lundi 21 juillet 2014

• L'Essence de la non-dualité - Rupert Spira


Dans la prolifération des livres sur la non-dualité, Présence  se démarque tout particulièrement. C’est une approche sans précédent de la « voie directe ».  Alliant rigueur et simplicité, profondeur et clarté, cet ouvrage frappe par la précision chirurgicale, quasi scientifique de son exploration.
Rupert Spira s’applique à nous emmener au cœur et dans le vif de l’expérience, à faire éclore une compréhension expérientielle, organique, chez le chercheur de vérité.
Au fil des chapitres, il nous invite à explorer la nature véritable de notre être et à questionner la présomption fondamentale qui sous-tend notre culture toute entière selon laquelle notre expérience se divise en deux : d’une part un sujet et d’autre part un objet. Il nous amène à voir que sujet et objet sont les deux aspects d’une même croyance : la croyance dans la séparation ou la dualité.
Tout en nous exhortant à nous référer uniquement à notre expérience intime et directe, il nous accompagne pas à pas dans l’examen minutieux de nous-même soulevant doucement mais irrémédiablement le voile de l’ignorance. Nous redécouvrons ou reconnaissons ainsi notre vrai visage : pure Conscience dont le bonheur, la paix et l’amour sont les conditions naturelles.
Lorsque notre véritable nature de Présence consciente est voilée par les identifications et les croyances, émerge le visage d’un usurpateur, celui du soi séparé et limité, caractérisé par la recherche du bonheur dans les objets et par la résistance à ce qui est là, maintenant.
Mais, exposé à la lumière de l’investigation et de la contemplation, le soi séparé se révèle être illusoire et nous nous rappelons alors la véritable nature de notre être, qui est Conscience universelle, et nous demeurons en tant que cette Conscience.
Ce dont témoigne Rupert Spira nous est disponible à cet instant même dans la nudité, la pureté et l’intimité de notre expérience. Ce livre nous invite à découvrir cette vérité simple et profonde.

© Extrait de l'ouvrage publié avec l'aimable autorisation des Éditions Accarias-L'Originel :

Qui ou Que suis-je ?

Nous ne connaissons du mental, du corps et du monde que l’expérience que nous en faisons et l’expérience dépend entièrement de la présence de notre Soi, quoi que puisse être ce dernier. Jamais personne n’a pu ou ne pourrait faire l’expérience du mental, du corps et du monde sans que son Être propre soit, au préalable, présent.
Toute expérience est connue par notre Soi ; ainsi, notre connaissance du mental, du corps et du monde est liée à la connaissance que nous avons de notre Soi et en dépend.
Le peintre et poète William Blake disait : « Tel est l’homme, tel est ce qu’il voit ». Il voulait dire par là que la façon dont une personne se voit ou se comprend conditionne profondément sa manière de voir les objets, les autres et le monde.
Ainsi, commençons par notre Soi, puisque tout dépend de lui. Que savons-nous avec certitude sur notre Soi ?
Pour y répondre, nous devons être prêts à mettre de côté tout ce que nous avons appris sur notre Soi grâce aux autres ou à notre culture ; être prêts à nous en remettre uniquement à notre expérience intime et directe. Après tout, l’expérience doit être l’épreuve de la réalité.
La première chose que nous savons avec certitude c’est : « Je suis ». Cette connaissance élémentaire de notre Être propre – si simple, si évidente qu’elle nous échappe la plupart du temps – s’avère être la connaissance la plus précieuse que l’on puisse détenir.
Nous pouvons ne pas savoir ce que je suis, mais nous savons que je suis. Personne ne peut, en toute légitimité, renier son Être propre  car même pour faire cela, nous devons d’abord être présents.
Nul n’affirme « je suis » parce qu’il tient cette information de ses parents ou d’un livre. Notre Être propre relève toujours de notre expérience directe, familière et intime. Il va de soi et ne fait pas l’ombre d’un doute.
En d’autres termes, l’être ou la présence est une qualité inhérente à notre Soi. Quelle autre certitude pouvons-nous avancer sur notre Soi ?
Quoi que puisse être réellement notre Soi, nous lui donnons le nom de « je ». Pour soutenir avec certitude que « je suis » – et c’est l’une des rares déclarations qui puisse être faite en toute légitimité – nous devons savoir ou être conscients que « je suis ». Autrement dit, nous sommes certains de notre Être propre pour la raison précise qu’il est connu par une expérience directe. Pour attester de notre Être propre, nous ne nous appuyons pas sur une information de seconde main ni sur une information provenant du passé. Sur-le-champ, notre être ou présence est indéniable.
Qu’est-ce qui connaît ou est conscient de notre Être ? Est-ce « je » qui sait que « je suis » ou suis-« je » connu par quelqu’un ou quelque chose d’autre que moi-même ? C’est manifestement « je » qui sait que « je suis ». En d’autres termes, le « je » que « je suis » est également le même « je » qui sait ou qui est conscient que « je suis ».
Pour le dire autrement, la conscience ou la connaissance est une qualité intrinsèque à notre Soi, et c’est notre Soi, « Je », qui sait qu’il est à la fois présent et conscient.
Notre Soi n’a pas besoin de connaître une chose en particulier pour savoir qu’il est présent et conscient. Il se connaît tout simplement en étant lui-même car c’est sa nature d’être conscient ou de connaître. Il n’a pas besoin non plus de faire quoi que ce soit de spécial, tel que penser, pour se savoir présent. La connaissance de notre Etre propre est le fait le plus simple et le plus évident de notre expérience. Elle est antérieure au fait de penser, ressentir ou percevoir.
Si l’on devait nous demander: « Êtes-vous présents ? », nous marquerions un temps avant de répondre « Oui ». Lors de cette brève pause, nous nous sommes référés à l’expérience intime et directe de notre Soi et la certitude de notre réponse découle de cette expérience. Nous ne nous sommes pas rapportés à la pensée, au ressenti ou à la perception mais directement à notre Soi. Il se réfère à lui-même.
En d’autres mots, notre Soi se sait présent et conscient par lui-même, grâce à lui-même, seul. Il n’a pas besoin d’un intermédiaire tel que le mental ou le corps – sans parler d’une quelconque source extérieure – pour confirmer sa propre Présence consciente. Il se connaît de façon directe.
Ainsi, notre expérience intime et directe révèle clairement que « je » suis non seulement présent mais également conscient. Pour cette raison, notre Soi est parfois appelé Conscience-Présence, ce qui signifie tout simplement la présence de cela qui est conscient. Le mot « Conscience-Présence »1 indique que l’Être que nous nous savons intimement être – qui se sait être – est intrinsèquement présent et conscient.
Dans ce livre, notre Soi est appelé « Présence consciente » ou parfois simplement « Présence ». D’autres fois, il est aussi désigné sous le nom de « Conscience-Présence » ou d’« Être ». Mais, plus simplement, cette Présence consciente est appelée « Je ».
De quelque manière que l’on choisisse de l’appeler, il s’agira toujours et simplement de l’intimité de notre Être propre – la Conscience-Présence consciente d’elle-même – ce qui constitue la connaissance la plus évidente, familière et directe de tout un chacun.
Bien avant de connaître quoi que ce soit d’autre, nous connaissons d’abord notre Être propre. Il se connaît lui-même ; c’est-à-dire que la Présence consciente que nous nous savons être, de façon intime et directe, sait qu’elle est consciente et présente. « Je » est le nom que nous donnons à cette simple connaissance de notre Être propre.
En fait, la connaissance de notre Être propre est si simple et évidente, et surtout, paraît tellement insignifiante, qu’elle passe habituellement inaperçue. Bien que cela ne semble pas prêter à conséquence, cet oubli ou négligence de notre Être le plus intime détermine, en réalité, toutes nos pensées, tous nos sentiments, nos activités et nos relations et s’avère être la source de tous nos malheurs.
Cependant, qu’est-ce qui pourrait bien oublier ou ignorer cette simple connaissance de notre Être propre, cette connaissance d’elle-même de la Conscience-Présence ? Il est évident que notre Être ne peut s’oublier ou s’ignorer puisque la connaissance de notre Être propre n’est pas une chose que nous faisons, c’est ce que nous sommes.
En fait, c’est la pensée qui va obscurcir, en apparence, la simple connaissance de notre Être propre et donner l’impression que notre Soi est autre chose que la présence de la Conscience. Par la suite, exerçant son effet obscurcissant, cette pensée va être corroborée par des sentiments et, de ce fait, la connaissance de notre Soi tel qu’il est véritablement – sa connaissance de lui-même tel qu’il est vraiment – va se voiler et se perdre, conduisant dès lors à la croyance et au sentiment que nous sommes tout autre chose que cette Présence consciente.
À l’échelle individuelle ou collective, l’histoire de l’humanité se résume au drame de la perte de notre véritable identité et à la recherche qui s’ensuit pour la retrouver.

1 En anglais, il existe deux mots pour Conscience : consciousness et awareness. Awareness est composé de « aware », conscient et « ness », présence de. J’ai donc choisi de traduire “Awareness” par “Conscience-Présence”.


.../...


"Notre Être essentiel est la paix même.
Notre Soi essentiel est l'Être, ou la Présence consciente, a jamais présent, qui connaît ou fait l'expérience de nos pensées, sentiments, images, souvenirs, sensations et perceptions mais qui n'est pas, lui-même, constitué des pensées, sentiments, sensations, etc. C'est la raison pour laquelle il pourrait être décrit comme étant vide. En fait, il n'est vide que par rapport à l'existence des objets. En réalité, il est empli de présence et de conscience.
Notre Être pourrait être comparé à un espace ouvert et vide, tel l'espace de la pièce dans laquelle votre corps se trouve assis en ce moment. Cet espace n'offre aucune résistance aux objets ou aux activités qui y apparaissent. En fait, l'espace ne recèle aucun mécanisme par lequel il pourrait résister à une quelconque apparition ou la refu­ser. De quoi serait faite une telle résistance, sinon d'un objet et non pas d'espace vide ?
Les murs qui entourent l'espace d'une pièce semblent le définir et le limiter ; cependant, avant l'érection des murs et après leur destruction, l'espace de la pièce sera resté exactement tel qu'il est maintenant. La forme et les qualités apparentes de l'espace lui sont surimposées par celles des murs, des meubles et des activités qui s'y dérou­lent ; mais à aucun moment, jamais, l'espace n'endosse réellement ces qualités - il semble le faire, uniquement."