jeudi 29 janvier 2009

• Cet amour sans borne - Tony Parsons

Tony Parsons

Le Secret Ouvert ne peut que pointer vers la simple merveille d’être et seulement chercher à mettre en lumière la futilité de déployer tout effort en ce sens. Il n’accepte ni ne rejette les enseignements de voies ou de processus spirituels, mais il dévoilera sans compromission le malentendu singulier et fondamental sur lequel se fonde la croyance qu’il existe quelque chose nommé un chercheur qui a besoin de trouver quelque chose d’autre, appelé illumination.

Le Secret Ouvert ne fait pas de compromis avec les besoins et les attentes du chercheur. Pas plus qu’il ne tente d’attirer ou de séduire avec les promesses d’une expérience de libération facile et agréable. Qui pourrait promettre cela et qui en ferait l’expérience ?

Parce que l’idée d’un libre-arbitre et d’un choix individuels est considérée comme un rêve illusoire, il n’est aucun projet, aucune intention visant à aider ou à changer l’individualité. Pour ce qui concerne l’individu apparent, il n’y a ici rien à vendre.

Le sentiment d’être un individu séparé semble très réel. Il affecte tous les aspects de l’expérience apparente. C’est un état de contraction de l’énergie qui s’incarne et engendre avec lui un sentiment d’insatisfaction et de manque. Il peut s’accompagner d’une impression tenace de se sentir indigne et d’avoir perdu quelque chose d’indescriptible. C’est comme si le « moi » résidait dans les limites du corps et voyait tout ce qui est au-dehors comme quelque chose d’autre avec lequel il faille négocier. À partir de ces expériences, naît une compulsion à rechercher constamment un réconfort ou une libération. C’est le rêve de l’individualité, qui semble réel jusqu’à qu’il en soit autrement.

Le « moi » cherche la paix et la complétude, l’amélioration de soi ou la pureté, la présence ou le détachement. Le « moi » cherche la clarté ou toute formule qui fournira au « moi » ce qu’il pense vouloir ou ce dont il pense avoir besoin. Mais le « moi » obtenant ou n’obtenant pas ce qu’il souhaite n’est pas le dilemme. Le dilemme, c’est l’apparent « moi ».
Nulle quantité d’effort, de processus, de clarté ou de croyance ne peut jamais rien apporter d’autre que plus de « moi » cherchant ce que le « moi » ne peut ni avoir ni connaître.

La suggestion selon laquelle la séparation n’est qu’une pensée ou qu’une façon de voir les choses, surgissant et se dissipant au sein même de la présence, est une idée initialement attrayante pour le chercheur qui rêve d’une solution facile qui ne soit pas menaçante pour la personne et qui apporterait un bonheur permanent. Les pensées de séparation ne sont que des histoires individuelles gravitant autour d’un état initialement installé : celui de se sentir limité et séparé. Si la séparation n’était qu’une pensée ou qu’une croyance, elle pourrait être percée à jour ou changée en son opposée, et alors « BINGO », il y aurait libération… n’est-ce pas ?

De tels messages idéalistes s’accompagnent souvent d’une insistance sur l’idée que la séparation est « sans problème », car il n’y a jamais qu’unicité. C’est comme dire à un aveugle que la cécité est « sans problème » puisque tout ce qu’il y a est vison sans personne pour voir. Bien sûr qu’il n’est qu’unicité. Mais ce qui surgit apparemment au sein de l’unicité est un profond sentiment de séparation qui ne donne pas du tout l’impression d’être « sans problème ».

Ces notions conceptuelles ne parlent que de symptômes sans reconnaître la source du dilemme apparent qui infiltre chaque parcelle du sentiment de séparation.

En essence, ce qui est poursuivi, c’est l’amour. Mais il s’agit de l’amour qui est absolu, embrassant tout et éternel ; cet amour qui submerge tout et dont beaucoup ont eu un aperçu. Je tente de le décrire dans Le Secret Ouvert lorsque, semblant traverser un parc, je ne fus soudainement plus personne. Ce n’était pas une expérience, car soudain il n’y avait plus personne pour la faire. Ce fut un aperçu sans personne pour apercevoir. Je suis ensuite revenu en tant que « quelqu’un » et ai tenté encore et encore de redécouvrir cet amour inconditionnel que je ne pouvais connaître.

C’est cet amour qui est évoqué dans la littérature, la musique et l’art. Les histoires d’amour les plus fascinantes sont celles d’un amour non partagé car elles pointent vers cet amour absolu que l’individu ne peut embrasser. La puissante fascination de tomber amoureux provient du sentiment, remontant du fond des âges, que dans cet amour on pourrait se perdre. C’est cet amour sans borne qui se loge dans toutes nos attentes. Il est la plénitude dans le vide, le tout dans le rien. C’est l’amour inconditionnel qui apparaît aussi comme son opposé. Merveilleusement, c’est aussi cet amour même qui chante en nous à travers nos sens et en chaque parcelle du jaillissement de la vie.

La libération est un mot utilisé pour décrire un apparent affranchissement de l’illusion de se sentir emprisonné et tenu hors de l’amour ou de l’unicité. Ce glissement est essentiellement une libération d’énergie hors de la contraction, conduisant à l’illimité.

Partout et chaque fois qu’il y a partage profond et sans compromission du très réel paradoxe d’être, une résonance tangible peut émerger. Dans cette ouverture, il peut y avoir une libération de la contraction menant au sans limite et ce qui advient est la merveille de simplement être.

Tony Parsons - Novembre 2008

15 commentaires:

Nobody a dit…

Bravo pour cette traduction!...Tony est très clair sur la nature énergétique de la "libération";je vois beaucoup de sites non duels qui se compromettent avec le chercheur en lui montrant que s'il est suffisamment courageux dans son investigation,alors merveille c'est la fin de la recherche et de la souffrance! et si ce même chercheur continue à poser des questions,c'est que soit c'est un sombre abruti ou bien un piètre fainéant indigne de figurer au panthéon non duel!et le sens de la séparation est perpétué par ce jeu de dupes!...
Ceux qui décrivent la libération parlent de "quelque chose" qui est bien au delà de la clarté,de l'investigation,etc...c'est un changement de paradigme qui en aucun cas ne peut être provoqué par la personne aussi claire soit elle sur sa nature véritable!
merci Patrice pour ce beau texte de Tony qui aidera peut être à clarifier les choses!:-))

Patrice a dit…

Merci. Ceci dit, je n'ai aucun mérite, car ce texte figure sur la page Française du site de Tony Parsons. Je sais que de temps il y a de petites mises à jour dont j'aime m'inspirer... et partager les textes.
Bien à vous.

Nobody a dit…

Richard Sylvester donne un beau témoignage dans "j'espère que vous allez mourir bientôt" et montre cette ambivalence entre l'envie de disparaître(moi illusoire) et la peur profonde qui l'accompagne;on se reconnaît bien dedans...de même que dans l'ambivalence de l'attraction /répulsion pour ce message dépourvu d'espoir;il y a à la fois quelque chose de terriblement déprimant et galvanisant dedans;l'égo se cabre mais sait en même temps que sa rédemption réside dans sa disparition;
c'est à la fois pathétique et comique!
je ne sais ce qui m'y fait revenir,malgré souvent ma lassitude et mon agacement,certains y voient de la dinguerie,mais je ne peux m'en empêcher!:-))))

Phil a dit…

Très intéressant texte...
Et je partage l'avis de Nobody, sur le paradoxe du chercheur qui entretenant l'idée de quelqu'un qui cherche et ne peux trouver, ce qui ne peut semble t'il pas être trouvé, n'étant pas un objet, mais peut être la reconnaissance de l'ultime Sujet, ou l'absence du faux sujet, je ne sais pas.

Et comme toi, il y a une sorte de fascination étrange, une sorte d'attraction... est-ce l'ego qui cherche à se distraire en jouant avec le feu ? :p

Je ne sais pas... sinon la notion énergétique m'intéresse de plus en plus... pe que l'ego est une sorte de produit sous évolutionniste à fréquence trop basse le faisant persister ou auto persister...

Quoiqu'il en soit tout ceci est intéressant...

Nobody a dit…

Bien sûr on doit s'en remettre pour tout ça à des témoignages,qui vont souvent dans le même sens,mais qui reposent sur la bonne foi de ceux qui les émettent!...certains jours je ne peux m'empêcher de sérieusement douter de tout ça,je deviens un affreux sceptique qui ne crois que ce qu'il constate!et dans les meilleurs jours il y a une résonance avec les témoignages de gens comme Tony Parsons ou Richard Sylvester...j'aurais tendance maintenant à préférer au lieu de me prendre la tête avec tout ce cirque de siroter un café...sirotage avec doutes ou sans doutes,mais sirotage quand même!:-))

David a dit…

oui le doute. Je me demande si j'ai pas eu une grosse poisse de tomber sur un livre sur K un jour. Je suis trop dedans maintenant et cela m'inquiète particulièrement. Je vais plus pouvoir fonctionner dans ce monde ...C'est pas le bonheur. Confusion.

Phil a dit…

Réponse à Nobody et à David

Je dois aussi avoir un doute... sinon l'ego ne tiendrait pas, mais c'est vrai qu'on ne peut pas exclure que ce qu'ils disent est faux... :)

Cependant je trouve que cela raisonne juste et à l'unisson, même si c'est une polyphonie.
(pe que l'on sait tout au fond de nous, et c'est cela qui entre en résonnance avec les textes non-duels, ou les textes on un effet de résonance)

Ensuite pour ce qui est de K, je ne regrette pas d'être tombé dessus, car cela me permet de mieux me comprendre, c'est devenu une habitude de me dire par exemple " tiens pourquoi ais-je tel comportement, qu'est ce que je cherche en fait..." et puis parfois suivit d'un " haaa, ok c'est ça..." souvent je vois que mon moteur est la peur et le désir, l'un n'allant pas sans l'autre d'ailleurs.

Je ne vois pas d'incompatibilité entre vivre dans le monde et voir petit à petit ou d'un seul coup sa mesquinerie, comme peut le permettre la lecture de K ou encore Eckart Tolle.

Au contraire, le fait de mieux se comprendre fait que l'on cherche à moins plaire, moins à se conformer à une norme, cela n'implique nullement d'être exclu de la société, au contraire si tu es plus libre tu es plus cool et cela sera apprécié au travail par exemple.

Nobody a dit…

Ce qui a de plus libérateur dans toute cette affaire est le rire,la dérision et la joie qui en émane...quand on voit qu'on ne peut échapper à la purée de pois,il n'y a plus qu'à en rire! le problème(et la poisse!) vient quand le jeu est vraiment pris au sérieux,et qu'on cherche à échapper à tout prix à ce sens de la séparation...certains films burlesques de Chaplin sont de grands moments de sagesse!la scène des boulons des "temps modernes" vaut mieux que beaucoup de causeries et de bouquins non duels!Cela n'est certes pas la "libération ou le "changement énergétique" dont parle Tony Parsons,mais peut être un avant goût...la joie,l'humour et la dérision qui émanent de Tony(ses vidéos valent le coup!) y contribuent aussi...une joie sans cause!:-)

Anonyme a dit…

Qui est ce K ou cette K? Byron Katie?

Anonyme a dit…

Bonjour,

Le texte a été traduit par Philippe de Henning, grâce auquel nous avons accès à de nombreux textes.

Au delà des paroles, rencontrer Tony, ou d'autres, peut avoir un impact dévastateur. La compréhension est au delà des mots et des concepts. C'est une aperception (perception sans percevant) de ce qui est

Bonne journée,

David a dit…

K = Krishnamurti. C'est habituel j'ai remarqué de dire K dans le cas de Krishnamurti.

Phil a dit…

Oui.... le rire...

David a dit…

On parle beaucoup de liberté en ses temps troublés notamment économique (oui la liberté n'est vu que sous cette angle).
Un petit texte de K qui parle justement de la liberté comme toujours une réflexion lumineuse =>

http://www.krishnamurti-france.org/Seul-l-esprit-qui-s-est-degage-du?var_recherche=libert%C3%A9

Nobody a dit…

Et s'il n'y avait ni éveil,ni libération,ni changement énergétique?en poussant le scepticisme jusqu'au bout,on peut arriver à des choses intéréssantes!:-)

Pascal a dit…

Bonjour,
Je cherche des personnes susceptibles de traduire la conference de tony de l anglais vers le francais qui se trouve sur youtube : http://www.youtube.com/watch?v=T5-zMV1x6q0&feature=channel

Y aurait il des personnes interessees ou des solutions pour se partager le travail ?