vendredi 23 mai 2008

• Le règne de la vacuité - Nicole Montineri

Le règne de la vacuité

Nicole Montinéri

Derrière les apparences de l'univers,
se trouve la réalité d'une Conscience unique et éternelle.



Ici, c'est le règne de la vacuité, le siège de la conscience, l'essence de l'être. Il n'y avait plus aucune pensée, plus aucune image, pas même une sensation. Rien. Seulement la Conscience suprême...

Ma véritable nature, dans cette absence de moi-même, était cette lumière intense qui transportait une information signifiante et apaisante. Celle-ci était ma conscience, sans objet, seulement conscience-de-soi. Elle englobait l'univers entier, était la source de toute chose. Je m'y enfonçais, y demeurais absorbée, la reconnaissant comme mon essence originelle, en cet instant éternel. Dans cette pénétration de la réalité, la conscience se connaissait par elle-même, à la fois vide et pleine, en repos et en mouvement. « Je » n'était pas là pour s'approprier la perception. Elle avait lieu, c'est tout.

La division entre observateur et observé n'existe pas et n'a jamais existé. Elle n'est qu'une illusion créée par la pensée soumise aux désirs de l'ego. Personne ne voit la lumière se lever. Dans cet état, ou plutôt ce non-état - car la conscience n'est pas un état - l'ego, cette image artificielle du moi, est mort. Loin d'inquiéter, sa disparition apporte une sensation de plénitude totale. Ce qui est angoisse du point de vue de l'ego est apaisement pour l'être profond qui constitue notre véritable identité.

Lorsque tous les voiles créés par l'ego, par l'esprit et les sens, ont été déchirés, lorsque tous les objets ont été dissous, la nature fondamentale de notre conscience peut apparaître. Elle se connaît elle-même en tant que réalité qui embrasse tout, en tant que substance absolue. La lumière qui se lève au moment du grand voyage est le rayonnement spontané et sans direction de la conscience, l'embrasement de l'énergie universelle. On ne peut pas décrire la lumière de la conscience, la lumière de l'Intelligence. « L'énergie de l'univers est une énergie d'amour... », a dit un jour le physicien David Bohm au quatorzième Dalaï Lama.

Dès que l'on ne s'identifie plus à la personnalité, dès que l'on ne se voit plus comme un être séparé des autres, on perçoit clairement notre véritable nature, parce que l'on se place dans la conscience globale. On comprend que toutes les formes sont des émanations de ce continuum infini et que l'essence de la diversité des phénomènes est une. Notre conscience est plus vaste qu'on ne l'imagine, sans intérieur ni extérieur, sans centre ni périphérie. Alors pourquoi s'identifier à une personnalité sans substance, sans constance, soumise à des tensions perpétuelles par accumulation de pensées et d'émotions, pourquoi se restreindre à cette image étriquée et fausse de soi ?

Notre véritable nature n'a pas besoin d'être perfectionnée, car elle est, depuis l'origine, parfaite.../... L'essence de toute chose est pure. Celui qui a réalisé cela voit chaque être, chaque manifestation du monde dans sa perfection.

Demeurer dans la conscience, ce n'est pas méditer, dans le sens où il y a un sujet qui cherche à atteindre quelque chose de personnel et de sécurisant.

Je demeure dans une sensation quasiment physique de baigner à chaque seconde dans l'énergie universelle, dans cet immense courant qui se meut en nous et autour de nous. Ce flux traverse continuellement notre corps et notre esprit. Chaque être se trouve absorbé en permanence dans la lumière qui soutient tout, qui porte chaque manifestation de la vie. Quand nous connaissons cette sensation, nous ne pouvons plus la perdre, et notre existence quotidienne reflète notre immersion dans ce courant impersonnel et éternel. L'absolu est ici, à l'instant, sous nos yeux. Il n'est pas autre chose que cette énergie, cette lumière, cette conscience.

Extraits choisis pour ÉVEIL IMPERSONNEL
de N'ayons pas peur de mourir
de Nicole Montinéri
Éditions Accarias-L'Originel

Voici, en complément, l'extrait d'une réponse de Nicole suite à un mail où je lui demandais (avant la publication de son ouvrage) si son expérience avait été temporaire, ou si elle-même était toujours immergée dans cette conscience non-duelle. J'avais appréciè alors le coté à la fois sobre, humble, et si plein de vérité, de sa réponse :

Durant toute notre quête, nous avons des visions claires. Elles ne retombent pas, comme on le croit alors. Il y a seulement des retours au corps/mental, c'est normal sur cette Terre. Le problème, c'est quand l'ego, insatiable, tente de retrouver ces visions ou perceptions. Il cherche en permanence à acquérir, il est même tout excité devant cette idée d'éveil !
Mais la réalisation, elle, est irréversible. Il est impossible qu'il en soit autrement lorsque la conscience s'est laissée absorber complètement dans la Conscience cosmique, le Tout. Pour les affaires de la vie pratique, dans le langage, c'est le mental qui fonctionne, il ne peut en être autrement, bien sûr. Il est utilisé pour ces fonctions-là, mais ne recherche rien sur le plan spirituel, qui n'est pas son plan et qu'il ne doit pas envahir. Le reste du temps, je me situe dans l'espace silencieux et libre de la conscience, là où rien ne peut "arriver", où il n'y a rien à obtenir, car tout est déjà là.
L'éveil n'est pas arrivé à une personne en particulier, il est impossible désormais que le moi s'approprie les évènements qui arrivent dans l'existence, les juge, les rejette selon une dualité plaisir/déplaisir. Il est impossible de chercher à posséder quoi que ce soit, de ne pas prendre les choses comme elles viennent, de ne pas voir les êtres tels qu'ils sont : conscience semblable à la nôtre, et qui cherche douloureusement l'espace de lumière... Une énergie se manifeste (et il m'est arrivé depuis d'avoir du chagrin) et je sais qu'elle s'en ira comme elle est venue, sans laisser de traces... Tout est vu dans l'amour, cet amour impersonnel qui a traversé ma conscience qui s'est grand-ouverte lorsque "je suis partie là-bas".
La perception de cet amour est intacte, il ne se passe pas un jour sans que je la ressente, d'autant qu'elle n'est pas passée par mon cerveau. Voir ainsi est la liberté, au-delà de tout ce qui peut se manifester. Je Suis l'Amour, substance de la Vie. C'est notre Réalité.

Puis, suite à la lecture de son ouvrage, où elle expliquait qu'il faut se préparer à la mort car, si l'on ne fait pas cela, on ne reconnaîtra pas cette lumière comme étant indivisible de sa véritable nature, je lui demandais alors ce qui que se passerait à ce moment-là pour une telle personne ? Ma question était de savoir si elle suggérait que l'on repartirait dans un nouveau cycle d'incarnation ? Elle me répondit ceci :

La connaissance et la pratique spirituelle nous aident à reconnaitre la véritable nature de la lumière, rayonnement de notre conscience unie au Tout. C'est bien ici, durant notre existence, que l'on découvre l'essence de la vie. Notre départ sera alors d'autant mieux vécu comme l'ultime couronnement de cette existence.
Je suis frappée de voir que la plupart des personnes qui ont eu un contact avec la mort et ont vu la lumière, considèrent celle-ci comme quelque chose d'extérieur, ou même disent l'avoir vue de loin. Ils continuent à avoir une vision duelle...

Je ne peux pas répondre à votre question concernant ce qui se passe pour ceux qui ne reconnaissent pas la nature de la lumière. Ce serait en effet une explication à la réincarnation, et cela rejoint ce que je disais précédemment sur la nécessité de découvrir, ici et maintenant, l'essence de la vie. Mais il me semble que c'est seulement l'ego qui s'interroge sur l'éventualité d'une nouvelle incarnation terrestre, dans une forme finie qu'il connait déjà. La Vie, elle, est mouvement infini...

Je conclus en lui faisant remarquer que cela avait du sens. Ainsi que l'exprimait Ramana Maharshi : "La réincarnation existe tant que l'ignorance existe. Il n'y a pas d'incarnation, il n'y en a jamais eu, il n'y en aura jamais. Telle est la vérité."
Mais il semblerait aussi qu'au sein de l'illusion et de la dualité, il y ait bien un endroit dans l'espace-temps, tout aussi illusoire, où demeurer, tant que l'essence de notre être n'était pas reconnue.

Nicole me répondit simplement : "Oui, il y a certainement un "coin" dans l'espace-temps où se retrouve la conscience encore encombrée de l'illusion de l'ego.
Mais la conscience qui a réalisé que sa nature est vide se moque de sa future incarnation, comme elle se moque de la disparition de son corps/mental ! Elle est libre, joyeuse."

Un grand merci à Nicole pour la richesse de nos échanges.

Pour ceux qui sont submergés dans l'Océan de la destinée et qui désirent la protection, il n'y a pas de refuge autre part que dans la Connaissance du Soi.
Ramana Maharshi

mardi 20 mai 2008

• Montrez-vous vous même du doigt !

Sources


Montrez-vous vous même du doigt et observez

Ramana Maharshi

mercredi 14 mai 2008

• Un état inchangé de pure conscience originelle

Un état inchangé de pure conscience originelle

Dilgo Khyentsé Rinpoché

Tant que perdure la moindre forme d'identification, il est question de s' effacer, de s'unir, de se fondre. Et tant que demeure l'illusion qu'il existe quelqu'un cheminant vers le Soi, ceci n'est pas dépourvu de sens. Mais il est un instant de grâce où l'illusion d'être distinct de l'Unique se dissipe tel un mirage dans le désert. Il apparaît alors que de toute éternité, au delà de toute dualité, il n'existe que Lui.


Si la méditation dans le Dzogchen consiste simplement à demeurer dans le flux de Rigpa après l'introduction à la nature de l’esprit, comment savoir si nous sommes, ou non, dans Rigpa ?

J'ai posé cette question à Dilgo Khyentsé Rinpoché qui m'a répondu avec sa simplicité coutumière : « Si vous êtes dans un état inaltéré, c'est Rigpa. »
Si nous n'altérons ni ne manipulons l'esprit en aucune façon, mais demeurons simplement dans un état inchangé de pure conscience originelle, c'est cela Rigpa. Mais s'il y a de notre part quelque construction, manipulation ou saisie, ce n'est pas Rigpa.

Rigpa est un état dans lequel aucun doute ne subsiste. Il n'y a plus vraiment d'esprit pour douter : vous voyez directement. Dans cet état, en même temps que Rigpa, jaillissent une certitude et une confiance totales et naturelles : c'est cela qui vous permet de savoir.

Sogyal Rinpoché

mardi 13 mai 2008

• L’apprentissage de l’ouverture et de la présence

Sources

L’apprentissage de l’ouverture et de la présence


Les pratiques dites de « méditation » sont nombreuses dans le bouddhisme, et leurs «finalités» très diverses. Le mot « méditation » rend très mal le contenu de ces pratiques, mais il est consacré par l’usage. Nous décrirons ici une technique de base : dans un endroit calme, on prend une posture assise confortable, il est important de garder le dos droit et de ne pas bouger; on est présent à sa respiration; les yeux sont ouverts, la vision est panoramique sans rien fixer en particulier ; de même, l’écoute est globale : on entend les sons proches, lointains, le silence... ; au niveau du toucher, on sent le contact des vêtements avec le corps, le contact du corps avec son support…Bref, on est présent à l’environnement et incorporé à l’expérience des sens. Par rapport au mental, on voit les contenus mentaux sans les refouler, sans s’y défouler, sans les analyser ; juste en ayant conscience qu’il s’agit de pensées ou d’émotions, on les laisse passer « comme des nuages dans le ciel » L’homme ordinaire est souvent « emporté » par ses pensées: il ne les reconnaît pas comme des simples pensées et il les vit comme le rêveur vit son rêve ; le méditant sera aussi « pris » par ses pensées mais, avec la pratique, il prendra conscience de son état de distraction et il reviendra à son souffle, à la présence au corps. A cette pratique de « méditation assise », on ajoutera ensuite celle de la « méditation dans l’action » : il s’agira de garder le même état d’ouverture et de présence dans les activités quotidiennes : marcher, réfléchir etc.… Il n’y a pas de coupure entre méditation et vie quotidienne.

Cette technique, d’une simplicité radicale, est essentielle car elle permet au pratiquant de déconditionner les mauvaises habitudes de la conscience qui sont à la base de l’illusion du « moi » Le méditant cultive ainsi l’expérience sans la saisie du moi : présence ici et maintenant (sans les projections vers le passé ou le futur) ; ouverture à ce qui est (ouverture à l’autre) sans représentations ni jugements, au-delà de l’attraction/répulsion. Le pratiquant non seulement voit le fonctionnement du mental, il découvre un espace de liberté par rapport aux pensées : alors que d’habitude on les possède (soit par le refoulement où le défoulement, et c’est alors qu’ils nous possèdent) on peut les accueillir de façon neutre et bienveillante, sans lutte ni saisie, sans réactivité ; comme la maison est vide (vide du moi) ces voleurs qui sont les pensées de colère où d’avidité ne peuvent rien emporter. L’eau boueuse se clarifie lorsqu’elle se pose, de même, l’esprit retrouve sa plénitude naturelle par la pratique de la méditation.

vendredi 9 mai 2008

• Tu es foudroyé ! - Bernard

Tu es foudroyé !

Bernard

- Bernard, comment ça s'est finit pour toi ? Comment ça s'est passé ? Est-ce qu'il est possible de décrire cet ultime moment ?

- A aucun moment je n'ai envisagé que c'était pour moi ce dont on parle là, la réalisation. Un jour où je lisais Nisargadatta, que j'avais lu on va dire cinquante fois auparavant, il y a eu un déclic qui a fait que... C'est pas vrai, c'est pour moi ? Moi aussi je pourrais ?! Donc, ce n'est pas qu'une compréhension. Il y a une part de compréhension, puis ça se transforme en un déclic qui va plus loin que tout ça en fin de compte.

- Qui va plus loin que quoi ? De l'idée, du mental ?

- C'est un prise de conscience. Des prises de conscience, tu en fais toute la journée, mais celle-là est plus forte. Comme si j'ai pris un éclair. L'instant de réalisation, c'est pareil : tu es foudroyé. Alors celui qui me dit que ce n'est pas un événement ?! Faut qu'il voit...

Foudroyé, comme si la conscience est en train de réaliser, de comprendre - mais le mental n'est pas là, ça change tout. Il n'interprète pas dans cet instant là. Je décris un instant qui va vite, au ralenti... - la conscience est en train de réaliser comment les choses sont vraiment, sans l'interprétation. Imagine, ça n'arrive pas souvent ! Là, la conscience, comme le dit si bien Nisargadatta, est toujours conscience de quelque chose, et quand elle n'est pas consciente de quelque chose, il n'y a plus de conscience. C'est l'êtreté tout court.
Conscience du monde, avec toi dedans, la vie particulière, et tu vois que tu es là-bas. A l'instant où c'est compris, ta compréhension est dissoute. Il n'y a plus de contenu dans la conscience ; ça se transforme en êtreté, et tu es foudroyé. Qui es foudroyé ? Tu verras bien.
Plaff, ça fait ça ! C'est ça la réalisation. C'est un événement extraordinaire ! C'est un feu d'artifice. C'est le volcan qui pète en fin de compte...


Quand on voit ce qu'on est, on n'a pas envie de changer quelque chose, mais on a envie de témoigner de ce qu'on a vécu et dire que c'est évidemment pour tout le monde, sans l'idée qu'on en a. Quoi de plus simple que ça ? On est là définitivement.

C'est tellement fort que... les mots ne suffisent pas en fait.

Extraits choisis pour Éveil Impersonnel,
tirés du CD La recherche du bonheur,
publié chez Les Deux Océans

• Danser avec la vie - Sébastien Fargue

Sources


Danser avec la vie

Entretien avec Sébastien Fargue

La Présence est pour moi quelque chose qui correspond à Lilith, parce qu’insaisissable, paradoxale, et pourtant bel et bien là ! Je dirais qu’il y a, pour parler de sensation, une "jouissance" ou une joie naturelle dans cet état.
Lorsqu’il y a l’acceptation que je ne peux pas savoir, alors ne pas savoir devient un jeu et un plaisir. Le mystère, le vide, au lieu de faire peur, est ravissant (dans le sens de ravissement). On peut être ravi par cette Présence.

Qu’est-ce qui fait que c’est ravissant ?

Parce que c’est sans fin, parce que c’est libre, parce qu’il n’y a pas de conclusion. Il y a toujours (comme dans le tarot où il y a le mat) ce qui vient faire que n’importe quelle structure, n’importe quelle élaboration tôt ou tard s’effondre, et n’est pas fiable. C’est un état qui a intégré la notion d’effondrement, que la sécurité n’existe pas, et trouve cela « amusant » ! Il y a une forme d’abandon, d’insécurité qui paradoxalement offre ce que j’appellerai la plénitude et la satiété existentielle. Parce que je ne suis sûr de rien, j’ai accès à ce qui est absolument sûr, c’est-à-dire à ce que je ne peux pas me représenter. Je me base alors non plus sur des représentations, mais sur quelque chose que je ne peux pas définir.

Cette présence (que d’autres appellerai Dieu ou Nature de Bouddha) offre néanmoins une sécurité et un bien-être, même si ce qui me procure ce bien-être, ce sur quoi je repose, n’est absolument pas identifiable et est absolument silencieux. On arrête de se reposer sur des représentations et des formes pour obtenir la satisfaction et la satiété existentielle (le bonheur). On prend également conscience que le fait de ne plus chercher une sécurité, quelque chose d'absolument stable ou de vrai en soi, nous "ramène" naturellement à notre conscience Lilith, la Présence. Nous avons alors beaucoup plus d’espace, de liberté pour être tel que nous sommes, et dans cette présence inconditionnée repose la paix de l’âme.

Peut-on approfondir cette notion d’être présent ?

Être présent c’est danser avec la vie. Être présent à ce qui est, sans tentative de manipulation, ou d’élaboration de stratégies complexes pour obtenir un résultat, mais prendre la vie comme elle vient, y répondre de manière spontanée, se laisser répondre. Il y a un dialogue entre un monde et une créature qui est dans ce monde. Une danse, un binôme qui ultimement dans la présence devient Un. C’est le genre de sensation qui apparaît lorsque la notion d’un moi, d’une entité séparée s’effondre.

La Présence, est ce que je suis fondamentalement. Avant d’être un être humain, une pensée, une sensation, des émotions, une énergie, ce que l’on veut, je suis la conscience qui a conscience de cette pensée, de ces émotions, de ce corps, etc. Là se situe la présence «témoin». Je suis présent aux phénomènes qui se manifestent au sein du mental, au sein des énergies, des sensations physiques, entre autres par l’intermédiaire des sens et de l’environnement.
Dans la Présence, les catégorisations que nous utilisons par le biais du mental tendent à disparaître. Nous entrons en relation avec le monde, avec de moins en moins de filtres de la pensée, et parfois sans pensées, ce qui nous permet d’être dans un contact direct avec les choses, et nous pouvons alors redécouvrir des sensations formidables comme l’émerveillement que l’on a quand on est enfant de voir un escargot, un arc en ciel, ou une crêpe au chocolat !
C’est magique, c’est un émerveillement, c’est beau. Il n’y a pas de jugement, c’est gratuit, c’est simple, c’est entier. On retrouve le ravissement dans cette présence directe à ce qui est.

L’idée qu’il y a le monde et moi disparaît petit à petit. La pensée que j’ai, les émotions que j’ai, le corps que j’ai se réunifie avec l’environnement. Le monde et la créature deviennent le monde tout court. Il n’y a pas moi dans le monde. Il y a le monde. Le corps-esprit est partie prenante du monde, il est dans une interaction totale avec tout ce qui l’entoure et ne peut pas survivre autrement. Le corps-esprit devient l’univers. Cette forme que j’ai (corps et esprit) est aussi une manifestation de l’univers.

On retrouve l’idée de communion, d’unification, qui est un état naturel. Tous les animaux sont dans cet état, la plupart des enfants, et les êtres humains à certains moments. C’est le stade éveillé.

Il y a justement dans cette disparition progressive de la notion d’un moi séparé, la prise de conscience que je suis la présence, "en amont" du corps-esprit. Je crois qu’on se rend compte dans cette évolution que nous sommes la présence. C’est un mode d’être au monde qui permet d’entrer dans une manière d’être non-duelle.

Quand on pratique la « Présence », ce que j’ai observé chez moi et d’autres personnes, c’est qu’on est de plus en plus assimilé à la Présence. Je pratique la Présence, puis je me rends compte que je suis la Présence, impersonnelle, universelle, non représentable.

On est alors dans Lilith, dans cette liberté absolue, inaliénable, libre, qui n’a pas de forme, qui est témoin des formes, et qui se vit néanmoins dans les formes. On arrive ainsi dans le paradoxe avec forme / sans forme ensemble. C’est là que se trouve se ressenti de « danse » qui produit fluidité et bien-être. C’est être comme un poisson dans l’eau, avoir retrouvé son état primordial, la satiété existentielle. Être suffit.

Ce qui nous éloigne de cet état est-il la pensée ?

C’est le pouvoir de fascination de la pensée. Tant que je suis identifié à la pensée, tant qu’elle garde la première place, tant que je crois plus à mes pensées qu'au silence paisible de la présence, je suis fasciné par les pensées qui émergent, et dans cet état d’attachement, d'identification aux pensée il n’y a pas d’espace. Il y a une tentative de contrôle, de s’accrocher à quelque chose pour survivre, se rassurer, alors que si j’écoute la présence, la réalité pragmatique et honnête c’est que : « je ne sais pas ». Je ne sais pas le pourquoi de la vie et je ne sais ce que c'est, ni réellement ce qui se passe. Elle « est » simplement, gratuitement. Tant que je cherche à enfermer la vie dans une catégorie et une représentation je me dupe, et je sors de la réalité pour rentrer dans l’illusion. Être dans l’illusion génère la souffrance et l’attachement.

Comment va-t-on pouvoir articuler cette façon d’Être, cette expérience, avec notre mentalité moderne fondée sur des idées et des représentations ? Comment vivre ainsi avec notre univers chargé d’objets, construit sur une mentalité matérialiste qui entraîne le goût de la possession ?

Il y a différentes manières d’appréhender la société, avec ses leurres et ses exigences. Du point de vue de la présence, le monde tel qu’il est n’est absolument pas un problème. Il est comme il est. Même si la plupart des gens sont fascinés par les formes, la volonté de puissance, hypnotisés par les médias, vivants dans la peur de la mort, l’attachement affectif, cela n’a pas vraiment d’importance parce que ce que « je suis », la présence que je suis, n’en est pas affectée. Elle est inaliénable, fondamentalement libre et invulnérable. Si je suis suffisamment enraciné dans la Présence, je ne "retombe" pas dans la fascination des formes : le monde est bon ou mauvais, doit être sauvé, etc.

Dès que je suis dans une tentative volontaire et passionnée de réforme du monde, d’implication dans le monde, je suis pris dans le monde. Le monde a le pouvoir de me tuer, de me faire grand ou petit. Tant que je suis dans la croyance que le monde a pouvoir sur moi, je vais y cotiser, et dire que ce n’est pas bien, ou que c’est bien, ou que ça pourrait être autrement. Si je tombe dans l’un des deux « pièges » qui est la fascination positive ou négative par rapport au monde, le monde continue à être un problème ou un support.

Du point de vue de la Présence, grandir dans ce monde, l’utiliser comme un allié ou un ennemi, est encore du domaine des représentations mentales, donc de l’illusion. Lilith ne cherche pas à grandir ou à combattre quoi que ce soit. Être lui suffit. Elle ne rentre pas dans le drame de l’évolution du monde ou de sa propre évolution personnelle.

Lilith est une vraie sauvageonne. Elle invite à se poser dans la Présence. Toutes les propositions qu’on nous fait pour nous améliorer, ou pour faire grandir le monde, sont des choses qui vont non pas nous libérer, et nous permettre de rencontrer Lilith, mais contribuer à ne pas accepter les choses telles qu’elles sont. Cela amène au jugement, aussi bien fondé qu’il soit.

Tant que je « sais », je me trompe ! L’homme court toujours parce que les choses ne sont jamais parfaites. La question est d’accepter la vie telle qu’elle est. Lilith est dans la danse de la vie. Pour Lilith, toutes les saisons sont belles. Elle est non-duelle, intègre tout. Elle ne crée pas de système. Elle intègre Tout dans l’instant présent.

Propos recueillis par Didier Fleury

Va balayer les latrines... - Jean-Yves Leloup

Va balayer les latrines et regarde si les anges y sont toujours

Jean-Yves Leloup

Quand vous êtes dans le désert, vous jeûnez, vous priez, vous veillez. Très vite vous développez des sensations extrasensorielles : "Les anges vous parlent", dit-on communément.

Un jour je me sentais vraiment exalté, je me sentais vraiment porté par la Grâce. Naturellement ma première réaction fut d'aller le dire à l'Ancien : "Père, les anges me parlent, je décrypte les textes évangéliques, je me sens en communion avec l'univers dans un amour infini et puissant...".

Le Père me dit, sans lever les yeux : "Va balayer les latrines et regarde si les anges y sont toujours."

Jean-Yves Leloup

mardi 6 mai 2008

• Chaque instant est l'Instant de l'Eveil - Satto

Sources

Chaque instant est l'Instant de l'Eveil

Satto

L'éveil, c'est un peu comme être au cinéma, quand les lumières s'éteignent, vous êtes là; complètement dans l'instant, attentif, éveillé, conscient, sauf que vous réalisez qu'il n'y a pas de salle, pas de film, pas d'écran, pas de projectionniste, pas d'ouvreuse, pas d'esquimau.

Il n'y a rien! Rien que vous.

Pas vous en tant que personne, pas vous en tant que corps;

'Vous' en tant que Pure Présence, en tant que Pure Conscience purement consciente d'elle même, et 'vous', cette conscience, réalisez que rien d'autre que cette conscience n'existe, que tout ce qui apparaît n'est autre que cette même conscience.

Jamais rien d'autre n'a été, jamais rien d'autre ne sera.

L'illusion du moi, du 'drame' de la personne séparée et de son monde de représentation est démasquée.

Vous Etes, sans histoire.

L'éveil c'est la réalisation de la Totalité.

L'Eveil, l'Illumination, c'est la Grâce de l'Instant.

On ne peut pas dire que ce n'est rien, au contraire.

On ne peut pas dire non plus que ce soit quelque chose.

C'est l'Insaisissable que nous Sommes, que Tout Est.

Ce qui Est. L'Instant Vivant. Absolument.

En cet Instant Présent, Absolu de mémoire,

Quelle autre lumière que cette Lumière là?

Quel autre éveil que cet Eveil là?

Quelle autre Conscience?

En cet Instant, Absolu en lui-même,

En cet Instant sans temps, Maintenant,

Qui n'est pas illuminé, qui n'est pas éveillé?

Tout se tient et se révèle dans l'Instant.

L'Eveil ne change pas.

L'Eveil se réalise au travers de ce qui semble un processus physique

en constant changement, développement, transformation et mutation.

Ce qui change n'est pas l'Eveil, c'est sa manifestation, c'est son débordement.

C'est le "Corps du Vivant". Sans limite.

Pure Jubilation, pur 'en-soi'.

L'Eveil est le même.

ni infini ni fini

En-Soi.

L'Eveil a toujours lieu.

Maintenant. C'est le seul lieu.

Chaque instant est l'Instant de l'Eveil

L'instant où l'Un se tend, s'éveille

S'embrase et s'embrasse lui-même

C'est l'Instant insaisissable

C'est ce que nous sommes à nous-même

Autre que cela n'est pas.

Le reste n'est qu'invention et chimère

Notre jeu et notre joie.

L'Eveil n'est pas un état.

C'est notre inaliénable et inchangeable Nature.

Cela ne saurait donc se modifier ou se compléter avec le temps.

Cela ne change pas.

Seules les apparences se transforment comme des nuages dans le ciel.

Toutes les apparences... Infiniment.

Infiniment dans le ciel de la Conscience Immuable.

C'est son Jeu et sa Joie.

L'Eveil est Le Paradoxe... C'est l'Ouverture même...

Pas de clé, pas de serrure... Pas de protège gond...

Pas de porte... C'est le Seuil Infini...

Il parle de lui-même... Sans dire un mot...

Pas même le Silence...

Ecoute !...

Reconnais-toi toi-même !

L'éveil est un 'en-chantement'...

C'est le Soi en soi qui se reconnaît

Se rie en son miroir

S'embrasse et

S'En chante!

L'éveil est un Embrasement!


Extraits choisis pour Éveil Impersonnel

mardi 29 avril 2008

• Le miroir des apparences

Le miroir des apparences



Un jour, un vieux paysan tibétain se rend à la ville pour vendre sa récolte. Content car il a fait de bonnes affaires, il se promène dans le marché, posant ses yeux de ci, de là.

Quel est donc cet étrange objet brillant qu’il n’a jamais vu… C’est un miroir, mais il ne le sait pas ! Il le place face à lui et voit ? son père ! Emu de n’être plus seul, il achète l’objet brillant et rentre chez lui.

Dans un coffre de sa chambre il dépose le miroir afin de voir le visage de son père quand la mélancolie l’empoigne.

Bien entendu, sa femme le surprend à ouvrir et à fermer le coffre les yeux brillants, et fort intriguée, un jour qu’il est aux champs, elle se rend dans la chambre, ouvre le coffre, se penche et voit ? … une femme dont la jeunesse est passée, les yeux grands ouverts de stupéfaction, la bouche ouverte sur un cri !

Verte de jalousie, elle accable son mari qui, le malheureux, invoque son père quand elle le somme de lui donner des explications quant à cette inconnue !

Une nonne passe par là, les entend se disputer et souhaitant les aider se penche à son tour sur le coffre avant de le refermer et de dire avec sérénité : « Il n’y a pas là de quoi vous quereller… c’est une nonne ! »

lundi 28 avril 2008

• Un rude éveil !

Un rude éveil !

Neten Chöling Rinpoche III


Un éveil soudain est une illumination dont il est parlé dans les enseignements tantriques de la voie rapide, le Vajrayâna, ainsi que dans le bouddhsisme Zen. Un authentique maître illuminé peut "allumer" la nature essentielle d'un disciple mûr, comme un tailleur de diamant expert peut taper avec un ciseau au défaut précis d'un gemme aux facettes multiples, faisant en sorte que tout soit soudain, de façon presque inexplicable, révélé. Souvent, les maîtres agissent de façon étonnante, pour ébranler les disciples, au-delà de leurs pensées quotidiennes, et les éveiller à la réalité intérieure la plus profonde.
Les trouveurs de trésor (tertons) sont des mystiques dont les visions spirituelles sont des révélations des enseignements tantriques, qui ont été cachés voilà plusieurs siècles.


Reconnu comme l'incarnation du trouvent de trésor Chögyur Lingpa, Neten Chöling Rinpoche s'échappa du Tibet en 1959. Il passa ses dernières dans l'Himachal Pradesh (Inde du Nord), où il mourut, après avoir fondé le Monastère de Chöling, à Bir.

Dans sa jeunesse, Neten Chöling fut un étudiant précoce, comme beaucoup de jeunes lamas incarnés (tulkus). Il devint excessivement fier de son savoir et de son intelligence. A cette époque, il étudiait et pratiquait sous la direction de l'un des plus grands lamas du Tibet oriental, Jamyang Khyentse Rinpoche, appelé aussi Chökyi Lodro.

Plein d'un orgueil juvénile, Neten Chöling décida d'aller Lhassa, à de nombreux jours de cheval, pour avoir des controverses avec les geshé (docteurs) et les dialecticiens Gelugpa. Il leur en remontrerait à coup sûr !

Il fit les préparatifs pour ce long voyage. Son maître, Jamyang Khyentse, quand son disciple lui demanda, de façon formelle, sa permission et sa bénédiction pour son départ, lui dit : "Il est bien de partir, mais attends un peu."

Quelques jours plus tard, Jamyang Khyense octroya une importante transmission de pouvoir dans le cadre du Vajrayana. Il se trouva que ce jour-là, Chöling Tulku souffrait de très douloureuses crampes à l'estomac. Quand le distingué Khyentse Rinpoche, au chef blanchi, marcha, avec sa dignité coutumière, le long de la rangée de lamas et d'incarnés importants, il plaça le vase sacré d'initiation en or directement sur la tête de Chöling, en signe de bénédiction... Puis, à l'étonnement général, il envoya un coup de pied dans le ventre du jeune tulku.
Chöling avait tant de gaz dans son estomac terriblement bouleversé, qu'il émit une flatulence forte et magnifique - chose qu'il ne convient guère de faire dans un temple, bien moins encore en compagnie spirituelle. Il est difficile d'imaginer la honte et l'embarras qu'il dut éprouver.

Khyentse Rinpoche braqua son index sur le visage rougi du jeune tulku, et cria : "C'est ça !"

Parce que son mental fut, pour un instant, totalement dépouillé des fabrications conceptuelles, Neten Chöling s'éveilla d'une existence illusionnée, semblable à un rêve, dualiste, et reconnut la nature fondamentale.

Chöling Rinpoche lui-même raconta cette histoire, ajoutant que depuis lors, il n'avait jamais perdu cette profonde réalisation. Il ne fit pas non plus le voyage pour Lhassa, afin de participer à des joutes oratoires publiques ; il n'avait plus besoin de prouver quoi que ce fût à personne.

Extraits de Contes Tibétains - Surya Das - Le Courrier du Livre

vendredi 25 avril 2008

• Ce n'est pas une expérience car il n'y a pas d'expérimentateur

sources

Ce n'est pas une expérience car il n'y a pas d'expérimentateur


Que doit-on penser de ces personnes qui ont eu une expérience d'éveil puis l'on perdu ? Est-il possible de "perdre" l'éveil ?

La seule chose que je puisse répondre est la suivante : tout éveil doit se convertir en réalisation de Soi.

Et la réalisation de Soi équivaut au Silence. Ce n'est pas une expérience car il n'y a pas d'expérimentateur. Ce qui seul prévaut alors est la Paix.

En ce 'lieu' que j'appellerais Liberté, il n'y a personne. Même le guru a disparu. Ce qui reste est le Soi non-manifesté, seul véritable guru, et il n'est pas différent de vous-même.

Normalement, une personne qui perçoit sa véritable nature doit se laisser absorber par elle et n'en plus ressortir. Ce qui se passe en pratique, c'est que les prédispositions (que les indiens appellent 'vasanas') sont très puissantes et ressurgissent. Dans ce cas un travail complémentaire doit être accompli jusqu'à ce que l'expérience se stabilise. Ramana Maharshi lui-même a souvent fait observer que jñaña peut mettre du temps avant de se stabiliser.

La raison la plus apparente aux mésaventures que vous mentionnez provient du fait qu'éveil veut tout simplement dire découverte que la vie de l'état de veille est un rêve, qui inclut en fait le 'je'. Lorsque ce même 'je' se croit à l'extérieur du rêve (alors qu'il en fait partie) il travestit en quelque sorte l'expérience pour la récupérer à son profit. Il se pose alors comme l'observateur de cet éveil, usurpant en quelque sorte le rôle du Témoin, qui lui, ne fait pas partie du rêve et dont la simple présence ne constitue pas à proprement parler une observation.

Ainsi, ce qui arrive dans les cas que vous citez, c'est que l'ego tente de s'emparer de cette expérience et de dire, 'je' suis éveillé, 'je' suis réalisé, ce qui est un non-sens total. C'est en fait l'erreur de croire que 'je' connais l'éveil qui empêche la stabilisation de cet expérience que l'ego va ensuite se mettre à rechercher, sans se rendre compte que c'est la fausse appréhension qu'il vient de générer qui a occasionné cette 'perte' apparente.

Ce qui est connu n'est donc pas l'éveil mais un aperçu de l'état naturel véritable, car l'éveil anéantit justement l'illusion d'un 'je' faisant l'expérience de quoi que ce soit. Il ne peut donc être question de 'perdre' l'éveil car éveil veut dire justement que 'je' ne suis pas là autrement que comme pure illusion.

Seule une puissante investigation au sujet de 'Qui' connaît ou ne connaît pas l'éveil permettra au 'je' en question de réaliser qu'il n'est pas différent de Cela et qu'il n'y a donc pas d'éveil à rechercher. Au moment même où il le réalise, le sens de la séparation disparaît. Et lorsqu'il disparaît, meurent avec lui les concepts qu'il générait, y compris ceux d'éveil ou de réalisation.

L'illusion très tenace est de croire qu'il y a quelque chose à voir ou à expérimenter ! Or tout ce que vous pouvez voir et expérimenter est tout sauf l'éveil ! L'éveil est au contraire une non-expérience à la lumière de laquelle l'ego apparaît comme foncièrement non existant. Lorsque ceci est compris l'éveil se mue en réalisation de soi.

Ainsi, lorsque le but est atteint, il n'y a personne pour le revendiquer. Le véritable 'Je' demeure silencieux.

Seule demeure la Paix.

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« Béni soit celui qui s'affermit dans cette paix ; un tel homme a réalisé sa propre nature » "Ashtavakra Gitâ", Milano, Arché, 1980, p. 44

L'auteur de ce texte souhaite rester anonyme

jeudi 24 avril 2008

• L'éveil, c'est voir qu'il n'y a personne - Richard Sylvester

L'éveil, c'est voir qu'il n'y a personne

Richard Sylvester

La libération est ce qui reste quand le soi a disparu.
Mais le soi est simplement la libération qui appararaît en tant que soi.

La libération est ce qui est, pendant que vous recherchez la libération.
En vous, vous savez déjà tout cela.

Cela commence les samedis après-midi, à Hampstead, lors des discussions sur la non-dualité avec Tony Parsons. Je ne comprenais pas tout ce qui y était dit, mais quelque chose continuait de m'y attirer. Et puis j'aimais les histoires drôles, la conversation et le fait d'aller boire tous ensemble après la réunion, j'y retournais donc encore et encore.

Puis, à une gare centrale de Londres, par une chaude soirée d'été, la personne, le sens de soi, soudainement disparut complètement. Tout était identique - les gens, les trains, les quais, et les autres objets - pourtant tout était vu pour la première fois sans l'intermédiaire d'une personne, sans interprétation. Il n'y avait pas eu d'éclairs lumineux, pas de feux d'artifice, rien des effets tournoyants du LSD ou des champignons hallucinogènes. Mais ce qui était le véritable « oh! », c'était voir la tout ordinaire gare des chemins de fer, pour la première fois, sans le sens de soi. C'était l'ordinaire, vu comme extraordinaire, se manifestant dans l'Un, et personne pour l'expérimenter.

A cet instant il était vu qu'il n'y a personne. Le sentiment qu'il existait une personne avait jusqu'alors été une constante et donnait tout son sens à cette vie. Pendant tant d'années, cela n'avait jamais été mis en question. Il était tellement évident que c'était « moi », mon centre, mon lieu, que ce n'était même pas perçu. C'était maintenant vu comme quelque chose de complètement superflu. Soudainement il était clair que je n'avais jamais eu de vie, car il n'y avait jamais eu de « je ». En une seconde d'éternité, il était clair que sans un « je », chaque chose était vue, pour la première fois, exactement comme elle est. Je ne vis pas, je suis vécu. Je n'agis pas, mais les actions se passent à travers moi, la marionnette divine.

Toutes les inquiétudes de cette petite et non moins importante vie apparente disparaissaient en un instant.

En une seconde le soi revint et dit : « Diable, mais qu'était-ce donc que cela ? » Mais la fraction de seconde sans personne apporta des changements radicaux au paysage interne. Car cette vision peut faire exploser votre mental.

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Dans l'histoire, une année après l'éveil, je me trouvais dans une boutique d'une petite ville ordinaire. Soudainement mais avec une grande douceur, l'ordinaire fut déplacé par l'extraordinaire. La personne, de nouveau, disparut complètement et il fut clairement vu que la conscience est partout et qu'elle est tout. Le sens d'un soi localisé se révéla n'être qu'une apparence. Il n'y a pas de localisation, ni ici, ni là. Il n'y a que l'Un apparaissant comme tout et c'est ce que «je» suis vraiment. «Je» suis la boutique, les gens, le comptoir, les murs, et l'espace dans lequel tout se présente. Lorsque le soi disparaît et que la conscience est vue en toute chose, alors tout est vu pour ce qu'il est, un magnifique hologramme sous-tendu par l'amour.

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Ce serait pour nos lecteurs, si vous pouviez expliquer ce qui s'est passé à Charing Cross Station. Qie s'est-il passé ?

Ce qui est arrivé à cet endroit, est en fait très simple, mais très difficile à décrire. C'est impossible à comprendre, à moins de l'avoir vécu. Ce qui est arrivé, ce fut la disparition totale et instantanée de la personne. Je dis «ce qui est arrivé », mais ce n'était pas vraiment quelque chose qui «arrivait». C'est si difficile d'en parler, car dans l'apparence, les choses se passent dans le temps. Lorsque la personne disparaît, ce n'est pas un évènement qui se produit dans le temps. Il est vu que cela se passe en dehors du temps et que tout est hors du temps.

Dans l'histoire, la personne qui a disparu revint très rapidement. C'est en tout cas ce qui est arrivé, ici, et ma compréhension en parlant avec d'autres ou en lisant des témoignages, est que c'est ce qui se passe le plus souvent. Il peut donc y avoir une disparition totale de la personne et puis, une seconde plus tard la personne revient, certainement en état de choc, se disant « Mais diable qu'était-ce donc que cela ?» Pourtant, même si la personne est revenue, quelque chose d'irrévocable s'est passé, un changement s'est produit dans l'individu apparent. Cela peut être différent pour chacun, tout ce que je peux faire, c'est donc dire ce qui se passa pour cet individu-ci. Je peux vous raconter les changements que cette personne a expérimentés par la suite, si vous le souhaitez, car il n'y a pas grand chose d'autre à dire sur l'évènement en lui-même. J'ai essayé d'écrire sur le sujet, mais c'est très difficile. Tout ce que je peux dire c'est que c'est inimaginable, je pourrais vous inviter à l'imaginer, mais c'est impossible.

Je vous invite, toutefois, à imaginer que vous êtes là, tel que vous êtes, et soudainement pour une fraction de seconde, tout reste identique, exactement comme c'est maintenant, simplement vous n'êtes plus dedans. Pourtant vous avez la complète conscience de tout. Parfois on appelle cela la conscience du vide ou la conscience du néant, car le soi est vu comme complètement vide. Dans un sens cela semble être une parfaite description, mais le problème avec cette description c'est qu'elle ne peut être imaginée. Il y a eu, là, une personne pour trente, quarante ou cinquante ans, et cela ne correspond à aucune expérience que cette personne ait pu rencontrer dans cette vie apparente. Lorsque le mental entend une description de cette disparition, il essaye de relier ce qu'il entend, avec une expérience que la personne a connue. Le mental veut essayer de lui trouver un sens, en le reliant avec une expérience personnelle, mais ce n'est pas une expérience personnelle, puisqu'il n'y avait personne. Il n'y a aucune possibilité de comprendre cet évènement, en cherchant un rapport avec quoi que ce soit qui ait pu arriver auparavant.

Extraits choisis de : J'espère que vous allez mourir bientôt, de Richard Sylvester.
Publié avec l'autorisation des Éditions Charles Antoni - l'Originel

mercredi 23 avril 2008

• Le paradoxe de l'éveil - Sébastien Fargue

Le paradoxe de l'éveil

Sébastien Fargue

Sébastien Fargue met son expérience et ses compétences d’enseignant et de thérapeute, au service des personnes en quête de mieux-être et de réalisation.
Il a été formé à différentes techniques thérapeutiques, en communication et en pédagogie. Il a également suivit l’enseignement de Peter Fenner.
Il s'insère dans le courant contemporain d'une spiritualité libre et laïque, inspiré par Krishnamurti, Eckhart Tolle, et bien d'autres encore…
Pratiquant et étudiant l’approche de la Non-dualité depuis plus de 10 ans, il incarne et prodigue simplement les fruits de son propre chemin.

L'éveil est paradoxal en lui-même. On le cherche alors qu'il est déjà là. Ceci étant, dans la plupart des cas, il a été besoin de le chercher pour le « trouver » ou plutôt le retrouver, le re-connaître, se re-connaître. Nous ne pouvons pas l'avoir ou l'obtenir de quelque manière que ce soit, puisque nous le sommes. En fait, nous l'avons toujours été, le sommes et le serons toujours. On ne peut pas se procurer quelque chose que l'on est déjà.

Ainsi, il s'agit plutôt d'une question d'identité. En fait, je ne suis pas ce que je pense être. Je peux penser être Pierre, Paul ou Jacques, alors qu'en réalité je suis la Conscience, la Vie ou Dieu comme vous préférez. Je ne peux pas ne pas être la Vie Elle-même. Je suis la Vie qui Est. Je suis la Vie sous une certaine forme pour pouvoir parler et agir d'une certaine manière. C'est comme l'histoire de la vague et de l'océan. Il n'y a pas deux choses mais une seule « chose », qui est à la fois et en même temps la vague et l'océan, le mouvement et le repos, le manifesté et le non-manifesté. Ceci est donc le paradoxe, nous sommes à la fois quelque chose et son contraire. Quelqu'un et personne. L'un et l'autre.

Aussi, le chercheur en quête d'éveil, s'éveillera, lorsque cette compréhension intuitive adviendra. Il cherche Cela (et en réalité, Cela se cherche), et il se retrouve être Cela qui Se trouve lui-même. Un paradoxe, le chercheur se retrouve être Ce qui était cherché. Le chercheur reprend conscience de Ce qu'il Est, c'est-à-dire Cela. La vague comprend qu'elle est l'océan, ils se retrouvent être une seule et même « chose ». C'est ce qu'on appelle la non-dualité.

==> Prochainement, parution du livre "La Présence".

Sources : Présence


mardi 22 avril 2008

• L'Eveil au-delà de toute identification - Andreas Mamet

«Samâdhi» - l'Eveil au-delà de toute identification

Andreas Mamet

Andreas Mamet a commencé son parcours méditatif il y a plus de 30 ans. Dans les années 70, il a vécu en Inde pendant 5 ans pour approfondir sa pratique. Au début des années 80, il a enseigné la méditation au Japon et en Allemagne. Il vit actuellement au Mont Shasta, en Californie, et consacre son temps à enseigner à Paris et à Tokyo.

De nos jours, beaucoup de choses sont écrites sur l’Eveil (en Sanskrit : Samâdhi) et souvent, je m’aperçois qu’on le décrit comme une expérience qui apporte une amélioration pour le chercheur spirituel une fois qu’il a atteint l’état de Samâdhi. Le chercheur devient spécial. Une version améliorée. Un modèle turbo.
Rien ne saurait être plus éloigné de la vérité. L’expérience de Samâdhi est inséparablement liée à l’annihilation du chercheur. La survenue de la Samâdhi équivaut à la cessation du chercheur. La Samâdhi est la suspension de la structure du soi mental.

Le mental existe en tant qu’entité qui a pour fonction sempiternelle de s’approprier, de s’identifier. Il le fait implacablement, sans cesse. Lorsque le mental dit : « J’ai faim », il s’identifie à une sensation dans l’estomac. Lorsqu’il dit : « Je suis en colère », il s’identifie à une émotion. Et la liste s’allonge sans cesse. A chaque fois que le mental exprime une notion d’identité, il perpétue un mensonge existentiel.

Chacun d’entre nous dans ce monde a déjà fait face à la notion de « Je suis riche et célèbre » et aux modalités subséquentes en terme d’arrogance et d’égocentrisme. Il est intéressant de noter que les mêmes dynamiques du mental sont directement transférées dans la dimension spirituelle. Le mental perpétue ses modalités usuelles sans même sourciller. Il suit son cours.
Désormais, son identité a pris une nouvelle forme : « Je suis doué en méditation ».

Dès lors, on devient quelqu’un qui peut affirmer : « Je canalise Dieu, Mère Marie ou Saint Germain ». Notre nouvelle identité devient : « Je suis proche de Dieu » (et vous feriez mieux d’écouter ce que je vous dis). Lorsque de telles notions sont perpétuées, on continue bel et bien de nourrir son arrogance et son égocentrisme, mais sous un nouveau déguisement.

La toute première ligne des Yoga Sutras de Patanjali dit : « Yoga Chittam Vritti Nirodha ». Le yoga est atteint lorsque tout mouvement du mental a cessé. En d’autres termes, il est atteint lorsque la capacité du mental à s’approprier des identités cesse totalement.

La Samâdhi est l’expérience de l’ouverture de l’espace intérieur. Dans cette ouverture de l’espace intérieur, le soi mental disparaît purement et simplement. Lors de cette disparition, tout processus d’identification s’évapore.

La Samâdhi est la présence d’un silence si vaste que le soi mental ne survit pas à l’émergence de cette présence. Dans la réalité de cette présence, le mental doit être absent. Par voie de conséquence, Samâdhi et soi mental n’existent pas simultanément. Ils ne le peuvent pas. Si le soi mental est,
la Samâdhi n’est pas. Si la Samâdhi est, le soi mental n’est pas.

En Inde, il existe une technique spirituelle qui a pour objectif d’aider le méditant à naviguer vers le but final, l’ultime « ici et maintenant », la Samâdhi. On appelle cette technique « neti, neti ». Cela signifie « ni ceci, ni cela ». A chaque fois que le méditant détecte une identité qui émerge en lui, on lui conseille de penser « Je ne suis pas ceci ». L’identité suivante survient et à nouveau, le méditant pense : « Je ne suis pas cela ».

Cette technique fait partie de la pratique du Gyan Yoga, le yoga de l’intellect, puisqu’il a recours à l’intellect pour en fait aller au-delà de l’intellect. Elle guide le méditant vers l’expérience de liberté de toute identification : la Samâdhi.

Lors de la Samâdhi, le chercheur disparaît. Ce qui reste est le flot de l’expérience. Toute séparation entre le sujet et l’objet s’est évanouie. Tous les noms ont disparu et il ne reste que les verbes. Seul demeure le processus d’expérience de l’intensité électrifiante de l’instant même.

L’évènement de la Samâdhi est très choquant. Aucune dose d’imagination, aussi créative soit-elle, ne pourra préparer l’individu à cette expérience.

J’ai vécu la Samâdhi pour la première fois à l’âge de 21 ans, après 3 années d’intense entraînement yoguique. Je me suis assis en méditation et me suis concentré sur un point situé à 5 centimètres au-dessus de ma tête, en visualisant une flamme. Puis j’ai visualisé que j’entrais au coeur de cette flamme. Soudain, depuis le coeur de cette flamme, un espace a commencé à s’ouvrir rapidement et une incroyable immensité s’est déployée, dans laquelle mon être et toute activité mentale ont complètement disparu.

Le choc m’envahit jusqu’à la moelle. La Samâdhi est comme une mort, car la vie et notre perception des choses telles que nous les connaissions, disparaissent. Selon la puissance et la profondeur de l’expérience de Samâdhi, il peut falloir des mois, voire même des années, avant d’intégrer l’évènement. La Samâdhi crée également un contraste dans le sens où, pour la première fois, il y a éveil et dans cet éveil émerge la reconnaissance que la vie avant cette immense ouverture était une vie de profond sommeil. Les écritures yoguiques différencient Sarbij et Nirbij Samâdhi. Le premier terme signifie « avec graine », le second « sans graine ». En réalité, cela signifie que la structure ego-mental revient après l’évènement de Sarbij Samâdhi. Non seulement elle revient, mais en outre, dans la plupart des cas, la structure ego-mental s’approprie l’évènement et le revendique, à moins que l’individu n’ait une conscience capable d’être témoin des dynamiques en
mouvement, et qu’elle ne l’en empêche. Existentiellement, la situation est tout à fait comique : le mental revendique le non-mental. Les mots revendiquent le silence. A la seconde même où le mental revendique l’expérience de non-mental, un processus de corruption se met en place.

Alors que la structure ego-mental revient après Sarbij Samâdhi, ce n’est pas le cas après Nirbij Samâdhi. En conséquence, Nirbij Samâdhi correspond à l’expérience de l’Eveil, Sarbij Samâdhi non ; c’est un aperçu de l’Eveil.

Certaines personnes ont vécu des expériences de Sarbij Samâdhi et les prennent pour l’Eveil. Alors, immédiatement, elles s’en vont donner des satsangs à autrui, proclamant qu’elles ont atteint un état élevé. Mais il ne s’agit pas de l’Eveil. Des centaines, voire des milliers d’expériences de
Sarbij Samâdhi peuvent survenir avant que ne se produise l’évènement de Samâdhi de non-retour.

Je souhaite souligner que l’expérience de Samâdhi ne crée pas l’infaillibilité. Même les rares êtres qui sont pleinement ancrés en Samâdhi conservent la capacité humaine de commettre des erreurs à différents niveaux. L’apprentissage continue. L’univers évolue sans cesse, nous aussi.

Comment atteindre la Samâdhi ?

Il existe de nombreux types de techniques méditatives : leur efficacité dépendra simplement de la compatibilité entre vous-même et cette technique.

On peut placer son attention sur le Hara, le chakra du coeur, le troisième oeil et le sommet de la tête. Il y a la méditation Kriya. Les expériences de Samâdhi qui se produisent lorsqu’on se concentre sur chacune de ces portes varient notablement. Les expériences de Samâdhi qui se produisent à partir du Hara ont une qualité terreuse et ancrée très prononcée. A partir du coeur, la Samâdhi se présente dans une douceur et une extase inexprimables. A partir du troisième oeil, l’expérience de Samâdhi est fraîche et lumineuse. A partir du chakra du sommet de la tête, elle peut être immensément choquante.

Il peut être intéressant de noter que des expériences de Samâdhi se produisent dans des sports à forte intensité, dans l’acte sexuel et dans les arts, tels la danse, la musique, la peinture, etc. Toutefois, étant donné que dans ces contextes, l’individu est totalement privé d’entraînement direct, il se peut qu’il connaisse une grande confusion en réponse à l’évènement. Si la Samâdhi se déroule dans le contexte d’une authentique école des mystères, au moins, il aura eu un entraînement conscient pour l’y préparer.

Un être humain faisant l’expérience de la Samâdhi sera transformé à jamais. Cette expérience représente une liberté océanique allant au-delà de tout ce qui pourrait être décrit et c’est la raison pour laquelle cet évènement hantera l’individu et ne pourra que le propulser dans la recherche de situations et de conditions dans lesquelles la Samâdhi pourra se reproduire.

Encore et toujours. Jusqu’à ce qu’un jour, le chercheur disparaisse à jamais et ne revienne plus.

Andreas Mamet

Source du texte : Méditation France

• S'éveiler à la réalisation du Soi - Roy Eugene Davis

S'éveiller à la réalisation du Soi

Roy Eugene Davis

Ce que vous pouvez faire maintenant pour vous éveiller rapidement à la réalisation
complète du Soi et de Dieu dans l'incarnation actuelle

Par Roy Eugene Davis
(tiré de “Truth Journal” – avril/juin 2007)

Le Soi (l'identité permanente de chacun de vous) devant être réalisé est votre essence pure et consciente de l'être. Ce à quoi nous nous référons communément comme à Dieu est l'unique réalité omniprésente, dont nous sommes des unités individualisées. Puisque vous êtes des unités d'une Réalité unique, au plus profond de votre être vous en avez toute la connaissance, ainsi que ses processus. En vous éveillant rapidement ou progressivement à la vérité de ce que vous êtes, toutes vos capacités et qualités de perception et d'expression seront dévoilées et révélées de façon spontanée, avec la connaissance de l'unique Réalité.

Le réveil sera lent ou rapide sur la base de votre effort concentré d'être réalisÃ