lundi 24 juin 2019

• Dans son Essence, c'est la pure conscience - Kathleen Dowling Singh


Silencieusement, Cela apparaît...
Quand on le réalise, c'est vaste et sans limite ;
Dans son Essence, c'est la pure conscience,
Tout émerveillée devant ce reflet pur...
L'émerveillement infini permet cette sérénité ;
Dans cette illumination,
tout effort intentionnel disparaît.
Le silence est le mot de la fin.
Le reflet est la réponse à toute manifestation.
Dépourvue de quelque effort que ce soit,
Cette réponse est naturelle et spontanée...
La vérité de l'illumination silencieuse est parfaite et complète.

Hung Chih

L'auteure s'attache à faire la lumière sur l'intime relation qui existe entre mourir, la pratique de la contemplation, et l'épanouissement spirituel. Ce livre offre une vision significative des dimensions subtiles et des transformations profondes que nous traversons quand nous sommes proches de la mort. 
Quand nous regardons dans ce « miroir » que nous offre le processus de fin de vie, nous obtenons une image plus claire de nous-mêmes et de toutes les possibilités inhérentes à la conscience humaine. 
En nous révélant les niveaux de conscience qui transcendent la conscience personnelle, cet ouvrage permet de comprendre que l'approche de la mort est un processus naturel d'éveil à notre nature véritable. Il nous indique comment nous nous reconnectons à l'Êtreté d'où nous sommes issus. 
Après avoir côtoyé des centaines de mourants, l'auteure observe que la fin de vie a pour effet de modifier notre perception en la faisant passer du drame à l'expérience de la grâce. Dans la dissolution qui a lieu à ce moment-là, nous dépassons le sens personnel du Moi, et les illusions d'un mental ordinaire. En soi, l'opportunité de l'imminence de la mort semble posséder les potentialités d'une démarche spirituelle.
En approfondissant notre connaissance du voyage humain dans sa globalité - de la naissance à la mort -, nous renforçons notre capacité à vivre plus pleinement, plus librement. Grâce à cette expansion de notre horizon, nous entrons dans des dimensions qui permettent à notre être de s'ouvrir à ce qui est avec moins d'artifices et plus de simplicité d'être, avec moins de frivolité et plus de joie, avec moins de souffrance et plus de gratitude.

« Un livre profond et émouvant - dont nous avons tant besoin. » Ken Wilber.

© Extraits publiés avec l'aimable accord des Éditions Accarias-L'Originel

La conscience une


Les oiseaux ont disparu dans le ciel,

Et maintenant, le dernier nuage se dissout. Nous nous asseyons, la montagne et moi, Jusquà ce que seule la montagne demeure.

LiPo
Peu à peu, nous comprenons quil ne sagit pas dune vitre, mais dun miroir, que le divin que nous contemplons est notre moi. Dans notre nature individualisée, nous voyons notre nature essentielle. Cest lémergence de la conscience une. Isaac laveugle, lun des tout premiers mystiques juifs, appelait ce niveau, situé bien au-delà de la compréhension rationnelle, deus absconditus, Dieu caché dans le soi, dans les profondeurs du néant, « ce que la raison est impuissante à concevoir ».
Dans notre conscience, dans notre identité, dans notre connaissance, nous étions déjà devenus celui qui voit, le témoin transpersonnel. Maintenant, à travers cette présence silencieuse, nous pressentons qu’il n’y a aucune différence entre « celui qui voit », le scénariste, et la scène. Nous découvrons qu’il n’y a jamais l’un sans l’autre. Seule subsiste la conscience. Cest elle qui est derrière tout, en tant que rayonnement naturel de l’treté. Et nous reconnaissons quil en a toujours été ainsi. La conscience est une réalité ancienne, non née, et qui jamais ne mourra. Notre sens séparé du moi finit par totalement détendre ses contractions. Nous effaçons la parenthèse que nous avions dessinée au cœur de linfinitude à jamais présente de lesprit.
Dans la tradition de lislam, on fait référence à la conscience en tant quidentité suprême. cest la même conscience qui a marché sur Terre dans chacun des ancêtres dont nous sommes le fruit, et la même identité qui marchera sur Terre dans chacun des descendants à qui notre graine donnera vie. Elle nest jamais née et ne mourra jamais, elle est vacuité et plénitude, un et multitude. Lâme est alors remplacée par lesprit.
Une fois atteint ce niveau de conscience, la tradition nous dit que notre sens de lidentité se répand dans tout. La réalité est reçue, ou nous pénètre, de la manière la plus pure et directe qui soit. Quand le sens du moi se dissout complètement, le premier dualisme en fait autant. Avec la conscience quil ny a aucune dif- férence, aucune limite, entre lexpérience et l’experiencer (celui qui fait lexpérience), commence létape de réalisation la plus élevée, lactualisation intégrale dans lêtreté – la conscience une. Avec la dissolution de la première limite, notre sens de lidentité englobe tout. À ce niveau dunité ultime, nous ne sommes plus un moi face à la réalité, mais, comme le dit Wilber, « nous devenons la réalité ». La contemplation de cet état de conscience rarissime, loin de létat dans lequel la majorité dentre nous traversent la grande partie de notre existence, est stupéfiante.
Notre esprit souvre sur lextraordinaire et vaste nature de lêtreté, vide et pleine, complètement inimaginable et inexpressible. Dans cette dimension plus subtile, toutes nos conceptualisations, à propos de notre identité et de la réalité, se dissolvent, comme un nuage de fumée balayé par le vent. En fait, le mot sanskrit nirvana veut dire « extinction ». Cest létat inconditionnel où ignorance et désir séteignent tous les deux.
Notre nature même nest en aucun cas autre que létat dêtre appelé : bouddhéité, Tao, Brahman, Dieu, la nature même de la réalité. Elle est non duelle : ni un, ni deux, simultanément interpénétrés.
Ici, ce qui nous est révélé, ce qui est connu, ce quen vérité nous sommes devenus, cest, comme Sogyal Rinpoché le dit : "La nature de notre esprit est semblable au ciel. Complètement ouvert, libre, sans limite ; il est fondamentalement si simple et si naturel quil ne peut jamais être compliqué, corrompu ni maculé... Cest simplement limmaculé qui se regarde."
Voilà lexpérience que je suis portée à croire que chacun fait quand nous entrons dans la mort : l’immaculé se regarde, tout simplement.
.../...

En fait, quand tout se dissout, nous revenons à notre état originel. tout est dénoué : le corps et l’esprit, les liens entre un niveau de manifestation et un autre, incluant les liens entre le champ énergétique et le système nerveux, et les liens qui ancrent la force vitale au plan physique. Quand tout cela meurt, les émotions, les désirs, les dualismes, toutes les structures précédentes de l’identité meurent également. Cela crée une ouverture. Le sens de solidité corporelle se dissout. Les Tibétains appellent cet intervalle particulier le « bardo de la fin de vie » et le reconnaissent en tant que moment le plus profond dans la vie d’un être humain, le moment où l’opportunité spirituelle est la plus importante. Cet intervalle est comme une fenêtre ouvrant sur la révélation de la nature immaculée de la réalité qui est pure, rayonnante, simple, entière. C’est dans cette ouverture que notre véritable nature nous est révélée. 

mardi 18 juin 2019

• Ne faites rien, soyez - Nisargadatta Maharaj

Ce que vous cherchez est si proche de vous qu’il n’y a pas même la place d’un chemin.

mardi 21 mai 2019

• Des fenêtres donnant sur l'éternité et l'infinité - Rupert Spira

C'est une révolution que propose Rupert Spira dans "La Nature de la Conscience", en bousculant le paradigme matérialiste régissant notre culture mondiale – à savoir que la matière est l'élément fondamental de notre univers dont découle le mental ou la conscience – lui substituant le paradigme de la "conscience seule" – à savoir que la conscience constitue la réalité ultime et fondamentale de l'univers – abolissant la dualité matière-mental qui emprisonne notre vision de la réalité. Car il s'agit, dans ce livre, de libérer notre vision de l'univers et de nous-mêmes des barreaux de la dualité et de la croyance en la séparation.
C'est en empruntant la rigueur et l'honnêteté du scientifique que Rupert Spira explore ce qui constitue notre expérience, pour montrer clairement que son ultime réalité n'est jamais autre que la conscience qui la connaît, et cette conscience-là, c'est nous-mêmes. Connaître ou être conscient constitue notre être essentiel.
Oublier ou ignorer cette réalité est la cause profonde de toutes les souffrances psychologiques et de tous les conflits entre les communautés et les nations.
Rupert Spira a à cœur d'extraire la compréhension non-duelle du carcan des dogmes et la reformule d'une façon accessible pour tout ceux qui recherchent la compréhension, la paix, l'accomplissement et le bonheur car c'est bien de cela dont il s'agit avant tout. Les implications du modèle de la conscience-seule sont immenses en ce sens qu'il reconditionne progressivement notre manière de penser, de ressentir, de percevoir et d'être en relation avec les autres. Et ceci est le garant suprême de la paix et du bonheur qui "dépassent l'entendement".
Une exploration passionnante et palpitante.

© Extraits publiés avec l'aimable accord des Éditions Accarias-L'Originel :

Nous n'allons jamais nulle part. Un flot d'images, de sensations et de perceptions nous traverse; nous ne le traversons pas. Nous n'évoluons pas à travers le temps et l'espace. Le temps et l'espace, pour ainsi dire, se meuvent à travers nous.
Lorsque nous voyageons, nous faisons l'expérience d'une série de pensées, de sensations et de perceptions mais le champ de conscience au sein duquel évoluent ces pensées, ces sensations et ces perceptions — ou plus précisément, dont ils sont une auto-coloration — ne va jamais nulle part. Le nom courant que l'on attribue à ce champ est "ici et maintenant".
Lorsqu'il est filtré au travers de la pensée, le maintenant de ce champ semble être un instant dans le temps. Filtré à travers le prisme de la perception, l'ici de ce champ semble être un lieu dans l'espace. Or, le maintenant qui parait être un instant dans le temps et l'ici qui parait être un lieu dans l'espace sont des fenêtres donnant sur l'éternité et l'infinité. Le véritable maintenant, l'unique maintenant, c'est l'éternel maintenant. Et l'ici véritable, ce lieu où survient l'expérience, est la présence adimensionnelle de la conscience. Ils ne vont jamais nulle part.
L'une des raisons pour lesquelles nous aimons voyager, c'est que cet élément qui nous constitue et qui ne va jamais nulle part — à la différence du mouvement que suppose un voyage — est mis en relief. Les changements soulignent l'immuable. Le sentiment de paix profonde qui accompagne souvent un voyage correspond à la paix de notre présence immuable. Nous aimons aller d'un endroit à un autre pour goûter encore et encore à ce moment où l'on reconnaît que nous n'allons jamais nulle part, et ressentir la paix qui accompagne cette reconnaissance.
Je ne vais jamais nulle part. Je suis toujours dans ce même lieu du "Je suis", le lieu "hors de tout lieu" appelé ici, et le temps "hors de tout temps" appelé maintenant. De même que notre nature essentielle de conscience illimitée et à jamais présente luit dans le mental en tant que la connaissance "Je suis", cette connaissance apparaît dans le temps en tant que maintenant et dans l'espace en tant qu'ici. Et de même que la connaissance "Je suis" représente le portail que le mental fini ou le soi séparé doit sembler franchir sur son chemin de retour vers sa réalité essentielle et irréductible de pure conscience, ainsi, l'ici et maintenant est un flambeau qui brille au cœur de toute expérience, une porte secrète que franchit le mental quittant le temps pour entrer dans l'éternité, et quittant l'espace pour entrer dans l'infinité. L'écran n'effectue jamais le voyage entrepris par le personnage d'un film bien que le voyage ne soit constitué que de l'écran. L'apparition du temps et de l'espace n'est autre que la conscience éternelle et infinie mais celle-ci n'apparaît jamais dans l'espace et le temps. Ici et maintenant représentent l'intersection de la conscience éternelle et infinie et du mental fini.
C'est la raison pour laquelle, lorsque nous prenons de l'âge, nous avons de plus en plus le sentiment de ne pas vieillir. Croire que nous vieillissons semble contredire notre expérience d'être toujours la même personne. A l'approche de la mort, nous avons de plus en plus ce sentiment : "Comme c'est étrange, j'ai l'impression que je suis toujours la même personne. Je suis la même personne que la petite fille ou le petit garçon que j'étais lorsque j'avais cinq ans. Je ne vieillis pas vraiment. Ce que j'étais en ce temps-là, je le suis encore maintenant". Cette intuition constitue l'une des nombreuses façons qu'a la vérité de s'immiscer dans le mental, lui insufflant un soupçon de la réalité, la mémoire de notre éternité, bien qu'elle soit, dans la plupart des cas, rejetée presque immédiatement par la pensée.
Comme l'a dit Balyani : "Il est maintenant tel qu'Il était alors". Notre être essentiel et conscient de soi est toujours dans la même condition virginale. A un certain moment, cette intuition devient une expérience vécue et ressentie. Elle nous délivre alors de la peur de la mort et du sentiment de manque qui caractérisent le soi séparé ou le mental fini. Elle charrie avec elle la paix et la plénitude inhérentes à la connaissance de notre propre être tel qu'il est, sa connaissance de lui-même en nous, en tant que nous.
Ce que nous sommes essentiellement est éternellement présent. Je ne suis pas venu de quelque part. Je ne vais nulle part. Rien ne m'est ajouté ni retiré. Aucune expérience ne m'agrandit ni ne me diminue. Je suis complet, comblé, entier, parfait. Ce que je suis essentiellement reste toujours dans la même condition virginale. Je n'ai jamais été abimé, entaché ni vieilli par l'expérience. Je ne suis pas né et je ne meurs pas.
Le puits de paix qui s'élève de cette compréhension est une paix qui dépasse l'entendement. Elle ne provient pas du mental. Elle émane de l'arrière-plan du mental, et inonde progressivement le mental de sa présence, métamorphosant le mental en elle-même.

.../...

Ramana Maharshi, Atmananda Krishnamenon et Sri Nisargadatta Maharaj ont, au milieu du 20ème siècle, exhumé les moyens qui permettaient aux gens ordinaires, dénués de connaissance ou de préparation préalable et sans affiliation religieuse ou spirituelle particulière, de découvrir la nature de la conscience.
Ces trois sages n'ont pas inventé les moyens de reconnaître la nature essentielle de la réalité ; ils l'ont simplement dépê­trée et sauvée de l'amoncellement de croyances qui l'avait occultée des décennies durant, la dépouillant des condition­nements culturels exotiques qui ont contribué uniquement à la mystifier, et l'ont reformulée pour la nouvelle génération.
Cette approche est parfois appelée la Voie Directe, fai­sant allusion au fait d'aller directement à la reconnaissance de notre nature essentielle de pure conscience. Autrement dit, la conscience va directement à sa connaissance d'elle-­même sans devoir se tourner vers une pratique ou expérience objective quelconque. Ceci tranche avec nombre d'approches traditionnelles ou progressives qui préconisent une série de pratiques comme condition préalable à cette compréhension, lesquelles pratiques prescrivent de diriger ou de concentrer la conscience sur un objet, tel qu'un mantra, une flamme, la respiration, la pause entre deux respirations, le guru et ainsi de suite, afin de la purifier de ses conditionnements accumulés.
Des approches plus progressives de la réalité de l'expérience pouvaient certes se justifier dans les siècles précédents, mais je suis d'avis que notre époque est mûre pour la Voie Directe. Et la résistance qu'elle suscite auprès des gens qui ont suivi une voie progressive pendant des années ou même des décennies, n'est pas due à sa difficulté ou à son inadé­quation mais plutôt au fait que ces gens se soient investis, attachés et limités aux pratiques et formes mêmes auxquelles, paradoxalement, ils se livraient justement pour se libérer de toutes ces limites.
Dans la Voie Directe, il est établi que l'expérience d'être conscient ou la conscience elle-même constitue l'élément connaissant dans toute expérience, indépendamment du contenu de l'expérience. Ainsi, aucune expérience particu­lière n'est le support, le signe ou le sceau de la conscience elle-même. De même que l'écran est indifféremment visible dans tous les films, quel que soit leur contenu, la conscience rayonne intensément et indifféremment dans toute expé­rience, depuis notre dépression la plus profonde jusqu'à nos sentiments les plus joyeux.
La Voie Directe n'exige aucune affiliation ni antécédent spirituel ou religieux. Nulle pratique préparatoire n'est néces­saire pour reconnaître simplement qu'être conscient ou la conscience elle-même constitue l'élément essentiel, irréduc­tible et indivisible de toute expérience, que nous l'appelions « je » ou « moi-même ». Personne n'y a un accès privilégié. Elle est pareillement disponible pour tout le monde, en tous lieux, en toutes circonstances et en toutes situations. Il suffit d'avoir un profond intérêt pour la nature de la réalité, ou l'intuition que la paix, le bonheur ou l'amour auxquels tout le monde aspire ne peuvent être dispensés par l'expérience objective.

lundi 20 mai 2019

• ll n'y a rien à chercher quand c'est trouvé - Wei Wu Wei


ll n'y a rien à chercher quand c'est trouvé,
Il n'y a nulle part ou aller quand c'est ici,
Il n'y a rein à faire quand c'est fait,
Il n'y a rien à regarder quand c'est vu,
Il n'y rien à être quand nous SOMMES.

Qu'y a-t-il à trouver quand "trouver" est le "cherchant" ?
Ou peut-on aller quand "aller" est "l'allant" ?
Qu'y-a-t-il à faire quand "faire" est l'"agissant", 
A voir quand "voir" est le "regardant", 
A être quand "être" est l'"étant" !

Quoi donc ? 
Quand il n'y a point d'acteur pour "agir",
Aucun "moi" pour jouer"je"
Le spectacle est terminé.

A qui puis-je être présent, 
De qui puis-je être absent ?


mardi 14 mai 2019

• Voir, sans faire, seulement voir - Franck Terreaux


Mon approche est d’une simplicité confondante, 
elle se résume simplement à ceci : 
là, en cet instant même, ne faites rien, aucun effort, pas même méditer.

Franck Terreaux a vécu un jour une expérience perceptive – comme il aime à l'appeler – qui a remis sa vie au sein de la vie. Après un parcours effréné de chercheur spirituel, cet événement majeur, qui fut en vérité un non-événement, mit un terme définitif à sa recherche. Depuis lors, après l'écriture de deux livres, Franck partage sa découverte avec les nombreuses personnes venues le rencontrer. Les entretiens retranscrits ici sont inspirés de rencontres avec des chercheurs sincères, aspirant à vivre ce " juste avant de toute chose " qu'il cite inlassablement dans ses livres. Ces dialogues rebondissent sur des sujets tels que la non-dualité, la méditation, l'effort, la pratique spirituelle, l'éveil, l'illumination, la conscience...

On retrouve ici Franck Terreaux avec son approche et son ton si particuliers. Tout au long de ces dialogues, il nous invite, non seulement à lire, mais à véritablement ressentir ce qu'il a partagé au travers d'expériences simples et directes. C'est toujours avec beaucoup d'humour et de dérision qu'il nous conte pas à pas l'intégralité de son parcours. L'essentiel étant de voir que ce que nous cherchons est déjà là, avant même l'idée de le chercher... 

Franck Terreaux est accordeur de pianos et vit à Paris. Ses rencontres avec Jean Klein et Marigal furent déterminantes. Il est l’auteur de deux livres : L’art de ne pas faire, Charles Antoni L’Originel, 2011, et L’éveil pour les paresseux, Charles Antoni L’Originel, 2010.

"Voir, sans faire, seulement voir… que si toi tu ne fais aucun effort c’est là et que si c’est là c’est parce que toi tu ne fais aucun effort."

© Extraits publiés avec l'aimable accord des Éditions Almora

– Franck, à l’heure où je vous parle, le mot d’ordre est méditation, conscience de soi ou encore pleine conscience, au milieu de tout ça où se situe votre art de ne rien faire et comment définiriez-vous votre approche ?

– Séverine, vous au moins, vous avez l’art de mettre directement les pieds dans le plat et je vous en remercie car votre question contient à elle seule le cœur même de mon approche. En effet, il semblerait aujourd’hui qu’au sein de la non-dualité, il y ait deux consciences, une qui serait pleine et une autre qui serait vide mais rassurez-vous, ce n’est pas bien grave. (Éclat de rire). Mon approche est d’une simplicité confondante, elle se résume simplement à ceci : là, en cet instant même ne faites rien, aucun effort pas même méditer … Voyez ce que c’est que de ne céder à aucune pratique quelle qu’elle soit, pas même celle qui consisterait à ne rien faire … Si ceci n’est pas seulement lu mais véritablement ressenti, alors il ne vous reste plus qu’à retourner chez vous car sans avoir rien fait tout est parfaitement compris.

– Mais qu’est-ce qui est compris ?

– Il est compris que ce que vous cherchez au travers de la méditation, la conscience de soi, la vigilance, etc., c’est tout simplement de vivre à l’état de veille sans rêves. Encore une fois, si ce n’est pas seulement lu mais véritablement ressenti, il est immédiatement compris que vous n’avez rien à faire pour ça, puisque c’est là quand vous, vous ne faites ni effort ni pratique, rien.

– Franck je dois vous avouer que ce rien à faire me laisse quelque peu perplexe.

– Je vais tenter d’y apporter une réponse extrêmement claire et précise, mais avant d’entrer dans le vif du sujet, j’ai besoin d’en savoir un peu plus sur ce qui motive votre question.

– Si je réclame vos conseils c’est afin de m’aider à refréner cette activité mentale qui pollue ma vie. Pratiquant la méditation depuis plusieurs années, par moments, cette suractivité mentale est absente, c’est alors qu’un retour chez soi s’opère, mais ces moments si précieux sont rares. Ce qui fait votre particularité, c’est que contrairement à d’autres, vous ne proposez aucune méditation. Bien que votre approche semble très séduisante, je dois bien admettre que je ne me retrouve pas plus avancée.

– Je vous l’accorde à 100 %, mais avant toute chose ce qui m’intéresse c’est ce retour chez soi, pourriez-vous m’en dire un peu plus ?

– Comment dire … Si je m’interroge, je m’aperçois que je ne peux pas véritablement en parler mis à part dire qu’il n’y a rien à en dire … C’est simplement être là et c’est tout. C’est être, sans éprouver le besoin de rajouter quoi que ce soit. Aucune pensée, aucun mot n’est là pour le qualifier, pour en faire un quelque chose.

Ce retour peut se produire lors de séances de méditations ou survenir de façon totalement imprévisible et ceci sans raison particulière, car je vous avouerais que ce que l’on nomme généralement spiritualité n’a rien à voir là-dedans. Vous me demandez d’en parler ? Que pourrais-je vous répondre sinon de vous dire que c’est totalement simple, totalement immédiat et totalement évident.

– C’est absolument parfait ; dans ce cas qu’y aurait-il à rajouter?

– Je suis entièrement d’accord avec vous, seulement ces moments ne durent pas, j’ai l’impression de passer tout mon temps à rêvasser, de vivre en permanence dans l’imaginaire et de passer ainsi à côté du bonheur que la vie nous apporte. On vit avec l’impression d’être constamment dans l’expectative alors que ce qui est là dans l’instant nous tend irrésistiblement les bras.

– Avez-vous effectué certaines démarches afin de vous libérer de ce mental si envahissant ?

– J’ai beaucoup pratiqué les enseignements de Nisargadatta Maharaj et Ramana Maharshi et ceux d’Eckhart Tolle avec beaucoup d’application je dois dire … Ce qui est paradoxal c’est que même si l’un et l’autre préconisent une démarche méditative particulière, il semblerait que les deux premiers soient d’accord pour dire, eux aussi, qu’il n’y a rien à faire, sinon rester tranquille.

– Tout à fait, mais vous me parlez de pratiques, ces pratiques en quoi consistaient-elles ?

– Concernant l’enseignement de Maharaj, il consistait à rester vigilant en portant son attention sur le sentiment « je suis » et faire en sorte de s’en souvenir constamment. Concernant Maharshi, je m’exerçais à parvenir à un état sans pensées, quant à Tolle, c’était tenter de vivre dans le moment présent.

– Si je comprends bien, vous avez rassemblé trois approches en une : savoir que vous êtes, la suppression des pensées et le ici et maintenant. Et alors, y êtes-vous parvenue ?

– Évidemment non, sinon je ne serais pas ici.

– Cependant à vous écouter, il y avait chez vous, me semble-t-il, une très forte détermination.

– Tout porte à croire que cela ne suffise pas. Essayez de garder à l’esprit le sentiment « je suis » ; cela tient une minute ou deux, puis les pensées reviennent à la charge. Quant à les supprimer, c’est une sacrée autre paire de manches.

– Ce sentiment « je suis », Maharaj préconisait de le ressentir et non pas d’y penser. Si je ne fais que d’y penser, j’ouvre la porte au mental qui va aussitôt remplacer la pensée « je suis » par une autre pensée. Et bien entendu, tout ça étant évidemment perpétré par un moi, c’est pour cette unique raison que vous échouez dans chacune de vos tentatives.

– Si je vous ai bien comprise, tant que le moi chercheur s’en mêle, aucune issue n’est possible, surtout pas une issue visant l’annihilation de ce moi chercheur.

– En effet, votre pratique le renforce chaque jour d’avantage. C’est quelque chose que je remarque très souvent parmi les gens que je rencontre. Dès que j’entends dire : je l’oublie tout le temps, là je sais qu’ils ont pratiqué ce que j’appelle le « j’y pense donc j’y suis ». Autrement dit, c’est uniquement là quand ils y pensent.

Voir aussi ce lien sur le blog Éveil et Philosophie de José le Roy.


lundi 29 avril 2019

• Rencontre avec Christine Morency



Publié, aux Éditions Accarias l'Originel

Voir aussi ce lien sur : Éveil Impersonnel

vendredi 5 avril 2019

• Il n’y a rien de tel que l’ego - Alan Chadwick (Sâdhu Arunachâla)


Alan Chadwick (Sâdhu Arunachâla) rencontra le regard de lumière et l’éloquent silence de Ramana Maharshi un beau jour de 1er novembre 1935, à Tiruvannamalai. À partir de ce jour, il consacra sa vie à la présence auprès du Sage. Il resta au Srî Râmanâsramam jusqu’en 1962 quand il quitta son corps, douze ans après le mahâsâmadhi de Râmana Mahârshi.
Alan Chadwick vit au jour le jour près de Ramana, ce qui donne un texte d’une grande précision sur la vie quotidienne du Maharshi, sur la vie de l’ashram et sur son enseignement direct. Il nous révèle de nombreuses histoires et dénonce quelques fausses légendes. Il rétabli la vérité sur certaines rencontres avec des célébrités et décrit un homme ayant de l’humour. L’auteur reproduit de nombreux dialogues entre les disciples ou visiteurs et le Mahârshi.
Bhagavân a certainement un message particulier pour l’Occident, ses arguments purement rationnels et ses enseignements dépourvus de tout exotisme et formalisme répondent à la pensée occidentale. Il ne prêche jamais ni n’impose une loi, mais invite toujours le chercheur à se tourner vers lui-même. 
Tout le secret réside dans le fait suivant : sommes-nous attachés ou non à nos actions ? Celui qui abandonnera tous ses attachements, réalisera le Soi le plus rapidement. Le faux sens du « je » doit disparaître, car c’est cette limitation qui créée la servitude. La libération est la délivrance de cet asservissement.
A la fois instructif et rafraîchissant, ce livre vivant nous ramène à l’essentiel, ici et maintenant. 

© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Accarias-L'Originel

 Bhagavān me dit un jour que la pensée lui vient comme un flash, aucune n’est continue. C’est comme le cycle d’un courant alternatif, mais il est si rapide qu’il semble continu comme la lumière émise par une ampoule électrique. Si l’on pouvait seulement se concentrer sur les intervalles [sandhientre les pensées plutôt que sur les pensées elles-mêmes, cela serait la réalisation du Soi.
Il dit toujours que le mental et les pensées sont exactement la même chose.
Le mental n’est rien d’autre que de nombreuses pensées (Upadesha saram, V, 18).
Et aussi que l’ego et le mental sont identiques et surviennent ensemble.
L’ego survient, de même tout autre chose survient (Ulladu nārpadu, V, 26).
L’ego, la racine de toute pensée (Ibid, V, 40).
Oui, certainement, mais, le mental, en vérité, n’est que la pensée “je” (Ibid, V).
L’ego est aussi impermanent que les pensées et n’a en vérité aucune existence qui lui soit propre. Les bouddhistes ne disent-ils pas qu’il n’y a rien de tel que l’ego ? Ce qui nous amène naturellement à l’Advaïta.
Actuellement, l’Advaïta n’est pas ce qu’il en est dit dans le monisme, ni une réplique pour éviter les difficultés. Le mot signifie, bien entendu, « non-deux », mais ce n’est pas l’équivalent de l’Un, bien que, pour le penseur ordinaire, il n’est pas facile de voir où est la différence. Mais, si nous l’appelons « monisme », cela implique toute une série : un, deux, trois, etc. En vérité, aucune série n’existe, il n’y a que non-deux [a-dvaïtanon divisé, unique]. C’est là en apparence mais, malgré cela, c’est impermanent et illusoire. Cette manifestation illusoire est appelée māyā, laquelle est souvent prise dans le sens d’illusion, mais, en vérité, elle signifie « ce qui n’est pas », ou ce qui pose une limite sur ce qui est illimité. En fait, nous sentons toute chose, tout étant dans le mental, et les sens sont son seul instrument. Aussi, en réalité, n’y a-t-il aucune illusion, mais qu’impermanence.
La même vérité se trouve derrière toute chose. Alors quelle est la solution, voyant que tout est impermanent et n’est qu’apparence ? Cela, enseigne Bhagavān, s’applique aussi à nos corps et même à nos egos, que nous considérons comme très importants, mais que nous voyons maintenant comme autant d’ombres illusoires. Il n’y a là rien de désespérant car, même derrière l’apparence la plus illusoire, il doit bien y avoir quelque chose qui apparaît. Nous nous jetons de côté comme nous pensons voir un serpent alors que ce n’est qu’une corde. Mais, même si le serpent est bien irréel, la corde, elle, est bien là. Aussi, la seule et évidente solution à notre énigme est de chercher et de trouver la permanence derrière l’impermanence.
C’est la solution de Bhagavān, et il nous enseigne comment la mettre en pratique à travers sa méthode de l’investigation du Soi. Bien que l’ego change d’instant en instant, bien que nous soyons des personnes différentes au fur et à mesure que nous passons par chaque étape de notre vie, il y a toujours eu pour nous un « je ». Mais ce n’est évidemment pas l’ego, car nous avons déjà vu que l’ego change d’instant en instant, alors que le « je » a toujours été là en tant que témoin. Remontons à sa source. Et, à travers cette méthode de la recherche du Soi, nous le réaliserons éventuellement.

mardi 19 mars 2019

• C’est cela le grand secret - Robert Eymeri


Après Luis Ansa, la voie du sentir et Le bonheur quoi qu'il arrive, Propos fulgurants d'Armelle Six, voici le nouveau livre de Robert Eymeri.

Et s'il était possible d'être réellement en paix, de ne plus entrer en conflit ou en résistance avec les situations que l'on vit ? Et si chacun d'entre nous pouvait être une "porteuse" ou un "porteur" d'amour ?
Une spiritualité authentique se réactualise toujours en fonction des spécificités de son époque. Aujourd'hui, les approches masculines sont obsolètes, il n'est plus besoin de se mortifier ou de se faire la guerre car il n'existe aucun ennemi en nous. Le corps, l'émotion, la pensée sont en réalité nos alliés sur le chemin de la liberté si l'on sait se mettre à leur écoute. Il s'agit désormais de se réconcilier avec soi-même car c'est à partir d'une attention libre de toute tension que l'on peut s'ouvrir à ce qui, en nous, est plus grand que nous.
À travers ce livre, l'auteur présente les caractéristiques d'un travail intérieur actuel, tout en faisant quelques liens avec notre héritage chrétien et plus particulièrement avec sa dimension féminine incarnée par Marie, parce qu'elle vient nous enseigner qu'un processus de conscience est aussi un processus de gestation et d'enfantement.
Ce livre sensible, témoignage d'un authentique chemin spirituel, est un appel intérieur vers l'Être et l'énergie puissante de l'amour.  

Robert Eymeri, psychologue clinicien et écrivain, a été le premier directeur des éditions du Relié. Il a déjà publié Luis Ansa, la voie du sentir aux Éditions du Relié en 2015 et Le bonheur quoi qu'il arrive, Propos fulgurants d'Armelle Six aux Éditions Almora en 2016 (Prix Alef 2017). Après avoir suivi l'enseignement de Jean Klein et de Luis Ansa, il transmet aujourd'hui les éléments d'une spiritualité à la fois sensitive et profondément respectueuse de notre humanité.

© Extraits publiés avec l'aimable accord des Éditions Almora :

INTRODUCTION

 C’est avec des livres, vers l’âge de quinze ans, que j’ai commencé à faire mes premiers pas sur le chemin. J’ai rencontré l’enseignement de Gurdjieff, celui de Jésus, celui aussi extraordinairement riche de l’Orient. Puis il m’a fallu un guide et je me suis engagé durant une dizaine d’années auprès de Jean Klein qui fut mon premier maître dans les pratiques de la voie directe.
 Lorsque Jean Klein partit vivre aux États-Unis, j’ai rencontré et suivi différents enseignants de différentes traditions puis je suis tombé amoureux de cet « art du sentir » que proposait Luis Ansa et qui était pour moi si sensible, si libre et si féminin. Je suis resté une vingtaine d’années auprès de cet homme jusqu’à ce moment où, sa main dans ma main, il rendit son dernier souffle et quitta ce monde.
 Sur ce chemin, il y eut également des chocs comme ceux que je reçus en face de Ma Ananda Mayi, de Krishnamurti ou du maître soufi Hassan Dédé de la lignée de Rûmî. Il y eut encore des rencontres et des amitiés avec des enseignantes et des enseignants contemporains qui me marquèrent chacun à leur manière. Puis un jour, une évidence s’imposa, l’attention se tourna vers elle-même et la liberté intérieure fut reconnue. Commença alors l’approfondissement et l’agrandissement de cette liberté à toutes les situations, à toutes les relations. En réalité, commença l’acceptation et la célébration de la vie ordinaire.
 Jean Klein et Luis Ansa m’ont montré l’essentiel. J’ai ensuite cheminé par moi-même, réinventé ce qui avait été reçu afin de trouver mes propres mots et ma propre forme pour énoncer la joie qu’il y a à être là, à vivre dans la présence. Cette école du féminin par laquelle Luis Ansa m’a fait passer, cette écoute de l’écoute que j’ai apprise auprès de Jean Klein, m’ont naturellement préparé à vivre dans l’ouverture et dans cette ouverture un regard nouveau s’est posé sur mon héritage culturel et religieux.
Un soir d’hiver, je suis entré en résonance avec cette grande figure féminine que l’on appelle Marie. Dans la mystique chrétienne, Marie n’est pas seulement la mère de Jésus, elle est celle qui enfante la conscience christique, celle qui engendre l’amour en chacun de nous, celle qui génère la grâce. Elle est cette matrice infinie qui nous met au monde dans notre humanité profonde. Plus je côtoyais cette dimension d’amour absolu, plus j’avais envie de faire des ponts entre notre héritage chrétien et les pratiques contemporaines de spiritualité.
 Durant ces deux dernières années, j’ai eu l’impression que sa présence me guidait, m’inspirait, me conseillait et c’est dans cette proximité avec elle qu’un désir d’écriture est né.
 Ce livre parle de la relation que l’on peut avoir avec ce qui, en nous, est plus grand que nous. Il nous invite à ne pas rester dans notre inertie, dans notre solitude, dans le monde étroit de notre mental et de notre égocentrisme. Il nous propose de sortir de la peur et de nous ouvrir à l’abondance de l’amour, un amour qui ici n’a pas de contraire et n’est pas l’opposé de la haine ; un amour qui nous apprend une autre façon d’être au monde, sans compétition, sans ennemi, sans bouc émissaire, sans victime et sans bourreau.
 Nous vivons aujourd’hui une époque charnière. D’un côté, se joue une fin de civilisation avec ses violences quotidiennes, ses barbaries et ses catastrophes annoncées ; et d’un autre côté, émerge le désir d’une nouvelle humanité, plus sensible, plus respectueuse du vivant et de notre environnement. Face à cette situation, nous pouvons refuser de voir ce qui se passe et essayer coûte que coûte de continuer à vivre comme on a toujours vécu ; nous pouvons également opter pour la peur et les discours de fin du monde ; ou croire que nous sommes fondamentalement impuissants et qu’il en a toujours été ainsi. Mais nous avons aussi une autre possibilité : suivre cet appel intérieur qui nous invite à grandir, à changer de niveau de conscience pour entrer dans l’expérience de la présence.
Quand on décide de s’aventurer sur ce chemin, de devenir un « porteur d’amour » comme disait Luis Ansa, on sait que plus rien ne sera comme avant. Une nouvelle vie commence. On s’embarque dans un voyage qui n’aura pas de fin ni de frontières. En fait, ce sont les portes du Royaume qui s’ouvrent.
Mais quelles que soient nos convictions ou notre foi, le chemin implique toujours, à un moment ou un autre, un travail sur soi. On quitte alors le plan de l’érudition, de l’interprétation, de l’adoration pour se confronter à la mise en pratique de l’enseignement et à son expérimentation. C’est à cette concrétisation, à cette incarnation de l’amour, que ce livre vous invite.
 Alors, par quoi commencer ? Où est le point de départ ? C’est simple. Le point de départ, c’est moi. Tel que je suis, là, en cet instant.

Robert Eymeri

Je vis à l’extérieur de moi-même

En croyant que mon bonheur dépend d’un objet que je peux acquérir ou perdre, qu’il est tributaire d’une cause extérieure, cette croyance me rend instantanément incomplet.
Il faudrait donc que je me demande si ce qui me manque peut être vraiment comblé par quelque chose de tangible, par quelque chose que je pourrais acquérir ? Tant que je n’ai pas interrogé ce sentiment d’incomplétude, tant que je ne l’ai pas investigué, je vais désirer toutes sortes de choses, faire toutes sortes de projets sans savoir, en réalité, après quoi je cours.
Lorsque je prends le temps d’examiner cette question, je me rends compte que ce n’est pas après une possession que je cours, ni après du temps libre, ni après de la considération, du pouvoir ou de l’argent ; je cours après ce qui est antérieur à tout cela, après ce qui est premier, je cours après de l’amour. Lorsque je regarde en profondeur ce qui me motive, je peux ramener tout ce que je fais à une recherche d’amour. Je veux être aimé, tout simplement. Je veux plaire pour être aimé. Je veux être riche pour être aimé. Je veux être en bonne santé pour être aimé. Même lorsque je cherche à me faire respecter, même lorsque je suis en colère, même lorsque je mens, même lorsque je me tais, c’est pour être aimé. Quant à cette voiture de marque, cette bague en or ou cette montre que je voudrais acheter, elles ne représentent finalement qu’un substitut de cet amour que je recherche.
Alors qu’est-ce qui est véritablement en jeu ? Qu’est-ce que l’amour représente pour moi ? Pourquoi en ai-je autant besoin ? Simplement parce qu’il me rend vivant.
C’est cela le grand secret : l’amour est l’essence même de la vie, il est l’arrière-plan sur lequel tout se déploie et il est en même temps ma véritable nature. Ce n’est pas un besoin émotionnel que je ressens, c’est un besoin existentiel. Je cherche de l’amour parce que je ne me sens pas pleinement vivant, parce que je vis à l’extérieur de moi-même. Par ce fait, cette recherche est en réalité un appel de moi-même à moi-même, c’est un appel à être ; j’ai la nostalgie de ce que je suis.
Si je regarde bien ce qui se passe, chaque fois que j’acquiers quelque chose, chaque fois qu’un désir est accompli, pour un très court instant, je me sens comblé, je me sens plein, je me sens libre. Parce que, dans ce très court instant, je suis libéré de l’objet et je peux me goûter. Dans ce très court instant, je me sens être. En fait, au travers des objets ou des actions, c’est ma propre nature que je cherche constamment à éprouver.
Mais tant que je vis dans cette extériorité de moi-même, tant que je cherche à m’éprouver à travers des objets, cette plénitude ne peut être que de très courte durée. Tant que je suis persuadé que l’amour est à l’extérieur, qu’il peut être obtenu, qu’il peut être acquis ou perdu, je ne peux qu’être insatisfait parce que je ne cherche pas au bon endroit. L’amour n’est pas un objet, ce que je suis n’est pas un objet.

vendredi 15 février 2019

• On peut l’appeler présence, attention, conscience inconditionnée - Eckhart Tolle



Une portion significative de la population terrestre reconnaîtra bientôt, si ce n'est déjà fait, que l'humanité se trouve devant un choix brutal : évoluer ou mourir.

L'humanité doit réagir à une situation critique qui menace sa survie même. Le dysfonctionnement de l'esprit (ego), déjà reconnu il y a plus de 2 500 ans par les anciens sages et maintenant amplifié par la science et la technologie, menace pour la première fois la survie de la planète tout entière.
Penser est devenu une maladie et celle-ci survient quand les choses sont déséquilibrées.

Le mental est un magnifique outil si l'on s'en sert à bon escient.
Dans le cas contraire, il devient très destructeur. Plus précisément, ce n'est pas tant que vous utilisez mal votre «mental» c'est plutôt qu'en général vous ne vous en servez pas du tout, car c'est lui qui se sert de vous. Et c'est cela la maladie, puisque vous croyez être votre mental. C'est cela l'illusion. L'outil a pris possession de vous.

La condition humaine, c’est d’être immergé dans la pensée. La plupart des gens restent toute leur vie prisonniers des limites de leurs pensées. Ils ne dépassent jamais un sentiment de soi personnalisé, construit par le mental et conditionné par le passé.

Tout comme en chaque être humain, votre conscience comporte une dimension beaucoup plus profonde que la pensée. C’est votre essence même. On peut l’appeler présence, attention, conscience inconditionnée. Dans les enseignements anciens, c’est le Christ intérieur, votre nature de Bouddha.
Découvrir cette dimension vous libère, ainsi que le monde, de la souffrance que vous vous infligez, de même qu’aux autres, lorsque le « petit moi » définit tout votre bagage et mène votre vie.

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Si elle n'est pas enracinée dans la conscience, la pensée devient égoïste et dysfonctionnelle. L'ingéniosité dépourvue de sagesse est extrêmement dangereuse et destructrice. C'est l'état actuel de la majeure partie de l'humanité. L'amplification de la pensée par la science et la technologie, ni bonne ni mauvaise en soi, est elle aussi devenue destructrice, car, souvent, la pensée initiale n'est pas enracinée dans la conscience.

La prochaine étape de l'évolution humaine consistera à transcender la pensée. C'est notre tâche urgente. Cela ne veut pas dire cesser de penser, mais tout simplement ne pas être identifié à la pensée, ni possédé par elle.

Extrait de Nouvelle Terre (Éditions Ariane)

mercredi 13 février 2019

• Jamais perdu ! - Nisargadatta Maharaj

Au lieu de chercher ce que vous n'avez pas, trouvez ce que vous n'avez jamais perdu.

vendredi 18 janvier 2019

• Quand le réel se met à chanter - Alain Galatis

Notre esprit et nos sens nous abusent. En croyant que l’image que nous nous faisons du monde est la réalité de ce dernier, nous nous méprenons et nous passons à côté d’une compréhension de nous-mêmes élémentaire.
Il s’agit de découvrir comment notre esprit crée des images et comment notre esprit s'identifie à ces images. Et pour se faire, il est nécessaire de se pencher sur la banalité de notre quotidien. C’est là où tout se joue : qu’est-ce qui se produit réellement dans l’instant où vous êtes, à l’endroit où vous êtes ?
Au terme de notre enquête, c'est ce labeur d'éclaircissement qui nous permettra de reconnaître ce qui n'est pas images : le réel. Et de découvrir ce que nous sommes.
Le ton légèrement caustique et décalé, inhabituel dans ce genre de littérature, oscille avec force entre révolte et humour, entre poésie et philosophie.
Un chant d’amour, un chant de rébellion, un chant de partage, un chant de l’unité : le chant du réel.

Né en 1961 d’un père grec et d’une mère suisse, Alain Galatis vit à Lausanne. Durant de nombreuses années, il écrit de la poésie. Son cheminement ainsi qu’un questionnement incessant sur la nature de la réalité, l’amène à la rédaction d’un premier livre L’indicible publié en 1997. Cette même année, il ouvre la Librairie Ex Nihilo. Depuis il a publié six ouvrages tous consacrés à la non-dualité et enregistré deux CD de chansons.

© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Accarias L'Originel : 

La forme de l'informe

Le réel se déploie sous d'innombrables formes. Dans certaines formes, des consciences émergent. Ces consciences qui apparaissent dans le réel sont en premier conscience de l'évènement. La très grande étrangeté réside dans le dérapage qui survient où la conscience se déconnecte de son origine et se croit conscience de telle forme particulière. Cela devient presque risible : "Comment ça, tu te croit conscience d'un individu, alors que tu es conscience du tout ! Qu'est-ce qui te prend ? À quoi joues-tu ?"

Sidération

Nous nous trouvons face à un comportement sidérant où l’être humain se révèle capable d’accomplir des prouesses technologiques d’une difficulté folle, des constructions intellectuelles d’une complexité rare, des créations artistiques d’une beauté profonde. Mais ce créateur de génie refuse obstinément d’accomplir une tâche toute simple : celle de distinguer les illusions dont nous sommes à la fois responsables et victimes. Ceci donne un portrait de l’homme effrayant et déconcertant : un être d’une suprême intelligence mais par ailleurs complètement halluciné. Et plus que tout, il tient à ce compromis impossible. Aucune intention de lâcher le morceau. Cela semble lui plaire, ne le dérange en aucune manière. Il a bel et bien l’intention de vivre dans cet écartèlement douloureux et malsain.

Fatalité

Il n’est plus question d’expliquer, de démontrer, d’analyser, d’inciter, cela ne sert à rien. L'être humain ne veut pas faire ce travail, c’est tout. S’il montrait la moindre velléité de s’y intéresser, vu les capacités qui sont les siennes, il résoudrait ce problème en un tour de main : « Attends un peu que je te démonte cette illusion, tu vas voir, c’est très simple ! » Mais non, l'être humain s’arc-boute dans cette posture d’une intelligence délirante qui ne parvient pas à déceler les travers de son fonctionnement. Pourquoi, alors, ne pas accepter cela comme une fatalité ? Pourquoi ne pas se dire : l'être humain est ainsi, sa nature est celle du délire ? Pourquoi refuser ce fait ? Justement parce qu’il a les moyens de traverser cet état, les moyens de trouver une cohérence qui devrait lui être naturelle. Il le peut mais ne le veut : toute la tragédie humaine.

Le travail

Le seul travail à accomplir serait de se pencher sur les aspects les plus simples de notre compréhension du monde. Ne jamais rien considérer comme acquis, mais toujours tout remettre en question, systématiquement, patiemment. Il serait nécessaire de s’interroger sur les évidences les plus élémentaires. Il faudrait se pencher sur la banalité de notre quotidien. C’est là où tout se joue : qu’est-ce qui se produit réellement dans l’instant où vous êtes, à l’endroit où vous êtes ? C’est un travail de décapage, de nettoyage. Nous devrions dissoudre ce qui obscurcit notre vision. Autrement, autant prétendre nous repérer et nous orienter, les yeux bandés, au milieu d’une forêt vierge.

Le chemin

Il y a un long chemin à parcourir. Et la seule possibilité que nous ayons est de nous mettre en mouvement. Accomplir un premier pas, puis un second. Ce n’est pas trop compliqué. Nous devons initier un mouvement. Après, cela se fait plus ou moins tout seul. C’est une démarche rationnelle, la recherche d’une cohérence, le désir de mettre fin à une confusion, la curiosité de comprendre notre fonctionnement. Et c’est un questionnement passionnant, fascinant. Il s’agit de découvrir comment notre esprit crée des images, comment notre esprit définit que ces images expriment la réalité du monde et comment notre esprit s’identifie à ces images. Au terme de notre enquête, c’est ce labeur d’éclaircissement qui nous permettra de reconnaître ce qui n’est pas images : le réel. C’est ce labeur qui nous permettra de comprendre ce que nous sommes. Puisque nous ne sommes pas des images. Puisque nous ne pouvons être ce que nous pensons être. 

Nouvelle parution des Éditions Accarias-l'Originel :

http://www.originel-accarias.com/Edition/marciszewer.html