Voici l'introduction de "Le jeu de l'oubli et un café sans sucre" paru dans la Revue Troisième Millénaire :
Mon ami Julien et moi sortons d’un “Satsang”. En fait, en français : une réunion - mais ça ne fait pas vendeur dans les milieux spirituels. Ce mot sanscrit à la mode accroche l’oreille, ouvre une porte sur : Qui suis-je ?
Bref, nous refaisons le match sur une terrasse, deux cafés sans sucre.
- Julien : Cette disposition du maître qui sait, assis sur son estrade, et les non-sachants tous en face, ça sépare les gens, non ? Ça fait des catégories !
- Guy : Oui ça peut vite glisser vers la vénération d’une personne. Pourtant, il y a cette distinction : soit le vécu de ta nature profonde s’est révélé, entier, instantané, total, soit ce n’est pas là. Mais éveillé ou non, nous restons tous humains avant tout. Sans hiérarchie.
Long silence… Julien sonde ses abysses. Il cherche aussi à démystifier l’éveil. Ramener le panthéon des « éveillés officiels » au ras des pâquerettes du quotidien, faire les courses, le ménage, tomber amoureux, comme tout le monde. Ils ont toujours des émotions, des préférences, des envies, mais elles sont vues comme des nuages, non saisies… Dans l’idéal !
- Mais enfin, toi, est-ce que tu es éveillé Guy ?
- C’est une formulation piège : dans le retournement vers soi, il n’y a pas de «Guy » pour le revendiquer. Il s’agit d’un lâcher-prise de l’identification à un personnage. Ma conscience se reconnait elle-même, un absolu d’amour. Pour moi, le bonheur est plus simple à aborder que ce mot galvaudé “d’éveil”.
- D’accord, mais il y a tellement de charlatans, de simulateurs dans le monde de la spiritualité !
- Aucune importance, ils jouent leur rôle pour ceux qui en ont besoin à un moment de leur recherche. C’est un jeu. Oublies cela, reviens à toi-même.
Mon ami se débat. Des pensées-moustiques virevoltent dans le ciel de sa conscience : jugement, peur, protection... Une danse qui dit non, un refus mortifère de souffrance et de confusion. Comment voir la conscience derrière ces bourdonnements ? Les laisser s’envoler. Être le ciel.
- Julien : Pour moi c’est la confusion toutes ces histoires d’éveil !
- Guy : La confusion fait son travail pour te conduire à une clarté, c’est son rôle, sa poésie.
- Mais pour toi c’est clair ?
- Dès la première étincelle d’ouverture, la clarté est là, une parfaite évidence dans toutes les fibres de mon Être. Dans mon vécu de l’absolu il n’y a pas l’ombre de l’idée d’une question ou d’un doute. D’ailleurs il n’y a même pas de réponse. Un ciel de cristal bleu qui se sait. Il n’y a clairement que ce qui Est là, radieux, silencieux, paisible. Toujours dans l’amour, transparent et ouvert. Vivre cet émerveillement avec ce bonheur d’Être, sans en faire une identité, une pendule, une épicerie spirituelle.
- Et depuis quand c’est comme ça pour toi ?
- Une première graine de conscience s’était semée lorsque j’avais 18 ans, en 1971. Finalement peu importe, car il y a aussi la compréhension qu’il n’y a qu’un seul présent...
... la suite dans le N°157 d'Octobre 2025 Revue Troisième Millénaire