jeudi 12 février 2009

• L'esprit qui se reconnaît lui-même - Lama Guendune Rinpoché

Lama Guendune Rinpoché

Cette réalisation de l'esprit en lui-même n'est pas un objet de savoir. Ce n'est pas un objet de connaissance. Nous ne pouvons pas la comprendre. Elle est exprimée ici en mots de façon à diriger notre recherche, de façon à donner une sorte d'impulsion à notre méditation, mais en fait nous ne pouvons pas connaître cette réalité parce que, quand l'esprit se connaît, il n'y a plus d'objet de connaissance puisqu'il s'agit d'une perception non duelle.
Il faut bien étudier cette manière de voir les choses et c'est le but de l'étude ; il faut réfléchir de façon à acquérir une certaine connaissance, une certitude qui nous conduira à la fine pointe de la connaissance qu'est l'intime conviction. Nous sommes intimement convaincus de la justesse de cette vision et de cette réalisation qui sera le fruit de la méditation. Ensuite, il faudra s'asseoir et laisser l'esprit se poser en lui-même, l'observer et transformer cette intime conviction en réalisation.
Cette réalisation est évidemment une profonde bénédiction mais, en même temps, elle est indicible, ineffable, inconcevable, nous ne pouvons pas en parler, ni rien en dire. Elle est du domaine de l'intime. C'est une expérience propre à l'esprit qui se reconnaît lui-même. Il nous est impossible de la mettre en mots, de l'exprimer d'une façon ou d'une autre, ou même de la concevoir puisque, lorsque nous concevons, analysons, pensons et nous exprimons, nous nous plaçons dans le système d'une logique duelle où un sujet observe un objet.

Le coeur du Dharma -
Enseignement de Guendune Rinpoché, in Tendrel no 45

8 commentaires:

vincent a dit…

Patrice je me permets de mettre une prose de Guendunne
que j’ai connu à une certaine époque, il avait un sourire radieux
comme les enfants. C’était un sage de l’envergure de Ramana dans le bouddhisme Tibétain.
Son enseignement (puisqu’il faut l’appeler comme ça) était le Mahamoudra

« Chercher : l’aspiration à l’éveil
Le bonheur ne se trouve pas avec effort et volonté,
Mais réside là tout proche, dans la détente et l’abandon.
Ne soit pas inquiet, il n’y a rien à faire.
Tout ce qui s’élève dans l’esprit n’a aucune importance.
Parce que dépourvu de toute réalité.
Ne t’attache point aux pensées, ne les juge pas,
Laisse le jeu de l’esprit se faire tout seul,
S’élever et retomber sans intervenir.
Tout s’évanouit et recommence à nouveau sans cesse.
Cette quête même du bonheur est ce qui t’empêche de le trouver.
Comme un arc en ciel qu’on poursuit sans jamais le rattraper.
Parce que il n’existe pas,parce que il a toujours était là,
Et parce qu’il t’accompagne à chaque instant.
Ne crois pas à la réalité des choses bonnes ou mauvaises,
Elles sont semblables aux arcs en ciel.
A vouloir saisir l’insaisissable on s’épuise en vain.
Dès lors qu’on relâche cette saisie, l’espace est là,
Ouvert, hospitalier et corfortable.
Alors jouis en.
Ne cherche plus. Tout est déjà tien. A quoi bon aller traquer
Dans la jungle inextricable, l’éléphant qui demeure tranquillement
Chez lui.
Cesse de faire, Cesse de forcer, Cesse de vouloir.
Et tout se trouvera accompli, naturellement. »

Patrice a dit…

Merci à toi Vincent. Oui, un maître hors pair du mahamudra et du dzogchen... J'avais déjà posté deux messages le concernant :

celui du 26 septembre 2007 (avec une version un peu différente du texte que tu propose) :
http://eveilimpersonnel.blogspot.com/2007/09/le-bonheur-sans-effort-lama-guendune.html

et celui du 11 ocotbre 2007 :
http://eveilimpersonnel.blogspot.com/2007/10/mditer-lama-guendun-rinpoch.html

vincent a dit…

Ok, je viens d'en prendre connaissance, je ne l'avais pas lu...excuses pour la répétiton.
Mais cela enfoncera le clou de l'évidence...(sourire)!

vincent a dit…

J’en profite Patrice pour faire un commentaire concernant ton article sur :
"Dzogchen : l’absence d’éfforts délibéré"
Pour avoir passé trente années avec l’enseignement du Mahamoudra, Dzogchen, Vajarayana
Dans l’école du Bouddhisme Tibétain et parallèlement du Bouddhisme Zen, je tiens tout de même à préciser une chose.
D’abord comme dit Bernard je ne cracherai pas dans la soupe, car en fin de compte je n’ai rien choisi, les choses se sont faites comme elle se sont faites. Donc Merci à eux tous et tant d’autres…………………..cela à épuisé « le faire, jusqu’à la moelle (initiation, tantra, méditations de nuit et de jour, enfin quoi la totale, j’ai été jusqu’au bout de mon faire), mais une fois la rencontre avec moi-même, tout est tombé, net, sans bavure, je n’y ai plus mis les pieds, plus aucune pratique de quoi que ce soit et cela aussi je ne l’ai pas choisi cela s’est fait comme ça c’est fait ! Mais il n’empêche que les Tibétains possèdent la panoplie « du faire » à faire frémir celui « que je suis maintenant » ! Et j’avoue que cette voie qui offre tous les menus de restaurant possibles et imaginables………………..me laisse un relent d’indigestion face à la simplicité d’être, ici que je goûte.
Même si les paroles de Guendunne sont d’une sagesse « évidente » (après coup), le contexte de la pratique et dans l’enseignement qu’il donnait est vraiment, pour moi maintenant, le plus sûr moyen de faire de « ce qui est » un labyrinthe inextricable.
Et à ceux qui voudrait se lancer dans cette voie, et dans n’importe laquelle d’ailleurs, même si je dis cela maintenant en ayant fait le contraire, ce serait de rester tranquille, et de ne faire confiance qu’à sa propre expérience ou au plus d’aller vers la simplicité en dehors de toute pratique. Des gens comme Nisagadartta , Bernard (sans exclure quiconque ayant cette approche) ont la simplicité d’en venir « directement au cœur du sujet », où tout est désencombré, et part uniquement de soi sans artifice. Simplement un rappel permanent de qui nous sommes vraiment……….c’est tout ce qu’il y a à faire !
Pour le reste, comme disait Ramana "quel dommage, quel dommage"!

Nobody a dit…

Simplement siroter son café,quoi de plus? on peut se distraire pendant 20 ans à goûter à toutes ces pratiques,on en revient toujours au sirotage!:-)

vincent a dit…

Salut Nobody
toujours au rendez-vous!
il est bon le café?
parce que moi je le bois, mais en expresso uniquement...et je sirote volontiers une bière blonde le soir en grillant une petite cigarette...et hasta la vista!
Mais j'aime par dessus tout me goûter moi-même dans cette contemplation, cette joie d'être tout simplement même en compagnie de Nisa, Mooji, et tant d'autre qui sont moi-même! Tout est parce que je suis ...............

pat69 a dit…

merci pour la traduction de lama guendune. Je voudrais répondre à Vincent parque que je trouve étonnante la manière de se démarquer du bouddhisme, après 30 ans de pratique, comme si c'était une voie de perdition (plus exactement un 'labyrinthe inextricable'). Le bouddhisme, et le bouddhisme tibétain en particulier reste tout de même l'une des voies les plus 'productives' en êtres éveillés. Dans toutes les écoles,dans toutes les lignées, hier, avant hier, aujourd'hui, on ne compte plus les éveillés. Le problème de beaucoup de gens est qu'ils ne se sont pas donné les moyens de pratiquer ces méthodes, correctement, et s'en détournent parce que ça ne marche pas pour eux. Et quand je dis les moyens, ça ne veut pas dire forcément s'obliger à pratiquer 15 heures par jour dans une grotte loin de tout; c'est plus des choses comme: faire ce que le maître conseille, et pas ce qu'on pense bien pour soi, ou : c'est s'imprégner de l'imminence de la mort, et pas continuer à penser que ce corps sera là encore longtemps (ce qui permet de pratiquer avec énergie); ou encore c'est pratiquer avec le coeur, plus qu'avec le mental. Les pratiques du bouddhisme tibétain sont très rapides à condition d'y inclure la dévotion/confiance/foi Bon, peut être que ça fait ballot, la dévotion, mais il n'empêche qu'il n'y a pas de voie plus directe. L'ego est soluble dans la dévotion, et bien peu en occident, trop obnubilés par le monde du mental, l'ont expérimenté. Mais l'histoire de Bernard pour ne citer que lui est assez édifiante à ce sujet. Pour ce qui est du labyrinthe. Sans guide, c’est peut être inextricable, mais les guides expérimentés ne manquent pas, à moins qu’on ait aussi l’arrogance de penser/vouloir y arriver tout seuls.

Enfin, je voudrais souligner une erreur, une grave erreur qui, elle, mène quasi certainement à l'égarement, et je la retrouve souvent dans les commentaires de ce blog. C’est l’idée qu’il n’y a rien à faire, et que l’éveil viendra tout seul. Et donc que toutes les voies qui consistent à faire qque chose sont erronées et n’aboutissent à rien. En gros, « quoi que je fasse, l’éveil viendra quand il doit venir, donc surtout pas se fatiguer. » Du coup, pas besoin de pratiquer, il n’y a aucun lien entre éveil et conduite, et donc même, en allant plus loin, pas besoin non plus de surveiller sa conduite. Je peux voler, tuer, me vanter, violer etc etc, ça ne change rien du point de vue de l’éveil. C’est ce qu’on nomme l’erreur de noyer la conduite dans la vue. Lorsqu’on est éveillé, ou du point de vue de l’éveil, on peut effectivement se foutre de sa conduite. On le retrouve dans de nombreux textes dzogchen, soufis et autres. Mais tant que ça n’est pas le cas, on est toujours fortement soumis aux conséquences de nos actes. C’est comme vouloir allumer un feu, sachant que nous disposons de bois plus ou moins sec. Le maître a les moyens de faire jaillir l’étincelle, mais il nous appartient que le bois soit bien sec. Si dès le début de la rencontre avec le maître, l’étincelle fait partir le feu, no problémo, pas besoin de se taper toutes les pratiques pour assécher tout le bins. Mais si ça ne prend pas, il faudra bien faire quelque chose pour assécher ton bois. Il se trouve que les tibétains bénéficient de 2500 ans d’expérience concernant les techniques d’assèchement du bois, avec des adeptes vraiment experts dans ces différentes méthodes. Mais une fois que tes pratiques ont asséché ton bois, si tu vas voir Bernard et qu’une flamme jaillit, pourquoi déconseiller à ceux dont le bois est humide d’expérimenter les pratiques asséchantes tibétaines ? Peut être que tout ce que tu as fait avant a servi aussi à quelque chose, non ?

vincent a dit…

Réponse :
« pourquoi déconseiller à ceux dont le bois est
humide d’expérimenter les pratiques asséchantes tibétaines ? Peut être
que tout ce que tu as fait avant a servi aussi à quelque chose, non ? »

-On ne peut dire qu’une chose a servi ou pas, car en fait ce qui se produit se produit. Et ce qu’on a fait avant malheureusement ne sert « à rien » concernant ce dont nous parlons car cela ne dépend d’aucune cause-effet étant donné que ce que nous sommes est « non-né » !
Et cela chacun selon son parcours ! Donc il n’est pas question d’effacer quoi que ce soit parce qu’en fait ce qui s’est passé c’est seulement « une histoire » à laquelle on croyait, mais comme un rêve au réveil cela disparaît sans qu’on en ait ni regret, ni quoi que ce soit d’autres. Car dans l’état de veille qui suit l’état de rêve, en fait rien ne s’est passé ! C’est un peu ce qui se passe (peut être ou pas après un certain parcours) !
Pour ce qui est de déconseiller, ce n’est pas le terme approprié. Les temps changent, ce qui était en 70 accessible par une voie, l’est en 2009 directement accessible, dans sa langue, son contexte, son expression vivante qui nous est donnée là où nous sommes, comme nous sommes ! Je ne déconseillerai rien, car en fait ce qui se fait se fait très bien comme c’est.
Mais à ceux dont le cœur est prêt je dirai, tout vous est donné dans le contexte où vous êtes. Ouvrez les yeux, nul besoin de parler tibétain, de pratiquer une tradition qui correspondait à un contexte qui aujourd’hui vous est offert d’une manière plus directe. Allez directement à vous et ne vous croyez pas obligé de passer par tout un système (quel que soit le système) qui vous dira comment vous purifier, être digne de recevoir l’éveil etc. Vous êtes votre propre refuge et celui-ci vous guidera selon votre cœur directement à vous-même, car Cela sait mieux que vous ce dont vous avez besoin ! Si vous êtes attirés par une voie, des pratiques etc..alors allez-y, de toute façon vous n’aurez pas à proprement parlé le choix ! Pas plus que je ne l’ai eu d’aller au bout de mes pratiques, ni pas plus que celui de les arrêter car cela aussi c’est fait naturellement ! Mais si votre cœur est prêt, ici à notre époque tout est là comme jamais cela ne l’a était dans le passé. Écoutez, et voyez par vous-mêmes. Les traditions ne sont que des traditions appartenant à l’histoire de l’homme, à une « histoire » en fait ! Et ce qui « est vous » n’est pas l’histoire il est avant toute histoire ! Offrez vous comme le disait Bouddha et tant d’autre si vous vous sentez le courage d’être « votre propre refuge, vous êtes votre propre Soi » ne créait pas vous-mêmes vos propres limitations par votre adhésion à ces limitations ! c’est tout.


Quand à:
"mais les guides expérimentés ne manquent pas, à moins qu’on ait aussi l’arrogance de penser/vouloir y arriver tout seuls."
Ici il ne s'agit pas "d'y arriver" car personne n'y arrive, mais de "partir de là où on est". C'est une reconnaissance directe! mettre fin à son histoire car c'est elle le cheminement, c'est elle, la quête.....ce que nous sommes est déjà là avant! Ce n'est pas de l'arrogance mais la fin de l'arrogance, la fin de l'illusion d'un individu avec son histoire personnelle.Pas de crainte à avoir, pas de comparaison, de jugement, d'orgueil ect...pour qui? par rapport à qui?

Je m’arrêterai là car ceci serait un dialogue à avoir de cœur à cœur et pas vraiment sur un blog. Cela entraînerait une polémique inutile qui de cœur à cœur serait un partage où il n’y a aucune contradiction dans le respect du chemin de chacun.
Amitié vincent..