lundi 31 mars 2008

• La réalité d’une Conscience unique - Nicole Montineri

La réalité d’une Conscience unique

Nicole Montineri

Ce livre, N'AYONS PAS PEUR DE MOURIR (Éditions Accarias-L'Originel), est le témoignage d’une rencontre avec la mort. L’auteur a pu voir – lors d’une grave maladie – dans une attention extrême et une acceptation totale qui évacuait toute peur, ce qu’enseignent tous les sages : derrière les apparences de l’univers, se trouve la réalité d’une Conscience unique.

Nicole Montineri nous parle d’un vécu profond, bien réel où la conscience change de nature, se plaçant à un niveau élevé de réceptivité et de lucidité. Ici, pas de visions d’anges ou de cités célestes ; pas de projection, ni d’images. La lumière n’était pas à l’extérieur d’elle, mais rayonnement de sa conscience. Dans un abandon total de soi, l’auteur vivait un présent hors du temps où «la pure conscience (qui est pure énergie, vacuité créatrice) restait seule, rayonnante».

Demeurer dans cette ouverture, c’est rejoindre l’essence de notre être où n’existe aucune dualité, aucune séparation, mais liberté et amour.
Seule cette réalisation de l’unité essentielle nous permet de sortir de notre monde limité et chaotique. Enfermés dans les préoccupations vaines du moi, l’esprit sans cesse affairé, nous ne savons pas regarder la vie en profondeur.
Or, la mort peut surgir à tout moment. Mal préparés, nous vivons alors avec beaucoup d’angoisse l’instant de notre disparition. Cependant, la mort peut être l’expérience intérieure la plus profonde qu’il nous soit donné de connaître, si nous nous sommes préparés à ce retour à la source. Cette préparation nécessite une pratique. Il s’agit, au fil de notre existence de nous éveiller à ce que nous sommes, d’avoir une conscience claire de nos comportements, de chacune de nos pensées, de renoncer à nos illusions, d’abandonner cet effort perpétuel de l’ego pour se rassurer. Il nous faut – d’une certaine façon – nous quitter, cesser d’accumuler (tout en vivant pleinement ce que nous propose l’existence), nous dépouiller et nous habituer au silence.

L’auteur décrit ainsi un parcours, invite à une intensité tout en précisant que cette quête nécessaire sera un jour abandonnée, car la vérité ne peut surgir de la volonté mais du seul lâcher prise où le chercheur s’efface peu à peu.
Il y a un lien mystérieux qui unit la vie et la mort. Comprendre ce qu’est véritablement la mort, c’est comprendre le sens de la vie.
Pour Nicole Montineri tout est vu désormais «comme se mouvant au sein de la globalité de la vie, par la seule conscience de l’unité derrière les formes… dans une joie constante sans objet».

Extrait du livre :

Ce livre est le témoignage de ma rencontre avec ce que l'on nomme la mort. Je vous parle ici d'un vécu conscient, bien réel pour celle qui l'a expérimenté. J'ai la certitude d'être entrée en contact avec une réalité qui s'ouvre à notre conscience dès l'abandon du corps physique. J'ai pu voir ce qu'enseignent tous les maîtres spirituels : derrière les apparences de l'univers, se trouve la réalité d'une Conscience unique et éternelle.
J'ai réalisé l'expression intemporelle de l'intelligence cosmique à travers ma conscience lors d'une méningite en mai 2006.
En accord avec mon médecin, j'ai préféré ne pas être transportée à l'hôpital car je ressentais le besoin de rester en silence, concentrée, intériorisée, et la plus consciente possible, sans perfusion de morphine. J'ai pris cette décision, sachant le risque qu'elle comportait et la douleur que j'allais endurer. Je n'ai pas d'explication rationnelle à cela, simplement j'avais intuitivement confiance. Durant la première nuit, en proie à une très forte fièvre et à des douleurs insupportables à la tête, j'ai compris que mon corps ne supporterait pas longtemps cette secousse. J'ai alors décidé, calmement, lucidement, de lâcher prise, de partir, de sacrifier en quelque sorte ce corps arrivé au bout de ses forces pour laisser l'énergie infinie pénétrer librement ma conscience.
Nous avons tous à expérimenter la maladie à un moment de notre existence. S'abandonner au désespoir ne mène nulle part. Il faut accepter cet état du corps, libérer son esprit des émotions négatives qui l'envahissent, arriver à détacher sa conscience de cette forme souffrante. Nous ne sommes pas seulement un corps. J'ai accepté sans angoisse la perte de ce corps qui souffrait et dont la mort semblait imminente. Je n'ai pas eu peur un seul instant. Savoir s'abandonner, c'est reconnaître que l'esprit a ses limites. Les sens se sont fermés, je suis entrée au plus profond de mon être. Silence. Le temps s'est arrêté. Le cauchemar était fini. Il n'y avait plus personne pour souffrir.

Pour rappel, veuillez retrouver le témoignage de Nicole Montineri.
Site de Nicole Montineri.


• Nous sommes la force vitale de l’univers - Jill Bolte Taylor

Nous sommes la force vitale de l’univers

Jill Bolte Taylor

Nous sommes des êtres d'énergie, connectés les uns avec les autres, par le biais de la conscience de notre cerveau droit, comme une seule famille humaine. Et, ici et maintenant, nous sommes tous des frères et soeurs sur cette planète, afin de rendre ce monde meilleur. Et, en ce moment même, nous sommes parfaits. Nous sommes complets. Et nous sommes beaux.

Jill Bolte Taylor est une neurologue de Harvard. Elle dédie sa vie à cette discipline quand son frère est diagnostiqué de schizophrénie. Vers 30 ans, elle est elle-même frappée d'une attaque cérébrale dont elle mettra 8 ans à se remettre entièrement.

Lors d'une conférence (voir ci-dessous), Jill Bolte Taylor relate l’attaque cérébrale telle qu’elle l’a vécue. Elle explique très bien le fonctionnement différent des lobes droite et gauche du cerveau. Elle évoque un sentiment mystique qu’elle nomme Nirvana et qui est aussi rapporté par les personnes ayant vécu une expérience de mort imminente.

Jill Bolte Taylor apporte un cerveau humain sur scène pour évoquer sa propre attaque cérébrale. Chercheuse psychiatre, elle replonge dans ce moment de sa vie. En elle, la femme se sait coupée du monde, la scientifique analyse l'expérience hors norme. "Cette attaque m'a plus appris sur le cerveau que toute ma carrière académique." Elle raconte la douleur, les sensations qui s'en vont, celles qui viennent. L'instinct de survie et le nirvana. Privée de son hémisphère gauche, elle expérimente la communion avec le tout, la disparition du "je". "J'ai découvert le "nous" à l'intérieur de moi." En larmes, elle replace ses longs cheveux argent, conclut : "Qui sommes-nous ? Nous sommes la force de vie de cet univers, avec une dextérité manuelle, deux esprits cognitifs et la capacité de choisir qui nous sommes."

Lumineuse et tendre, Jill Bolte Taylor place la barre très haut. Les Tedsters l'ovationnent. "En laissant voir sa vulnérabilité, elle a permis à tous de se laisser aller", confie un membre de l'organisation.

Voici un court extrait traduit de sa conférence.

Plus tard dans l’après-midi, lorsque je me suis réveillée, ce fut un réel choc, pour moi, de découvrir que j’étais encore vivante. J’avais dit au revoir à la vie lorsque j’avais senti que mon esprit me quittait et à présent il était là, hésitant entre deux façons totalement opposées d’envisager le réel. Ce que je percevais à travers mes sens n’était que pure douleur : la lumière brûlait mon cerveau tel un feu ardent, les sons étaient si forts et si entremêlés que j’étais incapable d’isoler une voix du magma sonore ambiant. Parce que je n’arrivais pas à repérer mon corps dans l’espace, j’avais l’impression d’être énorme et en expansion, tel le génie sortant de sa bouteille. Mon esprit, quant à lui, ne connaissait plus d’entrave, il était semblable à une baleine glissant sur les flots de l’euphorie silencieuse. Impression d’harmonie. Je me souviens de m’être dit que je ne pourrais jamais rétrécir l’étendue de mon être pour le faire rentrer dans ce tout petit corps.

Puis, j’ai compris: « Mais, je suis toujours en vie ! Je suis toujours en vie et j’ai trouvé le Nirvana. Et si j’ai trouvé le Nirvana et que je suis toujours en vie, alors tous ceux qui sont en vie peuvent le trouver aussi. » Je me suis imaginée un monde où les gens seraient emplis de paix, de compassion, d’amour et sauraient rejoindre cet espace à n’importe quel moment, car ils pourraient se tenir à la droite de leur hémisphère gauche afin de trouver cette paix. Ensuite, j’ai compris combien cette expérience constituait un cadeau merveilleux, combien elle pouvait apporter un éclairage fantastique sur la façon dont nous vivons et cela m’a aidée à récupérer.

Deux semaines et demies après ma rupture d’anévrisme, les chirurgiens ont opérée et ils ont retiré un caillot de la taille d’une balle de golf qui appuyait sur les centres du langage. Et me voilà, maman à mes côtés, elle qui n’a jamais cessé d’être un ange dans ma vie. Il m’a fallu huit ans pour récupérer totalement.

Qui sommes-nous vraiment ? Nous sommes la force vitale de l’univers, dotée d’une dextérité manuelle et de deux esprits cognitifs. À chaque instant de la vie, nous avons la possibilité de choisir qui et comment nous voulons être dans le monde. Ici et maintenant, je peux entrer dans le flot de conscience de mon hémisphère droit, là où nous sommes - je suis - la force vitale de l’univers, et la force vitale des cinquante trillions de génies moléculaires qui me donnent cette forme, en symbiose avec tout ce qui est. Ou je peux choisir d'entrer dans le flot de conscience de mon hémisphère gauche, là où je deviens un individu unique, solide, séparé du flux, séparé de vous. Je suis le Dr. Jill Bolte Taylor, scientifique, neurobiologiste. Ce sont les « nous » qu’abrite mon « moi ».

Lequel choisiriez-vous ? Lequel choisissez-vous ? Et quand ? Je pense que plus nous consacrerons du temps à maîtriser le circuit de paix intérieure de notre hémisphère droit, plus nous répandrons de la paix à l’extérieur de nous et plus notre planète deviendra paisible. Et j’ai trouvé que cette idée valait la peine d’être partagée.



Merci à Jungne (et à ses amis) pour la traduction Française ^-^

Textes de la conférence :

Je me suis intéressée au cerveau car j'ai un frère à qui on a diagnostiqué une schizophrénie, une pathologie cérébrale. Et en tant que sa sœur puis en tant que scientifique, je voulais comprendre pourquoi je pouvais prendre mes rêves et les relier à ma réalité et que je pouvais réaliser mes rêves.

Qu'est-ce qui, dans le cerveau de mon frère et sa schizophrénie l'empêche de relier ses rêves à une réalité commune et partagée, et fait que ses rêves ne deviennent que des illusions.

Donc j'ai dédié ma carrière à la recherche sur les maladies mentales graves. Et j'ai déménagé de ma terre natale, l'Idiana à Boston où je travaillais dans le laboratoire du Dr. Francine Benes, au département de psychiatrie à Harvard. Et dans le laboratoire, nous nous posions la question : "quelles sont les différences biologiques entre le cerveau des témoins sains, et le cerveau des sujets diagnostiqués de schizophréne; de pathologies schizo-affectives ou bipolaires?"

Donc nous dressions avant tout la carte des micro-circuits du cerveau, quelles cellules communiquent avec quelle cellules, avec quels médiateurs chimiques, et en quelle quantité. Cela avait beaucoup de sens dans ma vie parce que j'effectuais ce genre de recherche pendant la journée tandis que le soir et les week-ends, je me déplaçais en tant que représentante de l'ANMM, l'Alliance Nationale de la Maladie Mentale.

Mais le matin du 10 décembre 1996, je me suis réveillée en réalisant que j'avais moi-même une pathologie cérébrale. Un vaisseau sanguin a explosé dans la partie gauche de mon cerveau. Et durant 4 heures, j'ai pu observer mon cerveau dégénérer complètement dans sa capacité à traiter toute information. Le matin de l'hémorragie, je ne pouvais plus marcher, parler, lire ni me rappeler rien de ce que fut ma vie. J'étais quasiment devenue une enfant dans le corps d'une femme.

Si vous avez déjà vu un cerveau humain, il est évident que les deux hémisphères sont complètement séparés l'un de l'autre. Et j'ai apporté pour vous un véritable cerveau humain. Donc ceci est un véritable cerveau humain. Voici l'avant du cerveau, l'arrière du cerveau duquel retombe la moelle épinière et c'est ainsi qu'il se positionnerait dans ma tête. Et quand vous regardez le cerveau, il est évident que les deux cortex cérébraux sont complètement séparé l'un de l'autre.

Pour ceux d'entre vous qui comprennent les ordinateurs, notre hémisphère droit fonctionne comme un processeur parallèle tandis que notre hémisphère gauche fonctionne comme un processeur linéaire. Les deux hémisphères communiquent à travers le corps calleux, qui est composé de 300 millions de fibres nerveuses. Mis à part cela, les deux hémisphères sont complètement séparés parce qu'ils traitent l'information différemment, chaque hémisphère pense à des choses différentes, ils s'occupent de choses différentes, et si j'ose dire, ils ont des personnalités différentes.

Notre hémisphère droit, c'est l'instant présent. C'est ici et maintenant. Notre hémisphère droit pense en images, et s'informe de manière kinestésique à travers le mouvement du corps. L'information sous forme d'énergie s'écoule simultanément à travers tous nos systèmes sensoriels puis celle-ci explose en un immense collage de ce que l'instant présent donne à voir. Ce qu'il donne à sentir comme odeur. Ce qu'il donne à goûter. Ce qu'il donne à ressentir et à entendre. Je suis un être d'énergie connecté à l'énergie autour de moi à travers la conscience de mon hémisphère droit. Nous sommes des êtres d'énergie connectés les uns aux autres à travers la conscience de notre hémisphère droit telle une famille Humaine. Et ici et maintenant, nous sommes tous frères et soeurs ici sur cette planète pour en faire un monde meilleur. Et en ce moment même nous sommes parfaits. Nous sommes un tout. Et nous sommes magnifiques.

Notre hémisphère gauche est un endroit très différent. Il pense différemment, linéairement et méthodiquement. Notre hémisphère gauche c'est le passé et le futur. Notre hémisphère gauche est conçu pour prendre cet immense collage qu'est l'instant présent. Il commence à extraire des détails. Puis il classifie et organise toutes ces informations. Il les associe avec tout ce que nous avons appris dans le passé et projette dans le futur toutes nos possibilités. Il pense en langage C'est ce bavardage mental permanent qui me connecte moi et mon monde intérieur avec mon monde extérieur.

C'est cette petite voix qui me dit : "hé tu dois te rappeler d'aller acheter des bananes pour demain matin". C'est cette intelligence calculatrice qui me rappelle quand je dois laver mon linge. Mais peut être plus important encore c'est cette petite voix qui me dit : "Je suis, Je suis". Et dès que mon hémisphère gauche me dit : "Je suis", je deviens séparé. Je deviens un individu isolé, solide, séparé du flux d'énergie qui m'entoure, et séparé de vous.

Et c'est la partie de mon cerveau que j'ai perdu le matin de mon attaque cérébrale. Ce matin là je me suis levée avec comme un matraquage derrière mon œil gauche. Et c'était une douleur aiguë, comme lorsque l'on mord dans une glace. La douleur partait et revenait. C'était la première fois que je ressentais une telle douleur, alors je me suis dis : "ok, je vais continuer ma journée comme d'habitude". Alors je me suis levée et je suis montée sur mon "Cardio Glider", qui est un appareil pour entraîner l'ensemble du corps et je me suis débattue sur cette chose en réalisant que mes mains ressemblent à des serres primitives agrippant la barre. J'ai pensé : "c'est très étrange" et j'ai regardé mon corps en pensant :"ouahh, quelle chose bizzaroïde..."

C'était comme si ma conscience s'était écartée de ma perception normale de la réalité, et plutôt que d'être une personne qui était sur l'appareil je me retrouvais dans une sorte d'espace ésotérique où je me voyais vivre cette expérience. Tout était très étrange et mon mal de tête empirait, donc je suis descendu de la machine et pendant que je traversais le salon, je réalisai que tout à l'intérieur de mon corps s'était considérablement ralenti. Chaque pas était très rigide et forcé. Il n'y avait aucune fluidité dans ma démarche et une diminution de mon champ de perception. J'étais focalisée sur mes systèmes internes.

Ensuite je suis allée dans la salle de bain pour prendre une douche et je pouvais entendre le dialogue à l'intérieur de mon corps. J'entendais une petite voix qui disait : "ok, vous les muscles là, vous devez vous contracter, vous là-bas relâchez". J'ai perdu mon équilibre et je me suis cognée contre le mur. En regardant mes bras, je réalisais que je ne pouvais déterminer les limites de mon corps, ni où je commence et où je finis parce que les atomes et les molécules de mon bras sont mélangés avec les atomes et les molécules du mur. Et tout ce que je pouvais détecter était cette énergie.

Je me demandais ce qui n'allait pas chez moi et ce qui se passait. À ce moment-là, mon bavardage mental s'arrêta net comme si quelqu'un avait utilisé le bouton "muet" d'une télécommande. Tout d'abord j'étais plutôt choquée de me retrouver dans ce silence total, mais finalement j'ai été captivée par la magnificence de l'énergie autour de moi. Ne sentant plus les limites exactes de mon corps, je me sentais énorme et expansive. C'était magnifique.

Puis, soudain, mon hémisphère gauche a resurgit en disant : "hé ! nous avons un problème, nous avons un problème, nous devons appeler à l'aide". Je me suis alors dis : "ok, ok, j'ai un problème". Mais immédiatement je me retrouvais à nouveau dans la "conscience". J'ai surnommé cet espace par affection : "lala land". C'était un endroit très beau. Imaginez vous ce que ce serait d'être totalement déconnecté de votre bavardage mental qui vous relie au monde extérieur. Là j'étais dans cet espace et mon travail et tous le stress en rapport avec mon travail avait disparu.

Je me sentais plus légère dans mon corps. Imaginez que toutes les interactions avec le monde extérieur et les nombreuses causes de stress disparaissent... Je baignais dans un sentiment de paix. Imaginez aussi comment vous vous sentiriez si vous perdiez trente sept ans de bagages émotionnels ! J'étais dans l'euphorie ! C'était si beau...

Mon hémisphère gauche resurgissait en disant : "hé ! ressaisis-toi ! tu dois chercher de l'aide !". Alors, je me suis dis qu'il fallait me concentrer et je suis sortit de la douche et ai commencé à m'habiller. En traversant l'appartement je pensais : "je dois aller au travail, je dois aller au travail !", pourrais-je conduire ? pourrais-je conduire ? À ce moment là mon bras est devenu totalement paralysé. Je me suis alors rendu compte : "ça alors ! j'ai une attaque cérébrale ! j'ai une attaque cérébrale !"

La seconde chose que mon cerveau a dite c'est : "waouh ! c'est trop cool ! Combien de neuro-scientifiques ont eu l'opportunité d'étudier leur propre cerveau de l'intérieur ?" Puis ; "mais je suis une femme très occupée, je n'ai pas le temps d'avoir une attaque cérébrale !" "oui mais je ne peux pas empêcher une attaque cérébrale d'arriver donc je laisse faire une ou deux semaines et je retournerais à mon train train. Pour l'heure je dois appeler au travail je dois appeler de l'aide". Je n'arrivais pas à me souvenir du numéro du travail mais je me suis rappelé d'une de mes cartes de visites dans le bureau d'à côté avec le numéro dessus. J'y suis allé et ai pris un tas de 6 cm de cartes de visites.

L'ennui c'est que je n'arrivais pas à lire les mots, les symboles et le fond car tout était pixelisé et mélangé. Je ne pouvais rien en faire. J'ai alors attendu d'avoir ce que j'appelle une "vague de clarté". A un moment j'ai donc pu commencer à éliminer les mauvaises. Cela m'a pris 45 minutes pour faire 2 cm du tas de cartes. Pendant ce temps l'hémorragie grossissait dans le cerveau gauche. Après avoir miraculeusement composé le numéro de la bonne carte de visite entre deux passage en "lala land" j'ai eu mon collègue au téléphone : "wou, wou, wou, wou, wou". Il me faisait penser à un chien Golden Retreiver.

J'ai réussis à lui dire en faisant le vide : "c'est Jill, j'ai besoin d'aide !" Mais ce qui était sortit de ma bouche : "wou, wou, wou, wou, wou". "Mince j'aboie aussi comme un Retreiver !" En réalité je ne pouvais plus comprendre ou parler un langage et je l'ignorais tant que je n'avais pas essayé. Toujours est-il que mon collègue a compris que j'avais besoin d'aide et qu'une ambulance est venu me chercher. Pendant le trajet j'ai adopté une position foetal. J'étais comme un ballon qui se dégonfle. J'ai senti mon énergie s'élever et mon esprit capituler. Je savais que je n'étais plus la chorégraphe de ma vie.

Soit les médecins me soignaient soit le moment fatidique était arrivé. Lorsque je me suis réveillée plus tard dans l'après-midi je fus choqué de découvrir que j'étais encore en vie. En effet lorsque j'avais senti mon esprit capituler j'avais dit "au revoir" à ma vie. Ma conscience était alors suspendue entre deux plans de réalités très opposés.

La stimulation venant de mes systèmes sensoriels était de la souffrance pure. La lumière brûlait mon cerveau comme un feu de forêt et les sons étaient aussi bruyants et chaotiques que je ne pouvais pas distinguer une voix dans le bruit ambiant. Je voulais juste m'enfuir. Je n'arrivais pas à positionner mon corps dans l'espace et je me sentais énorme et en expansion comme un génie sortit de sa lampe. Mon esprit planait comme une grande baleine évoluant librement dans la mer d'euphorie silencieuse. Nirvana... j'ai trouvé le Nirvana.

Je me souviens m'être dit : "il est impossible que mon esprit démesuré puisse rentrer dans ce tout petit corps". Je réalisais alors que j'étais toujours en vie et que j'avais trouvé le Nirvana. Et que dans ce cas toute personne vivante peut trouver le Nirvana. J'imaginais un monde de personnes belles, paisibles, compatissantes et aimantes qui savent qu'ils peuvent venir dans cet espace à tout moment. Il peuvent choisir délibérément de passer à droite ou à gauche et trouver cette paix. J'ai réalisé l'incroyable cadeau que ça pourrait être pour la plupart des gens.

Cela m'a motivé à guérir. Deux semaines et demi plus tard les chirurgiens m'enlevaient un caillot de sang de la taille d'un balle de golf qui appuyait sur des zones du langage. Cela m'a pris 8 ans pour guérir complètement.

Alors qui somme nous ?

Nous sommes la force vitale de l'univers avec une dextérité manuelle et deux consciences cognitives. Nous avons la capacité de choisir instant après instant qui et comment nous voulons être dans le monde. Ici et maintenant je peux passer dans la conscience de mon hémisphère droit où nous sommes -où je suis- la force vitale de l'univers et la force des 50 billions de magnifiques génies moléculaires qui constituent mon corps. Une avec tout ce qui existe.

Ou alors je peux choisir de passer dans la conscience de mon hémisphère gauche, où je deviens un individu isolé, solide et séparé du flux, séparé de vous. Je suis le docteur Jill Bolte Taylor, intellectuelle, neuro-anatomiste. Ces derniers sot les "nous" à l'intérieur de moi. Que choisiriez-vous ? Et quand ?

Je crois que plus nous emploierons les circuits de la paix intérieure de l'hémisphère droit, plus nous projetterons de la paix autour de nous et plus notre planète sera emprunte de paix. Et j'ai trouvé que c'était une idée qui méritait d'être partagée.

Merci.


jeudi 27 mars 2008

• Regarder l’oublié - Chandana Iris Claussen

Regarder l’oublié - Une invitation à reconnaître la réalité de qui l’on est vraiment
Chandana Iris Claussen

De plus en plus de scientifiques découvrent que l’homme fonctionne comme un mécanisme, un mécanisme très complexe, un mécanisme merveilleux, mais tout de même un mécanisme...
Est-il seulement un homme-machine ?
Evidemment, les êtres humains ne sont pas heureux dans un style de vie complètement médiocre, avec des répétitions incessantes, et c’est pour cela que notre planète est enfermée dans un énorme désordre.
Alors, la question surgit : pouvons-nous changer en tant qu’êtres humains ?
Pour poser cette question sincèrement, nous devons être insatisfaits d'une vie dépourvue de sens.
Donc, la première chose à faire est de découvrir ce que nous désirons vraiment dans notre vie.
Est-ce d’acquérir plus d’argent, davantage de biens, plus de sexe et plus de pouvoir, ou est-ce de devenir un être humain meilleur, rencontrer un partenaire meilleur, ou encore autre chose ? La liste des espoirs et rêves humains semble être sans fin.
Ou, sommes-nous en train de chercher et chasser toutes ces choses extérieures afin de trouver de l’amour, la paix, de nous trouver nous-mêmes ?
Si c’est cela que nous cherchons, nous le cherchons aux mauvais endroits.
La tragédie, et en même temps la grâce, est que la satisfaction de nos souhaits et de nos rêves ne peut nous rendre heureux que pour une période limitée.
Regarder ce fait avec vigilance nous montre une immense illusion, ce qui affine notre perception de ce qui est réel réellement, de ce qui est ici et maintenant.
Notre petit « bio-computer » est construit pour les choses pratiques dans la vie, pour la survie du corps.
Mais, dans son fonctionnement habituel, il ne peut pas reconnaître ce qui est vrai.
Il peut mémoriser des mots de vérité, il peut t’envoyer sur une quête spirituelle, il peut te dicter toutes sortes de techniques et de disciplines pour trouver la vérité.
Mais la vérité est déjà présente, c’est déjà un fait, elle n’a jamais été ailleurs, elle n’a jamais été séparée de toi !
Ainsi, chercher quelque chose qui est déjà présent, est absurde.
C’est comme si tu cherchais tes lunettes sur la table, sur le sofa, dans la cuisine, dans la voiture, et tu les portes déjà sur ton nez !
Dans l’abandon sincère au silence à l’intérieur de toi, à Cela que tu connais déjà comme étant vrai, toute quête, toute question s’évanouit, et « l'évident » qui semble simplement caché, est reconnu comme étant Ce que tu es vraiment, Ce que tu as été et seras toujours, même quand ce corps ne sera plus.
On peut appeler la reconnaissance de son soi véritable illumination ou éveil, ou simplement bon sens.
C’est disponible pour toi, c’est ton droit de naissance, de voir qui tu es réellement – alors, n’hésite pas.
Le mental, la tête, ne peut pas comprendre cela, mais pour le cœur, c’est très facile, comme une goutte de rosée glissante d’une feuille...
« Mon intérêt est de voir où tu te trouves juste maintenant en tant qu’être humain, avec tous tes espoirs, chagrins et peurs. A partir de là, nous pouvons jeter un regard ensemble à ce que tu es réellement, à ce qui est vrai. Personne ne peut te rendre « illuminé », mais je peux confirmer ta vision. Ma fonction est celle d’une sage-femme, t’assistant dans ta « deuxième » naissance. La naissance se déroule par elle-même. Je te rappelle seulement de ne pas oublier de respirer... »
Dans l’amour
Chandana

Chandana Iris Claussen, née en 1953, mère de trois filles et grand-mère, travaillait comme artiste et thérapeute de danse. Elle a vécu dans différents pays, en famille et en communautés. Après une odyssée de vie de 47 ans, elle s'est éveillée au printemps 2000. Elle sent un profond lien d'amour avec ses maîtres J. Krishnamurti, Ramana, Osho et Samarpan (Golden). À propos de son éveil elle dit : "Maintenant je peux voir que je suis un débutant, parce que dans CELA on est toujours débutant, un débutant très heureux".

Son site : http://www.sunderchandana.net

• J'espère que vous allez mourir bientôt - Richard Sylvester

Sources

J'espère que vous allez mourir bientôt.
Mots sur la Non-Dualité et la Libération

Richard Sylvester

"Dans la libération il est vu que tous les phénomènes surgissent simplement dans la conscience, sans personne pour les négocier. Le but, la religion et les chemins du développement spirituel, tout perd sa signification quand on voit qu'il n'y a personne qui fait de choix."

"L'idée fausse la plus commune au sujet de la libération est que c'est quelque chose qu'un individu peut obtenir. Mais la libération est une perte - la perte du sens qu'il y a jamais eu un individu séparé qui puisse choisir de faire quelque chose afin de provoquer la libération. Quand on voit qu'il n'y a aucune séparation, le sens de la vulnérabilité et les craintes qui nous attachent à l'individuel tombent… alors la vie est simplement vécue et la relaxation s'installe. On se sent à l'aise avec ce qui arrive et c'en est fini de vouloir s'approprier quoi que ce soit."

Extrait de J'espère que vous allez mourir bientôt. Richard Sylvester - Éditions Charles Antoni - L'originel

Richard Sylvester est psychologue, thérapeute et conférencier humaniste. Pendant trente ans il s'est engagé dans une variété "de pratiques spirituelles" tout en s'exerçant également dans des techniques psychothérapeutiques et l'enseignement. En 2002 Richard a rencontré Tony Parsons et, comme il l'écrit dans J'espère que vous allez mourir bientôt, "c'était la fin de ce que j'avais pensé être ma vie". Là se produisent alors deux événements qu'il décrit dans son livre comme « éveil » et « libération ».

Richard vit dans une ville de province dans le sud-est de l'Angleterre. Il anime des réunions sur la non-dualité à Londres et dans d'autres endroits.

La description que Richard fait de ce qui a été vu dans la libération est à la fois éloquent et terre à terre. Son expression directe, sans détour et concise permet de se reconnaître et parle directement à cela qui sait au delà de cela qui cherche.
Tony Parsons

mercredi 26 mars 2008

• TIBET - Pour la paix et la liberté

En hommage et soutien au peuple tibétain


« Quelle que soit votre vénération pour les maîtres tibétains et votre amour pour le peuple tibétain, ne dites jamais du mal des Chinois.
Le feu de la haine ne s’éteint que par l’amour et, si le feu de la haine ne s’éteint pas, c’est que l’amour n’est pas encore assez fort ».
Sa Sainteté le XIVème Dalaï Lama

Site à visiter : AVAAZ.org




mercredi 5 mars 2008

• Vous embrassez tout le cosmos

Vous embrassez tout le cosmos


A mon premier dokusan, Harada-roshi a dessiné un cercle avec un point au centre et m'a dit :

- Ce point, c'est vous, et le cercle est le cosmos. En fait vous embrassez tout le cosmos, mais du fait que vous vous considérez comme ce point, un fragment isolé, vous ne sentez pas que l'univers est inséparable de vous. Vous devez sortir de votre emprisonnement par vous-même, oublier la philosophie et tout le reste, fixer votre esprit sur votre hara et ne penser qu'à Mu*. Le centre de l'univers est le creux de votre ventre ! Mu est une épée qui vous permet de vous ouvrir une voie, à travers vos pensées, jusqu'au royaume qui est la source de toutes les pensées et de tous les sentiments. Mais Mu n'est pas seulement un moyen d'atteindre l'illumination, il est l'illumination elle-même. L'Eveil n'est pas le résultat d'une avance progressive, pas à pas, mais d'un saut. Vous ne pourrez faire ce saut tant que votre esprit ne sera pas pur.

- Qu'entendez-vous par « pur » ?

- Vide de toute pensée.

- Pourquoi faut-il lutter pour atteindre l'illumination si nous possédons déjà la nature-de-bouddha ?

- Pouvez-vous me montrer cette nature illuminée qui est en vous ?

- Non, bien sûr, mais les sutras disent que nous la possédons...

- Les sutras ne sont pas votre expérience personnelle mais celle du Bouddha Çakyamuni. Si vous découvrez votre esprit-de-bouddha, vous serez vous-même un bouddha.

≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈≈

Au dokusan, Yasutani-roshi m'a dit :

- Pour atteindre l'illumination, vous devez avoir une foi profonde. Vous devez profondément croire ce que le Bouddha et les patriarches, se basant sur leur expérience personnelle, ont dit être vrai, à savoir que tout, vous compris, porte en soi la nature-de-bouddha et que cette nature est complète et parfaite, tel un cercle auquel on ne peut rien ajouter ni soustraire. Pourquoi, me direz vous, si nous portons en nous cette nature-de-bouddha, n'en avons nous pas conscience ? Pourquoi, si tout est par essence Sagesse et Pureté, y a-t-il tant d'ignorance et de souffrance dans le monde ?... Voilà le grand doute dont il faut avoir raison. C'est seulement si vous croyez profondément que le Bouddha n'était ni un sot ni un menteur lorsqu'il affirmait que nous sommes tous, dès l'origine, Complets et Parfaits que vous pourrez inlassablement chercher dans votre coeur et dans votre esprit la solution de ce paradoxe...

- Voici ce qui me rend le plus perplexe : pourquoi n'ai-je pas atteint le satori après trois ans d'efforts acharnés, alors que d'autres l'ont fait sans le chercher aussi longuement et sans s'appliquer autant ? J'en ai connu qui ont connu le kensho au cours de leur première sesshin, sans zazen préalable ou presque.

- Il y a quelques très rares êtres dont l'esprit est si pur qu'ils atteignent l'illumination authentique sans zazen. Eno, le sixième patriarche, en était un : il a été illuminé en entendant pour la première fois réciter le sutra de Diamant. Et Harada-roshi a rapporté le cas d'une jeune fille qui a connu l'illumination pendant ses causeries introductives, lorsqu'il a dessiné un cercle et proclamé l'Unité indivisible du cosmos... Mais la plupart doivent pratiquer inlassablement le zazen pour atteindre l'illumination. Cela dit, ne soyez pas anxieux à ce sujet, car une telle anxiété peut être un obstacle réel. Lorsque vous entrez dans le monde de l'illumination, vous y apportez avec vous, en quelque sorte, le fruit de tous vos efforts, et c'est ce qui détermine la qualité du satori. En conséquence, la profondeur de votre satori sera proportionnée à la qualité de votre zazen. Dans la plupart des cas, un kensho rapidement atteint est superficiel. Livrez-vous au zazen avec zèle et le satori viendra de lui-même...

Extrait de Les trois piliers du Zen, Éditions Stock

• Chant de réalisation - Ryokan

Chant de réalisation

Si vous voulez connaître le sens, cessez de courir après tant de choses.

Ryokan


Dans le calme près de la fenêtre

Je suis assis en posture de méditation vêtu de ma robe de moine

Nombril et nez alignés

Oreilles parallèles aux épaules,

Le clair de lune inonde la pièce.

La pluie s'arrête mais l'eau continue de couler goutte à goutte des montants de la fenêtre.

Parfait, ce moment —

Dans la vaste vacuité, ma compréhension s'approfondit.


mardi 4 mars 2008

• Un indicible ravissement

Un indicible ravissement


Pensé à Mu* dans le jardin du temple jusqu'à 1 heure du matin. En me levant pour me dégoudir les jambes, ai heurté une clôture. Soudain compris que la clôture et moi étions un seul Mu, sans forme, de bois et de chair. Bien sûr ! Fortement stimulé par cette idée, ai continué le zazen jusqu'à 4 heures du matin.

8 août 1958.

Je n'avais pas l'intention de parler au roshi de ce qui précède, mais dès que j'ai été devant lui il m'a demandé

- Que s'est-il passé la nuit dernière ?

Pendant que je parlais, son regard aigu me pénétrait comme des rayons X, puis il s'est mis à me questionner :

- Où avez-vous vu Mu ?... Quand ?... Comment ?... Quel est l'âge de Mu ?... Quelle est sa couleur ?... Quel son fait-il ?... Quel est son poids ?...

J'ai répondu tantôt sans hésiter, tantôt après une pause. Une ou deux fois le roshi a souri, mais il m'a écouté le plus souvent, dans un silence serein. Puis il a dit :

- Certains roshi pourraient considérer cette petite expérience comme un kensho, mais...

- Je ne l'accepterais pas, même si vous étiez prêt à le faire. Me serais-je obstiné comme je l'ai fait pendant cinq ans pour accoucher de cette souris ? Je veux continuer...

- Bien ! J'admire votre courage.

Me suis à nouveau plongé dans Mu pendant neuf heures avec une telle opiniâtreté que mon «moi» a complètement disparu. Ce n'est pas moi qui ai mangé, c'est Mu. Ce n'est pas moi qui ai balayé, c'est Mu... Une ou deux fois, la pensée du satori a montré le bout du nez, mais Mu l'a chaque fois repoussée.

Les moniteurs m'ont frappé à plusieurs reprises en criant :

- La victoire est à vous si vous ne lâchez pas prise ! Tenez bon ! Ne lâchez pas Mu !

Au dokusan de l'après-midi, le roshi m'a regardé fixement tandis que j'entrais dans sa chambre, me prosternais et m'asseyais devant lui, l'esprit alerte et excité. Il m'a dit :

- L'univers est Un. La lune de la Vérité...

Et brusquement, le roshi, la chambre et tous les objets ont disparu dans une éblouissante illumination et je me suis senti plongé dans un indicible ravissement. Pendant une éternité, j'ai été seul - moi seul ai existé... Puis le roshi a réapparu, nos regards se sont croisés et nous avons éclaté de rire. Je me suis écrié :

- Cette fois, ça y est ! Je le sais ! Il n'y a rien, absolument rien. Je suis tout et tout est rien !

Je me suis relevé et je suis sorti.

Au dokusan du soir, le roshi m'a posé à nouveau certaines de ses questions antérieures, plus quelques autres :

- Où êtes-vous né ?... Si vous deviez mourir d'un instant à l'autre, que feriez-vous ?

Cette fois, mes réponses l'ont manifestement satisfait, car il a souri à plusieurs reprises, mais cela m'était égal, car à présent je savais...

- Bien que votre connaissance soit claire, m'a-t-il dit, vous pouvez encore l'étendre et l'approfondir. Il y a des degrés dans le kensho. Imaginez deux hommes regardant une vache, l'un de loin, l'autre de près. Le premier dit : «Je sais que c'est une vache, mais je ne suis pas sûr de sa couleur.» Le second dit : «Je sais que c'est une vache rousse.» Désormais, votre pratique des koans sera différente.

Et il m'a expliqué comment je devais faire.

Lorsque j'ai regagné ma place dans la grande salle, grand-mère Yamaguchi, notre godo, s'est approchée de moi sur la pointe des pieds et, les yeux brillants, m'a murmuré :

- C'est merveilleux, n'est-ce pas ? Je suis tellement heureuse pour vous !

J'ai repris mon zazen en riant, en sanglotant et en me disant tout bas : «Cela a toujours été devant moi, mais il m'a fallu cinq ans pour le voir...» Un vers que Tagen-san m'a cité naguère m'est revenu à l'esprit : «On trouve parfois de l'eau dans le trou le plus sec»...

9 août 1958.

Me sens libre comme un poisson nageant dans un océan d'eau fraîche et claire après avoir été prisonnier dans un réservoir de colle - et tellement reconnaissant. Reconnaissant pour tout ce qui est arrivé, reconnaissant envers tous ceux qui m'ont encouragé et soutenu malgré ma personnalité inachevée et ma nature entêtée, mais surtout de posséder ce corps et du privilège qui m'a été accordé, en tant qu'être humain, de connaître cette Joie sans pareille.

Philip Kapleau (Les trois piliers du Zen - Éditions Stock)

*Mu : un "koan" utilisé comme support de méditation dans certaines écoles Zen


lundi 3 mars 2008

• Le seul fait d'être est un acte absolu

Le seul fait d'être est un acte absolu


Un jour de printemps, alors que je travaillais dans le jardin, l'air me parut frissonner d'une étrange manière, comme si le temps normal prenait une nouvelle dimension, et j'eus le sentiment que quelque chose de fâcheux allait se passer, sinon tout de suite, du moins dans un proche avenir. Pour m'y préparer, je multipliai mes séances de zazen et me mis, chaque soir, à lire des ouvrages bouddhistes.

Quelques soirs plus tard, après avoir lu attentivement le Livre des Morts thibétain, je pris un bain et m'assis devant une peinture représentant le Bouddha, en écoutant à la lumière des bougies le mouvement lent du Quatuor en la mineur de Beethoven, profonde expression du renoncement de l'homme à lui-même, puis j'allai me coucher. Le lendemain matin, juste après le petit déjeuner, j'eus brusquement l'impression d'être frappée par un éclair et je me mis à trembler. Je revécus en une seconde le traumatisme de ma difficile naissance. Comme une clef ouvrant les portes de chambres obscures, cette sensation fit se répandre en moi les poisons de ressentiments secrets et de peurs cachées. Je me mis à pleurer et me sentis si faible que je dus m'allonger. Pourtant, derrière tout cela, il y avait un profond bonheur... Lentement, mon optique changea et je me dis : « Je suis morte ! Il n'y a rien qui s'appelle moi ! Il n'y a jamais eu un moi ! C'est une allégorie, une image mentale, un schéma sur lequel rien n'a jamais été modelé ! » La joie me donnait le vertige. Les objets solides m'apparaissaient comme des fantômes et tout ce sur quoi mon regard se posait était d'une beauté radieuse.

Je ne puis qu'indiquer sommairement ici ce qui me fut révélé d'une manière éclatante au cours des jours suivants :

1. Le monde que perçoivent nos sens est la partie la moins vraie (ou la moins complète), la moins dynamique (ou la moins vivante), la moins importante d'une immense « géométrie de l'existence », indiciblement profonde, dont les vibrations, l'intensité et la subtilité défient l'analyse verbale.

2. Les mots sont maladroits et simplistes, presque sans signification lorsqu'on essaie de donner une idée du fonctionnement multi-dimensionnel d'un vaste complexe de forces dont la connaissance exige qu'on renonce au niveau normal de la conscience.

3. L'acte le plus banal (manger, se gratter le bras) n'est pas du tout simple. C'est seulement un mouvement visible dans un réseau de causes et d'effets qui s'étend jusqu'à la non-connaissance et jusqu'à un Silence infini où la conscience individuelle ne peut pénétrer. En fait, il n'y a rien à connaître, rien qui puisse être connu.

4. Le monde physique est une infinité de mouvement, de Temps existentiel, mais c'est en même temps une infinité de Silence et de Vide. Chaque objet est transparent, chaque chose a son caractère intérieur propre, son propre karma, sa propre vie dans le temps », mais en même temps il n'y a d'espace vide nulle part, de lieu où un objet ne se fonde pas en un autre.

5. La moindre variation d'atmosphère (pluie ou brise) me touche comme un miracle d'une beauté incomparable. Il n'y a rien à faire : le seul fait d'être est un acte absolu.

6. Quand je regarde des visages, je vois un peu de la longue chaîne de leurs existences passées, et parfois un peu de leur avenir. Les existences passées s'éloignent derrière le visage apparent mais y laissent leur empreinte.

7. Lorsque je suis seule, j'entends une « chanson » sourdre de chaque chose. Chaque chose a sa propre chanson, et les humeurs, les pensées, les sentiments ont la leur également. Pourtant, derrière cette variété infinie, tout cela se fond en une unité inexprimablement vaste.

8. J'éprouve un amour sans objet, que l'on pourrait appeler « état d'amour ». Mais mes vieilles réactions émotionnelles contrarient encore brutalement les manifestations de cet « état d'amour » suprêmement doux et naturel.

9. Je me sens une conscience qui n'est ni moi-même ni étrangère à moi. Elle me protège et me conduit dans des directions favorables à mon évolution intérieure, de même qu'elle m'écarte de ce qui s'y oppose. C'est comme une rivière où je me serais plongée et qui, joyeusement, m'emporterait au-delà de moi-même.

Extrait du livre Les trois piliers du Zen, Philip Kapleau, Éditions Stock

• J'eus l'impression d'être frappé par un éclair

J'eus l'impression d'être frappé par un éclair


Il m'apparut clairement que l'Esprit n'est pas autre chose que les montagnes, les rivières, la terre tout entière, le soleil, la lune et les étoiles.

Citation de Dogen, tirée du Shobogenzo


A minuit, je me réveillai brusquement. Dans mon esprit d'abord embrumé, la phrase de Dogen surgit soudain. Je la répétai et, subitement, j'eus l'impression d'être frappé par un éclair. L'instant d'après, le ciel et la terre disparurent et une énorme vague de ravissement s'éleva en moi, un véritable ouragan de joie, et je fus saisi d'un rire incontrôlable en disant tout haut : «Ha, ha, ha, ha! Il n'y a là aucun raisonnement !» Le ciel vide éclata en deux et, ouvrant son énorme bouche, se mit à rire sauvagement : «Ha, ha, ha !» Plus tard, un membre de ma famille me dit que mon rire avait eu quelque chose d'inhumain.

J'étais allongé sur le dos. Soudain, je me soulevai et me mis à frapper le lit de toutes mes forces et à battre le parquet de mes pieds, tout en riant. Ma femme et mon plus jeune fils, qui dormaient près de moi, se réveillèrent et je leur fis peur. Ma femme me couvrit la bouche de sa main en me demandant ce qui m'arrivait. Mais je n'eus conscience de tout cela que plus tard, lorsqu'on m'en parla. Mon fils me dit qu'il m'avait cru devenu fou. Je me rappelle avoir crié : «J'ai atteint l'illumination ! Çakyamuni et les patriarches ne m'ont pas trompé !» Lorsque je me calmai, je fis des excuses au reste de la famille, que le bruit avait attiré en bas.

Me prosternant devant l'image de Kannon que vous m'aviez donnée, le sutra de Diamant et le livre de Yasutani-roshi, j'allumai un bâton d'encens et me livrai au zazen pendant une heure et demie, qui me parut ne durer que deux ou trois minutes.

Le lendemain matin, j'allai voir Yasutani-roshi et j'essayai de lui décrire ce que j'avais éprouvé la nuit précédente, lorsque j'avais vu le ciel et la terre se désintégrer. Je répétais sans cesse : «C'est trop de joie, trop de joie !» sans pouvoir retenir mes larmes. Ma bouche tremblait et je n'arrivais pas à m'exprimer. Pour finir, j'ai appuyé mon visage contre la poitrine de Yasutani-roshi. Il m'a tapoté le dos et a dit «Il est rare d'aller si loin. Cela s'appelle «atteindre le vide de l'Esprit». Je m'en réjouis pour vous.»

Je l'ai remercié en pleurant et je lui ai dit à plusieurs reprises : «Il faut que je continue à m'adonner au zazen.» Il a eu la bonté de me donner des conseils précis, après quoi, il m'a à nouveau félicité et m'a reconduit jusqu'au pied de la colline.

Bien que vingt-quatre heures se soient écoulées depuis, je suis encore bouleversé par ce qui m'est arrivé. J'ai passé toute la journée à rire et à pleurer.

Extrait tiré du livre Les trois piliers du Zen, de Philip Kapleau, Éditions Stock