L’idée d’être quelqu’un est un objet dans le regard. Il y a conscience de cette idée, ce qui montre bien son caractère objectif et objectivable. Lorsque nous disons « je regarde », nous nous référons habituellement à l’idée d’être quelqu’un, et sommes identifié à l’agrégat de mémoires qui constitue cette idée. Dans cette perspective, le regard est mêlé avec des interprétations diverses, propres aux mémoires agrégées. Si maintenant on explore la question « qui regarde ? », on se rend compte que celui qui regarde est encore un objet dans le regard. Il y a donc un regard en arrière-plan qui regarde celui qui regarde. Lorsque l’attention se résorbe dans le regard d’arrière-plan, il n’est plus possible de remonter plus en amont. Le regard se sait regard et se suffit à lui-même. Il n’a pas besoin de preuve pour affirmer son êtreté. Vous vous savez regard avant d’être quelqu’un qui regarde. C’est là la différence entre « être regard » et « regarder ». Dans « être regard », il y a unité. Dans « regarder », il y a division entre un sujet qui regarde et l’objet regardé.
