jeudi 8 mars 2012

• Simplement laisser les nuées des apparences erronées se dissoudre...


Lorsque vous réalisez l'essence de l'état naturel, il n'y a rien d'autre à faire pour se libérer, si ce n'est simplement laisser les nuées des apparences erronées se dissoudre dans le ciel purissime de votre nature de Bouddha.

Lorsqu'on réalise la véritable nature de toute chose et que l'on s'ouvre à la Vacuité, il n'est plus rien que l'on puisse désigner ou dont on puisse dire quelque chose. L'objection suivante peut être alors soulevée  : "Si tel est le cas, comment le sens ultime peut-il être connu ou réalisé ?". La réponse est qu'à ce stade, l'on se trouve dans l'état du Discernement, également appelé Bodhicitta ultime ou Discernement Primordial. C'est la Vacuité telle qu'on l'expérimente du point de vue de la Réalisation, prenant en considération le fait que la Vacuité transcende la division entre conscience et objet. Il s'agit là d'une façon de parler de la Vacuité comme si celle-ci avait un aspect cognitif. En effet, se situer au-delà de la division sujet/objet ne fait pas de la Vacuité quelque chose d'irréalisable, ni de celui qui la réalise un objet inanimé sans aucune conscience.

Dudjom Rinpoché


La précieuse guirlande en quatre thèmes - Longchenpa

Longchenpa (1308-1364) est un maître de l’école Nyingmapa et l’un des patriarches les plus importants de l’histoire littéraire et spirituelle de la tradition bouddhique tibétaine. Son nom est connu de tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la philosophie et aux enseignements bouddhiques car il a su parfaitement résumer les héritages de Padmasambhava et Vimalamitra et exposer les principes d’une subtilité proprement vertigineuse qui sont au cœur des enseignements de la Grande Perfection (Dzogchen).

Dans ce texte d’une densité extrême qui se présente sous la forme d’une guirlande spirituelle composée de quatre thèmes ou étapes, Longchenpa essentialise de manière magistrale la démarche entière du Dzogchen. Il s’agit d’un enseignement qui contient la quintessence des préceptes qui mènent à la liberté en une seule vie et dont les principes sont essentiellement centrés sur la reconnaissance directe de l’état naturel de l’esprit, c’est-à-dire le véritable mode d’être de la conscience individuelle. Les préceptes du Dzogchen ont ainsi pour point commun de révéler que l’essence fondamentale de l’esprit est primordialement pure et spontanément accomplie. Comme le souligne le tibétologue Jean-Luc Achard (CNRS) dans sa préface à l’ouvrage, avec ces textes, nous sommes en présence d’enseignements authentiques dont la pertinence et la portée rédemptrice sont entièrement maintenues, qu’ils s’adressent aux adeptes du XIVème siècle ou à ceux du XXIème siècle.
Cette Précieuse Guirlande en Quatre Thèmes bénéficie ici de nombreux commentaires oraux fournis par de grands patriarches Nyingmapas contemporains – dont Dudjom Rinpoché – qui en font un outil d’étude et de pratique exceptionnel.

Extrait publié avec l'accord des Éditions Jean-Louis Accarias-L'Originel :

"Reconnaître la base d'émergence spontanée des passions ou, littéralement, «leur propre condition naturelle» signifie reconnaître leur véritable nature vide. Ultimement, les pensées erronées ne peuvent être trouvées. Dans la mesure où elles émergent et se libèrent simultanément, à l'image de dessins tracés sur l'eau, elles n'ont pas d'existence réelle, n'existent ni ne cessent en tant qu'événements réels. Toutefois, lorsque vous êtes dans l'égarement quant à leur nature, elles semblent véritablement réelles. Mais quand vous les reconnaissez pour ce qu'elles sont, vous voyez qu'elles se libèrent automatiquement et s'apaisent d'elles-mêmes, à l'image de vagues qui se fondent automatiquement dans l'eau et dont on ne peut dire qui, de l'eau ou de la vague, s'est fondue dans l'autre. Dans cet exemple, les vagues représentent les pensées confuses et erronées, et l'eau, la véritable nature de l'esprit. Ainsi donc, lorsque vous reconnaissez la nature des passions, vous voyez qu'elles ont la nature de leurs Sagesses correspondantes en lesquelles elles se purifient pour se libérer naturellement. Par exemple, lorsque vous identifiez la nature du désir-attachement qui vous pousse à sélectionner quelque chose d'attirant que vous désirez obsessionnellement posséder, vous voyez que cette passion a la nature de la Sagesse Discriminante. En d'autres termes, en reconnaissant la nature du désir, vous le dépouillez de votre saisie à l'endroit d'une existence inhérente. Vous rendez ainsi visible la Sagesse qui a discriminé ou sélectionné cet objet. Ainsi, le désir a été purifié en Sagesse Discriminante. Ce n'est pas du tout que, à un moment, apparaîtrait une passion, et qu'une fois cette passion parvenue à son terme, la Sagesse ferait son apparition. Les conceptions erronées émergent et se libèrent au même moment. Si vous discernez leur nature, il s'agit de la Sagesse ; si vous ne la discernez pas, alors, il s'agit des passions. Si vous êtes dans la confusion quant à leur nature, vous êtes dans l'égarement, sinon, elles sont pures.
Cela ne signifie pas que vous reconnaissez la nature des passions et que, le moment d'après, celles-ci se libèrent en Sagesses, à l'image de ténèbres qui disparaîtraient pour ensuite faire place à la lumière du jour. Si tel-était le cas, l'on n'aurait nul besoin du soleil puisque les ténèbres auraient déjà disparu. Par conséquent, tout comme l'apparition de la lumière et la dissipation des ténèbres, la manifestation de la Sagesse et la dissipation de l'égarement sont simultanées. La seule différence réside dans leur purification ou leur non-purification dans l'Espace de la Vacuité. La Sagesse obscurcie par les ténèbres de la saisie à l'endroit d'une existence inhérente constitue l'égarement des passions ; les passions purifiées d'une telle saisie constituent la Sagesse."