La non-dualité nous enseigne que le moi séparé n'existe pas réellement.
C'est une révélation bouleversante au premier abord. On a l'impression d'avoir découvert la vérité la plus profonde jamais rencontrée.
Lorsque cette vérité non-duelle est énoncée avec tant de clarté, de beauté et de poésie, on peut avoir l'impression qu'il n'y a plus rien à faire, plus aucun endroit où chercher. On a trouvé la réalité ultime.
Il n'y a pas d'acteur individuel. Personne ici. Juste la conscience consciente d'elle-même.
Cela peut devenir très addictif.
Mais la non-dualité peut détruire votre vie si vous la comprenez mal.
« Pas de moi » peut en venir à signifier absence de besoins, absence de désir, absence de responsabilité. Personne qui doive se présenter, s'engager, être vulnérable, assumer ses responsabilités ou entreprendre le difficile travail de guérison. Cela devient la recette parfaite pour l'évitement. Pour contourner notre humanité tout en prétendant l'avoir transcendée.
Nous savons maintenant que le traumatisme réside dans le corps, en dessous du niveau de la conscience. On ne peut guérir des blessures antérieures au langage par la simple observation.
Aucun satsang ne peut les atteindre. Aucune reconnaissance de l'être pur ne peut les apaiser.
La blessure demeure. Non guérie. Elle s'envenime, tandis que nous parlons de « conscience ».
Et puis, les scandales. Professeur après professeur. Relations sexuelles avec des élèves, infidélité, abus, jeux de pouvoir, dissimulations.
Voilà ce qui arrive lorsque la « clarté » non duelle est coupée de la réalité complexe et dérangeante de l'être humain. Lorsque tout est réduit à la conscience et que l'être humain imparfait est fondamentalement ignoré.
Plus de soi.
Plus de responsabilité.
Personne ne se soucie de ceux qui souffrent.
Le système nerveux ne guérit pas par le « satsang ». Il guérit dans la relation, dans l'engagement, dans une profonde vulnérabilité, en étant présent pour ses proches quand tout en soi aspire à partir. En disant la vérité. Lorsque la non-dualité devient une position figée, une réponse définitive, un ensemble d'idées auxquelles se raccrocher, elle cesse d'être vivante. Elle devient un dogme, une manière d'éviter la vie. Une façon de se dérober à ses responsabilités tout en prétendant les transcender. Une façon de nier l'humain tout en parlant le langage immaculé de l'absolu. Quel soulagement de m'être éloigné du cadre de la non-dualité ! En conservant les réalisations mais en me libérant du culte, j'ai retrouvé une liberté, une joie et une vitalité qui m'avaient toujours fait défaut.