mercredi 31 octobre 2007

• Le non-savoir absolu - Unmani Lisa Hyde

Le non-savoir absolu

Unmani

Chercher est le jeu cruel que joue la Vie avec elle-même. Chercher à remplir ce vide sans fond qu'est ma vie, c'est notre douloureuse réalité. Chercher une espèce de satisfaction ou de sécurité permanente. Espérer qu'un jour 'je trouverai enfin ce que je cherche'.

Ce qui est maintenant, quel qu'il soit, n'est jamais assez.

C'est la fin de l'espoir. La fin de la quête. La fin de la croyance qu'il y a 'quelqu'un' qui peut trouver quelque chose. La fin du mensonge qui nous fait chercher ailleurs ce qui a toujours été ici. Plus rien à chercher. Plus rien à trouver. Fini de faire semblant de savoir, ou d'essayer de savoir. C'est l'absolu non-savoir. Basculer définitivement dans l'insécurité absolue. Voilà ce que je suis. Voilà ce que vous êtes. La vie en son essence.

Voici l'expression de la vie, telle qu'elle est réellement.

Unmani Liza Hyde nous parle de « l'Éveil » en des termes neufs, simples et percutants. Elle bouleverse ainsi toutes nos idées préconçues sur la vie, la mort, la « recherche » dite spirituelle, les relations, l'amour... C'est un hymne à la Vie qui ne peut que résonner en nous.

mardi 30 octobre 2007

• Omniprésente et vaste comme le ciel - Dilgo Khyentse Rinpoche

Omniprésente et vaste comme le ciel

Dilgo Khyentse Rinpoche

La source de tous les phénomènes du samsara et du nirvana,

C’est la nature de l’esprit, vide et lumineuse,
Omniprésente et vaste comme le ciel.
Quand tu es dans cet état vaste comme le ciel,
Détends-toi dans cette dimension ouverte ;
Tiens-toi dans cette ouverture même,
Fonds-toi dans cet état semblable au ciel.
Si tu deviens accompli
Dans cette manière d’intégrer l’esprit à la vue,
Ta réalisation deviendra de plus en plus vaste.
Et, comme le soleil qui brille librement à travers l’espace,
Ta compassion ne manquera pas de rayonner sur tous les êtres.

Dilgo Khyentse Rinpoche

• Une expérience mystique - André Comte-Sponville

Une expérience mystique

André Comte-Sponville

Ce soir-là, après dîner, j'étais parti me promener avec quelques amis, comme souvent, dans cette forêt que nous aimions. Il faisait nuit. Nous marchions. Les rires peu à peu s'étaient tus ; les paroles se faisaient rares. Il restait l'amitié, la confiance, la présence partagée, la douceur de cette nuit et de tout... Je ne pensais à rien. Je regardais. J'écoutais. Le noir du sousbois tout autour. L'étonnante luminosité du ciel. Le silence bruissant de la forêt : quelques craquements de branches, quelques cris d'animaux, le bruit plus sourd de nos pas... Cela n'en rendait le silence que plus audible. Et soudain... Quoi ? Rien Tout ! Pas de discours. Pas de sens. Pas d'interrogations. Juste une surprise. Juste une évidence. Juste un bonheur qui semblait infini. Juste une paix qui semblait éternelle. Le ciel étoilé au-dessus de moi, immense, insondable, lumineux, et rien d'autre en moi que ce ciel, dont je faisais partie, rien d'autre en moi que ce silence, que cette lumière, comme une vibration heureuse, comme une joie sans sujet, sans objet (sans autre objet que tout, sans autre sujet qu'elle-même), rien d'autre en moi, dans la nuit noire, que la présence éblouissante de tout ! Paix. Immense paix. Simplicité. Sérénité. Allégresse. Ces deux derniers mots semblent contradictoires, mais ce n'était pas des mots, c'était une expérience, c'était un silence, c'était une harmonie. Cela faisait comme un point d'orgue, mais éternel, sur un accord parfaitement juste, qui serait le monde. J'étais bien. J'étais étonnamment bien ! Tellement bien que je n'éprouvais plus le besoin de me le dire, ni même le désir que cela continue. Plus de mots, plus de manque, plus d'attente : pur présent de la présence. C'est à peine si je peux dire que je me promenais : il n'y avait plus que la promenade, que la forêt, que les étoiles, que notre groupe d'amis... Plus d'ego, plus de séparation, plus de représentation : rien que la présentation silencieuse de tout. Plus de jugements de valeur : rien que le réel. Plus de temps : rien que le présent. Plus de néant: rien que l'être. Plus d'insatisfaction, plus de haine, plus de peur, plus de colère, plus d'angoisse : rien que la joie et la paix. Plus de comédie, plus d'illusions, plus de mensonges : rien que la vérité qui me contient, que je ne contiens pas. Cela dura peut-être quelques secondes. J'étais à la fois bouleversé et réconcilié, bouleversé et plus calme que jamais. Détachement. Liberté. Nécessité. L'univers enfin rendu à lui-même. Fini ? Infini ? La question ne se posait pas. Il n'y avait plus de questions. Comment y auraitil des réponses ? Il n'y avait que l'évidence. Il n'y avait que le silence. Il n'y avait que la vérité, mais sans phrases. Que le monde, mais sans signification ni but. Que l'immanence, mais sans contraire. Que le réel, mais sans autre. Pas de foi. Pas d'espérance. Pas de promesse. Il n'y avait que tout, et la beauté de tout, et la vérité de tout, et la présence de tout. Cela suffisait. Cela faisait beaucoup plus que suffire ! Acceptation, mais joyeuse. Quiétude, mais tonique (oui : cela faisait comme un inépuisable courage). Repos, mais sans fatigue. La mort ? Ce n'était rien. La vie ? Ce n'était que cette palpitation en moi de l'être. Le salut ? Ce n'était qu'un mot, ou bien c'était cela même. Perfection. Plénitude. Béatitude. Quelle joie ! Quel bonheur ! Quelle intensité ! Je me dis «C'est ce que Spinoza appelle l'éternité... » Cela, on s'en doute, la fit cesser, ou plutôt m'en chassa. Les mots revenaient, et la pensée, et l'ego, et la séparation... C'était sans importance : l'univers était toujours là, et moi avec, et moi dedans. Comment pourrait-on tomber hors du Tout ? Comment l'éternité pourrait-elle finir ? Comment les mots pourraient-ils étouffer le silence ? J'avais vécu un moment parfait - juste assez pour savoir ce qu'est la perfection. Un moment bienheureux - juste assez pour savoir ce qu'est la béatitude. Un moment de vérité - juste assez pour savoir, mais d'expérience, qu'elle est éternelle.

«Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels », écrit Spinoza dans l'Éthique - non que nous le serons, après la mort, mais que nous le sommes, ici et maintenant. Eh bien voilà : je l'avais senti et expérimenté, en effet, et cela fit en moi comme une révélation, mais sans Dieu. C'est le plus beau moment que j'aie vécu, le plus joyeux, le plus serein, et le plus évidemment spirituel. Comme les prières de mon enfance ou de mon adolescence, à côté, me semblent dérisoires ! Trop de mots. Trop d'ego. Trop de narcissisme. Ce que j'ai vécu, cette nuit-là, et ce qu'il m'est arrivé d'autres fois de vivre ou d'approcher, c'est plutôt le contraire comme une vérité sans mots, comme une conscience sans ego, comme un bonheur sans narcissisme. Intellectuellement, je n'y vois aucune preuve de quoi que ce soit ; mais je ne peux pas non plus faire comme si cela n'avait pas eu lieu.


Extraits de
L'esprit de l'athéisme - Introduction à une spiritualité sans Dieu, André Comte-Sponville - Éditions Albin Michel

• La Mystique sauvage - Michel Hulin

La Mystique sauvage


Michel Hulin


«Étais-je aspiré par l'univers, ou l'univers pénétrait-il en moi ? Ces expressions n'ont guère de sens en l'occurrence, puisque les frontières entre mon corps et le monde s'évanouissaient, ou plutôt semblaient n'avoir été qu'une hallucination de ma raison, qui fondait aux feux de l'évidence... Tout était là, plus présent que jamais...»

Marius Favre


«L'éternité est là, maintenant. Je suis dedans. Elle est autour de moi dans l'éclat du soleil. Je suis en elle comme le papillon qui flotte dans l'air saturé de lumière. Rien n'est à venir. Tout est déjà là. Maintenant l'éternité. Maintenant la vie immortelle. Ici, en cet instant, près de ce tumulus, maintenant, je vis en elle...»

Richard Jefferies


«Journée du 31 août 1856. La rue est silencieuse, un rayon de soleil tombe de ma chambre, un recueillement profond se fait en moi ; j’entends battre mon cœur et passer ma vie… l’immensité tranquille, le clame infini du repos, m’envahit, me pénètre, me subjugue. Il me semble que je suis devenu une statue sur les bords du fleuve du temps… Dans ces moments, il semble que ma conscience se retire dans son éternité. Elle regarde circuler en dedans d’elle ses astres et sa nature, avec ses saisons et ses myriades de choses individuelles, elle s’aperçoit de sa substance même, supérieure à toute forme, contenant son passé, son présent et son avenir, vide qui renferme tout, milieu invisible et fécond, virtualité d’un monde qui se dégage de sa propre existence pour se ressaisir dans son intimité pure. En ces instants sublimes, le corps a disparu, l’esprit s’est simplifié, unifié ; passions, souffrances, volontés, idées se sont résorbées dans l’être, comme les gouttes de pluie dans l’océan qui les engendre. Cet état est contemplation et non stupeur. Il n’est ni douloureux, ni joyeux, ni triste ; il est en dehors de tout sentiment spécial, comme de toute pensée finie. Il est la conscience de l’être et la conscience de l’omnipossibilité latente au fond de cet être. C’est la sensation de l’infini spirituel. C’est le fond de la liberté.»

Henri Frédéric Amiel


«Soudain, à l’église, en société ou occupé à lire — et toujours, me semble-t-il, lorsque mes muscles étaient au repos —, je ressentais l’approche de cette atmosphère. Avec une force irrésistible, elle s’emparait de mon esprit et de ma volonté, durait ce qui me paraissait une éternité, et s’effaçait en une série de sensations rapides, semblables à celles qui accompagnent le réveil d’une anesthésie. L’une des raisons pour lesquelles je détestais cette espèce de transe était mon incapacité à m’en donner à moi-même une description. Maintenant encore, je ne parviens pas à trouver les mots qui la rendraient intelligible. Elle consistait en une oblitération graduelle, mais rapide, de l’espace, du temps, de la sensation et des multiples données d’expérience qui paraissent qualifier ce que nous nous plaisons à appeler notre Moi. A mesure que disparaissent ces conditions de la conscience en sa forme ordinaire, s’intensifiait le sentiment d’une forme sous-jacente et essentielle de conscience. A la fin ne demeurait qu’un Moi pur, absolu, abstrait. L’univers devenait informe et vide de contenu. Mais le Moi subsistait, formidable en sa vivante acuité, en proie au doute le plus poignant sur la réalité, prêt, semblait-il, à voir l’existence éclater comme une bulle de savon. Qu’arrivait-il alors ? L’appréhension d’une dissolution imminente, la sombre conviction que cet état représentait l’état ultime du Moi conscient, l’impression d’avoir suivi le dernier fil de l’être jusqu’au bord de l’abîme et obtenu comme une démonstration de la Maya, de l’universelle illusion. Tout cela me remettait, ou paraissait me remettre, sur la voie du retour aux conditions de l’existence consciente.»

John Addington Symonds

«
Je ne vis aucune chose nouvelle, mais je vis toutes les choses habituelles dans une lumière nouvelle et miraculeuse, dans ce qui, je crois, est leur véritable lumière. Je perçus l'extravagante splendeur, la joie, défiant toute tentative de description de ma part, de la vie en sa totalité. Chacun des êtres humains qui traversaient la véranda, chaque moineau dans son vol, chaque rameau oscillant dans le vent était partie intégrante du tout, comme pris dans cette folle extase de joie, de signification, de vie enivrée. Je vis cette beauté partout présente... Une fois au moins, au milieu de la grisaille des jours de ma vie, j'aurai regardé dans le cour de la réalité, j'aurai été témoin de la vérité.»
Margaret Montague

J’ai dû rester là plusieurs minutes, en état de transe, me répétant sans user de mots : « Ceci est parfait, parfait », jusqu’à ce que je prenne conscience de quelque gêne légère à l’arrière-plan de mon esprit, quelque circonstance triviale venant déparer la perfection de ce moment. Alors, je me rappelai la nature de cet ennui intempestif : j’étais, bien sûr, en prison et susceptible d’être fusillé. Mais cela fut suivi aussitôt d’un sentiment dont la traduction verbale serait : « Et alors ? C’est tout ? Tu n’as donc pas de plus sérieux motif de souci ? » La réponse était aussi spontanée, fraîche et amusée que si l’ennui en question avait  été la perte d’un bouton de chemise. Ensuite je flottai sur le dos, emporté par une rivière de paix sous des ponts de silence. Elle venait de nulle part et coulait vers nulle part. Ensuite, il n’y eut plus de rivière, ni de moi. Le Moi avait cessé d’exister… Quand je dis « le Moi avait cessé d’exister », je fais allusion à une expérience concrète, aussi verbalement incommunicable que l’émotion soulevée par un concerto pour piano, aussi réelle et même bien plus réelle… Le « Moi » cesse d’exister en ce sens que, grâce à une certaine osmose mentale, il est entré en communication avec le réservoir universel ou s’est résorbé en lui. C’est ce mouvement de dissolution et d’expansion illimitée qu’on appelle le « sentiment océanique », l’épuisement de toute tension, la catharsis absolue, la paix qui passe toute compréhension.

Arthur Koestler 


Textes extraits de La Mystique sauvage de Michel Hulin (PUF)

dimanche 28 octobre 2007

• La lumière est la nature de l'esprit - Ani Patchén

La lumière est la nature de l'esprit

Ani Patchén

Qu'est-ce que la Vue ? demanda Rimpotché. C'est le fait d'être capable de voir les choses telles qu'elles sont. C’est comprendre que la nature de l'esprit est la nature de toutes choses et que cette nature est la vérité ultime. Quelle est la nature de l'esprit ? Elle est pareille au ciel : vide, vaste et pure. Pareille au soleil : lumineuse, claire, illimitée. Elle est toujours présente, partout.

Lorsque Rimpotché se tut, nous formâmes une longue queue dans la cour afin de recevoir chacun un mantra. Quand ce fut mon tour de m'approcher de son trône, il me murmura à l'oreille : La lumière est la nature de l'esprit de chaque être ; rien ne peut l'obscurcir.

Nuit et jour, en méditation, pendant les repas, avant de m'endormir, au réveil, je contemplai les mots reçus de Rimpotché : « La lumière est la nature de l'esprit de chaque être... » La lumière, nature de l'esprit. Une lumière éclatante, rayonnante traverse chaque partie de mon corps. Fils d'or qui se glissent dans mon sang et mes os, dispersant l'obscurité de ma pensée, dissolvant mes désirs égoistes. Peu importe la confusion qui par moments surgit, l'attachement qui m'enserre, la véritable nature de mon esprit demeurera, indestructible, pérenne et lumineuse. Chaque jour qui passe, j'ai la sensation d'une lumière qui s'accroît dans tout mon être, comme un arc-en-ciel qui se forme peu à peu dans le ciel. Une chaleur lumineuse lovée dans mon cœur.

Extraits de : "Et que rien ne te fasse peur..." d'Ani Patchén - Nil Éditions

vendredi 26 octobre 2007

• Immergé dans le Grand Tout - Salim Michaël

Immergé dans le Grand Tout

Salim Michaël

Quand les pratiques de méditation et de concentration de l'aspirant s'approfondissent, il peut lui arriver d'éprouver pendant de très courts instants l'étrange sentiment que l'Éternité est, en réalité, un état d'être dans un présent qui n'a ni commencement ni fin, et en lequel le passé et le futur existent simultanément.


Un jour, alors qu'il méditait et ne cessait de plonger toujours plus profondément en lui-même, avec une détermination croissante mais tranquille, en augmentant constamment l'intensité et la force de sa concentration, sans la laisser à aucun moment faiblir ni fluctuer, soudain, tandis que la sensation de son corps devenait toujours plus fine et raréfiée, ce Nada sacré commença à vibrer dans ses oreilles d'une façon inhabituelle, grondant dans sa tête avec une puissance et une intensité incroyables, qu'il n'avait jamais connues auparavant. Tout à coup, avec une force stupéfiante et une rapidité fulgurante, il fit aspiré au sommet de son crâne. En même temps, il sentit que son front s'ouvrait de l'intérieur et que la vision de ses deux yeux futsionnait intérieurement au centre de son front. Simultanément, il éprouva l'étrange et puissant sentiment d'être mort et retourné à sa Source d'Origine. Il fut aussi saisi par la sensation inexprimable d'être immergé dans le Grand Tout, et ce fut comme s'il avait découvert et compris le secret mystérieux qui se dissimule derrière la vie, les étoiles et l'Univers. Un immense silence éternel d'une qualité inconnue de ce monde régnait.

Par la suite, et pendant plusieurs jours, son corps lui sembla incroyablement léger et libre, comme s'il s'était transmué en éther. Quelque chose de cette sensation est demeuré avec lui depuis lors. Il éprouvait un étrange et indéfinissable état de bien-être, baigné d'un calme intérieur ineffable, d'un contentement indescriptible et d'un sentiment d'amour tel qu'il n'en avait jamais connu, accompagné d'une profonde tendresse dans le plexus solaire.

Plus tard, lorsqu'il essaya de formuler en mots l'étrange secret qu'il avait découvert concernant la vie, les étoiles et l'Univers, il ne put jamais y parvenir, bien que la réalité de cette mystérieuse compréhension l'ait toujours accompagné depuis.

Au cours de cette expérience spirituelle extraordinaire, il reçut une subtile connaissance et un avant-goût, qu'il ne comprit pas pleinement tout de suite, de l'état d'après la mort, un état qui devint, au fur et à mesure qu'il continua à méditer, toujours plus clair et réel.

Extraits de : La Voie de la Vigilance Intérieure (Éditions Guy Trédaniel)

Visiter le site de Salim Michaël : http://salim.michael.free.fr/

jeudi 25 octobre 2007

• Dans cette ouverture, tout est neuf d'instant en instant - Virgil Hervatin

Sources

Dans cette ouverture, tout est neuf d'instant en instant

Virgil Hervatin

Et beaucoup, comme toi, croit que le fait d'être en contact avec quelqu'un comme moi, aboutira à la longue à quelque chose. Mais le cerveau reste toujours connecté avec je ne sais quoi. Dans l'ouverture rien ne nous bloque, c'est la clarté. Par contre la science nous laissera avec le « qu'est ce que c'est que cet autre » et « comment faire pour changer ceci ou cela » ... Ça sera toujours une compréhension : « Ah oui, je comprends, trahir n'est pas bon, tricher non plus... ». Et nous restons toujours dans la tricherie, même si on le sait. Pour expliquer à l'intellectuel, les mots et l'analyse sont nécessaires...

Depuis toujours les réalisés authentiques disent qu'il n'y a pas de mots pour exprimer cela. Il faut le vivre. La science ne peut qu'inventer des mots pour désigner ce que nous sentons. Dans cet état, on ne peut même pas faire du mal à un insecte dangereux ! Dans l'intégration, le corps humain possède naturellement une protection contre les microbes et les virus. Mais ce n'est pas comme s'il disait à mort le virus. Les intrus sont seulement refusés, ce n'est pas leur place. Ultimement il pourra tuer pour ne pas être détruit lui-même.

Ne pas s'inquiéter, ne pas s'en faire est le plus difficile pour vous. Lorsque vous pensez au bonheur ou que la vie est belle etc., vous avez la forte impression que ça vient de l'extérieur. Mais rien ne vient de l'extérieur. Pourquoi l'ouverture s'est produite dans mon cas, je ne le sais pas. Au début j'étais persuadé que ça venait de l'extérieur. Mais ça ne venait que de l'extérieur de la pensée, du mental mais non d'en dehors de moi. On a l'impression qu'un autre est là avec nous, mais c'est faux.

Lorsque des personnes appartenant à une tradition religieuse, comme le catholicisme, vivent une expérience profonde, ils pensent que c'est Dieu, le Christ, la vierge, Krishna... Et ils en sont certains à 100%. Lorsque ça m'est arrivé, j'ai dit à mon épouse que Dieu est avec nous. J'ai interprété l'expérience par ce que je connaissais. Mais c'est faux. Ce n'est pas la croyance qui nous fait vivre cela ; c'est l'intérieur. Dans cette ouverture, tout est neuf d'instant en instant. On ne se demande pas ce que sera l'instant d'après ou ce que sera demain. Maintenant pendant que tu m'écoute et sans que tu t'en aperçoives, tu cherches ce que c'est, comment l'obtenir, comment se fait-il que je vois différemment de toi, etc. Et tu vas te poser ces questions des centaines de fois, encore, dans le futur. C'est ainsi que tu restes piégé !

Celui qui vit cet état ne possède aucun secret, il n'a rien à cacher. Mais vous continuez à croire qu'il possède un savoir ou une connaissance que vous n'avez pas. Lorsque je m'abstiens de parler d'un sujet, ce n'est pas un secret, une technique ou une leçon que vous manquez. Tout simplement c'est pour ne pas vous brouiller et vous tourmenter davantage ! Il vaut mieux ne rien dire dans ces cas-là. Mais le cerveau dira que c'est un mystère. Il lui faudra chercher, mesurer et prouver. Vous prenez plaisir à étudier la pensée et ses labyrinthes. Mais qui scrute et regarde cette pensée ? C'est le conditionner. Et comment se déconditionnera-t-il ? En se disant qu'il sait ce qui est mal ? Il ne le pourra pas ! Parfois il reconnaîtra « ah non il ne fallait pas que j'agisse ainsi ». Mais c'est de la morale similaire à celle de l'église. Et si une personne sur un million réussit ainsi, la science criera victoire ! Pour elle, c'est en suivant une méthode que la personne y est arrivée. Ça sera encore une trappe pire que celle dans laquelle nous sommes actuellement.

• Une conscience libre de toute saisie - Sogyal Rinpoché

Une conscience libre de toute saisie


Sogyal Rinpoché

La seconde occasion fut plus formelle ; elle eut pour cadre une grotte située à Lhodrak Kharchu, où avait médité Padmasambhava, père du bouddhisme tibétain et saint vénéré dans le pays tout entier. Nous y avions fait halte lors de notre pèlerinage à travers le Tibet du sud. J'étais âgé d'environ neuf ans à l'époque. Mon maître me fit appeler et me dit de m'asseoir en face de lui. Nous étions seuls. Il déclara: « Maintenant, je vais te donner l'introduction à la "nature essentielle de l'esprit" » Prenant sa cloche et son damaru, il psalmodia l'invocation à tous les maîtres de la lignée, depuis le Bouddha Primordial jusqu'à son propre maître. Puis il me donna l'introduction. Soudain, à brûle-pourpoint, il me posa cette question sans réponse : «Qu'est-ce que l'esprit ?», tandis qu'il plongeait intensément son regard dans le mien. Je demeurai interdit. Mon esprit avait volé en éclats : il ne restait plus de mots, plus de noms, plus de pensées - en fait, il ne restait plus d'esprit du tout.

Que s'était-il passé en cet instant stupéfiant ? Les pensées du passé avaient disparu, celles à venir ne s'étaient pas encore élevées ; le courant de mes pensées avait été tranché net. Dans cet état d'intense saisissement, une brèche s'était ouverte et, dans cette brèche, se révélait une pure conscience claire immédiate de l'instant présent, une conscience libre de toute saisie, simple, nue et fondamentale. Et pourtant, en même temps, de sa simplicité dépouillée rayonnait la chaleur d'une compassion immense.

Il y aurait tant à dire sur cet instant-là ! Apparemment, mon maître m'avait posé une question, et cependant je savais qu'il n'en attendait pas de réponse. Avant même de partir en quête de celle-ci, je savais qu'elle n'existait pas. Je demeurai assis, comme foudroyé d'émerveillement, tandis que jaillissait en moi une certitude profonde et lumineuse, inconnue jusqu'alors.

Mon maître avait demandé : «Qu'est-ce que l'esprit ?». Il me sembla, en cet instant, que tout le monde savait déjà que l'esprit en tant que tel n'existait pas et que j'étais le dernier à l'apprendre. Se donner la peine de le chercher... cela semblait tellement ridicule !

L'introduction effectuée par mon maître fut comme une graine semée profondément en moi. Plus tard, j'en vins à réaliser que telle était la méthode d'introduction utilisée dans notre lignée. Toutefois, le fait que je l'ignorais alors rendit cet événement totalement inattendu, et d'autant plus puissant et déconcertant.

Sogyal Rinpoche
Extrait du Livre Tibétain de la vie et de la mort (Éditions de la Table Ronde)

• Les vers de Longchenpa

Les vers de Longchenpa



Ô yogis, je suis trés heureux, trés joyeux.

Ce soir, nous sommes la Terre Pure Inégalée.

Dans notre corps, le palais des Déités Paisibles et courroucées,

Fleurit l'assemblée des Bouddhas, l'union de la clarté et de la vacuité.

La bouddhéité n'est nulle part qu'en nous mêmes.


Ô méditants, vous qui maintenez votre esprit concentré,

Ne le fixez pas en un seul endroit, mais laissez-le aller à son aise.

L'esprit est vacuité/ouverture, qu'il aille ou qu'il demeure.

Tout ce qui émerge dans l'esprit est seulement le jeu de sagesse.

lundi 22 octobre 2007

• Le Soi est toujours réalisé

Sources
Le Soi est toujours réalisé


"La libération ne se trouve pas en un endroit situé loin de vous. Elle est en vous et rien qu'en vous. [1]"

Vous nous avez raconté l'autre jour, comment un matin vous aviez soudain eu une intuition fulgurante qui vous avait, selon votre expression, laissé "cloué sur place". Cette intuition était : "il n'y a pas de réalisation, la réalisation est toujours là". Pourriez-vous commenter cela ?

Ceci est arrivé après une période de recherche particulièrement intense au cours de laquelle j'étais passé par plusieurs expériences libératrices, dont celle de vivre l'absence d'ego pendant une période, ou pour être plus précis, de réaliser la Présence en tant que témoin de l'ego.

Le travail intérieur a dû se poursuivre inconsciemment jusqu'à l'arrivée de cette intuition qui m'a fait comprendre que j'allais entamer une nouvelle période radicalement différente.

Tout simplement est arrivée la compréhension : je n'ai rien à "faire" pour être cela : le soi est toujours réalisé.

"Quand l'œil de la connaissance s'ouvre, on réalise que l'on demeure en permanence en son propre soi."

Non, il n'y a pas de réalisation. Le Soi est toujours réalisé. Il n'y a personne pour réaliser le Soi. Ce qui est cocasse c'est que cela, Ramana Maharshi le disait depuis le début ! Mais comment comprendre une vérité pourtant si évidente ?

"Il est aussi ridicule de dire "je n'ai pas réalisé le Soi" que "j'ai réalisé le Soi" ; y aurait-il deux Soi dont l'un serait l'objet de la réalisation de l'autre ? La vérité accessible à chacun est qu'il n'y a qu'un Soi [2]"

Est-ce que cela a eu des conséquences sur votre comportement dans la vie ?

En fait, je suis ce que j'ai toujours été. On ne peut pas dire que quelque chose de "nouveau" soit arrivé. Je me suis rendu compte avec stupeur que personne n'avait à s'éveiller ! Que l'éveil était là, depuis toujours, et qu'éveil voulait dire pas de personne, donc pas de lutte d'aucune sorte. Pas de gain ni de perte, seul Cela. Et Cela est un Amour indicible et une Paix profonde.

Nul besoin de conquérir un nouvel état. La conquête d'un nouvel état est pure illusion car cet état est déjà là. La perle précieuse que vous recherchez est au cœur de vous-même, mieux que cela elle est le cœur de vous même.

Lorsque l'emprise de l'ego se relâche, émerge alors le sujet. Ce sujet, contrairement à ce que l'on croit souvent n'est jamais emprisonné, n'est jamais captif. Il est simplement masqué par l'ego, que j'appellerais le faux sens du sujet. Ainsi, voyez-vous, il n'y a vraiment personne à libérer !

Et lorsqu'il y a personne à libérer vous réalisez qu'asservissement et libération sont des concepts créés par l'ego. Il n'y a en fait ni asservissement ni libération : seul le Soi qui toujours est. La réalisation de soi est un acte vertical, hors du temps, et de cet acte vous n'êtes pas l'auteur.

"Celui qui observe l'apparition et la disparition de l'être le perçoit sans yeux et ce simple témoin n'est aucunement relié au royaume de l'être [3]"

"Le Soi est toujours présent (nitya-siddha) [4]"

L'enseignement étonnament direct de Ramana Maharshi est de vous diriger d'emblée vers Cela, c'est à dire vous. Il court-circuite en quelque sorte le passage par le Je créateur et vous établit directement dans votre véritable nature qui est peu concernée par le manifesté bien qu'en étant le support. Je n'ai pas besoin de boire pour savoir ce qu'est la sobriété. Mon seul vrai "travail" est de savoir Qui je suis.

Ainsi, et pour répondre de façon plus précise à votre question, si vous voulez, ce qui a changé, c'est le goût des choses. Le seul changement que j'ai donc pu relever, est un intense sentiment de satisfaction dans les circonstances ordinaires (et j'insiste sur le mot ordinaire) de la vie avec une absence totale de désir d'y changer quoi que ce soit. Sentiment de satisfaction mais sans attachement. La félicité est la nature même du témoin, elle ne provient ni de l'expérimentateur (l'ego) ni des expériences.

"Votre nature est Félicité. C'est l'ignorance qui vous cache cette Félicité. Dissipez votre ignorance et libérez votre félicité [5]"

[1] L'Enseignement de Ramana Maharshi. Paris, éditions Albin Michel, 1972, p. 469

[2] Ramana Maharshi - Œuvres réunies - La connaissance de l'être, éditions Traditionnelles, Paris, 1988, p. 123

[3] Nisargadatta Maharaj - Ni ceci ni cela, éditions les Deux Océans, Paris, 1986, p. 77

[4] L'Enseignement de Ramana Maharshi. Paris, éditions Albin Michel, 1972, p.56

[5] L'Enseignement de Ramana Maharshi, éditions Albin Michel, Paris, 1973, p. 153

L'auteur de ce texte souhaite rester anonyme.

• Le ciel m’est tombé sur la tête et la terre s’est ouverte sous mes pas - Stephen Jourdain

Le ciel m’est tombé sur la tête et la terre s’est ouverte sous mes pas

Stephen Jourdain

Pendant mon adolescence, le ciel m’est tombé sur la tête et la terre s’est ouverte sous mes pas. En une fraction de seconde, tous mes appuis, toutes mes bases, tous mes repères ont été volatilisés ; l’homme que j’étais, en son double aspect mental et physique, a éclaté comme bulle de savon ; et l’Univers, mon vieux compagnon, et le Temps qui nous emportait tous deux sur ses ailes, ont péri de la même manière silencieuse et radicale. Un nouveau moi-même est né instantanément de cet anéantissement. Si incroyable était la splendeur de cet être, si impérieuse la nécessité de l’actionner et de le célébrer, que deux années s’écoulèrent avant que ne me frappe l’étrangeté de mes origines apocalyptiques, que ne m’étonne le paradoxe de la persistance de mon expérience terrestre au sein de sa totale destruction.

Stephen Jourdain

• Un amour et une compréhension totale - Tony Parsons

Un amour et une compréhension totale


Tony Parsons

Un jour, presque par accident, j'ai redécouvert le secret ou peut-être qu'il m'a redécouvert.

Expliquer ce qui s'est produit est tout à fait impossible. La description qui en paraît la plus proche est d'avoir été boulversé par un amour et une compréhension totale, absolument au-delà de toute imagination.

La révélation qui accompagnait cette redécouverte était si simple, et cependant si révolutionnaire, qu'elle a balayé d'un coup tout ce qui m'avait été enseigné, ou que j'en étais arrivé à croire.

Une partie de cette réalisation consistait à voir que l'illumination est absolument au-delà de tout effort de ma part pour changer ma manière de vivre, ou même d'influer sur le cours de la vie elle-même. Cela s'apparente à une véritable mutation dans la réalisation de "qui" est ce qui vit.

Car je suis déjà ce que je cherche. Tout ce que je cherche ou pense vouloir, quelle que soit la longueur de la liste, tous mes désirs, ne sont qu'un reflet de cette aspiration à revenir "chez soi". Et chez soi, c'est l'unicité ; chez soi, c'est ma nature originelle. C'est ici même, simplement en "ce qui est". Il n'y a nul autre endroit où je doive aller et rien d'autre que je doive devenir.

≈≈≈≈≈≈≈

Un jour, je traversais à pied un parc d'un faubourg de Londres. Je notais alors que j'avais l'esprit entièrement occupé par des projections à propos d'évènements futurs pouvant ou non se produire. L'idée me vint de laisser tomber toutes ces projections et d'être simplement à ma marche. Je remarquais combien chaque pas était totalement unique par sa sensation et sa pression et comment, à peine en prenais-je conscience, il disparaissait l'instant d'après pour ne jamais se répéter de la même manière.

Tandis que mon esprit était occupé à ces réflexions, il y eut une soudaine translation - de moi en train d'observer ma marche, à la seule présence de la marche. Ce qui arriva ensuite est simplement au-delà de toute description. Je ne peux que dire, de manière inadéquate en mots, qu'une incommensurable présence tranquille sembla descendre et envelopper toute chose. Tout et chaque chose devint intemporel et je cessai d'exister. Je disparus et il n'y eut plus personne pour faire l'expérience de quoi ce soit.

L'identité avec l'unicité de toute chose est ce qui se produisit. Je ne peux pas dire que j'étais "un avec" ceci ou cela, car j'avais disparu. Je peux seulement dire qu'une identité absolue avec l'unicité en tout et en chaque chose s'était produite et qu'un amour débordant emplissait tout. Avec cela survint une pleine compréhension de la totalité. Tout cela s'était passé hors du temps en un éclair qui parut éternel.

Il s'en suivit directement une révélation contenue dans cet évènement si magnifique et révolutionnaire dans sa nature, que je dus m'asseoir sur l'herbe pour en assimiler les conséquences. Ce que je vis était simple et évident d'une certaine manière, mais complètement intraduisible d'une autre. C'était comme s'il m'avait été donné une réponse qui n'avait pas de question. Il m'avait été montré un secret qui est un secret évident, ouvert ; et que tout et chaque chose, connue ou inconnue, contient et reflète ce secret ouvert. La nature, les gens, la naissance et la mort, nos combats, nos peurs et nos désirs sont tous contenus en lui et reflètent un amour inconditionnel.

Des mondes et des vies mêlées défilèrent devant mes yeux, je sentis que je venais soudain d'être emporté par quelque chose qui me dépassait complètement et tout prit un nouveau sens. Je regardais l'herbe, les arbres, les chiens, les gens, qui se mouvaient comme auparavant, mais à présent non seulement je reconnaissais leur essence, mais j'étais cette essence, comme ils étaient la mienne. Ce fut, d'une autre manière, comme si tout, moi y compris, était enveloppé d'un profond amour, embrassant absolument tout et, d'une étrange manière, il me sembla que ce que je voyais n'était somme toute, rien de spécial... que c'est la norme qui d'ordinaire n'est pas perçue.


Extraits de "Ce qui est" - Éditions Accarias L'Originel

jeudi 18 octobre 2007

• Le sens des choses - Francis Lucille

LE SENS DES CHOSES
Entretiens sur la non-dualité


FRANCIS LUCILLE

La non-dualité est au cœur de toutes les traditions spirituelles authentiques, telles l’Advaïta Vedanta, le Ch’an, le Zen ou le Soufisme.

Nous nous identifions habituellement à un mélange de pensées, de perceptions et de sensations. Cette identification au corps et au psychisme est profondément enracinée en nous. Comme les membres de notre entourage, nos enseignants, nos amis, etc., croient qu'ils sont des entités personnelles séparées, nous trouvons fort naturel de suivre leur exemple sans remettre en question cette croyance qui se révèlera à l' examen être à l'origine de notre misère.

La perspective non-duelle remet radicalement en cause cette identification. Cette remise en cause culmine dans une expérience où s'abolit la séparation entre un sujet et un objet, entre un « moi » et le reste de l'univers, entre un « moi » et Dieu.

Francis Lucille nous mène à la compréhension vécue de ce que nous sommes : la réalité de notre expérience et de toutes choses, qui est aussi la pure conscience intemporelle qui réside à l'arrière-plan des activités mentales. Notre nature véritable, se révèle alors comme bonheur absolu, intelligence, amour et beauté.


Son message généreux, empreint de joie et d’élégance, nous oriente avec subtilité et douceur vers l’essentiel : le tréfonds lumineux de notre être, qui est le thème sous-jacent des dialogues de cet ouvrage, est à la fois l'unique réalité et le sens des choses.

Editions Accarias-L’Originel
www.originel-accarias.com

vendredi 12 octobre 2007

• Quelques témoignages

Cette page pourrait être la vôtre !

J'invite toutes celles et ceux qui le souhaitent à partager et offrir ici leur témoignage d'Éveil.

Merci d'avance.



Source

...Comme le ciel n’est pas une étoile, aussi brillante soit-elle, nous ne sommes pas une pensée, une action ou même un comportement ou trait de notre personnalité. Nous sommes la présence qui inclut tout cela, et lui prête vie. Nous sommes la vie, qui est la toile de fond et l’énergie de toutes nos histoires, bonnes ou mauvaises.

Ayant vu cela sur un évènement j’ai su que tout ce que je faisais était de même nature, de tout temps. Et que rien ne m’était jamais arrivé et n’arriverait jamais, puisque j’ai toujours été et serais toujours l’éveil simple, parfait et spontané, sans commencement ni fin, qui prête vie à toute cette histoire qu’on appelle Daniel.

Quoi qu’il se passe et quel que soit le visage que je présente, je reste moi-même, le créateur de tout cela, immuablement.

Daniel

≈≈≈≈≈≈≈

...Un soir au sortir d’une de ces périodes négatives, une impulsion émergea en moi, celle d’une remise en question authentique et entière. Et si? Et si tout ce à quoi j’avais cru jusqu'à présent n’était pas forcément vrai ? Et si les désidérata de mon esprit n’avaient rien à voir avec l’essentiel ? Et si je m’entêtais dans une idée de ce qui définit l’éveil ou ce qui le valide ? Et si quelque chose en moi refusait de s’être trompé et s’accrochait à sa croyance ? Et pourquoi, et à quoi bon ?

À cet instant de remise en cause totale de mes croyances, une ouverture se fit et quelque chose lâcha prise en moi, comme un nœud qui se défait ou un serpent qui cesse de se mordre la queue. Et je vis clairement que je n’étais pas mon esprit, que celui-ci émanait de moi et faisait donc partie de moi, mais que j’étais ‘avant’ lui et ne pouvais en aucun cas me réduire a lui.

Tant que nous aurons un corps, nous aurons des sensations de plaisir ou de douleur, des pensées de joie ou de tristesse. Mais pourquoi y rajouter un jugement de nous-mêmes, pourquoi nous réduire à ces expériences ? Nous sommes avant tout, immuables et inconditionnels. Nous sommes la vie, nous sommes la présence vive, au-delà du bien et du mal. Et nous ne pouvons pas retomber, puisque nous ne sommes jamais tombés.

La vérité ne demande qu’à être vue. Si nous ne la voyons pas, c’est peut-être juste que nous avons nos mains devant nos yeux… alors, ouvrons les bras et accueillons-la, accueillons-nous, de tout notre cœur.

Nassim

≈≈≈≈≈≈≈

...Si nous comprenons bien que tout est UN, absolument tout, l’idée même d’un divorce, d’une séparation devient vite impossible et ridicule. Portés par cette reconnaissance de l’unicité primordiale, nous comprenons également que toute la dynamique des phénomènes, qu’ils soient mentaux ou non, ne sort pas de ce règne de l’unicité. L’illusion ne fait finalement que fabriquer artificiellement du « Deux » là où il n’y a jamais eu qu’ « UN » . Je crois que l’enjeu ne se situe pas seulement dans son acceptation, mais également dans la façon dont nous l’actualisons concrètement, à travers la relation que nous établissons avec ce que nous percevons. Car qu’elle soit subtile ou non, la dualité est le moteur de la turbine à vent de l’illusion. Malgré mon acceptation de l’Unicité, aujourd’hui encore, certaines de mes réactions aux phénomènes se construisent sur la base d’une petite amnésie à cette incontestable unicité. Et voilà comment j’en arrive à en perdre la conscience « dans le feu de l’action » des phénomènes. Que l’on s’entende bien, ce que je perds, c’est juste dans l'esprit duel, la conscience de l’unité primordiale. L’unité elle n’a pas besoin de ma réalisation pour être primordialement présente.
Lorsque nous actualisons dans l'esprit la vérité de l’unicité, elle s’accompagne d’une puissante conscience qu’à travers elle, nous communions de fait avec tous les univers et tous les possibles ! Nos pensées, nos émotions, nos sensations : de l’Un qui s’exprime sur le miroir de notre perception. Les orages, les merdes de chiens, la danse des galaxies : encore de l’unicité qui danse devant nos yeux. Cette danse follement fascinante possède un immense pouvoir puisqu’elle est l'expression dynamique de l’éveil dans l'espace, le moment présent de l’unicité.
Reconnaître cela au moment même où la danse à lieu a été pour moi d’une incroyable utilité !
La réalisation de l’unicité, lorsqu'elle est récupérée par l'esprit duel, pourrait paraître intéressante mais un peu froide, intellectuelle et manquant de cœur, de chaleur.

Et pourtant…

Tarik

jeudi 11 octobre 2007

• Méditer - Lama Guendune Rinpoché

Méditer

Lama Guendun Rinpoché

Tranquillement assis
Ne faisant rien
Le printemps arrive

Et l'herbe pousse toute seule


Toyo Eicho (1429-1504)


Pratiquer la méditation, ce n'est pas tenter de voir des couleurs ou des formes, ou essayer de façonner telle ou telle expérience. La méditation du point de vue du Mahãmudrã signifie dégager, libérer l'esprit de toutes formes d'attachement, de saisie, de vouloir, de caractérisation des choses. Plutôt que de faire quelque chose, il s'agit de défaire les liens et chaînes par lesquels l'esprit est emprisonné. En abandonnant l'attachement aux choses comme étant réelles, on abandonnera la saisie mentale de ces choses et la volonté qui leur est attachée, et par là, l'apparence se trouvera libérée d'elle-même.

On croit souvent que méditer, c'est imposer un état vide à l'esprit, un état sans aucune pensée, ni mouvement mental. Cette conception est erronée, car si la méditation était un état sans pensée, cette table devant nous serait en train de méditer ! La méditation n'a rien à voir avec le fait de créer un vide volontaire dans l'esprit ; méditer, ce n'est pas arrêter le mouvement des pensées, mais demeurer sans-saisie quant à ces pensées. S'il n'y avait pas de pensées ou mouvement conceptuel dans l'esprit, qui méditerait ?

La méditation consiste donc simplement à reconnaître ce qui nous lie à l'apparence, à la manifestation extérieure et à desserrer l'étreinte des fixations mentales. C'est opérer une détente par rapport au conditionnement habituel, c'est laisser cette détente créer son propre effet : les objets de la fixation tombent d'eux-mêmes, les nœuds se dénouent à leur tour. Méditer, c'est se défaire de cette cuirasse que l'on s'est forgée, des vêtements superflus que l'on porte ; on abandonne alors les uns après les autres les vêtements conceptuels pour rester dans la nudité primordiale. Dans cette détente, est éprouvé l'état fondamental de l'esprit comme étant clarté, conscience connaissante, lucidité vive. Cette clarté de l'esprit est définie comme la conscience instantanée, immédiate, un état exempt d'élaborations mentales ou de réification. On doit simplement demeurer dans la jouissance de cet état, laissant l'esprit dans sa dimension propre, sans caractériser ou juger quoi que ce soit, sans même concevoir la notion d'une méditation.

Extrait de "Les émotions", Lama Guendune Rinpoché, Éditions Dzambala, 1995, p. 57-58

mercredi 10 octobre 2007

• Éveil spirituel et mouvement non-duel - Thierry Vissac

Éveil spirituel et mouvement non-duel


Thierry Vissac

Nous parlons d'éveil spirituel parce que la plus grande partie des êtres humains vit dans un certain sommeil.

Le sommeil désigne le fait de vivre dans l'illusion.

L'éveil spirituel est donc l'émergence de la conscience hors du monde fantasmagorique des illusions, un peu comme la conscience sort du sommeil après une nuit de cauchemars.

Quelles sont les illusions ?

- Croire que la vie s'organise par notre intelligence personnelle (contrôle, maîtrise, projections sur l'avenir) et perdre de vue l'Intelligence de la Vie qui organise toute chose.

- Croire que nous sommes une "personne solitaire", contre les autres, séparée de tous et en danger permanent (nécessité continuelle de se protéger) puis déplorer la guerre, le conflit, la violence et l'impossibilité à être réellement en relation qui en découle.

- Investir uniquement dans le transitoire comme s'il était éternel (famille, profession, propriétés ...) et se révolter amèrement contre le déchirement et la souffrance qui en découlent chaque fois que l'évanescence de nos projets se révèle.

- Croire qu'il existe un(e) (ou des) autres qui pourraient nous apporter le bonheur (le mythe de l'âme soeur) ou qui seraient au contraire responsables de notre malheur, puis pleurer parce que notre quête est sans fin et toujours frustrée.

- Croire en l'autorité et la suprématie de la pensée et de l'intellect (et donc du jugement) et souffrir de la division qu'ils engendrent.

Que produit l'éveil spirituel ?

L'éveil spirituel, par la dissolution des croyances évoquées ci-dessus, révèle notre unité intrinsèque avec les mouvements de la vie (contre lesquels nous luttions en permanence), notre lien avec nos congénères, l'éternité de l'existence (au-delà des projets et objets de l'univers personnel), la réalisation que nos illusions sont la cause unique de toute souffrance, ainsi que l'émergence de la joie et la paix qui naissent de l'accueil de ce qui est, l'ouverture du coeur qui en résulte relâchant spontanément l'emprise du mental, de la certitude intellectuelle et de tous les cadres étroits que nous avions pris pour "notre vie"...

Le mouvement non-duel est investi par la peur.

Les forums spécialisés sur Internet et certains commentaires à la sortie des Satsang donnent la mesure d'une douloureuse confusion qui règne dans cet enclos fermé. Cette confusion repose sur une terreur d'être qui tente de se travestir en accomplissement spirituel. Les victimes de la pensée non-duelle (c'est-à-dire, de la compréhension intellectuelle qu'elles ont de la non-dualité) connaissent par coeur tous les principes, toutes les formules qui servent alors la fuite de soi, dans une attitude "impersonnelle" qui s'avère être une coupure volontaire avec cet univers personnel, troublant et mal-aimé.

A entendre certains des adeptes, il n'y a "plus personne", par exemple. Ce tour de passe-passe verbal ne parvient pourtant pas à cacher la crispation perceptible ni les colères rentrées qui se bousculent derrière le paravent de l'équanimité et du mimétisme. Beaucoup clament haut et fort qu'ils sont en contact avec "ce qui est là". Mais "ce qui est là" est très souvent autre chose que "ce qui est là", en réalité. Il est vrai que beaucoup d'enseignants, en utilisant une expression semblable, ne désignent en fait pas "ce qui est là", mais ce qui est derrière ce qui est vraiment là. Finalement, on n'y est jamais, tout en prétendant y être parce que le réel a toujours un R majuscule, il est toujours au-delà, et finit par perpétuer la distance, la séparation ... avec "ce qui est là". On s'invente une Paix qui n'est jamais vraiment vécue, simplement parce qu'on entend qu'elle devrait y être ou "qu'elle est déjà là".

J'ai rencontré des dizaines d'adeptes de la non-dualité et la plus grande partie d'entre eux sont enfermés dans un système fallacieux de détachement, de spiritualité mentale, de négation et d'arrogance, possédant une maîtrise parfaite du langage tout en manifestant une grande réactivité à chaque fois que l'on approche de leur sensibilité.

Cette fuite pathétique et déchirante demande à être éclairée car la perspective non-duelle, dans son inspiration la plus pure, n'est pas une mascarade. Elle invite à l'abandon des masques. Les avantages apparents du masque non-duel sont dérisoires à l'égard de ce que la sagesse non-duelle désigne comme l'avènement d'une réalité vivante.

Dans les cercles non-duels, l'émotion est un "no-man's land" gardé par d'austères cerveaux blindés.

Comment se produit un tel glissement ?

Après avoir subi les nombreux détours de la quête spirituelle, le chercheur, désespéré de n'être pas parvenu à éliminer ces émotions et ces tourments si envahissants, rencontre cette "pensée" qu'est devenue la non dualité, et qui lui offre un apaisement sous la forme d'un tranquillisant mental.

La question clé de l'adepte non-duel : "Qui suis-je ?" est ainsi interprétée comme niant cette "humanité" troublante dont les chercheurs spirituels veulent compulsivement se défaire.

Il ne s'agissait bien sûr pas d'exclure quoi que ce soit.

Ne pas exclure ne signifie pas rester identifier mais nous devons comprendre que la volonté farouche d'ignorer un versant quelconque de l'existence est une fuite. Cela devient alors un jeu intellectuel.

Il y a en fait "une voie du milieu". Le tourment de l'incarnation doit être accueilli, sans quoi nous ne faisons que nier une évidence qui se charge d'ailleurs de venir nous courtiser à tout instant.

La réponse à "Qui suis-je ?" peut inciter celui qui en fait un dialogue mental à entretenir une position de refus. Le comportement de cette victime de la spiritualité mentale cherche alors à ressembler à l'idée qu'elle se fait de la paix et de l'équanimité. Elle se conforme à des images mentales, des fantasmes.

Pourtant, la réponse à "Qui suis-je ?" ne dicte rien, ni une expression verbale convenue ni une quelconque attitude. Parce que "Je Suis" est Vivant, les formes de son expression éternelle ne "passionne" que celui ou celle qui cherche encore à plaire ou qui brigue une appartenance à un groupe, une élite. C'est toujours l'ego qui joue ses cartes en surface du Vivant mais dans ce qu'il considère alors comme "la cour des grands".

Nous devons être à l'écoute du Sens. La pensée, nous le savons, s'écoute elle-même et jouit de son pouvoir illusoire.

La non-dualité est le Sens. La manifestation est une cascade infinie de vérités éphémères, dont la pensée est un véhicule tout à fait louable quand il ne se prend par pour l'origine et le but de toute chose.

Il suffit parfois d'aller serrer la main du petit bonhomme qui se cache derrière le paravent, pour retrouver une fraîcheur muselée... et un soulagement infini.

Dans cette ouverture, il est possible que se révèle la véritable nature de la non-dualité. Car si on peut affirmer qu'elle est "déjà là", il ne suffit pas de le dire sur un lit de terreur et de mensonges pour que la Paisible nature de l'être se révèle.




Livres, CD audio, DVD et articles de Thierry Vissac : http://www.istenqs.org/Livres.htm

• La quête du Soi - OM Cédric Parkin

Sources

La quête du Soi

OM Cédric Parkin


Oui ! Qui es-tu ?

Es-tu prêt à faire pour un moment simplement l'expérience d'être ? Sans effort aucun, sans retenir, sans laisser aller, sans rien ? Juste être ce que tu es sans savoir ce que c'est ? En conscience complète de toi-même ?

Le moment juste que tu pourrais attendre n'existe pas, parce que le moment juste est maintenant. Le mental pensant rejette ce moment. Il rejette toutes sortes de choses. Il rejette la douleur, la colère, la peur, ou toute autre chose qu'il ne veut pas. Que serait-il si tu rencontrais tout ça, maintenant ? Si simplement tu renonçais à l'effort requis à repousser quelque chose ? Alors tu reconnais : La douleur vient- la douleur s'en va. Toi, tu es toujours là ! Des sensations viennent - des sensations s'en vont. Elles passent. Mais toi, tu restes.

Es-tu une pensée ? Tu ne peux pas être une pensée parce que les pensées ne sont pas toujours là. Qu'est-ce qui est toujours là ? Tourne ton attention vers ce qui est toujours là.

Tu es Un avec la douleur, mais tu ne touches pas la douleur. Ainsi comme le ciel est Un avec les nuages, mais les nuages ne touchent pas le ciel ! Tu ne le comprends pas, parce que le mental pensant n'est pas capable de le comprendre. Les émotions passent, les pensées, les sensations - comme les nuages passent, comme le temps qu'il fait passe. Le moment où tu as un intérêt pour le temps, tu es saisi par la souffrance ! La tristesse apparaît, brusquement vient le mental pensant et dit : "Oh mon Dieu … je ne veux pas … je ne peux pas … ceci ne devrait pas être …". Ou bien il te raconte une autre histoire - les archives du mental pensant sont inépuisables.

Tant que tu t'intéresses au temps qu'il fait, tu t'intéresses à la souffrance. Quelle que soit l'histoire : Ne touche pas au temps ! Les phénomènes viennent et s'en vont, et le moment suivant le temps a déjà changé. Quand tu le laisses passer, quand tu ne le saisis pas, quand tu ne t'impliques pas - alors ce n'est plus toi qui racontes les histoires, mais bien la vie qui raconte des histoires. Non plus de toi, personnelles, mais bien impersonnelles, racontées par la vie même. Et alors c'est merveilleux d'écouter des histoires, de lire des histoires, de suivre des histoires.

Intéresse-toi au ciel ! Le ciel est ce que tu es. Le ciel est ici maintenant. Les nuages sont dans le ciel. Détends-toi simplement, permets-le. Et sois en silence. Dans ton propre silence, dans l'état d'attention détendue tu reconnais qui tu es. Es-tu prêt ? Es-tu prêt à abandonner le corps ? Es-tu prêt à abandonner le mental pensant ?

Alors le moment est venu de mourir ! Que veux-tu encore chercher dans le futur, ou trouver ? Quand maintenant tu peux être prêt à mourir, et tout laisser mourir ? Laisse la tempête se calmer. Laisse le corps se calmer ...

L'ouverture est ici, la Conscience est ici, elle attend seulement que tu acceptes le cadeau. Tu es ici, et tu t'impliques dans ce moment unique. Et alors tout perd le sens qu'il avait. Le temps perd sa réalité, penser perd sa substance. La pensée-"Je" s'enfonce. Et tu reconnais : Le monde est vide, le corps est vide et tout s'enfonce dans ce vide. Ce vide est la libération du fardeau de millions d'années de développement, de devenir, d'histoire. Tu es sans histoire, tu es sans passé, tu es sans futur, tu es sans pensée.

En complète reddition tu coules de plus en plus profondément. Et dans ce vide - depuis ce vide - s'ouvre silencieusement l'amour - l'amour de la conscience elle-même.

Tu es ce d'où les phénomènes émanent ! Les phénomènes naissent en toi. Tu es ce qui ne change pas. Tu es ce qui reste. Tu es ce qui en est conscient. Tu es ce qui pénètre les phénomènes. La Conscience pénètre tous les phénomènes. Il n'y a rien qui ne soit pas pénétré par la Conscience. Et la Conscience est maintenant et parfaite.

Dans la Conscience il n'y a pas de séparation. Les corps sont séparés. Les corps seront toujours séparés. Tu n'as à chercher aucune fusion physique. La fusion a déjà eu lieu dans la Conscience depuis longtemps. La Conscience est ici - et tu es la Conscience. OM est la Conscience. La Conscience parle à la Conscience.

Je suis le même que toi ! Rien ne t'empêche de le voir ! Tu reconnais ton propre Moi, et tu es avec le Moi. Tu cherches cette rencontre avec le Moi. La réalisation de l'homme est humanisme - un humanisme qui est conscient de l'éternité de l'Être.

Tu es ce que tu es. C'est tout. Et ceci est au-delà de toute chose.

• Posture parfaite - Yizhou Luohan

POSTURE PARFAITE

Yizhou Luohan - un des disciples du Bouddha assis en posture de méditation
© Patrice Gros

De retour du British Museum, j'ai pris un cliché de cette statue qui exprime la majestuosité de notre être lorsque, en méditation, nous decouvrons peu à peu l'essence de notre nature véritable...


"Par méditation, nous entendons ici quelque chose de fondamental et de très simple, qui n'est pas relié à une culture quelconque. Nous parlons d'un acte vraiment fondamental : s'asseoir par terre, prendre une posture correcte et cultiver le sentiment d'avoir son propre espace, sa place sur cette terre... La pratique de la méditation débute lorsqu'on prend sa place, assis par terre les jambes en tailleur. On commence à sentir qu'en étant simplement dans l'instant présent, la vie devient maniable et peut même devenir quelque chose de merveilleux. On se rend compte qu'on est capable de se tenir comme un roi ou une reine sur un trône. La majesté de cette situation révèle la dignité qu'il y a à rester dans le calme et la simplicité."


Chögyam Trungpa - Shambhala, la voie sacrée du guerrier

• Le cœur est l’unique vérité. - Ramana Maharshi

Sources

« Le cœur est l’unique vérité. L’esprit n’est qu’une étape. »

Ramana Maharshi

Un sage m’a dit un jour, il y a une incarnation divine par siècle. De cette extraordinaire floraison de grands sages hindous qui apparurent vers le 1er quart du 20è siècle, ce fut sans conteste Ramana Maharshi (1879-1950) qui fut cette incarnation. Après de longues années d’un rigoureux ascétisme solitaire, il était parvenu sur le plan de conscience de l’Unité. Pour lui, l’identité, dans un éternel présent, entre le moi et le non-moi, entre le Divin supra cosmique et le divin dans le cœur de l’homme, était une vérité d’expérience constante.

Dans sa bonté envers tous ceux qui l’approchaient et en qui il ne voyait que le « Soi » qui était aussi en lui, identique - il conseillait la recherche inlassable de cette vérité, en ramenant tous les problèmes et toutes les alternatives à la question fondamentale « Qui suis-je ? ».

Cette grande figure, qui a fortement marqué tous ceux qui l’ont approché, représente de nos jours la véritable image du sage védique. Orthodoxe, il n’enseigna cependant aucune doctrine, se contentant de ramener ses interlocuteurs à leur être essentiel.

« Le cosmos tout entier est contenu dans un petit point minuscule qui se trouve dans le cœur, quand vous pénétrez réellement dans ce cœur.

A seize ans, l’adolescent futur Ramana Maharshi fut saisi par l’angoisse de la mort. Il s’allongea à même le sol : qu’est-ce qui se passe quand on est mort ? Le corps meurt, les pensées aussi... Que reste-t-il, enfin ? La réponse Absolue le saisit et ne le quitta plus. Pas de technique, pas de yoga, seulement cela : Vous êtes le Soi, Absolu. Vous êtes déjà Absolu. Alors pourquoi continuer à faire comme si vous étiez mortel ?

Voici son expérience et ses propos : L’Eveil

« Environ six semaines avant mon départ définitif de Madura, il se produisit dans ma vie un grand changement. Ce changement fut soudain. J’étais seul dans une des pièces du premier étage, dans la maison de mon oncle. Je n’avais été malade que rarement, et ce jour-là ma santé était excellente ; mais je fus pris soudain d’une violente peur de la mort. Rien dans mon état ne la justifiait, et je n’essayai pas d’en découvrir la raison ; je me contentai de l’éprouver. Je me disais : « Je vais mourir », et je me demandais que faire. Il ne me vint pas à l’esprit de consulter un médecin, ou l’un de mes amis. Je sentais qu’il me fallait résoudre moi-même le problème, et sur le champ.

« Le choc causé par la peur de la mort forçait mes pensées à l’observation intérieure, et je me répétais mentalement, sans réellement formuler des paroles : « Maintenant que la mort est là, que signifie-t-elle ? Qu’est-ce que c’est que mourir ? C’est ce corps-là qui meurt ! » Et aussitôt je dramatisais le fait de la mort. J’étais couché, les membres raides comme si j’étais mort réellement. J’imitais la situation d’un cadavre pour donner à mon enquête une réalité plus grande. Je retenais ma respiration, et serrais les lèvres pour qu’aucun son ne puisse s’en échapper, pour m’empêcher de prononcer le mot « je », ou tout autre mot. "Bon !" me disais-je, ce corps est mort. On l’emportera complètement rigide au lieu de sa sépulture, où on le brûlera et le réduira en cendres. Mais suis-je mort par cette mort de mon corps ? Mon corps est-il « moi » ? Il est silencieux et inerte, mais je sens la pleine force de ma personnalité, et j’entends même la voix du « moi » au fond de mon être. Je suis donc un esprit qui transcende le corps. Le corps meurt, mais l’esprit, transcendant le corps, ne peut être touché par la mort. Ce qui veut dire que je suis un esprit immortel. »

« Ces pensées n’étaient pas obscures et ternes. Elles jaillissaient en moi telles d’éclatantes vérités, que je percevais directement sans que mes activités cérébrales fussent en jeu. Le « moi » était donc quelque chose de très réel, la seule chose réelle dans mon état présent, et toute l’activité consciente de mon corps se concentrait sur ce « moi ». Depuis cet instant, la puissance fascinante de ce « moi » se plaça au cœur même de toute mon attention.

« La crainte de la mort avait disparu, et pour toujours. L’absorption dans le « moi » se poursuivit sans interruption. D’autres pensées passaient et disparaissaient, pareilles à diverses notes de musique, mais le « moi » demeurait comme la note scrutée, sous-jacente à toutes les autres notes, et se confondant avec elles.

« Que mon corps fût occupé à parler, à lire, ou à quoi que ce soit d’autre, tout mon être n’en était pas moins centré sur le « moi ». Avant cette crise, je ne le distinguais pas clairement, et je n’étais pas attiré consciemment vers lui. Je ne ressentais pour lui nul intérêt direct ou perceptible ; encore moins inclinais-je à demeurer constamment en lui. »

Cette simple description, dénuée de toute prétention au verbiage, peut faire croire à un état voisin de l’égoïsme, mais il faut attribuer cette impression à l’ambiguïté des deux termes : Je et Moi. La différence apparaît dans l’attitude en face de la mort. Car celui chez lequel l’intérêt se concentre sur l’« ego », être individuel séparé, a peur de la mort, qui menace de dissolution cet « ego ». Alors que, dans le cas de Venkataraman, la peur de la mort a disparu pour toujours : il avait en effet compris que le « moi » (ego) ne faisait qu’un avec le « Moi Supérieur, Universel et Immortel », l’esprit et le moi réel de tout être humain. Dire qu’il savait qu’il ne faisait qu’un avec l’esprit, n’est d’ailleurs pas conforme à la vérité, puisque cette affirmation suppose un moi séparé, capable de la formuler alors que le moi intérieur de Venkataraman était lui-même et consciemment l’Esprit.

(Note : Venkataraman nom d’adolescent de Ramana Maharshi)

SON ENSEIGNEMENT

Pendant la première moitié du XXè siècle, son enseignement est un phare éblouissant pour l’humanité. Encore aujourd’hui, ses préceptes universels demeurent adaptés à tous les hommes, qu’ils soient engagés dans le monde des affaires ou qu’ils vivent retirés dans quelques jungles... Tous autant que nous sommes pouvons répondre à sa présence intérieure silencieuse. La forme physique est sans importance, disait le Maharshi avant de quitter son corps. C’est la présence absolue qui compte, laquelle ne meurt pas et demeure en chacun.

Il ne considérait pas avoir de disciples. Il n’y a qu’un seul gourou : l’absolu à l’intérieur (et partout) de chaque cœur (rhidaya=centre). « Certains se disent mes disciples, je ne peux ni le confirmer, ni l’infirmer ; pour moi tous les hommes sont identiques. »

Le Maharshi n’écrivait presque jamais, mais de pieux disciples ont parfois recueilli ses entretiens. Dans le volume, « L’enseignement de Ramana Maharshi » paru chez Albin Michel, qui couvre une période de cinq ans (1935-1939), on trouvera, en grand détail, l’enseignement qu’il dispensait, les réponses qu’il donnait aux Indiens et aux Occidentaux venus lui soumettre leurs problèmes intellectuels, affectifs et autres.

Voici quelques extraits des questions-réponses :

Un jeune homme : Comment ai-je été pourvu d’un corps physique ?

M. Vous parlez de « Je » et de « corps physique », comme étant deux éléments séparés entre lesquels existe une relation de dépendance. Vous n’êtes donc point votre corps physique puisque vous le distinguez de vous-même. Ce corps physique ne se pose pas une telle question puisqu’il est inerte. Quand vous dormez, vous n’êtes plus conscient de la présence d’un corps physique, mais vous n’en continuez pas moins d’être. Vous ne vous posez plus semblable problème, mais vous existez néanmoins. Qui donc soulève, en ce moment, ce genre de questions ?

D. C’est mon ego.

M. Oui. Le corps physique et l’ego s’élèvent (au réveil) et s’abaissent (en sommeil) ensemble dans le champ de la conscience.

Dans l’état de sommeil profond vous avez rompu toute association avec votre ego. En ce moment, vous êtes associé à lui. De ces deux états, lequel est votre état réel ? Dans votre état de sommeil, vous êtes présent, et le même « VOUS » est en ce moment présent, à l’état de veille. Pourquoi alors votre question s’élève-t-elle maintenant et non pas pendant votre sommeil ? Vous dites que c’est à cause de votre ego, ce qui est vrai. Vous n’êtes pas votre ego ; l’ego n’est qu’une formation mentale intermédiaire entre le Soi et votre corps physique ; vous êtes le Soi. Cherchez donc l’origine de votre ego et voyez alors si vos doutes subsistent encore.

D’après les écritures sacrées, la réponse à votre question est la suivante : « Votre corps physique est dû à votre karma. » Vous me demanderez d’où provient le karma ? Je devrais répondre : « D’un corps précédent » et ainsi de suite ad infinitum. C’est une méthode d’argumentation indirecte. La méthode directe n’est pas basée sur des hypothèses invisibles mais consiste à s’attaquer au point central et à demander qui subit un karma ? Qui est associé à une succession de corps physiques ? Voilà pourquoi je vous ai répondu d’abord de cette manière. C’est plus efficace.

D. Quelle est l’utilité de la peur de la mort, notre lot commun ?

M. Tout le monde a peur de mourir. Cette peur ne remplit aucune fonction utile, car elle est totalement dominée par les pulsions latentes du mental, si bien que l’homme meurt d’une manière inconsciente. Il n’arrive pas à prendre conscience du processus de désintégration, n’étant pas suffisamment détaché. La peur de la mort ne le rend pas imperturbable et il ne peut pas se livrer à une investigation valable.

D. Dans ces conditions, je ne comprends pas pourquoi vous donnez à tous vos visiteurs le même enseignement spirituel sans établir entre eux de distinction quelconque.

M. Qu’est-ce que je leur dis ? Que l’ego, en tout homme, doit périr. Il faut que les gens réfléchissent à ce problème. L’ego est-il présent ou ne l’est-il pas ? En réfléchissant continuellement à cette question, l’homme devient de plus en plus compétent.

D. Combien de temps s’écoule-t-il entre un décès et la réincarnation suivante ?

M. Cela dépend. Tantôt l’intervalle est bref, tantôt il est long. Mais pour un Jnânin cette question ne se pose plus car il s’est complètement absorbé dans l’être universel, ainsi que l’affirme la Brihad Aranyaka Upanishad. Certains textes affirment que ceux qui, après leur mort, sont passés dans la voie de la lumière, ne renaissent plus, tandis que ceux qui après leur mort prennent la voie de l’ombre renaissent ici-bas, après avoir épuisé les fruits de leur karma durant leur existence extra-corporelle, dans les plans subtils. Si la balance des mérites et des démérites est égale, l’homme repart directement ici-bas, sans passer par un stade intermédiaire. Si les mérites l’emportent, les corps subtils du défunt sont attirés vers les régions paradisiaques et c’est à leur niveau que la renaissance se produit. En revanche, si les démérites sont en excès, les corps subtils du défunt sont entraînés vers les régions infernales et c’est à leur niveau que la nouvelle naissance a lieu. Même les yogabrashta (ceux qui ont fait l’expérience de la Félicité suprême, mais qui n’ont pu s’y maintenir et sont retombés dans la dualité) sont soumis à la loi commune de la réincarnation. Tout ceci est expliqué avec force détails dans les écritures sacrées (Shâstras). Mais en fait, il n’y ni naissance, ni mort, et chacun reste en réalité ce qu’il est. C’est la seule vérité.

D. Est-ce que la veille et le rêve peuvent être considérés comme des excursions hors du Soi, notre nature véritable ?

M. Il faut une localisation dans l’espace pour faire une excursion. Cette localisation doit être en dehors de vous. Cela est impossible dans l’état naturel du Soi, où rien ne se trouve ailleurs.

D. Votre exemple de l’écran de cinéma est une magnifique illustration de la vérité.

M. L’écran d’un cinéma ne ressent rien, et a donc besoin d’un spectateur qui prenne conscience du spectacle. Mais l’écran du Soi est différent ; il comprend le spectateur et le spectacle, ou plus exactement il est en soi plein de lumière. Sur l’écran, les images ne peuvent être perçues que si la salle est plongée dans l’obscurité. Ainsi le mental ne peut-il projeter ses idées et ses images que dans l’obscurité de son ignorance fondamentale (avidyd). Le Soi est pure connaissance, pure lumière, dépourvue de toute dualité. La dualité implique l’ignorance. La connaissance véritable du Soi se tient au-delà de la connaissance-ignorance. De même, la lumière du Soi est au-delà de la lumière ordinaire et de l’ombre. Car le Soi est tout seul.

D. Que doit-on penser du progrès ?

M - Le progrès relève de la dualité, c’est-à-dire du mental et non point du Soi. Le Soi est toujours parfait.

M - Les gens sont curieux. Ils quittent ce qui leur est le plus intime, le plus immédiat et puis ils s’efforcent de trouver la paix et la tranquillité. Les textes sacrés disent « Tu es Cela ». Le terme « tu » fait l’objet d’une expérience directe. Néanmoins, les gens préfèrent l’ignorer et partir à la recherche de « Cela » !

D. C’est pour trouver l’identité de « cela » et de « tu ».

M. « Cela » désigne le Soi intérieur, immanent en toute chose. Pour trouver le Soi, l’homme préfère s’abandonner, se quitter et se laisser happer par le monde ? Qu’est-ce que le monde ? Qu’y a-t-il d’immanent en lui ? C’est « cela ». Toutes ces idées ne prennent corps que lorsque l’on oublie son propre Soi. Je ne me suis jamais égaré dans d’aussi vaines recherches. Ce n’est que plus tard que je me suis rendu compte que les hommes s’y intéressaient.

SA FIN

(Témoignage d’Arthur Osborne)

Deux des serviteurs éventaient le Maître, et les disciples, au dehors, avaient les yeux fixés sur cet éventail, dont le mouvement signifiait qu’il y avait encore un corps vivant à éventer. Le reporter d’une grande revue américaine ne réussissait pas à rester tranquille, gêné d’être ému malgré lui. Il décida de ne pas écrire le récit des événements auxquels il assistait avant d’avoir quitté Tiruvannamalai et retrouvé des conditions de vie plus normales. Il était accompagné d’un photographe de presse français.

Tout à coup, sans que l’on s’y attendît, un groupe de fidèles, assis dans la véranda, devant la grande salle, se mirent à chanter « Arunachala-Siva ». En les entendant, Sri Bhagavan ouvrit les yeux, et son regard brilla. Il eut un sourire d’ineffable tendresse. Des larmes de béatitude perlèrent à ses paupières. Il poussa un soupir profond, puis s’arrêta de respirer.

Pas la moindre lutte, pas un spasme ; rien d’autre ne révéla qu’il mourait, mais la respiration ne reprit plus, tout simplement.

Pendant un moment, tout le monde fut déconcerté. Les chants continuaient. Le photographe de presse français vint me demander à quel instant précis la mort était survenue. Je crus à une insensibilité de journaliste, et lui répondis avec brusquerie que je n’en savais rien, et puis tout à coup, je me rappelai la courtoisie inlassable de Sri Bhagavan, et je dis qu’il était exactement 8 h 47. Il me raconta alors (et je compris à sa voix, qu’il était bouleversé) qu’à ce moment précis, se trouvant sur la route, il avait eu une énorme étoile traverser lentement le ciel. Beaucoup d’autres gens l’avaient aperçue également, même à Madras, et avaient deviné ce que signifiait ce présage. L’étoile glissait en direction du Nord-est, vers le pic d’Arunachala.

La première stupeur passée, ce fut une explosion de douleur. On plaça le corps sous la véranda, dans la position assise. Hommes et femmes se pressèrent pour le voir. Une femme s’évanouit ; d’autres sanglotaient à haute voix. Le cadavre fut ensuite transporté dans la salle et posé sur un divan orné de guirlandes de fleurs. Les disciples vinrent se grouper tout autour. On s’attendait à ce que le visage du Maître eût acquis l’immobilité de pierre du Samadhi, mais il était tellement marqué par la souffrance que le cœur se serrait à le voir. Au cours de la nuit seulement il reprit sa mystérieuse sérénité.

Les disciples passèrent toute cette nuit-là dans la salle, et des gens de la ville défilèrent dans un respectueux silence. Ils venaient par processions entières, chantant l’Hymne d’Arunachala-Siva à l’aller et au retour. Quelques-uns des disciples qui se trouvaient dans la salle entonnèrent des chants de louange et de deuil. D’autres gardaient le silence. La douleur, si vive qu’elle fut, frappait moins que le calme qui la transcendait. Pourtant ces femmes et ces hommes se voyaient privés de celui dont la grâce avait donné à leur vie Son véritable sens.

Dès la première nuit, et bien plus encore pendant les jours suivants, on comprit l’importance vitale des paroles de Sri Bhagavan : « Je ne m’en vais pas. Où donc irais-je ? Je suis ici ! »

Le mot ici n’implique aucune limitation dans l’espace. Il signifie plutôt que le Moi existe. Il n’y a ni départ, ni changement pour ce qui est universel. Cependant les disciples, en percevant la présence de Bhagavan au dedans d’eux, de même qu’ils percevaient sa présence divine constante à Tiruvannamalai, commencèrent de voir, dans les paroles du Maître, une promesse pleine d’amour et de sollicitude.

Au cours de la nuit de veille, on eut à prendre une décision concernant les funérailles. Certains pensaient à ensevelir le corps de Sri Bhagavan dans la nouvelle salle ; mais d’autres s’y opposèrent jugeant que la salle étant en quelque sorte adjointe au Temple, le sanctuaire de Sri Bhagavan paraîtrait, peut-être, de moindre importance que celui de sa mère. On renverserait ainsi l’ordre des choses. Le lendemain, tous furent d’accord pour creuser une fosse et enterrer le corps de Sri Bhaghavan avec les honneurs divins, dans l’espace compris entre la vieille salle et le Temple.

La foule massée tout autour assistait à la cérémonie dans une douleur silencieuse. On ne verrait plus le visage tant aimé. On n’entendrait plus la voix si chère. Désormais la pierre noire, polie, symbole de Siva, placée sur la tombe, évoquerait seule extérieurement le souvenir du Maître, mais au fond des cœurs subsisterait son empreinte.

SA PRESENCE

Son corps est parti, mais sa présence est palpable.

Son enseignement silencieux est toujours là, pour celui qui sait l’entendre.

Il disait d’ailleurs « Le silence est la plus grande des éloquences ».

Son regard, ses photographies, touchent au cœur directement.

La sainte Ma Ânanda Mayi, venue se recueillir lors des ses funérailles dit alors « je suis venue rendre hommage à mon père, et je peux m’asseoir par terre avec les autres »

Ce père est toujours présent pour beaucoup. L’histoire du Maharashi ne se termine pas avec la mort de son corps, pas plus que l’histoire du Christ ne se termina sur la croix.

En réalité, Shri Bagahavan n’a pas donné au monde une religion nouvelle, mais une nouvelle espérance.

Il a indiqué un sentier nouveau à cet âge d’obscurité spirituelle, et son action ne se limite pas à sa vie physique.

Il est présent pour tous ceux qui cherchent la vérité, le salut.


BIBLIOGRAPHIE

« RAMANA MAHARSHI ET LE SENTIER DE LA CONNAISSANCE DE SOI » d’Arthur Osborne, les deux Océans, paris.

« L’ENSEIGNEMENT DE RAMANA MAHARSHI » Jean Herbert, Editions Albin Michel.

« IMMORTELLE CONSCIENCE » Paul Brunton, les deux océans, Paris.