vendredi 16 octobre 2009

• L'état naturel - U. G. Krishnamurti




Qu'est-ce qui vous empêche d'être dans votre état naturel ? Vous vous éloignez constamment de vous-même. Vous voulez être heureux soit en Permanence soit au moins pour tel instant précis. Vous n'êtes pas satisfait de vos expériences quotidiennes : il vous en faut de nouvelles. Vous voulez vous « perfectionner », vous changer. Vous projetez votre effort vers la réalisation d'un personnage que vous n'êtes pas. Voilà ce qui vous éloigne de vous-même...


La société vous a présenté l'idéal d'un homme parfait. Quel que soit le milieu culturel où vous êtes né vous disposez de doctrines scripturaires et de traditions que l'on vous met en main pour vous dire comment vous comporter. Vous avez des commandements à observer, des vertus à cultiver. On vous dit qu'à la faveur d'une pratique appropriée vous pouvez même parvenir à l'état réalisé par les sages, les saints et les sauveurs de l'espèce humaine... Et vous en venez à contrôler votre comportement et vos pensées et à devenir un être « dénaturé ».


Nous vivons tous dans une « sphère mentale ». Vos pensées ne sont pas votre propriété : elles appartiennent à tout le monde. Ce ne sont que des pensées mais vous créez une contrepartie : le « penseur » qui lit chaque pensée. Votre effort pour contrôler la vie a créé un mouvement secondaire de pensée en vous et vous l'appelez « JE ». Ce mouvement de pensée en vous est parallèle au mouvement de la vie mais il en est séparé, il ne peut jamais être en contact avec la vie. Vous êtes une créature vivante et cependant vous menez votre vie entière dans le domaine de ce mouvement de pensée isolé et parallèle. Vous vous retranchez de la vie - et c'est contre-nature.


L'état naturel n'est Pas un état sans pensée : c'est là l'un des plus grands canulars perpétrés des siècles durant à l'égard de pauvres Indiens sans défense... Vous ne serez jamais sans pensée tant que le corps ne sera pas réduit à l'état de cadavre, un cadavre très mort ! Etre capable de pensée est nécessaire à la survie. Mais dans l'état naturel la pensée cesse de vous étrangler ; elle revient à son rythme naturel. Il n'existe plus de « vous » pour lire les pensées et les prendre pour les « siennes ».


Avez-vous jamais observé ce mouvement parallèle de la pensée ? Les grammaires vous diront que JE est la première personne, pronom singulier etc. mais au fond ce n'est pas là ce que vous désirez savoir. Pouvez-vous regarder cette chose que vous appelez JE : c'est une notion très évanescente : observez-la maintenant, ressentez-la, touchez-la et donnez m'en des nouvelles. Comment l'observez-vous ? Et qui est cela en train de regarder ce que vous appelez JE. C'est là le problème crucial. Celui qui observe ce que vous appelez JE est effectivement le JE. Il crée une illusoire division de lui-même entre sujet et objet et c'est cette division qui lui confère une continuité. C'est en fait une nature divisionnelle qui opère en vous dans votre conscience. La continuité de sa propre existence est tout ce qui l'intéresse. Aussi longtemps que vous voudrez comprendre ce « vous » ou le transformer en une entité spirituelle, une entité sainte, belle ou merveilleuse, ce vous va continuer. Si vous ne vous souciez pas de l'entretenir, il n'est plus là, il a disparu...


Comment comprenez-vous ce que je viens de dire ? J'ai fait cet exposé à toutes fins utiles : « Ce qui est observé n'est pas autre que celui qui observe ». Que ferez-vous pratiquement d'un tel énoncé ? Quel instrument avez-vous à votre disposition pour saisir ce non-sens, cet expose illogique, irrationnel ? Vous allez penser. Par la vole de la pensée, vous ne pourrez rien comprendre. Vous traduisez ce que j'ai dit en termes d'une connaissance que vous possédez déjà comme vous le faites d'ailleurs pour tout le reste afin d'en tirer quelque chose. Quand vous cesserez de procéder de cette manière ce que j'ai décrit sera mis en oeuvre. L'absence de toute intervention - effort pour comprendre ou pour vous transformer - est effectivement l'état d'être que j'ai décrit.


Y a-t-il un au-delà ? Parce que vous ne vous intéressez pas au quotidien ni a ce qui se passe autour de vous, vous avez inventé ce que l'on appelle l'au-delà, l'Intemporel, Dieu, la Vérité, la Réalité, Brahman, l'Illumination et que sais-je encore ? et vous êtes à la recherche de cela. Mais il se peut qu 'il n'y ait pas d'au-delà... Vous ne savez absolument rien de cet « au-delà » ; ce que vous savez, c'est ce qu'on vous a dit et c'est cette connaissance que vous projetez et c'est de cette connaissance que vous ferez l'expérience : la connaissance crée l'expérience et l'expérience vient renforcer la « connaissance ».


Ce que vous savez ne peut jamais être l'«au-delà ». Ce que vous expérimentez n'est pas l'au-delà. S'il y a un au-delà le mouvement de votre «vous » en est absent. L'absence d'un tel mouvement est probablement l'au-delà... Pourquoi essayez-vous d'expérimenter ce qui ne peut l'être ?


Vous devez toujours reconnaître ce que vous regardez, sinon vous n'êtes pas là. Dès l'instant où vous interprétez, le « vous » est là. Vous regardez un objet et vous reconnaissez qu'il s'agit d'un sac, un sac rouge. La pensée intervient dès lors dans la sensation en l'interprétant. Pourquoi intervient-elle et pouvez-vous l'empêcher : dès que vous voyez un objet un mot surgit : «sac» ou, suivant les cas : «banc», «rampe», «marche»... ou encore "l'homme aux cheveux blancs qui est assis là". Et cela tourne indéfiniment vous allez répétant tout cela à vous-même en permanence. Ou encore vous vous préoccupez d'autre chose « je vais être en retard au bureau »... Autrement dit vous pensez toujours à quelque chose qui n'a pas la moindre relation avec la manière dont vos sens fonctionnent à ce moment précis. C'est cela ou la répétition du nom de l'objet : « C'est un sac, un sac rouge », etc. Le mot « sac » vous sépare de la vision créant par là-même le « vous », sinon il n'y aurait pas d'espace entre les deux.


Chaque fois qu'une pensée nait, vous naissez. Quand elle disparait vous disparaissez. Mais le vous ne permet pas que la pensée disparaisse puisque c'est précisément le mental qui donne à ce «vous» la continuité. En réalité, il n'y a en vous aucune entité permanente, aucun bilan de vos pensées et de vos expériences. Vous croyez qu'il y a quelqu'un qui pense vos pensées, qui ressent vos sentiments : c'est une illusion, je peux vous le dire, mais ce n'est pas une illusion pour vous...


Vos émotions sont plus complexes mais c'est le même processus. Pourquoi éprouvez-vous le besoin de vous dire à vous-même que vous êtes irrité, jaloux de quelqu'un d'autre ou que le sexe vous tracasse ? (je ne parle pas ici du passage éventuel à l'action.) Il y a une sensation en vous et vous vous dites déprimé... insatisfait... bienheureux... jaloux... avide... envieux... Ces étiquettes appellent à l'existence celui qui interprète les sensations. Ce que vous appelez JE n'est autre que le mot : « sac rouge », « banc », « ampoule électrique »... « bienheureux », « jaloux », etc. Vous exigez de vos cellules cérébrales une activité inutile... en détruisant l'énergie qui est là en réserve. Cela ne sert à qu'à vous épuiser.


Cet etiquettage est nécessaire quand vous avez à communiquer avec quelqu'un d'autre ou avec vous-même mais c'est en permanence que vous communiquez avec vous-même et pourquoi ? La seule différence qui existe entre vous et la personne qui parle tout haut, c'est que vous, vous ne parlez pas tout haut. Dès que cela vous arrive, voici venir le psychiatre. Ce type-la bien sûr fait exactement comme vous : il se parle tout le temps à lui-même - «sac rouge», «obsessif», «compulsif», «complexe d'Oedipe», «avide», «banc», «martini»... Et il décide que pour vous ça ne tourne pas rond et il vous installe sur son divan et s'applique à vous transformer pour vous aider...
Pourquoi ne laissez-vous pas en paix vos sensations ? Pourquoi les traduire ? Vous le faites parce que si vous ne communiquez pas avec vous-même, vous n'êtes plus là. C'est là une perspective qui est effrayante pour le «vous».


Tout ce dont vous faites l'expérience : paix, joie, silence, béatitude, extase et Dieu sait quoi ! est connaissance ancienne et de seconde main... Le fait même que vous etes en etat de béatitude et de formidable silence implique que vous connaissez déjà ces états. Il faut déjà connaître une chose pour en faire l'expérience. Cette connaissance n'a rien de merveilleux ou de métaphysique. Pouvez-vous faire l'expérience d'une chose aussi banale que ce banc « assis » là en face de vous ? Mais non : vous expérimentez la connaissance que vous en avez et dont la source est toujours un mécanisme extérieur. Vous pensez les pensées de votre milieu social, vous ressentez les sensations de votre milieu social et vous vivez les expériences de votre société ; il n'y a pas de nouvelles expériences.
Il en résulte que tout ce que l'homme a jamais pensé ou senti doit sortir de votre organisme. Et vous êtes le produit de toute cette connaissance c'est tout ce que vous êtes...


Qu'est-ce que la pensée ? Vous n'en savez absolument rien - sinon ce qui vous a été dit sur ce que vous appelez « pensée ». Qu'allez-vous faire d'elle : la façonner, la contrôler, lui donner une forme... ou l'interrompre ? Vous passez votre temps à exercer une action sur elle parce qu'on vous a suggéré d'effectuer tel ou tel changement, de vous en tenir aux « bonnes pensées » et d'éliminer les « mauvaises ». Les pensées sont ce qu'elles sont ni bonnes ni mauvaises. Aussi longtemps que vous aurez le désir d'agir sur elles, vous obéissez à leur mouvement : vouloir et penser sont une seule et unique chose. Vouloir comprendre implique un mouvement de pensée, et ce mouvement, vous le perpétuez, vous lui conférez sa continuité...


Le fonctionnement de vos sens est « dénaturé » parce que vous voulez en tirer quelque chose. Pourquoi ? Parce que vous désirez que votre « vous » continue. Vous protégez cette continuité. La pensée est un mécanisme protecteur : elle protège le « vous » aux dépens de quelque chose ou de quelqu'un d'autre. Tout ce qui est issu de la pensée est destructeur et en fin de compte vous détruira, vous et votre espèce...


C'est le mécanisme répétitif de la pensée qui vous épuise - et que pouvez-vous donc faire pour vous en sortir ? C'est la seule et unique question et toute réponse qui vous sera donnée ne fait que renforcer le mouvement de la pensée... Alors que faire ? Rien du tout. Ce mouvement est trop puissant : il dispose d'une force de vie accumulée au cours de millions d'années. Vous êtes totalement impuissant et vous n'êtes même pas conscient de votre impuissance.


Si vous pratiquez quelque système de maîtrise mentale, automatiquement le « vous » est là poussé par là même à la continuité. Avez-vous jamais médité réellement, sérieusement ? ou connaissez-vous quelqu'un qui l'ait fait ? Non, personne ne le fait... Si vous méditiez sérieusement vous tourneriez en rond dans l'asile de fous. Et vous ne pouvez pas davantage pratiquer l'attention totale appliquée à être conscient de chaque instant de votre vie. Vous ne pouvez pas être pleinement conscient : « vous » et votre conscience ne peuvent coexister. Si vous pouviez une seconde seulement, une seule fois dans votre vie vous trouver en état de conscience pure (awareness) votre continuité claquerait net, l'illusion de la structure expériencielle, le « vous » - tout cela s'effondrerait et tout retomberait dans le rythme de l'état naturel. Cet état où vous ne savez pas ce que vous regardez, cela c'est vraiment la conscience pure. Si vous re-connaissez ce que vous regardez, vous êtes là de nouveau en train d'expérimenter le passé - ce que vous savez.


Ce qui réintègre une personne dans son état naturel, cette personne et non telle autre, je n'en sais rien. Peut-être est-ce inscrit dans les cellules. C'est a-causal. Ce n'est pas de votre part un acte «volontariste» vous ne pouvez pas le provoquer. Il n'y a rien que vous puissiez faire. Vous pouvez vous méfier de l'homme qui vous dit comment il a assumé cet état. Il y a une chose dont vous pouvez être sûr, c'est qu'il ne le sait pas lui-même et n'a pas la possibilité de vous le communiquer. Il y a dans la structure du corps un mécanisme de détente. Si la structure expériencielle se relâche l'autre processus prend le relai à sa manière propre. Le fonctionnement du corps est dès lors totalement différent sans l'interférence de la pensée sauf en cas de nécessité pour communiquer avec quelqu'un. Pour employer la formule du «ring», vous n'avez plus qu'à « jeter la serviette » et déclarer forfait. Personne ne peut vous venir en aide et vous ne pouvez pas vous aider vous-même.


Cet état naturel ne vous intéresse pas : vous ne vous attachez qu'à la continuité. Sans doute désirez-vous continuer à un autre niveau, en fonction d'une dimension différente mais quoiqu'il en soit vous voulez continuer. Pour vous ce ne serait pas à prendre avec des pincettes ! Ce serait effectivement liquider tout ce que vous considérez comme «vous», moi supérieur, moi inférieur, âme, Atman conscient, subconscient etc. S'il vous vient quelque velléité, vous dites « il me faut du temps »... Alors intervient la sadhana et vous vous dites « Demain, je comprendrai»... Cette structure est née du temps et fonctionne dans le temps mais ce n'est pas dans le temps qu'elle parviendra à son terme. Si vous ne comprenez pas aujourd'hui, vous ne comprendrez pas demain. Pourquoi d'ailleurs voulez-vous comprendre ce que je dis ? Vous ne pouvez pas comprendre. C'est de votre part un exercice futile que de comparer mon mode de fonctionnement au vôtre. C'est une chose que je ne peux pas communiquer. En fait aucune communication n'est nécessaire. Aucun dialogue n'est possible. Quand le «vous» n'est pas là, quand le problème n'est pas là ce qui est, c'est la compréhension : c'est la fin du « vous », le « vous » s'en va. Vous n'écouterez plus celui qui décrit cet état et vous ne lui poserez plus de question sur la compréhension de cet état...


Ce que vous recherchez n'existe pas. Vous préféreriez vous promener sur une terre d'enchantement, avoir la bienheureuse vision d'une transformation de votre soi inexistant afin de réaliser un état d'être évoqué a coup de formules magiques. C'est précisément cela qui vous arrache à votre « état naturel » - un mouvement en dehors de vous-même. Etre soi-même exige une extraordinaire intelligence. La «bénédiction» de cette intelligence, vous la possédez ; personne n'a besoin de vous la donner, personne ne peut vous la prendre. Celui qui la laisse s'exprimer à sa manière particulière est un homme naturel.


Citations d'U. G. Krishnamurti trouvées sur le site nondualite.fr
Découvrez d'autre citations ici


23 commentaires:

Gontran de Valmir a dit…

Depuis quelques temps en discutant, en regardant, en écoutant je me rend compte combien le monde humain n'est fait que de croyances (non vérifiées).
A commencer par le culte de la réussite et de l'argent.
Mais dans le domaine de l'esprit aussi...
Partout on se berne, on se raconte des histoires.
A commencer par la notion divine.
On préfère "croire" que de vivre.
C'est vertigineux ce que la croyance quelle qu'elle soit peut nous pourrir la vie.
Lorsque j'écoute les informations j'entend que la "reprise" est pour bientôt !
La reprise de quoi ??
On aurait donc cessé d'exister ?
Ce monde est totalement nihiliste...
J'ai l'impression de ne rencontrer que des gens en plein délire.
Convaincus par des chimères et ceci chez des gens qu'on juge pragmatiques.
Il arrive un moment où ce monde apparaît pour ce qu'il est : une vaste fumisterie.
Ca c'est pour moi l'évidence.
Un monde de rêveurs.
Un monde chimérique.
L'imaginaire humain est la pire des calamités.
Quant au froid il est aussi froid que l'an passé.
La faim est la même que celle d'hier.
Le sommeil sera comme celui d'hier soir.
Mystérieux ce que l'imaginaire peut nous déconnecter de l'évidence.
La quête sincère que j'ai mené m'amène a ne plus rien croire.
Faillite totale comme le dit Maharaj.
Faillite des idées, faillite à tous les niveaux...
La vie continue, ma vie, et des gens essayent de m'expliquer qu'il faudrait faire quelque chose.
Mais quoi ?
Faire quoi ?
N'est ce pas déjà beaucoup que d'être ?
Il faudrait en + être quelque chose ou quelqu'un ?
Et je serais content le jour du dernier soupir car j'ai fait quelque chose, j'ai été quelqu'un...
Chimères sans aucun doute encore et toujours.
Ce monde est dingue.

vincent a dit…

à chacun de démêler la pelote! Si toutefois il y a "quelqu'un" pour la démêler....sourire
la pensée créait l'histoire et l'histoire entretient la pensée.
l'histoire de l'éveil née de la pensée "d'emprisonnement" est une drôle d'histoire c'est sûr que l'histoire est loin de se finir!

Brigitte a dit…

un peu décourageant ce mode de communication, ou est ce la traduction qui sonne comme une accusation à notre imbécilité, à notre impossibilité de comprendre et d'être notre véritable nature ! il a des "vous" partout ça me parait un peu abscont, bien sur ce qu'il dit est juste , mais je ne vois ni la lumière ni la compassion ni l'amour dans ce texte, c'est peut être que je suis aussi limitée qu'il le dit, en tout cas je partage le sentiment (qui n'est pas réel bien sur) de Gontran sur le monde actuel, mais mon regard est doux et sans jugement, je remercie tous les jours d'avoir la grâce d'appréhender la vie autrement, comme le dit uG Krishnamurti: Est ce nos cellules notre karma ,que ce trouve les graines de conscience ? il y a un mystère qui selon lui ne peut être éclairci donc pas la peine de peiner, de besogner pour atteindre ce que seul l'esprit convoite une sorte de statut spirituel..Donc soyons simples, soyons fous, soyons vrais ..et peut être ...et si non ça sera ok aussi ..

jean-philippe a dit…

Gontran : "N'est ce pas déjà beaucoup que d'être ?"

on est jamais trop soi-meme ... lol

Patrice a dit…

Son approche me semble pourtant très claire : il ne peux y avoir de reconnaissance véritable, tant que demeure l'observateur, le sens de la séparation, un "vous" au commande...
"« vous » et votre conscience ne peuvent coexister. Si vous pouviez une seconde seulement, une seule fois dans votre vie vous trouver en état de conscience pure votre continuité claquerait net, l'illusion de la structure expériencielle, le « vous » - tout cela s'effondrerait et tout retomberait dans le rythme de l'état naturel."

jean-philippe a dit…

ou dit autrement par siddharameshwar maharaja :


" La « conscience/connaissance » ou « je suis » vient du néant et n'est donc que néant : ignorance. Mais "vous-même", sans le "vous", êtes la réalité, qui n'est la cause de rien et par là même, libre de tout, mais sans qui rien ne pourrait être. "

Brigitte a dit…

cher Patrice
je comprends les propos de UGK, je dis juste que la façon de dire est abrupte même si j'ai repris le terme d'Aranud Desjardin qui dit que la voie n'est pas pour les tièdes,
si tu te souviens j'ai partagé sur un post ce moment d'éveil que j'ai eu il y a 20 ans et qui a duré plusieurs jours,j'ai su que je ne suis pas ce vous et jamais je n'ai oublié ..pour autant j'ai cru lire une énumération de nos impossibilités plutôt que l'inverse, et vu que l'on a tendance justement à s'identifier à cette petitesse j'ai trouvé cela peu encourageant, mais ok cela est juste quand même..comprends tu ?

Patrice a dit…

Là encore, c'est tout le paradoxe de ces personnes éveillées, ces "réveilleurs de conscience". Il y a le discours public, parfois acéré comme la lame d'un katana, et ce qu'ils expriment, dans un contexte plus ordinaire, ou privé, témoignant bien souvent d'une douceur et d'une compassion sans limite. Cela m'a été confirmé par certains ayant rencontré U.G ou son homonyme Jiddu Krishnamurti. Vous pouvez lire à ce propos une des plus belles biographies écrites le concernant "Krishnamurti, sa vie, son oeuvre", rédigée par Pupul Jayakar (Éditions du Rocher/âge du Verseau).

Maintenant, au risque de choquer à nouveau, il y a cette vidéo déroutante d'U.G que l'on peux visionner...

A part cela, oui, Brigitte, je te comprends et partage ton sentiment, même si j'aime aussi le ton abrupt de ces "éveillés contestataires" !

thx4 a dit…

Bonjour à tous,

UG est mon préféré, quand je suis perdu, Je lis une page d’UG et je reviens sur terre.
C’est l’identification à quelque chose ou à un rôle qui pose problème.
Être tout simplement, c’est déjà énorme …

pat69 a dit…

cet extrait pourrait être avantageusement rapproché des souhaits de samantabhadra, dispo sur ce blog. Il y est décrit la même chose. L'éveil, puis l'égarement (je préfère la méprise). Tous deux surviennent sur la même base, d'où "une base, deux voies". A partir de "les êtres dans l'illusion", on retrouve ce que dit K à propos du sac rouge etc. Le commentaire de gangteng rinpoché clarifie bien les choses. A ce propos, il y a un commentaire encore plus clair que celui du livre, plus récent et mieux traduit, disponible en livret photocopié, mais il faudrait contacter le centre de G Rinpoché à Blye dans le Jura pour l'avoir.

brigitte a dit…

ok merci je reconnais que je le connais peu et je vais prendre plus de temps pour savourer son enseignement ! merci à vous tous !

Paul a dit…

pas de traduction pour la vidéo ou un sous-titrage en anglais ?

Pierre Valmont a dit…

Bonjour à tous.
Je partage tout à fait le blocage de Brigitte sur le « vous » de UG.
C’est un pronom suspect dans la bouche d’un Eveillé autoproclamé.
Un peu plus d’humilité lui siérait mieux il me semble.
Mais il n’est peut-être pas inutile de rappeler que UG a toujours fait un complexe devant son célèbre homonyme Jiddu Krishnamurti.
Cependant, n’étant pas éveillé moi-même je me garderai de juger plus avant et je rappellerai le point de vue, à mon avis fondamental, qu’Alexandra David-Neel donne dans « Initiations lamaïques » :
« Les disciples intelligents savent reconnaître dans cette succession d’individualités apparaissant dans leur gourou, celles de qui des leçons et des avis utiles peuvent être obtenus. Afin de s’en assurer le bénéfice, ils supportent les manifestations d’ordre inférieur qui se produisent dans ce même gourou, tout juste comme ils attendraient patiemment parmi une foule vulgaire, le passage d’un sage. »

Patrice a dit…

Paul, pour cela, pensez-y, vous devez activer le sous-titrage : petite case a l'extrême droite (un triangle pointé vers le haut), sous l'image.

vincent a dit…

Pourtant J. Krisnamurty a été sans aucune concession vis-à-vis de toute les traditions religieuses, il faut voir (dans le dvd sur la mort, lors d’un échange avec un docteur Bouddhiste de renom comme Walpola rahula)…Jiddu lui rétorque « mais monsieur de quoi parlons nous là, sommes nous en train d’avoir une conversation intellectuelle, nous parlons de la mort, et cela doit être vu en son être, il faut donc se chercher au cœur de soi-même en rejetant toute traditions, toutes autorités quelles que soient celles-ci et y aller tout seul ! Car tout ce à quoi vous vous référez doit être balayé……etc…etc »
UG à sa façon (que j’apprécie énormément) va au cœur du problème dans les livres « la pensée est votre ennemie » « le mental est un mythe » « le dos au mur » il va à l’essentiel sans état d’âme quand il dit « tout ce que vous faites pour vous libérer de quoi que ce soit, pour n’importe quel motif détruit la transparence, la sensibilité et la liberté qui sont déjà en vous ». « comme le bouddha qui disait « ne faites rien, soyez présent » ! Ou Tchouang tseu à qui un disciple demandait qu’est ce que l’éveil, il répondit « mourir à soi 24h sur 24 » !
Cela peut plaire ou pas mais ce que nous pensons de l’éveil n’aura jamais rien à voir avec notre état naturel car justement « la pensée » « l’imagination » et la belle histoire spirituelle que nous nous racontons……………sont toujours des histoires dans la belle histoire spirituelle de l’éveil.
J. K….comme UG. K ont toujours mis un coup de sabre dans l’histoire spirituelle !
Je dirais qu’heureusement que ce que « nous sommes » ne dépend ni de la richesse, de notre bagage intellectuel, le nombre d’années passées sur les cimes de l’Himalaya, sur le renom des grands maîtres, le nombres d’années de pratique en tant qu’élu d’une grande école spirituelle, et toute la panoplie que l’on trouve sur les différentes voies….quelle chance que notre nature fondamentale n’appartiennent à aucune voies et qu’aucunes pratiques ne puissent nous y mener.
La simplicité du cœur, la clarté de vision, met fin à notre arrogance pour prétendre y arriver un jour et tant mieux, cela échappera à toute revendication d’école, de maître et d’autorité en tout genre car nul n’est dépositaire de ce que le plus simple d’entre nous ne possède déjà ! le reste…. « un concept d’éveil » dans une histoire bien compliquée ou le mental prend son pied en permanence et perpétue sa pérennité !

Pierre Valmont a dit…

Entièrement d’accord sur le fond Vincent.
Oui Jiddu Krishnamurti a tout à fait raison de faire table rase des traditions sclérosantes, qu’elles soient religieuses ou institutionnelles comme la Société Théosophique quand elle se présentait dépositaire de la vérité avec la bénédiction des « Maîtres Invisibles ».
Le diktat « hors de nous point de salut » devrait être suffisant pour mettre en fuite le chercheur spirituel sincère sous n’importe quelle latitude.
Le problème avec J.Krishnamurti c’est qu’il a fait le grand ménage pour son plus grand profit, mais il a déploré lui-même, il me semble, sur la fin de sa vie que personne n’ait réussi à le suivre sur cette voie abrupte qu’il s’était tracée.
Le discours d’UG est convaincant, même si son ton peut déplaire, mais si l’on veut dépasser le domaine intellectuel attendons de juger l’arbre à ses fruits…
Oui Vincent, notre nature fondamentale n’appartient à aucune voie. L’Eveil, disait Huang Po, est une « silencieuse coïncidence ».

Anonyme a dit…

UG sans gueule sinistre,c'est d'une rareté absolue!attention pas trop de rire quand même!!:-)

Patrice a dit…

Je vois qu'il y en a qui suivent !
J'en ai même trouvé une où il joue au foot !

Jérôme a dit…

Et quelle habileté footballistique!!:-))

Pierre Valmont a dit…

Tant qu'il ne parle pas comme Maradona !

vincent a dit…

sûr, mais il shoot droit au but! ;o)

Meditation a dit…

J'aime beaucoup l'approche de Krishamurti. Merci pour l'article, il m'a donné envie de le découvrir un peu plus.

Anonyme a dit…

J'aime beaucoup UG maintenant. J'ai toujours opté pour Jiddu mais UG est venu trancher certaines conceptions que j'avais et qui n'étaient que concepts créés sur des peurs encore plus illusoires.

Néanmoins, il y a dilemne :
Son approche me semble pourtant très claire : il ne peux y avoir de reconnaissance véritable, tant que demeure l'observateur, le sens de la séparation, un "vous" au commande...

---) Eckhart Tolle dit l'inverse... Le vous qui commande ne peut être que l'absolu. Il commande avec les moyens du bord, c'est à dire avec la connaissance q'il acquiert du fonctionnement de la forme dans laquelle il habite. Tout simplement. Le fait de nier ce "vous" finalement arrange bcp de monde. Il y a même une telle peur de ce JE qu'on peut le refouler comme une autre peur tout aussi banale, sauf que celle-ci est la pierre d'achoppement de l'éveil. Ramana Maharshi répétait "Je, Je, Je" à la fin de sa vie.