mercredi 30 juillet 2008

• Une personne ne peut pas être libérée - Bernard

Une personne ne peut pas être libérée

Bernard

Comprenons bien ceci : une personne ne peut pas être libérée, mais au contraire, l'être réalisé est libéré de la personne. La différence est essentielle et il faut absolument s'imprégner de cette vérité.

Questions : Existe-t-il plusieurs niveaux de conscience ?


Bernard : Oui, on peut dire qu'il existe plusieurs niveaux d'inconscience.
Considérant que seul le Soi est la véritable conscience, il faut admettre qu'il y a des personnes plus ou moins inconscientes de leur nature réelle.

≈≈≈≈≈

L'expérience n'étant possible qu'en présence de l'expérimentateur, comprenons bien qu'il n'existe jamais une expérience de la non-dualité. Mais en fait on ne peut pas réellement le comprendre. Comme le Soi est toujours et en permanence "réalisé", c'est plutôt lorsque les actions cessent que nous sommes dans un "état" propice à la perception intuitive de ce que nous sommes en réalité. Mais, là encore les mots sont insuffisants pour comprendre, parce que dans ce que l'on appelle la "non-dualité", les actions n'existent pas puisqu'il n'y a pas d'acteur.

Extrait de Être simplement - Questions et réponses en quête du Soi
Éditions Les Deux Océans


mardi 29 juillet 2008

• Je faisais partie de tout, tout en étant moi-même

Je faisais partie de tout, tout en étant moi-même





Retrouvez également d'autres vidéos à cette adresse : http://fr.youtube.com/user/amazenboy

lundi 28 juillet 2008

• Sublime présence qui ne laisse pas de trace - David Ciussi

Sublime présence qui ne laisse pas de trace

David Ciussi

Tout est amour et source de mouvement dans l'univers. Toute source offre la fraîcheur et la compassion active à celui qui sait s'agenouiller et en apprécier l'émerveillement.
Lors de l'éveil, j'ai pu contempler le sublime et le caché de toute chose, télescopage prodigieux où le passé et le futur sont les deux bras du Créateur protégeant sa Créature,
ici et «main-tenant».


De ses 2389 m, le sommet du Monte d’Oro « étincelait la fenêtre » de ma chambre malgré la nuit… je songeais avec nostalgie à l’éveil, à cet inaccessible sommet de « la plus haute conscience d’Etre »… Depuis ma tendre enfance, j’étais aimanté par le « religieux » ; j’y consacrais tant d’attention ! Mais ce soir-là, j’étais tranquille…, je contemplais la puissance et le mystère de la voûte céleste, je me sentais vulnérable mais amusé par l’obstination de ma quête. Comme tous les soirs, je remerciais la vie, mon existence et la création tout entière. Puis, plongeant comme à l’accoutumée dans les profondeurs de mon intimité, je me suis endormi dans une qualité de présence mystérieuse témoignant d’insondables et inouïes beautés célestes. J’étais spectateur du spectacle de mon esprit, étoiles filantes, lunes, soleils, galaxies se donnaient en spectacle puis… sans que je fasse le moindre effort…, mystérieusement, la vie m’a pris dans ses bras, d’une étreinte fervente, affectueuse, intime et pacifiante. Depuis, enlacés l’un à l’autre, cette union n’a jamais cessé.

Cela faisait trente ans que j’étais sur le chemin. Chacune des “expériences de conscience” qui m’était donnée de vivre me faisait “monter au ciel” mais quelques jours après, c’était “l’enfer”... je n’avais pas le mode d’emploi pour redescendre… et le retour au quotidien était difficile. Pendant quinze ans, j’ai été l’élève d’une tradition indienne, je reconnaissais mes expériences intérieures en lisant les Vedas. Je “méditais” trois heures par jour... J’étais déterminé, passionné, ardant et sincère dans ma recherche mais il n’y avait pas de contact, de vérification, de friction, de validation, d’encouragements avec un Maître que je pouvais consulter simplement. Ce jeu des montagnes russes m’obligeait, me structurait, s‘incarnait dans ma chair et densifiait ma présence ; mais à cette époque, je ne le savais pas. J’ai du explorer toutes les impasses de la naïveté spirituelle et des croyances aux pouvoirs extériorisés.

Les trois dernières années, les “initiations diurnes et nocturnes” se succédaient à un rythme soutenu sans que cela fasse la moindre vague au niveau de ma “personnalité journalière” : pourtant les épreuves du quotidien n'épargnaient pas ma situation professionnelle, sociale et financière. Les défis de la perte et du détachement allaient bon train... C’est alors que j’ai eu la surprise de découvrir qu’il y avait des Sages en Occident. J’ai donc côtoyé : Yvan Amar, Stephen Jourdain et Jean Klein.
Les rencontres avec ces phares m’ont éclairé, permis un dialogue parfois décapant mais toujours authentique ; tout devenait lumineux, évident,
J’intégrais des qualités lumineuses du diamant, mais « je » n’étais pas pur, ni transparent... L’éveil était toujours un concept. Puis vint cette nuit chez un Ami très précieux... (Je précise que le monte d’Oro est en Corse)

"Je suis devenu le mystère, conscience au cœur du pur diamant de mon esprit, présence telle que l’on ne peut ni la perdre, ni s’en absenter, ni douter, ni s’illusionner ”. Dans ce bing bang de mon esprit, je me suis senti aimé infiniment, depuis toujours, témoin innocent du dévoilement du secret de l’éveil. Tout était dénoué, réconcilié, apaisé, simplifié, immaculé. Je suis la continuité consciente des expériences naturelles de la veille, du rêve et du sommeil profond."

"Je suis conscience pure, pure présence sans pensée, je suis infiniment cela, omniprésent éternel et, en même temps, je ne suis pas cela… sublime présence qui ne laisse pas de trace ; elle se renouvelle totalement, incluant le passé, le présent, le futur, dans la totalité de sa gloire, maintenant. Maintenant renouvelé et renaissant, maintenant effacé et présent, maintenant, maintenant, maintenant … »
La splendeur et la beauté de cet instant englobent ma présence d’une aurore diaphane, des milliers de lever et de coucher de soleil ne seraient que pâle parure devant la splendeur et la magnificence de cet embrasement. Au centre de mon être coule discrètement le mouvement du retour des océans vers la source…, les nectars et les parfums s’exhalent et se fleurent du printemps de l’Eden juste ensemencé par le geste créateur… Je me sens béni et baptisé par l’esprit du silence qui parle de l’origine de toutes les langues humaines… ; je suis le temple et la lumineuse clarté qui ensoleillent l’univers et les galaxies... ; je suis l’architecture et la chorégraphie ; je vois le geste sublime du sculpteur qui modèle, cisèle et incruste de pierres précieuses chaque particule de sa création… je rends grâce…. et ma joie pleure...

A ce moment, j’éprouve une douce et glorieuse gratitude envers la tradition de tous les maîtres qui ont initié ce chemin de la plus haute vigilance.

L’évidence de l’éveil, que j’avais tant espéré, prenait enfin racine dans mon esprit émerveillé baignant dans la grâce d’être baptisé par les mains divines.
La conséquence immédiate a été de me laver de toutes mes illusions et croyances pour accéder à la valeur la plus intime de notre humanité.
Je me suis expérimenté comme l’Hologramme du mystère, unifiant le microcosme au macrocosme, les oppositions, la diversité, l’indifférencié, l’intérieur et l’extérieur. Je suis ici et maintenant, tout cela simultanément, conscience individuelle, universelle et indifférenciée.
Toute la valeur de “je sais, je ne sais pas”, que j’ai expérimenté au début de ma quête spirituelle prend alors tout son sens.
Vivre “je ne sais pas” étant le mystère, ne rend pas ignorant ni niais, mais donne l’omniscience intérieure et déconditionne radicalement la personnalité connue, la personnalité duelle, identifiée à un rôle personnel.
Assister à ce sublime jaillissement de la source de notre origine offre aussi la vision du « tout ici - tout en soi », auto connaissance sublime, intelligible, ludique et innocente des lois de la nature et des lois de l’âme humaine. Cela apporte une joie ineffaçable et un sentiment de paix cosmique qui révèlent la nature divine de toute chose.

Au cœur de mon individualité, le mécanisme du « magicien-ego » est vu, l’illusion a perdu son pouvoir de fascination, elle ne surimpose plus un objet mental dans mon esprit immaculé.

La métamorphose initiée, l’esprit devient immédiatement le témoin et le serviteur du Mystère Vivant, s’écrivant maintenant de toute éternité.
Ici s’actualise et se découvre l’élève. Le mystère de la pédagogie de la joie devient progressivement visible. Son mode d’emploi se révèle et s’actualise chemin faisant. Pour illustrer mon propos, souvenez-vous d’un film de Spielberg où Indiana Jones doit traverser un précipice pour trouver l’arche d’Alliance. Il doit enjamber le vide et faire confiance à son intuition. Au moment où il pose le pied dans le vide, le pont apparaît sous ses pas. C’est de cette façon que je réapprends à fonctionner dans un nouveau rapport au réel et à témoigner que vous êtes tous libres, en paix, et que vous êtes tous aimés infiniment.

Vivre la joie d’être le paradoxe “je suis cela, je sais et je ne sais pas » en même temps, est une prise de risque ludique qui donne tout le parfum et la saveur à l’esprit de la découverte, montrant tout le potentiel de créativité et d’intelligence dont l’être humain est capable. La création a une confiance inébranlable envers sa créature.
Oui, l’éveil fait table rase de toute identification à un ego spirituel en manque d’admiration. L’éveil offre tout, mais ne donne aucun pouvoir extérieur. Il donne la pédagogie du mouvement du retour à toutes choses, passage amoureux si intime et si infime qu’aucune extériorité ne peut s’y faufiler. Finie la frénésie de la recherche et du chercheur perdu, le monde présent glorieux et sacré devient le terrain de jeu de l’explorateur ravi.

Toutes les innombrables expériences d’unité vécues pendant la journée ainsi qu’au cœur des rêves lucides trouvent enfin un sens et la continuité pédagogique, comme un fil qui relie les perles d’un collier. Ce fil si fin et discret est le support des différents états de conscience. Ce fil est constamment présent dans tous les phénomènes du monde des apparences. Il est la conscience naturelle donnée à chacun même si le sujet l’ignore. Ce fil porte le principe de l’apparition, du maintien et de la disparition du monde phénoménal. Tout cela, en même temps, simultanément, dans chaque être ou chose.
Dans le champ individuel, l’éveil donne la clef de la vérité, du réel et du glorieux instant terrestre.

Vous pouvez retrouver la totalité des textes que David Ciussi à écrit pour la revue Soleil Levant sur cette page.

jeudi 24 juillet 2008

• Quand vous vous réveillez dans l'éveil... - Dzongsar Jamyang Khyentse

Dzongsar Jamyang Khyentse

Quand vous vous réveillez dans l'éveil, vous n'avez jamais été un être sensible et vous n'avez jamais lutté. Une fois l'éveil atteint, il est impossible de repenser à l'être ignorant que vous étiez. La méditation est désormais inutile. Vous n'avez rien à vous rappeler parce que vous n'avez jamais rien oublié.

mercredi 23 juillet 2008

• Le Tao qui n'a que faire des mots

Le Tao qui n'a que faire des mots


Il y a une réalité qui précède le ciel et la terre ;
Elle n'a pas de forme, encore moins de nom,
Les yeux ne peuvent pas la voir ;
Les oreilles sont incapables de percevoir sa voix ;
L'appeler Mental ou Bouddha serait violer sa nature,
Car ainsi elle deviendrait semblable à une fleur hallucinatoire
flottant dans l'espace.
Elle n'est pas le Mental, elle n'est pas le Bouddha ;
Elle est absolument paisible et pourtant lumineuse, assez mystérieusement.
Elle ne se laisse percevoir que par les regards clairs
Elle est le Dharma véritablement au-delà de la forme et du soi ;
Elle est le Tao qui n'a que faire des mots.

Comme il voulait attirer les aveugles,
Le Bouddha s'est amusé à émettre quelques mots
de sa bouche d'or ;
Depuis lors, le ciel et la terre sont emplis de rosiers emmêlés.
O, mes bons amis, ici assemblés,
Si vous voulez entendre le tonnerre du Dharma,
Tarissez le flux de vos paroles, videz-vous des pensées,
Car alors, vous arriverez peut-être à reconnaître cette Essence Une.

Tiré de : "Le Zen" de Dai-o Kokushi, cité et traduit par D. T. Suzuki, in "Manuel de bouddhisme zen", Editions Dervy - collection l'Être et l'Esprit).

mercredi 16 juillet 2008

• Le « moi » a été liquidé sans retour possible - Talomi

Le « moi » a été liquidé sans retour possible

Talomi

Nous sommes de plus en plus nombreux à avoir vécu l'ouverture à l'essence. C'est très réconfortant de pouvoir communiquer cet élan du coeur qui donne envi de l'autre que l'on voit comme soi. Le trésor se dévoile lorsqu'il est donné ! C'est pour cette raison que je veux partager un peu de mon vécu qui a bien sûr sa propre couleur. Autant d'éveil que de personne, par contre la Réalité reconnue est la même pour tous.


Mon chemin "avant" et "après" a été un long processus dont je n'ai pas encore fermé la boucle ! C'est comme si j'avais vécu l'éveil deux fois ! j'y reviendrai.


Pour le mental non éveillé qui croit que l'éveil est une "chose qui arrive une fois pour toute" et qui s'imagine que la personne qui le vit est dorénavant dans un état de savoir continuel, et bien il y a là une belle surprise !... Une autre croyance ! Reconnaître son essence nous fait VOIR le grand jeu de l'égo, du mental et des personnages qui nous habitent ! Ça ne veux pas dire qu'ils disparaissent, oh que non !!! Sauf qu'ils sont plus ou moins habilement déjoués au fil du temps, un peu comme une thérapie naturelle qui fait tranquillement le nettoyage des illusions. Ces illusions refont surface dans notre vie quotidienne et c'est à ce moment qu'elles peuvent être balayées au même instant par la reconnaissance et la conscientisation, justement, de cette illusion ! La grande percée du Je Suis dévoile la Grande Illusion de l'égo.

L'intégration du nouveau regard dans tous les petits moments de la vie est le chemin unique de chacun.


Ce chemin de nettoyage est plus moins long pour chacun. Pour certains c'est très rapide, pour d'autres comme moi, ça été très long. De toute façon ça n'a pas de fin car l'apprentissage de qui nous sommes est infini. Le connais-toi toi-même est éternel ! Jamais une prise de conscience en soi n'est identique à une autre. C'est comme un nouveau rayon de soleil à chaque percée du coeur vers ce centre qui pulse et se renouvelle à chaque instant. C'est l'émerveillement à chaque fois comme si c'était la première fois... Comme l'enfant toujours prêt, disponible à apprendre et toujours émerveillé et surpris.

Je vais essayer d’exprimer ce que j’ai vécu et qui m’a permis de trancher la question. Ça s’est passé lors d’un « second éveil ». Je le nomme ainsi parce que ma première ouverture m’a plongé dans l’univers de la non-séparation, de la diversité dans l’unité, de l’inexistence d’une identité ayant du pouvoir sur quelque chose (que l’on appelle ego), de l’illusion de mes batailles dont j’étais l’auteure, la productrice et l’actrice, de l’harmonie si parfaitement maintenue par l’amour, la simplicité étonnante de l’être, en moi criait les mots JE SUIS… JE SUIS… ahhh, mon Dieu, JE SUIS… Je ne pouvais plus m’arrêter. Ma vie venait de changer radicalement. Rien n’avait été vrai. J’étais maintenant au début de ma vraie vie ! Mes yeux étaient limpides, j’avais la sensation nette qu’un voile venait de disparaître.

Pour l’instant je m’arrête sur cette description. Je puis dire par contre que mon périple de nettoyage dure depuis 18 ans et pendant tout ce temps la sensation floue d’un moi était encore là car mes petites batailles continuaient de récidiver. Bien sûr d’une façon de plus en plus affaiblie car j’ai appris à regarder les miroirs instantanément et je ne me lâche pas « d’un poil » ! Je réagis beaucoup moins et l’instant présent m’est plus facilement accessible.

Tout récemment j’ai vécu un 2e éveil. Je le nomme ainsi car que c’est comme ça que je le ressens. Cette fois mon accouchement s’est terminé ! Le « moi » a été liquidé sans retour possible ! Je parle d’accouchement car je vois le processus exactement comme la naissance d’un enfant : la première fois la tête sort, je viens au monde, ma vraie conscience naît : je sais que JE SUIS ! Le corps lui n’est pas encore passé mais il doit aussi sortir en conscience… Et ça fait mal, les cellules se réveillent une à une, les vieilles mémoires se mettent à jour… Ouf ! quel périple, ce n’est pas l’émerveillement du début !


Un jour le corps est sorti, la naissance se complète. L’enfant Dieu est né pour ainsi dire ! Le « moi » n’est plus. Dieu a complètement pris la place. C’est ça qui s’est passé pour moi : j’ai vu et réalisé profondément que Dieu est l’Unique qui se crée et se regarde et agit, ce n’est rien d’autre. Dieu se repose en son propre sein, c’est comme ça que je me suis couchée le soir venu, un repos comme jamais il ne m’avait été possible d’imaginer ! Plus rien n’était moi, impossible !


Ce moi floue, plus ou moins certain d’exister, ne pouvait pas se reposer et s’abandonner complètement car il continuait de désirer vivre un jour la Paix et l’Amour qu’il avait presque perdu de vue. Seul l’Unique peut gratifier sa création. C’est la plus grande leçon d’humilité qu’un être humain puisse vivre. À partir de ce moment, c’est l’apprentissage au présent qui se vit, comme avant, sauf que la question du moi n’entrave plus la vision, c’est Dieu qui se regarde et qui se vit.


Qu’aie-je envi de faire maintenant ? C’est simple, avoir le plus de plaisir possible à vivre AVEC les autres car ils sont devenus Moi. Et lorsque je dis moi maintenant, c’est le MOI UNIQUE i.e. Dieu (j’emploie le mot Dieu pour facilité la communication). Je crois que d’autres ont accouché en une seule fois au complet, chacun son processus. Je crois bien que le travail à faire demeure le même sauf que je n’ai plus la sensation que c’est moi qui le fait, c’est génial, non ?!!

Dans ce mouvement de vague, je me dis : qu’est-ce qui m’attends suite à ce 2e éveil ? je suis encore actuellement dans l’euphorie de n’avoir plus de tête ou de moi. Je vous parle allègrement de ma nouvelle conscientisation comme un fait accompli… Mais je sais bien que ça n’a pas de fin cette respiration divine !! Je suis appelée à changer encore et encore… Que me réserve-t-Il dans le tournant ? J’ose m’abandonner à Lui ! Oui il y a un petit moi qui est là mais je le regarde avec humour et il est devenu le bon serviteur. Pour l’instant il semble ne plus être existant du tout sur le plan de la réalité et à mon avis c’est impossible qu’il revienne sur sa chaise. Il est au pied maintenant ! Mais il est tout de même là.

Vu sur le forum de cafe-eveil.org

mardi 15 juillet 2008

• Ne plus rien attendre, surtout l'éveil - Jean

Ne plus rien attendre, surtout l'éveil


Correspondances avec Jean


Cher M.,

C'est toujours un moment de bonheur que de croiser sur le chemin un être qui sincèrement prend connaissance de son fonctionnement pour s'ouvrir au "non-état" qui ne peut plus être enfermé dans un concept.

Je vous encourage vivement à rester dans cet état d'esprit. Tout lâcher. Absolument tout. Ne plus rien attendre, surtout l'éveil. Lorsque l'ouverture se produit, les forces mentales réagissent immédiatement avec leurs cortèges d'émotions gratifiantes. La vigilance bien comprise constitue l'attitude la plus juste pour ne pas entraver le jaillissement de l'esprit, pour ne pas bloquer l'ouverture totale qui conduit à l'éveil.

Dans les prochains jours, vous allez spécialement observer ce qui se lève dans le mental, c'est à dire voir ce mouvement sans l'alimenter, sans devenir la proie d'un enfermement. Il s'agit en fait de libérer à la racine les pensées et les émotions qui apparaissent. Ne plus s'y fixer, ne plus se donner à ces limitations que notre ego nous présente à chaque instant. Il convient d'aborder ce travail avec une totale confiance, avec ce parfum de l'arrière -plan dont parle si bien Jean Klein. Cela demandera un peu de temps, bien sûr, mais vous êtes parfaitement en capacité d'entreprendre cela, toujours sans attendre de résultat. Juste regard ! Pas de jugement !

L'aperception instantanée dissout tous les thèmes producteurs de sensations mentales et laisse apparaître le non-état sans motif, existant par soi et en soi? Ce qui est ainsi vécu est au-delà de toute représentation. Dépouillement vécu comme parfait équilibre, sans attente, sans tension, juste la joie sans objet ...

Bien à vous,

Jean

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Cher M.,

Avec Jean Klein, nous avons souvent abordé cette question essentielle de l’attention et de la vigilance. Il y a effectivement deux niveaux d’attention et il convient de bien distinguer par l’expérience, ce qui résulte de l’attention volitive, nous dirons l’attention ordinaire, et ce qui relève de l’attention silencieuse que Jean Klein appelait également l’attention de l’attention.

L’attention ordinaire est en sorte celle qui permet de faire démarrer le moteur de notre vigilance. Il faut une certaine concentration pour sortir des automatismes qui nous animent. En même temps, lorsque les tensions organiques et psychologiques s’apaisent, la contemplation, juste regard sans que personne ne regarde, devient un accueil libre de toute projection ou attente. A ce moment précis, le monde révèle son ouverture et nous avons la possibilité de nous accorder à cette vastitude, à condition de plus être animé par les mécanismes de saisie de l’ego.

L’état de non-désir nous place dans un instant sans anticipation et l’énergie disponible (qui n’est plus mobilisée par notre saisie habituelle) alimente l’attention de l’attention qui se déploie naturellement ..

Je cite les paroles de Jean Klein :

“L’attention silencieuse est une contemplation des choses sans réflexion et sans limitation. L’attention multidimensionnelle non dirigée ne s’épuise jamais. Cette attention de l’attention est une attention pure dégagée de toute conception, siège de la conscience et axe de gravité de l’être. Cette vigilance accueillante apparaît spontanément lorsque l’idée de toute référence est absente. Une autre forme d’intelligence entre en jeu dans cette attention inconditionnelle. On peut dire aussi que cette spontanéité jaillit de l’intégration la plus haute, art suprême de l’abandon.”

Tant que nous restons dans la dualité, nous naviguons entre ces différents niveaux de conscience et d’attention. Pour conclure, encore Jean Klein :

“La conscience-attention supérieure est présence vécue dans l’absence de toutes choses. L’ultime équilibre est vide de perceptions. Il n’est ni une pensée ni une sensation. Tout apparaît et disparaît dans l’ouverture de ce qui EST. La disponibilité totale résulte de la position de non-choix, lorsque l’action naît de l’harmonie implicite de l’unité de la vie libre de toute mémoire...“

Très bonne soirée,

Jean

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Cher M,

Lorsque l'expérience de l'éveil se révèle, ce qui est vécu baigne dans le silence, je devrais dire dans un silence qui n'est pas l'opposé du bruit. Rien ne peut recouvrir cela. On peut se trouver dans un environnement sonore des plus délirants, sans être gêné par cette agression. Lorsque l'épine et la pince se retirent ensemble, il ne reste rien d'un sujet qui pourrait encore en être incommodé. Ce silence de l'être est inexplicable.

En symbiose avec ce silence, il y a ce rayonnement du monde et cette présence non localisable portée par l'espace. Votre description est d'une totale justesse. Vous avez raison de souligner qu'à un certain moment, il faut abandonner la vigilance. Cela se fait dès que l'attention de l'attention n'est plus dépendante d'un ego mobilisé. Ce que vous appelez "voir clair" est pur regard, sans acteur portant ce regard. C'est une expérience fondamentale au niveau de l'ouverture de l'être.

Jean Klein nous mettait souvent en garde par rapport aux mécanismes toujours agissants, à la porte de l'éveil... :

"Au seuil de l'être, l'ouverture est encore une perception. Là réside le piège. Si nous ne sommes pas dans un total abandon, nous empêchons le mouvement de la grâce, le mouvement à la plénitude. Le non-état ultime ne peut se révéler qu'à partir d'une disponibilité non orientée dans la présence. On peut dire alors que l'intellect enraciné dans la conscience globale n'est plus en mesure de particulariser le monde extérieur, ni ce qui nous anime intérieurement. Ce changement d'accentuation se traduit par un relâchement soudain de la localisation dans le cerveau de la sensation globale au-delà des sens."

Autre constat, et non des moindres ! C'est la dissolution de l'attention comme percept, qui ouvre sur le non-état, la pure conscience.
Cette connaissance vivante n'est plus connaissable en terme de perception. En quelque sorte, les noms disparaissent en laissant le percept se dissoudre dans une attention sans pensée. S'agit-il encore d'une attention véritablement ? Ce qui s'épanouit dans l'hospitalité de l'être entier correspond certainement à ce que Maître Eckhart a pu en dire : "Ultimement, la puissance de l'âme est saisie dans la simplicité de son essence".

Bien cordialement,

Jean


Un grand merci à Jean pour la confidence, et le partage, de ses échanges, dont quelques extraits sont offerts aux lecteurs d'ÉVEIL IMPERSONNEL.

lundi 14 juillet 2008

• Une voix céleste - Ani Chöying Drolma

Ani Chöying Drolma


Ani Chöying Drolma est né le 4 juin 1971 à Katmandou, au Népal, dans une famille de Tibétains en exil. Très jeune, elle a décidé de suivre la vie monastique, et a été acceptée au couvent de Nagi Gompa à l'âge de 12 ans. Pendant plusieurs années, le maître de chant permanent du monastère (qui a été directement entraîné par la femme de Tulku Urgyen Rinpoché) a enseigné le chant et la musique sacrée à Ani Chöying Drolma. Elle est depuis devenue très célèbre et à accomplie plusieurs tournées en Occident.

À l'écoute de sa voix, beaucoup se sentent transportés dans les champs purs des bouddhas, l'essence de notre nature véritable.

"Ani Choying Dolma La, dont la voix mélodieuse et captivante vous prend dès les premières secondes, est une chanteuse exceptionnelle. Souriante, empreinte d’une grande bonté, elle apparaît sur scène, toute de pourpre vêtue, dans un silence qui intime le respect. Elle captive son public dès les premières notes, alternant chants et mantras dont elle explique les textes, transmis de maître à élève depuis des siècles. Interprète remarquable, sa voix grave monte du plus profond de son être, emplit la salle de sa résonance, et nous livre toute sa sensibilité et son amour pour son art."

Ani Chöying Drolma est l'auteur de l'ouvrage "Ma voix pour la liberté" (Éditions OH ! - lire un extrait) ainsi que de plusieurs cd :

- “Cho” (1997)
- “Dancing Dakini” (1999)
- “Choying” (2000)
- “Moments of Bliss” (2004)
-
Selwa (2004)
- “Smile” (2005)
- "Inner Peace" (2006)


S'il vous plaît, apportez votre aide et votre soutien à Anila et ses projets humanitaires. Faites un don : Association pour les nonnes tibetaines : C/o Pierre-Yves Ginet, 260 rue Crequi 69007 Lyon -
Email : pierre-yves.ginet@wanadoo.fr

Visiter son site : http://www.choying.com

Namo Ratna Traya - Munich 07


Ganesha Mantra, Concert, Munich 07


Tara Mantra



Choying Drolma & Steve Tibbetts - Kangyi Tengi



Choying Drolma & Steve Tibbetts - Yumchen Turkar



Choying Drolma & Steve Tibbetts - Kyamdro Semkye



Choying Drolma, Steve Tibbetts & Marc Anderson



Ani Choying Drolma - CHÖ - Munich 08



Beautiful tibetan chants - Choying Drolma - Berlin


Ma voix pour la liberté

dimanche 13 juillet 2008

• L’acceptation de n’être rien - Jean-Marie

L’acceptation de n’être rien

Jean-Marie

Le basculement me fait pénétrer dans un monde où je me sens mu par la douceur, la tendresse. La joie aussi. La joie la plus grande vient de ce que mon petit moi a enfin ouvert les yeux sur ma présence. Il sait maintenant qu’il est observé. Il ne manifeste plus sa volonté d’être aux commandes. Il lui arrive même parfois de fondre en larmes car il réalise avec quel aveuglement il a mené ma barque pendant 57 ans et, pendant ce temps, j’attendais, sans l’ombre d’un reproche, dans une patience infinie mais avec l’immense espoir d’être aperçu. Et lorsque le moment est arrivé, la joie explose, sans la moindre nuance d’amertume...

Je suis né en 1945 dans une famille catholique tiède. Au début de mes études de médecine, je me suis débarrassé de ce qui me restait de convictions religieuses. Ma raison ne pouvait accepter ce qui m’apparaissait comme les invraisemblances du discours religieux officiel : Jésus-Christ, Fils de Dieu et d’une Vierge, venu sauver de la part de Dieu une Humanité déchue depuis le tout début en raison d’une désobéissance somme toute pas si grave. Ce même Fils de Dieu serait ressuscité puis monté vivant au Paradis, suivi par sa mère, etc. etc.

J’ai donc emboîté le pas à un matérialisme scientifique fort répandu en médecine. Vers 28 ans, j’ai vécu une période fébrile de 2 ans, assailli par le doute que, derrière les apparences matérielles, il y avait peut-être une réalité voilée, invisible aux yeux de la science mais dont certains avaient percé le mystère. A mon tour, je rêvais de le découvrir et de disposer des pouvoirs spirituels associés à cette connaissance. A cette époque, j’ai dévoré des quantités d’auteurs sur la parapsychologie, le magnétisme, le spiritisme, les « phénomènes inexpliqués », l’ésotérisme, l’initiation, l’anthroposophie de Steiner, les Rose-croix, Alice Bailey, la théosophie, etc. Le dernier auteur de cette quête a été Krishnamurti. Celui-ci m’avait laissé une profonde impression de sincérité mais en même temps je ne comprenais pas grand-chose à son discours et ce dont il parlait m’était inaccessible.

Je sentais bien que je ne disposais d’aucun moyen de discerner le vrai du faux dans tout ce fatras de soi-disant connaissances. Cela renforçait l’idée de Krishnamurti de ne faire confiance à aucune autorité extérieure. J’ai donc tout rangé définitivement dans la bibliothèque, y compris Krishnamurti, que j’aimais mais sans le comprendre.

Peu après avoir tourné cette page, je me suis marié et nous avons eu 4 enfants qui ont maintenant entre 16 et 30 ans.

J’ai poursuivi ma vie dans un matérialisme un peu insouciant et non militant, consacrant mes loisirs à découvrir divers domaines comme la géologie, l’électronique, l’artisanat, la généalogie, l’informatique.

A partir de 1998, j’ai commencé à me sentir concerné par l’état économique, politique et écologique de la planète. J’étais à la recherche de moyens de construire un monde meilleur. En 2001, les attentats de New York et Washington m’ont donné un électrochoc et j’ai brusquement réalisé que la souffrance provoquée par les conflits humains était bien plus forte que je ne l’avais imaginée.

Comme si la solution de ces conflits dépendait de moi, j’étais animé d’une volonté puissante de comprendre la situation dont une bonne part reposait sur des sensibilités religieuses différentes. Bien que ne me sentant pas personnellement impliqué dans la religion, j’ai lu quelques livres d’initiation à l’Islam.

Cette étude m’a plongé dans une constatation affligeante : croire à la Vérité de sa religion implique de croire à l’erreur des autres et suivre une religion sans croire qu’on est dans le vrai n’a pas de sens. Une convergence, un véritable œcuménisme semblait dès lors totalement illusoire. Au sein même de la chrétienté, l’histoire montre une tendance à la divergence des sensibilités plutôt qu’à un rassemblement unitaire.

Je cherchais désespérément une issue à cette situation inextricable. Ma recherche amena mes pas à croiser ceux de John Spong, un évêque épiscopalien américain. En quelques jours, j’ai dévoré son dernier livre : « A New Christianity for a New World ». Ce livre démonte les dogmes officiels et montre à quel point ils sont fossilisés et choquants pour notre raison. Au lieu d’être une aide, ils constituent donc un obstacle à la perception d’une réalité au fondement même de la nature humaine. C’est cela qui est à découvrir… sans dogme. A peine un mois après l’électrochoc de New York, j’encaissais donc un deuxième électrochoc : d’un seul coup, Spong avait balayé toutes les objections qui m’avaient fait rejeter la religion aux oubliettes à l’âge de 20 ans. Je récupérais non plus une religion faite de croyances et de dogmes mais un état de nudité et de fraîcheur sur le plan des idées et une attention orientée vers l’essence des choses cachée sous les apparences.

Cet état d’esprit se renforça encore en janvier 2002 à la lecture du livre de Dürckheim : « Le Don de la Grâce ».

Voilà un peu l’atmosphère dans laquelle je baignais quand, début mars 2002, quelque chose a basculé en moi, entraînant un renouvellement complet de ma perception du monde et de moi-même.

C’était une après-midi comme une autre. J’étais assis à mon bureau, le regard distraitement tourné vers la fenêtre. Le souvenir d’un magnifique endroit au sommet d’un ancien volcan me revenait à l’esprit et m’entraînait dans la rêverie.

Tout à coup, j’eu la sensation d’être comme aspiré à une grande hauteur d’où la nature, les hommes, la terre m’apparaissaient dans une paix et une harmonie insoupçonnée. Moi-même, j’avais l’impression d’avoir été extrait d’une sorte de sphère close mais fissurée que, de là-haut, j’identifiais immédiatement comme étant ma personnalité, mon petit moi, ce qui avait constitué jusque-là mon univers, mon horizon.

La sensation n’a probablement duré que quelques secondes mais au décours s’est présenté le choix de réintégrer ma personnalité ou de rester en-dehors de la sphère, ce qui impliquait l’acceptation de n’être rien, aussi bien à mes yeux qu’aux yeux des autres. J’ai choisi de laisser la sphère vide. Il m’est resté un sentiment de légèreté, de joie et de paix que je n’avais jamais connu. Le soir, dans le train, j’avais envie de secouer les gens en leur disant : « mais enfin, regardez par la fenêtre, ce n’est pas possible que vous ne voyez pas la magnificence ». En même temps, je savais bien que le matin même je ne la voyais pas non plus.

Le lendemain matin, grande surprise. Depuis des années, j’étais en conflit avec deux de mes chefs. L’atmosphère au travail était tellement lourde et tendue que chaque matin c’était un calvaire d’aller travailler. Je me souvenais régulièrement d’une phrase que mon grand-père répétait souvent : « La vie est une tartine de merde dont il faut manger un morceau chaque jour ». Or, ce matin-là, la tartine avait disparu. Aucun fardeau sur les épaules. Plus de traces d’agressivité envers mes chefs.

Après quelques jours, je me suis senti obligé de parler à ma femme de ce qu’il m’arrivait car mon changement intérieur aspirait à pouvoir s’exprimer librement dans mon comportement. Le problème, c’est que je ne savais pas quoi lui dire. Je ne comprenais pas moi-même ce qui s’était passé. La seule chose dont j’avais à peu près conscience c’est que je n’avais pas réintégré mon petit moi et que j’avais la sensation d’une absence de limites autour de moi. Je lui ai donc dit que j’avais quitté mon petit moi, que j’étais entré dans mon grand moi, que j’étais en paix et débarrassé de tout conflit. Elle n’était pas rassurée et me regardait un peu comme un extra-terrestre, ne sachant pas si j’étais au bord de la folie, au seuil de la mort, sur le point de la quitter ou en passe de devenir prophète. Mon sourire et ma sérénité ont cependant fini par l’apaiser.

Dans les mois et les années qui ont suivi, j’ai eu beaucoup de joie à découvrir derrière des mots toujours différents toute une série d’auteurs parlant de cette profondeur qui forme la véritable identité humaine et qui est identique chez chacun. J’ai évidemment retrouvé un Krishnamurti bien plus clair qu’avant. Mais il y en a bien d’autres : Dürkheim, Tolle, De Mello, Thomas Merton, Arnaud Desjardins, Maître Eckhart, Aurobindo, etc… et bien sûr Jésus.

Je n’ai pas fait que lire et réfléchir, j’ai aussi essayé de laisser ce « Grand Moi » s’exprimer à travers mon petit moi en lui opposant le moins d’obstacle possible. En particulier envers mon épouse. Mariés depuis 1975, notre relation avait glissé vers une sorte de semi indifférence teintée de bienveillance. Chacun se rendait compte que l’autre ne correspondait pas au « partenaire idéal » mais qu’il y avait pire. Mon basculement intérieur m’avait libéré de cette image de partenaire idéal. Je n’étais plus en attente ou en manque de cette image. J’étais donc capable d’accepter mon épouse telle qu’elle était, sans la comparer à une image idéale. Deux ans après moi, son ego s’est à son tour effondré. Une nouvelle relation a pu commencer à se mettre en place, non plus basée sur un besoin que chacun tente de combler par l’autre mais sur le don et l’accueil gratuit.

Vu sur ce nouveau blog (Ce qui est - partager autour de l'éveil) plein de promesses et de beaux échanges. Merci à Pascal Amoyel de m'avoir mis sur la piste, que dis-je, la "partition" !...

jeudi 10 juillet 2008

• La meilleure manière de montrer notre respect au Bouddha est de nous passer de lui ! - Martin Aylward

Pratique radicale de l'éveil ou juste un autre système de croyance ?

par Martin Aylward

Ces derniers temps, il me semble qu'à chaque fois que j'ouvre un journal, on parle d'une célébrité pratiquant le bouddhisme. Il semblerait qu'être bouddhiste soit devenu une forme d'identité pour les stars de cinéma et les musiciens. Entre le charme flou de ces célébrités et les différentes traditions et formes d'enseignements, qui toutes se déclinent sous la vague dénomination de bouddhisme, comment trouver ses repères ?

On me demande souvent, "êtes-vous bouddhiste ?" Parfois, je réponds oui, simplement parce que c'est plus facile ! Répondre "non" semble troubler les gens, d'autant que je consacre la plus grande partie de ma vie à pratiquer et à enseigner le Dharma. Mais quand j'estime que la personne est suffisamment patiente pour recevoir une explication, j'essaie et j'insiste sur le fait que "buddh" signifie "éveillé" ! Par conséquent, si ce que cette personne veut dire par bouddhisme signifie "éveillisme" ou "en cours d'éveil", alors oui, je suis tout à fait d'accord. Mais si elle veux simplement parler de l'adoption d'un système de croyance particulier appelé "bouddhisme" alors je me reconnais plus dans l'esprit de Bob Marley qui pointait du doigt les discordes et querelles provenant du fait que nous sommes accrochés à nos différentes formes de croyances ou lignées quand il chantait : "j'en ai assez de vos ismes-schismes".

Tellement de violence et de conflits dans le monde sont dus à l'entrechoquement d' "ismes", avec des gens et des nations accrochées à leurs croyances jusqu'au point d'être prêts à s'entretuer pour les défendre. Ce n'est certainement pas du ressort de la pratique et de la quête spirituelle, mais déjà nous pouvons nous rendre compte par nous-même qu'il nous arrive de tomber facilement dans l'écueil de penser que notre propre tradition spirituelle ou notre manière de pratiquer est la meilleure, la plus rapide, la plus pure, la plus profonde, la plus douce, la plus ancienne, la plus exotique ! Si nous nous surprenons à penser de cette façon, c'est que nous avons quitté le chemin de l'éveil pour tomber dans le fossé du sectarisme et de la mesquinerie.

Le Bouddha n'a jamais été bouddhiste ! Il était personnellement concerné, comme il a pu le raconter un nombre incalculable de fois, par la question de l'Eveil. Confronté à l'inévitabilité de sa propre mortalité et au néant de la vie vécue pour le seul accomplissement du plaisir et l'évitement de la douleur, il se détermina à trouver une solution authentique à cet état d'insatisfaction. La pratique de la méditation du Bouddha, ses conseils et enseignements aux moines, nonnes et laïques étaient tous invariablement fixés vers ce but de l'éveil. Dans un de ses fameux enseignements où le Bouddha parle aux habitants d'une ville appelée Kalama, il leur recommande instamment, d'une façon fort peu commune pour une figure religieuse, de ne pas croire à ce qu'il leur dit !

O Kalamas, ne croyez pas ce qu'on vous rapporte, les légendes, les traditions, les écrits, la conjecture logique, l'inférence, les analogies, les points de vue d'autres, la probabilité, ou ce que votre professeur vous dit. Quand vous savez par vous-mêmes que les choses sont malhabiles et blâmables, critiquées par le sage, et qu'une fois entreprises elles mèneront au mal et à la souffrance - alors vous devriez les abandonner. Quand vous savez par vous-mêmes que quelque chose est habile, irréprochable, conseillé par le sage, et qu'une fois entreprise, cette chose mènera au bien-être et au bonheur - alors vous devriez entrer en elle et y rester. (Kalama Sutta, Anguttara Nikaya III.65)

Une pratique spirituelle authentique est une activité radicale. Elle nous demande de ne pas nous contenter de réponses faciles. Elle ne nous demande certainement pas de substituer un ensemble de croyances à un autre. Au contraire, elle nous demande d'étudier passionnément notre vie intérieure. Ce en quoi nous sommes engagés est-il nocif pour les autres et nous-mêmes ? Comment pouvons- nous nous en éloigner ? Ce en quoi nous sommes impliqués est-il véritablement nourrissant et favorable au bonheur et au bien-être des autres et de nous-même ? Comment pouvons-nous optimiser nos ressources envers cela ?

Si nous avons cette passion pour l'éveil dans la vie, alors cela vaut réellement la peine de regarder de près les différents enseignements, traditions et professeurs que nous rencontrons sur notre route pour voir ce qu'ils offrent réellement.

Que cela soit au service de n'importe quelle tradition au service du BOUDDHisme, de l'éveil, de la sagesse et de la compassion, ou que cela soit davantage intégré dans le bouddhISME, ou un autre "isme", essayant de renforcer un ensemble d'idées sur ce qu'est la vie ? Regardons cela d'aussi près que possible, parce que notre liberté en dépend !

La méditation est un outil merveilleux pour explorer notre vie. Assis en silence, confrontés à nous-mêmes, nous sommes invités à voir à scruter nos habitudes et tendances, notre agitation et notre ennui, nos compulsions et négativités, notre confusion et nos souffrances. Ces phénomènes très humains sont le compost de notre croissance spirituelle. Nous voyons tellement souvent la pratique spirituelle au travers de lunettes roses, recherchant un esprit paisible, un état altéré, une expérience spéciale. Toutes ces choses peuvent en effet se produire, mais elles ne sont que décoratives, pas la vraie célébration. Une pratique spirituelle authentique doit-être celle qui marque vraiment une différence dans nos vies, qui nous permet d'appréhender la vie avec plus de largesse d'esprit, de facilité et de joie de coeur. La voie qui mène à ces qualités doit passer par les bosses et tremblements qui préoccupent le coeur en ce moment même. Il n'y a aucune transcendance véritable sans passer par le feu de ce que nous tentons de dépasser. Dans le silence, le calme et la réceptivité de la méditation, nous apprenons à adapter et traiter en ami notre esprit-singe et notre coeur blessé. Nous apprenons à nous ouvrir au delà des confinements étroits de notre parcours de vie personnel, et à trouver le repos dans l'étreinte du mystère entourant la vie.

Finalement, la meilleure manière de montrer notre respect au Bouddha est de nous passer de lui ! L'éveil, une véritable sagesse de libération et de soin pour la vie, est un droit de naissance de tous les êtres humains. Le Bouddha a passé sa vie entière à enseigner la pratique et la possibilité de faire nôtre cet éveil, afin de connaître une liberté véritable, ici et maintenant. Nous pouvons être plus inspirés par les enseignements des traditions de la sagesse du monde, et si tout va bien nous nous sentirons véritablement transportés vers l'exploration de notre propre vie aussi profondément que possible, à la lumière de ces enseignements. Mais, afin de vivre vraiment dans l'esprit de la nature révolutionnaire d'une pratique spirituelle authentique, nous devons rechercher l'expérience directe plutôt que le dogme, la réceptivité plutôt que la croyance, le mystère plutôt que les réponses. Et de cette façon, nous introduisons le Bouddha, nous apportons l'éveil, au cœur de notre vie.

Puissent tous les êtres connaître l'éveil radical et la douceur de la liberté.


* Article paru dans le numéro 40 de la FIDHY (magazine de la Fédération Inter-Enseignements de Hatha Yoga). Traduction de l'anglais par Sabine Frix, et publié sur le site meditationfrance.com.

Martin Aylward est né en Angleterre et vit en France depuis plus de quinze ans. Il a découvert la méditation en Inde et en Thaïlande et a été formé auprès du grand maître réformateur Ajahn Buddhadasa. Spécialiste de la méditation Vipassana, Martin conduit des retraites de méditation et enseigne le Dharma au centre Tapovan (Le moulin) en Dordogne, au Québec et dans plusieurs autres pays.


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samedi 5 juillet 2008

• Vivance radicale - Richard Moss

Vivance radicale

Richard Moss

La maîtrise véritable, c’est la capacité à rester pleinement présent, quoi que la vie nous apporte, parce que nous avons confiance en qui nous sommes.
Joseph Campbell, le célèbre spécialiste des mythes, remarquait que nous cherchions tous, par des chemins multiples, à donner un sens et un but à notre vie, mais qu’en réalité, ce que nous souhaitions vraiment, c’était nous sentir pleinement vivant et totalement libre. Cette aspiration vient du tréfonds de notre être, et nous savons qu’elle est essentielle et authentique. L’accomplir est l’un des principaux buts de l’humanité; c’est le coeur véritable de la vie spirituelle. Y goûter, c’est s’éveiller d’un long sommeil et ressentir une plénitude telle que, pour la première fois, nous réalisons l’existence d’un sentiment de vacuité qui a toujours été là, en nous. Soudain, sans que la pensée intervienne, nous connaissons les réponses à nos questions les plus profondes, par exemple, pourquoi nous sommes ici.
Très tôt, dans ma carrière d’enseignant de la conscience, j’ai appris qu’il était relativement facile d’amener les gens à un état que je nomme la «vivance radicale», quand l’esprit est silencieux, le corps empli de présence et qu’une toute nouvelle ferveur pour la vie se fait jour. Le secret, ainsi que je l’ai réalisé, ne se trouve pas dans la recherche délibérée d’un état particulier de conscience, mais plutôt dans des activités qui obligent le corps et l’esprit à se trouver au même endroit: le présent. Certains d’entre nous font spontanément l’expérience de ces moments d’éveil, en méditant ou en faisant l’amour. D’autres y ont goûté dans l’exaltation d’une création artistique ou l’euphorie d’une performance athlétique. Mais, quand ces moments particuliers s’achèvent et que nous revenons à notre vie quotidienne, peu d’entre nous savent comment maintenir ce sentiment de centrage et de joie. J’ai beaucoup écrit sur la façon d’atteindre ces états de conscience dans mes livres précédents : Le Papillon noir et Le Deuxième Miracle.

Avec Le Mandala de l’Être, je propose une méthode simple pour répondre à la gageure de conserver cet état d’éveil au quotidien, sans avoir besoin de la présence d’un professeur, d’un environnement sacré ou de l’intense énergie de groupe qui se produit quand plusieurs personnes explorent ensemble la conscience.
J’ai constaté depuis longtemps qu’il m’était toujours plus facile de demeurer présent et ouvert lorsque j’étais en train d’enseigner que lorsque j’étais engagé dans les tâches de la vie quotidienne à la maison. J’ai donc cherché à comprendre ce que mon esprit faisait de différent, aussi bien pour moi que pour ceux que je conseillais. Je savais déjà qu’il n’était pas question de maintenir cet état d’expansion atteint dans nos groupes de travail, mais plutôt de retrouver l’équivalent de cette qualité de relation à nous-même dans notre vie quotidienne. J’ai réalisé que nous avions besoin de compléter les différentes pratiques qui stimulent la présence, comme la méditation ou le travail du mouvement et du souffle, avec un mode spécifique d’auto-investigation qui nous aiderait à comprendre comment notre esprit quitte le présent. Notre corps est évidemment constamment dans le présent. Je me mis à observer attentivement ce que faisait exactement le mental quand il s’éloignait du présent, et remarquai qu’il se rendait immanquablement dans quatre endroits. Cette constatation fut un élément déterminant de mon travail. Le mot «mandala» est issu de l’ancien sanskrit et signifie «cercle». Dans les traditions spirituelles orientales, le mandala est une forme d’art sacré qui représente la totalité du Soi. Les mandalas semblent être des symboles universels, on les retrouve à de nombreuses époques et dans diverses cultures. Dans leurs formes les plus rudimentaires, les mandalas se présentent comme des cercles avec quatre directions primaires orientées autour d’un foyer central fort. Le cercle symbolise la totalité intrinsèque du Soi. Il englobe, naturellement, les tensions fondamentales des forces opposées, comme l’ordre et le chaos, le masculin et le féminin.

Un jour, alors que je m’adressais à un groupe en tentant de lui faire partager mon intuition sur les destinations de l’esprit quand il quitte présent, je me suis retrouvé à marcher en rond, délimitant un large cercle sur le sol. Puis j’en traçai un plus petit au centre du premier. Ensuite, j’inscrivis le mot «Présent» sur un bout de papier et le plaçai sur ce petit cercle central. Sur le périmètre du grand cercle, je disposai le mot «Futur» en haut et le mot «Passé» en bas. Puis, je mis le mot «Sujet» à gauche et le mot «Objet» à droite. «Sujet/Objet» est le terme psychologique qui exprime la nature duelle inhérente de notre conscience ordinaire dans laquelle, aussitôt que nous prenons conscience de nous-même en tant que sujet Moi, nous prenons simultanément conscience de l’objet Toi. Moi n’est pas notre être véritable, c’est juste l’ensemble de nos pensées sur nous-même. De même, Toi est l’ensemble de nos pensées sur autrui. Avec ce simple mandala, je pouvais représenter les quatre directions que prend l’esprit lorsqu’il s’évade du présent, le plus souvent à cause d’un sentiment désagréable ou menaçant. J’ai spontanément appelé ce modèle le «Mandala de l’Être». Il s’avère être, pour moi comme pour ceux qui l’ont expérimenté, un outil remarquablement efficace pour déconstruire et comprendre les mécanismes des schémas répétitifs de nos souffrances et conflits émotionnels. En utilisant le modèle du Mandala, nous avons la possibilité de voir que nos réactions et systèmes de défense récurrents proviennent du fait que nous n’avons pas coutume de vivre dans le présent. En outre, la direction qu’emprunte de préférence notre esprit quand il fuit le présent détermine la nature spécifique de notre souffrance. En sachant qu’il n’existe en vérité que quatre endroits où aller quand nous quittons le présent, il nous est toujours possible de retrouver le chemin de notre «chez soi». Le présent devient ainsi notre «point de départ» et non plus notre but.

La faculté de ramener notre esprit au présent nous permet de communiquer à partir de notre nature originelle, authentique et spontanée. Le moment présent devient la base de notre être, parce que c’est là que nous trouvons la sève de notre vie et la vérité de qui nous sommes et pourquoi nous sommes là. En travaillant avec ce modèle, nous commençons à comprendre la relation entre la pensée et l’émotion. Nous apprenons à identifier les différentes pensées, croyances et histoires que nous nous racontons quand notre esprit emprunte tour à tour chacune des quatre directions, et aussi comment chaque histoire se répercute dans notre corps sous forme de tensions et autres sensations physiques. Quand l’esprit est dans le futur, le corps manifeste inquiétude ou espoir; dans le passé, culpabilité, nostalgie ou regrets. Une caractéristique essentielle du Mandala de l’Être est de nous amener à une nouvelle relation à notre corps, pour que nous ayons accès à une véritable compréhension. En mettant en lumière la façon dont «nous nous quittons» dans la vie quotidienne, ce travail ouvre le chemin de conscience qui nous ramène systématiquement au présent. En percevant la variation dans nos sensations quand nous revenons dans «l’ici et maintenant», notre corps commence à identifier la Présence. À mesure que nous comprenons que notre propre conscience peut nous aider à vivre dans le présent, notre réalité émotionnelle se transforme. Ce ne sont plus les émotions dites négatives qui la dominent et nous voyons renaître un sentiment de joie et de liberté qui est notre nature véritable.

En apprenant à vivre plus régulièrement dans le présent, nous élevons l’énergie de notre conscience. Dans le sens où je l’emploie ici, cette «énergie» est, d’une part, notre capacité à être présent et, d’autre part, ce qui émane de nous lorsque nous le sommes effectivement. Cela demande une énergie considérable de développer le «muscle spirituel» nécessaire pour accueillir, sans nous laisser submerger, les sentiments qui ont si longtemps barricadé notre coeur et assombri notre lumière. Cette énergie ramène notre conscience au présent et nous permet de voir ce qui est, et pas seulement ce que nos peurs et nos désirs familiers nous prédisposent à voir. Quand notre conscience est ancrée dans le présent, nous avons accès à notre potentiel émotionnel supérieur: empathie, compassion et pardon. Nous faisons alors l’expérience d’un sentiment d’unité plus grand et d’un vaste champ de conscience qui transcende notre réalité personnelle limitée. Nous nous approchons de la Source pour boire à une fontaine de vie et d’intelligence où nous percevons la plénitude infuse en chaque instant, et ressentons un sentiment de gratitude, d’émerveillement et de confiance implicite dans la bonté de la vie.

Plus notre esprit s’éloigne du présent, plus nous nous mettons à fonctionner sur un mode émotionnel limité. Un faible niveau d’énergie représente un rétrécissement de la conscience, et nous nous sentons diminué et isolé. Nous devenons dogmatique, inflexible et craintif. Alors, nous nous transformons en victime de la peur, de la colère, de la méfiance, du besoin et autres émotions potentiellement destructrices. Moins disponibles, les prodigieuses profondeurs de notre conscience élargie peuvent même devenir menaçantes. Notre aptitude innée à la joie de vivre disparaît. Au lieu de nous sentir relié à nous-même et d’accueillir la vie avec la totalité de notre être, nous vivons de plus en plus dans un soi factice et rigide, composé pour nous protéger de ce que nous ne voulons pas ressentir. Dans cet état d’esprit, à la fois protecteur et limité, nous devenons un spectateur, le plus souvent critique, et croyons que nous sommes – et que le monde est – ce que nous en pensons. Lorsque nous agissons sur ce mode d’évitement, penser sur nous, les autres et le reste du monde devient notre passe-temps favori, parce que nous ne savons pas ressentir notre profondeur dans l’«instant- Présent», ni goûter la vie directement. À terme, notre esprit finit par adopter une conduite addictive, vivant de plus en plus dissocié de l’immédiateté de notre être. C’est la raison fondamentale pour laquelle nous sommes si insatisfait de nous-même et manquons d’empathie envers les autres.

Extrait de Le mandala de l'Être - Éditions Albin Michel

Au fond de notre cœur, nous savons tous que l’esprit humain est beaucoup plus que ce « moi » qui se sent menacé ou insatisfait en permanence. Intuitivement, nous sentons que nous avons la capacité de nous reconnecter à la source de notre être et de nous sentir pleinement vivants. Essentielle et authentique, cette aspiration est le cœur véritable de la vie spirituelle de l’humanité.

Le Mandala de l’Être est un manuel pour retrouver la sagesse de notre vrai moi, une aide à la découverte de notre identité totale – y compris dans ses aspects les plus obscurs. En effet, il est impossible de ressentir la plénitude en essayant d’éliminer une partie de notre expérience existentielle.

Ce livre représente la synthèse de tout ce que le docteur Richard Moss a appris durant trente ans de pratique psychothérapeutique et d’enseignements autour du monde : comment vivre en individu authentiquement libre, affranchi de l’emprise de la peur.

En complément, veuillez visiter cette page.

vendredi 4 juillet 2008

• Le processus d'éveil n'est pas personnel - Richard Moss

Le processus d'éveil n'est pas personnel

Richard Moss

Le plus grand cadeau que nous puissions nous offrir les uns aux autres, c'est la profondeur de notre présence et la finesse de notre attention.

QUESTION : Dans votre livre, vous dites que pour travailler à la guérison, il faut développer une intention aimante. Comment cela se produit-il ?

Richard Moss : La clé pour travailler comme guérisseur, ou pour oeuvrer à sa propre guérison, est d'être capable de s'ouvrir à une vision plus large de la vie dans sa totalité. La maladie nous rend craintifs, nous nous contractons, nous nous sentons plus isolés. Ce sentiment de séparation nous affaiblit, notre niveau d'énergie baisse et nous avons moins de force de vie pour asseoir notre état de santé naturel. Le fait de se sentir relié à quelque chose de plus grand et de plus complet (que le soi séparé), ne serait-ce que pour un instant, peut être une profonde source de guérison. Nous pouvons apprendre à nous ouvrir à un espace plus grand par la prière, la méditation et la relaxation profonde. Le simple fait d'apprécier la musique ou de parler gentiment à quelqu'un d'autre nous aide à guérir, car si nous voulons être heureux et en bonne santé, nous devons aider les autres à l'être également. Il est important de se rappeler que, si notre corps nous appartient effectivement, il n'est pas nous.

QUESTION : Est-ce que cette intention aimante est liée à une compréhension plus large de la vie dans sa totalité ? Est-ce cela que la conscience élargie permet ?

R M : A la racine de notre souffrance, et particulièrement de l'anxiété, la tristesse et la honte que nous pouvons ressentir, se trouve un faux sentiment de séparation. Nous sommes des corps séparés les uns des autres, mais nos corps sont nourris par l'ensemble des interconnections du réseau de la vie. De la même manière, notre conscience prend racine dans l'univers tout entier. La séparation est illusoire. C'est dans la nature qu'il est le plus facile de reconnaître cette connection vivante : tout est dans tout. Mais nous avons, pour la plupart, perdu notre capacité à être ouvert, à être réceptif. Nous avons tendance à vivre trop dans nos têtes et nous sommes trop guidés par des buts étroits. Cela nous coupe de la capacité à percevoir qui nous sommes réellement. La conscience élargie n'est pas quelque chose de spécial, réservé à une élite. Elle est là, maintenant. C'est notre état naturel quand nous nous détendons et que nous lâchons prise. Nous pouvons alors aisément sentir que nous sommes parfaitement suffisants tels que nous sommes. Il n'y a rien qui cloche, au coeur de votre être. Vous êtes déjà celui ou celle que vous cherchez.

QUESTION : Quand il s'agit de spiritualité, nous avons tendance à essayer de la trouver dans des groupes, avec des maîtres, des religions. Pensez-vous qu'il est possible de vivre cette spiritualité dans notre vie quotidienne, en développant une attention particulière, indépendamment de maîtres, écoles ou sectes ?

R M : Le chemin de chacun vers une spiritualité vivante est unique. Certains trouvent un véritable maître qui les oriente vers leur propre maison ; d'autres sont guidés par une simple observation de la Nature. Les religions, en général, n'ont pas réussi à nous amener à une véritable illumination. Elles nous divisent là où il n'y a pas de réelle division. Elles nous séparent les uns des autres quand nous avons des croyances différentes, et surtout nous séparent de Dieu justement parce qu'elles le placent à l'extérieur.
La relation à Dieu - qui est la spiritualité - est une chose très personnelle, intime et sacrée. L'aspiration à connaître Dieu est inscrite en chacun de nous et dans toutes les choses. Une fleur connaît Dieu en s'ouvrant. Elle se fiche de savoir si quelqu'un la regarde. Un oiseau connaît Dieu en chantant son chant et en construisant son nid. Mais comment un humain connaît-il Dieu ? C'est une grande question. Pour moi la réponse est : en devenant un être humain. Et pour cela il n'y a pas d'endroit en particulier, de vêtement ou de rituel spécifique. Simplement être humain. Mais nous avons perdu le sens de notre humanité. Nous sommes devenus des unités économiques, des consommateurs, des esclaves du salaire. Nous vivons de l'extérieur vers l'intérieur, essayant de conformer nos vies à des idées et des images au lieu de vivre à partir de notre propre authenticité humaine. Nous sommes devenus les victimes de notre mental et de nos émotions, car nous avons perdu le sens de l'émerveillement devant le miracle de notre propre corps et perdu nos racines terrestres. Etre humain c'est être de cette Terre.
La spiritualité est ce que nous découvrons qui nous aide à devenir meilleur, quoi que ce soit. Bien sûr, certains types d'expériences mystiques nous extraient pour un temps de la vie ordinaire, mais ultimement, l'illumination n'a aucun sens, si ce n'est dans la manière dont nous prenons soin de nous-mêmes, les uns des autres et de la Terre. Dans un futur proche, c'est le fait de nous honorer les uns les autres, d'oeuvrer à la restauration et à la protection de l'environnement, qui définira un être humain spirituel. Sans quoi, la Terre nous conduira à l'extinction, car nous n'aurons pas appris comment être humains.

QUESTION : Vos livres semblent destinés à des personnes qui ont connu un processus d'éveil spirituel. Votre but était-il de souligner les risques liés à un processus de ce type, quand il n'est pas bien mené ?

R M : J'ai écrit à propos du processus de l'éveil pour guider les gens qui font l'expérience d'une énergie nouvelle, de nouvelles capacités de conscience, afin qu'ils aient moins peur. Et apparemment, d'après les échos que j'ai eus, le but a été atteint.
En chacun de nous réside une intelligence profonde qui nous guidera, mais il y a également des parties de notre conscience - de vieilles blessures, des peurs particulières, l'orgueil, le sentiment d'insécurité, les ambitions - qui peuvent contaminer l'éveil et nous amener à faire fausse route. Il est bon d'être averti du danger, mais encore meilleur d'être appelé à de nouveaux possibles. Quand une personne s'éveille, elle se met graduellement au service de l'intelligence plus profonde de la Vie. Elle peut alors aider les autres à guérir, nous rappeler à notre nature véritable, faire renaître la sagesse dans la société. C'est une bénédiction profonde que de laisser l'intelligence de Dieu vivre à travers vous, de connaître la paix qui « transmet la compréhension », d'offrir sa vie pour que d'autres puissent vivre avec plus de liberté et de dignité.

QUESTION : Si votre but est de rendre les gens plus conscients des risques, doit-on comprendre que vous avez eu une mauvaise expérience ?

R M : Il n'existe pas de mauvaise expérience. Il est vrai que quelques personnes deviennent folles ou tombent malades, ou se perdent dans l'ambition et l'auto-importance car elles n'arrivent pas à intégrer ces nouvelles énergies. Ceci peut se produire dans n'importe quel domaine de notre vie, quand nous accédons à un niveau d'énergie plus élevé et différent. Le succès, par exemple, a détruit la vie de nombreux acteurs, musiciens et artistes. Marilyn Monroe en est un exemple. Mais dans une perspective plus large, la Vie trouve un chemin. Nous apprenons tous des erreurs des autres, tout comme nous apprenons de leurs réussites. Rien n'est garanti à quiconque simplement parce qu'il ou elle a vu une porte s'ouvrir et a eu un aperçu de l'illumination. Il y a des forces puissantes dans la Vie et dans notre propre psyché qui font de nous ce que nous sommes ; et nous avons chacun à les rencontrer aussi bien que nous le pouvons. C'est un choix d'aimer Dieu et la Vie. C'est un choix de consacrer sa vie au bien de tous.
L'éveil spirituel n'est pas une expérience privée destinée à notre accroissement personnel. C'est le mystère de la Vie qui vous appelle à aller plus profondément en vous-même. Et si vous descendez dans vos propres profondeurs, vous verrez que nous sommes tous Un en Esprit et vous deviendrez un ami de la Vie et le serviteur plein de gratitude de l'éveil des autres. Mais parfois nos egos s'emparent de l'éveil et essaient d'utiliser ces nouveaux dons et ces nouveaux pouvoirs en suivant l'ancienne manière : celle de la compétition et de l'expansion personnelle. Mais cet univers suit le principe de Coopération. Tout coopère avec tout. Donc l'illumination personnelle et égoiste est simplement une expérience incomplète.

QUESTION : Le processus d'éveil peut-il être préjudiciable à la personne qui le connaît ?

R M : Le processus d'éveil n'est pas personnel. C'est comme le temps ou les marées : il obéit à des lois fondamentales et impersonnelles. D'une certaine manière, l'éveil ne cause pas plus de tort à quiconque qu'il n'est causé de tort à une femme qui meurt en donnant naissance à son enfant. La Vie pousse en avant et dépasse le niveau d'une créature. Et donc nous devons nous éveiller. Consciemment ou inconsciemment nous irons frapper à la porte de Dieu et la réponse viendra toujours. Peut-être qu'individuellement nous ne serons pas prêts à entendre la réponse, tout comme chaque naissance n'épargne pas nécessairement la mère ou l'enfant. Mais le processus continuera ; il doit continuer. Et il est vrai que le danger est bien plus grand aujourd'hui qu'il n'y ait pas un nombre suffisant de personnes qui s'éveillent pour changer le courant de la conscience qui domine le monde actuellement et qui, si elle n'est pas transformée, détruira la vie telle que nous la connaissons sur Terre. Ce n'est pas l'éveil qu'il faut craindre mais plutôt l'état d'esprit actuel de la majorité de l'humanité. Il y a encore trop de personnes qui pensent que l'Homme est Roi et que la Terre est là pour que nous l'exploitions, que l'accomplissement de l'homme est plus important que l'accomplissement de l'ensemble de la création divine. Et ce, la plupart du temps, avec l'aval des principales religions et des institutions politiques et économiques. C'est la folie qu'on devrait craindre. Même si l'éveil peut être difficile, rester endormi sera certainement fatal à tous.

QUESTION : Est-il possible que des gens qui auraient le pouvoir de provoquer le processus d'éveil chez les autres le fassent uniquement dans le but de manipuler ou de créer une dépendance ?

R M : C'est une question difficile. Personne ne peut réellement connaître la motivation de quelqu'un d'autre, et même si le but était la domination, il n'en résulterait pas nécessairement que les gens soient dominés. L'énergie spirituelle est neutre. Même si la personne qui l'exprime présente une personalité qui a des failles, l'effet sur quelqu'un d'autre peut être positif si l'énergie est reçue par un coeur honnête. Et, en fait, même une personne sainte peut avoir un effet négatif sur quelqu'un d'autre si l'on donne une définition restrictive à ce qu'on considère comme négatif. Ce qu'on peut dire, c'est que le processus d'éveil nous force à faire face à notre malhonnêteté et à notre ignorance et que cela peut être très perturbant, en tout cas pendant un certain temps. Il serait probablement plus juste de dire qu'une personne qui a le pouvoir de catalyser le processus d'éveil chez les autres n'a cependant jamais la capacité à amener cette autre personne à un éveil complet. Car c'est quelque chose dont chacun doit faire l'expérience par lui-même.
Il est sage, je pense, d'admettre qu'aucun maître spirituel n'est parfait. Chacun a sa propre structure psychologique personnelle, des zones d'ombre, sans quoi on ne les verrait pas : ils seraient psychologiquement invisibles. C'est seulement la manière dont vous vous offrez à un soi-disant maître qui rend celui-ci bénéfique ou maléfique pour vous. Il n'y pas de victimes, mais seulement des personnes qui pensent l'être. Bien sûr on pourrait changer de point de vue et dire l'inverse : chaque maître est parfait si vous êtes capable d'apprendre et de grandir par tout ce qu'il ou elle vous apporte.

QUESTION : Quelle est votre opinion sur la relation entre maîtres et disciples qui est tellement essentielle dans la plupart des courants ésotériques ? Que pensez-vous des gens qui se rassemblent pour suivre une personne qui a un haut niveau d'énergie ?

R M : Je ne peux parler que de moi. Quand je me trouve dans une relation profonde avec quelqu'un qui a choisi d'apprendre à mes côtés, c'est une grâce. Et ce n'est pas la mienne mais celle de la Vie. Je ne suis le maître de personne. La seule personne dont je doive être le maître, c'est moi-même. Je me considère seulement comme un ami spirituel. Sur la base de ce qui s'est éveillé en moi, je peux être un miroir pour certaines personnes et l'énergie qui émane de moi peut soutenir leur croissance. Mais je n'ai pas de disciples. J'ai juste des relations qui sont nées dans la grâce, que j'honore dans le temps et chacune est déliée par la volonté de Dieu.

QUESTION : Pensez-vous que les gens qui travaillent au processus d'éveil peuvent devenir accrocs à un haut niveau d'énergie ? Comment peut-on être conscient de ce risque ? Comment distinguer un réel intérêt d'une forme de dépendance à l'énergie ?

R M : Une partie de l'éveil consiste à apprendre à devenir conscient de l'Energie Universelle, parfois appelée Lumière ou Chi. Il est plus facile de développer cette conscience dans un groupe car l'énergie collective du groupe rend l'expérience de la présence plus intense. Cette énergie amplifiée a une composante psycho-physiologique : l'énergie que nous ressentons est à la fois en nous et transcendante. Comme elle est en nous - c'est notre vie, elle fait battre notre coeur, elle nous fait respirer - nous pouvons la sentir dans notre corps et autour de nous. C'est la composante physique de cette énergie universelle. Mais elle a aussi une composante psychique : elle peut nous aider à réaliser notre unité avec toute chose et nous pouvons faire l'expérience de l'énergie comme Amour Universel. Il est très émouvant de faire cette expérience et, dans la mesure où nos egos s'identifient à cette émotion en expansion, nous devenons dépendants de cette expérience que nous voulons répéter sans arrêt. Nous pouvons aussi commencer à nous identifier au groupe ou à la communauté dans laquelle nous avons exploré ces nouvelles expériences, et oublier que c'est un état de conscience accessible partout et entre toutes sortes de personnes, quel que soit leur âge, sexe, race, nationalité. La dépendance à l'énergie résulte d'une confusion entre le phénomène et l'essence. L'essence est la qualité de notre attention qui amène le Chi à la conscience et non pas les sensations, émotions ou tout autre phénomène qui l'accompagnent. Au bout du compte, les aspects psycho-physiologiques du Chi deviennent sans importance et nous nous reposons dans une attention pure et dégagée de tout obstacle. Et nous sommes alors une lumière en toute circonstance et il n'y a pas d'énergie ou de communauté particulière. Chacun et tout est notre communauté sacrée.

QUESTION : Vous mentionnez un événement qui vous a rendu jaloux de quelqu'un et dans lequel vous avez réussi à élever votre niveau d'énergie jusqu'à ressentir un sentiment d'amour inconditionnel. Pouvez-vous nous dire si la relation inter-personnelle, dans le cas où une des personnes accroît son niveau d'énergie, suffit à élever l'énergie de tous ?

R M : L'expérience à laquelle vous faites référence n'était pas quelque chose que j'ai fait consciemment : cela m'est plutôt arrivé. Je me sentais très contracté par la jalousie ( je n'avais pas encore trente ans) et, sans que je m'y attende, j'ai changé la direction de mon attention vers mon coeur. Tout à coup, la jalousie et le sentiment de compétition se sont transformés en Amour. J'étais stupéfait. Tout de suite, j'ai souhaité le meilleur pour la personne qui, un moment plus tôt, était mon rival. La première fois où cela s'est produit, c'était une grâce. On me montrait que nos émotions et nos pensées n'ont qu'une réalité relative : elles dépendent de notre niveau de conscience à ce moment-là. Depuis, j'ai appris à m'ouvrir plus consciemment à cet amour plus profond, mais, encore aujourd'hui, si je suis pris par l'ambition, l'esprit de compétition ou l'égoisme, l'amour disparaît. Donc une conscience plus élevée est un choix fait à chaque instant.
Si vous avez fait ce choix, au plus profond de votre âme, la paix émane de vous et cela a un effet sur tous les autres. Souvenez-vous que nous ne sommes pas séparés : ce n'est qu'une partie étroite de nous qui perçoit les choses ainsi.

QUESTION : Comment peut-on vivre l'éveil dans la vie quotidienne ?

R M : Aider les autres à avoir ce que vous voudriez avoir pour vous-même. Si vous vous sentez seul(e) soyez accueillant(e). Si vous avez l'impression de n'être pas vu(e), voyez les autres, et dites-leur comment vous les voyez. Si vous voulez l'amour, soyez aimant(e). Si vous voulez la reconnaissance, reconnaissez les autres. Si vous voulez l'approbation, honorez les autres et parlez d'eux avec sincérité. Si vous voulez être vu(e), apprenez d'abord à voir l'autre. C'est aussi simple que ça. Il n'y a que Vous, et quand vous savez cela, il n'y a que l'Amour.

Extrait d'une interview publiée sur le site de Richard Moss

mardi 1 juillet 2008

• La Conscience du SOI - Sri Shankaracharya

ATMA-BODHA, La Conscience du SOI

Sri Shankaracharya


1. ATMA-BODHA, Traité de la Conscience du Soi, est composé pour ceux qui, purifiés par les actes d'austérité, sont calmes, libres de désirs, aspirent à la Libération et dignes d'approcher le Soi.

2. La Conscience du Soi est la seule voie de Libération, comme le feu est indispensable pour cuisiner. Sans connaissance, il n'y a pas d'émancipation.

3. L'action ne peut pas détruire l'ignorance, car elle n'est pas son opposée. C'est la connaissance qui détruit varitablement l'ignorance, comme la lumière détruit l'obscurité profonde.

4. L'ignorance nous fait paraître limités, lorsqu'elle est détruite le Soi, unique, se révèle véritablement par lui-même, comme le soleil lorsque les nuages s'éloignent.

5. La pratique constante de la conscience purifie le Jivatman, entaché d'ignorance qui disparait, comme le fruit du Kataka purifie l'eau.

6. Le monde (samsara) plein de désirs et aversions, est comme un rêve. Il paraît réel dans sa durée mais disparait dès que l'on est réveilllé.

7. Le monde (Jagat) apparait comme réel aussi longtemps que Brahman n'a pas été réalisé comme le support de toute chose, comme la nacre paraît de l'argent.

8. Comme des bulles dans l'eau, les mondes émergent, existent et se dissolvent dans le Soi suprême qui est la cause matérielle et le support de toute chose.

9. Le monde est une projection de l'imagination sur le support qu'est Vishnou, l'Eternel Omnipénétrant, dont la nature est Existence-Conscience, comme des bijoux tous en or.

10. Comme l'espace, Omniprésent, paraît différent selon les divers conditionnements, de même l'Omniprésent paraît multiple avec les divers conditionnements et devient une par leur destruction.

11. Lorsque l'Atman est associé à divers conditionnement se superposent, les castes, couleurs, positions, seulement comme le goût et la couleur à l'eau.

12. Le corps grossier, fait des 5 éléments auto-divisés par 5, et lieu des expériences de souffrance-plaisir, est déterminé par les actions passées (karma).

13. Le corps subtil, autre instrument d'expérience, est fait des 5 pranas, manas, buddhi, des 10 indriyas, combinés avec les grands éléments avant leur division par 5.

14. Le corps causal est sans commencement, inconnaissable, indescriptible. Il faut saisir que l'Atman est autre que ces trois corps.

15. Par identification avec les 5 gaines, l'Immaculé Atman, leur paraît identique, comme un cristal peut prendre la couleur d'un vêtement bleu.

16. Il faut séparer le Pur Atman des gaines par la réflexion logique, comme on sépare le riz de la balle et du son.

17. L'Atman, quoique omnipénétrant, ne brille pas partout, il ne se manifeste que dans la Buddhi, comme un reflet dans un miroir sans tâche.

18. L'Atman est distinct du corps, des sens, de mental et de la buddhi, comme un roi l'est de ses sujets, et il est le témoin du fonctionnement de toute cette matière (praktiti).

19. L'Atman semble être actif quand fonctionnent les organes des sens, comme pour les gens sans discernement la lune semble bouger lorsque courent les nuages.

20. Le corps, les sens, le mental et l'intellect dépendent de l'énergie vitale de la conscience (Atman Chaitanya) pour leurs activités respectives, comme les hommes dépendent de la lumière du soleil.

21. Par manque de discrimination, on surajoute au pur Atman (Sat Chit) les qualités des corps, gunas et karma, comme on attribue au ciel la couleur bleue et ce qui lui ressemble.

22. Les qualités d'agent, qui appartiennent au seul mental, sont attribuées au Soi par ignorance, comme la lune paraît trembler dans l'eau.

23. Attachement, désir, plaisir, douleur sont perçus lorsque le mental ou l'intellect fonctionnent, ils ne le sont pas dans le sommeil profond quand le mental n'existe plus, donc ils ne sont pas de l'Atman.

24. Comme la nature du soleil est luminosité, de l'eau fraîcheur, du feu chaleur, la nature de l'Atman est Réalité, conscience, félicité, éternité et pureté;

25. Le "je sais" fonctionne sans discriminer la Lumière de la conscience et l'activité de l'intellect.

26. L'Atman ne fait jamais rien, la buddhi ne peut pas expérimenter le "je sais". Notre individualité croit faussement être à la fois celui qui voit et celui qui sait.

27. Celui qui s'identifie à l'égo prend peur comme celui qui prend une corde pour un serpent. Il est sans peur quand il a compris qu'il est le Soi suprême.

28. L'Atman éclaire l'intellect et les organes des sens, comme une lampe des pots car ces objets inertes ne peuvent pas s'éclairer eux-mêmes.

29. Comme une lampe n'a pas besoin d'une autre lampe pour éclairer sa lumière, l'Atman, qui est la connaissance même, n'a besoin d'aucune autre connaissance pour savoir.

30. Les aphorismes védiques sur l'unicité de l'âme individuelle et de l'âme suprême se fondent sur les néti, néti (ni ceci ni cela) des écritures.

31. Les corps, jusqu'au corps causal, sont des objets perçus aussi périssables que des bulles. Réalisez que vous êtes le pur brahman complètement séparé d'eux.

32. Parce que je suis autre que le corps, je ne suis pas soumis à la naissance, au vieillissement, à la sénilité et à la mort. Sans organes des sens, je ne suis pas les perceptions des sons, goûts...

33. Etant autre que le mental, je suis libre de peines, attachements, méchanceté, craintes, etc. "En vérité sans souffle et sans mental, il est pur" dit l'Ecriture.

34. Sans attribut et sans action, éternel (nitya), inaltéré (nirvikalpa), immaculé, sans changement, sans forme, libéré à jamais, pur pour toujours.

35. Comme l'espace, je remplis toute chose au-dedans comme au-dehors. Immuable, toujours pareil, pur, sans lien, immaculé, immobile.

36. En vérité, moi seul suis ce suprême Brahman éternel, pur, libre, un, félicité totale, non-duel et ma nature est réalité, connaissance, infini.

37. La répétition constante de "Je suis Brahman" détruit l'ignorance et l'agitation qui en découle, comme la médecine détruit la maladie.

38. Assis dans un endroit solitaire, libéré de désirs et contrôlant les sens, méditez avec une attention constante sur le Soi unique et sans limitation.

39. Par sa vision, le sage devrait totalement immerger dans l'Atman la totalité du monde des objets et penser constamment au Soi, comme au ciel immaculé.

40. Après avoir rejeté toute forme, couleur... celui qui a réalisé l'Absolu demeure dans sa commune incarnation de la Conscience et de la Béatitude infinies.

41. Dans le Soi suprême s'unifient "celui qui connait", la connaissance et l'objet connu, par sa nature de connaissance et de félicité, il brille par lui-même.

42. Comme le feu dans le creuset de la contemplation intérieure jaillit la flamme de la connaissance qui réduit en cendres notre ignorance.

43. Comme le dieu de l'aurore (Aruna) a déjà détruit l'obscurité universelle avant que le soleil se lève, de même pour le Soi.

44. L'Atman est une réalité omni-présente, l'ignorance empêche de le réaliser, à la disparition de l'ignorance c'est comme le collier, que l'on croyait perdu et qui était autour du cou.

45. Comme un poteau pris pour pour un homme, ainsi par erreur le Brahman est pris pour l'individu (jiva). A la réalisation du jiva comme étant le Soi, l'égo est dissous.

46. En expérimentant la nature véritable du soi par la prise de conscience, l'igorance de dire "je et mon" est détruite, comme une erreur de direction.

47. Le Yogi totalement réalisé voit par son "oeil-de-sagesse" l'univers entier à l'intérieur de son propre Soi et considère tout comme son propre Soi.

48. L'univers entier est l'Atman, il n'y a rien en dehors de lui, l'âme éclairée le voit comme elle voit la même argile dans tous les pots et cruches...

49. L'homme véritablement libéré abandonne ses convictions antérieures et retrouve sa nature de Sat-Chit-Ananda, comme la nymphe redevient une abeille.

50. Après avoir traversé l'océan des illusions et tué les monstres du désir-répulsion, le Yogi, uni à la paix, brille de sa propre lumière et repose en lui-même (Atmaram).

51. Après avoir renoncé aux attachements du monde extérieur, satisfait de sa félicité intérieure, il rayonne comme une lampe placée à l'intérieur d'un vase.

52. Bien qu'associé aux enveloppes (upadhis) le contemplatif qui sait, sans attachement est libre de tout lien comme le vent dans l'espace.

53. Lors de la destruction des upadhis, le contemplatif est totalement absorbé dans l'esprit omni-pénétrant (Vishnou), comme l'eau dans l'eau, l'espace dans l'espace, la lumière dans la lumière.

54. Une fois réalisé que cela est Brahman, il n'y a rien d'autre à atteindre, pas d'autre béatitude que la béatitude, pas d'autre connaissance que la connaissance.

55. Ainsi réalisez que Cela est Brahman, alors ceci vu, rien d'autre à voir, devenu ceci plus d'autre réincarnation, ceci connu rien d'autre à connaître.

56. Réalisez que Cela est Brahman, Sat-Chit-Ananda, Absolu, non-duel, Infini, Eternel, Unique, remplissant tout chose en dessus, en dessous et sur les cotés.

57. Réalisez que cela est Brahman, Non-duel, indivisible, Unique, Bienheureux, comme indiqué par le Védanta à l'aide du processus de négation.

58. Brahma et les autres dieux ne goûtent qu'une parcelle de Brahman, dont la nature est la béatitude illimitée, ils n'ont qu'une félicité proportionnelle.

59. Tous les objets sont pénétrés par Brahman, toutes les actions ne sont possibles que par Lui, il imprègne tout comme le beurre dans le lait.

60. Réalisez que cela est Brahman, ni subtil ni grossier, ni court ni long, sans naissance ni changement, sans forme, qualité (guna), couleur et nom.

61. Cela, par la Lumière de qui sont éclairés le soleil et la lune, et par qui seul tout cet univers brille, réalisez que c'est Brahman.

62. Habitant l'univers entier au dedans et au dehors, le Suprême brahman brille par lui-même, comme le feu imprègne le fer chauffé au rouge et le rend incandescent.

63. Brahman est autre que l'univers, mais il n'existe rien qui soit autre que Brahman, si quelque chose le paraît c'est une illusion et un mirage.

64. Tout ce qui est perçu et entendu est Brahman et rien d'autre. Accédant à la connaissance de la Réalité, on voit ce Brahman non-duel, Sat-Chit-Ananda.

65. L'Atman, pure Conscience, qui est partout présent, n'est perçu que par le seul oeil-de-sagesse, celui dont la vision est obscurcie par l'ignorance ne le voit pas, comme l'aveugle ne voit pas le brillant soleil.

66. Le Jiva libre de toute impureté, chauffé au feu de la connaissance, embrasé par l'audition des Ecritures, brille de lui-même comme l'or.

67. L'Atman, soleil de la connaissance, qui se lève au ciel du coeur, dissipe l'obscurité de l'ignorance, pénètre et soutient tout, brille et fait tout briller.

68. Celui qui, renonçant à toute activité, adore son propre Atman, libre de toute limitation de direction, temps et espace, présent partout, détruisant le froid et le chaud, Béatitude éternelle et sans tâche, celui-là devient Omni-connaissant, Omni-pénétrant, Immortel.

(traduction nouvelle par Marc Alain Descamps de ce texte de base sur la non-dualité du Védanta)