lundi 18 septembre 2023

• Revenir à l'espace de l'esprit - Javier Garcia Campayo

 

L'illumination est toujours un accident. La méditation nous rend sujets à cet accident. L'illumination, c'est comme tomber d'un avion en plein vol. La mauvaise nouvelle, c'est qu'il n'y a pas de parachute. La bonne, c'est qu'il n'y a pas de sol.

Chogyam Trungpa

Une introduction complète au concept-clé des traditions orientales : la non-dualité

Nous pensons tous être un individu, un " moi " coincé dans un corps, et isolé au milieu de sept milliards d'autres " moi " dans le monde, tous différents et séparés les uns des autres.
Mais si cette manière de penser était fausse ? Si cette manière de vivre était la source de nos souffrances ?
Le professeur García Campayo montre ici que la psychologie moderne en accord avec les traditions spirituelles orientales peuvent " déconstruire " le moi, et nous éveiller à une autre réalité qu'on appelle la vacuité.
Dans la plupart des traditions spirituelles, ces méditations de déconstruction du " moi " et les expériences de non-dualité sont considérées comme le summum de la pratique contemplative.
En tant que telles, elles sont restées semi-cachées pendant des siècles. Les pratiques de déconstructions restent inconnues du grand public et commencent à peine à être étudiées par la science et la psychologie.
Cet ouvrage est l'un des premiers à passer en revue de manière exhaustive la vision que les traditions orientales comme le bouddhisme, le taoïsme et l'advaita vedanta ont enseigné à ce sujet. Il décrit les principales pratiques méditatives conçues par les êtres humains pour tenter de diluer le sentiment du " moi ".
De cette façon, les lecteurs peuvent avoir un aperçu de ce que signifient la non-dualité et l'éveil au-delà du moi.

© Extraits publié avec l'aimable accord d'Almora Éditions

Être conscient (awareness) :
le champ de la conscience ou l’espace de l’esprit

Nous pouvons constater que nous avons observé les objets mentaux mais nous n’avons pas été conscients de notre faculté de connaître. Pour utiliser une métaphore, nous avons pu voir les objets éclairés par une lampe mais nous n’avons pas été conscients de la lampe qui les éclaire et que sans elle ils ne seraient pas visibles. Cela semble alors si évident que nous pour- rions nous demander : « Pourquoi n’avons-nous pas médité dès le début sur la lampe, sur le fait d’être conscient ? » La réponse est la suivante : parce que c’est un concept très subtil et qu’il est très difficile de méditer ainsi d’entrée de jeu. Il est tout le temps là mais il n’est nulle part et il n’est pas aisé de le voir.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, le concept d’awareness ne se trouve pas dans le Canon Pali, il n’a pas été décrit par le Bouddha. C’est un mot anglais employé par les maîtres occidentalisés de différentes traditions bouddhistes pour tenter d’expliquer le concept de la conscience. Un terme pali qui se rapproche de conscience est viññana, qui décrit les six types de conscience correspondant aux six sens (rappelons ici que l’esprit est considéré comme le sixième sens dans la tradition bouddhiste) : conscience visuelle, auditive, etc ., et la conscience de l’activité de l’esprit. Dans ce cas, l’union de l’organe des sens (par ex ., l’œil), l’objet visuel (par ex ., un oiseau) et la conscience visuelle produisent le « contact ». Lorsque l’objet cesse (par ex ., l’oiseau s’en va), la conscience cesse aussi.

Mais awareness décrit une conscience qui n’est pas liée à un seul sens à un moment donné. C’est quelque chose de plus fondamental et qui envahit tout. Pour utiliser une métaphore, c’est le ciel dans lequel les nuages des objets mentaux passent. C’est « l’espace de l’esprit où les objets mentaux apparaissent ». Cette conscience ne dépend pas d’un objet. Souvent, la conscience se focalise sur le fait d’être conscient d’un objet (awareness). Mais on peut aussi être conscient, et c’est un état plus avancé, du simple fait d’être conscient, sans qu’il y ait d’objet de conscience (awareness de l’awareness). Tous les objets du monde des phénomènes apparaissent et disparaissent dans le vaste espace de l’esprit. Si vous fermez les yeux et que vous visualisez un objet, ce qu’il y a avant de le visualiser, c’est l’espace de l’esprit ; et ce qui reste quand vous avez éliminé l’objet, c’est l’espace de l’esprit. Et dans cet espace, vous pouvez faire surgir le phénomène mental que vous désirez .

Il existe de nombreuses métaphores sur ce sujet, dont l’une des plus connues est la suivante :

« L’esprit ne peut pas se connaître lui-même .

C’est comme une épée qui coupe mais ne peut pas se couper elle-même .

Comme un œil qui voit mais ne peut pas se voir lui-même . » (Zenrin Kushu, 14, p . 267)

L’espace de l’esprit, l’awareness, ne peut pas être appréhendé mais nous savons qu’il est là. Ajahn Chah dit : « C’est comme monter à cheval et se demander où est le cheval . » 

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Luminosité, clarté ou capacité à connaître (sambhogakaya)

Nous avons déjà dit que l’esprit est essentiellement vide. Mais il possède une autre fonction aussi importante et intrinsèque que la vacuité : celle de connaître. Sa fonction de base, son activité principale est de connaître. Chaque phénomène est connu par l’awareness dès qu’il surgit, il est impossible de ne pas le connaître. Bien que l’esprit soit vide et que nous ne puissions pas le trouver, nous ne pouvons pas dire qu’il n’existe pas parce qu’il est toujours en train de connaître et nous sommes conscients qu’il en est ainsi. L’awareness est comme un miroir : quand un objet apparaît, il le reflète fidèlement. Nous voyons que l’esprit possède les deux caractéristiques intrinsèquement unies : vacuité et connaissance. C’est parce que sa fonction est d’« éclairer », comme une lanterne, les objets de connaissance qu’on dit que l’esprit est lumineux ou rayonnant. Cela ne signifie pas que nous voyons de la lumière quand nous fermons les yeux ou que nous verrons de la lumière lorsque nous serons vraiment éveillés. Notre esprit et celui de tous les êtres vivants possèdent donc ces deux qualités : vacuité et connaissance. 

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Paru aussi chez Almora Éditions : 

 En cette époque difficile où nous mesurons l'impuissance de nos réponses collectives aux enjeux du temps présent, le moment semble venu de réinterroger en profondeur notre rapport au vivant. Et si cela commençait par le fait, pour chacun d'entre nous, de découvrir – ou peut-être de reconnaître – sa propre vie comme énigme ?

L'Énigme de ma vie est un petit livre de sagesse simple, actuel, sans maître ni dogme. Il prend acte des limites du développement personnel et interroge la possibilité d'un développement impersonnel. Quand " ma vie " cesse enfin d'être un territoire à défendre ou un capital à optimiser, elle devient aspiration paradoxale, à la fois apaisée et passionnée, à la connaissance de son propre mystère.