise de forme progressive aboutissant à une structure énergétique finale, puis à la matérialité tangible. Le pouvoir de se manifester est l’expression de la toute-puissance divine sous la forme de la création continue.

La Création est le Présent et le Maintenant. Ce Maintenant est continu, de sorte que ni les commencements ni les fins ne sont possibles. Le fait d’être visible et la matérialité elle-même ne sont que des phénomènes sensoriels et non des conditions nécessaires à l’existence, qui est en elle- même sans forme, bien qu’intrinsèque à toutes les formes.

Le fait que toutes les choses soient constamment dans le processus de création signifie que toutes sont une expression de la Divinité, faute de quoi elles n’auraient pas la capacité d’exister. La réalisation que tout ce qui existe reflète la Divinité de la Création fait que chaque chose devient digne de respect et de vénération. Elle explique la déférence pour l’esprit présent dans tous les êtres vivants et dans la nature, qui caractérise de nombreuses cultures.

Tous les êtres sensibles sont égaux. Seule la manifestation matérielle est sujette à une fin, mais l’essence n’est pas affectée et conserve la potentialité de réapparaître dans une autre forme matérielle. L’essence n’est affectée que par les forces de l’évolution. L’émergence de la forme matérielle à partir de l’essence est influencée par la présence de ce qui se trouve déjà dans la forme. Le contenu de la manifestation matérielle peut donc favoriser la manifestation de l’essence en tant que forme, tout comme il peut ne pas lui être favorable, selon les conditions. On pourrait dire que la Création accomplit ses propres instructions ou tendances divines intérieures. Ces tendances ont été traditionnellement appelées « destinée », laquelle est le déploiement de la potentialité et la prise en compte des conditions préexistantes (en sanskrit, les traditionnelles gunas de rajas, sattva, et tamas, ou qualités relatives à l’action, à la conscientisation et à la résistance). L’homme a ainsi la possibilité d’influer sur les conditions dans le but de potentialiser la manifestation des éventualités désirées. Par l’intermédiaire de ses choix, la conscience humaine peut influer sur le cours des choses, mais le pouvoir de création est l’apanage de Dieu.

La nature de la Création, qui dépasse le temps, l’espace et la causalité, se révèle par elle-même et elle se présente à la conscience dans son état de Pleine Conscience comme un cadeau de la Présence. Toutes les choses sont intrinsèquement saintes dans la divinité de leur création. Quand le regard critique et la discrimination de la perception dualiste sont écartés, l’absolue perfection et l’absolue beauté de chaque chose se révèlent.

L’art cherche à abstraire cet état de la conscience quand il se saisit d’un moment dans le temps et le fige dans l’art photographique ou la sculpture. Chaque arrêt sur image dépeint la perfection qui ne peut être appréciée que lorsque cette vue unique est isolée de l’histoire fausse qui lui est superposée. Le drame de chaque moment de l’existence se prête à être préservé lorsque l’art le sauve de la destruction de la forme matérielle appelée « histoire ». L’innocence inhérente à chaque moment particu- lier devient évidente quand ce moment est sorti du contexte projeté sur une séquence de moments sélectionnés, laquelle est alors devenue une « histoire ». Une fois transformée en histoire par le mental dualiste, les termes « bien » ou « mal » lui sont appliqués. Il est facile de s’apercevoir que même les termes de « bien » et de « mal » se réfèrent, à leur origine, à ce qui n’est en fait qu’un désir humain. Si une chose est désirée, elle devient un « bien », et si elle n’est pas désirée, elle se transforme en « mal ». Si la propension humaine à porter des jugements est écartée de l’observation, tout ce que l’on peut voir est que la forme est dans une constante évolution se manifestant comme « changement », lequel n’est intrinsèquement ni désirable ni indésirable.

Chaque chose manifeste la potentialité qui lui est inhérente, telle qu’elle est déterminée par son essence et par les conditions dominantes. Ce qui fait la splendeur de toutes les choses est que par leur existence même, elles manifestent que la gloire de la création de Dieu est l’existence elle- même. Par le simple fait « d’être », chacune et toutes les choses sensibles et insensibles qui existent accomplissent la volonté de Dieu. C’est en raison de l’intention divine que le non-manifesté devient manifesté ; la création est le nom du processus dont nous sommes les témoins.

Parce que la nature de la Création échappe à la conscience ordinaire, le mental fabrique des énigmes qui n’ont pas de réponses : par exemple, comment un Dieu « bon » autorise-t-Il à ce point ce qui est « mauvais » ? Par-delà la perception dualiste et les catégorisations arbitraires de la manifestation, il n’y a pas de bien ni de mal à expliquer, et on peut voir que l’univers lui-même est inoffensif. Le mental humain construit ses scénarios de buts et de désirs, et les évènements ou bien concordent avec eux, ou bien ne le font pas. La tragédie et la victoire ne surviennent que dans le champ restreint du mental dualiste et n’ont pas de réalité indépendante. Toutes les choses dans ce monde semblent apparaître, puis se dissoudre dans le cadre limité de la perception. Dans la mesure où la Réalité se trouve au-delà du temps, de l’espace et de la forme, il importe peu qu’une « chose » ou une « personne » existe durant une fraction de seconde ou pendant un millier d’années. Lutter pour vivre quelques années de plus, voire quelques moments de plus, se révèle une illusion creuse car l’expérience de l’existence ne se fait pas dans le temps. Ce moment est la seule réalité dont nous faisons l’expérience ; tout le reste est abstraction et construction mentale. On ne peut donc pas réellement vivre soixante-dix ans ; seul ce moment précis et éphémère est possible.

Dans la réalité de la non-dualité, chaque chose est complète et le désir est remplacé par l’appréciation. Alors que la vie évolue, chaque entité vivante exprime totalement sa potentialité à chaque instant. La motivation, en tant que telle, disparaît et l’action intervient en tant que phase du processus de manifestation de la potentialité. Il n’y a donc pas d’acteur derrière l’action. À la place, il y a à chaque instant un sentiment de complétude et de total accomplissement. La satisfaction des besoins physiques est le résultat de l’action elle-même. Le plaisir de manger, par exemple, découle de l’acte de manger, sans désir préalable pour la prochaine bouchée. Si le repas est interrompu par un évènement, il n’est pas ressenti de sentiment de perte. La joie de la vie émane à chaque instant de sa propre existence, et la conscience d’un continuel accomplissement est une facette de cette joie de l’existence. Il n’est pas possible d’expérimenter la totalité de l’État d’Unité du Tout. Mais cette totalité est connue par le fait que l’on est cela. Le « Je » du Soi est l’Œil de Dieu observant le déploiement de la Création en tant que Maintenant. La séquence est une illusion créée par la perception du « je » de l’ego, qui est le point d’observation de la trans- formation du non-local en local, du non-linéaire en linéaire, de « Ce Qui Est Tout » en « ce qui est ceci ». La perception est l’œil de l’ego qui, à mesure qu’il traduit l’Infini non expérimentable en un fini expérimentable, génère la perception du temps, du lieu, de la durée, de la dimension, de la position, de la forme, de la limitation et de la singularité.