jeudi 31 décembre 2009

• L'éveil est une conscience vivante - Thierry Vissac


Interview de Thierry Vissac sur l'éveil, réalisée par deux personnes de Lyon souhaitant publier un livre sur le sujet.

Quelles sont les qualités spécifiques de l'éveil, qui le distinguent nettement des états mentaux et émotionnels habituels ?

Lorsqu'on parle d'éveil spirituel, on évoque une réalité d'une grande simplicité que les mots définissent mal, bien que nous soyons toujours sollicités pour donner des définitions. Vous me posez une question claire qui appelle une réponse claire ? Mais ce que nous comprenons clairement risque d'être une référence à ce que nous savons déjà ou ce que nous croyons. Cette compréhension est donc très imparfaite, sans quoi la clarté de cette réponse serait un éveil en elle-même. Nous aspirons donc moins à être éclairés intellectuellement qu'à vivre cette réalité de manière directe et non mentale.
L'éveil est une conscience vivante qui ne perd pas de vue la trame essentielle de notre existence et permet donc de ne pas se laisser happer par l'hallucination collective du devenir, du paraître, du construire. Cette conscience donne une perception panoramique et un sentiment d'espace.
Mais interrogez-moi demain et je vous dirai peut-être quelque chose qui semblera différent.

Dans votre vécu, l'éveil est-il permanent ou la personnalité vient-elle parfois l'estomper ?
 

Cette conscience est permanente. Mais elle n'empêche pas les aléas de l'incarnation. La conscience de l'éveil permet cependant de les vivre en Paix. La personnalité laisse ses marques mais l'identification s'est estompée dans cet éveil. On parle moins de personnalité alors que d'empreintes qui ont été vues pour ce qu'elles étaient et qui, en conséquence, sans être rejetées ou condamnées, d'ailleurs, n'appartiennent plus à cette conscience. C'est-à-dire qu'elles existent à leur niveau, sans qu'il y ait de dépendance. La perception de soi et du monde n'est plus exercée à partir de la personnalité et de ses filtres mais à partir de la conscience vivante qu'on appelle l'éveil spirituel.

Que change l'éveil au quotidien : dans les relations interpersonnelles, relation au pouvoir et à la vulnérabilité, au plaisir et au manque, au besoin de sécurité (argent, biens…etc.) ?
 

La réponse est contenue dans la phrase précédente. Les mouvements de la vie personnelle peuvent se poursuivre naturellement mais le regard qui est porté sur eux est Paisible. L'urgence habituelle du besoin, de la nécessité de se protéger, de se sécuriser, se dissout sans mal dans cette conscience où la joie simple d'être vivant donne un moindre pouvoir à toutes ces choses. Quand le monde connaîtra un plus grand nombre d'éveillés, le pouvoir de ces forces collectives sera encore moindre jusqu'à, sans doute, devenir inexistant.

Au cours de vos enseignements, quelles sont les principales demandes, attentes et réticences que vous percevez chez les participants ?

Les participants attendent de ne plus souffrir moralement ou physiquement. Mais ils résistent à l'idée d'abandonner leurs habitudes, leur regard d'identification pour cela. Ils ont une tendance récurrente à identifier la joie de l'éveil à une satisfaction physiologique ou psychologique. Cet amalgame très répandu est une déviation qui conduit depuis toujours les aspirants à l'éveil à ne pas regarder "au bon endroit", et manquer du coup la simplicité de ce qui est, à chaque instant.

Quelles sont les particularités de l'enseignement spirituel, ses principales difficultés et joies ?


La joie du Service, dans un oubli total de soi. La joie de voir la lumière revenir sur des visages tendus et fatigués. Le miracle de voir se révéler l'éveil, malgré soi plutôt que grâce à soi. Il n'y a pas de difficulté à témoigner ou à dialoguer, bien que les "attentes et réticences" que vous mentionnez précédemment peuvent produire un poids ou une charge particulière que je ressens souvent naturellement dans l'interaction.

mercredi 30 décembre 2009

• Le visage même que vous aviez avant votre naissance - Jean Klein



Dans mon cas, qui choisit de venir ici au lieu d'aller au cinéma ?

Je n'en suis pas si sûr ! ( Rire )

Moi non plus !

J'aimerais que vous scrutiez plus attentivement ce qui vous pousse à venir ici. Regarder la motivation qui vous conduit à venir ici peut considérablement réduire votre consommation d'essence ! Vous pouvez faire face à la question immédiatement, dans votre salon. Peut-être est-ce un manque de paix, un manque de bonheur. Si c'est un manque de paix, peut-être pouvez-vous affronter, dans l'instant même, la sensation qui vous rend nerveux. Faites face à la perception à ce moment-là, faites face à l'absence de paix et de bonheur, et vous vous découvrirez vous-même, non dans l'objet, le manque ou la nervosité, mais dans la vision elle-même. Vous êtes le sujet ultime, le sujet de tous les objets. Des milliers et des milliers d'objets existent et changent, mais vous êtes l'unique sujet ultime qui ne peut jamais devenir un objet — aussi, soyez-le ; c'est là qu'est votre liberté. Quand vous verrez cela réellement, vous serez frappé par l'évidence qu'il n'y a rien à atteindre, rien à acquérir. Si quelqu'un vous déclare que vous pouvez apprendre quelque chose ou obtenir une perception directe grâce à une technique ou un système, passez votre chemin. Tout cela vous détourne de la vision réelle. Rien n'est à acquérir de ce que vous êtes, parce que vous l'êtes. Tenter de l'acquérir vous en éloigne, car c'est ce qu'il existe de plus proche de vous. Avant que votre corps ne s'éveille le matin, vous l'êtes. Il est suffisant de savoir que les états de veille, de rêve, de sommeil profond sont en vous. Ce qui est derrière tous ces états est votre vraie nature, votre vrai visage ; c'est le visage même que vous aviez avant votre naissance, et c'est le visage même qui demeure après votre mort physique. Mais l'important est d'intégrer cela sciemment.

Dr Klein, comment peut-on s'acquitter de ses tâches quotidiennes s'il n'existe ni personnalité ni ego ?

C'est dans votre absence que vous percevrez votre réelle présence. Tout ce qui apparaît dans votre vie est comme ce qui se produit sur une scène mais vous ne vous identifiez pas à l'acteur qui est sur scène, vous demeurez simplement dans la salle, vous êtes le témoin. La vraie joie n'a lieu que lorsque vous êtes le témoin de tout ce qui apparaît et disparaît. Alors vos relations changeront complètement, parce qu'alors il n'existe aucune personnalité à laquelle vous identifier. La personnalité est un très bon outil, mais vous ne vous identifiez pas à elle. Vous agissez spontanément, et cette action n'est pas une réaction, elle est en réelle adéquation avec chaque instant. Une action spontanée implique qu'il n'y a ni acteur, ni agent, il y a seulement action. Il n'y a aucune entité dans le cosmos, il y a seulement fonctionnement. Un fonctionnement sans intervention d'une personnalité relève d'un âge nouveau.

Extraits choisis de Transmettre la lumière - Jean Klein - Éditions du Relié

mardi 29 décembre 2009

• Bienveillance universelle - Tony parsons


 Jeff Foster & Tony Parsons

Tout mène à l'éveil. Même ce que votre esprit peut considérer comme nuisible vous rappelle l'existence d'une autre possibilité. Abandonnez simplement votre attachement et votre fascination envers l'histoire personnelle et laissez la vie avoir lieu. Quelque chose d'autre, d'une signification immense, va prendre la place de tous vos tracas et vous serez submergé par un sentiment neuf d'émerveillement. Tout va se teinter d'une qualité de bienveillance. C'est la manière d'être naturelle de la vie.

Quand l'éveil se produit, il est vu (non par "quelqu'un"), que tout est unité. Tout et chaque chose émane du silence et de l'amour inconditionnel. Dés que cela est vu, le fond de l'être, l'amour inconditionnel, est reconnu en tout ce qui est. C'est comme si, instantanément, tout recelait une présence d'amour, de bienveillance universelle.

Tony Parsons - Ce qui est

mercredi 23 décembre 2009

• Exploration de la nature de l'expérience - Rupert Spira







































Je rencontre tant de personnes qui ne sont pas heureuses, et à qui on a dit qu'il n'y avait absolument rien à faire. Donc, en plus de leur mal-être, une couche de résignation et de frustration a été ajoutée. Ce mal-être est d'autant plus intense chez ceux qui comme vous, ont connu des moments ou des périodes d'éveil.

Il est vrai que du point de vue de l'absolu, il n'y a rien à faire, et personne pour le faire. Toutefois une personne malheureuse ne parle pas du point de vue de l'absolu. Elle parle du point de vue, où l'apparente entité séparée, son mal-être et la recherche qui obligatoirement s'ensuit, sont vécues comme tout à fait réelles. Il n'y a là aucun jugement.

Il est important de comprendre qu'en tant qu'entité séparée, faire ou ne pas faire n'est pas un choix. Faire (dans ce cas, rechercher le bonheur) est inévitable et inéluctable, si l'on ressent que l'on est une entité séparée, c'est-à-dire si l'on se sent malheureux.
Il n'est pas juste de dire: "Je sens que je suis une personne, une entité séparée, je suis malheureux et pourtant je sais qu'il n'y a rien à faire". L'entité séparée est celui qui fait, qui cherche, qui pense etc. Ce qui s' est passé dans de tels cas, c'est qu'un mince vernis d'Advaita a été répandu sur nos croyances et sentiment de séparation.

Si nous sommes malheureux, nous rejetons par définition la situation actuelle. Nous voulons que les choses soient différentes. Ce rejet de la situation courante est en soi synonyme de recherche d'une situation différente, c'est-à-dire la recherche du bonheur dans le futur. En d'autres termes, mal-être et recherche du bonheur sont inséparables.

Si nous disons que nous sommes malheureux et qu'en même temps nous comprenons qu'il n'y a rien à faire, qu'il n'y a pas de recherche, alors nous n'avons simplement pas examiné suffisamment notre condition présente.

Dans un tel cas, un regard clair sur nous-même, révèlera une entité apparente, qui est véritablement en recherche, c'est-à-dire, une entité qui fait quelque chose. Ainsi rechercher le bonheur n'est pour celui ou celle qui croit être une entité, pas un choix. C'est donné. La personne séparée est la recherche du bonheur.

Cette aspiration profonde de votre coeur est un mélange de la joie même que vous recherchez plus la croyance et le sentiment qu'elle n'est pas présente. Si nous ajoutons la croyance qu'il n'y a rien à faire pour dévoiler cette joie, nous nous condamnons à la résignation, frustration et désespoir, soulagés par quelques moments fugaces de bonheur. Il est vrai que l'aspiration du coeur ne peut être comblée, mais elle peut être dissoute.

La joie est la simple reconnaissance de notre propre être - c'est la chose la plus naturelle. Ce qui reconnaît cet Etre et ce qui est reconnu sont une seule et même chose.

Si nous pensons que nous sommes une personne (et que nous nous sentons malheureux de ce fait) il y a deux choses que l'on peut faire. L'une est de rechercher la source de cette personne apparente. En tournant notre attention vers notre propre Etre, cette apparente entité qui semblait tourner son attention, se révèle n'être rien d'autre que la Présence elle-même.

Et la deuxième : en prenant la position de cette conscience-présence, nous pouvons coopérer avec le réalignement du mental et du corps, et en fait du monde, avec cette nouvelle position. Cela demande simplement de la patience, de la clarté et du courage.

La Présence s'est, semble-t-il, voilée en prenant la forme de la pensée dualiste, mais étant la substance même de toute expérience, elle a aussi permis le chemin du retour à elle, un fil d'or... le chemin de l'investigation et de la contemplation.

Du point de vue de la personne, ces deux possibilités seront ressenties comme un faire - qu'il en soit ainsi. Elles sont le cadeau (la grâce) de la Présence à elle-même.

Vu sur le site Perles de Bonheur

mardi 22 décembre 2009

• Le retour vers la Source - Nicole Montinéri



 Voici les fichiers audios de la venue de Nicole Montineri à Villeneuve-Loubet.


INFORMATION :

A la demande de Nicole les pistes audios a été enlevées car, me précise-t-elle :

L'enregistrement fige des paroles dites spontanément et qui n'ont pas vocation à rester...

J'y vois là comme une subtile invitation à revenir dans notre "présent"...

(les lecteurs ont donc été désactivés) 








lundi 21 décembre 2009

• Vous êtes la Conscience - Nathan Gill



Vous êtes la Conscience. Vous êtes cela en lequel tout apparaît. Le monde, le corps, les pensées - tout apparaît en vous. Vous n'êtes pas séparé de quoique ce soit.

Vous êtes la source et l'apparition de tout ce qui est. Vous n'avez pas à aller ou que ce soit, ou faire quoique ce soit pour que cela soit évident. C'est la chose la plus évidente. Vous l'oubliez toujours, le tenant pour acquis.

Tout apparaît dans la conscience, la conscience ordinaire, maintenant, qui est le fondement de tout ce qui est, y compris cette expérience actuelle. La simple prise de conscience est le facteur commun à toute expérience.
Juste voir que vous êtes tout simplement présent. Rien d'autre n'arrive jamais. Voir que tout advient et tombe dans la présence consciente. Les gens passent, les nuages vont passer, les conversations sont en cours, les pensées apparaissent. Tout se déploie dans la conscience.

Au sein de la présence, vous apparaissez a vous même en tant que tout.
Les pensées, les mondes, les univers, la vie, la mort - tout surgit en vous.
L'identification en tant que personne humaine ordinaire a lieu en vous.
Vous êtes la source et l'apparition de tout.

Toute expérience apparaît en vous. Il n'y a que l'apparition actuelle de tout, comme et dans la conscience. Toute «illumination» est simplement une autre expérience modifiée dans la conscience. Vous n'avez pas à tenter de transcender ou d'anéantir l'individualité, l'ego, ou n'importe quoi d'autre. Tout cela apparaît dans la conscience ordinaire. Cette expérience à l'instant, ordinaire ou extraordinaire, est le contenu de la conscience. Rien n'a besoin de changer, il n'y a rien à obtenir ou a réaliser.
Vous êtes la conscience, consciente et apparaissant comme tout.

Il y a conscience en ce moment - quel qu'en soit le contenu. Conscience et contenu.
L'océan et les vagues. Le flux et le reflux de la vie. Ce qui est maintenant. Vous l'êtes.

Lorsque vous ne prenez plus au sérieux l'histoire conceptuelle de toute une vie portée par la pensée au-delà du contenu actuel de conscience,  la vie conceptuelle se révèle pour ce qu'elle est et cesse d'être l'objet exclusif d'attention.

L'identification d'un moi conceptuel - ou ego - n'est pas plus réalle que simple conscience mais elle est un ajout inutile, une superposition, sur le simple sens de «moi» de la présence physique.

L'acceptation de la vie telle qu'elle est plutôt que tout effort visant à se débarrasser du mental ou l'ego, ou de devenir «illuminé», permet a la recherche de tomber d'elle même. Tous les efforts visant à se débarrasser de l'ego, ne font que renforcer ce sentiment d'identification.

L'acceptation de la vie telle qu'elle est ne signe pas la fin d'une vie ordinaire pour ce corps dans un feu d'artifice magique de l'illumination. La réflexion se poursuit, la vie continue, mais n'est plus accablé par la complication de la recherche de l'unité. La vie est vue comme l'expression de la plénitude plutôt que comme sa recherche.

Vous êtes Conscience. Cependant, votre apparence est déjà parfaite, y compris l'identification en tant que moi, ainsi que tout cherche à se débarrasser du moi. l'identification conceptuelle est une simple apparence supplémentaires dans le jeu apparent de la conscience et la conscience ne recherche pas l'illumination. Seul l'ego le fait.

Dans la vision lucide, la vie apparaît comme une grande pièce de théâtre.
Vous - Conscience jouez tous les rôles dans la pièce, et apparaissez comme l'ensemble du spectacle, spontanément sans cause.

Ça fait partie de la pièce que vous - Conscience jouiez des rôles habituellement sans connaître votre identité véritable, mais parfois, comme partie du spectacle, vous vous permettez de connaître ce que vous êtes vraiment.

Lorsque vous - Conscience - êtes impliqués en tant que personnage dans votre pièce sans connaître votre véritable nature, le rôle est pris au sérieux et tous les drames de la vie viennent de là.

Si un rôle est joué en sachant qui vous êtes, le jeu est considéré pour ce qu'il est.
Le personnage qui connaît son identité réelle ne disparaît dans un flash et un bang - bien que cela soit possible parce qu'il n'existe pas de règles pour le spectacle, n'endosse pas des robes ocres, n'a pas de disciples, n'enseigne pas des «vérités spirituelles», bien que cela soit toujours possibles, selon le rôle du personnage dans la pièce. Le personnage apparaître probablement sous la forme qu'il ou elle avait avant de connaître sa véritable identité.

Le personnage est susceptible de continuer ce qui semble une vie ordinaire dans la pièce. Il n'est même pas nécessaire que la personne communique a quiconque ce qui est maintenant évident pour elle.

Il n'y a aucune qualité à cette vision lucide.

Cela fait partie de la pièce et n'est associé à aucun mérite.
Si la personne souffrait ou avait un problème avant que survienne la lucidité, alors cela pourrait encore faire partie du rôle du personnage.

Il pourrait y avoir du bonheur ou du plaisir, mais seulement si cela fait partie du rôle joué. Il n'y a absolument pas de règles ou de conditions.

Toute cette scène n'a aucun but, ou qualité et il est juste vous - Conscience - vous célébrant vous-même.  Vous êtes votre jeu. Cela n'a pas d'existence distincte de vous.

La vie spirituelle n'a pas vraiment de pertinence avec la lucidité.
La vie spirituelle se présente comme partie de la pièce de théâtre de la vie, mais devient souvent confuse comme une condition préalable à la lucidité du fait que ce qui apparaît dans le jeu est l'évolution de l'individu au travers d'étapes progressivement «supérieures» ou plus élevées.

Le personnage ordinaire, occupé par les les affaires habituelles de la vie humaine, peut s'intéresser à la religion ou au développement personnel.

Il pourrait y avoir un basculement vers la vie «spirituelle» et peut-être un intérêt à la non-dualité de Advaita.

Cette progression n'est pas nécessaire pour qu'apparaisse la lucidité. Elle pourrait apparaître à tout moment et à n'importe quel personnage de la pièce. Aucune des différentes parties ou étapes du jeu de la vie n'ont la capacité d"amener a la lucidité.

La lucidité naît spontanément de son propre chef. La Conscience devient consciente d'elle même dans et en tant que jeu de la vie. La connaissance de l'Advaita n'a pas plus de pouvoir a créer les conditions pour l'apparition de la lucidité que toute autre partie de la pièce.

La vie spirituelle voit l'individu comme séparé de sa nature Consciente, et a comme objectif de les réunifier.

Comme moyen pour atteindre cet objectif de ré-unification, une gamme de techniques exotiques et méthodes ont été formulées pour «purifier» l'individu, pour se débarrasser de l'ego, pour calmer l'esprit et les émotions, etc.

Le point fondamental à coté duquel on passe à chaque étape de la quête de l'individu est que l'individu - joué par vous, qui êtes conscience - est déjà ce qu'il cherche. Or rien ne definira le chercheur plus que ce qu'il ou elle est déjà.

La recherche et toutes les méthodes et les techniques employées, n'ont pas plus de raison d'être là que n'importe quelle autre partie de la pièce. Elles adviennent d'elles même comme partie de la pièce.

La lucidité peut survenir chez n'importe qui, n'importe quand, sans "qualifications" spirituelle.

La conscience sous la forme d'une personne assise dans une posture du lotus, visualisant une lumière violette dans ses organes génitaux, respirant l'univers à travers le plexus solaire, chantant "Om" et remontant la colonne vertébrale entouré de mille pétales de lotus, n'a pas plus de chances de ré-unification, que le drogué dans le ghetto. La conscience est déjà parfaitement présente dans les deux cas donc aucune réunification n'est nécessaire ou possible.

La vie spirituelle impose beaucoup de conditions à la personne «impure» et «séparée».  Des méditations spéciales, des comportements appropriés, des cérémonies, des régimes alimentaires, des comportements sexuel, la destruction de l'ego, la cessation de la pensée, la recherche du silence, en reddition au gourou, etc.

La conscience, déjà conscience d'être sous n'importe quelle forme, n'a pas besoin d'une alimentation végétarienne, du célibat, de la sexualité tantrique, de la méditation ou d'un gourou. La conscience est déjà toutes ces choses. Si vous aimez chanter, méditer, manger la nourriture végétarienne, ou pratiquer le sexe tantrique, alors très bien. Cela ne vous aidera pas à réaliser ce que vous êtes vraiment.

L'attention de l'individu pourrait se focaliser sur des royaumes ou des plans exotiques, voir la création continue et la dissolution de l'univers à l'échelle atomique et expérimenter l'union extatique éternelle cosmique de Shiva et Shakti.
Mais, à votre retour, n'oubliez pas d'aller au travail lundi, de payer la facture d'électricité et de nettoyer les toilettes.

Vous - Conscience apparaissez dans votre jeu en tant que personne jouant les rôles des enseignants, des maîtres ou des gourous. Dans certains cas, la personne peut avoir eu une expérience transcendantale, qu'elle se produise encore, et que l'individu estime que ce soit son «illumination».

Si la personne suivait déjà un gourou ou un enseignement particulier, il est probable que les croyances et les méthodes qui semblait conduire à l'expérience transcendantale - son «illumination» - va maintenant être transmise aux adeptes de l'individu comme étant «la vérité ».

Certains de ces «enseignants» peuvent même avoir la capacité d'induire des expériences inhabituelles au disciple via la transmission d'énergie qui consiste souvent en une forte attirance pour le disciple.
Il n'y a rien de mal à tout cela. Tout cela est la perfection de la pièce. Continuez la dedans. Prennez plaisir à tout cela. Rien de tout cela ne mène à la lucidité.

Merci à Pascal pour cette traduction Française
Sources du texte
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dimanche 20 décembre 2009

• Il y avait un sens subtil de «moi» sans être là - Nathan Gill




L' histoire
Je suis né en 1960 dans une famille de la classe ouvrière du sud-est de l'Angleterre.
Enfant, j'étais très éveillé et curieux de tout. Je passais des heures à lire des livres traitant d'aventures et de mystère. J'avais des hobbies qui comprenaient la recherche de pièces de monnaie et d'autres objets antiques à l'aide d'un détecteur de métal, et aussi de longues marches dans la campagne environnante dès que l'occasion s'en présentait. L'esprit de recherche s'éveilla de bonne heure.
En grandissant, mon besoin de mouvement et mon incapacité à privilégier un domaine particulier posèrent problème lorsqu'il s'agit de choisir une carrière. Je quittai l'école aussitôt que possible, décidai de me former comme chef cuisinier et me retrouvai à travailler sur des chantiers de construction. J'en retirais beaucoup de plaisir. Cela absorbait une grande partie de mon excédent d'énergie et ne demandait aucun investissement de responsabilité. Je prenais mes ordres et abattais le travail... ce qui me laissait libre de m'adonner aux errances de l'histoire mentale brodée par la pensée.
Il y avait un intérêt constant pour les mystères du corps et de l'univers, l'expérimentation de divers régimes alimentaires et traitements naturels à base de plantes, la contemplation des étoiles, la consommation de champignons hallucinogènes et une inclination à pousser le corps à ses limites par la pratique des haltères et du body-building.
Peu après mes vingt ans, je fus contraint de ralentir un peu. Une blessure à l'épaule mit fin aux haltères, ma femme donna naissance à notre première fille lorsque j'avais vingt-deux ans et je passai du bâtiment à l'horticulture. Pendant plusieurs années, je cueillais des fruits dans les vergers du Kent du début de l'été à la fin de l'automne et jardinais pendant le reste du temps. C'est à cette époque, vers 1985, l'année de mes vingt-cinq ans, que mes pensées se tournèrent vers la chose ésotérique et spirituelle. Jusque-là, je n'avais jamais éprouvé d'intérêt pour la spiritualité et tout ce que je savais sur Dieu me venait de l'instruction religieuse à l'école.
Ce fut le moment où je m'engageai dans un ordre fraternel qui m'envoyait régulièrement des leçons mensuelles sur le mysticisme et la « loi universelle ».
Au bout de deux ou trois ans, je trouvais cela un peu indigeste et commençai à m'intéresser aux enseignements d'un maître indien disparu, toujours en leçons mensuelles, qui comportaient une relation gourou-disciple, bien que le type soit déjà mort depuis belle lurette ! Je m'y engageai sans réserves et me retrouvai en train de poursuivre l'illumination. C'était ma nouvelle obsession.
Quelques années et techniques spirituelles plus tard, cela commença à m'ennuyer et je tombai sur le livre d'un gourou occidental. Ce livre m'annonçait que j'étais déjà éveillé et n'avais pas besoin de libération. La vérité de ce qu'il disait était évidente. Cependant le vieux forban, en l'espace de quelques années et d'un nombre conséquent de publications, finit par se proclamer l'enseignant du inonde et par offrir une relation gourou-disciple à ceux qui étaient intéressés.
Cette fois, je ne voulais pas en entendre parler, bien qu'au cours des cinq années suivantes, je continuais encore à lire quelques-uns de ses livres et à peu près tous les autres livres spirituels sur lesquels je mettais la main. Mais rien d'aussi percutant pour moi que ne l'avaient été les premiers livres de ce gourou occidental. Quelque part, je savais que c'était vrai, que j'étais déjà éveillé et libre, mais j'étais encore désorienté car je semblais être un simple type ordinaire avec tous les genres de problèmes qu'ont les gens ordinaires.
Quoi qu'il en soit, j'en eus par-dessus la tête des enseignements de ce type et en fait, de toutes les autres approches plus traditionnelles. Et l'instant d'après, je me trouvai brutalement projeté sur la scène de l'advaita. Je lus tout de et sur Ramana Maharshi, Wei Wu Wei, Jean Klein et Nisargadatta Maharaj, et tout ce qu'avait publié Ramesh Balsekar. Je lus sur la non- dualité, la prédestination, et qu'il n'y avait ni libre arbitre ni liberté de choix. Il en fut instantanément évident qu'il en est ainsi.
Beaucoup de la confusion que je portais en moi s'évanouit alors. Mais bien que je comprisse que tout ce qui est est Conscience, des questions demeuraient : pourquoi avais-je encore l'impression d'être un « moi » séparé ? Quel était le chaînon manquant ? Si j'étais déjà éveillé et libre, pourquoi ma vie m'apparaissait-elle souvent comme un gros tas de crottes ? En 1997, j'ai lu un merveilleux petit livre intitulé « The Open Secret » de Tony Parsons. C'était son premier. Je l'ai contacté et il m'invita à me joindre à une réunion qui se tenait chez quelqu'un à Londres.
À son contact, le tricotage mystique dont j'avais profusément paré le « drame » de l'illumination devint très clair. Tony avait l'air d'un type tout à fait ordinaire. Il parlait doucement, avec humour et patience. j'écoutais ce qu'il répondait aux questions des gens et fus frappé par la simplicité de ses réponses. J'ai continué à participer à d'autres réunions au cours de l'année suivante et ai parlé à Tony au téléphone chaque fois que je le pouvais.
Je voulus en faire mon « maître », mais il m'expliqua clairement qu'il n'avait rien à enseigner et qu'il n'y avait rien à apprendre. Il souligna qu'il n'est que Conscience – ce que je suis déjà. Bien que je l'eusse déjà compris à un certain niveau, à présent cela commença à vraiment s'intégrer.
Tony soulignait qu'il n'y avait pas nécessairement besoin d'un « événement », quel qu'il soit, associé au fait de réaliser sa véritable nature et qu'il n'y avait pas de règles figées en la matière.
Or, il se trouva qu'en septembre 1998 il se produisit un évènement moins frappant mais similaire à l'évènement de la traversée du parc que Tony décrit dans son livre. J'étais en train de jardiner et il bruinait. Me redressant, je regardais aux alentours : il y avait une subtile impression de « moi » n'étant pas là. J'enfourchai mon vélo, parcourus les allées, et il semblait qu'un film se déroulait sans qu'aucun effort de ma part ne soit requis pour en faire partie.
Avec ce soudain évanouissement du « moi », tout besoin de compréhension disparut, pendant que se révélait un savoir profond. Quoi que Tony eût fait remarquer qu'aucun évènement n'est nécessairement associé à la reconnaissance de notre nature véritable en tant que Conscience, à l'évidence, j'en avais été dans l'attente de façon insidieuse, car à présent qu'il avait lieu, l'évènement prenait l'apparence d'une sorte de « permission d'être éveillé ». Sans m'en rendre compte, j'avais été tout ce temps dans l'attente d'une confirmation de ma nature véritable J'appelai Tony au téléphone, très excité, lui décrivis ce qui se passait, et avec cette nouvelle « permission d'être éveillé », ce que j'avais à dire jaillissait de la clarté plutôt que du point de vue du « je », et Tony fit : « Oui, c'est ça. »
Il se rendit compte que je n'entrais plus en relation avec lui en tant que personnage séparé cherchant à obtenir quelque chose.
Au fil de la journée, l'absorption en tant que « je » commença subtilement à réapparaître et à s'approprier cet événement – qui était précisément la disparition du « je » – comme « mon » illumination, « mon » éveil. L'attention se focalisa sur le sentiment d'un soudain soulagement – une félicité surgi en l'absence du « je » – comme étant l'illumination que j'avais attendue.
Ayant associé cet évènement au Fait d'être éveillé, je commençai à en Faire quelque chose de précieux. Je me réveillai le lendemain. Était-ce toujours là ? Oui Puis après quelques jours, je remarquai que le sentiment de détente s'émoussait un peu, mais peu de temps après, il était là dans toute sa Force. Après plusieurs semaines écoulées dans ce va-et-vient et les réapparitions d'un « je » s'obstinant dans des tentatives visant à retenir sa propre absence, j'allai à l'une des discussions de Tony et l'expérience de félicité sembla reprendre toute sa vigueur par le simple fait d'être là. Je vis que Tony et tous les gens dans la pièce et la pièce elle-même surgissaient dans ma propre conscience, que j'étais eux et qu'ils étaient moi. Après m'avoir demandé si je n'y voyais pas d'inconvénient, Tony évoqua ce qui s'était produit et plusieurs personnes m'en parlèrent.
Quelques jours après, cette expérience disparut complètement, et je me retrouvai au trente-sixième dessous. Je dis rien à Tony et je n'allais plus aux réunions pendant un moment car je me sentais à nouveau désorienté et confus.
C'est alors que je lus Collision With the Infinité d'une femme appelée Suzanne Segal qui décrit une absence du « je » pendant de nombreuses années. Au bout d'un certain temps, il Lui fut confirmé par certains « enseignants » spirituels que c'était « l'illumination ». Puis elle tomba malade et mourut. Et, dans la postface de son livre, écrite par un thérapeute de ses amis, je lus que, près de la fin, elle était devenue confuse et frustrée car l'expérience l'avait désertée et que le « je » avait réapparu.
Soudain, il devint clair que ces évènements où le « je » disparaît subitement peuvent être très déroutants sur le plan de la clarté. Un tel événement peut durer quelques secondes, dix ans, voire même le reste de la vie, mais à moins que le « je » ne soit vu pour ce qu'il est – comme une simple pensée – quand il réapparaît, il y a un sentiment de perte, le sentiment réducteur d'une absorption dans l'histoire « moi ».
À présent, il était évident que la vie entière est une grande pièce de théâtre. Il n'y a jamais que savoir, mais ce savoir semble voilé par ['absorption dans la pensée « je » et toutes les autres qui apparaissent en tant que « mon » histoire. Le « je » est simplement un élément du paysage, comme le sont toutes les autres images, et lorsqu'il est percé à jour vu pour ce qu'il est – La tension et la recherche tombent naturellement d'elles-mêmes.
Il était également clair que cette vision au travers du « je » n'est pas nécessairement soudaine, mais qu'elle peut paraître intervenir graduellement, comme faisant partie du scénario de la vie. Et plutôt qu'un jaillissement de félicité, l'aisance naturelle d'être se révèle graduellement, en douceur.
La confusion m'avait quitté. Je n'exigeais plus aucun évènement ou disparition soudaine du « je » comme preuve de ma nature en tant que Conscience. Il était clair que la totalité de ma vie et ma quête spirituelle survenaient en tant que scénario au sein de la Conscience, et je compris la confusion qui régnait autour de toute cette question. Je compris pourquoi « spiritualité » et « illumination » sont confondues avec la simple clarté. Cette reconnaissance de ma nature véritable n'était associée à aucune sorte d'évènement. Il était clair qu'un évènement, quel qu'il soit, peut aisément plonger dans la confusion s'il survient en l'absence de clarté – qui est de voir au travers du « je » et de l'histoire mentale.
De toute évidence, l'évènement qui s'était produit dans le jardin n'avait aucune importance particulière, pas plus qu'aucun autre. Sa survenue a seulement mis un terme à ma confusion, me permettant de me rendre compte comment j'avais subtilement attendu un évènement en guise de « permission » d'être ce que je suis déjà. Cette clarté ne dépend pas de l'absence ou de la présence du « je ». Si le « je » apparaît, il est simplement vu pour ce qu'il est.
Et pour amener cette petite histoire à son terme, au cours des années de recherche spirituelle, je divorçai, me remariai et divorçai à nouveau, m'occupant seul de mes deux, filles pendant la plupart de leurs années d'études. Je me suis établi dans un petit village du Kent, avec une santé délicate et jusqu'à peu travaillais localement comme jardinier. La vie à présent est simple et tranquille.
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samedi 19 décembre 2009

• L'image de soi a disparu - D. A.



On trouvera dans cet ouvrage les interviews de sept personnes «ordinaires» qui ont connu l’éveil spirituel. Ces sept histoires détruisent une fois pour toutes le mythe selon lequel l’illumination est réservée à des gens «spéciaux». Cet éveil se caractérise par la disparition de l’impression d’être un individu séparé. Il transcende religions, idéologies, croyances et même les notions d’éveil et d’illumination.
Sally Bongers est réalisatrice de films, directrice de photographie et photographe. Elle vit à Sydney en Australie. Son parcours spirituel l’a conduite sucessivement auprès de Muktananda, UG Krishnamurti, Ramesh Balsekar, Bob Adamson et Tony Parsons.
Publié aux Éditions Lotus d'Or

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Fin de l'histoire

D.A. Je suis toujours très réticent à entrer trop profondément dans l'histoire de D. parce qu'en fait elle n'existe pas. C'est un tableau imaginaire fabriqué en cet instant. Si bien que j'y pense très rarement et je ne garde aucune trace de ce qui est arrivé en telle ou telle année.
J'ai 44 ans. Je suis né dans le nord-est de l'Angleterre. Mon père était ingénieur et travaillait pour la compagnie ICI. Je crois que cette région ne me plaisait pas beaucoup. Ma famille est partie dans le nord-ouest quand j'avais cinq ans et là je me suis senti chez moi. Je suis entré à l'université de York, j'ai fait des études de musique, puis j'ai joué et composé de la musique.
Je m'étais toujours intéressé au Zen, au yoga et à la méditation. Cela a commencé je pense à l'âge de seize ou dix-sept ans. Je vivais près de Manchester et il y avait là une excellente bibliothèque. Je me suis dit que j'allais commencer au '000' du système décimal de Dewey. Par chance, '000' est la section philosophie ! C'est ainsi que j'ai découvert des livres sur le yoga. J'en ai ramené certains à la maison. Ils parlaient de cette chose appelée 'illumination'. Cela semblait si extraordinaire! « Pourquoi tout le monde ne s'efforce-t-il pas d'obtenir cette chose?» me demandais-je. «Cela semble fantastique!»
Je m'y suis mis et j'ai essayé certaines techniques de méditation. C'était dans les années 70, la grande époque de la Médi tation Transcendantale. Papa et maman ont essayé la MT, mais ça ne marchait pas tellement. Je lisais beaucoup sur le Zen, faisais un maximum de méditation ; j'expérimentais. Je ne suis jamais resté bien longtemps dans une tradition. J'étais très paresseux. Je le suis toujours. Je ne suis pas resté vingt ans dans un monastère Zen... (rire)... ni dix ans, ni même un an. J'ai fait un seul week-end en France ! Mais j'ai eu de la chance. J'habitais dans Finsbury Park, et il y avait un centre bouddhiste tibétain tout à côté ;je l'ai fréquenté pendant environ trois ans. Je crois que c'est la plus longue période que j'aie jamais passée avec un groupe religieux.
Un premier événement important fut une retraite d'été avec Douglas Harding ; une expérience étonnante. Je me souviens qu'après cette retraite, quand je suis retourné travailler, je fonctionnais au ralenti et faisais de grands sourires à tout le monde, car tout le monde "était moi-même". Tout y était. Les larmes de joie et l'amour, et toutes ces niaiseries. Mais au bout de quelques semaines, tout s'est estompé et je me suis retrouvé à la case de départ. Toujours en train de lire des livres sur le Zen, toujours le même.
De temps à autre je plongeais dans des états béatifiques, des moments d'extase après la lecture d'un certain passage d'un livre ou en écoutant une merveilleuse musique ; et bien sûr, à certains moments j'y ai cru: « Bon sang! Merveil leux, incroyable, ça y est! Je suis illuminé!» Et puis deux jours plus tard il n'y a plus rien et fatigué, vous vous dites: « Bon, tout ça c'est de la rigolade. Je ne veux pas d'une expérience temporaire.»
Et puis rien de vraiment intéressant jusqu'en 2000, où je suis allé pour la première fois à une réunion avec Tony Parsons. J'ai été totalement emballé. J'étais rempli de joie, c'était le bonheur total. Puis je suis allé aux réunions de Nathan Gills et à celles de Roger Linden, et voilà ! (rire). Fin de l'histoire. (rire)
Je me souviens de cette toute première rencontre. À la fin, Tony Parsons s'est levé et m'a étreint. Je n'ai rien pu dire. J'ai simplement continué à venir à toutes les réunions. Comme dit Tony : Tout ce que je fais, c'est vous rappeler ce que vous savez déjà. » Ainsi, au fond de moi je m'étais toujours douté que c'était la réalité ; mais on s'éloigne progressivement de cette perception du fait d'un conditionnement. Quand vous voyez en face de vous quelqu'un vous dire ce que vous savez déjà sur la réalité, vous ressentez une immense joie : Mais oui, mais oui ! J'avais raison. J'avais raison. Depuis toujours. Je pensais que je me trompais, que j'étais fou. Mais c'est vrai ! » J'ai continué à fréquenter Tony un petit bout de temps. Puis les moments de bonheur se sont peu à peu estompés. Tout est redevenu normal et "pas terrible". Je crois que ce fut le grand tournant.
En 2004 j'étais dans une sorte de zone neutre. Je lisais des tonnes de livres sur la non-dualité et j'ai assisté à une foule de réunions avec Tony Parsons, avec Nathan Gills et avec Roger Linden ; mais c'était plutôt une sorte de divertissement, quelque chose que je devais faire, quelque chose qui m'intéressait. À la maison je ne faisais pas d'efforts désespérés pour essayer de comprendre : «Comment faire ceci ? Comment obtenir cela ? Quelle est la chose qui me manque ? » Je n'y pensais absolument pas. J'ai simplement laissé tout cela passer. Il est arrivé un moment où j'ai tout compris ; la totale compréhension intellectuelle. Mais on sait que ce n'est toujours pas ça. Et on sait qu'on ne peut rien faire. On se traîne dans d'autres réunions. On est mort.
J'avais une petite amie qui l'a obtenu quatre mois avant moi. C'était terriblement ennuyeux. Elle avait un intellect phénoménal et un esprit extrêmement affûté. Cela faisait quatre ans que j'allais à ces réunions avec Tony et Roger ; mais elle, elle arrive et au bout de six semaines tout est terminé. Tout est vu très clairement. Elle était affublée d'un petit ami qui ne l'avait toujours pas obtenu, cet idiot qui continuait d'aller à des réunions sur la non-dualité. (rire) Elle a refusé de continuer d'aller à ces réunions : « Bon sang, je préférerais me trancher la tête plutôt que d'aller à une autre de ces sacrées réunions sur la non-dualité ! »
Je crois que la chose la plus importante qui est arrivée avant le "grand événement", ce fut l'échec dans de nombreux secteurs de ma vie. J'étais dans un profond état dépressif parce que tout avait mal tourné. Je préparais une licence de composition musicale et au début des années 80 je me faisais encore des illusions en croyant que l'on pouvait gagner sa vie en tant que compositeur de musique classique. J'ai vu les commandes diminuer progressivement et finalement il est arrivé un moment où je ne pouvais même plus payer mon loyer. Il y avait donc échec professionnel d'un côté, et de l'autre échecs sentimentaux et échec financier. Tout le château de cartes s'effondrait.
C'était l'été. 2004. J'étais désespérément amoureux et je vivais pratiquement avec cette fille. Elle m'a laissé tomber. C'était vraiment le bouquet final. Je n'avais qu'elle, elle était la lumière de ma vie. Et puis cette lumière a été soufflée : Boum ! Il ne me restait plus rien. Seulement ce gros trou noir, la dépression. J'étais fou de douleur ; mais j'ai refoulé cela et me suis dit : « Allons, tout va bien. Je trouverai quelqu'un d'autre. Je n'ai pas besoin d'elle. » Je suis parti et je me suis efforcé de l'oublier.
Environ un mois plus tard, je crois, Wayne Liquorman est venu donner une conférence à Londres. J'y suis allé et elle était là elle aussi. En la revoyant, tout cet horrible chagrin a brusquement refait surface. Je me suis rendu compte combien elle me manquait. Ce jour-là nous avons parlé environ une demi-heure, puis elle est partie. Pendant les quelques semaines qui ont suivi mon moral était au plus bas.
Je suis allé au week-end de Roger Linden. J'étais très déprimé et cela s'aggravait de jour en jour. Par chance, nous avions convenu d'une rencontre en tête-à-tête pour le lundi suivant. Nous avons fait uniquement de la thérapie. Roger m'a fait sentir tout ce désespoir et toute cette douleur, puis m'a demandé de tout laisser sortir. À la fin nous avons parlé un tout petit peu de non-dualité. Il parlait du témoin. Je crois qu'après avoir lu des tas de livres de Douglas Harding et être allé à un grand nombre de ses retraites, j'avais fini par m'imaginer que le témoin était quelque chose qui se tenait juste derrière et au-dessus de moi, localisé à cet endroit. Je me souviens que Roger m'a dit: Non, non. Tout est le témoin! » Brusquement cela a fait tilt. Roger pouvait voir que quelque chose s'était produit. Il m'a regardé et a dit : « Oui, mais il y a encore dualité, n'est-ce pas ? « Oh oui, absolument, » ai-je dit. » Convenons d'une autre séance, » a-t-il dit.
Le vendredi suivant, après le bavardage habituel, Ro ger a dit : « Faisons une pause.» J'ai fermé les yeux et me suis détendu; et alors, pouf ! Tout a disparu. Quand j'ai ouvert les yeux, il a demandé: «Comment était-ce? » et j'ai dit: «Impossible à dire.»
Je crois que c'était totalement indicible. En un sens il ne s'est absolument rien passé, et c'est ce qui était si extraordinaire. L'image de soi a disparu. L'idée habituelle que l'on se fait de soi s'est progressivement estompée, jusqu'au moment où il n'y avait que ce qui est vu, suspendu là dans le néant, dans le vide.
Roger a posé quelques questions pour vérifier si c'était parfaitement clair et s'assurer qu'il n'y avait pas de points aveugles. Puis il a demandé : « Et bien, avez-vous obtenu ce que vous étiez venu chercher? » (rire) « Oui, merci ! » ai-je dit. (rire) Nous nous sommes serré la main et j'ai descendu la rue en titubant, totalement époustouflé.
D. avait disparu et il n'y avait que ce vide descendant la rue. Heureusement je ne travaillais pas à l'époque et j'habitais dans un appartement très joli au bord de la Tamise ; aussi ai- je passé les quatre ou cinq jours suivants assis au bord du fleuve, ne faisant absolument rien, regardant fixement devant moi, observant le cours de la Tamise, les arbres, les oiseaux et le soleil sur l'eau. Je ne pensais pas, mais j'avais comme cette impression : « Oh, Dieu merci, tout est terminé. » Et tout est devenu clair.
Quand la recherche s'est arrêtée, ce fut quelque chose de massif, d'énorme, pas seulement psychologique mais physique également. Certaines personnes ont remarqué que quelque chose avait changé. Quand je suis revenu de cette rencontre fatidique avec Roger, ma compagne — pratiquante assidue du bouddhisme tibétain — m'a regardé. Elle se doutait de ce qui s'était passé.
Pour moi, ce n'était pas la béatitude en réalité. C'était une libération et un énorme soupir de soulagement. C'était la paix. Et puis tout est redevenu normal ; mais Dieu merci sans cette recherche insensée. Je dis souvent : C'est comme si pendant quarante ans vous aviez eu une très mauvaise fièvre, une maladie tropicale; comme si vous étiez alité et en proie au délire, vous débattant désespérément. Et puis un beau matin vous vous réveillez et la fièvre est partie. Plus de délire.
Vous descendez acheter du lait, et c'est tout. Après la folie, c'est le retour à la normale. » Et une fois que cette impression fondamentale de séparation a été percée à jour, ça y est. On sait. C'est terminé. 'L'expérience' spéciale extraordinaire est finie, comme toutes les expériences n'est-ce pas. Évanouie, complètement envolée. Par bonheur je ne suis pas tombé dans le piège, je n'ai pas cru que l'expérience de pointe était 'ça'. Heureusement, je savais : <‹ Non. 'Cela' c'est simplement l'essence existentielle. Ce qui est, est ce que tout le monde cherchait ; c'est fou ! C'est insensé, parce qu'il y a seulement ce qui est.»
Ce qui se passe réellement quand la recherche cesse, c'est simplement la réalisation de l'essence existentielle. Ce n'est pas une expérience. On se dit : » Oh, c'est donc tout ! » Et cela ne disparaît jamais. Peu importe quelle expérience se produit, que ce soit l'ennui, une gueule de bois ou une migraine. Toutes sortes de stupidités peuvent encore se manifester, bien sûr : comportement égoïste, ignorant, toutes les stupidités imaginables — être paresseux, refuser de faire la vaisselle, le ménage. Toutes sortes de faiblesses humaines sont encore présentes.
Donc le truc spirituel est réglé. La recherche spirituelle a cessé, oui, absolument. Mais seulement la recherche spirituelle. On peut continuer à chercher de l'argent, à vouloir une femme, à vouloir un logement, à vouloir toutes les choses habituelles ; tout cela continue. Peut-être de manière un peu moins obsessive. Accessoirement.
Tout est plus facile maintenant, mais il y a encore des problèmes. Problèmes d'argent, de santé, de relations humaines, etc., en particulier les relations humaines. La souffrance vient en grande partie du fait qu'on y pense sans cesse, et ceci a diminué par rapport à ce que c'était auparavant. Je crois que ça dépend des gens. Mais les problèmes sont toujours des problèmes. Vous continuez de tomber amoureux des gens qui vous conviennent le moins et vous vous ridiculisez ; puis vous êtes complètement bouleversé quand ils vous laissent tomber, exactement comme tout le monde. Une vie normale, vraiment.
Il y a capacité croissante de se détacher des pensées et de ne plus en être l'esclave. Cela dépend des gens. Certains continuent sans se soucier de leur degré d'implication, parce qu'en fait cela ne fait aucune différence. Je veux dire, l'unité est l'unité, la conscience est la conscience ; alors vous pouvez penser autant que vous voulez. Néanmoins, quand vous avez vu toute la souffrance créée par la pensée, alors, du moins dans mon cas, c'est plutôt une bonne idée de la laisser tomber, à moins d'être masochiste ! Il n'y a pas de grande différence dans la nature de la pensée ; on a simplement un peu moins tendance à s'identifier et à se perdre totalement dans des nuages de pensée, qui voue entraînent dans une histoire. C'est tout.
En même temps, on se dit : II n'y a que l'unité. Il n'y a que conscience, alors c'est sans importance. » Se laisser prendre, c'est très bien ; être totalement perdu dans les nuages de pensée, c'est très bien. Tout est un. Cela n'a pas d'importance, c'est vrai.
Souvent les gens confondent certains types de comportement avec la libération. Par exemple, ceux qui ont suivi pendant des années une formation de psychothérapeute ont une certaine façon de se comporter avec les autres, d'être en relation avec les gens : ils se montrent très attentifs, présents, font preuve de calme et de sérénité. Ceci n'a absolument rien à voir avec la libération. Les gens prennent ces caractérisa tiques pour un signe d'illumination, alors qu'elles sont le signe d'une formation en psychothérapie. Je ne sais pas s'il y a vraiment des signes caractéristiques de la libération, sinon être un peu plus à l'aise et détendu.
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vendredi 18 décembre 2009

• De conscience à conscience - Ramesh Balsekar



Note du traducteur
 
« La grâce du gourou est semblable à un océan — il revient entièrement au disciple de savoir combien il souhaite et peut en absorber ! Et même cela n'est encore qu'un concept. Véritablement il n'est aucune dualité gourou-disciple, et cette réalisation porte la quête à son terme. »' Les lettres qui suivent, adressées à deux disciples en lesquels la recherche tire justement à sa fin, représentent un parfait condensé de l'enseignement de Ramesh S. Balsekar à la fin des années quatre-vingt et tel qu'il allait se déployer dans toute sa puissance au cours la décennie suivante.

Claires, touchantes, pleines d'une patiente compassion pour les tourments dont ses interlocuteurs sont le théâtre, elles sont émaillées d'anecdotes personnelles tirées de sa relation avec Nisargadatta Maharaj et de sa rencontre avec des visiteurs en quête de vérité du monde entier.

Jamais dupe des limitations de l'esprit et de l'intellect, Ramesh se sert ici à merveille de la pensée pour accompagner ses correspondants dans l'inéluctable reddition de tout concept. Un lâcher-prise spontané qui préfigure et annonce l'advenue d'une aperception en laquelle ils sont sur le point de se perdre pour toujours et de se retrouver à jamais.

22 DÉCEMBRE 1987
 
Dès notre première rencontre, j'ai su que vous étiez l'un de ces chercheurs rares et sincères. Je l'ai vu dans vos yeux. Vous n'avez pas dit un mot — vous avez simplement tendu la main pour m'offrir une magnifique orchidée. Et par la suite, vous en avez apporté une ravissante à chacune de nos rencontres — offrande sincère, acceptée avec reconnaissance.

Et depuis lors, j'ai suivi votre « progression ». Et cela arrivera dès que la « recherche » se tarira spontanément d'elle-même ! Il n'est rien que « vous » puissiez y faire — et alors, d'un coup apparaît le cœur de l'inhérente contradiction : un sentiment de frustration mêlé à une sensation d'un immense soulagement !

18 JANVIER 1988
 
Relativement parlant, il n'y a aucune « raison » de penser que je préfère une personne à une autre parce qu'il y a quelque chose d'extrêmement naturel et spontané qui engendre une affinité entre les gens. La seule façon de voir cela est de considérer qu'une telle affinité naturelle fait manifestement partie du fonctionnement de la Totalité — et rien dans ce fonctionnement n'est dénué de dessein, bien qu'un tel dessein puisse ne pas être clair pour l'esprit humain (l'esprit divisé).

La semaine dernière, un swami américain est venu me voir. Il s'était engagé dans l'ashram des USA dix-sept ans plus tôt, à l'âge de vingt ans. Il était profondément intéressé par le sujet de la non-dualité. À l'ashram, l'attention semble plus portée sur la discipline de routine que sur l'enseignement et la pratique : il fut donc intimement bouleversé quand il entendit ce qui me fut donné de lui dire ce jour-là.

Le fait que la totalité de la manifestation soit simplement une apparition dans la Conscience et que son fonctionnement soit un processus impersonnel et auto-généré dans le phénoménal lui fit une forte impression. Il en vint lui-même à la conclusion spontanée qu'en conséquence, l'être humain individuel, en tant que simple instrument à travers lequel se produit ce processus impersonnel, ne peut vraiment avoir ni autonomie, ni volonté indépendante, ni liberté de choix. Il me confia qu'il avait attendu plus de trente ans pour entendre d'une source digne de foi cette confirmation de ce qu'il avait « senti » depuis l’âge de cinq ans ! Rien dans cette vie n'est le fait du hasard. Bien qu'à ses yeux, seul le hasard l'avait conduit jusqu'à Bombay...

13 FÉVRIER 1988
 
À propos du darshan2 avec F., au cours duquel vous avez soudain réalisé que tout ce que vous faisiez, « jusqu'aux moindres mouvements corporels et expressions faciales », avait une base égotiste, je peux vous dire qu'il doit nécessairement en être ainsi, car l'ego est le « centre opérationnel » au sein du mécanisme psychosomatique, opérant à travers le cerveau. Ce cerveau fait partie du mécanisme somatique alors que l'ego, le centre opérationnel installé aux commandes, fait partie du mécanisme psychique.

C'est précisément pour cette raison que même un Ramana Maharshi ou un Nisargadatta Maharaj répondront à l'appel de leur nom. En d'autres termes, l'identification avec le mécanisme corps-esprit doit continuer aussi longtemps que le corps est en vie et s'agite ! — ce qu'est l'illumination ou la compréhension, c'est l'éviction du sentiment d'un agir personnel et autonome qui a engendré la séparation en tant qu'entité indépendante.

La base d'une « vraie » compréhension est vraiment simple : la totalité de la manifestation est une apparition dans la Conscience. Cette apparition surgit précisément comme le rêve personnel dans le sommeil — le rêve de la vie éveillée et le rêve personnel ne sont pas différents qualitativement parlant ; le fonctionnement de la manifestation est un processus impersonnel et auto-généré dans le phénoménal et il se déroule à travers les milliards d'instruments que sont les êtres sensibles.

Une compréhension de la nature impersonnelle du fonctionnement de la Totalité — je suis tenté de dire, même une compréhension intellectuelle — provoque un étrange phénomène : pas réellement la destruction de l'ego, mais la destruction (sans doute progressive) de la peur de l'ego ! Je vous surprends ? Il est un fait curieux : l'homme profondément impliqué dans la vie — dans ses plaisirs et ses peines — n'est pas concerné par l'ego. Ce n'est que lorsque l'esprit se tourne vers le dedans et que s'entame la « recherche » que débute le rejet de l'ego — les Écritures et les gourous ont parlé du spectre de l'ego. Et plus ce rejet est fort, plus l'obsession de l'ego devient forte. Toute votre lettre décrit cette tentative de prendre ses distances avec l'ego. Et l'horrible blague est qu'il ne s'agit de rien d'autre que l'ego lui-même tentant de fuir de l'ego !

La seule manière d'opérer avec l'ego est de comprendre ce qu'il est et comment il survint : tout ce qui est, est Conscience, et c'est la Conscience qui s'est délibérément identifiée avec chaque mécanisme corps-esprit individuel dans le but de percevoir la manifestation dans la dualité observateur/observé. Ainsi, tout le fonctionnement de la totalité de la manifestation, la Vie est une affaire impersonnelle d'évolution concernant le processus d'identification initiale — l'existence identifiée couvrant une certaine période — l'esprit s'orientant vers le dedans — le début du processus de dés-identification — la progression de la dés-identification — et l'ultime compréhension de ce processus tout à fait impersonnel, ou illumination, dans laquelle la Conscience a recouvré sa « pureté » originelle.

La compréhension, comme l'a dit un maître de Tao, est toujours soudaine, mais la délivrance peut être graduelle. La délivrance, c'est la délivrance de l'asservissement au concept de l'ego ; la progression graduelle est une progression à partir du point de vue personnel vers la perspective impersonnelle. La compréhension soudaine met un terme à la fuite devant l'ego. C'est ce qui s'est passé dans le cas du mécanisme corps-esprit connu, au plan relatif, sous le nom de O. Et toute votre lettre retrace l'histoire de cette fuite jusqu'au moment où elle a-pris fin. Ce qui se produit maintenant est un regard témoin neutre qui n'est pas du domaine mental mais de celui du noumène impersonnel. C'est la « nature d'une telle observation » qui, dites-vous, n'est pas claire en ce qui vous concerne. Ce qui se passe, c'est que ce regard neutre engendre une dissociation de l'ego tout en reconnaissant sa validité en tant qu'élément opérationnel au sein du mécanisme corps-esprit qui doit persister comme élément de la structure psychique du mécanisme psychosomatique. Un tel élément opérationnel doit bien évidemment continuer à exister aussi longtemps que le corps continue d'exister, mais il n'est plus confondu avec l'essence fonctionnelle du corps commune à tous les êtres sensibles — la Conscience impersonnelle.

Ce qu'induit très simplement la compréhension, c'est la reconnaissance que l'ego, l'esprit, est un simple partenaire de travail dans l'organisation physique qu'est le corps et non son propriétaire indépendant comme cela était fermement imaginé jusqu'alors !

De fait, il est symptomatique de votre état spirituel actuel (certainement enviable du point de vue relatif, mais autrement dénué de signification) que vous ayez intuitivement réalisé ce que j'ai dit par tant de mots, quand vous écrivez : « Je ne pouvais pas voir comment quelqu'un pouvait s'engager dans une activité sans se préoccuper de son aboutissement final. Hier, j'ai vu. J'ai donc bien l'intention de mener ce projet à terme (égotiste ou non)... ». Les mots significatifs de votre phrase sont « égotiste ou non ». Très significatifs, parce que l'ego a perdu son aspect terrifiant, son emprise. Égotiste ou non — qui s'en soucie ?! C'est le point crucial, mon très cher ami. Pourquoi se soucier de l'ego ? Laissez-le exister à sa juste place, comme simple exécutant. Laissez l'intuition ou la Conscience à son fonctionnement propre. Il se pourrait que mes paroles déclenchent chez vous un soudain sentiment de bravo. Pourquoi pas ? Simple mouvement dans la Conscience, dont la Conscience est témoin, sans signification particulière.

Le vers de la Bhagavad-Gita que vous avez cité et qui, dites-vous, vous avait tant ému dès sa première lecture en 1979 — « Pour cette raison, vous devez exécuter chaque action comme un sacrement et être libre de tout attachement aux résultats » — vous a déconcerté durant toutes ces années, jusqu'à « hier », pour la simple raison que vous l'aviez considéré du point de vue d'un supposé individu indépendant, autonome. Aujourd'hui, ces mots font sens parce que la compréhension s'est opérée à partir du point de vue de la Totalité impersonnelle. Votre précédente interprétation était justifiée parce que le vers dit « Vous devez exécuter chaque action... ». Maintenant vous avez compris ce vers dans le sens « Une fois que la compréhension s'est produite, chaque action est perçue comme un sacrement (comme une partie du fonctionnement de la Totalité), libre d'attachement aux résultats ». Précédemment votre difficulté était très réelle': « vous » ne pouviez voir comment « quelqu'un » pouvait s'engager dans une activité sans se préoccuper de son aboutissement. « Hier » vous avez vu qu'il n'est aucun « quelqu'un » pour s'engager dans une activité quelle qu'elle soit — toute activité se produisant à travers n'importe quel corps individuel fait partie du fonctionnement de la Totalité. Ce qui s'est produit, c'est la mutation d'une personnalité individuelle en l'impersonnalité de la Totalité.

Je pense qu'au fil du temps, vous vous surprendrez « vous-même » en train de faire les choses spontanément, sans être tourmenté par l'éventualité de la présence d'un ego tapi derrière ces actes. Le seul produit d'une sadhana, quelle qu'elle soit, a été très bien énoncé dans votre lettre, car cela relève de l'expérience : la réalisation que la sadhana ne peut provoquer que des changements quantitatifs, et que seule « la pure compréhension » de Ce qui Est (tout ce qui est, est Conscience en laquelle apparaît la totalité de la manifestation et son fonctionnement impersonnel) est un changement qualitatif. Cette compréhension, étant de nature nouménale (et non phénoménale ou intellectuelle), correspond à un changement qualitatif par le seul fait de porter un regard témoin neutre sur toutes les pensées, sentiments et désirs au fur et à mesure qu'ils surgissent, sans s'y impliquer ou s'y identifier. Une telle neutralité dans le regard porté sur les choses, du fait de la dissociation d'avec les événements phénoménaux, engendre ces glorieux moments de nouménalité — de Je Suis — qui deviennent plus intenses et plus fréquents au fur et à mesure que la compréhension devient plus profonde, durant le processus graduel de « délivrance ».

Il est intéressant de noter la succession d'événements « fortuits » qui conduisent gourou et disciple à une rencontre qui s'épanouira par la suite en une relation confirmée. J'ai rencontré un bon nombre de cas de ce genre, y compris le mien en tant que chercheur, et il ne peut être question de hasard ou de coïncidence en pareille circonstance. Cela devait simplement se produire.

CONSCIENCE À CONSCIENCE - RAMESH BALSEKAR Traduction de Philippe de Henning.
Vu sur WIKIA


lundi 14 décembre 2009

• Seule demeure la Présence - Nicole Montinéri


La réalisation de la Réalité survint soudainement après un cheminement de plus de 30 ans durant lequel mon esprit explora toutes des réponses données par les sages et les mystiques.
Je connus un état proche de la mort dans lequel ma conscience se refléta elle-même et réalisa sa véritable nature, pure, éternelle, illimitée.
La conscience en soi est paix, silence, la source de tout. Le corps meurt, les pensées disparaissent. Seule demeure la Présence. Elle est la seule Réalité.

Vu sur le Net

J'ai découvert le livre "N'ayons pas peur de mourir" écrit par Nicole Montinéri, aux éditions Accarias L'Originel. Je vous le recommande et vous propose ici quelques extraits qui peut-être vous donnerons envie de le lire aussi... :

"L'absorption dans la lumière déversa une onde d'amour absolu qui emplit ma conscience"

"Bien que mon cerveau fut inactif durant cette expérience, je me souviens cependant avec précision de la connaissance essentielle de l'origine de l'univers, perçu comme un ensemble cohérent, comme un tout harmonieux qui me donna la certitude d'appartenir à une unité cosmique. Je saisi la raison d'être de tout ce qui existe"

"J'avais retrouvé ma vraie demeure. Je me sentais en vie et remplie d'une joie éclatante"

"J'ai le sentiment que mon retour et la suite de mon parcours terrestre n'étaient pas fixés d'avance. C'est l'amour de mon fils qui m'a fait revenir."

"La réalisation de la conscience cosmique et de la non dualité est survenue après trente années d'études spirituelles et d'harmonisation intérieure".

"Tout au long de ces trente années, la compréhension de soi, du monde et du sens de la vie a occupé l'essentiel de mes pensées. Cette compréhension ne se fait pas d'emblée et exige de la patience. Le voile est épais, nos pensées compliquées et nos croyances et opinions brouillent la vision".

"Ce que j'ai vécu témoigne que la conscience existe bien en dehors du corps, de façon indépendante vis à vis du cerveau."

"Habituons nous au silence, la substance de notre véritable nature, qui émane du plus profond de notre être et nous y conduit"

"Permettons à la bonté de rayonner à partir de nous. Que dans chaque rencontre, nous regardions l'autre avec la conscience qu'il porte en lui le mystère de la vie".

Bonne découverte de ce livre écrit par une "expérienceuse". C'est un témoignage riche.
Belle journée.

vendredi 11 décembre 2009

• L'illumination est un mythe - Steven Harrison



 L'illumination est un mythe parce que le soi est un mythe.


Après vingt-cinq ans d'étude et d'enseignement des religions et pratiques spirituelles, l'auteur affirme que cela était pure perte et que pour découvrir qui et ce que nous sommes et transformer sa vie, il ne faut rien faire.


La plongée que Steven Harrison nous propose dans la profondeur des mécanismes de l'esprit oriente le lecteur vers une salutaire remise en question de la perspective ordinairement nourrie sur la vie en général et la recherche spirituelle en particulier. Souvent engendrée par la prise de conscience d'une fondamentale insatisfaction existentielle, la quête spirituelle se trouve examinée ici de façon originale, et sans complaisance ni romantisme.
« J'ai été voir chaque mystique, écrit-il, chaque sage et chaque mage que je pus trouver dans le monde. Je me suis soumis à de dures ascèses, de longues périodes d'isolement et de méditation... Et ce fut en pure perte. » Ainsi, pour Steven Harrison, aucun système, aucune philosophie, aucune religion n'était capable de remédier à la condition humaine.
Aucune idée reçue n'est épargnée dans le questionnement sans complaisance déployé ici. Amour, autorité, méditation, religion, pouvoir, pensée, mort, maladie, vieillesse, idée de soi, et bien d'autres notions qui occupent l'esprit sont soigneusement examinées avec un bon sens décapant. Cette approche invite à une transformation de la société car, écrit Steven, « si nous commençons à nous interroger sur la nature du soi, nous commençons également à mettre en question la structure sociale tout entière ». 
Tout au long de ces pages, l'analyse est pertinente. Même si parfois elle se montre dérangeante, elle finit par nous toucher profondément. Et c'est alors, au moment le moins attendu, qu'en maints endroits de ce texte fuse la petite phrase « assassine » qui flirte avec le vertige dont on ne se remet pas. Brusquement seuls, déroutés, face au vide de nos illusions disloquées, c'est peut-être le saut dans l'inconnu, l'abandon de la sécurité... la liberté.
L'auteur encourage ici ses lecteurs, dans un langage simple, à s'ouvrir à la possibilité de la cessation de toute recherche, à la plénitude du rien, à la réconciliation avec la simplicité... pour l'émergence d'une vie radicalement autre où une fondamentale tranquillité peut s'épanouir.
Le « Rien » de Steven Harrison est un rien étonnamment riche et actif où nous découvrons qui et surtout ce que nous sommes...

jeudi 10 décembre 2009

• Il n'y a personne - Monko



L'éveil est extinction, extinction de toute identification, éclairage de la totalité de notre ignorance qui se consume dans notre Présence incréée. Cet évènement n'en est en fait pas un, il n'est pas une expérience car il est clairement vu qu'il n'est personne pour expérimenter quoi que ce soit, et rien à expérimenter. Il n'y a personne. Alors, de fait, il n'y a rien à témoigner, personne pour témoigner et personne à qui témoigner : dans l'éveil se meurt le concept de monde, le concept de l'autre ; il n'y a pas pour "l'éveillé" d'éveillé ou d'ignorant, ici ou là. Je vois deux raisons principales qui peuvent motiver une expression (verbale, écrite...) sur la réalité: la joie pure de le faire, ou l'apparition d'une question. Mais point de témoignage ou de choses farfelues de cette sorte...
Le sage, si on veut le dire poétiquement, est l'ultime témoin qui brille par lui-même; et cela en soi est l'aide la plus précieuse. Seule la Présence révèle la Présence, qui parfois utilise un véhicule tels que les mots ou le corps ; mais ce ne sont ni les mots ni le corps qui sont réellement importants, à l'oeuvre, mais la Présence de laquelle ils émanent, se meuvent. Il n'y a que la Présence. Aussi, profondément n'y a-t-il aucune aide "extérieure". La Présence du maître n'est qu'une expression, un reflet de notre propre Présence. On ne peut s'aider que soi-même, se laisser saisir par la Compréhension que nous sommes.Amitiés.


Qui est Monko ?

Cher Monko,
Je consulte régulièrement ton blog depuis quelque temps et tes propos sonnent très justes, sont empreints d'une grande sagesse... Peux-tu nous parler de ton parcours et de tes "expériences spirituelles" s'il y a ?
Je n'ai pas de question spécifique pour l'instant mais les textes du blog sont souvent des "réponses" inattendues"et percutantes !!
Merci d'exister...
Odile

Bonjour Odile, 
Je suppose qu'on peut partir de ma passion pour la musique. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu un grand attrait pour la musique, le phénomène sonore. J'en suis rapidement passé à la pratique, jusqu'à faire mes études dans la musique et la musicologie. Bien sûr, au début, ma pratique et mes intérêts étaient-ils relativement conventionnels, jusqu'à ce que tout cela soit, disons, un peu plus sérieux avec l'abord du jazz et l'improvisation "tonale", intérêt qui m'a rapidement quitté. Ensuite, mon esprit fut rapidement tourné vers les expérimentations en tous genres, moi-même pratiquant alors ce que l'on appelle "l'improvisation non-idiomatique", ne reposant sur aucun schéma ou entente préalable, sinon l'amour du son dans tous ses états. Bien sûr, tout cela restait purement lié à une histoire "personnelle", une passion esthétique, phénoménale, mentale, sensuelle peut-être, etc... Puis je fis une rencontre artistique déterminante en la personne (et surtout la musique et l'approche) de John Cage dont l'intérêt se situait dans le silence, la non-intention, l'indétermination, la préférence marquée pour les questions plutôt que les réponses: en effet, à travers son approche des philosophies orientales et du zen en particulier, il en est venu à aborder la composition musicale par la pratique exclusive de ce qu'il appelait "les opérations de hasard", abandonnant ainsi tout velléité d'écrire une musique liée à ses goûts et dégoûts ou même écoute intérieure, comme on dit: il utilisait le yi-king, l'antique livre chinois, posait des questions et laissait le livre répondre.. Ces opérations de hasard étaient appelées par lui "ma méditation".... Si bien que je perçus rapidement que sa musique n'était au fond qu'une expression du silence sans cesse palpable. Il liait pour moi expérimentations et beauté. Enfin, il termina sa vie comme un sage; et je sentis que ma pratique musicale ne me mènerait jamais à cette sagesse, alors j'ai voulu remonter à la source, et c'est comme cela que je me suis impliqué dans le zen, et y reçus l'ordination.
Puis tout change: c'est dans le zen que je fis la rencontre de mon maître et ami, Pierre-Michel Trémeau, par qui l'expérience spirituelle se révéla. Nous devînmes amis, et il me fit découvrir l'enseignement de Jean Klein à travers les livres puis celui, vivant cette fois, de Francis Lucille, disciple de Jean Klein, par qui la compréhension s'enracina, je dirais se ramifia... Je fis pendant zazen et à travers l'enseignement de mon ami l'expérience d'une forme de transparence, d'une non-différenciation intérieur-extérieur, d'une non-localisation de l'être, de la Conscience, de son caractère absolu, impersonnel et intemporel, et de la non-existence d'une quelconque entité personnelle. La non-dualité devint "ma" voie, le zen m'ayant plus ou moins quitté depuis...
Toute compréhension est abrupte, mais l'enracinement en elle peut recquérir le temps, le temps que le mental et le corps s'accordent eux-mêmes à la réalité, à la révélation-révolution de leur véritable nature en laquelle ils trouvent toute leur potentialité. C'est ainsi que cela fonctionne pour moi, je crois.
Ayant conscience du caractère tout-à-fait anecdotique de tout cela, je te fais mes amitiés.
A bientôt.

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Un site à suivre : Propos sur la non-dualité
L'advaita (non-dualité) est l'art suprême de laisser se déployer en nous notre véritable silence, Conscience impersonnelle... A travers ces textes, nous ne faisons que célébrer cette Conscience que nous sommes... célébration sans célébrant.