lundi 3 mars 2008

• J'eus l'impression d'être frappé par un éclair

J'eus l'impression d'être frappé par un éclair


Il m'apparut clairement que l'Esprit n'est pas autre chose que les montagnes, les rivières, la terre tout entière, le soleil, la lune et les étoiles.

Citation de Dogen, tirée du Shobogenzo


A minuit, je me réveillai brusquement. Dans mon esprit d'abord embrumé, la phrase de Dogen surgit soudain. Je la répétai et, subitement, j'eus l'impression d'être frappé par un éclair. L'instant d'après, le ciel et la terre disparurent et une énorme vague de ravissement s'éleva en moi, un véritable ouragan de joie, et je fus saisi d'un rire incontrôlable en disant tout haut : «Ha, ha, ha, ha! Il n'y a là aucun raisonnement !» Le ciel vide éclata en deux et, ouvrant son énorme bouche, se mit à rire sauvagement : «Ha, ha, ha !» Plus tard, un membre de ma famille me dit que mon rire avait eu quelque chose d'inhumain.

J'étais allongé sur le dos. Soudain, je me soulevai et me mis à frapper le lit de toutes mes forces et à battre le parquet de mes pieds, tout en riant. Ma femme et mon plus jeune fils, qui dormaient près de moi, se réveillèrent et je leur fis peur. Ma femme me couvrit la bouche de sa main en me demandant ce qui m'arrivait. Mais je n'eus conscience de tout cela que plus tard, lorsqu'on m'en parla. Mon fils me dit qu'il m'avait cru devenu fou. Je me rappelle avoir crié : «J'ai atteint l'illumination ! Çakyamuni et les patriarches ne m'ont pas trompé !» Lorsque je me calmai, je fis des excuses au reste de la famille, que le bruit avait attiré en bas.

Me prosternant devant l'image de Kannon que vous m'aviez donnée, le sutra de Diamant et le livre de Yasutani-roshi, j'allumai un bâton d'encens et me livrai au zazen pendant une heure et demie, qui me parut ne durer que deux ou trois minutes.

Le lendemain matin, j'allai voir Yasutani-roshi et j'essayai de lui décrire ce que j'avais éprouvé la nuit précédente, lorsque j'avais vu le ciel et la terre se désintégrer. Je répétais sans cesse : «C'est trop de joie, trop de joie !» sans pouvoir retenir mes larmes. Ma bouche tremblait et je n'arrivais pas à m'exprimer. Pour finir, j'ai appuyé mon visage contre la poitrine de Yasutani-roshi. Il m'a tapoté le dos et a dit «Il est rare d'aller si loin. Cela s'appelle «atteindre le vide de l'Esprit». Je m'en réjouis pour vous.»

Je l'ai remercié en pleurant et je lui ai dit à plusieurs reprises : «Il faut que je continue à m'adonner au zazen.» Il a eu la bonté de me donner des conseils précis, après quoi, il m'a à nouveau félicité et m'a reconduit jusqu'au pied de la colline.

Bien que vingt-quatre heures se soient écoulées depuis, je suis encore bouleversé par ce qui m'est arrivé. J'ai passé toute la journée à rire et à pleurer.

Extrait tiré du livre Les trois piliers du Zen, de Philip Kapleau, Éditions Stock

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