vendredi 31 août 2007

• La réalité de la Réalité - Joaquim

Sources

"Réalité de la Réalité" et "moi vivant"

Joaquim

L’éveil, c’est l’effondrement du château de cartes. C’est l’éclatement de la frontière, la subite réalisation qu’il n’y a jamais eu de frontière, que tout cela n’était qu’un rêve, qu’il n’y a rien d’Autre hors de mes frontières, pas plus qu’il n’y a de “moi”, ni non plus de frontières. Je suis Cela.

Pour ma part, la première fois que j’ai basculé dans le non-duel, c’est lorsque j’ai découvert ce que j’appelais la réalité de la réalité. C’était un soir d’hiver, en janvier je crois, je me trouvais à un carrefour éclairé par un lampadaire, et tout-à-coup, ce fut comme si un voile se déchirait, et je réalisai que ce qui était là, devant moi, existait. Ce lampadaire, cette place, cette lumière. J’en fus renversé. A partir de ce moment, tout ce sur quoi se posait mon regard, pourvu que je le fisse avec une certaine attention, me parlait de sa présence : aussi bien le radiateur (il m’a beaucoup parlé !) qu'un livre posé sur la table. Ces expériences me semblent correspondre aux Instants que décrit Jourdain. Deux mois plus tard environ, je me trouvais dans la chambre que j’avais encore chez mes parents, assis à mon bureau, réfléchissant à je ne sais plus quoi, quand brusquement, un autre rideau se déchira en moi. Non plus entre moi et la réalité extérieure, mais à l’intérieur de moi, entre un moi que j’étais convaincu de connaître à fond, pour la simple raison qu’il était moi et que j’étais lui, et un autre moi, que je découvrais avec stupéfaction, un moi vivant, qui se répandant dans l’être entier, qui en épousait parfaitement, et depuis toujours, l’intégralité des formes. Un moi qui n’était pas simplement ce petit miroir en qui la réalité venait se refléter, mais qui contenait en lui la totalité de l’être.

Ce sont ces ceux caractères qui seuls m’apparurent à l’époque comme saillant : la Réalité, et ce que Weil nomme le Sentiment de dissolution du moi. Je n’utilisais pour ma part pas ce terme, car je n’avais pas eu le sentiment de me dissoudre. Plutôt de naître. “Dissolution” me semble relever d’une perspective bouddhiste, à laquelle je peux toutefois adhérer après-coup, car effectivement, dans la mesure où le moi devient tout, l’enveloppe qui l’entourait (l'ego) se dissout. Les termes que j’utilisais à l’époque étaient: “la réalité de la Réalité”, et “moi vivant”. C’étaient les seuls.

Les autres caractères ne m’apparurent pas directement, et pourtant ils étaient implicitement présents :

le vécu non-duel : je ne connais ce terme que depuis ces toutes dernières années, et pourtant c’était bien cela : ce que je croyais être moi ne m’appartenait plus, et en même temps j’étais tout ce qui est ;

inneffabilité : j’étais effectivement incapable de mettre des mots sur ce que je vivais, de sorte que je n’en ai jamais parlé. J’ai essayé de me l’expliquer à moi-même dix ans plus tard, et je n’en parle vraiment que depuis que ce forum existe ;

atemporalité : j’ai recopié sans faute des trois dimensions du temps, et je ne comprends pas très bien non plus cette phrase. Par contre, je comprends bien l’atemporalité, comme étant se découvrir avoir toujours été ;

caractère paradoxal : en fait, c’est plutôt avant l’éveil que le rapport à la réalité m’apparaissait comme paradoxal... ;

aconceptualité : j’étais à l’époque trop indigent conceptuellement pour ne pas avoir soif encore d’explorer le monde des concepts. Mais j’essayais avec toute la force dont j’étais capable de les imprégner d’une présence qui leur donne vie ;

présence : c’est un mot qui n’entra dans mon vocabulaire que beaucoup plus tard ;

lucidité complète
: je n’aime pas trop ce terme, car il laisse trop à penser qu’on verrait plus clairement les choses, dans une lumière parfaite; or ce qui se passe, c’est plutôt comme si on devenait soi-même la lumière.


Je vous invite à venir visiter le blog de Joaquim : Regards sur l'éveil - Café philosophique, littéraire et scientifique

• La quête du Graal n’est que la quête du Soi

Sources

Le Bénédictin et le Grand Éveil


ll s’agit d’un livre retraçant la vie et plus précisément le cheminement spirituel d’un moine bénédictin français, Henri le Saux. Cet homme est entré à l’âge de 19 ans dans la vie monacale avec joie et souffrance. En effet, il sentait au fond de lui un appel de Dieu à rentrer au monastère, mais l’idée de fuir la société des hommes le faisait énormément souffrir. Cinq ans plus tard, il ressentit un nouvel appel divin : il fut poussé au désir d’une vie contemplative dans l’église indienne. Ainsi il passa 25 ans en Inde jusqu’à son départ terrestre. Il y reçu le nom de Swami Abhishiktânanda.

Grâce aux extraits de ses correspondances, cet ouvrage nous montre avec quels acharnement et passion ce Père Bénédictin essaya de créer un pont entre l’Orient et l’Occident. Jusqu'à la fin de sa vie, il explora les profondeurs qui séparent l’hindouisme du christianisme en vivant sa religion et la religion hindoue. Ce fut pour lui une succession d'épreuves, de déchirement et de tension... Profondément chrétien, il rêvait de voir une Inde acceptant le Christ comme Dieu et espérait, d'un autre côté, que les chrétiens aient une dimension mystique qui manque à leur tradition : la découverte de “l’advaita” ou la recherche intérieure du Soi Divin.

Sa foi, s’enrichissant et s’illimitant de plus en plus, à la fin de sa vie il réussit enfin à bâtir ce pont : il fit la découverte de “l’advaita”, la découverte du “JE SUIS”. Cet éveil déclencha chez lui d’intenses émotions au point que son corps n’y résista pas. Il eut une crise cardiaque. Cet infarctus le laissa au sol plusieurs heures inondé de joie, avec la sensation d’être à la limite de deux mondes. Il venait de découvrir le Grand Éveil, Dieu en lui et lui en Dieu, le Graal. Pour conclure j’ai choisi une phrase de ce grand mystique : « J’ai découvert le Graal. Et cela je le dis, l’écris, à quiconque peut saisir l’image. La quête du Graal n’est au fond que la quête du Soi. Quête unique signifiée sous tous les mythes et symboles (...) Et pour cette quête, on court partout, alors que le Graal est ici, tout près, il n’y a qu’à ouvrir les yeux. »

Le Bénédictin et le Grand Éveil
James Stuart
traduit en français par R.M.Salen

Editions J. Maisonneuve
11, rue Saint-Sulpice
75005 Paris

• Prajña : pénétrer la source de tout

Sources

Prajnâ

(Notes de lecture de Se connaître c’est s’oublier, d’Albert Low - maître zen contemporain) :

Prajnâ ("sagesse" en sanskrit) : c’est « voir au-dedans » (ou pénétrer) jnâ, la source de tout.
Ce « voir au-dedans » est kensho ou satori.
Prajnâ : éveiller l’esprit en ne l’appuyant sur rien.
Contemplation pure, sans objet.
Vivre au cœur de la prajnâ c’est vivre au cœur de la présence non-réléchie (jnâ, la source).
Pénétrer jnâ, la source, éveiller jnâ, n’est pas un accomplissement, ce n’est pas une voie, c’est une délivrance de tous les accomplissements, une libération de toute quête – la quête aussi est vide. C’est la véritable unité, sans frontière et donc vide (aucune forme ne limite cette unité).
Maître Eckhart : « Il n’y a pas de meilleure manière d’approcher cette parole que dans le silence, dans la tranquillité ; on ne l’entend bien que dans la non connaissance. A celui qui ne connaît pas, elle est clairement révélée. »
Mais ce « non-connaître » n’est pas une ignorance, c’est une connaissance transformée.

• Attention perceptive et illumination spontanée - Richard Moss

Attention perceptive et illumination spontanée

Richard Moss

Les anciens mystiques comparaient l’ego sujet-objet à une tasse d’eau plongée dans l’océan. L’océan figure la conscience universelle ou le Soi qui à la fois emplit et entoure la tasse. Mais l’ego ne reconnaît que cet aspect de l’eau qui se trouve dans la tasse,
et considère qu’elle est son soi.


Il y a une technique, une seule, et on ne peut pas vraiment appeler cela une technique, aussi paradoxal que cela puisse paraître. C'est le moi du fini qui parle de technique, de devenir. Le moi infini ne peut s'exprimer en ces termes. Lors de mon éveil, je me suis rendu compte que rien de tout ce que j'avais fait auparavant n'avait contribué à cet éveil. L'éveil est la Grâce. Cependant, tout ce que j'avais fait auparavant m'a aidé à survivre à cet éveil et à l'intégrer. Et cela aussi est la grâce.

La seule technique qui soit est l'attention, ou perception consciente. Nous pouvons dire que le processus de l'éveil est un mouvement - si l'on adopte le principe de la réincarnation ou vies multiples, l'on pourrait dire que l'on s'est préparé au cours des vies précédentes, et que cela s'éveille au moment voulu dans une vie particulière ; mais pour la personne en qui cela arrive, cela semble un acte de grâce spontanée. Aussi est-ce bien, à un certain niveau, un acte de grâce spontanée. Un maître zen, je crois, a dit un jour : "L'illumination est un accident, et la pratique ce qui le provoque !".

Un autre élément entre en ligne de compte : il n'est pas en mon pouvoir de générer en autrui un profond degré d'éveil. Mais il existe un autre niveau d'éveil, ce que j'appellerai l'induction - la présence d'un être dont l'expansion, l'ouverture, induit cela chez autrui. Telle est la pratique courante, et la raison, la justification, pour rechercher la présence d'un éveillé. Vous entrez en résonance avec cet être, et cela vous entraîne vers une autre dimension. C'est une technique valable, qui a aussi ses limites, mais je n'en discuterais pas ici. En ce qui me concerne, ma propre filiation s'inscrit en partie dans la lignée de Franklin Merrell-Wolff, bien que je ne l'aie pas connu avant mon éveil. Mais j'ai réalisé dès notre première rencontre que j'étais en présence d'un être qui avait connu une illumination spontanée, et que cela existe. L'illumination spontanée survient et est ensuite intégrée à divers degrés par ceux qui l'ont vécue. Dans son livre Cosmic Consciousness, Richard Morris-Bucke parle d'individus ayant connu une illumination de ce type. Ces êtres deviennent alors une force inductrice capable de faire bouger les autres.

==> Site de Richard Moss

• La vie sans centre - Jeff Foster

Sources
La vie sans centre

Jeff Foster

L'éveil du rêve de la séparation
Lisez ce livre lentement. Laissez-le vous pénétrer, laissez-le vous imprégner. Si vous vous surprenez à vous précipiter pour le lire, demandez-vous pourquoi. Qu'espérez-vous en tirer ? Qu'essayez-vous d'atteindre ? Qu'attendez-vous ? Attendez-vous un « déclic » ? Espérez-vous que l'illumination descende sur vous dans un grand déchirement de lumière ? Espérez-vous « comprendre » ? Sentez-vous que vous avez « presque compris » (et n'est-ce pas la même chose qu'espérer comprendre) ? En fait, chaque phrase de ce livre pointe dans la même direction. Tant qu'existera cette croyance qu'il y a « quelque chose à saisir », l'apparence qu'il y a « quelque chose à saisir » continuera de se présenter. Vous comprenez ?

Jeff Foster suggère qu’il n’existe que l’apparence de la vie, sans individu en son centre, qui puisse jamais s’échapper même s’il le voulait.

Toute la recherche spirituelle ne serait rien d’autre qu’un jeu que nous jouons avec nous-mêmes, le jeu cosmique. Nos efforts pour trouver l’illumination spirituelle, dans le but d’échapper à la souffrance et de faire que ce monde ait un sens, tournent court le plus souvent. En fait, ces efforts ne font que renforcer le sentiment de séparation et de manque qui nous hante.

Ici, au beau milieu de notre vie, la liberté et l’illumination sont toujours présentes, toujours disponibles. Êtes-vous prêt à recevoir ce message ?



Q : Vous me semblez dire que tout est parfait. Eh bien, ici, tout n'est certainement pas parfait ! Comment est-ce pour vous ?

J.F. : Le mot « perfection » est, comme tout mot, mort au moment où il est émis, alors que la réalité, cela, est vivante, vivante, vivante, changeant toujours, se transformant en permanence, toujours fraîche, toujours excitante ! Peut-être c'est ce que signifie vraiment la « perfection », la perfection de toute cette sacrée pagaille telle qu'elle est ; une perfection qui embrasse toute imperfection. Ce ne serait pas vraiment une très bonne perfection, si elle ne le faisait pas, n'est-ce pas ?
Ce dont je me rends compte, actuellement, c'est que tout est si intéressant, la douleur est intéressante, la détresse est intéressante, le génocide est intéressant, les sociétés sont intéressantes, la situation en Irak est intéressante, mon collègue de travail qui hurle après moi, également ; alors qu'auparavant tout était si sérieux, si mortellement sérieux. La vie a pris la qualité du rêve, du jeu, du spectacle. Il en a toujours été ainsi, je l'avais apparemment oublié.
Il ne s'agit pas d'un détachement froid. Je pourrais sans doute encore encourager un protestataire anti-guerre, verser une larme sur un roman sentimental, ou rire devant un stupide film comique pour adolescents, c'est simplement que plus rien de tout cela ne me touche en profondeur dorénavant. Même la douleur intense semble être entourée d'un immense espace. Je ne peux simplement plus me convaincre de quoi que ce soit, et le passé semble si irréel…

Q : J'ai essayé d'en finir avec les pensées, depuis des années. Mais même si mes pensées ne sont pas présentes pendant un laps de temps, elles reviennent. Être dans un corps souffrant et malade est un problème. Ce monde est un problème. Je ne suis pas fait pour cela !

J.F. : Avec la « réalisation » (à défaut d'un autre mot !) les pensées ne s'arrêtent pas. C'est l'erreur principale que les gens font, semble-t-il. Les pensées continuent, mais peut-être il est vu que les pensées ne sont pas personnelles. Elles se présentent et disparaissent dans la conscience, comme des nuages qui passent dans le ciel.
L'erreur que les gens commettent est d'ESSAYER d'arrêter les pensées. C'est d'emblée condamné à l'échec et à la frustration, car l'effort pour arrêter les pensées n'est que davantage de pensées. Si nous essayons de stopper les pensées, nous ne faisons qu'ajouter plus de niveaux de pensées. Nous essayons d'arrêter les pensées avec des pensées. C'est sans espoir !
La raison pour laquelle je dis : vous êtes déjà libre,vous êtes déjà libéré, est que déjà la pensée n'est pas personnelle, déjà le soi est une illusion, dans le sens où ce n'est qu'une autre apparence dans la conscience.
Si vous êtes déjà ce que vous recherchez, pourquoi ressentez-vous que vous ne l'êtes pas ? Parce que vous continuez à chercher ! C'était l'ultime message de Ramana Maharshi. Toutefois, pour ceux qui « ne l'avaient pas bien compris », il a enseigné, également, de chercher la racine du « je ». Finalement, il sera vu que c'est une illusion, et donc, toute la recherche s'évanouira. C'est le paradoxe. Vous êtes déjà ce que vous recherchez, vous êtes la Conscience même, vous êtes l'Esprit, mais vous croyez que vous ne l'êtes pas, et donc, vous le recherchez dans le futur. Mais ce que vous Êtes doit être présent, maintenant, en cet instant.
Qui vous Êtes doit être à 100% présent, en cet instant. C'est pourquoi chercher dans le futur est la chose même qui vous empêche de le voir maintenant. La recherche EST l'ego même dont vous voulez vous débarrasser.
Pouvez-vous voir que seul un ego peut rechercher l'illumination en tant qu'événement futur ? C'est un ego qui désire être libéré de l'ego. Voilà, le paradoxe…
Et il n'y a personne qui ne soit « pas fait pour cela ». Ce n'est même pas possible.

Q : Ce message semble très complexe et très intellectuel…

J.F. : Eh bien, c'est le plus simple de tous les messages. C'est tout ce qui est. Mais le mental interprète et dit « Je dois faire quelque chose pour obtenir cela ». Non, tout ce que vous faites, c'est ajouter plus de pensées. Observez simplement le mouvement des pensées, vous entraînant dans un moment futur où vous serez « illuminé ».
Revenez au moment présent. Qui est celui qui veut l'illumination ? Cet ego doit être présent maintenant. Cet ego EST la pensée. Qui est conscient de la pensée, qui est conscient du petit soi individuel ? Quand vous « verrez » (et c'est déjà le cas, vous ne l'admettez simplement pas) tout paraîtra si évident, si naturel, si ordinaire que le mental dira « ce ne peut pas être cela ! » Vous vous en voudrez d'avoir cherché quelque chose de spectaculaire pendant toutes ces années. C'est le sentiment que « ce ne peut pas être cela ! » qui bloque. Car, c'est cela, maintenant ! L'illumination n'arrive pas avec un éclair de lumière fluorescente et des explosions de feux d'artifice. C'est simple, évident, absolument ordinaire. C'est la fin de toute recherche.
Mais ce n'est pas quelque chose à atteindre. C'est quelque chose qui est déjà là. Il n'y a rien que vous ne puissiez faire ou ne pas faire pour « l'obtenir ».
Aucune recherche n'est donc plus nécessaire. Vous êtes déjà illuminé. La Réponse à toutes les Questions doit être présente maintenant. Vous n'avez pas besoin du futur pour être qui vous êtes, ou devenir ce que vous êtes.

Parution aux Édtions Charles Antoni-l'Originel :


dimanche 26 août 2007

• J’étais ce silence, cette lumière consciente, cette paix indicible - Denis

Sources


Le texte ci-dessous a été écrit pour une association de témoins expérienceurs de NDE/EMI (Near Death Experience/Expérience de Mort
Iminente en français) et n’engage que son auteur, qui y relate sa propre expérience vécue alors qu’il avait 21 ans, ainsi que quelques autres expériences, proches par leur nature.

≈≈≈≈≈

Lorsqu’ un homme est ardent et sincère
n’importe quelle religion peut le conduire à Dieu

Ramakrishna



Tout, incluant le monde que tu vois, ainsi que toi-même, le témoin du monde, tout est Un…

Sache que le monde dans son ensemble constitue ton corps impérissable, et que tu es toi-même la vie perpétuelle du monde entier.

Ellam Onru, Tout est Un



L'incessante recherche du Soi, nous l'appelons Amour Suprême de Dieu, car Lui seul est établi comme Soi au-dedans du cœur de tous

Sri Ramana Maharshi

Il faisait nuit, il pleuvait, je suis sorti du restaurant en courant pour me mettre à l’abri dans la voiture au plus vite. J’ai traversé le parking, puis la route. Je n’ai rien vu venir. Soudain, un bruit sourd, semblant venir de l’intérieur, puis je me suis senti absorbé, aspiré d’un seul coup dans un silence immense et lumineux. J’ai entendu mes compagnons de voyage dire : « Il a été renversé… il est mort !.. ». Mais cela n’avait aucune importance, mon corps gisait là, au bord de la route, inanimé, mais je n’étais pas ce corps. J’étais ce silence, cette lumière consciente, cette paix indicible. Je le comprenais alors, ma vie venait de s’arrêter sur cette route. Comme le dormeur qui réalise, au matin, en un instant, que tout ce qu’il vient de vivre n’était qu’un rêve, déjà inconsistant, bientôt oublié, de même, ma vie entière m’apparut alors comme un songe fugitif. J’étais Cela. Cette lumière, cette conscience, éternelle, sans commencement ni fin. J’étais Cela et n’avais jamais été rien d’autre. Cela seul était.

Je ne pourrais dire combien de temps je suis resté dans cet état bienheureux. Je suis revenu dans mon corps brutalement. Il y avait un attroupement, des voix, des cris, une sirène d’ambulance. J’ai perdu connaissance de nouveau. Je n’ai réellement retrouvé mon état de conscience habituel que le lendemain matin, à l’hôpital.

Les années ont passé, cette expérience vit toujours en moi, bienfaisante, inspirante. Très peu de gens savent ce que j’ai vécu ce jour-là. J’ai lu, entendu, des récits d’expériences similaires, ils me touchent et éveillent toujours en moi un sentiment de complicité fraternelle, comme celui qui unit ceux qui ont vécu des moments intenses ensemble. Je connais la signification de l’expression NDE depuis longtemps, mais j’avoue que jusqu’à maintenant je n’ai jamais cherché à lire de livres sur le sujet ou à rencontrer des personnes ayant vécu ce type d’expérience.

Je voudrais raconter trois expériences qui ont précédé celle-ci, mais survenues, en quelque sorte, dans les conditions normales de la vie, mais dont le contenu et la signification profonde sont finalement très proches.

J’ai toujours eu un esprit profondément religieux. J’entends par là que je me suis toujours senti relié à quelque chose de plus grand que moi et qui justifie mon existence. J’ai eu à l’âge de 7 ans la révélation de ce que seraient le but, le sens, l’exigence de toute ma vie. Je ne l’ai pas compris sur le moment, mais l’évènement n’a cessé d’exercer son influence jusqu’à ce jour.

Nous étions en vacances à Arcachon cette année-là. Un jour, j’en ai oublié la raison, pour me punir, ma mère m’a envoyé dans ma chambre avec interdiction d’en sortir jusqu’à nouvel ordre. J’étais furieux, je n’avais pas mérité cette punition, je pleurais de rage sur le lit quand mon regard est tombé sur le crucifix accroché au mur, en face de moi. Je me suis mis à parler au Christ comme s’Il avait été là, dans la chambre, lui reprochant sans ménagement d’avoir laissé faire une telle injustice, de m’avoir abandonné ! Ma colère était à son comble quand, soudain, j’ai senti Sa Présence, à la fois en moi et autour de moi, Elle remplissait toute la pièce. Une Présence mystérieuse, lumineuse, imposante, presque écrasante, plus réelle que ma propre existence, qu’elle réduisait à néant. Ma colère s’évanouit d’un coup laissant place à un sentiment intense de dévotion, tout mon être rendait grâce.

Aujourd’hui, alors que j’écris ces lignes, cette Présence est là, en moi, m’emplissant d’une joie subtile. Mes yeux se ferment d’eux-mêmes et je me sens absorbé en Elle. Je sens comme une ouverture au sommet du crâne, une porte ouverte vers un autre Moi, plus vaste, plus lumineux. J’ouvre mes yeux de nouveau, Elle irradie autour de moi dans la pièce, ma conscience s’élargit, son siège n’est plus localisé dans le corps, identifié au corps, mais plutôt le corps et le monde semblent émaner d’ Elle. Je ne vois plus le monde avec mes yeux de chair, il semble comme projeté, de l’intérieur, sur l’écran immaculé de cette conscience. Je ressens comme une douce pression dans la poitrine alors qu’un sentiment d’amour universel, inconditionnel, s’empare de moi. Plutôt que d’un sentiment d’amour, parler d’un état d’amour serait plus juste.

Des années plus tard, une autre expérience a exercé sur ma vie intérieure une influence profonde. J’étais ce jour-là particulièrement déprimé, tout semblait décidément vouloir aller de travers. Je traversais le pont d’Austerlitz à pied, comme tous les jours à cette époque, c’était une belle journée d’été, le soleil, haut dans le ciel à cette heure du jour, faisait miroiter dans l’eau du fleuve ses reflets comme autant de diamants étincelants. J’observais ce phénomène, touché par la beauté simple du spectacle quand, tout d’un coup, une joie immense m’envahit, j’étais littéralement inondé de joie, de lumière, d’amour et de paix intérieure. J’étais absolument sidéré par la force et la soudaineté du changement opéré en moi. Je me sentais libre comme jamais je ne l’avais été, une joie profonde dansait en moi comme une flamme, dans ma poitrine. J’avais déposé mon fardeau, l’ego semblait s’être envolé, avait-il jamais existé ? Je continuais ma route, émerveillé, dans un état d’exaltation inouï. Le monde extérieur également était comme transfiguré, baignant dans une lumière dorée. Tout semblait alors si simple, si beau, si plein de grâce. Cet état s’est maintenu au moins une heure, s’estompant progressivement. Il s’est répété plusieurs fois les jours suivants, me prenant toujours par surprise, comme par jeu, cherchant à m’enseigner quelque chose.

Environ un an plus tard, une rencontre allait me mettre un peu plus sur la voie. Un grand maître tibétain, le Karmapa (pas le Karmapa actuel, mais son prédécesseur) venait à Paris pour une cérémonie. J’avais déjà lu le Livre des morts tibétain et d’autres ouvrages sur le bouddhisme, l’hindouisme, le yoga… Nous en discutions avec passion entre amis. J’étais très exalté, toutes ces lectures et ces expériences que j’avais vécues m’étaient quelque peu montées à la tête… Je ne réalisais pas à cette époque les risques d’une pratique spirituelle solitaire. L’ego ne lâche pas prise facilement et, insidieusement, récupère à son compte ces expériences et s’en glorifie. Il m’a fallu des années pour le voir clairement.

J’attendais donc la visite du Karmapa avec impatience. J’en étais certain quelque chose d’extraordinaire allait se produire, le Bouddha en personne, en lévitation, me donnerait sa bénédiction, personnellement, le ciel s’ouvrirait, une musique céleste se ferait entendre….
Le jour tant attendu arriva enfin. Il y avait beaucoup de monde. Le Karmapa arriva, soutenu par deux moines, il semblait dans un état second. La cérémonie commença. Je n’en comprenais pas bien le sens, mais il s’en dégageait une atmosphère indicible de recueillement, de sainteté. Subjugué, j’oubliais mes chimères, mes vaines attentes.
Et pourtant, le miracle s’est produit. Le ciel ne s’est pas ouvert, pas d’apparitions surnaturelles, pas de musique céleste, non, mais quelque chose de beaucoup plus simple, d’une simplicité déconcertante. Je m’aperçus que je voyais non plus avec mes yeux de chair, mais comme avec un œil intérieur qui, mystérieusement, n’appartenait pas au corps. Je regardais autour de moi, incrédule, je voyais tout d’une autre perspective, dans un état de détachement absolu, intensément conscient, présent. J’étais parfaitement calme et rien dans mon comportement n’attirait l’attention de mes voisins. Bien au contraire, je leur trouvais un air étrange…..
ILS DORMAIENT…. Oui, ils dormaient et moi j’étais éveillé. Mon esprit était d’une clarté et d’une lucidité extraordinaires. J’avais l’impression, saisissante, d’évoluer au milieu d’hommes et de femmes atteints d’un mal étrange les condamnant à un état quasi somnambulique. J’avais presque envie de les secouer, pour qu’ils se réveillent. Je regardais le Karmapa, son visage avait une expression extatique que je n’oublierai jamais. Cet éveil s’est produit naturellement, spontanément, comme on s’éveille, au matin, après une nuit de sommeil. Il a duré environ une heure.

Dans Fragments d’un enseignement inconnu, que je ne connaissais pas à l’époque, Ouspensky décrit comment il a vécu lui-même cette expérience : « … je suivais la rue Troitsky ; soudain je vis que l’homme qui venait dans ma direction était endormi. Il ne pouvait y avoir la moindre hésitation. Bien que ses yeux fussent ouverts, il marchait, manifestement plongé dans des rêves qui couraient comme des nuées sur son visage… Après lui vint un autre, tout aussi endormi. Un cocher endormi passa avec deux clients endormis. Et soudain, je me vis dans la situation du prince de la « Belle au Bois dormant ». Autour de moi tout le monde était endormi. C’était une situation précise, qui ne laissait de place à aucun doute...»

L’expérience de mort imminente décrite au début s’est produite quelques mois après cet évènement. Neuf mois plus tard je rencontrai le maître qui allait me mettre de façon décisive sur la voie d’une vraie recherche spirituelle. Il m’a fait comprendre que toutes ces expériences m’avaient été données, mais que je devrais, maintenant, pour aller plus loin, accomplir par moi-même un vrai travail intérieur. Le travail de toute une vie. On comprend en général la spiritualité comme une ascension vers des niveaux de conscience toujours plus élevés, plus subtils. Sans aucun doute, mais rien n’est possible, aucune réalisation spirituelle authentique ne peut advenir sans avoir préalablement fait les efforts longs, pénibles et douloureux qui consistent à descendre jour après jour au fond de soi, toujours plus profondément pour se connaître, se découvrir tel que l’on est réellement. Rien ne doit rester dans l’ombre, il faut, encore et encore, débusquer dragons et monstres qui se terrent dans les profondeurs. Tout doit être vu, connu, les mensonges, les peurs, les motivations secrètes, inavouables, le désir de briller, de plaire, l’égoïsme, la suffisance, l’orgueil spirituel… Il faut voir comment l’ego s’empare des expériences les plus sublimes et s’en attribue le mérite. Gurdjieff disait que l’homme qui ne s’est jamais vu avec horreur ne connaît rien de lui-même.

Je voudrais encore évoquer quelques expériences vécues au contact de malades et de mourants.

J’ai travaillé pendant 18 mois dans le service de réanimation respiratoire d’un grand hôpital parisien. Je ne faisais pas partie du personnel soignant, mais on m’a souvent proposé d’assister à des soins ou à des interventions. L’idée me séduisait, mais quelques expériences pénibles m’ont vite fait changer d’avis. Je me souviens avoir dû quitter la chambre d’un malade précipitamment au cours d’une ponction sternale. Par un curieux processus d’identification, je vivais l’examen en même temps que le patient, je ressentais la douleur au sternum en même temps que lui, comme si l’examen était pratiqué sur moi. Au cours d’une trachéotomie, également, l’infirmière m’a fait sortir de la chambre, j’étais livide, au bord de l’évanouissement, j’avais l’impression qu’on ouvrait ma propre trachée.

J’ai vu beaucoup d’hommes et de femmes mourir et parfois le principe conscient quitter le corps. Ramakrishna comparait le moment de la mort à une épée qu’on sort de son fourreau. Je ne trouve pas d’images plus juste.

Un matin, en prenant mon service, deux brancardiers m’ont demandé de les aider à transférer un malade, mort pendant la nuit, de son lit sur un brancard. Ils me faisaient signe de les rejoindre dans la chambre, mais je restai sur le seuil, paralysé, incapable d’entrer. Le malade était bien mort, il avait quitté son corps, mais il était là, dans la pièce, et il nous regardait ! Il voyait son cadavre sur le lit, entièrement enveloppé dans un drap blanc et qu’on allait emmener à la morgue ! Sa détresse était totale, je la vivais intensément avec lui, elle me glaçait le sang. C’était vraiment terrifiant.

Mon calme retrouvé, je repensais à ma propre expérience et à la sérénité merveilleuse qui m’habitait alors même que je m’étais vu mort au bord de la route. J’éprouvais une grande compassion pour cet homme et j’aurais aimé l’aider, mais il m’avait communiqué sa détresse à un point tel…

Pour finir, je raconterai une expérience d’éveil qui ressemble à celle vécue lors de la visite du Karmapa à Paris, mais alors que celle-ci s’était produite spontanément celle-là est le résultat d’un effort intense de ma part.

Je traversais une période très difficile. Malgré des conditions de vie des plus précaires, j’essayais de ne pas négliger ma recherche spirituelle, de maintenir coûte que coûte la flamme intérieure.

Un jour, alors que je pratiquais des exercices de concentration, que je m’efforçais de maintenir en moi un état de vigilance intense et que je m’y appliquais comme si ma vie en dépendait, je me suis senti transporté hors de mon corps dans cette conscience vaste et lumineuse, qui m’était maintenant familière. J’ai vu toute ma vie défiler devant mes yeux. Tout s’ordonnait de façon harmonieuse, mais inattendue. Des évènements que je considérais comme secondaires prenaient un relief particulier, d’autres, oubliés, s’avéraient déterminants.

Je ne saurais dire combien de temps a duré cette vision. Dans ces expériences, la notion de durée est sans rapport avec le temps objectif tel que nous le mesurons dans notre « état de veille » habituel.

Je me suis efforcé, dans ce récit, de rester sobre et concis, autant qu’il était possible. C’est intentionnellement que j’ai évité de mentionner certains phénomènes dits paranormaux. Je pense réellement que les visions, par exemple, de visages, de personnes, de lieux, de vies passées…sont un obstacle sur le chemin, même si parfois elles peuvent encourager le chercheur. Ces visions dépendent du contenu mental du sujet, de son conditionnement culturel, de son passé, de ses attentes. Les hindous, n’ont pas les mêmes visions que les chrétiens de culture occidentale. Certaines représentations cependant sont universelles, le tunnel par exemple, souvent cité dans les expériences de mort imminente.

Finalement, est-ce que toute expérience spirituelle authentique n’est pas une expérience de mort imminente ?

Denis

samedi 25 août 2007

• Un océan d'énergie - Jean-Michel Jutge

Sources
Un océan d'énergie

Jean-Michel Jutge


« L’année de mes 21 ans, je devais vivre une expérience qui changea radicalement et de manière irréversible la perception que j’avais du monde. Après une séance de Hatha Yoga bien menée, au cours d’une méditation, mon regard plongea à l’intérieur de la colonne vertébrale. Ma vision se concentra sur une sorte de tunnel avec, au fond, une lumière qui fut immédiatement projetée vers moi. Je sentis un picotement très fin s’élever du bas du dos et atteindre la tête en quelques instants. Plus le temps passait, plus le picotement devint intense, avec pour effet d’augmenter considérablement ma sensibilité. Au-dessus de ma tête, une petite colonne faite d’énergie et de conscience prit forme. Le monde me parut soudain d’une netteté jamais vue et un grand nombre de phénomènes eurent lieu ce jour-là.

En présence d’autres personnes, ou lorsque mon regard se posait sur elles, l’environnement se transformait littéralement sous mes yeux, dans sa forme, ses couleurs, son intensité, dans sa consistance. Il apparaissait alors tel que l’autre le voyait. Pendant plusieurs heures d’affilée l’énergie devint de plus en plus forte jusqu’à ce que je sois pris dans un océan de lumière et d’énergie, le corps littéralement en feu. Puis ce fut l’embrasement total et je perdis toute conscience du corps ; je crus que j’étais en train de mourir. Puis, je n’eus plus conscience que de lumière, une sensation de dilatation infinie, suivie d’une sensation de rapetissement jusqu’à n’être plus rien sinon un point. Au bout d’un certain temps, je repris lentement conscience du corps. Il se dessina alors devant mes yeux des volutes lumineuses de grande intensité, de couleur bleue et blanche, animées d’un mouvement de fuite. J’eus soudain comme une révélation sur mon état, je sus quelle était ma destinée et ce que je devais faire.

Le flot continua d’augmenter, sans cesse, et tout se mit à vibrer, autour de moi et en moi, d’une intensité inimaginable. Au niveau de chaque chakra, et entre eux, se développa une sensation de chaleur, de plus en plus intense. On aurait dit qu’un liquide bouillant les traversait… Devant la violence du phénomène je me mis à prier Dieu, alors que j’étais athée. Je poussais alors un gros soupir. Dès cet instant, toute la situation changea. Immédiatement, un jet de feu bouillant jaillit par le sommet du crâne, retombant de chaque côté de mon corps pour l’envelopper d’une " aura " et d’une lumière d’or merveilleuse pendant que, simultanément, coulait dans la colonne vertébrale toute cette énergie.

Le monde me paraissait alors merveilleux, le nectar qui coulait dans mon dos était d’une délicieuse jouissance. Mon corps s’était mis à rire et à pleurer de joie, alternativement, à trembler dans une crise qui, de l’extérieur pouvait ressembler à de l’hystérie. Je me découvrais d’une essence divine, le sentiment d’être réalisé. La suite est trop riche en événements pour être décrite en quelques mots, mais depuis ce jour, ma vie n’a rien de comparable à ce qu’elle était auparavant.

Si le phénomène en tant que tel, dès l’instant du soupir, est rentré dans un état d’équilibre complet, plus difficile a été son intégration au monde. Je me confrontais à mes proches qui ne comprenaient pas ce qui m’arrivait. Le nouvel être que j’étais se sentait porteur d’une véritable mission à accomplir, sentiment alimenté par les révélations multiples qui ne cessaient d’apparaî­tre. Je venais de naître au monde, et j’ai vraiment eu l’impression de devoir tout réapprendre avec un nouveau regard.

La manière dont j’abordais l’existence se faisait avec une conscience inversée, comme si j’avais toujours vécu dans le miroir, et que tout s’était remis à l’endroit. Pendant un peu plus d’une année, je vivais une succession d’expériences et d’états de conscience que je ne contrôlais pas toujours mais qui rendirent difficile la vie dans laquelle je m’étais engagé jusque là. Une année d’étude où j’étais ballotté entre la découverte d’un monde et d’un univers fascinant et la nécessité d’accomplir un retour vers les tâches qu’exigeaient mes études, les travaux à l’hôpital la matinée, les cours dans les amphithéâtres l’après-midi, les travaux d’étude dans ma petite chambre d’université le soir, ce qui m’occupait à peu près 12 heures par jour, et des états de Samadhi qui saisissaient chaque occasion pour se manifester.

Même si un éveil de Kundalini est maîtrisé et pris en charge par le Divin comme ce fut mon cas, il ne demeure pas sans conséquence sur la vie d’un individu et peut le rendre " atypique " et inadapté à la vie telle que la société veut nous l’imposer. La recherche de cet éveil ne peut se faire de manière anodine, et le chercheur qui s’engage sur cette voie doit pouvoir en peser à l’avance toutes les conséquences.

Par ailleurs, les formes de Kundalini sont multiples, leur développement et leur résultat pouvant varier d’une forme à l’autre. Certaines sont peu recommandables car plus orientées vers le pouvoir de l’esprit, de par leur nature, plutôt que vers le développement de l’être ; mais pour un chercheur sincère, développant une qualité pure, les dangers sont peu importants, pas plus que ce qui peut nous arriver quotidiennement. Toutefois, un apprentissage préalable et le respect de certaines règles sont nécessaires.

Il est difficile de présenter mon cas comme une généralité car ce ne fut pas un accident, cet éveil a été sollicité par un pouvoir supérieur. C’est pour cela qu’il fut soudain, puissant, complet, et qu’il atteignit son point d’équilibre au bout de huit heures. Toute personne qui le vit ainsi, même si cela déclenche au préalable une grosse frayeur, ne court aucun danger. De même, lorsque je transmets l’énergie pendant un cours de yoga, par exemple, se transmet en même temps la composante divine qui fera en sorte que l’énergie se développera de manière équilibrée. Pas de danger non plus. En revanche, un risque de perturbation importante réside dans une approche forcée par une technique particulière. Tous les désordres physiques, énergétiques ou psychologiques sont alors amplifiés de même que les états positifs, pouvant entraîner exaltation et dépression importante. Le développement de l’énergie est alors sauvage car sans intelligence. »

Jean-Michel Jutge est l'auteur d'un ouvrage, Intégrer la conscience par le Yoga, destiné aux pratiquants et aux professionnels.

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Une autre expérience vécue par Jean-Michel Jutge a été relaté sur son site internet qui a hélas fermé :

Je me suis retrouvé le 22 août 1979 au cœur d'un événement qui devait bouleverser ma vie radicalement et de manière irréversible. J'ai tenu dans ce récit à présenter simplement les faits, tels que je les ai vécus, aussi bien dans le développement de l'expérience que dans mes propres réactions émotionnelles ou psychologiques. Je n'avais pas été préparé à l'événement, et tout ce que je connaissais de la kundalini était ce que mon professeur de yoga de l'époque nous en avait dit, quelques propos qui ne reflétaient absolument pas l'évènement. Je savais vaguement qu'il existait des chakras en relation avec cette force, et qu'elle devait ressortir par le haut de la tête...

Je venais quelques 3 semaines auparavant de rencontrer J. Krishnamurti, et quelques 6 mois avant j'avais vécu une expérience particulière au cours d'une pratique de yoga en solitaire. Je méditais profondément et soudain s'éleva au bas du dos un picotement comme un courant électrique, mais plus fin et d'une grande intensité. J'eus le réflexe en quelques secondes de bloquer ce processus, en y opposant une forte volonté. Cette énergie s'était élevée jusqu'au milieu du dos. Le choc des deux forces créa alors une secousse, et j'en fus ébranlé nerveusement pendant quelques minutes, pris dans un tremblement incontrôlable du corps. J'avais oublié l'expérience. Mais lorsqu'en ce mois d'août 1979 le phénomène se reproduisit il atteignit la tête avant que je pus réagir. Je me rappelais alors ce premier choc. L'énergie était plus puissante, je ne pouvais la stopper sans risque, je décidais donc de laisser le phénomène se poursuivre.

Le processus s'était activé au cours d'une pratique de yoga toute banale, comme tant d'autres personnes ont déjà pu en faire. Je ne pratiquais le hatha yoga que depuis un peu plus de 3 ans, et j'étais en train de faire ma séance quotidienne. C'était une fin d'après midi du mois d'août. Je me suis souvent demandé ce qui avait déclenché chez ma personne ce phénomène alors que les exercices réalisés n'avaient rien d'exceptionnel. En fait de multiples facteurs sur lesquels j'ai par la suite réfléchi sont intervenus.

J'étais dans ma chambre et, après une longue pratique de hatha-yoga, je réalisais quelques pranayamas, ou exercices respiratoires. Au bout de quelques minutes j'atteignais un état où le mental s'apaisait complètement. J'avais pour habitude de ne pas préparer les séances et de les mener suivant les demandes du corps, de manière tout à fait intuitive. Ce jour là, j'étais parvenu, grâce à une pratique bien menée, à un silence et une paix d'une grande profondeur, et cela a été déterminant sur la suite des événements. Le corps était totalement détendu et je faisais un exercice de yoga des yeux afin d'améliorer ma vue. La respiration tout au long de cette heure et demi de yoga m'avait mis quelque peu dans un état second, le corps en sur-oxygénation. J'avais donc au moment de cet exercice pour les yeux une respiration très courte et pour ainsi dire inexistante, la demande en oxygène étant pratiquement nulle. Le regard était tourné vers le bas. Au bout de quelques mouvements, j'eus alors l'impression que celui-ci se révulsait d'un seul coup vers l'intérieur, comme si mes yeux physiques se retournaient vers l'arrière. En réalité il se peut fort qu'ils n'aient pas tourné et que ce soit juste une impression. Je vis à ce moment là un phénomène de perspective, comme si mon regard plongeait dans la colonne vertébrale par le haut, et cela se présentait sous la forme d'un tunnel avec au bout une lumière. Lorsque je vis cette lumière elle fut spontanément projetée vers moi, vers mon point d'observation. J'ai alors senti monter dans le dos le même picotement très fin dont je vous ai déjà parlé. En quelques secondes celui-ci se développa jusqu'à la nuque. Je n'ai donc pas résisté à ce qu'il se passait. J'ai laissé faire et l'énergie est montée jusque dans la tête.

Là a commencé à se déverser un flot d'énergie et de picotements dans tout le corps. En même temps que cette énergie se développait j'avais l'impression que ma sensibilité s'amplifiait. Je devenais plus sensible à tout ce qui m'entourait. L'énergie ne cessait de s'amplifier en intensité. À chaque seconde qui passait, le flot qui montait dans le dos était plus puissant, un peu comme un courant électrique, lorsque l'on met le doigt dans une prise. Et le phénomène s'amplifiait d'instant en instant. J'étais un peu affolé. Je me suis alors dit : " je vais aller prendre l'air, cela me fera peut être du bien ." J'étais vigilant, mais le fait même d'être vigilant, attentif à ce qui se produisait amplifiait encore l'énergie et paradoxalement, l'énergie me rendait encore plus vigilant.

Je sortis de chez moi et décidais d'aller au centre ville. J'habitais un peu en dehors à la périphérie de Marignane, une petite ville près de Marseille en France. Le phénomène continuait d'augmenter vers toujours plus d'énergie, de sensibilité, et d'attention. Tout en traversant un champ, apparut à un moment donné au-dessus de la tête une petite colonne haute de quelques centimètres et large à peu près de un centimètre et demi. Celle-ci avait une couleur violette transparent, comme un objet posé sur la tête. À l'intérieur tournait une sorte de fumée. Je devinais que cela était un aspect de l'énergie se développant dans mon corps et passant par cette colonne, comme un prolongement du tunnel que j'avais vu précédemment, mais immatériel. Je constatais également que cette colonne pouvait se déplacer sur la tête. Lorsque la colonne était maintenue au sommet du crâne, l'énergie qui se déversait en moi se stabilisait, arrêtait de s'amplifier, et je me sentais en équilibre. Par contre, la colonne, elle, demeurait instable, et si je ne faisais pas attention, elle basculait vers l'avant. Lorsqu'elle venait se poser sur le front, un flot d'énergie encore plus puissant montait à travers le corps et m'envahissait. L'intensité de celle-ci commençait à chauffer énormément. Tout l'intérieur du corps me brûlait et tous mes sens vibraient alors qu'une luminosité se développait dans la tête. Je constatais donc que j'avais un pouvoir sur cette colonne grâce à ma volonté. Je pouvais soit la maintenir au-dessus de la tête, soit la faire descendre sur le front. L'intention suffisait, comme lorsque l'on bouge une main ou un bras. Je m'efforçais de la maintenir au-dessus de la tête, par la force de l'esprit.

Après avoir traversé la campagne, j'arrivais à la ville. C'est alors que je croise quelques personnes. Je découvrais alors un autre phénomène surprenant. Lorsque je regardais quelqu'un, ma conscience se modifiait totalement. Tout d'un coup, la manière dont je voyais le monde se transformait instantanément. Pour que vous compreniez ceci, je vais vous donner une image. Prenez par exemple un appareil photo. Mettez-y un filtre, et regardez à travers celui-ci. Mettez un filtre bleu, ou un filtre jaune, ou une lentille déformante qui agrandit les images ou une autre qui les rapetisse ou qui donne plus de distance, une autre qui rapproche, une qui fait apparaître certains détails ou une qui en enlève certains et en fait apparaître d'autres. Imaginez encore d'autres modifications et combinez tout cela de différentes manières. Ainsi la manière dont je percevais l'environnement changeait à tel point que parfois je reconnaissais à peine le monde qui m'entourait par rapport à l'instant auparavant. En rencontrant de plus en plus de monde cela devenait un festival de transformations. Chaque seconde qui passait, cette rencontre avec la conscience de la foule était comme une succession d'univers qui défilaient devant mes yeux. C'était comme si ma conscience entrait en fusion avec les personnes présentes et qu'elle s'imprégnait de l'état de conscience des autres individus. À ce moment là ma conscience reflétait le monde tel que l'autre le percevait. Ainsi je découvrais que chaque individu, en temps ordinaire, voit le monde différemment. La conscience de chacun reflète des aspects différents de la réalité. J'arrivais à la terrasse d'un café, tout en maintenant la colonne au-dessus de la tête. J'aperçois alors des amis, et je m'installe avec eux. Comme vous vous en douteriez, la relation qui s'en suivit m'apparut très spéciale. Je fini par rentrer chez moi. Le soir arrivait, et j'allais me coucher malgré tout peu rassuré, en m'efforçant de maintenir cette colonne au-dessus de la tête.

Après environ 4 heures de sommeil, il devait à peu près être 2 à 3 heures du matin, je me réveillais subitement pris dans un océan de lumière et d'énergie, le corps littéralement en feu, une lumière éblouissante devant les yeux. Cette puissance d'énergie m'avait réveillé et je ne savais plus que faire. C'était apparu d'un seul coup est cela s'amplifiait de plus en plus. C'était tellement fort que cela m'aveuglait. Pourtant, en sortant de ce sommeil, je gardais cette impression de sortir d'un gouffre sans rêve et sans existence. La nuit était assez noire, ce qui rendait le phénomène d'autant plus impressionnant. J'avais cette luminosité dans la tête et cela augmentait de plus en plus. Je me dis alors " bon, ça y est, c'est fini, je ne peux plus rien faire, je vais mourir, puisque c'est ce qui doit se passer avec la Kundalini ". Je sais aujourd'hui que je ne risquais rien, mais ma peur avait largement été alimentée par tout ce que l'on m'avait dit sur le sujet. La sensation du corps qui brûlait de l'intérieur de plus en plus intensément ne faisait que me confirmer cette opinion. Pour vous donner une idée de l'intensité présente, imaginez que vous mettiez votre main sur une ligne à haute tension. J'étais mort de trouille. J'avais tout de même quelques notions de travail sur l'énergie, par le yoga. Je savais que pour renforcer la vitalité du corps il fallait charger le ventre et j'avais appris à travailler avec les mains. J'amenais donc mes mains sur mon ventre et avec le souffle y insufflais un peu d'énergie. Cela eu pour effet de calmer mes peurs, mais cela n'a pas calmé le phénomène qui a continué de s'amplifier de plus en plus. À un moment je commençais à ne plus pouvoir bouger. Et cela devenait tellement puissant que j'arrivais à ne plus rien pouvoir percevoir. La sensation que j'avais de mon corps n'était plus que du feu. La perception que j'avais de l'extérieur n'était plus que de la lumière. Tous mes sens étaient tellement saturés d'énergie que je finissais par ne plus rien percevoir d'autre et pratiquement par ne plus pouvoir bouger. Je perdais conscience des choses. Je n'avais plus grand espoir de quoi que ce soit et je pensais à l'une des paroles de Krishnamurti qui disait " quelles que soient les épreuves dans votre vie, observez, placez-vous en observateur ". C'est ce que je fis. Je me suis dit " je vais me placer en simple observateur et je verrai bien où je vais aller, ce qui va se passer ". Et je me suis abandonné à mon destin. Le phénomène a continué à s'amplifier. À un certain moment j'ai complètement perdu la perception du corps et de la conscience. Il n'y avait plus que de l'énergie et de la lumière. Puis j'eus une impression de dilatation dans l'univers, comme si je me dilatais de plus en plus dans celui-ci, jusqu'à l'infini, jusqu'à toucher les limites de l'univers, avec cette impression de devenir immense, immense, et à l'instant où j'atteignais les limites de cet infini, j'eue l'impression d'être réduit à la taille d'un point sans dimension, le point infini, de n'être plus rien, et tout en n'étant plus rien, de toujours exister quelque part dans ce point. Cela a peut-être duré une seconde ou dix minutes, mais je n'avais plus de notion de temps dans cet état. Impression bizarre que celle de disparaître et de ne plus exister. Ce n'est pas seulement rien du tout dans l'espace, c'est rien du tout dans l'existence. C'est comme si à un moment donné l'on entrait dans la non-existence. Pourtant il fallait bien que quelqu'un soit là pour vivre tout cela. Mais en dehors de cela, il n'y avait rien d'autre. Curieux paradoxe. Et puis à un moment donné, doucement, j'ai commencé à revenir à ma propre présence, et à m'apercevoir que j'étais toujours là, que j'existais toujours. Mais je n'avais toujours pas conscience de l'environnement. Tout cela est revenu progressivement avec cette sensation de revenir à l'existence.

Le temps passe, puis je reprends conscience et ressens à nouveau et progressivement mon corps. Quelques instants après, au prix d'un effort, j'arrivais à ouvrir les yeux. La lumière et l'intensité d'énergie n'avaient pas décru. Bien au contraire. Je regarde autour de moi la pièce dans laquelle je me trouvais. À travers les volets, un peu de lumière passait. J'habitais dans une cité éclairée par des lampadaires, la pénombre n'était pas complète. Je regardais un peu les murs, et j'observais la chambre dans laquelle je me trouvais. Les murs vibraient. Tout ce que je regardais était vu sous une forme d'énergie. Les murs n'étaient plus que de l'énergie. L'air que je regardais n'était plus que de l'énergie. Je soulevais la tête pour observer mon corps. C'était en plein milieu de l'été, il faisait très chaud, je dormais sur les draps. Mon corps n'était lui aussi plus que vibration et énergie et une lumière irradiait de lui comme des milliers de petits points lumineux, de manière très dense sur un pourtour de 10 à 15 cm, et en devenant progressivement plus diffus au-delà. Tout clignotait, l'univers était pure énergie. J'étais toujours couché et je commençais à percevoir des flots de lumières blanches et bleues qui passaient par vagues devant mes yeux et s'éloignaient vers un point éloigné. J'eus alors comme une sorte de révélation sur mon état actuel, je savais qu'elle était ma destinée et ce que je devrai en faire. J'ai alors entendu dans ma tête une voix qui me dit spontanément " maintenant tu dois donner ". Cette voix était suffisamment puissante pour ne pas être issue de mon imagination. Elle était là comme un ordre, comme une nécessité, comme un destin auquel je ne pouvais échapper et qui rentrait dans ma nature. Sur le moment je n'ai pas vraiment réalisé la signification de la chose, mais je pense que celle-ci s'adressait plus à mon être qu'à ma conscience. C'est alors que je réalisais que j'étais toujours vivant, mais que mon état demeurait instable, que le flot s'amplifiait toujours plus. Mon corps était déjà très éprouvé. Il commençait à apparaître en différents points du corps, qui correspondaient à ce que le yoga appelle les chakras et même entre ceux-ci, une sensation de chaleur comme provoquée par un liquide bouillant qui les traversait. Je me suis alors dit qu'il fallait faire quelque chose.
Je commençais à nouveau à pouvoir penser correctement. Je réfléchis un peu. Mes parents dormaient à côté. Je ne devais pas les réveiller. Il valait mieux ne pas les affoler, et puis de toute manière ils ne pourraient rien faire. Je pouvais à nouveau bouger naturellement. Je connaissais un professeur de Yoga qui résidait à Aix-en-Provence. Cette ville était à plus de 20 km de Marignane. Il devait être 4 heures du matin. J'ai décidé de m'habiller et d'aller voir cet homme. Je pensais qu'il saurait me conseiller sur la marche à suivre car j'avais pratiqué avec lui certaines formes de Yoga de l'énergie, et je lui attribuais une grande compétence en la matière. Avec précaution je quittais la maison est commençais à faire le chemin qui me séparait de la ville d'Aix-en-Provence. La force qui se libérait en moi continuait de s'amplifier de plus en plus. Chaque pas que je faisais me donnait l'impression de faire des bons. Pourtant je marchais simplement rapidement. Paradoxalement le temps s'accélérait, mon rythme intérieur s'accélérait.
Un nouveau phénomène apparaissait : le mécanisme de la pensée se modifiait. Lorsque vous pensez, chacune de vos pensées apparaît quelques instants dans votre esprit pour disparaître et laisser en général la place à une autre. Toutes ces pensées se succèdent à leurs rythmes et ne sont que simple stimulation à la surface de votre cerveau. Elles demeurent en général stériles, quelques fois vous font comprendre des choses ou d'autres fois vous amènent un certain plaisir. Si une action naît d'elles, elle prend racine dans nos désirs ou dans nos craintes, parfois au détriment de la logique ou de la lucidité. La pensé reste profondément intellectuelle et liée au cerveau. Ici, la pensé changeait de nature. Tout d'abord un espace naissait entre elles. Les pensées se succédaient de manière linéaire en laissant un court instant de vide entre elles, dans lequel elles demeuraient absentes. Par ailleurs leur rythme de défilement s'accélérait comme tout ce qui paraissait m'habiter. Mon corps et mon esprit vivaient à 100 à l'heure. Chaque pensée, au lieu de simplement disparaître, arrivait comme à une finalité, où elle était vue dans sa nature, et trouvait son accomplissement propre. D'ailleurs, cela dépassait le cerveau, car la pensé à ce moment là l'avait quitté pour créer un autre espace au-delà de la tête. Dans cet accomplissement, c'est comme si la pensée explosait, et se transformait elle aussi en énergie pure. Ainsi toutes les idées qui me traversaient l'esprit, pour résoudre ma situation, finissaient par éclater avant même que j'ai pu me pencher sur elles. Et le rythme s'accélérait de plus en plus. Je rentrais profondément dans le mental, la conscience. Au fur et à mesure que je rentrais, tout ce que je rencontrais au niveau de la conscience explosait. L'énergie s'amplifiait encore. Je profitais d'utiliser cette nouvelle force du mental pour envoyer des messages d'aide dans l'univers espérant peut-être contacter télépathiquement Krishnamurti ou quelqu'un d'autre qui pourrait m'aider. Mais les pensées sitôt qu'elles me quittaient se transformaient en énergie pure. Enfin, je ne pus même plus penser, car elles finissaient par exploser avant même d'être intelligibles. Je ne pouvais même pas matérialiser mes idées car elles étaient immédiatement et spontanément désintégrées avant même d'être actualisées.

L'énergie s'amplifiait toujours plus, et la vigilance qui naissait à l'intérieur de moi amplifiait ma sensibilité. C'était quelque chose d'extraordinaire, avec une sensibilité modifiée, en expansion permanente, comme si je me fondais dans cet univers. Et j'avais l'impression que si cela continuait de cette manière, je finirai par me désintégrer totalement, physiquement et psychiquement. Puis, j'eus comme une sorte de choix à faire. Mon corps physique était littéralement en feu. La sensation de liquide bouillant continuait de s'écouler dans les différents points du corps correspondant aux chakras. Par exemple, au creux de l'estomac, au milieu de la poitrine etc. jaillissait comme une fontaine de feu d'énergie pure. Et ce même phénomène avait lieu au niveau de chacun des chakras. J'avais donc un choix à faire en ma conscience entre la désintégration totale supposée, où je me serais fondu dans l'univers, ou rester bien vivant, incarné sur cette terre. Mais tout cela n'était pas des pensées qui me traversaient l'esprit car vous l'avez compris, le mental n'était plus un instrument utilisable. C'était plutôt une évidence qui s'imposait quant à l'orientation de mon état.

J'ai dû faire plusieurs kilomètres en stop, le pouce levé, espérant qu'une voiture s'arrête et puisse me conduire à ma destination. Je traversais toute la ville, j'ai peut-être marché pendant 2 heures. Peu de voitures circulaient, aucune ne s'arrêtait. Je traversais une zone industrielle, et suis passé sous un pont. À un moment donné, spontanément, au-dessus de la tête, réapparut la petite colonne. Immédiatement, l'énergie se stabilisait. Et là j'ai compris que pendant la nuit, probablement pendant mon sommeil, cette colonne avait basculé vers l'avant, ce qui avait permis cette expansion de l'énergie. Je pouvais à nouveau penser librement, normalement. Cela a duré quelques minutes, pas très longtemps, et je me mis à prier Dieu, comme un dernier espoir, alors que j'étais athée. J'avais bien eu une éducation Chrétienne, mais j'avais rejeté la religion comme étant sans importance, futile. Donc, spontanément, je me suis mis à prier Dieu, et je lui disais que je ne voulais pas mourir, que je voulais vivre sur cette terre et d'autres choses encore... A l'époque, je faisais des recherches sur l'alchimie. Je savais que les alchimistes, en créant la pierre philosophale voulaient trouver en même temps l'élixir de longue vie, espérant grâce à celui-ci vivre sur terre aussi longtemps qu'ils le souhaitaient. C'était cela ma recherche en quelque sorte. J'aimais tellement la vie que je ne voulais pas la quitter et donc, en priant Dieu, je demandais tout cela.

Je poussais alors un gros soupir et c'est à ce moment là que toute la situation changea. Immédiatement, toute cette énergie qui m'avait traversée jaillit par le sommet du crâne comme un jet de feu littéralement bouillant qui retombait de chaque côté du corps m'enveloppant d'une " aura " merveilleuse, pendant que coulait dans la colonne vertébrale ce même liquide couleur or crème, et remontant vers le haut à une vitesse incroyable comme attiré par un aimant. Cela m'a traversé de part en part. Un flot bouillant dans la colonne vertébrale mais en même temps d'une extase et d'une jouissance inimaginable. C'était un flot de plaisir et de bonheur qui traversait la colonne. J'éprouvais dans tout le corps à la fois un sentiment de joie, de bonheur, de plaisir, d'amour, de béatitude, de jouissance, de lucidité, toutes sortes d'émotions, et vous rajoutez toutes les émotions les plus positives et les plus fortes que vous avez vécues dans votre vie, vous les multipliez par 10 ou par 100 pour l'intensité et peut-être cela pourrait traduire la situation. Mais de toute manière ce ne peut être imaginé. C'était insupportable, tellement fort que tout le corps, tel un fétu de paille dans la tempête, tremblait de toute part, était pris de secousses, éclatait de rire dans une joie trop puissante, et en même temps fondait en larme remplis par une émotion d'amour insoutenable, toutes les émotions que l'on peut vivre, tout cela en même temps. Le corps était comme un pantin au bout d'une ficelle et subissait totalement les choses. À ce moment là, je n'étais plus un homme, je me vivais comme un Etre Divin. Ma nature était divine avec cette impression que l'on venait de me poser sur la terre tel un Ange. Réellement une entité divine que l'on pose là et le monde apparaissait littéralement comme un Paradis. Ma première parole à cet instant fut un " ho ! " d'admiration devant l'émerveillement et la beauté du monde qui m'entourait. Il y avait quelques brins d'herbe sur le bord de la route, quelques chardons. C'était tellement magnifique, merveilleux, le Paradis sur terre. Je me vivais comme étant d'Essence Divine, dans mon centre, mon "je", j'étais cette Essence, et ce centre divin n'était plus dans ce corps mais partout, le "je" s'étalait dans l'espace. En découvrant cette essence Divine tout ce qui m'entourait devint paradisiaque et divin ! En même temps, un autre phénomène accompagnait tout ceci. Le temps changeait de nature. Alors que tout ce feu traversait ma moelle épinière pour sortir par le sommet du crâne, le temps s'était arrêté. Il avait pris fin à cet instant de mutation. J'étais sorti du temps. Par ailleurs, l'intensité de vie était tellement forte, que je vécus dans la journée qui suivit avec cette sensation d'avoir vécu pendant 1 siècle. Ainsi, je découvrais que notre perception du temps est élastique et proportionnelle à notre intensité de vie. Pour l'enfant le temps est long alors que vers la fin de notre vie, celui-ci s'accélère. Mais là, le temps avait pris fin. Ainsi, si le corps continuait à vivre selon ses rythmes biologiques, l'esprit lui ne percevait plus que la réalité du présent. D'autres phénomènes se produisaient. Le mental était présent. Mais simultanément la totalité du mental, des pensées, et cela n'était pas une cacophonie, mais comme un feu d'artifice où chaque pensée était une lumière d'une profonde beauté. Le flot d'énergie qui ressortait par le sommet du crâne retombait comme une pluie de lumière d'or tout autour de moi et m'enveloppait dans une aura merveilleuse que je pouvais rétracter ou développer à volonté. Je découvrais un pouvoir de contrôle total sur ce flot d'énergie, par une simple intention. C'était comme un jouet merveilleux. Des révélations me venaient à l'esprit, me tombaient littéralement dessus, et cela devait se poursuivre plusieurs semaines. Aussi puissante avait été la tension, aussi puissante fut la décharge. L'instant du soupir, où l'énergie traversa le sommet du crâne, fut l'instant de basculement. C'était comme une naissance. J'étais né une première fois physiquement, je me vivais comme naissant une seconde fois, et j'étais l'enfant de cet univers. Un Etre naissait au fond de moi car celui-ci était nouveau, il n'existait pas pour moi auparavant, et il était mon nouveau centre. Mais " au fond " n'est pas le mot exact, car il était partout, et j'étais lui, le corps était au centre. L'image que je pourrai en donner est celle du Phœnix, car en même temps quelque chose est mort en moi, et aujourd'hui encore, cette chose me reste inconnue, inaccessible à ma conscience comme si elle n'existait pas et n'avait jamais existé, mais autre chose et né, et cet autre chose est devenu moi-même.

Alors que j'étais en pleine crise de rires, de larmes, de bonheur, crise qui de l'extérieur pouvait passer pour de l'hystérie, tout à coup, un gros camion arrive en face de moi et s'arrête sur le chemin. Le chauffeur en descend, j'étais complètement hilare, et il commence à me parler, à me demander son chemin, il ne savait pas où il était. Quelque chose d'extraordinaire se passait. Cet homme me parlait, et je voyais chez celui qui me parlait un être divin, enveloppé dans une aura de lumière magnifique, avec son propre parfum. Cet homme était enveloppé dans une magnifique lumière, dans la présence de l'Etre. Il était tel que je me percevais. Et alors là, je m'interrogeais profondément. Je venais de découvrir une divinité en moi, quelque chose d'absolu, une nature divine, et je voyais aussi cet homme avec cette divinité. Et je me suis dit, comment est-ce possible, moi, je viens de naître, et lui est déjà comme cela ? Par la suite, je rencontrais encore d'autres personnes, et je découvrais tout le monde ainsi, des anges sur terre. Et je me dis " serai-je le dernier à apparaître dans cet état, à naître sur cette terre, mais alors quelle conspiration du silence". C'était quelque chose de complètement fou. Mais je me suis vite aperçu que le comportement des individus ne correspondait pas du tout à l'état dans lequel je les percevais. Encore un paradoxe. Cette réalité était là, et c'est comme si tout le monde faisait comme si elle n'existait pas. Je me doutais pour l'avoir vécu que l'humanité ignorait sa propre réalité. Mais mes sens me révèlent depuis ce jour l'être humain comme quelque chose de totalement différent, et je dois jongler en permanence dans ma conscience pour me dire, tu vois un être divin, mais lui ne le voit pas. Et ainsi le monde paraît absurde entre ce que nous sommes et la manière dont nous nous évertuons à nous comporter comme si nous n'étions pas cela. Cet homme, après avoir posé ses quelques questions, eu l'air bien fatigué. " Je crois que je vais aller dormir " dit-il. Il remonta dans sa cabine, et tira les rideaux. Je me dis ce jour là, "si chaque être humain vivait cette expérience, la face du monde en serait changée".

Je continuais à faire du stop, bien que cela n'ait plus grande importance. Mais puisque j'étais sur la route, autant aller voir la personne que je voulais rencontrer et lui raconter mon émerveillement et la chose exceptionnelle qui venait de m'arriver. Nous nous en réjouirions ensemble, car j'avais grande estime envers cet homme, George *, que je considérais comme un Yogi accompli. Une voiture s'arrêta, pour m'amener à Marseille. De là, je trouvais une autre voiture pour m'amener à Aix-en-Provence. Cela faisait un petit détour, mais peu importe, je n'étais plus aussi pressé. Je ne sais pas comment les personnes que j'ai rencontrées me percevaient, mais il m'était difficile de contenir mon nouvel état. Je débarquais ainsi à Aix-en-Provence, parcourant la ville, mais je ne trouvais pas George. Je me rendais alors chez un professeur de do-in et shiatsu, Laurent *, que je considérais jusqu'alors comme un sage, afin de me procurer l'adresse de George. J'avais bien l'intention d'expliquer à Laurent ma situation. Mon seul désir était de partager ce cadeau du Ciel. Lorsque je sonnais à la porte de Laurent, je rencontrais un homme bien différent de celui que j'avais connu. Mais peut-être mon regard y était-il pour quelque chose. Une chose me surprit alors. J'étais dans l'incapacité d'exprimer ce que j'aurais aimé dire à ce moment là. Non pas parce que je me sentais bloqué, bien que d'une certaine manière il s'agissait un peu de cela, mais parce que cet homme était dans l'incapacité de recevoir ce que j'avais à dire. Pour une raison quelconque, qui dépasse la simple conscience, ce phénomène s'est reproduit par la suite bien souvent. Si l'autre ne peut entendre, lorsqu'il est en face, je ne puis exprimer. Toute la volonté du monde ne peut rien y faire. Ainsi, je découvrais également que toute forme d'efforts était devenue impossible. La volonté à la source de l'effort avait disparu. Si je n'étais pas capable de faire quelque chose naturellement, je n'étais pas capable de le faire du tout. À partir de là, la seule évolution possible pour réaliser quelque chose qui m'aurait demandé un effort, était de me dire " comment arriver à le faire naturellement ?" Et paradoxalement, la seule manière d'apprendre le naturel était d'intégrer la conscience en rapport avec ce que je voulais réaliser, c'est-à-dire, désapprendre. Je constatais qu'à partir de ce jour, alors que jusque là ma personnalité n'avait cessé de se développer, mon être prenait le relais, et la personnalité ne constituait plus qu'un réservoir de conscience dont l'Etre pouvait s'habiller ou se défaire mais qui de toute manière était destiné à être intégré, disparaître. Ainsi, ce qui était auparavant le moteur de l'action devenait l'obstacle et n'était plus que conditionnement inactif.

Laurent me laissa à la porte. J'étais un intrus. Je devais paraître fou, avec mon sourire de Bouddha, mes yeux qui étaient remontés et mes paupières qui tombaient jusqu'à la moitié de la rétine (je m'étais regardé en fin de journée dans une glace), mes tremblements et tout le reste. J'insistais avec un ton d'urgence pour lui demander l'adresse de George, ce que je réussis à obtenir. Mais je ne trouvais pas George à son domicile.

Je finis par prendre le chemin du retour, après avoir tout de même téléphoné à mes parents afin de les rassurer sur mon absence. En cette fin de journée, j'avais vécu d'une intensité inimaginable, et ce n'était pas fini. La puissance d'énergie décrue sur une durée de trois semaines environ durant lesquelles ce fut révélation sur révélation. Pendant deux à trois jours je ne pus ni manger ni dormir, je n'avais pas faim, je n'étais pas fatigué. Le troisième jour, le seul aliment que je pus commencer à prendre était le lait ou les produits laitiers. Je constatais que ceux-ci avaient pour effet de temporiser l'énergie, puis je pus dormir quelques heures, et tout finit par rentrer dans l'ordre. Je n'étais plus le même homme, tout me paraissait facile, merveilleux, j'avais une mission, je comptais bien l'accomplir, mais c'était compter sans la résistance du monde.

* Pour des raisons de confidentialité, le nom des personnes citées a été changé.

• La conscience cosmique - Ralph Maxwell Lewis

Sources

La conscience cosmique

Ralph Maxwell Lewis

(Extrait du chap. XXII du Sanctuaire intérieur )


L'état mystique normal est celui dans lequel un homme ressent l'impulsion, la stimulation et la détermination pour fortifier son caractère, suivre la voie de la droiture et développer les vertus couramment admises. De tels états de conscience mystique sont encouragés par la société. La civilisation et la société en général ont besoin de toutes les religions et de tous les systèmes philosophiques qui conduisent l'homme à vivre plus près de Dieu ou du Dieu qu'il conçoit, qui fortifient son caractère et l'amènent à suivre ce qui, selon lui, procède des aspects spirituels de son être intérieur.

L'une de ces expériences mystiques véritables est celle de l'inspiration, cette illumination soudaine et complète de l'homme qui surgit intuitivement plutôt que par les procédés laborieux de la raison ou de l’étude. Cependant, toute inspiration, résultat de l’état de conscience extatique ou mystique, n’est pas un influx soudain de connaissance ou de vérité nouvelle, ou une révélation de faits et de circonstances. Fréquemment, l'inspiration est une consécration, le stimulant qui pousse à consacrer sa vie à un certain idéal, à être loyal, véridique, ou à atteindre un noble but. Il existe certains tests pour déterminer les expériences mystiques véritables. Disons ici que les expériences mystiques n’échappent pas aux tests auxquels toute autre expérience éprouvée par un observateur rationnel serait soumise. C'est une sérieuse erreur que de croire que l'incohérence et l'obscurité sont des signes de Conscience Mystique, car l'expérience mystique doit être cohérente ; elle doit être rationnelle et compréhensible.

Quatre critères permettent de déterminer si on a vécu ou non une expérience mystique et si l'on a véritablement atteint l’état de Conscience Cosmique. Les mystiques et beaucoup de psychologues éminents sont d'accord sur ces quatre points.

Le premier est connu sous le nom d'ineffabilité. Le mystique découvre, lorsqu'il revient à son état normal de conscience, qu'il est incapable d'exprimer par des mots ce qu'il a éprouvé et qu'il ne peut expliquer aisément son expérience à une personne qui n'a pas connu d'expériences semblables. La conscience mystique, en effet, est plus un phénomène de sensation et d'émotion qu'une expérience intellectuelle. Nous savons tous combien il est difficile de décrire fidèlement la valeur ou le développement de certains sentiments que nous avons éprouvés. L'oreille du musicien peut déceler des sons délicats qu'il est seul à pouvoir percevoir et apprécier. Il ne peut faire comprendre ou ressentir sa perception aux autres, à moins qu'ils n'aient une oreille semblable à la sienne. Le grand artiste peut discerner certaines symétries de formes et certaines nuances de couleurs qui échappent à l'oeil de l'individu moyen, mais il ne peut les faire percevoir.

Le deuxième critère est connu sous le nom de qualité intellectuelle. Le mystique comprend que ce qui lui est transmis vient d'une Intelligence Suprême ou Supérieure, que c'est une connaissance ou une sagesse qui transcende tout ce qu'un être humain pourrait lui communiquer oralement ou par écrit. De plus, il fait l'expérience de l'aperception, c'est-à-dire d'une compréhension complète, d'une illumination. Il ne s'agit pas simplement de la réception de certaines sensations ou impressions, mais d'une compréhension complète et totale. L'homme découvre la nature de Dieu et les profondeurs de l’âme. De plus, la connaissance acquise fait toujours autorité. Ce que l'on éprouve n'est jamais obscurci ou amoindri par aucune question ni aucun doute quant à son authenticité. Il existe toujours une conviction intérieure.

Le troisième critère est connu sous le nom de nature passagère et concerne la durée de l’état de Conscience Cosmique. D'après les témoignages, on s'accorde généralement à dire que cet état ne peut pas durer plus d'une demi-heure à une heure. De plus, celui qui en fait l'expérience n'a qu'un souvenir imparfait des détails de cet état. Il conserve une appréciation complète du résultat de l'expérience, de l’état dans son ensemble, mais il ne peut se rappeler objectivement tous les détails qui y ont contribué. Nous pouvons comparer cela à une boisson absorbée par une personne assoiffée. Quand sa soif est étanchée, elle éprouve une grande satisfaction. Il lui serait pourtant extrêmement difficile de décrire cette boisson. Les termes fraîcheur et humidité ne suffisent pas pour exprimer en détail la satisfaction éprouvée. En outre, chaque fois que l'état de conscience mystique revient, cela se traduit toujours par un progrès. Autrement dit, chaque expérience commence là où la dernière s'est arrêtée. Il n'y a pas d'intervalles inexpliqués ; le développement est toujours progressif. Tout se passe comme si l'on regardait un film, et que, soudain, on coupait la lumière. Les images disparaîtraient alors. Des minutes, des heures ou des jours plus tard peut-être, si la lumière était remise, les impressions visuelles sur l'écran reprendraient exactement à l'endroit où l'histoire s'était arrêtée. Rien ne resterait inachevé ou inexpliqué. On ne retourne jamais en arrière, et il n'y a pas de régression dans l'état de Conscience Cosmique.

Le quatrième critère, dans le test et la détermination de ce qui constitue l'expérience mystique de la Conscience Cosmique, est la passivité. Indépendamment du moyen employé pour provoquer l’état de conscience mystique, qu'il s'agisse d'une concentration sur quelque idée, mot ou lieu ou de l'effet produit par quelque exercice physique, une fois que cet état de conscience est atteint, l'individu se sent en présence d'une Puissance supérieure, d'une omniscience. Un sentiment d'humilité l'envahit. L'ego, la vanité, l'arrogance, l'individualité, tout cela se détache de lui, et son âme se dresse dans sa pure nudité devant l'autorité suprême. Il n'y a aucune inclination à vouloir, à exiger, à commander. On aspire simplement à être réceptif, à recevoir une révélation, tel un spectateur, avec une grande espérance, mais toujours avec humilité.

• Cette Lumière contenait le Tout - Isabelle Nouvel

Cette Lumière contenait le Tout

Isabelle Nouvel

Au mois de décembre 2001, je me suis soudain trouvée confrontée à une évidence éblouissante. Je ne peux en parler aujourd'hui que sous le terme de Lumière (c'est la première fois que je tente une réelle mise en mots, et j'entrevois déjà que cela ne va pas être simple :-). Mais cette Lumière contenait le Tout, la Sagesse hors du temps, une tendresse infinie, une Intention pure… A vrai dire, elle ne 'contenait' pas, elle Était tout cela, et tout le reste, et tous les contraires, dans une parfaite sensation d'Unité absolue. Oui, ce ne sont que des mots, hélas… Tous ceux qui ont eu ce genre d'expérience (similaire à celle des NDE) disent l'impossibilité de transcrire la teneur unique de ce moment hors du temps. Réalité plus forte que toutes les réalités, sentiment que le monde devient soudain parfaitement clair, que son 'organisation' visible et invisible est limpide, car il est entièrement constitué de cette Energie vivante qui dépasse tout ce que l'intellect peut imaginer.
A l'époque, je n'avais pas de goût particulier pour la spiritualité. En y réfléchissant, néanmoins, en essayant de me souvenir de celle que j'étais 'avant', je me rends compte que j'éprouvais du plaisir, pour mon équilibre personnel, à respecter (depuis plusieurs années déjà) une sorte 'd'hygiène mentale' ressemblant fort à l'Octuple Sentier (que j'ai découvert depuis). Plaisir à peser tous mes mots, afin de demeurer dans l'expression juste. Plaisir à me comporter avec calme, douceur, compréhension, honnêteté… et à faire passer à l'arrière-plan les petites récriminations de mon ego, que je percevais déjà comme dangereusement réductrices.
Mais je ne croyais pas en 'Dieu', que mon éducation judéo-chrétienne stricte m'avait fait voir comme un 'personnage' contraignant, délimitant tout un monde d'interdits. Pour moi, l'idée d'aller vers le côté apaisé de la Vie ne pouvait être qu'un bien-être… Bref, nous n'avions pas grand chose à nous dire :-) !
Mais ce qui m'est tombé dessus (là, l'expression est juste ! :-) ce jour-là n'avait pas du tout l'air non plus d'un grand Vide (même si elle le contenait aussi, à l'évidence, puisqu'elle était à la source et au dénouement de tout)… Plutôt d'une Intention-Vibration originelle, pure et infiniment bienveillante… 'Le grand rire de l'Eveil', je comprends intimement ce que cette expression veut dire, même si dans mon souvenir, le rire était une sorte d'équivalent intérieur du sourire qui a envahi mon visage. Un rire dégagé de toute distance, un rire de bonheur… comme seul peut l'être un sourire d'accueil.
Revenue à moi, je me suis rendue compte que j'étais radicalement transformée. Incapable de me mettre encore en colère, par exemple. Totalement consciente de l'effet dévastateur des pensées négatives, que je savais reconnaître immédiatement (elles continuent parfois à se présenter, comme 'un vieux réflexe') et circonvenir rapidement, afin de les évacuer d'un souffle. Capable d'aimer inconditionnellement mes proches - et tous ceux que je croise… de ne pas les juger, même lorsque leurs actions pourraient me porter préjudice, dans une évaluation 'traditionnelle' des situations (en particulier dans le couple). La Paix s'est installée sur mon foyer - et ceux qui me connaissent bien trouvent que 'j'ai beaucoup changé', même si je ne leur ai jamais vraiment raconté l'histoire (je l'ai d'ailleurs peu expliqué comme j'essaye de le faire ici, car face à un interlocuteur non concerné par la spiritualité, c'est de l'ordre de l'impossible :-)
Cette sérénité quotidienne (le Sourire comme mouvement naturel) est un cadeau inouï, qui ne s'est jamais effacé depuis (au contraire, elle n'a cessé de se renforcer, à mesure que disparaissaient mes attaches à 'l'ancien monde').
A noter que j'en ai ramené aussi quelques possibilités qui pourraient être qualifiés par certains de magiques ou paranormales, même si j'ai la sensation qu'elles se mettent en mouvement de manière tout à fait naturelle, seulement au moment où c'est bénéfique (et c'est un domaine que je ressens comme tout à fait accessoire).
Après cela, j'ai cherché ce qui s'était passé, bien sûr. Je me suis entièrement tournée vers la spiritualité - et c'était la première fois. J'ai trouvé ce phénomène décrit dans de nombreux textes, de l'origine à nos jours, avec des mots toujours différents… le reconnaître, découvrir qu'il existait ailleurs… Eh bien, encore une fois, cela a été un un grand bonheur. Mais je savais aussi que je ne pourrais rien devenir de plus, ni Maître ni qui que ce soit d'autre, car la Lumière me l'avait clairement fait voir : celui qui se croit 'arrivé' stoppe dans l'instant son cheminement, en se reconstruisant un nouvel ego gratifiant, qu'il lui importe de consolider pour garder son statut. Il glisse donc immédiatement hors du chemin. Les vrais Maîtres humains existent, mais ils sont d'une totale 'discrétion' et humilité, lesquelles sont indispensables au maintien de leur pureté… et je pense que vous ne pouvez les rencontrer que s'ils vous appellent.
Reste qu'il s'agit d'un phénomène 'd'illumination sauvage', 'se présentant' comme accidentel… et je constate que je le 'gère' beaucoup moins bien que ceux qui s'y sont préparés depuis des années.
.../...
Et il y a autre chose : la nostalgie, l'envie de retrouver cet instant de pleine conscience, de 'rentrer à la maison'… même si je sais que cela se fera à coup sûr au moment de ma mort (comme pour tout le monde), même si ce que j'en ai retiré est un pur ravissement… je n'en ai, pour l'essentiel (c'est à dire ce sentiment de perfection et de parfaite connaissance) plus que des 'traces'. De cela, de ce regret de l'Eden, je voudrais me défaire. L'ici et maintenant est le seul enjeu valable, car l'Eden lui-même est y présent, dans tous les petits actes de la vie.
Je voudrais arriver à accepter que ce qui fut… Est toujours, sous une autre forme… et ne plus rêver de me sentir encore une fois bercée par cette profondeur immense et infiniment douce, car ce désir ne fait que m'éloigner de l'Unicité merveilleuse de toutes choses, à laquelle j'appartiens, comme tout le monde visible et invisible.
Impossibilité néanmoins de vivre 'comme avant', pas plus qu'une mère ne pourrait faire comme si son enfant n'était jamais né, ou un homme et une femme comme si leur coup de foudre n'était jamais advenu…
Voilà, mes amis de Soupir.org, il y a des lecteurs parmi vous qui doivent voir très clairement le sens de mon propos… Il sont sans doute parmi ceux qui parlent le moins d'eux-mêmes. Mais j'espère un geste de leur part pour m'aider à débrouiller tout ça :-)…
Paix et Sourire
Isabelle Nouvel