lundi 9 janvier 2017

• Q'est-ce que l'éveil ?


Qu'est-ce que l'éveil ?

Suyin Lamour : L’éveil c’est la conscience qui prend conscience d’elle-même, qui se reconnaît dans sa nature véritable, c'est à dire impersonnelle et non-duelle. C'est un changement de perspective : la conscience cesse de se prendre pour un individu distinct du reste et réalise que dans son essence elle est non localisée, sans centre, universelle, infinie et éternelle (c'est à dire sans début ni fin, autant dans l'espace que dans le temps). Il est alors vu que l’identification à un moi séparé, limité, mortel et auteur de sa vie était une illusion, que ce moi n’a pas d’existence réelle et n’en a jamais eu.

José le Roy : L’éveil à sa vraie nature est la réalisation que l’individu auquel nous nous étions jusqu’alors identifié, n’est pas notre véritable identité. L’individualité, que je pensais être et que j’imaginais au centre de ma subjectivité, a disparu de ce centre pour laisser place à une vacuité impersonnelle, sans forme, sans limite et hors du temps. Un vide puissant, éclatant comme mille soleils, s’était levé dans ma vie.

Alexander Kimpe : C’est la disparition d’un état de séparation qui n’a jamais réellement existé.

Claudette Vidal : L’éveil est la reconnaissance de qui nous sommes. Lorsque cesse l’identification avec le moi égotique, il est vu que ce que nous sommes est éternellement vide, silencieux et illimité. Nous sommes l’espace dans lequel tous les phénomènes naissent et meurent.

Marion : L’Eveil n’est pas un mouvement. Il n’est pas une réalisation qui arrive à quelqu’un. L’Eveil est simplement l’effondrement total de l’illusion de la séparation. Alors il est vu que tout est « Un », il n’y a que « Un », il n’y a que Cela.

Janick :  L’éveil est la révélation du SOI présent en chacun de vous. C’est l’essence pure de l’ETRE, votre véritable nature.
L’éveil, c’est l’ abandon total de ce que l’on croit être, il n’y a plus d’identification au personnage. C’est réaliser que tout est illusoire. Les pensées, les croyances, les peurs, les sensations,... sont vues pour ce qu’elles sont sans interprétation, de ce fait, elles perdent leur pouvoir et s’effritent. Il n’y a plus de désirs, ni de besoins pour combler l’égo.
Vous n’êtes plus esclave de vos pensées ou de tous autres fonctionnements, c’est ce qu’on appelle la LIBERTE.
C’est le SOI qui se manifeste à travers vous.

Moine Gojo : L’éveil est la réalisation que notre nature véritable, ce que nous sommes, est Conscience et que cette Conscience n’est pas personnelle. Elle est ce que nous partageons tous.
Le seul obstacle est l’identification en la croyance en un « moi » personnel et séparé.

Somasekha : L’éveil peut être comparé au fait de se réveiller d’un long sommeil ; celui de l’ignorance fondamentale qui nous fait croire à la réalité d’un « Je » et d’un autre.
Avec l’éveil, le rêve d’être un individu séparé du monde s’efface et notre nature véritable se dévoile.
Il y a reconnaissance directe et spontanée de Ce que nous sommes en réalité : la Conscience éternelle, resplendissante de paix, d’amour et de joie.

Découvrez d'autres définitions, des réponses à de nombreuses questions, ainsi que le parcours des auteurs, dans l'ouvrage (disponible gratuitement) : Témoignages contemporains sur l'éveil.

mercredi 4 janvier 2017

• 2007 - 2017 : 10 ans déjà ! - Merci Bertrand

J'ai été touché par le message de Bertrand que j'ai joie de partager avec vous.
J'en profite pour souhaiter un bon début d'année à tous les lecteurs d'Éveil Impersonnel !


"J'ai sans doute du attendre ce jour pour faire un compte rond.
2007-2017, ça fait 10 ans.

10 ans que je suis tombé sur votre blog ÉVEIL IMPERSONNEL et approches non-duelles. Je m'y étais perdu par erreur ou par désespoir. Une étrange conviction me hantait que je devais à tout prix chercher une sorte de maître ou bien... Je n'avais pas formulé la chose. Je cherchais sans doute quelque chose ou quelqu'un. Je tenais bien un site de spiritualité, j'essayais comme je pouvais de m'y retrouver de me reconnaître une sorte de voie, mais quelque chose manquait ou disons tardait à se montrer.

Ma première idée était que les éveillés avaient vécu jadis. Jésus Christ ou Bouddha, Socrate, oui sans aucun doute étaient de cette trempe mais les millénaires me semblaient longs (j'ai changé d'avis depuis sur la longueur des millénaires). Je n'arrivais pas à imaginer qu'il y en ait ici et maintenant. Toutefois un doute est survenu. Ce serait une longue histoire d'expliquer comment, disons simplement qu'un doute est survenu et j'ai commencé à chercher.

Ce soir là je décidais d'en avoir le coeur net :  de lien en lien je parcourais les articles et témoignages du net en toutes les langues sur des maîtres parvenus à la réalisation. Et je vais dire honnêtement, je voyais beaucoup de médiocrité chez toutes ces personnes présentées comme de grands sages. Plus je visitais de blogs et articles plus je ne faisais que confirmer que tous ces sages n'avaient rien à voir avec ce que je cherchais. Quelques pouvoirs occultes mineurs, quelques paroles qu'il est très facile d'avoir entendues dans des traditions authentiques et réutilisées pour se faire passer pour un grand sage. J'ai tout de même découvert une chose intrigante que je ne parvenais pas à réaliser complètement : ils y croyaient. Je m'imaginais jusque là que les gourous escrocs étaient cyniques, mais dans cette navigation il m'a fallu admettre que la plupart étaient sincères. Je leur donnais quand même un certain crédit - le bénéfice du doute ainsi qu'une expérience tout de même solide - et je le leur ai accordé assez longtemps ce bénéfice du doute (jusqu'à ce que je voyage en Inde et que je rencontre ces gens).

Quoi qu'il en soit ce n'est pas l'objet de mon mail, la vérité c'est que parmi tous les sites sur le sujet le vôtre était de loin le meilleur, il était bien écrit, bien présenté, il se voulait aussi exhaustif que possible mais malgré tout rigoureux. Je l'ai donc dévoré sans y trouver pendant longtemps le moindre signe qu'il puisse exister encore de vrais sages ayant transcendé la condition individuelle (à part le temps d'expériences fugitives).

Jusqu'à ce que je tombe sur l'article posté par vos soins et la narration de Marjolaine Jolicoeur sur la vache Lakshmi. Lorsque j'ai vu la photographie de Ramana Maharshi à côté de la vache j'ai tout de suite su, sans même lire l'article. J'avais trouvé. Les éveillés n'étaient pas une vieille histoire remontant à des temps légendaires, mais ils pouvaient être là - c'était Lui que je cherchais.

L'histoire bien entendu a une longue suite qui (belle Lapalissade) a commencé sur le champ, mais ce n'était pas l'objet de mon mail de vous raconter ma vie - on se doute que je suis parti à la recherche de cette inspiration soudaine et l'histoire ressemble à celles de beaucoup d'autres. Non si je vous écris aujourd'hui, ce n'est pas pour raconter ma vie, mais pour vous remercier, avec 10 ans de retard, d'avoir fait dès 2007 un blog remarquablement bien fait et de m'avoir offert cette photographie qui a évidemment changé ma vie radicalement. Je ne doute pas que je suis un parmi les nombreuses personnes qui ont bénéficié de la qualité de ce blog et y ont trouvé inspiration, encouragement, sagesse ou simplement distraction. Comme j'ai mis 10 ans à vous remercier et que j'aurais tout aussi bien pu ne jamais le faire si je
n'étais retombé dessus avec une certaine émotion... (Je ne l'avais jamais revu depuis ce jour de 2007 ou j'avais enregistré la photographie, mais à l'instant même où je l'ai vu s'afficher ce soir je l'ai reconnu sur le champ.)... Comme j'ai mis 10 ans à vous remercier et que j'aurais tout aussi bien pu ne jamais le faire disais-je, j'en déduis que je peux certainement parler au nom de tous ceux qui ont bénéficié de votre offrande à l'univers sous la forme de ce blog et qui vous remercient sans doute silencieusement ! Bref ce long message pour finalement un seul mot : MERCI.

J'en profite pour vous souhaiter une excellente année 2017."

Bertrand.

dimanche 1 janvier 2017

• "Présence présente à Elle-même" - Entretien inédit avec Didier Weiss


Entretien avec Didier Weiss suite la parution de son livre « Explorations non duelles », aux éditions Accarias-l’Originel.

Si « je ne suis pas les pensées » est une évidence, se pose toutefois la question : un certain nombre de ces pensées disent quelque chose sur comment je fonctionne. Ne serait-il pas intéressant de s’en préoccuper pour se connaître ?

Les pensées ne disent jamais rien qui puisse nous décrire. Cela a été un de leur rôle jusqu'au moment où cette quête mystique a démarré. Ensuite, d'autres pensées sont venues désamorcer ce sortilège : un esprit dans un corps, bien séparés du reste du monde.

Elles ont jusqu'à ce point-là une utilité évidente, mais il devient urgent et indispensable de s'en débarrasser aussitôt qu'elles ont fait leur travail. C'est le passage de je sais à je Sais.

Bien sûr, qui pourrait s'en débarrasser ? Et comment ? Disons que c'est une description de ce qui se passe à ce moment précis, pas une prescription : la dissolution du penseur lui-même.

Nous nous posons des tas de questions (Je vois ça dans tous les satsangs où je vais). J’ai de mon côté un grand besoin de comprendre intellectuellement et en même temps je sais que ce n'est pas par l'intellect que je trouverai quoi que ce soit. Mais les questions sont là. Est-ce que toutes les questions doivent être abandonnées ?

Tant que les questions sont là, nous créons un conflit de plus à vouloir les supprimer, nous mettons un pied plus profond dans la tombe. Toute volonté de manipuler ce qui apparaît spontanément dans le but de se conformer à ce qu'on croit savoir de l'Éveil est une mascarade, une imitation.

En faisant cela, nous créons et perpétuons un personnage virtuel, imaginaire. Un personnage qui s'appelle MOI.

Les questions arrivent, fantastique ! Les questions partent, fantastique ! Le mouvement de la Vie est un OUI sans condition, ni même avoir besoin d'acceptation. C'est tellement inconnaissable, tellement rapide – maintenant ! – que toute idée ou jugement à propos de ce qui EST ressemble à une pelleteuse qui voudrait attraper un goéland.

Ou, au lieu d’investiguer sans fin sur le personnage, n’est-il pas plus judicieux de revenir à la Présence que je suis, chaque fois que j’en suis conscient ?

L'avantage d'enquêter sur le personnage est que – si c'est fait jusqu'au bout – on arrive à une espèce d'impasse, de lâcher-prise, de silence mental relatif. Cette activité peut bien sûr devenir une forme de loisir, un sport de chasse, un divertissement, et on repart dans la roue du hamster...

La possibilité de démasquer le personnage sous toutes ses formes, et elles sont quasi innombrables, fonctionne comme l'usure d'une position qui devient à un moment donné … intenable ! C'est la question « Qui suis-je ? » de Ramana Maharshi, qui est plutôt l'exploration et la dissolution de nos croyances à propos de cette soi-disant entité.

Revenir à la Présence en est la conclusion, ce retour à la Source se produit ainsi spontanément à chaque fois que cette adhérence tenace à nos croyances diminue. Cela ne peut pas être le résultat d'une action intentionnelle, « je reviens à la Présence », mais d'une action qui se termine, celle qui dit sans cesse « moi, je suis séparé ».

Quand je suis dans la Présence, cela passe, chez moi, par une sensation physique. Or la Présence n'est pas corporelle. Est-ce incompatible ?

« Présence présente à Elle-même » amène un cortège de possibilités : une détente physique, mentale, une énergie qui coule de manière plus forte, des sensations jusque-là inconnues, Kundalini, etc.

Mais la question se pose : ces sensations physiques sont-elles fondamentalement différentes d'une bourrasque de vent sur mon visage ? Le piège serait de voir cela comme un événement « spécial » et « personnel », comme preuve de « mon » progrès, comme un état à entretenir ou à rechercher. C'est en fait juste la Vie qui coule, certainement de manière un peu différente, mais fondamentalement de même nature qu'un lendemain de cuite avec migraine épouvantable.

Une question (une attitude) que je n’arrive pas à éclaircir : dans la vie courante, est-ce que j’essaie d’être conscient de tout ce que je fais ou bien est-ce que je me plonge complètement dans l’action ? Et m’oublie.

Excellente question, qui m'a aussi taraudé pendant des années. Le « truc » à comprendre est que « Conscience » n'est pas définie par une quantité, comme vous parlez de « conscient de tout ». C'est plutôt une « qualité » de l'existence, une matière première sans laquelle rien n'existerait. C'est indépendant de : « je » suis conscient de « beaucoup de choses », qui intuitivement a une limite, donc est de toute évidence relatif.

Ce qui est pointé ici est absolu, non quantifiable, et n'est pas la somme d'éléments séparés.

Je pencherais donc plutôt pour l'option « Oubli ». Je cite ici encore Stephen Jourdain :
« Dans le Jeu de l’Existence, comment la Conscience prend-elle le Savoir ? En l’oubliant. En l’oubliant activement, en chacune de ces manifestations innombrables, pertinente ou erronée, géniale ou dérisoire, indifférente ou sacrée ; en chacune de ses couches, de la plus visible à la plus secrète, la plus enfouie, jusqu’à toucher le socle du phénomène et à l’oublier lui aussi. En l’immergeant, corps et âme dans le feu de l’amnésie, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. »

Quand le « MOI » s'oublie, dans le feu de l'action, il ne reste que la Vie. C'est vérifié de façon innombrable au cours d'une existence d'homme. Mais ce n'est que rarement exploré car « Je » ne suis plus là : donc ceci n'a pas le moindre intérêt !

Mais est-ce vraiment le cas ? Ce qui semble manquer c'est une distance, un témoin, mais est-ce donc vraiment une vie non vécue ? Quand je ne suis plus là en tant qu'entité veillante, ne suis-je pas de tout évidence là en tant que Conscience ? Bien sûr que oui, sinon il n'y aurait juste … rien.

Mon expérience a été une sorte de phénomène progressif de capillarité, de reconnaissance constante de « mon » essence. D'abord dans ces moments que vous décrivez, non pas conscient de ce que je fais mais conscient d'être conscient à travers ce que je fais. Et cette « substance » invisible mais omniprésente est devenue évidente aussi dans les moments d'oubli, puis à travers les épisodes de rêves nocturnes, et au final dans le sommeil profond.

Vous « penchez » pour l’oubli et en même temps vous écrivez « conscient d'être conscient à travers ce que je fais » ?

C'est la partie la plus difficile à appréhender : ce paradoxe d'une Vie se connaissant elle-même de façon continue (en réalité non engagée dans le mouvement du temps), directement, et sans aucun besoin d'une entité spécifique qui se souviendrait ou oublierait.

L'oubli du point de vue particulier, l'abandon d'exercices spécifiques – de manipulations – amène justement Conscience à se re-connaitre et à apparaître comme unique « matière » de l'Univers, en amont, bien avant toute action ou pensée. Cette réalisation n'est pas l'aboutissement d'une technique bien maîtrisée mais sa dissolution, son lâcher-prise total.

Cela peut sembler un état très « avancé », mais ce n'est pas très différent de quiconque, juste un regard dés-encombré, transparent, dés-hypnotisé, qui « voit » cette invisible Présence dans chaque image de ce film appelé « ma vie ». De plus, il est vu que ce Regard n'est lui-même pas différent du film. La Vie se connaît elle-même, directement, intimement.

Cela revient à parler de la position du témoin dont on parle si souvent. Mais là encore il y a une dualité. Le témoin fond-il tout seul ?

Effectivement, la fameuse « position du témoin » est une subtile dualité : le monde / le témoin du monde. J'ai rencontré de nombreuses personnes « coincées » dans cette impasse. C'est un peu froid, assez triste, très seul, mais cela a le goût d'intouchabilité et de fait cela permet parfois d'éviter trop de souffrance.

Je pense qu'effectivement le témoin se dissout tout seul, mais c'est un autre saut quantique car ce qui est abandonné est une dernière identité. Mais au final, paradoxalement, les deux options coexistent.

C'est le passage décrit par Nisargadatta Maharaj quand il dit :
« La Sagesse me dit que je ne suis rien (position du témoin), l'Amour que je suis tout (le témoin envahit intimement le champ de conscience). Ma vie s'écoule ainsi entre ces deux pôles. »

Il est souvent question dans votre livre du « corps/pensée ». Et vous écrivez « le corps est un objet ». Cependant le retour au corps énergétique, à l’attention sensorielle, ne pourrait-il pas être un outil pour  éradiquer les pensées et connaître l’unité ?

L'attention sensorielle est un outil fantastique ! Cela se rapproche des techniques de Gurdjieff, de Carlos Castaneda, des techniques de « volupté attentive » plus récentes, etc.

Une fois de plus ici, « Maya », celle qui nous hypnotise, va nous raconter une histoire légèrement différente : celle du corps qui a accès à des expériences, et de fait doit être raffiné, travaillé, pour encore et toujours plus d'expériences d'unité !

C'est donc une autre roue de hamster, car ce qui se passe dans une vraie expérience d'attention sensorielle c'est que la Vie se goûte elle-même, directement. Elle n'a pas besoin du corps, ni de l'esprit, qui ne sont que des objets présents dans le « champ » de conscience.

Ignorer cela amène une dépendance de junkie à cette technique pour en avoir plus ! Et de se fourvoyer sans fin dans les « états altérés de conscience ». Pas très différent du LSD !

Qui apprécie les choses? En Inde, dans certains textes classiques spirituels on parle du "grand renonçant, du grand agissant et du grand appréciateur". S’ il n'y a personne, qui goûte, qui se réjouit ?

Les réponses que je pourrais donner sont théoriques, nous pourrions en débattre des heures, et c'est aussi et encore le hamster qui revient !

La question de Ramesh Balsekar, quand je lui présentais des descriptions « très inspirées » du pourquoi et du comment de la Vie, me désarmait avec sa question : « Qui donc veut savoir ? »

« Qui donc veut savoir ? » est une question essentielle. Mais ce n’est pas nécessairement le moi qui veut savoir. ( ?)

Il me semble que si ! C'est la recherche d'un sens spécifique, d'une explication dans un contexte de vie forcément limité, que l'on appelle généralement « ma vie ».

Au début, je trouvais que c'était de la lâcheté intellectuelle, une sorte de  tamas  comme on dit en Inde, l'âge sombre du déni intellectuel. Mais il est apparu bien plus tard que ce dont cette question parle est tout autre:

La vie est une histoire, une fresque, un roman dont parle aussi Jourdain. Espérer autre chose que cela à travers une « théorie unifiée de l'Univers » est tout simplement oublier que ce qui se passe alors est juste la création d'une « théorie unifiée de l'Univers » : une autre histoire !

The world is the totality of facts, not of things. (Wittgenstein)
The universe is made of stories, not atoms. (Muriel Rukeyser)

Pourquoi sommes-nous (du moins la plupart d’entre nous) toujours attirés par les sensations fortes ? Dans les moments de vide, il y a le mental qui veut autre chose. Pourquoi sommes-nous dans une demande d’intensité ?

C'est plutôt un raccourci pour faire taire le mental ratiocinant. Quand tous les sens sont en éveil, l'attention au maximum, le corps-esprit concentre son énergie dans l'action, sa propre survie. Il a cette sagesse innée qui coupe tout ce qui n'est pas utile : ce flot de pensées continues, qui décrit une chose qui n'existe que de part ce flot : MOI.

Et en cette absence remarquable, ou même juste en son allégement, la vie continue plus fraîche, plus brillante, spontanée, … vécue.

Au-delà des nombreuses pensées qui nous encombrent, il y a quelque chose de plus subtil à voir : ce que Stephen Jourdain nommait « l’image-moi ». C’est ce qui semble le plus difficile à dépasser. Voir que cette image est là ne suffit pas ? Alors ?

Effectivement, la plupart des pensées ne sont pas le problème qui nous concerne. C'est une espèce particulière que l'on chasse ici, dans cette traque métaphysique. C'est bien un animal familier dont il s'agit, c'est même une des façons dont il échappe en quasi permanence à notre arme : on ne va quand même pas tuer son chien ou son chat adoré : des animaux si mignons, inoffensifs et INTIMES !

La solution est de ne pas se laisser ramollir et de tuer froidement tout ce qui a l'apparence ou la consistance d'une pensée-moi, celle qui décrit un sujet à la vue de l'objet « moi ». L'arme de la discrimination est bien sûr très utile, ces animaux détestent être sous les feux des projecteurs.

Mais il y a d'autres techniques, dont celle de l'absence « d'importance personnelle ». Cela a été décrit en détail dans les approches chamaniques de Carlos Castaneda, et c'est aussi l'essence des mystiques soufis, chrétiens, ou bouddhistes. Si une pensée-moi apparaît, elle est non seulement vue mais lue avec une sorte de « détachement » alimenté par cette compréhension profonde : Je suis CELA, intouchable, il n'y a rien à craindre à laisser tomber ce pantin issu de pensées délirantes.

Dans les moments où je suis conscient d’être conscient, il y a derrière une conscience de cela, et encore derrière conscience, cela semble ne pas s’arrêter. Est-ce que cela vous évoque quelque chose ?

OUI. C'est une porte d'entrée à cet infini qu'est Conscience consciente d'elle-même. Cela se résout dès que l'expérience « sujet - conscient de - objet » se résorbe en une expérience unitaire où il n'y plus de possibilité d'une quelconque distance.

Pouvez-vous en dire un peu plus ?

C'est drôle, cette question ! C'est une parfaite illustration de comment Maya fonctionne, c'est totalement magique. Au lieu de permettre une lecture et une compréhension au premier degré et de s'y tenir, le mental va demander une explication À PROPOS DE. Et de fait va créer une porte de sortie pour maintenir le statu-quo (de sa propre existence!).

J'ai moi-même erré des années à échapper au message non-duel (pourtant simplissime) en cherchant des « explications ».

C'est très proche du mouvement qui nous fait surfer pendant des heures sur Internet à la recherche d'éléments, tout cela pour éviter de juste FAIRE notre dissertation, qui est la seule possibilité d'une vraie conclusion.

Y-a-t-il après l’éveil une Conscience ou juste un flux ?

Difficile à dire, le concept même de « Conscience » est abandonné à un certain point. Une question/réponse illustre bien le pourquoi de sa disparition :

« Conscience » définie par rapport à … quoi d'AUTRE ??
Il n'y a que CELA.

J’ai été très frappé par une idée de Ciaran Healy que vous citez : « Tout ce qui te demande plus de deux secondes à comprendre est faux. » C’est une affirmation d’une importance capitale. Est-elle toujours juste ?

C'est un très bon indicateur de ce qui n'est pas l'Épice dont parle Luis Hansa. La compréhension de ce que l'on n'est pas demande du temps, elle est très différente de la Compréhension de notre nature Réelle, qui elle n'a pas besoin de temps : Elle inclut le temps et l'espace et se situe … en amont.

Le chercheur est le dernier obstacle, me semble-t-il. Mais s’il n’y a pas recherche, rien ne bouge. Alors ?

C'est vrai, j'en parle dans le livre : « J’ai rencontré un nombre impressionnant de désabusés de la non-dualité qui proclament :“ Puisqu’il n’y a rien à faire, oublions tout ça et faisons la fête ”. Ils ne se rendent pas compte qu’ils génèrent ainsi les signes avant-coureurs de non-Éveil ! »

La recherche n'est pas un problème, et de fait contient en son sein un chercheur. La solution la pire serait de faire du « non-faire » par une « non-recherche » pour imiter « l'absence de chercheur ». La recherche continue tant qu'il y a un chercheur, et il est vrai qu'elle s'arrête après, faute de ... combattant !

C'est une fois de plus prendre une description pour une prescription qui génère cette confusion. La clef du paradis est dans cet abandon total de « ce qui devrait ». Si recherche il y a, ainsi soit-il.

Le chercheur n'est jamais l'obstacle car en réalité il n'existe pas. C'est une conception correcte de dire « le chercheur est le dernier obstacle » mais ce qui est erroné serait de penser que supprimer le chercheur résoudra cette énigme.

Le mirage s'évaporera de lui-même, le moment venu. Ou pas ;-)

Que diriez-vous de cette définition de Svâmi Prajnânpad : « La libération est la totale relaxation au niveau physique, émotionnel et mental. »

C'est un autre paradoxe : comment pourrait-on être relaxé à quelque niveau que ce soit quand la Vie nous assaille de toutes ses forces ? Et pourtant on parle bien de Paix inébranlable, non ?

Cette relaxation n'est pas celle du corps-esprit, mais bien celle de CELA qui accueille/anime/crée ce corps-esprit.

« And the peace of God, which surpasses all understanding, will guard your hearts and your minds in Christ Jesus. » Philippians 4:7

Je me sens maintenant, de plus en plus, dans le lâcher-prise ou l’abandon. Dans une forme de paix. Mais c’est peut-être un piège ?

Pas du tout !! C'est la porte ouverte à la Possibilité. Après une clarté intellectuelle, vient des fois un moment de  Dark night of the Soul , de sentiment d'insignifiance totale de la vie, qui en réalité vient plutôt de l'insignifiance de MA vie. Mais ce n'est pas toujours le cas.


Ensuite se met souvent en place un moment étrange, qui est une forme « d'attente sans attente » comme définie par Jean Klein. Un espèce de no man's land (nom très approprié!) qui est le terrain fertile à « autre chose ». C'est – comme en parle Francis Lucille – un terrain d'atterrissage totalement prêt à accueillir… les anges qui éventuellement passeraient par là :-)

 Voir aussi ce lien sur Éveil Impersonnel ainsi qu'une autre partie de cette même interview sur le site méditationfrance®.

© Éditions Accarias-L'Originel/Éveil Impersonnel

samedi 24 décembre 2016

• Témoignages contemporains sur l'éveil


Un livre collectif de 17 témoignages sur l'éveil, téléchargeable gratuitement sur le site Espace de l'Être.
Participants : Alexander Kimpe, Bruno Maillard, Prabhã Calderón, Claudette Vidal, Della, Michaël Szyper, Frédéric Samnidhi, Gérard, Marion, Janick, José Le Roy, Lionel Cruzille, Moine Gojo, Pascal Hastir, Patrick Vigneau, Somasekha et Suyin Lamour.

PRÉSENTATION DE L'OUVRAGE :

« Éveil » vous avez dit ? L’Éveil est devenu en quelques années un terme couramment utilisé dans les milieux spirituels alors qu’il était autrefois réservé à une poignée d’initiés. Au sein des monastères, des ashrams, des temples ; on se chuchotait par une présence silencieuse ce que tout le monde sait mais a oublié. Certains y verront un dévoiement, le signe d’un matérialisme spirituel. D’autres considéreront cet afflux d’informations sur l’Eveil comme une opportunité, comme l’empreinte d’un monde qui change, d’une conscience qui évolue. Je fais partie de ces personnes, de ces chercheurs spirituels qui pensent que les crises que nous vivons nous invitent à une remise en question ; et j’ose le dire, que tout ira pour le mieux.
« Éveil » vous avez dit ? Un concept fascinant qui mêle toutes sortes de fantasmes. Imaginez qu’en un claquement de doigt, toutes vos souffrances disparaissent. Séduisant, non ? J’ai abordé ce travail avec ma propre histoire, mes propres expériences, mes propres questions. Les questions d’un chercheur, qui je le pense est authentique ; mais qui parfois aurait bien aimé obtenir d’autres réponses que celles recueillies. Car l’Eveil, je l’ai compris, relève plus d’un dépouillement que d’une construction. On court dans tous les sens pour combler des manques, alors que la perfection est déjà là ; il suffit juste de savoir tourner le regard, d’Être.

« Éveil » vous avez dit ? J’ai une confidence à vous faire. Je suis embêté. Je suis vraiment très embêté. En fait, je suis vraiment très embêté à la fois pour vous et pour moi. Je ne sais pas si je vais vous le dire. Je crois que je vais vous le dire. Bon, allez je vous le dis : RIEN. Enfin non : TOUT. Si j’avais su que l’aboutissement de ce travail de recueil de témoignages de 17 enseignants francophones sur le thème de l’Éveil aboutirait à la disparition d’une grande partie de mes questions ; tout bien pesé, je crois que j’en aurais posé encore plus.

L’Éveil est simple, seul le mental est compliqué. Et parce que je sais qu’un grand nombre de chercheurs spirituels cherchent tout comme moi des réponses à leurs questions, je les ai posées. Chaque participant du livre a fourni un témoignage puis a répondu aux questions posées. Expérience mystique, vision qu’il n’y a pas de moi séparé, réalisation définitive, infinitude du non-né ; chaque participant a répondu à partir de son propre vécu, de sa propre sensibilité, pour nous éclairer. Et je l’espère, pour nous éveiller.

Je crois bien que je viens d’oublier tout ce que je viens de dire. Donc, merci ! Et bonne lecture !

Mathieu pour l’association Espace de l’Etre.

mercredi 21 décembre 2016

• Retourner le regard vers ce qui regarde - Mingyur Rinpoché



Cette ultime réalité est cela qui connaît et qui est inné en vous. Plus précisément, ce n'est pas juste une conscience en général, mais la conscience qui a conscience d'elle-même. On l'appelle donc “conscience de soi, présence éveillée, conscience originelle”.

La présence éveillée est présente avant toute pensée, avant toute sensation. Tout baigne en elle. Nous sommes cette présence. Il suffit de retourner le regard vers ce qui regarde.



lundi 12 décembre 2016

• Chercher, c'est supposer que ce n'est pas là - Suyin Lamour


Éveil Impersonnel à la grande joie de vous annoncer la parution d'un recueil de poèmes d'éveil de Suyin Lamour"L'étreinte de l'éphémère", publié aux Éditions Unicité.

 Avec ce recueil de poèmes, Suyin Lamour nous invite à regarder en nous ce que nous avons toujours su. Elle nous dit que tout est là, à la fois dans notre présence et notre absence, simplement dans la certitude d’exister. « L’étreinte du divin/nous défie », écrit-elle.
Ses poèmes nous ramènent à ce que nous sommes dans notre intime, et expriment un ressenti immanent qui nous incite à nous re-connaître dans cette « impalpable Évidence qui résonne/dans le tréfonds de l’âme/et se rencontre/dans le silence du Présent ». 
L’auteure procède par petites touches sensibles qui vont droit au cœur de l’essentiel. Ainsi convie-t-elle le lecteur à abolir l’espace qui le sépare du monde afin qu’il s'ouvre à la grâce et entre dans le silence amoureux de cette présence qui irradie. « Plus rien n’a de consistance/Seule reste l’évidence/transie d’Éternité/de l’Amour ».

Et voici un bel extrait que nous offre Suyin  :

Vol silencieux des oiseaux
portés par le Flux

Un mince filet de lune
d'un blanc innocent
épouse les nuages

Miracle de l'éphémère
sans prétention

Juste là,
sous nos yeux,
en toutes choses

Prodige de l'Être
auquel le Regard de l'âme
ne s'émousse pas

vendredi 9 décembre 2016

• C'est la source, la vie, qui a mis ce programme en place - Armelle Six


Et si nous pouvions réellement être heureux quoi qu'il arrive ? Dans ce livre, Armelle Six nous ramène aux questions essentielles et par la clarté de ses réponses, nous offre la possibilité d'une compréhension instantanée de ce qu'est un chemin de conscience. Ici, nul besoin de connaissances, nul besoin d'être familier de la littérature spirituelle ou sympathisant d'une tradition en particulier, Armelle Six n'adapte rien, n'importe rien, ne transpose rien. Elle affirme, dans une grande simplicité, la réalité de cette expérience radicale qu'est l'union à la Source, l'union au divin. Et elle nous invite à faire de même, à nous reconnecter avec nous-même, à choisir l'être et la grandeur plutôt que la petitesse et nos conditionnements. Son propos est fulgurant parce que d'une honnêteté absolue, d'un engagement total. Il nous permet ainsi de comprendre en quoi consistent nos compromis, nos stratégies, nos mensonges. Elle ne cherche pas non plus à nous convaincre de quoi que ce soit car elle n'appartient à aucune école et ne vise aucune mission. Chez elle, la liberté est souveraine. Et cette liberté réveille la nôtre. Car il n'est pas question de croire mais de mettre en pratique, et surtout d'oser la vie.

Depuis toujours, Armelle Six a un lien profond, fort et évident avec le divin, l'invisible, et une autre perception du monde, des gens. Elle a toujours été très intuitive et vit la vie de cet espace-là. Bien avant de se retrouver sur le chemin de l'éveil à sa vraie nature, elle était déjà profondément liée à tout ce qui l'entoure et vivait une écoute intérieure profonde. Le chemin non-duel n'a fait que mettre des mots et clarifier une expérience qui était déjà présente. Et c'est à cela qu'elle invite tout le monde : revenir au mouvement naturel de la vie en soi.

Psychologue clinicien de formation et écrivain, Robert Eymeri se tourna très tôt vers la spiritualité. Durant une dizaine d'années, il suivit l'enseignement de Jean Klein et passa ensuite une vingtaine d'années dans la proximité de Luis Ansa. Sa rencontre avec Armelle Six constitua un tournant décisif dans sa vie. Il a déjà publié Luis Ansa, la voie du sentir aux Editions du Relié en 2015, La nuit rebelle, aux éditions Balland en 2004.

© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Almora :

Pourquoi je me déconnecte de moi-même ?

Ce n'est pas nous qui choisissons d'être déconnecté de nous-même, c'est la source, la vie, qui a mis ce programme en place. Chez tous les êtres humains, il y a différents processus d'identification et de conditionnement qui sont à l'ouvre à travers le jeu de la dualité. On ne peut pas l'éviter.

On va donc vivre ce qui semble être un oubli de notre véritable nature, une déconnexion de nous-même, parce que le fait d'oublier notre origine, d'oublier notre connexion avec la source, avec la conscience impersonnelle, est inséré dans le programme de la vie. On se prend alors pour un individu séparé qui serait au contrôle de sa vie.

Vivre l'expérience de la séparation n'est donc pas une erreur, elle fait partie de ce qui est destiné à être vécu par chaque être humain.

Ce qui créé cette expérience de déconnexion, ce sont justement tous nos conditionnements, toutes nos croyances, qui nous font croire que nous avons une identité propre et que nous sommes au contrôle de notre existence. Il n'en est rien. Il n'y a que la vie qui fait, qui pense, qui vit.

Tant que nous croyons que ce que nous sommes, ou notre bonheur, peut être trouvé à l'extérieur de nous, dans une forme ou une expérience particulière, il y aura donc expérience de déconnexion car l'attention va constamment aller là où nous croyons que se trouve le bonheur, la complétude ou l'amour que nous cherchons.

Mais de la même façon que la vie a mis ce programme de déconnexion en place, elle a également mis en place la déprogrammation de toutes ces croyances. Un jour, on va donc tomber sur certains livres, sur des vidéos, sur des témoignages d'êtres libres qui vont remettre en question nos croyances et vont nous amener de nouvelles perspectives sur nous-même. C'est, pourrait-on dire, l'invitation de la source à l'éveil à notre véritable nature.

Voir aussi cette page : Eveilphilosophie
Site d'Armelle Six : Rencontre en Présence

jeudi 1 décembre 2016

• L’objet d’un canular - Nisargadatta Maharaj


Dans mon état originel d’unicité et de complétude, je ne savais même pas que j’existais. Puis, un jour, on m’apprit que j’étais «né», qu’un corps particulier était «moi» et qu’un couple particulier était mes parents.
Dès lors, je me suis mis à accepter d’autres informations sur «moi», jour après jour, et c’est ainsi que j’ai façonné une personnalité au complet, simplement parce que j’ai accepté la charge d’être né, bien que j’aie été parfaitement conscient de ne pas avoir eu l’expérience d’être né, que je n’ai jamais consenti à naître et que mon corps a été lancé sur moi.
Les conditionnements sont devenus de plus en plus forts, ils se sont renforcés au point où non seulement j’ai accepté la charge d’être né en tant que corps particulier, mais en plus qu’un jour futur je «mourrais» ; le mot même de «mort» est devenu un mot redouté par moi, il signifiait un événement traumatique. Y a-t-il quelque chose de plus ridicule ?
Par la grâce de mon guru j’ai réalisé ma nature véritable et je me suis aussi rendu compte à quel point j’avais été l’objet d’un canular.


lundi 21 novembre 2016

• L’absorption dans le Soi a continué dès cet instant - Ramana Maharshi


Voici enfin « Self-Realisation », la vie et les enseignements de Ramana Mahârshi, la première et plus ancienne biographie sur l’un des plus grands Sages de l’Inde contemporaine. C’est un ouvrage de référence. Il fut écrit du temps du Mahârshi par Srî Narasimha Swami, l’un des anciens et proches disciples du Sage d’Arunachâla. Il vint auprès de lui dès les années vingt, période de Skandâshram, le Sage vit alors dans une grotte. Il n’y avait alors que quatre ou cinq disciples permanents auprès de lui.
Les faits marquants de sa vie, les dialogues et monologues (quand il évoque certains faits) sont de la bouche même du Mahârshi. Ce sont des inédits. Ils furent fidèlement rapportés par Narasimha Swami son disciple et biographe. Avant d’être publié il fut lu et corrigé auparavant par le Mahârshi. 
Narasimha Swami amena le Sage à évoquer avec forces détails son enfance, son expérience de la mort à Madura, son départ de la maison familiale, ses années d’ascèse au temple de Tiruvannamalai et autre, puis dans les grottes de la sainte montagne d’Arunachâla, ses rapports avec des sadhus malveillants, ses rencontres... 
L’on trouvera aussi des satsang inédits avec les tous premiers disciples occidentaux : Major Humphreys et Paul Brunton, ainsi qu’avec ses frères spirituels indiens 

Ce récit particulièrement vivant est celui d’une vie : de la quête de l’éveil. Il dépeint aussi avec véracité l’Inde rurale, traditionnelle et religieuse du XXème siècle. Le style est agréable, imagé, parfois lyrique. Il y a là une grande fraîcheur, alliée à une grande humilité et simplicité. L’humour est présent et à bon escient. Si le regard, « intelligent », est sans concession, il est aussi fort lucide, mais toujours empreint de compréhension et d’empathie. Tout le récit – quel que soit le ton adopté – tend toujours vers la réalisation du Soi.

© Extrait publié avec l'aimable accord des Éditions Accarias-L'Originel

Le bouleversement qui va survenir dans la vie de Venkataraman (le nom de naissance de Ramana Maharshi), le grand éveil qui transformera sa morne et terne vie en la plus haute réalisation, survient au milieu de l’année 1896, alors qu’il est dans sa dix-septième année – âge auquel la majorité des mystiques ont fait l’expérience de leur « conversion » ou débuté une nouvelle vie. Les changements qui surviennent dans la personne sont toujours difficiles à observer vu de l’extérieur, particulièrement s’ils surviennent chez une personne habituée à ne pas exprimer ses pensées et sentiments. Comme Venkataraman appartient à ce type et qu’il est une énigme même pour ses frères et amis, il est préférable de décrire le « changement » avec ses propres paroles. Bien après cet évènement majeur, ses disciples lui demandèrent souvent comment survint cette transformation, et ce qui suit constitue en substance ses propres paroles :
« Ce fut environ six semaines avant de quitter Madura pour accomplir mon chemin que le grand changement survint dans ma vie. Ce fut très soudain, alors que j’étais assis seul au premier étage de la maison de mon oncle. J’étais en bonne santé. Ne souffrais que rarement d’aucune maladie et dormais fort bien. Comme j’étais à Dindigul en 1891, un jour, un grand nombre de personnes frappèrent à la porte de ma chambre alors que je dormais profondément, criant et m’appelant, mais en vain. Ce ne fut qu’en entrant dans ma chambre et en me secouant fortement que je fus réveillé de mon sommeil. Ce profond sommeil était plutôt un signe de bonne santé. La nuit, j’étais aussi sujet à des phases de somnambulisme. Mes rusés compagnons de jeu n’osant pas me chahuter quand j’étais éveillé, profitaient de mon sommeil pour se jouer de moi, me bousculer, me déplacer et me ramener dans mon lit. Durant tout ce temps, je supportais tout avec constance, humilité, pardon et passivité – autant de sentiments inconnus de ma nature première. Au matin, je n’avais pas le plus petit souvenir de ce qui s’était passé la nuit. Mais ces phases de somnambulisme ne m’affaiblissaient pas davantage ou ne me rendaient pas moins apte à vivre, aussi ne pouvait-on les appeler une maladie. 
Aussi, alors que j’étais assis en ce jour et seul, en parfaite santé, une frayeur irrépressible me saisit soudain. Je me sentis sur le point de mourir. Pourquoi cette sensation ? Même maintenant, celle-ci ne peut s’expliquer par une agitation corporelle intérieure que je n’avais pas, ni trouver une explication rationnelle.
Toutefois, je ne pris pas la peine de découvrir le fondement de cette peur. Je sentais : « Je vais mourir », et commençais de penser à ce que je devais faire. Je n’envisageais pas de consulter des médecins, parents ou même amis. Je savais que je devais résoudre le problème moi-même, là, ici et maintenant.
Le choc de la peur de la mort me fit immédiatement investiguer, ou « introvertir ». Je me dis à moi-même mentalement – c’est-à-dire sans proférer les mots : « Maintenant la mort vient. Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’est-ce qui meurt ? Ce corps meurt . » Et de suite, je dramatisai la scène de la mort. J’étendis mes membres et les tins rigides, comme si rigor mortis s’en était saisie. Je donnais au corps un air de réalité mortuaire afin de poursuivre mon investigation. Je retenais mon souffle et gardais la bouche fermée, serrant fortement les lèvres afin qu’aucun son ne s’échappe. « Ne laissons pas le mot “je” ou aucun autre être prononcé ! Bien », me dis-je à moi-même, « ce corps est mort. Il sera emporté tout raide au lieu de crémation et réduit en cendres. Mais avec cette mort du corps, suis-“je” mort ? Le corps est-il le “je” ? Ce corps est inerte et privé de vie.
Mais je sens la pleine force de ma personnalité et même le son “je” en moi-même – à part du corps. Aussi “je” suis un esprit, une chose transcendant le corps. Le corps matériel meurt, mais l’esprit le transcende et ne peut être touché par la mort. De ce fait, je suis l’esprit immortel . »Tout cela n’était pas le fruit d’un simple processus intellectuel, c’était une vérité qui m’apparut avec une grande force, quelque chose qui fut perçu immédiatement, presque sans avoir à argumenter. Le « je » était quelque chose de très réel, la seule chose réelle dans cet état, et toute l’activité consciente qui était liée à mon corps était centrée sur cela. Le « je » ou mon « Soi » retenait tout le centre de mon attention par une puissante attraction.
La peur de la mort avait totalement et à jamais disparu. L’absorption dans le Soi a continué dès cet instant et jusqu’à ce jour. D’autres pensées peuvent venir et repartir comme les diverses notes d’un musicien, mais le « Je » demeure comme la base ou la note tonique [ shruti ] fondamentale, laquelle accompagne et unit toutes les autres. Que le corps soit engagé à parler, lire ou autre, j’étais toujours concentré sur le « Je ».

lundi 10 octobre 2016

• L'éveil, le bonheur, sont notre nature et notre demeure véritable - Patrice Gros


Cet ouvrage est le fruit de 25 ans d'enseignement et de pratique du Reiki. Notamment, la première partie aborde les points cruciaux, ainsi que la philosophie, de cet art énergétique sacré.
Tout un chapitre est dédié aux pratiques méditatives de base transmises par Usui sensei, le fondateur de cet enseignement, et un autre traite de la relation entre la non-dualité, l'éveil spirituel et le Reiki.
Ce livre est l'un des plus aboutis que Patrice Gros ait écrit (avec son tout premier "L'art et la pratique spirituelle du Reiki", réédité chez Grancher également).

Vous y trouverez, notamment dans le Chapitre 8 : "Reiki et éveil de la conscience", le témoigne de Nicole Montinéri, particulièrement émouvant. Celui de Patrice Gros, "Une immersion momentanée dans l'éveil" ; celui de Christophe, qui bascula dans la non-dualité suite à son initiation au Reiki : "Le Reiki n'est qu'une prolongation de cette conscience" ; et enfin celui de Suyin Lamour, "Un secret ouvert".

Extrait choisi publié avec l'aimable accord des Éditions Grancher

LA GRÂCE

Pour conclure cet ouvrage, j'ai juste envie de partager avec vous cette joie spacieuse à laquelle la pratique du Reiki nous invite, et vous dire, du fond de mon coeur : soyez heureux, maintenant ! Quelles que soient vos préoccupations présentes, laissez cette joie se manifester. Je la sais communicative et contagieuse.

Cela nous demande aussi d'effectuer un saut dans le vide, sans parachute. C'est apprendre à lâcher-prise et à s'abandonner, complètement et ouvertement, à chaque instant. C'est le "oui inconditionnel" auquel je faisais référence en parlant du gasshô. Une fois que l'on a vraiment fait ce saut, nos cellules en gardent la mémoire. Par la suite, ce processus se met en route de lui-même, à chaque nouvelle situation qui demande de s'en remettre à ce qui est. On est même surpris de voir que, malgré soi, cela agit presque automatiquement. Cela veut dire aussi que ce n'est plus le petit moi, illusoire qui plus est, qui est aux commandes. On découvre alors que c'est la Vie, ce quelque chose de bien plus grand que notre conscience limitée, qui agit à travers nous... C'est cela que je souhaite partager avec vous en cette fin d'ouvrage, parce que le sous-produit en est un sentiment de joie infinie.

En réalité, tout est absolument parfait, là, tel que c'est. Même si l'on pense que les conditions ne sont pas ce qu'il pourrait y avoir de mieux dans sa vie, le fait même qu'elles sont ce qu'elles sont et qu'elles se présentent à soi de cette façon montre, qu'au regard de l'Univers, de Dieu ou de la Vie (quel que soit le nom que vous souhaitiez lui donner), cela est juste, même si on ne le perçoit pas ainsi.
Lorsqu'il n'y a plus d'opposition à ce qui est, c'est la libération et la source d'une joie indicible ! Faites-en l'expérience. Tout se manifeste à nous mystérieusement, et s'il n'y plus de résistance de notre part, alors la vie devient surprenante et nous révèle ses nombreux bienfaits. Cela renforce un sentiment de bonheur, de bien-être et de paix intérieure. Beaucoup d'êtres établis dans la Présence appellent cela la "grâce"...

Les êtres éveillés nous disent constamment que tout se déroule exactement de la façon la plus juste qui soit pour chacun d'entre nous, à chaque instant. Ne pas offrir d'opposition est la clef. Alors, dès maintenant, soyons en paix avec "ce-qui-est" notre réalité présente. Vous le savez sûrement, pour en avoir je pense fait l'expérience, que plus on lutte contre quelque chose, plus on renforce sa réalité et que ce ne sont pas les évènements en eux-mêmes qui posent problème mais la façon dont on les perçoit, et surtout la résistance qu'on leur oppose.
Ici et maintenant, soyons donc heureux pour nous-mêmes, soyons heureux pour l'Univers entier, et soyons aussi heureux... pour rien. Soyons simplement heureux d'être heureux ! Nous pouvons cheminer avec les situations et les circonstances de la vie, et explorer ce monde tel qu'il se manifeste à nous, avec ouverture et curiosité. Face à ce que nous vivons, permettons-nous de faire voler en éclats nos concepts et toutes nos croyances limitatives, celles que le mental conditionné nous impose. Car même si notre existence n'est pas une source de bonheur, même si nous ne sommes pas satisfaits sur le plan relatif ou si les conditions extérieures ne favorisent pas une totale plénitude, nous pouvons malgré tout être en paix avec cela.
Dans ce lâcher-prise et cette absence de lutte, la paix ressentie se mêle à une joie profonde. On ne peut donc pas y échapper ! Ce bonheur est là, en nous, autour de nous, avec nous, pour nous. Nous y avons droit, nous y baignons à chaque instant, continuellement. C'est une joie d'être spacieuse qui emplit tout notre espace intérieur, tout notre coeur, et qui est l'essence même de la Vie... Goûtons-y !
Malgré tout si, en cet instant, nous ne nous sentons pas totalement heureux, s'il y a encore en nous un sentiment de manque ou une résistance à être joyeux, comprenons bien que cela aussi est parfait en soit, simplement parce que c'est 'tel-que-c'est', et parce que c'est ce qui se présente à nous de cette manière, dans notre moment présent. En même temps, reconnaissons que notre être profond n'est en rien affecté. Faisons davantage confiance, car si on ne peut changer les situations extérieures, on peut générer ce bonheur en soi-même. C'est, étrangement, en cessant de résister que cela se produit.
Nicole Montinéri me disait un jour : "La vie peut être "violente" mais jamais exempte d'Amour... Merci à la Vie qui sait ce qu'elle fait." Alors, plutôt que de batailler avec la vie, il y a juste à s'y abandonner. Cela modifiera notre perception et notre existence sera vécue avec simplicité et plus de complétude.
Reconnaître notre condition présente en tant que "ce qui est" libère une énergie et une joie infinie. Et du point de vue de cet état de joie, tout est perçu différemment, même si les conditions semblent difficiles pour nous. N'offrons donc de résistance à rien. N'opposons pas ce qui est à ce que nous voudrions qu'il soit. C'est justement cette résistance qui est le véritable problème, et non les prétendus problèmes eux-mêmes.
En cette non-(ré)action, tout l'univers se déploie et nous entraîne dans son courant de perfection, d'instant en instant. Et cette acceptation inconditionnelle face à ce qui est devient source de contentement. Vraiment, soyons heureux car, fondamentalement, nous sommes inséparables de ce bonheur. La Vie même nous y invite !
Nous pouvons donc nous détendre et arrêter de lutter puisque, comme l'enseignait le grand sage de l'Inde Ramana Maharshi : "Tout ce qui doit arriver arrivera, quels que soient vos efforts pour l’éviter ; tout ce qui ne doit pas arriver n’arrivera pas, quels que soient vos efforts pour l’obtenir." Ou, comme le dit encore Anita Moorjani : "Je pense également qu’il est très important de voir la perfection dans l’instant. Le moment présent est très puissant. Chaque instant renferme une promesse, chaque moment peut être un virage pour toute votre vie.
Je suis souvent incomprise lorsque je dis que chaque moment est parfait, que tout est parfait. Les gens ont peur de voir la perfection dans une situation qui ne leur convient pas, ils pensent que voir la perfection signifie ne rien changer. Pour moi, voir la perfection ne veut pas dire conserver la situation statique. Cela signifie voir la perfection à l’endroit précis de son voyage en cet instant même, peu importe où on se trouve. Voir la perfection dans l’instant, où que se trouve ce moment dans le voyage. C’est cela voir la perfection."

Cela est comparable à ce qui se passe en méditation. Bien souvent, nous souhaiterions de meilleures conditions ou un meilleur environnement, tant extérieur que mental. Sans cesse nous opposons ce que nous voudrions à ce qui est notre situation présente. Du coup, notre méditation est un champ de bataille, plutôt qu'une source de paix et de bien-être, car elle devient synonyme de lutte. Considérons maintenant que les conditions de notre méditation, qu'elles soient agréables ou insupportables, sont justement ce qui nous est demandé d'observer ou d'expérimenter. Réalisons ensuite que c'est notre propre esprit qui rend les choses faciles ou compliquées. Plutôt que de résister, rencontrons simplement ce qui se présente à soi avec ouverture. Faisons-en notre pratique du moment, notre support de méditation et d'attention. Accueillons ce moment présent, ce parfait miroir, tel qu'il est, avec aisance et détente. Offrons-lui un "oui absolu", lâchons prise et abandonnons-nous à ce qui, justement, se trouve là, devant nous. Le fait de s'en remettre ainsi, à ce qui se présente à soi, relâche une tension ainsi qu'une pression incroyable, et libère une joie d'être insoupçonnée. Là encore, faisons-en l'expérience...
Maintenant, transposons cela dans notre vie toute entière, à tout moment. Vous verrez que le processus est le même ainsi que la joie ressentie. Tout devient considérablement plus léger, beaucoup plus fluide et ouvert, et un profond bonheur peut ainsi être éprouvé. Celui-ci repose à la fois sur le fait de ne pas résister ni de s'opposer, mais aussi de s'abandonner et de s'en remettre inconditionnellement (sans le faire de façon passive ni soumise pour autant), et de s'ouvrir avec sincérité à ce-qui-est. Ceci est l'essence du lâcher-prise.
Cette dilatation du coeur ne repose sur rien d'extérieur. C'est juste que l’on peut se sentir rempli, comblé en soi-même, relié, sans aucune notion de manque et, reconnaissant cela, on prend conscience qu'il peut en être ainsi pour chacun d'entre nous. Cette joie n'est pas la propriété d'une élite, mais elle est ce que nous sommes, au-delà des circonstances de notre vie. Cette joie est sans objet et nous ouvre à un amour débordant. En écrivant cela, je prends conscience que c'est aussi avec cette plénitude que chacun est mis en résonance à travers les initiations du Reiki.

Encore une réflexion : certains enseignants parlent parfois de basculer dans la dimension de l'éveil. Mais je ressens que c'est en fait le contraire qui se passe. L'éveil, le bonheur, sont notre nature et notre demeure véritable. En un sens, nous y sommes déjà. Mais pour une raison que j'ignore, nous avons plutôt basculé dans l'illusion et la confusion. Selon le sens étymologique du mot "péché", c'est comme si nous avions "manqué la cible ou le but". Peut-être, qu'effectivement, nous passons à coté de quelque chose qui se trouve là, si près... Il n'y aurait donc rien à faire de spécial pour se retrouver dans cette condition originelle, à part d'arrêter de s'opposer et d'ouvrir simplement les yeux, de se tenir dans ce regard ou cette "Vue", de demeurer dans cette reconnaissance. Juste revenir dans ce qui précède ce moment de bascule... et y maintenir son être dans l'Être.

Pour plus d'infos, voir le site Reikido-France